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CHAPITRE II

Un réseau de drainage se compose de tuyaux de divers calibres, dont il faut d’abord indiquer les noms.

On appelle petits drains, ou drains de dernier ordre, les tuyaux du plus petit diamètre et- qui ne reçoivent, par embranchement, les eaux d’aucune autre ligne ; les collecteurs de premier ordre , ou drains principaux de premier ordre, sont ceux qui reçoivent directement les eaux des petits drains; les collecteurs de deuxième ordre reçoivent les eaux des collecteurs de premier ordre ; ceux de troisième ordre reçoivent les eaux des drains de deuxième ordre, et ainsi de suite.

La pesanteur est la force qui détermine l’écoulement de l’eau à travers les canaux capillaires, naturels ou artificiels, du massif de terre sur lequel' doit agir un drain; le tracé des lignes de tranchées doit donc, avant tout, favoriser, autant que pos^ sible , l’action de cette force.

Lorsque le sol est sensiblement horizontal, là

TRACÉ ET DIRECTION DES DRAINS. 27 direction des drains est , en elle-même , assez peu importante; il est indifférent qu’ils soient parallèles, perpendiculaires ou obliques à la direction des sillons. Leur disposition' dépend alors de la position des canaux de décharge et des moyens d’écoulement dont on dispose,*

Mais quand le terrain est incliné, d’autres considérations influent sur la position des drains; si . la pentè est très-faible, on comprend que, pour assurer l’écoulement de l’eau dans les tuyaux, il faut les placer suivant la ligne de plus grande pente, ligne qui est dirigée, comme on sait, perpendiculairement aux horizontales du terrain définies comme on l’a fait ci-dessus , page a 1 .

Plusieurs raisons conduisent, du reste, à adopter la même règle pour toutes les inclinaisons du sol qui ne dépassent pas o m ,i5 à o m ,ao par mètre. Le canal placé au fond d’une tranchée dirigée suivant la ligne de plus grande pente se trouve, en effet, symétriquement placé par rapport à la surface, et fait sentir son action, dans un terrain homogène , à égale distance à droite et à gauche. Il n’en est pas de même quand le tracé s’écarte de la ligne de plus grande pente : 1# drain agit entièrement du côté où le terrain s’élève , mais son action se trouve plus ou moins réduite du côté où le terrain descend, et peut même s’annuler presque compléte-

très-peu

inclinés.

Terrains

incliné».

Terrains à couches de

suintement.

ment, comme il est facile de s’en convaincre à l’aide d’un dessin très-simple, quand le drain est perpendiculaire à la ligne de plus grande pente , et que le sol présente une déclivité très-prononcée.

Une autre observation moins générale que la précédente, mais cependant d’une application assez fréquente, indique qu’il convient de diriger les lignes de drains suivant la plus grande pente du terrain à assainir. Il existe, en effet, dans beaucoup de terrains, des veines plus perméables que l’ensemble de la terre, et qui, sans fournir de véritables sources , dénotent leur présence par de petits suintements; ces couches aquifères affleurent généralement la surface du sol suivant des lignes à peu près horizontales, elles changent son aspect et lui donnent souvent les plus mauvaises qualités.

Or, il arrivera nécessairement que des drains perpendiculaires à la ligne de plus grande pente, quel que soit d’ailleurs le soin apporté dans le choix de leur emplacement, ou ne rencontreront pas, comme en a (fig. 2), cette ligne d’eau, qui viendra, dès lors, perdre le sol en b; ou bien, poussés à leur profondeur normale , comme en c, ne couperont qu’en partie la veine d’eau ; et alors la plus grande partie de ce liquide passera sous le drain et viendra affleurer le sol en d, etc. Si, au

TRACÉ ET DIRECTION DES DRAINS. 29 contraire, on trace les drains parallèlement à la ligne de plus grande pente, comme on le voit de e en f, ils rencontrent toutes les veines d’eau à un

Fie. 2.

Terrain avec couches de suintement.

niveau inférieur à celui des anciens affleurements , et recueilleront successivement leurs produits, pour les conduire vers le canal de décharge.

On posera donc en principe qu’il faut diriger les petits drains suivant les lignes de plus grande pente du terrain. Cette règle est une limite dont il faut tendre à se rapprocher le plus possible , mais elle ne saurait évidemment être prise à la lettre et servilement suivie. Il est clair, en effet, qu’on ne peut pas, en pratique, se préoccuper des moindres inégalités du sol et suivre, avec une rigueur mathématique , les lignes de plus grande pente , presque toujours sinueuses et irrégulières. On veut dire

Trace

îles

l«lils drains.

seulement qu’il convient de tracer les petits drains , à moins que des motifs très-graves "n’obligent à agir autrement, suivant des lignes droites les plus rapprochées possible de la direction moyenne et générale des lignes de plus grande pente de la partie de terrain que l’on considère.

Précisons davantage cette première indication générale : les petits drains peuvent se tracer d’une manière très-simple qui ne présente quelques difficultés que dans certains cas particuliers. Cette méthode consiste à décomposer le champ à drainer en plusieurs parties planes , et à tracer parallèlement les uns aux autres, à la distance reconnue nécessaire, et suivant la ligne de plus grande pente de chacune de ces parties plapes, les drains de dernier ordre. Quand la direction des billons coïncide avec celle que nous venons d’indiquer, il convient de profiter des dépressions du terrain pour y établir les tranchées; on diminue ainsi un peu le cube des terrassements à exécuter : mais cette considération est très-secondaire et ne doit pas en faire négliger de plus importantes.

La reconnaissance exacte et rapide de ces parties planes est rendue extrêmement facile et rapide par l’examen des plans nivelés dont il a été parlé dans le chapitre précédent : il est évident, en effet, que les parties planes dans lesquelles doivent s’établir les groupes de petits drains sont celles où les hori-

TRACÉ ET DIRECTION DES DRAINS. 31 zontales du terrain sont à peu près rectilignes et parallèles entre elles.

Les nivellements généraux effectués sur le champ tout entier, et sur les fossés et rigoles qui peuvent servir à l’écoulement cffe ses eaux, feront connaître les points où l’on devra amener les branches des drains principaux.

Cette donnée, jointe à l’indication déjà obtenue de la position et de la direction des groupes principaux de petits drains, permet de tracer, sans grande difficulté , les directions des drains principaux ; ils occupent ordinairement les thalwegs du terrain.

Aux points d’intersection des drains principaux des divers ordres, il est convenable de placer des regards, qui permettent d’observer facilement k manière dont l’écoulement a lieu dans les différents groupes de drains.

Les drains de dernier ordre , de o m , o 3 o à o m , o 3 5 de diamètre, ne doivent pas avoir, en général, plus de25oà35o mètres de longueur, et même moins si leur pente est 4rès- faible, quand leur écartement n’excède pas les chiffres ordinairement adoptés.

Cette limite, parfaitement vérifiée par la pra-

Drains

principaux.

Regards.

Longueur des drains.

Bouches des drains.

Raccord emeut

des drains.

tique, quand il ne s’agit pas, bien entendu, de terrains traversés par des eaux de source , s’accorde avec les indications du calcul, en admettant qu’il suffit qu’un drain puisse débarrasser le sol, en vingt-quatre heures , d’une couche d’eau de o ra ,oi tombée sur l’étendue de terrain qu’il doit assainir.

Les petits drains débouchent dans les drains principaux ou sous-principaux, et non directement dans le canal de décharge ; il y a pour cela plusieurs raisons : les mauvaises herbes, les impuretés de toute sorte et les animaux peuvent obstruer facilement quelques-unes des bouches des drains. Il convient donc de réduire ces ouvertures à un petit nombre, plus facile à entretenir et à surveiller.

. Les drains principaux sont établis à o m ,oà ou o m ,o5 plus bas que les drains dont ils reçoivent les eaux ; ceux-ci doivent se raccorder à angle aigu avec les premiers, dans le sens de l’écoulement. Il convient d’éviter la rencontre de deux lignes de drains vis-à-vis l’une de l’autre dans le même drain principal.

La rencontre des petits drains et des maîtresdrains doit avoir lieu , comme on vient de le dire , sous un angle aigu; mais il ne faut pas qu’il soit trop aigu, parce qu’alors on allonge inutilement la

TRACÉ ET DIRECTION DES DRAINS. 33 longueur des drains à ouvrir, en les rapprochant le long des collecteurs. Un angle de 6o° est celui dont il faut chercher à se rapprocher; il réduit autant que possible la longueur des drains, tout en assurant aux filets liquides un écoulement suffisamment facile. La rencontre sous un angle droit est cependant encore acceptable ; mais , dans aucun cas, on ne doit tracer les drains de telle sorte que les filets liquides se dirigent en sens contraire.

Si, dans un cas tout exceptionnel, la disposition des lieux obligeait à donner aux petits drains une pareille direction, on infléchirait par une courbe leurs extrémités, de manière à leur faire rencontrer le collecteur sous un angle aigu dans le sens de l’écoulement.

Il est nécessaire d’établir un drain principal, de o m ,o4 à' o m ,o6 de diamètre, pour recevoir le produit des petits drains de a ou 4 hectares, sauf à réunir plusieurs de ces drains principaux dans un maître-drain, qui fait alors fonction de conduite et mène les eaux dans le canal de décharge.

On garnit d’ailleurs l’extrémité des maîtres drains, au point où ils débouchent dans les ruisseaux ou canaux de décharge, d’une petite grille en fer qui s’oppose à l’introduction des rats d’eau , ou des mauvaises herbes que la malveillance pour-

Bonchm.

Courbes,

Traces

exceptionnels.

rait y enfoncer. Cette grille en fer et la petite maçonnerie dans laquelle on l’engage forment ce qu’on appelle .une bouche. O 11 doit éviter, autant que possible, de multiplier ces bouches, pour en faciliter la surveillance , et parce que l’eau , y conservant toujours plus de force, enlève bien plus facilement les obstacles qui pourraient s’y réunir.

On a dit ci-dessus qu’il fallait tracer les drains en ligne droite. C’est dans les coudes, en effet, que se produisent le plus facilement les dérangements et les obstructions, mais il est clair que l’on ne peut pas toujours observer cette règle dans le tracé des collecteurs. On doit alors employer des courbes de 5 à 6 mètres de rayon au moins, et augmenter un peu la pente dans ces parties du tracé ; si la disposition des lieux ne. permet pas de tracer une courbe aussi allongée , il est convenable de la remplacer par un regard.

Les petits drains sont, en général, tracés par groupes de lignes parallèles ; mais , dans quelques cas particuliers , on peut avec avantage les disposer en éventail. Ainsi, par exemple, si le haut d’une pièce est plus sec que le bas, et quelle présente en même temps une forme concave, on peut trèsbien écarter davantage les drains à la partie supérieure du champ qu’à sa partie inférieure; toute-

TRACÉ ET DIRECTION DES DRAINS. 35 fois, il convient d’être très-réservé dans l’emploi de ces tracés exceptionnels, qui peuvent conduire à des mécomptes sérieux dans les mains de personnes peu exercées.

Outre les drains de dernier ordre tracés par groupes de lignes parallèles , suivant la plus grande pente générale du terraih, il existe souvent dans les pièces de terre de petits drains isolés dirigés tout autrement par rapport à la pente; ce sont les drains de ceinture.

Ces drains suivent, en général, le périmètre des parties drainées; leur fonction est d’arrêter les eaifx provenant d’infiltrations supérieures. Ils se placent surtout dans les parties hautes des pièces de terre dominées par des terrains plus élevés, d’où l’on peut craindre de voir arriver des eaux abondantes.

Les drains de ceinture ne doivent pas avoir de trop grandes longueurs; il convient, en général* de les faire communiquer tous les 4 o ou 5 o mètres* aüjdus., avec un drain ordinaire. Les petits drains compris entre ceux qui reçoivent les eaux du drain de ceinture s’arrêtent à une distance de celui-ci égale, à peu près, à la moitié de leur écartement;

Les racines des bois tendres, et même de quelques bois durs, tendent à s’introduire dans les drains;

forains de ceinture

Obstruction!

por

les racines. \

36 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IL ' elles y développent un chevelu abondant qui , en peu de temps, obstrue complètement les tuyaux de terre cuite. La présence des bois de cette espèce apporte souvent au drainage de très-grands obstacles; on ne doit jamais placer de drains à moins de i 5 ou a o mètres d’arbres à bois blancs. Cette distance même est souvent insuffisante, et le plus sûr moyen, quand on ne peut pas déra- * ciner les arbres, est d’avoir recours à un drain de défense empierré (voyez 2 ® partie, chap. V).

.Exemple* On ne multipliera pas davantage ces indications

un peu vagues, puisqu’elles doivent varier dans leurs applications à chaque cas particulier. Quelques exemples feront mieux comprendre que de longues explications dans quel esprit on doit appliquer les règles précédentes , et dans quelles limites il faut s’astreindre à leur observation. On le répète, du reste, on ne trouvera ici que la solution de cas tout à, fait ordinaires; c’est à une étude attentive et aux ouvrages spéciaux qu’il faut demander la solution des cas exceptionnels.

. La figure 3 est le plan d’un champ de â\â environ, présentant une inclinaison assez faible, dirigée dans le sens des petits drains, espacés à peu près de p mètres les uns des autres. Ces drains débouchent dans les maîtres- drains ab, bc, cd.

générales , nécessairement

Exemple d’un champ drainé.

(Echelle de 0,0002a. )

qui communiquent en b et en d avec le canal de décharge.

Le terrain du champ de la figure U présente deux inclinaisons différentes, parallèlement à chacune desquelles sont disposés les drains de dernier ordre. Le maître-drain abc communique en c avec le canal de décharge; il est établi, dans la partie a b de sa longueur, dans le pli de terrain formé par l’intersection des deux directions générales de la surface du sol.

Lorsque la longueur d’un champ à drainer, dans

â8 PREMIÈRE PARTIE CHAPITRE IL

, Exemple d’un champ drainé.

• Échelle de 0,0009 5 . )

le sens de sa pente générale, est supérieure à la longueur qu’il convient de donner aux files de drains de dernier ordre, on peut adopter la disposition indiquée fig. 5, et que l’on rencontre assez souvent. Les gros traits, dans cette figure comme dans les précédentes et les suivantes, indiquent la position des maîtres-drains, et les lignes fines les files de tuyaux de dernier ordre; les bouches des Inaîtres-drains , dans le canal de décharge, sont établis en a et b.

Fig. 6.

Exemple d’un champ drainé.

(Echelle de o,oooa5.)

qui précède. Les drains de dernier ordre sont toujours parallèles, ou à peu près, aux lignes de plus grande pente des portions de terrain qu’ils assainissent, ou perpendiculaires aux horizontales du terrain , figurées par des lignes pointillées dans cette figure.

La figure 7 est le plan de l’une des pièces de la ferme de Crèvecœur, département du Nord; son étendue considérable, et la forme accidentée

Plan d’une pièce drainée dépendant de la ferme de Crèvecœur.

( Échelle de o,ooos5. )

de sa surface, bien indiquée par les courbes de

42 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE Iî.

niveau tracées sur la figure, expliquent la disposition un peu compliquée du réseau d’assainissement de ce terrain. Les croissants placés à l’extrémité des drains indiquent la position des bouches. Les regards placés à l’intersection des drains collecteurs sont figurés par un petit rond. Enfin , , les chiffres inscrits auprès des courbes de niveau

Fig. 8.

Drainage d’une partie de la ferme de Crèvecoeür. (Échelle de 0,00017.)

expriment leur hauteur au-dessus du plan général de nivellement de toute la ferme. Ces courbes de niveau ont été levées de mètre en mètre; mais, pour simplifier la figure, on en a supprimé près de la moitié dans le croquis ci-dessus.

La figure 8 offre un autre exemple de drainage emprunté à la même ferme que le précédent. L’eau de drainage d’une partie du terrain situé au-dessus du chemin alimente l’abreuvoir de la cour de la ferme; le puits b de la ferme est également alimenté par l’eau de drainage conduite par le tuyau a b; l’eau en excès sort par le tuyau bc, qui sert de trop plein. Un regard placé en a permettrait, au besoin, d’empêcher les eaux de se rendre dans le puits b et les dirigerait en ligne droite vers le drain général d’écoulement.

Les dispositions générales du drainage de l’ancien étang de Chevrier (département du Cher) sont représentées par la figure 9.

Les eaux recueillies par les lignes de drains sont amenées dans le canal principal de décharge , qui traverse cette pièce sur une longueur de 1,200 mètres environ. Les points marqués de croix + indiquent l’emplacement de drainages verticaux (1™ partie, chap. VI). *

Une partie des eaux de sources étaient incrustantes et ont nécessité la construction de regards d’une forme particulière.

Fio. 9.

Plan de drainage de l’étang de Chevrier (Echelle de 0,0001.)

Les lignes ponctuées. . . . sont des drains de défense contre les racines des peupliers qui bordent l’ancienne digue de l’étang.

Ce terrain, de 60 hectares environ, est presque horizontal : la pente d’une partie des drains n’excède pas o ra ,oo 2 par mètre, et n’a pu être obtenue qu’en augmentant leur profondeur de l’origine à l’extrémité.

La figure 10, page suivante, peut donner une idée du projet général de drainage du camp de Salory, près de Versailles, d’une superficie de 1 5 7 hectares environ, dont io hectares ont été déjà drainés avec succès.

Les eaux sont reçues dans l’aqueduc de Trappes, qui longe le côté droit de la figure.

La petitesse de l’échelle a rendu nécessaire, dans le dessin, la suppression d’une partie des petits drains et des courbes 3 e niveau, ainsi que plusieurs détails intéressants, sans lesquels il serait impossible d’étudier et de discuter sérieusement ce projet important.

PROFONDEUR DES DRAINS.

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