LE CIEL
Sommaire doctrinal.
Tous les peuples ont cru qu'il y a, au delà de cette vie, une vie heureuse pour les bons et malheureux pour les méchants. La vie heureuse sera en Dieu et avec Dieu; on l'appelle le Ciel. La vie malheureuse sera en dehors de Dieu et loin de Dieu, et c'est l'enfer,
«Dieu, dit saint Paul, sera tout dans tous ses élus. » Rien de plus court que ces paroles et cependant on ne peut imaginer rien de plus vaste que ce qu'elles disent. S'il faut aux élus un triomphe pour honorer leurs victoires, Dieu est leur récompense : £go ero merces tua magnanimis ; s'il faut à leur esprit des lumières qu'ils ont entrevues à travers les voiles de la foi, Dieu est la vérité infinie ; s'il faut à leur cœur un objet qui puisse le satisfaire. Dieu est la perfection infinie. Dieu est la vie qui les anime, l'amour qui les enivre, le bonheur qui les transporte, l'éternité qui leur donne le repos.
Ce qui fait le ciel, c'est l'entière satisfaction des facultés de notre âme; ici-bas elle n'est jamais parfaitement heureuse, parce qu'il lui manque toujours quelque chose ou pour l'esprit ou pour le cœur, ou pour le corps. Le ciel sera dans l'entière satisfaction
de toutes ses facultés. Il y aura plénitude de vérité pour l'esprit, plénitude d'amour pour le cœur, plénitude de repos pour le corps.
Monte dans les deux, intelligence humaine, voici la lumière, voici la vérité sans nuages. Les mystères qui te désolaient sur la terre se dissipent devant toi, tous les voiles tombent. Dieu et son ceuvre. Dieu et ses relations avec l'homme ; l'homme et son origine, et ses devoirs, et ses destinées, tout se montre à tes yeux comme les choses de la terre en plein soleil.
Ton cœur, ô homme, est un abîme, rien ne peut le satisfaire ici-bas, ni les honneurs, ni les richesses, ni les plaisirs, ni la science. Au ciel il trouvera, dans la possession des biens infinis, dans la vision de Dieu et de ses perfections, un bonheur complet et inaltérable. Ton corps est ici bas une victime vouée à la douleur, à l'agitation, au travail. Le ciel sera inaccessible à la souffrance; ce sera le calme et le repos le plus parfait : « Absterget Deus omnem lacrifmam ah oculis eorum ; et mo)'s ultra non erit, neque luctus, neqiie clamor, neque dolor erit ultra, quia prima abierunt. »
N° 244. — Li:s martyrs de l.\ vie éternelle.
Vers l'an 180, pendant la persécution de Marc-Aurèle, Yalérien, jeune seigneur romain et époux de sainte Cécile, fut emprisonné pour la foi avec son frère Tiburce. Tous deux devaient porter leur tête sur l'échafaud. En attendant le moment du triomphe, les deux condamnés, la sérénité sur le front et le sourire sur les lèvres, restaient à genoux, les yeux et les mains levés vers le ciel. Maxime, officier du préfet Almaque,
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chargé de les conduire au supplice, voyant leur jeunesse, leur naissance illustre, les grâces de l'innocence répandues sur leurs traits, ne put s'empêcher de pleurer. <( Maxime, pourquoi pleurez-vous, lui demandèrent les martyrs. — Hélas! seigneurs, réppndit-il; je suis touché de votre sort : jeunes, nobles, riches comme vous êtes, vous allez déjà mourir, je suis obligé de vous conduire au supplice. — Détrompez-vous, Maxime, nous n'allons pas à la mort, mais à une éternelle vie. Nous sommes chrétiens, et en quit-^ tant ce monde, les chrétiens passent dans une vie nouvelle, où la mort n'exerce plus d'empire. — Ce que vous dites m*étonne... Est-ce qu'il y a une autre vie?... — - Si vous promettez d'embrasser la foi chrétienne, vous verrez la vérité de vos yeux; la vie éternelle vous apparaîtra au mouient de notre mort. » Maxime le promit, et lorsqu'on trancha la tête aux martyrs, il vit leurs âmes éclatantes de gloire, portées au ciel entre les bras des anges. A cette vue, il se déclara chrétien, selon sa promesse, et reçut bientôt, lui-même la couronne du martyre.
N° 245. — LA PENSÉE DU CIliL RANIME LE COURAGE.
Un jeune héros de la foi, saint Symphorien, souffrit le martyr à Autun étant encore à la fleur de l'âge. Il appartenait à une famille noble et chrétienne. Par ses excellentes qualités il avait mérité l'estime universelle. Il fut arrêté comme chrétien et accusé de n'avoir pas voulu adorer l'idole de Gérés. Pour le faire apostasier on lui promit une place honorable dans l'armée et comme il se montra inébranlable dans sa
foi on le tortura cruellement, puis on porta contre lui la sentence de mort. Comme on le menait au lieu des exécutions publiques, situé hors de la ville, sa mère Symphorose,leregardant passer du haut des remparts, lui criait: « Mon iils, mon cher fils, souvenez-vous de la vie éternelle ; tournez les yeux vers le ciel et regardez celui qui règne là-haut. La vie ne vous sera pas ravie, mais changée en une vie tncilleure. » Ces généreuses et pénétrantes paroles enflammèrent Symphorien d'une nouvelle ardeur et lui firent conquérir la palme du maityre.
— Que si quelque ange terrestre, comme la mère de saint Symphorien, ne vient pas vous montrer le ciel dans vos afirclions, dites-vous à vous-même, comme leséraphique Bonaventure : « Dieu et avec lui tous les habitants de la Jérusalem céleste, nous attendent avec impatience et se réjouissent du moment où nous irons partager leur félicité. Ne devons-nous pas, nous aussi, désirer d'aller au plus tôt dans leur compagnie ?
N° 246. — TRAVAILLER PERSÉVÉRAMMENT A CtAGNI:;R LE CIEL.
Monsieur Boursoul exerça à Rennes, pendant plus de quarante ans, les fonctions du saint ministère; il soutint sans relâche, jusqu à la fin de sa carrière, les fatigues de la chaire et les fonctions pénibles du tribunal delà pénitence. « Je voudrais, disait-il, mourir les armes à la main. » Plusieurs fois il répéta, lorsqu'il était en parfaite santé: « Ah! si j'étais digne d'obtenir une faveur de mon Dieu! Je lui demande
chaque jour de terminer ma vie, soit en annonçant l'Evangile dans la chaire de vérité, soit en exerçant, dans le tribunal sacré, les droits de sa justice et de sa miséricorde. »
Une prière dictée par les motifs héroïques d'une ardente charité méritait d'ôtre exaucée. Le lundi de Pâques, 4 avril 1774, M. Boursoul dit la sainte messe à cinq heures et alla ensuite au tribunal de la pénitence. Vers les deux heures de l'après-midi, il se rendit à Toussaint, paroisse de Rennes, où, malgré son grand âge et ses infirmités, il prêchait le carême cette année-là ; et à trois heures il monta en chaire, pour y parler sur la gloire et le bonheur des saints. II mit dans son débit la vigueur et l'impétuosité de la jeunesse : sa voix avait un éclat extraordinaire ; ses mouvements étaient si rapides, son geste si véhément, qu'il désignait ce qu'il allait dire, avant de l'avoir prononcé. Vers la fin du premier point, après la description la plus vive et la plus touchante des beautés du paradis et de la joie des bienheureux dans le ciel, il fit un nouvel effort, et s'écria : « Non jamais il ne sera donné aux faibles yeux de l'homme de soutenir icibas l'éclat de la majesté divine ; (ensuite baissant la voix) ce sera dans le ciel que nous le verrons face à face et sans voileî » Ces mots furent prononcés d'une voix sonore et d'un ton pénétrant ; il les répéta en latin : Videhimus eitm sicuti est. (I, Jean, m, 2.) Et en finissant ces dernières paroles, courbé sur le bord de la chaire, il expira. Ses yeux étaient fixés vers le ciel, ils demeurèrent constamment dans cette position. L'Eglise était remplie d'une affluence de peuple extraordinaire, et la consternation fut prompte et gé-
nérale. Les ans poussaient des cris, les autres répandaient des larmes ; ceux-ci tombaient en défaillance; ceux-là disaient tout haut : « C'est un saint : il est mort, en parlant du bonheur du Ciel. » On entendit la voix d'un enfant qui proféra ces paroles: Il parlait du paradis: il y va. {Vie de M. Boursoul, par l'abbé Caron.)