‹ Instructions practiques sur la pisciculture: suivies de mémoires et de rapports sur le méme sujetChapitre 18 sur 22 · MÉMOIRE SUR LES MOYENS · texte numérisé non relu

MÉMOIRE SUR LES MOYENS

portion de leur longueur que recouvre le hangar, par des chemins profonds, où circulent librement les gardiens proposés au service de l'exploitation, et qui leur permettent de suivre sans fatigue ce qui se passe au sein des courants dont la surface est à hauteur d'appui.

En faisant jouer les ventelles articulées qui forment les parties mobiles de la digue qui retient les eaux à la tête du hangar, on donne à ces courants la vitesse ou la lenteur que l'on juge convenable pour favoriser Féclosion, et l'on reste toujours libre de modifier, selon les besoins, les conditions dans lesquelles les œufs se trouvent placés, à partir du moment où la fécondation artificielle leur communique l'aptitude au développement, jusqu'à celui où les jeunes poissons, sortis de ces œufs, sont transportés dans les viviers.

L'organisation de ce mécanisme, qui n'est, au fond, qu'une application en grand de l'appareil à éclosion du Collège de France, élève la pisciculture au rang des industries dont la science a suffisamment perfectionné les procédés pour qu'un simple rouage, substitué à la main de Ihommo, façonne seul la matière première en un produit déjà prêt à figurer sur nos marchés. Il suffit ici, en effet, comme dans les manufactures où une chute d'eau met en nnouvement toutes les machines, il suffit d'une combinaison particulière des courants qui entretiennent la circulation dans des bassins convenablement aménagés, pour que les œufséclosenl, pour que les jeunes poissons sortis de ces œufs soient entraînés dans des viviers où, quand ils seront convertis on alevin, on puisse, à l'aide d'un artifice bien simple, en faire la récolte sans frais de manutention.

Pour atteindre ce dernier but, on ménage dans l'épaisseur de la rive de chaque vivier des retraites analogues à celles dont j'ai vu les traces parfaitement conservées sur les bords des piscines que Lucullus et Pollion firent creuser au flanc du mont Pausilippe. Mais ces retraites, au lieu de n'être, comme celles des Romains, que de simples entailles, sont toutes garnies d'un coffre de lx)is, qu'on peut en retirer

DE REPEUPLER LES EAUX DE LA FRANCE. il3

à volonté, percé d'une ouverture semblable à celle qui donne entrée aux chiens de nos basses-cours dans les cabanes qui les abritent. Une ventelle, dont la lige s'élève audessus de l'eau, permet de fermer cette ouverture et de faira prisonniers tous les jeunes poissons qui se réfugient dans ces insidieuses retraites. L'expérience prouve, en effet, que les truites et les saumons, mis en liberté dans un vivier, vont sur-le-champ, comme du reste la plupart des poissons, se rassembler dans les coffres qui en garnissent les parois; et si, par aventure, quelques uns de ces animaux 50 tiennent à l'écart, on n'a qu'à battre l'eau pour que la frayeur les y conduise.

Ces coffres, qui peuvent s'ajuster ensemble de manière à former bateau, sont ensuite retirés de leurs niches et remorqués jusqu'au canal du Rhône au Rhin, où se préparent les grands convois qui doivent porter les produits de l'établissement dans toutes les eaux de la France.

Bientôt, c'est-à-dire dans quatre mois, MM. Berthot et Detzem seront en mesure de faire une première livraison, de tenter une grande expérience. Ils pourront déjà choisir, parmi les jeunes poissons provenant des éclosions qui s'opèrent en ce moment, 600,000 saumons ou truites qui seront alors assez développés pour peupler nos fleuves. Nous commencerons par le Rhône, parce que le saumon n'en fréquente pas les eaux, et que si nous parvenons à l'y introduire, nous aurons un des exemples les plus frappants des richesses que l'on doit attendre de l'industrie naissante.

Pour se faire une idée du danger qu'il y aurait à laisser plus longtemps les eaux livrées aux causes de destruction qui les dépeuplent avecune effrayante rapidité, on n'a qu'à jeter un coup d'œil sur ce qui se passe dans les contrées les plus favorisées, en Ecosse, par exemple, où le saumon a toujours été si abondant, qu'on peut le considérer comme un aliment à la portée de toutes les fortunes. Il y diminue depuis un certain temps dans une telle proportion, que les propriétaires s'en alarment et que le gouvernement s'en

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lU MÉftlOIRB sua LES MOYENS

préoccupe. Je n'en citerai qu*un seul cas, parce que le document qui s'y rapporte est d'une incontestable exactitude : c'est lord Gray lui-même qui me l'a fourni.'

Dans la rivière de Tay^ près de Perth, lieu célèbre par le roman de Walter Scott, la poche de lord Gray, qui produisait en 1830 cent mille francs de revenu y n'en donnait déjà plus que soixante-quinze en 4 840, et maintenant elle est descendue à quarante-cinq mille^ progression décroissante qui menace de tarir la source de production, si l'on ne supprime les causes qui Tépuisent.

. Le relevé des pèches faites pendant les vingt années qui ont produit 100,000 francs de rente permet de constater que, pour obtenir ce revenu, il a suffi qu'on prît dans la portion du Tay qui appartient, à lord Gray, en moyenne, 5 ou 6,000 saumons de grande taille et 8,000 d'une taille inférieure. Or, si l'on compare ce nombre avec celui que notre établissement va, môme à son début, jeter dans les eaux de la France, on aura, à l'instant, la mesure de la richesse qu'il finira par y répandre. Ce n'est, en effet, ni par six, ni par huit, ni par quinze mille que nous comptons, mais par centaines de mille et par millions.

Déjà, quoique la saison soit très peu avancée, plus d'un million d'œufs de truite et de saumon, dont 420,000 ont été fécondés sous mes yeux, sur les bords du Rbin, sont déposés dans nos ruisseaux, commencent à y éolore, et en peu de jours y seront tous éclos. Ce résultat, obtenu pendant que l'exploitation n'est pas encore compléteoient installée, permet de prévoir celui qu'on doit attendre au moment où l'établissement aura fonctionné toute l'année, que le saumon du Danube et Talose, qui ne fraient quau printemps, auront fourni leur produit, et que des femelles conservées dans nos viviers ajouteront leurs œofs à ceux qu'on ira chercher au dehors. Je ne crains pas de le dire, à partir de la seconde récolte la productioii s«ra indétinie.

Il importe donc, puisque l'efficacité des procédés est désormais consacrée par l'expértence, de ne rii

pour donner, sans délai , à une industrie qui se présente avec un si grand caractère d'utilité publique, toute l'extension dont elle est aujourd'hui susceptible. Nous pouvons, dès à présent, l'exercer sur un terrain communal de douze kilomètres de circonférence, où quatre espèces d'eaux, celle de dix sources débitant cinq cents litres par seconde, celle d'une rivière qui traverse l'établissement, celle de marais, celle du Rhin , circulent à côté les unes des autres, peuvent se mêler ensemble, selon les besoins , dans des proportions que nous serons en mesure de régler lorsque nous aurons une subvention suffisante pour organiser des moyens de communication et pour creuser des bassins appropriés à ce mélange si favorable à l'éducation des poissons.

Une généreuse initiative de l'administration a créé cette nouvelle industrie : sa persévérance va lui imprimer un développement digne de la France, et je suis persuadé que j'aurai beaucoup fait pour la déterminer à seconder jusqu'au bout nos utiles projets en lui montrant combien leur réalisation peut concourir à l'alimenlatîon des peuples. Je dis des peuples, car les expériences dont il me reste à parler ne tendent à rien moins qu'à l'ensemencement et à l'exploitation des mers.

L'esturgeon et le sterlet sont deux espèces précieuses, devenues rares surnotre littoral, qui, comme l'alose et le satlmon, habitent alternativement les eaux salées et les eaux douces, la mer et les grands fleuves. Elles acquièrent, l'une d'elles au moins, une taille gigantesque, et leurs œufs sont si abondants que, dans certaines 'contrées, au mois de mars et d'avril, quand elles remontent les rivières pour y déposer leur frai, ces œufs deviennent l'objet d'un grand comrrîerc^ sous le nom de caviar. A Astracan seulement, on en prépare chaque année plus de cent tonnes. C'est dire assez que leur éclo^ sien donnerait un produit suffisant pour que le résultat eri fût appréciable sur la Méditerranée elle-même, qui recevrait ce produit de notre établissement par l'intermédiaire du Rhône.

Ces jeunes troupeaux, qw'tme industrie prévoyante diri-

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