‹ Instructions practiques sur la pisciculture: suivies de mémoires et de rapports sur le méme sujetChapitre 4 sur 22 · PROCÉDÉS DE FÉCONDATION ARTIFICIELLE · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS DE FÉCONDATION ARTIFICIELLE

dans le récipient une passoire bien criblée, ou mieux encore une corbeille à fines mailles. On élève ensuite et l'on abaisse, on agite en sens divers, après que les œufs et la laitance y sont tombés, cette passoire ou cette corbeille, en évitant de jamais la faire sortir du liquide. Ce mouvement alternatif, et en tout sens, produit un double résultat; il réalise le mélange, le rend aussi complet qu'on puisse le désirer, et fait passer entre les œufs, immobiles sur leur claie, des courants chargés de matière séminale à laquelle on donne, comme dans Texpérience précédente, le temps de les pénétrer au moyen d'un repos de deux ou trois minutes, et en laissant la passoire ou la corbeille au fond du vase.

Un troisième procédé consiste à exprimer d'abord la laitance dans l'eau du récipient et à n'y faire tomber les œufs que lorsque cette eau est déjà chargée de molécules fécondantes. Le milieu où ils arrivent se trouve ainsi d'avance saturé de l'élément pour lequel ils ont une grande affinité ; ils s'en pénètrent en épuisant sur lui une aptitude à l'absorption qu'ils n'exercent que sur l'eau pure pendant les premiers moments de leur immersion, quand on a recours aux autres procédés. La probabilité du succès offre donc alors cette chance de plus. Ce n'est pas à dire pour cela que des œufs plongés dans l'eau depuis quelques minutes avant l'intervention de la laitance y perdent leur faculté de recevoir l'influence de cette dernière. J'ai eu plusieurs fois, sur le Rhin, l'occasion de constater que ceux de Saumon et de Truite,

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ttu'oti avait laissés près de deux heures dans l'eau avant d'avoir pu se procurer un mâle , avaient conservé leur aptitude à la fécondation. Mais, dans tous les cas, c'est une condition ^If^favuralile qu'il faut éviter, surtout quand il s'agit d'espèces dont les œufs n'ont pas, comme ceux (li;Saumnii et de Truite, une enveloppe protectrice aussi résistmite et subissent plus faciienifiit 'action du monde extérieur.

On pourrait encore, pour opérer Dafécondatiou artificielle et se rapprocher davantage des moyens naturels, étaler les œufs sur une claie immergée dans une rigole de bois ou de grès, dont on placerait l'une des extrémités sous le robinet d'une fontaine, verser ensuite l'eau spcnnatist'i' au point où coule le tohinet, et laisser au courant qui entraînerait les molécules rivifiantes le soin de les l'aire passer à travers les œufs; mais il faudrait pour cela un certain appareil qu'on n'a pas toujours sous la main, et qui n'a d'emploi facile que dans un établissement où lous les préparatifs auraient été faits d'avance. Je me borne donc, pour les applications habituelles, à recommander le procédé que j'ai décrit au commencement de ce chapitre.

La laitance d'un seul mflle peut suffire à la fécondation dos œufs d'un très grand nombre de femelles, pourvu qu'on lui donne de la nourriture dans le virier, et qu'on ait le soin de ne l'y fiifernu'i- qu'au moment oîi cette laitance entre eu pleine maturité. C'est un fait que n'ignorait pas l'auteur du mémoire publié par le comte de Goldstein, et dont j'ai souvent

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vérifié Texactitude sur la barque du pécheur Classer, deBâle, où les mâles de Saumons et de Truites qu'on vide tous les jours pour féconder les œufs destinés à l'établissement d'Huningue en sont gorgés le lendemain, et cela, pendant six ou huit jours de suite que dure la sécrétion de l'organe producteur de lu semence. Il n'est donc pas nécessaire, même quand on veut opérer sur une grande échelle , d'avoir beaucoup de mâles à sa disposition ; il suffit que le petit nombre qu'on en possède se trouve dans les c^mditions que j'indique.

CrolMneat 4et espteeft.

La fécondation artificielle permet d'obtenir, j^ar le croisement des espèces, des métis qui peuvent avoir des qualités différentes de celles des parents dont on aura mêlé la semence. Il sera utile et curieux d'essayer jusqu'où l'expérience conduira en s'engageant dans cette voie. Elle a déjà prononcé d'une manière affirmative pour ce qui concerne le croisement des Truites avec lesSaumons. Les œufs de Truite, fécondés avec la laitance du Saumon, par les soins de MM. Berthot et Detzem, et expédiés des bords du Rhin, sont éclos dans mon laboratoire. Des œufs de Saumon, fécondés avec la laitance de Truite, m'ont également donné des produits. Il nous reste maintenant à savoir si le croisement des deux espèces dont je viens de parler réussira avec toutes celles de la même famille, et si d'autres espèces appartenant à une

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famille dUférente, comtne le Brochet, par exemple, et mêlées avecla première, ne pourront pas procréer ensemble.

La difficulté qui avait arrêté l'auteur du mémoire publié par le comte de Goldstein, c'est que le Bro* chet fraie au mois d* avril , tandis que le Saumon et la Truite se reproduisent en novembre et décembre; mais aujourd'hui que nous pouvons nous procurer des œufs ou de la laitance du Saumon du Danube vers la fin d'avril, il n*y a plus d'obstacle à l'expérience. Nous pouvons tenter la fécondation des œufs de ce Saumon avec la laitance de l'Ombre commun , des œufs de l'Ombre avec la laitance de Saumon, et de ceux de l'un et de l'autre avec la laitance de Brochet, etc.

Les Chinois se livrent à ces pratiques sur les Carpes dorées dont ils varient ainsi les races à l'infini ; mais leur industrie se borne à opérer sur des races de la même espèce qu'ils séquestrent dans des viviers où elles se croisent par la propagation naturelle.

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