‹ Instructions sur l'EucharistieChapitre 11 sur 35 · RÉELLE · texte numérisé non relu

RÉELLE

Dès lors qu'il est bien établi que Josus-Christ est substanlieliement présent dans l'Eucharistie^ nous devons le croire, malgré toutes les difficultés que la raison peut soulever contre ce dogme. Nous sommes certains qu'il n'y a rien de contraire aux lumières de la raison ; car Dieu ne peut pas se contredire, et cependant il se contredirait s'il nous révélait quelque chose de contraire à la raison, puisqu'il est lui-même l'auteur de la raison et Tautenr de la révélation. Nous devons conclure que ce qui nous paraît contraire à la raison ne l'est pas et ne saurait l'être en réalité^ mais que cela nous semble ainsi à cause de la faiblesse de notre raison. Ne voyons-nous pas dans la nature mille choses qui semblent se contredire et qui existent cependant? Nous ne pouvons pas nier les faits. Ainsi en est-il des vérités de l'ordre surnaturel. Quand nous avons acquis la certitude que Dieu a parlé, nous devons ajouter foi à sa parole, car il ne peut pas nous tromper. Son affirmation n'équivaut-elle pas aux faits les plus certains?

Nous ne sommes donc pas obligés de répondre à toutes les objections que les hérétiques et les philosophes font sans cesse contre les mystères chrétiens, et notre foi doit être inébranlable, puisqu'elle repose sur la parole de Dieu, qui est infaillible, et que notre petite raison doit se taire et se soumettre devant la raison de Dieu. Cependant il ne sera pas inutile de montrer que nos adversaires ne prouvent pas le moins du monde que le dogme eucharistique soit contraire à la raison. En effet, voici comment ils procèdent ; Du dogme de la présence réelle, disent-ils, il résulte quatre conséquences qui offusquent la raison et contredisent le sens commun, car il s'ensuit : 1^ que le corps de Jésus-Christ est à la fois en plusieurs lieux, au ciel, sur la terre et dans toutes les hosties consacrées ; 2° que le corps de Jésus-Christ n'a pas les véritables propriétés des corps : on ne peut ni le voir, ni le tou-

cher; il n'occupe point do place, puisqu'il se trouve sous les plus petites parties de cliaque espèce ; 3° que les accidents subsistent sans sujet, la substance du pain et du vin étant changée en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ ; 4" que ces mêmes accidents conservent toutes les propriétés de la substance, puisqu'ils se corrompent et qu'ils peuvent entretenir la vie physique. Or, toutes ces conséquences sont en opposition flagrante avec les notions que nous avons des corps; elles sont absurdes. La raison doit donc rejeter le principe de la présence réelle.

L'esprit humain, éclairé par la foi, nous dit le concile de Trente, conçoit qu'il est possible à Dieu de faire que Jésus- Christ soit dans le ciel sous la forme humaine, et qu'il soit sacramentellement présent dans plusieurs lieux à la fois. Des hommes très-savants soutiennent qu'il n'est pas impossible qu'un corps soit à la fois en plusieurs lieux. L'histoire en cite plusieurs exemples, et le célèbre philosophe Gœrres en rapporte beaucoup dans son fameux ouvrage intitulé la Mystique. Il cherche même à les expliquer scientifiquement. Dieu ne peut-il pas prendre quelque chose de toutes les parties constitutives du corps humain, en former un second corps identique au premier ? Qui empêche quel'àme ne soit présente aux deux corps à la fois, comme elle est présente dans tous les membres du même corps sans être multiple? Mais si Dieu peut clidoubkr un corps pour en faire deux, pourquoi ne pourrait-il pas en faire cent, mille et plus encore?

En supposant que le même corps ne puisse être présent en plusieurs lieux à la fois d'une manière locale, c'est-à-dire de manière que les différentes parties du corps correspondent aux différentes parties du lieu, rien ne s'oppose à ce qu'il soit présent sacramentellement, c'est-à-dire sans que ses parties correspondent aux parties du lieu, ({u'il soit tout entier dans tout le lieu et tout entier dans chaque partie du lieu, à peu près comme la substance d'un objet est tout entière dans l'objet et dans chaque partie de l'objet.

Rappelez-vous que dans l'Eucharistie la substance du pain et du vin est changée en la substance du corps et du sang de

3ésus-Clirisl, que Jésus-Christ est dans rEucharistie avec les qualités des corps glorieux^ et que par conséquent son corps participe aux qualités de l'esprit, selon la doctrine de saint Paul. Or, en vous plaçant devant plusieurs glaces, votre image se multiplie autant qu'il y a de miroirs. Si vous brisez une glace, l'image n'est [nis brisée, elle est tout entière dans chaque partie. Qui vous prouvera que Dieu ne puisse faire pour la réalité ce qu'il fait pour l'image ?

Le feu est substantiellement un seul et même feu, et on ne peut le multiplier à raison de sa nature, mais seulement à raison des lieux. Le soleil est un à raison de sa nature, et si ses rayons sont autant d'émanations de sa substance, il est vrai de dire qu'il est présent au lirmament d'une certaine manière, et présent d'une autre manière partout où pénètrent ses rayons. L'àme humaine est tout entière dans tout le corps et tout entière dans chacun des membres.

Quand un orateur parle, sa pensée se manifeste par la parole; elle est communiquée tout entière à chacun de ses auditeurs, et elle demeure tout entière dans sou esprit. La parole est pourtant quelque chose de physique ou de matériel.

Or, Jésus-Christ est un feu consumant, il est le soleil des intelligences, l'âme de notre âme et la parole de son Père éternel, et son corps participe aux quaUtés du feu, de la lumière, de l'esprit et de la pensée. De même que je puis dire que mon âme est en mouvement dans ma tête, si ma tête se meut, et en repos dans le pied, si le pied se repose, je puis dire du soleil qu'il est dans un lieu et non pas dans un autre, et du feu qu'il s'allume sur la montagne et qu'il s'éteint dans la plaine ; ainsi je dirai, dans le même sens, que le corps de Jésus-Christ est ici et qu'il n'est point là, qu'il est mangé et qu'il n'est pas mangé, qu'il commence à exister dans un lieu et qu'il cesse d'exister dans un autre.

XI*^ INSTRIGTIOX.

Promesse de l'EiieliariNtle.

Panis (/ucm ego dnbo caro meu es! pro fniindi vtta.

Le pain que je donnerai est ma chair pour la vie »1ii monde.

(JoA>(.. VI, î;2.)

Lne grande multitude avait suivi Jésus-Christ jusque dans le désert, et comme ils n'avaient plus de vivres, ce divin Sauveur en eut pitié, et avec quelques pains il nourrit cinq mille personnes. Frappés de ce prodige, ils se précipitent sur ses pas les jours suivants, dans l'espoir d'obtenir le même bienfait ; et Jésus profite de cette circonstance pour élever leur esprit du pain matériel au pain spirituel qui nourrit l'âme. Mais, afin que ses auditeurs comprennent toute sa pensée, il leur dit formellement que ce pain spirituel est la foi en la parole de Celui que le Père a envoyé, c'est-à-dire au Messie; et de là il passe bientôt à la foi au pain eucharistique. Ecoutez ses paroles : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle. Je suis le pain dévie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts; mai» voici le pain qui est descendu du ciel, afin que ce-

îui qui en mange ne meure point. Je suis le paîu vivant qui suis descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement; et le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde. Les Juifs donc disputaient les uns contre les autres en disant : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger? Jésus leur dit : £n vérité, en vérité, je vous le dis, si vous no mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez pas en vous la vie. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. Comme mon Père, qui m'a envoyé, est vivant, et que je vis par mon Père, de même celui qui me mange vivra aussi par moi. C'est là le pain qui est descendu du ciel, non comme la manne que vos pères ont mangée, et ils n'en sont pas moins morts. Celui qui mange ce pain vivra éternellement. Ce fut en enseignant dans la synagogue de Capharnaûm que Jésus dit ces choses. Plusieurs donc de ses disciples, l'ayant entendu, dirent : Ce discours est dur, et qui peut l'entendre? Mais Jésus, connaissant en lui-même que ses disciples murmuraient sur ce sujet, leur dit : Est-ce que cela vous scandalise? Que cera-ce donc si vous voyez le Fils de l'homme monter où il était auparavant? C'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien ; les paroles que je vous ai dites sont elles-mêmes esprit et vie.

Mais il y en a quelques uns d'enlie vous qui ne croient pas... Dès lors plusieurs de ses disciples se retirèrent de sa suite, et ils n'allaient plus avec lui. Sur quoi Jésus dit aux douze apôties : Et vous, ne voulez-vous point aussi m'abandonner? Simon-Pierre lui répondit : A qui irions-nous, Seigneur? Vous avez les paroles de la vie éternelle ; nous avons cru et nous avons connu que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu. » (Joan., vi.)

Si vous méditez avec quelque attention ces mémorables paroles, vous comprendrez bientôt qu'on ne saurait les entendre d'une manducation par la foi seulement, mais qu'elles expriment une vraie et réelle manducation de la chair du Sauveur.

Quand il s'agissait de vérités difficiles à croire, notre aimable Sauveur avait soin de disposer les esprits à les accepter en leur en parlant longtemps à l'avance. C'est ainsi qu'il leur annonce sa passion, sa mort, sa résurrection et son ascension. Il convenait donc de leur parler aussi de l'Eucharistie, puisque ce mystère renferme tous les autres, les suppose et les résume. Les trois premiers évangélistes ne parlent que de son institution, tandis que saint Jean n'en dit pas mot. Les paroles de la promesse qu'il rapporte ne sont-elles pas de la dernière évidence ?

Jésus-Christ promet un pain qu'il n'a pas encore donné, mais qu'il donnera. Il n'est donc pas question de la foi ni d'une figure de l'Eucharistie. Estce que les patriarches et les prophètes ne s'étaient pas nourris abondamment de ce pain de la foi et du pain figuratif?

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A peine le Sauveur a-t-il prononcé ces mois : M Le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde, » que les Juifs se disputent entre eu\ et se disent : « Comment peut-il nous donner sa chair à manger? » Ils comprennent donc que le Sauveur parle d'une manducation réelle de sa chair. S'ils se trompent, Jésus-Christ ne doit-il pas s'expliquer plus clairement et leur dire : Calmez-vous, il ne s'agit que d'une manducation par la foi? Mais, au lieu de leur montrer qu'ils se trompent en prenant ses paroles dans leur sens naturel, il insiste de plus en plus sur la réalité de sa chair qu'il veut leur donner à manger ; et à son affirmation il ajoute une espèce de serment. « En vérité, en vérité, leur dit-il, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas en vous la vie. » Il répète cinq fois la même chose, mais avec plus de clarté, de force et de précision : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle ; je le ressusciterai au dernier jour. Ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment un breuvage. » Quoi donc ! mes frères, l'Eucharistie ne serait que le signe ou la figure du corps et du sang du Sauveur, tandis qu'il affirme que sa chair est vraiment une nourriture et son sang vraiment un breuvage !

« Celui qui mange ma chair, ajoute-t-il, et qui boit mon sang, demeure en moi etmoi en lui. Comme mon Père vivant m'a envoyé et que je vis par mon Père, celui qui me mange vit par moi. » Celui donc qui reçoit l'Eucharistie vit par Jésus-Christ comme

Jésus-Christ vit par son Père. Or, Jésus vit de la vie substantielle de son Père. Le chrétien reçoit donc par l'Eucharistie la vie substantielle de Jésus- Christ.

C'est là le pain qui est descendu du ciel, non comme la manne que les Juifs ont mangée et qui les a laissés mourir : celui qui mange ce pain vivra éternellement. Or, les Hébreux mangèrent la manne par la foi, dit saint Paul, comme étant une figure du Messie. Si donc le pain eucharistique doit être plus précieux que la manne, ne faut-il pas qu'il soit la chair réelle et substantielle de Jésus-Christ?

Les disciples du Sauveur se scandalisent. Or, ce scandale n'indique-t-il pas clairement qu'ils entendaient ces paroles de quelque chose de nouveau, d'inouï, d'étonnant? Au lieu de les détromper, Jésus-Christ insiste avec plus de force encore sur sa pensée. Cela vous scandalise? que sera-ce donc quand vous verrez le Fils de l'homme remontant au ciel? C'est comme s'il eût dit : Ce que je vous propose est sans doute difTicile à croire ; mais quand je serai monté au ciel, ce mystère sera bien plus incroyable, puisqu'il faudra croire que je suis à la droite de mon Père et dans une mullitude de lieux sur la terre. Mais s'il ne s'agissait que d'une man- (iucation par la foi, il n'était pas plus diilicile de le croire après qu'avant l'ascension, et le raisonnement de Jésus-Christ n'a plus de signification.

Saint Pierre comprend bien qu'il s'agit là de la chair réelle du Sauveur, lorsqu'il lui répond : « A qui irions-nous? Vous avez les paroles de la vie

— lo3 — éternelle ; nous avons cru et nous avons connu que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu. » Comme s'il eût dit : Il est vrai, Seigneur, que le mystère dont vous nous parlez dépasse notre intelligence ; mais comme vous êtes le Fils de Dieu, que vous connaissez tout et que vous pouvez tout, nous ajoutons foi à vos paroles.

Si vous méditez attentivement les paroles de la promesse, vous trouverez que Jésus-Christ fait trois choses importantes : il explique clairement ce qu'il donne dans l'Eucharistie, le fruit qu'on en doit tirer, et le moyen d'en tirer ce fruit.

Ce qu'il nous donne, c'est lui-même, c'est sa chair et son sang ; et dès qu'il en parle, les hommes s'écrient : Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger? L'homme raisonne toujours contre lui-même et contre les bontés de Dieu. Quand Jésus, pour nous préparer au mystère qu'il devait laisser à son Eglise au jour de la cène, dit qu'il nous donnera sa chair à manger et son sang à boire, les Juifs tombent dans trois erreurs; ils croient qu'il leur parle de la chair d'un homme pur, du fils de Joseph; d'une chair semblable à celle dont les hommes nourrissent leur corps, d'une chair qu'ils consumeraient en la mangeant.

Pour détruire cette première erreur, Jésus leur dit : « Je suis le pain vivant descendu du ciel. » La chair que nous mangeons n'est donc pas la chair du fils de Joseph ; c'est la chair du Fils de Dieu, une chair conçue du Saint-Esprit et formée du sang d'une vierge. L'ange avait dit à Marie : « Le Saint-

Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très- Haut vous couvrira de son ombre, et la chose sainte qui naîtra de vous sera appelée le Fils de Dieu. » Ces paroles de l'ange font voir que la sainteté est substantielle en Jésus-Christ, parce que sa personne est sainte par elle-même, par la sainteté essentielle et substantielle du Fils de Dieu. Mais pourquoi l'ange dit-il qu'il sera appelé le Fils de Dieu? Est-ce qu'il ne l'est pas en réalité? Il veut dire qu'il le sera par excellence. Le Père, qui l'engendre dans l'éternité, l'engendrera dans le sein de Marie, et la chair que prendra le Fils de Dieu sera formée par le Saint-Esprit. Ce sera donc une chair sainte, do la sainteté du Fils de Dieu qui se l'unit; elle sera pleine de vie, source de vie, vivante et vivitiante par elle-même. C'est ainsi que Jésus-Christ détruit la première erreur des Juifs.

Pour réfuter la seconde, qui consistait à s'imaginer que la vie que Jésus-Christ promettait par sa chair serait celte vie commune et mortelle, il répète, il inculque dans tout son discours que c'est la vie éternelle tant de l'âme que du corps qu'il veut nous donner. « La volonté de mon Père, dit-il, est que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donnés et que je les ressuscite au dernier jour... Quiconque mange de ce pain que je donnerai pour la vie du monde, vivra éternellement. »

Pour détruire la troisième erreur des Juifs, qui s'imaginaient une chair que l'on consumerait en la mangeant, il leur dit : ^< Cela vous scandalise? Vous serez bien plus étonnés quand vous verrez le Fils

de l'homme monler au lieu d'où il est venu. »Comme s'il eût dit : On mangera ma chair, mais je n'en demeurerai pas moins entier et vivant. D'où il conclut : iSe vous imaginez donc pas que je vous parie d'une chair humaine à l'ordinaire ou de la chair du fils de Joseph, ni que je vous parle d'une chair qui doive vous être donnée pour entretenir cette vie mortelle, ni par conséquent d'une chair qui doive être mise en pièces et consumée en la mangeant. La chair, en ce sens, ne sert de rien , c'est l'esprit qui vivifie ; les paroles que je vous dis sont esprit et vie. Quoiqu'il n'ait parlé, pour ainsi dire, que de sa chair, que de son sang , que de manger celle-là, que de boire l'autre, tout ce qu'il a dit est esprit ; c'est-à-dire manifestement que dans sa chair, dans son sang, tout est esprit, tout est vie, tout est uni à la vie et à l'esprit, parce que sa chair et son sang sont la chair et le sang du Fils de Dieu.

Autant donc que vous désirez la vie, autant devez-vous désirer cette chair qui vous la donne, qui la contient, qui est la vie môme. Quand une femme malade a touché le bord de sa robe, notre Sauveur a dit : « Il est sorti de moi une vertu ; je l'ai senti sortir. » C'était une vertu pour guérir les corps. Combien plus en sortira-t-il pour vivifier les âmes ! Approchez-vous donc de cette chair, touchez-la, mangez-la ; il en sortira une vertu qui portera la vie dans vos âmes, et qui dans son temps la donnera à vos corps.

Il en est de même du sang de Jésus. Ce sang est plein de vertu pour nous vivifier; car c'est le sang

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du Fils (le Dieu, le sang du Nouveau Testament, par lequel le grand pasteur des âmes a été lire de la mort, dit saint Paul. Il est donc ressuscité des morts par la vertu de son sang, parce qu'il devait entrer dans sa gloire par ses souffrances. C'est par ce même sang du Testament et de l'alliance éternelle que nous devons aussi hériter de son royaume et avoir la vie éternelle. Mangez, buvez, vivez, nourrissez-vous, unissez-vous à la vie par celte chair, par ce sang vivifiant. Il les a pris pour s'approcher de nous ; ce n'est pas aux anges qu'il a voulu s'unir, c'est la nature humaine qu'il a voulu prendre. Et parce que les hommes sont composés de chair et de sang, il a voulu aussi être composé de l'un et de l'autre. C'est par là qu'il s'unit à nous et qu'il nous sauve. Cette chair et ce sang sont devenus le lien de notre union avec lui, l'instrument de notre salut, la source de notre vie, parce qu'il les a pris pour nous, les a offerts pour notre salut, et nous les donne encore pour nous vivifier. Allons avec une sainte avidité à cette viande céleste, tout y est esprit et vie.

Jésus-Christ nous enseigne clairement qu'il faut croire deux choses : la première, que le Fils de Dieu est descendu du ciel, et qu'il a pris une chair humaine en laquelle il est venu à nous; la seconde, que, pour avoir part à la vie qu'elle contient, il faut la manger.

La première de ces vérités est clairement enseignée dans ces paroles si souvent répétées : « Je rf^uis descendu du ciel ; ce n'est pas 3Ioise qui vous

donne le vrai pain descendu du ciel , car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. »

La seconde vérité, qu'il faut manger cette chair pour avoir part à la vie qu'elle contient, n'est pas moins clairement expliquée par tout le discours de Jésus-Christ : « Le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde. » Les Juifs disent entre eux : « Comment peut-il nous donner sa chair à manger? » Et Jésus-Christ insiste de plus en plus : « Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, vous n'aurez point la vie en vous. Ma chair est vraiment viande et mon sang vraiment breuvage. » Il ne se lasse pas de le répéter; il enfonce, pour ainsi dire, de plus en plus dans la matière; il introduit le discours de la nourriture céleste à l'occasion du pain matériel qu'il venait de donner aux Juifs , et il en vient jusqu'à dire qu'il faudra manger sa chair et boire son sang, qu'il les a pris l'un et l'autre, et c'est là notre salut, notre vie; car, par ce moyen, il ne prend pas seulement en général une chair humaine, il prend la chair de chacun de nous lorsque chacun de nous reçoit la sienne. Alors il se fait homme pour nous , il nous applique son incarnation ; et, comme disait saint llilaire, il ne prend la chair que de celui qui prend la sienne. Il n'est point notre Sauveur , et ce n'est point pour nous qu'il s'est incarné, si nous-mêmes nous ne prenons la chair qu'il a prise. Ainsi l'œuvre de notre salut se consomme dans l'Eucharistie , en mangeant la chair du Sauveur. Il faut y apporter la ■

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foi, car c'est parla qu'il commence; il faut croire m Jésus-Christ qui donne sa chair à manger, comme il faut croire à Jésus-Christ descendu du ciel et révolu de celte chair. Ce n'est pourtant pas la foi qui fait que Jésus-Christ est descendu du ciel et a paru en sa chair; ce n'est pas non plus la foi qui fait que celte chair est donnée à manger. Croyez ou ne croyez pas, cela est; croyez ou ne croyez pas, Jésus-Christ a pris notre chair humaine ; croyez ou ne croyez pas, Jésus-Christ donne à manger la même chair qu'il a prise. Il dit : Ceci est mon corps, et non pas : Ceci sera mon corps, si vous y croyez. Le Verhe est descendu du ciel, et il ne dit pas : Il s'est fait chair, si vous le croyez. 0 vérité de la chair mangée, je vous crois comme je crois la vérité de la chair prise par le Fils de Dieu, la vérité du Fils de Dieu descendu du ciel. Ah I Seigneur, fortifiez en moi celte foi divine, afin que la vie que me communiquera votre chair soit plus abondante. Amen. (Bossuet.)

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