‹ Instructions sommaires sur la doctrine chrétienneChapitre 260 sur 318 · N° 333. — UN IMPIE MIS A SA PLACE PAR UNE PAYSANNE · texte numérisé non relu

N° 333. — UN IMPIE MIS A SA PLACE PAR UNE PAYSANNE

L'ône et Céiable.

« Vous aussi vous venez de Lourdes,, disait dans un wagon de troisième classe un commis voyageur à une paysanne qui revenait de son pèlerinage. — Oui, monsieur», répondit-ellesimplement, et pour montrer qu'elle ne rougissait pas de sa foi, elle tira son chapelet et se mit à le réciter. Mais le bruit des grains faisait sur les nerfs du citadin l'effet d'une décharge électrique. Il l'interrompit et lui dit : — Vous avez vu de bien belles choses? — Oui, monsieur, plus belles encore que je ne pensais. — Avez-vous vu la source ? — Je l'ai vue et j'ai bu de son eau. — Vous avez vu aussi quelque miracle? — J'ai été témoin même de plusieurs. — Mieux que cela, vous avez vu la Sainte Vierge, sans doute? — Mieux que cela, monsieur, répliqua la spirituelle paysanne, j'ai vu la Sainte Famille : L'enfant Jésus comme à Bethléem, la Sainte Vierge qui le tenait sur ses genoux, saint Joseph qui le contemplait, des bergers, des rois qui l'adoraient. Il ne manquait qu'une chose. — Eh quoi donc? — L'âne de retable; mais puisque je le trouve ici, je n'ai plus

rien à désirer. » — L'incrédule se frotta le menton, secoua ses oreilles et resta coi. {Semaine religieuse de Grenoble.)

N'' 334. — l'anesse de balaam.

Parmi les voyageurs assis dans un compartiment de wagon de troisième se trouvait une dame qui, voulant faire le bel esprit, débilaitles propositions les plus absurdes sur les vérités de la religion.

Les voyageurs riaient de ses pointes et regardaient de temps en temps, avec ironie, un prêtre qui était dans un coin du wagon. La prétendue dame aurait bien voulu entamer avec lui une dispute, mais il tenait les yeux fixés sur son bréviaire : son impassibilité la déconcertait.

— Monsieur l'abbé, dit-elle enfin brusquement et avec un air de défi, il me semble qu'un homme vêtu comme vous ne devrait pas laisser mes arguments sans réponse. Les yeux des voyageurs se portèrent alors sur le prêtre et ils attendaient tous avec curiosité comment il se tirerait de l'embarras où il semblait que ces paroles l'avaient jeté. Le prêtre ferma doucement son bréviaire. - Madame, lui dit-il, vous devez avoir feuilleté beaucoup de livres, et je m'imagine que vous avez lu aussi la Bible ? — Oui, j'en ai lu quelques morceaux par Pigault-Lebrun. — Très bien. Connaissez-vous l'histoire de Balaam? — Sans doute. — Eh bien! précisément, dans l'histoire de ce prophète se trouve la raison de mon silence, et voici les paroles précises de la Bible : « Quand l'anesse parla, le prophète se tut. »

Un éclat de rires prolongés retentit dans tout le wagon, et le prêtre continua tranquillement à réciter

son bréviaire.

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