N° 348. — SACRILÈGE PUNI
En 1830, quelques jeunes gens de Ghâteaurenault (Indre-et-Loire), et des environs, passant devant la croix stalionnale de Vauchevrier, eurent l'idée sacrilège d'en détacher le Christ et de s'en faire un jouet. L'ayant donc arraché violemment, puis mutilé et traîné dans les rues de la ville au milieu de la nuit, ils mirent le comble à cette orgie d'impiété en délibérant sur son sort.
L'un d'eux proposa de le faire écraser par les charrettes, en le jetant sur la route ; un autre de lui crever les yeux; un troisième de l'attacher au balancier de la pompe, pour être un objet de risée.
£t ce dernier mettant la main à l'œuvre, attachait le christ la tête en bas, et lui adressant entre autres injures cet épouvantable blasphème : « Reste-là jusqu'à ce que les vers te mangent. >. Or, il arriva, que deux ans plus tard, au mois de novembre 1832, un garçon meunier, Pierre Voisin, était écrasé par sa charrette sur la route d'Amboise à Ghâteaurenault. Vers le même temps un nommé François Destie, cultivateur à la Barurie(Sonnay), perdait tout à coup la vue et souffrait aux yeux d'intolérables douleurs que rien ne put soulager. Enfin à Chàteaurenauld même, un jeune homme de dix-neuf ans, Paul-Hippolyte Lélèvre, ouvrier cordonnier, était atteint d'un mal étrange» horrible à voir, qui déconcertait toute la science des médecins. Son cou littéralement rongé par les vers, exhalait une odeur infecte. Quoiqu'il n'y eut pas de plaies apparentes, les vers fourmillaient sous la peau
et s'en échappaient en si grande abondance qu'on ne suffisait pas à les enlever. — Ce malheureux se voyant incurable, bourrelé de remords, écoula les cris de sa conscience, fit appeler le curé de sa paroisse, le pria d'entendre sa confession et de publier au prône sa faute et son repentir. Au mois d'octobre 1833 il mourut et son cadavre entièrement décomposé n'avait presque plus forme humaine. François Dertie, toujours aveugle et de plus en plus souffrant, le suivit dans la touibe un mois plus tard, le 12 novembre. 11 publia tout ce qui était arrivé et avoua que le châtiment que Dieu lui avait infligé à lui et à ses compagnons était bien mérité.
Dans le pays, on n"a pas oublié le sacrilège dont on parle encore avec effroi, et on conserve soigneusement le Christ miraculeux, habilement restauré sur la croix. {Ici.)