SUPERSTITION
."^OininaLre doctrinal.
Le vrai fidèle croit ce que l'Eglise enseigne, et s'en tient aux règles qu'elle a fixées pour le culte divin. S'en écàiter pour se forgera soi-même des croyances vaines, ou des pratiques religieuses non approuvées, c'est l'ouvrage de la superstition. La superstition est donc une religion fausse ou mal entendue par laquelle on met sa confiance dans de vaines pratiques non autorisées par l'Eglise. C'est un faux sentiment de religion qui nous donne une confiance vaine ou excessive en certaines observances parfaitement inutiles et quelquefois dangereuses, ou qui nous inspire une crainte frivole pour certains objets, comme s'ils avaient une vertu surnaturelle, tandis qu'ils n'en ont efiectivement aucune.
La grande règle à laquelle on reconnaît la superstition, c'est lorsqu'on demande à une cause un effet qu'elle ne peut produire ni par elle-même, ni par l'institution divine. Ainsi c'est une véritable superstition, 1° que d'employer avec espérance de succès certaines choses qui ne peuvent, ni naturellement, ni surnaturellement produire des effets qu'on en espère ; par exemple, si, pour obtenir la guérison d'un homme ou d'un animal, on se sert de quelques mots obscurs» barbares et inconnus ; 2'' quand l'effet qu'on attend
d'une cause n'en peut être le résultat ni naturellement, ni en vertu d'aucune institution de Dieu ou de l'Eglise. Dans ce cas, comme dans le précédent, il est nécessaire qu'on attende au moins implicitement l'effet de l'intervention du démon. Selon cette règle, on est coupable de superstition, quand on regarde le nombre de treize personnes assises à la même table comme cause ou signe certain, qu'une de ces personnes mourra dans l'année ; de même quand on se persuade qu'infailliblement on mourra en état de grâce, ou qu'on sera .préservé des flammes du purgatoire, si l'on récite telle prière, ou si l'on porte sur soi certaines marques de dévotion auxquelles ni Dieu ni l'Eglise n'attachent un pareil effet; — quand, à une cause suffisante par elle-même, on joint des circonstances vaines ou ridicules qu'on croit nécessaires pour produire l'effet attendu, quoique d'ailleurs ces circonstances n'aient ni de leur nature, ni par l'institution de Dieu ou de l'Eglise, la vertu de produire cet effet ; par exemple, si on espère être guéri ou préservé de telle maladie, en portant sur soi certaines herbes cueillies à certains jours, en certains lieux, ou en récitant tous les jours trois fois l'Oraison dominicale avant le lever du soleil, et qu'on attribue l'effet du remède ou de la prière à ces circonstances frivoles.
N^STl. — FOLIES ET SUITES FUNESTES DE LA SUPERSTITION.
La superstilion est injurieuse à Dieu, funeste à Vkornme, absurde en elle-même. — Les trois traits suivants vont nous le prouver. Le roi d'Israël, Ochosias, étant tombé du haut d'une fenêtre, envoya con-
sulter Beelzébiib, faux dieu d'Accaron, pour savoir s'il relèverait de cette maladie. Le prophète Elie alla, de la part de Dieu, dire aux envoyés de ce prince : « N'y a-t-il pas de Dieu à consulter en Israël ? C'est pourquoi, voici ce que dit le Seigneur à l'adresse de votre maître : « Vous ne relèverez point du lit où vous êtes étendu, mais vous mourrez certainement. » (lY, Rois,i, 3 à 6.)
Un jour il prit fantaisie à un homme peu sensé de se aire dire sa bonne aventure. La réponse fut qu'il périrait par un lion. Bien qu'il y attachât peu d'importance, il en conserva le souvenir. Dans une certaine circonstance, il entre dans une église, y voit en statue de pierre un lion à gueule béante, et se rappelant son prétendu horoscope, dont il fait plaisamment l'histoire à ses compagnons, il plonge, comme par plaisanterie, sa main dans la gueule du lion : « Ah ! te voilà, lion redoutable, toi qui dois me donner la mort, dévoremoi donc, et accomplis la prophétie. » A l'instant il se sentit piqué par un scorpion qui s'y tenait caché, et cette blessure envenimée lui causa la mort. — Hélas 1 souvent la superstition nous est plus funeste encore. Une vieille femme tombe dangereusement malade ; monsieur le curé accourt pour lui administrer les sacrements. « Les sacrements ! dit-elle, mais j'ai encore douze ans à vivre : le coucou me l'a annoncé. » On eu beau chercher à la dissuader de cette idée fixe : elle mourut sans confession, répétant comme instinctivement la prophétie de cet oiseau de mauvais augure, qu'elle avait cru plus que M. le curé, plus que Dieu lui-même. (Cossard. Schmid, etc. Encore si cette ridicule et funeste superstition
reposait sur quelque fondement! Mais non. Un de ces hommes sans foi et quelquefois sans instruction, se plaignait à l'un de ses amis de la perte d'un procès. <( Au reste, ajouta-t-il, je m'y attendais : il avait commencé le vendredi, ce procès ; le vendredi porte malheur. — Votre adversaire pense-t-il comme vous ? lui dit cet ami, un peu plus sensé : il a gagné son procès, à ses yeux le vendredi porte bonheur. » Cette réflexion réduisit notre superstitieux au silence et le couvrit de confusion.