‹ Instructions sommaires sur la doctrine chrétienneChapitre 276 sur 318 · N° 356. — SAINT JOSEPH ET LES CONSCRITS DE LIESSE · texte numérisé non relu

N° 356. — SAINT JOSEPH ET LES CONSCRITS DE LIESSE

(Aisne.)

Au mois de mars 1865, pendant la neuvaine préparatoire à la fête de saint Joseph, un très fervent pa-

roissien de N.-D. de Liesse, M. Richer, qui suivait exactement cette neuvaine, fat étonné de voir, un matin, en entrant à l'église, cinq jeunes gens de la paroisse y entrer également pour assister à la messe.

Gomme ils étaient tous avec des blouses bleues très propres, et en tenue de voyage, il ne tarda pas à se rappeler qu'on était au jour du tirage au sort pour le canton de Sissonne. C'étaient en effet les conscrits de Liesse, qui, avant de partir, venaient implorer le Ciel sur une affaire si importante pour eux et leurs familles.

En les voyant si préoccupés devant Dieu en cet instant critique, M. Richer pensa tout naturellement à son propre fils, qui devait, lui aussi, un peu plus tard, subir la même épreuve ; et mu par un sentiment de généreuse et fraternelle charité, il s'intéressa vivement au sort de ces braves jeunes gens : il pria pour eux saint Joseph avec la plus grande ferveur durant tout le temps du saint sacrifice ; puis l'idée lui vint d'aller, après la messe, leur off'rir à tous individuellement une petite image du saint Patriarche. Ce qu'il fit en effet, mais avec tant de discrétion, que, chaque conscrit, en acceptant l'image, se croyait seul parmi les camarades à remplir cet acte de dévotion envers le chef de la sainte Famille.

On arrive à Sissonne. Messieurs les maires, selon l'usage, commencent par tirer eux-mêmes au sort pour le classement des communes. Cette opération préalable ne sembla pas du tout de bon augure pour nos conscrits de Liesse, car elle les rejetait à l'avantdernier rang. Mais ce qui paraissait une mauvaise chance n'était en réalité, nous les verrons, qu'une

circonstance délicate, merveilleusement ménagée par la Providence pour rendre plus manifeste l'attention de saint Joseph sur ses clients.

La commune de Liesse comptait cinq conscrits; celle de Lappion, qui devait tirer la dernière, en avait neuf. Il restait donc dans l'urne quatorze numéros (et sur ce nombre six seulement étaient gagnants), lorsque l'appariteur vint annoncer que le tour des conscrits de Liesse était arrivé.

Nos cinq jeunes gens s'avancent par ordre alphabétique, et le tirage commence.

Le premier Liessois tire un excellent numéro.

Le deuxième Liessois prend également un très bon numéro.

Le troisième a la main tout aussi heureuse.

Le quatrième gagne encore.

Enfin le cinquième imite les autres et complète la victoire.

Tous nos Liessois avaient gagné, et ne laissaient dans l'urne, pour leurs infortunés camarades de Lappion, qu'un seul bon numéro.

Ce fait étonnant de tous les conscrits d'une même commune, tirant à la file de bons numéros comme s'ils les eussent adroitement discernés des mauvais qui formaient encore le plus grand nombre dans l'urne, produisit une très vive émotion parmi les nombreuses personnes présentes au tirage. Le maire de Liesse était dans une jubilation facile à comprendre, tandis que le préfet, le complimentant, lui disait en souriant doucement : « Il faut que vos jeunes gens, monsieurle maire, aient vigoureusement prié N.-D. de Liesse ! » Il ne savait pas, le bon préfet, que c'était

saint Joseph qu'on avait tout simplement invoqué et que, partant, il était lui-même l'auteur de ce coup magnifique, parfaitement digne de sa main de maître.

C'est en effet ce qu'ont aussitôt reconnu nos cinq fortunés conscrits. D'une voix unanime et avec un enthousiasme indescriptible, ils proclament que c'est saint Joseph qui les a fait gagner, et ils lui rendent mille actions de grâce. Son image qu'au départ ils ne portaient que timidement et bien cachée, ils la montrent maintenant à tout venant avec une fierté, une crânerie qui n'a pas d'égale. Toute froissée qu'elle est, ils la veulent encadrer et placer honorablement dans leur maison, en perpétuel souvenir. Enfin le dimanche suivant, jour où l'on célébrait solennellement dans l'éghse de Liesse la fête de leur glorieux Protecteur, un superbe cierge, acheté en commun, brûlait devant son autel, et témoignait aux yeux de toute la paroisse qne saint Joseph n'avait pas obligé des ingrats.

Chose curieuse I et qui ne manqua pas d'être remarquée à Liesse : de nos cinq braves conscrits, si visiblement favorisés par saint Joseph, celui qui tout en gagnant comme les autres, n'obtint cependant qu'un numéro bien inférieur à ceux de ses camarades, fut précisément le seul qui avait mis une hésitation à accepter la petite image de saint Joseph quand M. Riclier était venu la lui offrir.

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