‹ Instructions sur l'EucharistieChapitre 9 sur 35 · SAINT BONNET · texte numérisé non relu

SAINT BONNET

Saint Bonnet, né de parents illustres, fut élevé avec le plus grand soin; il s'appliqua à l'étude et se rendit très-habile dans toutes les sciences, même dans le droit civil. Après la mort

de son père, il entra au service du roi, et remplit avec beaucoup de succès les fonctions les plus élevées. Son frère, nommé Avit, homme très-versé dans les lettres divines et humaines,, devint évêque de Clermont en Auvergne. Après avoir administré cette église pendant quinze ans, sentant sa fin qui approchait, il désigna son frère Bonnet pour son successeur, et obtint deThéodoric, roi desWisigoths, qu'il contirmât son choix, a cause des rares qualités qui brillaient dans son digne frère. Bonnet accepta Tévêché, mena la vie la plus sainte et la plus austère, et remplit ses devoirs de pasteur des âmes avec zèle et fidélité. Il jeûnait souvent et passait quelquefois deux, trois et quatre jours sans prendre aucune nourriture. Il priait sans cesse et gardait le silence; il répandait d'abondantes larmes. Il exerçait l'hospitalité à l'égard des pèlerins, qu'il recevait tous avec une tendre charité, témoignant de la bienveillance envers tous, et montrant plus de compassion et d'affection pour les pauvres. Il aimait les prêtres comme ses frères, et les exhortait à se mettre à la hauteur de leurs sublimes fonctions, il distribuait largement le pain matériel aux indigents et le pain de la parole divine à tous les lidèles confiés à sa sollicrtnde pastorale.

Il eut quelque scrupule d'avoir été fait évêque sur la demande de son frère, et, d'après les avis d'un saint homme qu'il consulta, il quitta son évêché et se retira dans le monastère de Magdeloii, où il se livra à tous les exercices de la vie religieuse avec un zèle qui ne se démentit jamais.

Il opéra une infinité de miracles avant et après sa mort. Des malades recouvraient la santé en buvant de l'eau où ilavait lavé ses mains. Un boiteux le pria de mettre la main sur sa jambe pour le guérir, et le saint lui dit en souriant : « Je ferai ce que vous désirez, mais cela ne vous servira pas plus que si un bœuf vous avait donné un coup de pied. » Il fit le signe de la croix sur le malade, qui fut aussitôt puéri. Il délivra, par sa prière, deux pos.sédés qu'on avait mis sur son chemin. Une femme aveugle, nommée Balde, partit d'Angleterre pour aller remercier le saint ; elle avait recouvré la vue oar son intercession.

Mais le plus grand de tous les miracles et le plus excellent privilège de saint Bonnet fut la faveur singulière qu^il reçut de la sainte Vierge, Mère de Dieu, pour laquelle il avait une tendre dévotion. Il entra un jour dans l'église de Saint-Michel pour y prier, et, pour ne pas être distrait, il se mit dans un coin à Tccart. Le service étant achevé, le peuple se retira: mais le saint prélat demeura caché dans le lieu où il s'était retiré. A la fin du jour, on ferma les portes de l'église sans qu'on Teût aperçu, et, se voyant libre, seul et sans aucun bruit, il se mit à prier. Mais comme il était en la plus grande ferveur de son oraison, il entendit une mélodie céleste, vit l'église remplie d''une grande lumière et plusieurs saints qui descendaient du ciel, au milieu desquels était la glorieuse Reine des anges. Ils chantaient tous les louanges de Jésus- Christ et de son auguste Mère, et Marie chantait elle-même les louanges de son Fils. Cette multitude fit la procession tout autour du chœur dans un ordre parfait, jusqu'à ce que, arrivés à Tautel, quelques uns des saints demandèrent : « Qui célébrera la Messe? » Marie répondit que ce serait Boimet, son bien-airaé serviteur, qui était présent. Le saint prélat, entendant ces paroles, fut saisi de frayeur, et, pénétré d'un vif sentiment de son indignité, il se retira, cherchant à se cacher. Il se pressa contre une pierre dure qui s'amollit miraculeusement et prit l'empreinte du corps du saint. Mais son humilité ne fit que le rendre plus digne de l'honneur qu'il fuyait ; il fut contraint d'obéir. Il fut conduit à l'autel, quelques saints le revêtirent des habits sacerdotaux, et il célébra la sainte Messe au milieu de cette glorieuse assemblée, assisté et servi par ces mêmes saints. Après la Messe, Marie lui donna une aube très-blanche, d'une étoffe si fine et si déliée qu'on n'en connaît point de semblable sur la terre, et qu'on a montrée et honorée depuis comme très-précieuse rehque. Ce miracle est tenu pour certain en Auvergne, où l'on a gardé cette aube. La vie de ce saint évêque a été écrite par un auteur grave, et elle est rapportée par Surius dans le premier tome de son ouvrage sur la vie des saints.

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