‹ Instructions practiques sur la pisciculture: suivies de mémoires et de rapports sur le méme sujetChapitre 5 sur 22 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

APPAailL A ÉGLOSION.

L'auteur du mémoire publié par le comte de Gold* steûi, Jacobi, recommandait, il y a un siècle, de placer les œufs fécondés sur un lit de cailloux, entre lesquels il les disséminait dans de longues caisses de bois grillées à leurs extrémités , afin d'imiter ainsi

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ce que tout les femelles au momctnt de lii ponte (ifl Celle méthode, qui lui a complètement réussi, et ôom l'application, continuée encore de dos jours dans le Hanovre, y a tellement abaissé le prix de la Truile, que ce poisson y est devenu uue nourriture vulgaire; cette méthode, dîs-je, a étp ausai mise en pifttique dans ces derniers temps, en France, par les deux \ifidieurs (lelaBresse,qui, auHeudecaissesgrilIéesaux eïlrémités, se sont servis déboîtes circulaires percées comme des cribles. Mais ce qui est bon pour des expériences restreintes, ou à l'origine d'une industrk', peut pn'îseiiter des inconvénients (|u'il importo dfcJ t'aille disparaître quand il s'agit dérégler cett« indiîH trie et d'en mettre Jes pratiques à la i»rtéo ile tôiH Ces inconvénients sont si frappants, qu'il suilira i les indiquer pour démontrer la m'-ccssité d'avoir i cours k des moyens plus efficaces.

D'abord, la dispersion des œufs entre tes cuilloi uu leur entassement dans d'étroites boites constat ment closes, rendent leur surveillance fort difBriM s'opposent aux soins qu'on pourrait leur donner si 6n les avait toujours planés sous la main.

Ensuite, les sédiments que les eaux préf^ipitenl forment bieutt^t, soit dans ces antractuosités, snil sur les boites qui renferment ces œufs et sur les ueufs eux-mêmes, une couche épaisse qui , dans certaiuï cas, peut devenir une cause de destruction. J'ai vu des boltes,déposées dans les eaux de Versailles. i~

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tous les trous, bouchés par un dépôt calcaije, n'étaient plus perméables, et dont le contenu, quand on les ouvrit, se trouva en décomposition.

Enfin, la difficulté que l'on éprouve, lorsque les jeunes poissons sont éclos , de les extraire , sans les blesser, de ces retraites inaccessibles, est un obstacle à leur transport dans les viviers où ils doivent se transformer en alevin.

Ces inconvénients nous ont conduit à chercher des moyens dont l'emploi nous laissât toujours les maîtres de manier, quand nous le jugerions utile , les produits renfermés dans notre établissement, de les faire passer des ruisseaux à éclosion dans les viviers et de les laver avec autant de facilité que s'il s'agissait d'une matière inerte. Ils sont si simples et d'une si évidente utilité, que tout le monde y aura recours dès qu'ils seront livrés à la publicité. On peut aussi bien les appliquer à l'industrie qu'à une expérience de laboratoire, à une grande entreprise qu'au repeuplement d'un étang, d'un ruisseau, des eaux d'un parc, en plein air ou dans une serre.

C'est sur des claies (pi. ï, fig. 2a) ou des corbeilles plates d'osier que, dans nos ruisseaux à éclosion, nous plaçons les œufs fécondés. Les fines mailles de leurs parois forment un crible à travers lequel passent les détritus suspendus dans le liquide, à la surface duquel ces claies ou ces corbeilles sont immergées. La position superficielle qu'on leur donne rend l'observation si conuuode, que rien n'échappe à un gardien

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un peu attentif. Si le courant chasse les œufs de ma* nière à les entasser, il les remet en place et modère le courant; si des sédiments nuisibles s'accumulent sur eux, il les enlève avec un pinceau ; si enfin un séjour trop prolongé en attache aussi à Tespèce de canevas végétal sur lequel ils reposent , il verse le contenu d'une cor}>eille salie dans une corbeille de rechange , et, à l'aide de ce facile transbordement , qui s'opère sans danger, même pour le jeune poisson qui vient d'éclore , il entretient la propreté pendant toute la durée du développement.

Mais ces motifs ne sont pas les seuls qui nous fas* sent préférer les corbeilles dont nous venons de parler au fond de cailloux recommandé par Jacobi et par les deux pécheurs de la Bresse. Il en existe un autre qui ne mérite pas moins d'être pris en considé* ration : c'est qu'on peut, après la naissance des Sau* mons et des Truites, sur lesquels nous en avons déjà fait l'expérience , convertir ces corbeilles en lé* gers radeaux qui portent, au moyen d'un canal de communication , la récolte jusqu'aux viviers où l'on veut la déposer. On n'a, pour obtenir ce résultat , qu'à les enchâsser dans un cadre flottant, et le courant les entraîne au lieu de leur destination. Toutes les personnes qui sont venues au collège de France, où la curiosité attire une fioule nombreuse , ont pu voir plus de 10,000 Saumons nouvellement éclos, ou sur le point d'éclore , reposant à la fois sur les claies d'un simple appareil qui n'a pas tout à fait un mètre carré de surface. Ce résultat obtenu dans

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\m espace si restreint donne une idée de ce qu'on peut attendre d'une Industrie bien organisée.

Je donne ici une figure ( pi. I, fig. 2) représentant cet appareil à éclosion, afin que les propriétaires qui voudront repeupler leurs eaux puissent en faire exécuter un semblable ou établi sur le même principe. Il est formé par un assemblage de petits canaux parallèles , disposés en gradins de chaque côté d'un canal supérieur qui les domine tous et qui sert à les alimenter.

Après avoir garni chacun de ces canaux d'une claie d'osier, posée à un pouce au-dessous de la surface de l'eau , on place la machine sous un robinet, de manière que le liquide tombe à Tune des extrémités du canal supérieur. Un courant s'établit immédiatement vers l'extrémité opposée, et là une échancrure latérale lui offrant une issue à droite et à gauche, il se brise en deux chutes d'eau qui vont alimenter les deux canaux situés au-dessous. De nouveaux courants se forment dans ces canaux , y marchent en sens inverse du premier, les parcourent dans toute leur longueur, trouvent à leur tour une échancrure qui les précipite dans d'autres canaux inférieurs, et l'eau va ainsi , de chute en chute, circulant dans des compartiments qu'on peut multiplier à volonté et qu'elle transforme en ruisseaux ap

tificiels.

Quand la machine est en pleine activité, on dépose , sur chacune deâ claies dont ces ruisseaux factices sont pourvus , les œufs qu'on veut y faire

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éclore et qu'on peut séparer |)ar espèces dans le> nombreux compartiments dont elle se compose. Le courant continu qui fait j)asser sur eux une couche d*eau d'un pouce d épaisseur au plus suffit pour empêcher la formation des byssus, sorte de vtîgétation dont l'invasion les fait si souvent p<}rir, et dont il est, d'ailleurs, facile de les délivrer ; car on suit, pas à pas , sans jamais les perdre de vue, toutes les modifications qu'ils subissent.

Dans ces conditions artificielles, les œufs se développent et éclosent plus sûrement et plus promptement que dans les milieux où les femelles les déposent, parce qu'ils y sont préservés de toutes les variations de température, de tous les accidents qui peuvent les retarder, les altérer ou les détruire. Les résultats déjà obtenus, à la suite de plusieurs années d'expérience sur l'éclosion des Truites et des Saumons, ne laissent aucun doute sur l'efficacité du procédé et sur celle de son application en grand ; car, à quelques modifications près , cette machine a servi de modèle pour Torganisation du vaste appareil de l'établissement d'Huningue. L'opération n'est ni difficile ni dispendieuse ; elle se tait dans un laboratoire ou une grange, presque sans surveillance*. Il suffit d'un simple filet d'eau qui coule d'une manière continue.

Si la machine que je viens de décrire parait trop compliquée, on n'aura qu'à en organiser une avec un seul de ses compartiments. Je me suis servi pour cela, eu plusieurs occasions, d'une simple caisse de bois, longue et étroite, doublée de zinc ou de plomb.

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OU bien d'une poissonnière de terre cuite (pi. 1, fig. 3]. Les œufs que j'avais placés sur les claies dont le canal de bois ou cette poissonnière avaient été garnis y sont éclos soit dans mon laboratoire, soit au château d'Osmond, dans le département dé l'Orne, dont les eaux m'ont paru favorables à l'élève du Saumon. Un filet imperceptible suffit pour alimenter le courant, et, quand la fontaine est épuisée, on la remplit ule nouveau etl'opération marche sans difficulté. Il n'est pas même nécessaire d'avoir recours à une eau nouvelle; celle qui a déjà servi, et qu'on reçoit dans un baquet, peut être employée plusieurs jours de suite, pourvu qu'il y ait un filtre qui l'épure toutes les fois qu'elle repasse dans la fontaine.

Si l'on n'a ni serre , ni orangerie , ni hangar où l'on puisse organiser un appareil à éclosion analogue à ceux que je viens de décrire, et qu'on veuille obtenir l'éclosion des œufs en plein air, dans un ruisseau naturel communiquant avec une pièce d'eau quelconque ou dans cette pièce d'eau elle-même, on se procurera des corbeilles ou mannes d'osier, d'une forme plate, comme celle que j'ai fait figurer sur la planche qui accompagne cette instruction (pi. 1, fig. U) . On attachera cette corbeille à la rive de manière qu'elle soit immergée, mais que son bord supérieur dépasse un peu la surface de l'eau. Les œufs fécondés seront ensuite posés sur son fond, soit directement au contact de l'osier, soit sur des herbes aquatiques vivantes dont on aura eu préalablement le soin de recouvrir ce fond.

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