N" 146. — LE LIVRE DE SAINT PHILIPPE BÉNITI
Un peu avant de mourir, saint Philippe s'agita sur sa couche et s'écria : « Donnez-moi mon livre, que celui qui me l'a dérobé me le rende. 0 livre admirable ! ô livre qui renferme tous mes trésors ! Je vous en supplie, mes Frères, cherchez-le. Comment pourrais-je vivre ou mourir sans mon livre? » En parlant ainsi, il promenait ses regards de tous côtés avec anxiété, mais sans impatience. Ses frères étaient surpris ; celui-ci lui présentait un bréviaire, cet autre un psautier, un troisième l'Office de Notre-Dame, un quatrième le livre des Constitutions écrites de sa main, chacun le livre qu'il croyait le plus cher à son âme, mais sans qu'il parût satisfait. Le frère Uûald, dans les bras duquel reposait l'homme de Dieu, remarqua qu'il fixait invariablement un crucifix d'ivoire attaché au mur de sa chambre et qu'il portait d'ordinaire sur lui. Il le prit et l'approcha des lèvres de son maître qui le baisa, le pressa avec effusion sur son cœur et dit d'une voix presque éteinte: «Ah! le voici, mon cher livre; c'est là que j'ai lu et relu toujours la volonté de Dieu et les leçons parfaites de son amour. Le voici le livre des miséricordes infinies de Jésus, le livre de la prodigieuse humilité, le livre de sa mort, le livre qui seul peut m'apprendre à bien mourir. 0 mon Jésus, instruisez-moi jusqu'à mon dernier soupir, afin que je puisse mourir comme j'ai vécu, en votre sainte présence. Vous avez été obéissant jusqu'à la mort : je veux mourir pour votre gloire, en faisant
votre volonté. N'avez-vous pas donné votre vie pour mon salut? »
Le calme se fit aussitôt dans son esprit; il récita en entier, avec une sainte allégresse, le cantique qui célèbre les bienfaits de la Rédemption : « Benedictus Dominus Deus Israël quia visitavit et fecit redemptionem plebis suœ. Bénit soit le Seigneur d'Israël qui a visité et racheté son peuple. »
CINQUIElViE ARTICLE DU SYMBOLE
Est descendu aux enfers; le troisième jour est /cï-'-ocité des morts.
Sommaire doctrinal.
La foi nous enseigne que l'âme de Jésus-Christ, en se séparant de son corps sur la croix, descendit aux enfers, c'est-à-dire dans cette partie des enfers qu'on appelle les limbes. D'après les docteurs, les enfers sont les vastes espaces assignés comme séjour aux âmes des trépassés. Ils se divisent en trois régions distinctes, séparées les unes des autres, et qu'on appelle Vabîme des réprouvés ou Venfer proprement dit, le purgatoire et les li'itbes.
Les limbes comprenent deux demeures pareillement distinctes : les limbes dts enfatits , séjour des âmes simplement souillées du péché originel; et les limbes des justes, où demeuraient les âmes des justes, morts avant l'Ascension du Rédempteur.
Les justes dans les limbes n'éprouvaient aucune peine sensible et ressentaient une grande joie de la gloire qu'ils espéraient. Toutefois celte joie n'était pas sans mélange : ils souffraient de la longue attente d'un bien si ardemment désiré. — Les limbes des justes s'appelaient aussi le sein d'Abrabam. Tous les saints, tous les serviteurs de Dieu qui avaient vécu depuis Adam y étaient réunis dans un même désir et une commune espérance. (R. P. Scbouppe.)