X'' INSTRUCTION
Préseiiee rëelle de Jësus-Cbrlist dans l'Eucliaristie.
Accepil Jésus panem et benedixit et ait : Accipitc et comedite, hoc est corpus meum.
Jésus prit du pain, le bénit et dit : Prener et mangez, ceci est mon corps.
(Matth., ixvi, 26.)
Après vous avoir expliqué l'Eucharistie comme sacrifice, nous allons l'étudier sous un autre point de vue, en tant qu'elle est un sacrement; et, consi(térée sous ce rapport, elle n'est pas moins digne de votre intérêt et de votre attention, mes frères, puisque c'est parce qu'elle est un sacrement que vous avez droit de la recevoir. Or, quoi de plus grand, quoi de plus précieux pour vous ? Vous incorporer Jésus-Christ lui-même, vous nourrir et vous engraisser de sa divinité, et devenir comme des dieux !
Que l'Eucharistie soit un sacrement, l'Eglise l'a formellement défini en la mettant au nombre des sept sacrements de la loi nouvelle, et dans toutes les définitions qu'elle a portées sur ce dogme , elle dit et répète sans cesse qu'elle est un très-grand et très-vénérable sacrement.
Et, en effet, elle réunit toutes les conditions nécessaires à un véritable sacrement. C'est un signe sensible , puisque Jésus-Christ est véritablement présent sous les accidents du pain et du vin. IXotre Seigneur Jésus-Christ l'a institué la veille de sa mort. Après avoir célébré la pâque pour la dernière fois avec ses disciples, il prit du pain, le bénit et dit : Prenez et mangez, car ceci est mon corps. Puis, prenant le calice, il rendit grâces, le bénit et dit : Buvez-en tous ; car cest le calice de mon sang qui sera répandu pour vous pour la rémission des péchés.
« Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, a dit Jésus-Christ, a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour.» L'Eucharistie produit donc là grâce dans celui qui la reçoit; car il est impossible d'entrer dans le royaume des cieuxsans la grâce sanctifiante.
L'Eucharistie a été établie d'une manière permanente dans l'Eglise de Dieu , puisque Jésus-Christ est mort pour sauver tous les hommes ou pour leur communiquer la vie surnaturelle et divine, et qu'il déclare que quiconque ne mange sa chair et ne boit son sang ne saurait avoir la vie. Donc, pour avoir la vie divine et obtenir le salut éternel, il faut que les hommes, dans tous les temps et dans tous les lieux, reçoivent Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Elle est donc un véritable sacrement.
Au surplus, cette vérité est tellement claire, qu'elle n'a jamais été contestée. Catholiques, hérétiques, schismatiques, protestants même, tous pro-
fessent que l'Eucharistie est un véritable sacrement: mais ils ne s'accordent pas sur la nature de ce sacrement. Les catholiques croient fermement que Jésus-Christ est réellement et substantiellement présent dans l'Eucharistie, tandis que les hérétiques le nient, soit directement, soit indirectement.
Tous les hérétiques qui ont soutenu que le Fils de Dieu ne s'est pas revêtu de notre nature , mais qu'il a pris un corps aérien ou fantastique, nient par là même la réalité de la présence de Jésus- Christ dans l'Eucharistie.
Au onzième siècle, Bérenger, Français d'origine et archidiacre d'Angers, enseignait qu'il n'y a dans l'Eucharistie que l'ombre et la figure de Jésus- Christ. C'est le premier qui ait osé porter une main sacrilège sur ce dogme qui fait toute la gloire et toute la richesse du christianisme. Aussi s'élevat-il du sein de tous les catholiques un cri universel de réprobation contre ce novateur, et fulil condamné dans un grand nombre de conciles. Cependant Dieu lui accorda la grâce du repentir; il reconnut ses erreurs, abjura son hérésie et mourut dans la vraie et l'antique foi des chrétiens.
Je ne vous parlerai pas de Luther : malgré son grand désir de combattre la croyance de l'Eglise sur ce point, les paroles de Jésus-Christ lui paraissaient tellement claires, qu'il professa toujours la présence réelle et la défendit avec vigueur contre les novateurs de son temps. Il n'en fut pas de même de ses disciples ; ils soutinrent que ces paroles : Ceci est mon corps, devaient être ainsi en-
tendues : Ceci est le sigrie de mon corps, ou la figure de mon corps. Calvin prétendit que Jésus- Christ n'était présent que par la foi, et que les fidèles ne le recevaient et ne s'unissaient à lui que par la foi. Cette manière de considérer l'Eucharistie lui donna lieu de tromper un grand nombre de catholiques. Son langage ne différait en rien, pour ainsi dire, du langage catholique. Il disait comme nous que Jésus-Christ est présent dans l'Eucharistie, qu'il y est réellement présent, et que les fidèles le recevaient par la sainte communion ; mais il sous-entendait toujours que ce n'était que par la foi. Aussi l'Eglise ne s'est-elle pas contentée de déclarer que Jésus-Christ est dans l'Eucharistie, mais elle a ajouté quelques mots frappants et énergiques, qui excluent toute équivoque. Ses paroles sont trèsremarquables ; elle a défini que Jésus-Christ est vraiment, réellement et substantiellement présent dans l'Eucharistie. Telle est la foi que l'Eglise a professée dans tous les temps.
Un concile d'Alexandrie présidé par saint Cyrille, dans sa lettre à Nestorius, s'exprime ainsi : « Nous confessons que nous célébrons dans l'Eglise un sacrifice non sanglant, que nous nous approchons des mystérieuses eulogies ou bénédictions, et que nous sommes ainsi sanctifiés, étant devenus participants de la chair et du sang de Jésus-Christ. Puisque ce divin Sauveur a dit : « Si vous ne man- « gez ma chair et si vous ne buvez mon sang, vous « n'aurez pas en vous la vie , »il s'ensuit que l'Eucharistie est la propre chair, la chair vivifiante de
Dieu. »0r, cette lettre des évêques réunis en concile à Alexandrie fut lue et approuvée par les Pères du concile général d'Ephèse, tenu en 431. Le dogme de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie était donc reconnu et professé dans toute l'Eglise au commencement du cinquième siècle.
Dans les actes du second concile général deNicée, tenu en 787, on lit ces paroles : « Jamais aucun esprit des trompettes divines, c'est-à-dire aucun des saints apôtres ni de nos illustres pères n'a dit que notre sacrifice non sanglant, qui se célèbre en mémoire de Jésus-Christ notre Dieu et de toute sa bonté, est l'image de son corps. Ce n'est pas ainsi qu'ils ont appris du Seigneur lui-même à parler ou à confesser leur foi ; mais ils ont entendu l'évangéliste qui leur dit : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas en vous la vie. »
Mais hâtons-nous d'arriver au saint concile de Trente, qui a été tenu pour condamner les erreurs de Luther et de Calvin. Ecoutez ses paroles avec tout le respect qu'elles méritent ; elles ont été dictées par le Saint-Esprit lui-même:
« Le saint concile de Trente, œcuménique et général, assemblé légitimement dans le Saint-Esprit, déclarant donc ici, louchant ce divin et auguste sacrement de l'Eucharistie, la doctrine saine et sincère que l'Eglise catholique, instruite par Jésus- Christ et ses apôtres, enseignée par le Saint-Esprit, qui de jour en jour lui suggère toute vérité, a toujours conservée et qu'elle conservera jusqu'à la fin des siè-
des, interdit et défend à tous les fidèles de croire, d'enseigner et de prêcher, touchant la très-sainte Eucharistie, une autre doctrine que celle qui est définie et expliquée dans le présent décret.
« En premier lieu, le saint concile enseigne et reconnaît ouvertement et simplement que dans l'auguste sacrement de l'Eucharistie, après la consécration du pain et du vin, notre Seigneur Jésus-Chrisl, vrai Dieu et vrai homme, est contenu véritablement, réellement et substantiellement sous l'espèce de ces choses sensibles. Car il ne répugne point que notre Sauveur soit toujours assis à la droite du Pèr^ dans le ciel, selon la manière d'être naturelle, et que néanmoins il soit présent substantiellement en plusieurs autres lieux d'une manière sacramentelle, que notre esprit, éclairé par la foi, peut concevoir comme possible à Dieu, et que nous devons croire très-constamment, quoiqu'on puisse à peine l'exprimer par des paroles. Car c'est ainsi que tous nos prédécesseurs qui ont appartenu à la véritable Eglise de Jésus-Christ, toutes les fois qu'ils ont parlé de cet auguste sacrement, ont reconnu et professé ouvertement que notre Rédempteur institua ce sacrement si admirable dans le dernier repas, lorsqu'après avoir béni le pain et le vin il attesta en termes clairs et formels qu'il leur donnait son propre corps et son propre sang. Et comme ces paroles, rapportées par les saints évangélistes et depuis par saint Paul, portent en elles-mêmes cette signification propre et très-manifeste, selon laquelle elles ont été entendues par les Pères, certes, c'est
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un attentat horrible que des hommes opiniâtres et méchants osent les détourner, selon leur caprice et leur imagination, à un sens métaphorique par lequel la vérité de la chair et du sang de Jésus- Christ est niée contre le sentiment universel de l'Eglise, qui^ étant comme la colonne et l'appui de la vérité, a détesté ces inventions d'esprits impies comme sataniques, conservant toujours la mémoire et la reconnaissance d'un bienfait qu'elle regarde comme le plus excellent qu'elle ait reçu de Jésus- Christ. » (Sess. 13, cap. 1 .)
Après cette déclaration, le saint concile rend raison de l'institution de l'auguste sacrement de l'Eucharistie, qui renferme toutes les richesses de l'amour de Jésus-Christ pour les hommes ; il fait voir son excellence sur tous les autres sacrements ; il prouve que la substance du pain et du vin est changée en la substance du corps et du sang de Jésus- Christ, et déclare expressément que nous devons adorer Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Enfin, par son premier canon, il retranche de la société catholique quiconque rejette ce dogme de foi. « Si quelqu'un nie que le corps et le sang de Jésus- Christ avec son âme et sa divinité, et par conséquent Jésus-Christ tout entier soit contenu véritablement, réellement et substantiellement dans le sacrement de la très-sainte Eucharistie, et s'il dit au contraire qu'il y est seulement comme dans un signe, ou bien en figure ou en vertu, qu'il soit ana- Ihème. »
S'il s'agissait d'une proposition philosophique et
qu'on l'établît par les témoignages les plus clairs et les plus nombreux de tous les hommes qui, depuis dix-huit siècles, auraient fait de la philosophie l'étude constante de toute leur vie, quel serait l'homme assez audacieux pour affirmer que tous les philosophes qui l'ont précédé se sont grossièrement trompés et que lui seul possède la vérité? Cependant il pourrait encore se faire que ce dernier fût dans le vrai, car les philosophes ne sont point infaillibles. Mais s'il s'agissait, non plus d'une proposition philosophique, mais de l'interprétation d'une loi romaine, du sens qu'il faut donner à certaines paroles au sujet des testaments, savoir si, lorsqu'un testateur lègue sa maison à un de ses amis, ses héritiers exécutent sa volonté en donnant seulement un tableau représentant la maison; supposons maintenant que, depuis que cette loi est faite jusqu'à nos jours, tous les hommes savants en ont parlé, et que tous ont soutenu que les termes de la loi sont tellement clairs, que pour l'exécuter il faut que les héritiers donnent la maison elle-même et non un tableau qui la représente, pourricz-vous élever encore quelque doute sur le sens de cette loi? Ce serait prétendre que tous les savants depuis dix-huit siècles n'ont pas su comprendre le sens des mots qu'ils ont lus; en d'autres termes, qu'ils n'ont pas su lire. Or, telle est la question qui nous occupe. Jésus-Christ a fait son testament par lequel il déclare qu'il nous donne son corps et son sang. Tous les hommes savants dans la science religieuse affir-
ment qu'il faut entendre ces paroles du vrai corps et du vrai sang de Jésus-Christ. Mais voici qu'après seize siècles quelques hommes orgueilleux et libertins prétendent qu'il s'agit là non du vrai corps et du vrai sang de Jésus-Christ, mais seulement du signe et de l'image de son corps et de son sang. Vous tous, docteurs, pères de l'Eglise, papes, cvêques, prêtres, vous n'êtes que des imbécilles et des ignorants, vous ne comprenez pas le sens des mots que vous lisez, vous ne savez pas lire. Que pensez-vous, mes frères, d'une pareille prétention? jN'est-cc pas le sublime de l'orgueil? Que sera-ce donc lorsqu'il est bien reconnu que l'Eglise est infaillible, parce qu'elle e^t toujours conduite par le Saint-Esprit? Ces hérétiques disent donc à Dieu lui-même : Vous ne connaissez pas le sens des mots, et nous nous sentons capables de vous donner quelques leçons de lecture.
Jésus-Christ est donc présent dans l'Eucharistie. Est-ce seulement par son image? Non, car il est véritablement présent. Est-ce seulement par la foi? Non, car il est réellement présent. Oui, sans doute, on peut dire qu'il est véritablement et réellement présent, mais seulement par sa vertu. Mais c'est une hérésie, et nous devons croire qu'il y est subsîantiellement.
L'Eucharistie n'est donc pas seulement un sacrement, ou un signe sensible qui produit la grâce; elle renferme l'auteur même de toutes les grâces. Ce sacrement l'emporte donc sur tous les autres, dit saint Thomas : dans les autres sacrements Je-
sus-Christ ne se trouve que par sa grâce, tandis qu'il est ici substantiellement. Or, ce qui existe par essence ne vaut-il pas mieux que ce qui n'est que par participation?
Tous les sacrements semblent n'avoir d'autre fin que l'Eucharistie. Quel est le but du sacrement de l'Ordre? N'est-ce pas la consécration de l'Eucharistie? Pourquoi le Baptême? Pour nous donner le droit de recevoir la sainte Eucharistie. Et la Confirmation? Pour nous revêtir de la force d'en haut et nous rendre capables de triompher de toutes les tentations, afin que rien ne nous empêche de manger ce pain céleste. Et la Pénitence? Pour purifier notre conscience, quand nous l'avons souillée par le péché, et nous rendre dignes de recevoir la sainte communion. Et l'Extrême-Onction? Pour le même motif. Et le Mariage? Pour signifier le mariage spirituel de Jésus-Christ avec son Eglise, dont la consommation s'opère par l'Eucharistie. Par le mystère de l'Incarnation, le Fils de Dieu a uni sa divinité à un corps et à une âme seulement; mais par l'Eucharistie il unit sa divinité à tous les chrétiens.
C'est donc ici, mes frères, la consommation de notre union avec le Sauveur : son corps n'est plus à lui, mais à nous; notre corps n'est plus à nous, mais à Jésus-Christ. C'est le mystère de la jouissance de l'époux et de l'épouse; car il est écrit : <( Le corps de l'époux n'est point en sa puissance, mais en celle de l'épouse. » Entendez-vous, âme chrétienne qui avez choisi Jésus-Christ pour votre
époux dans le Baptême par la foi et avec des promesses mutuelles? Le voyez-vous, ce corps sacré de votre époux, le voyez-vous sur la sainte table où l'on vient de le consacrer? Il n'est plus en sa puissance, mais en la vôtre. Vous avez sur lui un droit réel. Mais aussi votre corps n'est plus à vous ; Jésus veut le posséder. Ainsi vous serez unis corps à corps, vous serez deux dans une même chair; c'est l'accomplissement de ce chaste et divin mariage.
Mais il faut que l'esprit s'y joigne ; car qu'est-ce que s'unir au corps, si on ne s'unit à l'esprit? Celui qui est uni au Seigneur, qui lui demeure attaché, est un même esprit avec lui. Il n'y a plus qu'une même volonté, un même désir, une même félicité, une même vie. (Bossuet.)
Je crois à votre puissance et à votre amour, à mon aimable Sauveur; je crois avec toute l'Eglise catholique, avec les apôtres, les martyrs, les docteurs, les confesseurs et les vierges, que vous êtes vraiment, réellement et substantiellement présent dans le sacrement de l'Eucharistie; je crois avec ces chrétiens innombrables de tous les temps, déterminés à répandre jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour confesser cette vérité de notre foi. Je crois de toute la force de mon ame, et je vous conjure, ô mon Dieu, de me donner une foi plus vive encore, plus forte et plus vigoureuse. Faites qu'elle éclaire mon esprit de ses plus vives lumières, et qu'elle échauffe mon cœur de ses plus grandes ardeurs. Amen.
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