‹ Instructions sommaires sur la doctrine chrétienneChapitre 98 sur 318 · LE CHAPELET · texte numérisé non relu

LE CHAPELET

Le chapelet est la troisième partie du Rosaire ; il participe donc à la sainteté, à l'elficacité de celui-ci.

Il comprend les deux sorlesd'oraisons par lesquelles notre âme s'élève vers Dieu : la prière mentale et la prière vocale. Gomme oraison mentale, il embrasse par la contemplation les plus grands mystères de notre foi ; comme prière vocale, il se compose des formules les plus saintes en usage dans le christianisme : l'oraison dominicale, la salutation angélique et le symbole des Apôtres. Aussi ce pieux exercice a-t-il été autorisé, dès son institution, par les souverains pontifes, s'est-il répandu très promptement parmi les fidèles, a-t-il été loué et pratiqué par tous les membres de l'Eglise. On ne peut douter que mise en usage selon l'esprit de son institution, cette dévotion ne soit très agréable au Fils de Dieu et à sa très sainte Mère.

l^" 115. — LE CHAPELET ET LA MOURANTE.

Monseigneur Dupanloup, évêque d'Orléans, raconte au sujet du chapelet la touchante histoire que voici :

« J'étais auprès d'un lit de mort, où je recueillais et bénissais le dernier soupir d'une enfant qui m'était bien chère : c'était une toute jeune femme, à qui naguère j'avais fait faire la première communion... Elle avait vingt ans, il y avait un an à peine que j'avais bén i

son mariage. Riche, brillante, et mère depuis quelques jours, heureuse, au milieu de ce bonheur présent et de ces rêves d'avenir, elle allait mourir frappée d'une de ces maladies inexorables auxquelles on n'échappe pas. Je ne savais comment aborder la malade et je fus stupéfait quand arrivé près d'elle je lui trouvai le sourire sur les lèvres... La mort s'avançait à pas pressés; elle le savait... Je ne pus m'empêcher de lui dire : 0 mon enfant, quel coup ! — Est-ce que vous ne croyez pas, dit-elle, que j'irai au ciel? — Mon enfant, répondisje, j'en ai une grande espérance. — Et m.oi, reprit-elle, j'en suis sûre. Quand j'ai fait ma première communion, vous m'avez recommandé de dire tous les jours, y Ave y aria, et de le bien dire. Je l'ai dit tous les jours et même depuis quatre ans, le chapelet tout entier, c'est cela qui fait que je suis sûre d'aller au ciel. — Et comment ? — Ah ! Je ne puis pas croire, ajouta-telle avec gravité, que j'aie dit depuis quatre ans, cinquante fois par jour à la sainte Vierge : sainte Marie, mère de Dieu, priez pour moi pauvre pécheresse, maintenant et à l'heure de ma mort; et qu'en ce moment, où je vais mourir, elle ne soit pas près de moi. Elle y est, j'en suis sûre, elle prie pour moi, et c'est elle qui va m'introduire au ciel. » Je vous souhaite cherlecteur, cette confiance à votre heure dernière.

N^lie.— LE CHAPELET AU THÉÂTRE.

OÙ faut-il réciter le chapelet?

A l'église, à la maison, dans les rues, à travers la campagne, en voiture, à l'atelier, partout.

Sans se faire une spécialité de la dévotion, Napo-

léon P' en avait conservé des idées assez nettes par suite de l'instruction religieuse qu'il avait reçue dans son enfance et sa jeunesse. Or, au temps de sa plus grande prospérité, alors qu'il faisait jouer Talma devant un parterre de rois, il était un jour au théâtre, à Paris, assisté d'un page qu'il affectionnait et voulait attacher à sa fortune, parce qu'il s'appelait de Rohan- Chabot, prince de Léon.

L'Empereur suivait le spectacle d'un air distrait et examinait l'assistance. Ses yeux s'arrêtèrent à plusieurs reprises sur le jeune duc, qui avait l'air de réfléchir et de s'occuper assez peu de ce qui se passait sur la scène. Il tenait obstinément les mains cachées sous une fourrure pliée sur ses genoux. Tout à coup l'Empereur se penche, plonge rapidement sa main droite sous la fourrure, et saisit dans la main de son page un... chapelet.

A cette époque, vous le savez, l'instrument n'était pas fort en honneur, le page s'attendait à une verte semonce : — Ah ! Auguste, je vous prends, dit Napoléon au jeune duc tout confus. Eh bien cela me fait plaisir; vous êtes au-dessus de ces fadaises de la scène; vous avez du cœur ; un jour vous serez un homme. » Et il lui rendit son chapelet en lui disant : — Continuez, je ne vous dérangerai plus.

Les témoins de l'aventure n'osèrent pas rire en entendant parler ainsi le maître. Le page qui priait ainsi est effectivement devenu un homme ; il est mort Cardinal, Archevêque de Besançon, et a laissé, dans son diocèse, d'ineffables souvenirs de piété et de bienfaisance.

Page 1