LUTHER DÉFENSELR DE LA PRÉSENCE RÉELLE
Dans une lettre aux habilants de Slrst-boiirg, Luther leur (lit : « Je voudrais que quelqu'un pût me persuader qu'il n y a dansl'Eucliarislie que du pain et du vin, il me rendrait un éminent service. Plus d'une fois je m'en suis occupé térieusement, et j'ai sué en examinant cette matière; je voyais là une belle occasion de harceler la papauté. Mais je me .^uis vu vaincu par la clarté du texte évangélique, et il n'y a \)^< moyen d'y échapper. »
D'autres fois Luther montrait que de tourner au sens iiguré des paroles de notre Seigneur si simples et si précises, suus prétexte qu'il y avait des expressions figurées en d'autres endroits de l'Ecriture, c'était ouvrir une porte par laquelle toute l'Ecriture et tous les mystères de notre salut se tourneraient en figures ; qu'il fallait donc apporter ici la même soumission avec laquelle nous recevions les autres mystères, sans nous soucier de la raison ni de la nature, mais seulement de Jésus-Christ et de sa parole; que le Sauveur n'avait parlé dans l'institution ni de la foi ni du Saint-Esprit ; qu'il avait dit : Ceci est mon corps, et non {»as : La fui vous y fera participer; que le manger liont-ïésus-Christ y parlait n'était non plus un manger mystique, mais un manger par la bouche; que l'union de la foi .^e consommait hors du sacrement, et qu'où ne pouvait pas croire que Jésus-Christ ne nous donnât lien de particulier par des paroles si forte»; qu'on voyait bien que son intention était de nous assurer ses dons en noudonnant sa personne; que le souvenir de sa mort, qu'il nou> recommandait, n'excluait point la présence, mais nous obligeait seulement à prendre ce corps et ce sang comme univictime immolée pour nous; que cette victime, en effet, de-
Tenait nôtre par celte manducalion; qu'à la vérité la foi devait y intervenir pour la rendre fructueuse, mais que, pour montrer que sans la foi même la parole de Jésus-Christ avait son effet, il ne fallait que considérer la communion des indignes. Il pressait avec force les paroles desaint Paul, lorsqu'après avoir rapporté ces mots : Ceci est mon corps, il condamnait si sévèrement ceux qui ne discernaient pas le corps du Seigneur et qui se rendaient coupables de son corps et de son sang ; il ajoutait que partout saint Paul voulait parler du vrai corps et non du corps en figure, et qu'on voyait par ces expressions qu'il condamnait ces impies, comme ayant outragé Jésus-Christ, non pas en ses dons, mais immédiatement en sa personne.
Ce qu'il faisait avec le plus de force, c'était de détruire les objections qu'on opposait à ces célestes vérités. Il demandait à ceux qui lui opposaient : La chair ne sert de rien, avec quel front ils osaient dire que la chair de Jésus-Christ ne sert de rien, et transporter à cette chair qui donne la vie ce que Jésus-Christ a dit du sens charnel, et en tout cas de la chair prise h la manière que l'entendaient les Capharnaïtes, ou que la reçoivent les mauvais chrétiens, sans s'y unir par la foi et recevoir en même temps l'esprit et la vie dont elle est pleine ? Quand on osait lui demander à quoi donc servait cette chair prise par la bouche du corps, il demandait h son tour à ces superbes demandeurs à quoi servait que le Verbe se fût fait chair. La vérité ne pouvait-elle être annoncée ni le genre humain délivré que par ce moyen? Savent-ils tous les secrets de Dieu pour lui dire qu'il n'avait que celte voie de sauver les hommes? Et qui sont-ils pour faire la loi à leur Créateur et lui prescrire les moyens par lesquels il voulait leur appli- (juer sa grâce? Que si enfin on lui opposait les raisons humaines, comment un corps en tant de lieux, comment un corps humain tout entier dans un si petit espace, il mettait en poudre toutes ces machines qu'on élevait contre Dieu, en demandant comment Dieu conservait son unité dans la trinité des personnes, comment de rien il avait créé le ciel et la terre, comment il avait revêtu son Fils d'une chair hu-
maine, comment il Favait fait naître d'une Vierge, comment il l'avait livré à la mort, et comment il ressusciterait tous les fidèles au dernier jour. Que prétendait la raison humaine quand elle opposait à Dieu ces vaines diflicullés, qu'il détruisait par un souffle? Ils disent que tous les miracles de Jésus-Clirist sont sensibles ; "mais qui leur a dit que Jésus-Clirist a résolu de n'en point faire d'autres? Lorsqu'il a été conçu du Saint-Esprit dans le sein d'une Vierge, ce miracle, le plus grand de tous, à qui a-t-il été sensible? Marie aurait-elle su ce qu'elle allait porter dans ses entrailles si Fange ne lui avait annoncé le secret divin? Mais quand la divinité a habité corporellement en Jésus-Christ, qui l'a vu ou qui l'a compris? Mais qui le voit à la droite de son Père, d'où il exerce sa toute-puissance sur tout l'univers? Est-ce là ce qui les oblige à tordre, à mettre en pièces, à crucifier les paroles de leur Maître? Je ne comprends pas, disent-ils, comment il les peut exécuter à la lettre. Ils me prouvent bien par cette raison que le sens humain ne s'accorde pas avec la sagesse de Dieu, j'en conviens, j'en suis d'accord; mais je ne savais pas encore qu'il ne fallait croire que ce que l'on découvre en ouvrant les yeux, ou ce que la raison humaine peut comprendre. {Histoire des Variations, liv. II.)
XIIP INSTRUGTIOxN.
l^îsage de l'ËucUiiristie. — Indigne coiiiniiiiiioii.
Qnicianqiie inaniUtcavrrit panem hune vri biberit caliccm Dominiindigne, reus erit corporis el sanguini» nomini.
Quiconque mangera ce j>ain ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupalilc (lu corps et du sang de Jésus-Clirisi.
(I Cor., XI, 27.)
Comme les premiers chrétiens ne célébraient la cène qu'après leur repas, selon l'exemple de notre Seigneur, de graves abus s'étaient introduits dans la célébration de cet auguste mystère. C'est pourquoi saint Paul les réprimande sévèrement. « Lorsque vous vous assemblez comme vous faites, leur dit-il, ce n'est plus manger la cène du Seigneur. Car chacun se hâte de manger son souper en particulier, sans attendre; ainsi les uns n'ont rien à manger pendant que les autres font des excès. N'avez-vous pas vos maisons pour y boire et pour y manger? ou méprisez- vous l'Eglise de Dieu? Youlez-vous faire honte à ceux qui sont pauvres ? Que vous dirai-je sur cela? Vous en louerai-je?Non,certes,jene vous en loue point... Quiconque mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur indignement sera cou-
pabie du corps et du sang du Seigneur. Que l'homme donc s'éprouve lui-même, et qu'il mange ainsi de ce pain, et qu'il boive de ce calice. Car quiconque mange ce pain et boit ce calice indignement mange et boit sa propre condamnation, ne faisant pas le discernement qu'il doit du corps du Seigneur. )>
Que ces paroles sont terribles, mes frères! Après avoir rappelé que Jésus-Christ avait dit à ses apôtres . que ce qu'il leur donnait était son corps, le même qui devait être percé et rompu à la croix, et que la coupe qu'il leur donnait à boire était, par le sang versé qu'elle contenait, l'instrument de lalliance et du testament que le divin Sauveur faisait à leur avantage, l'Apôtre en conclut que ceux qui mangent ce pain, c'est-à-dire ce pain fait corps, ainsi qu'il vient de le raconter, et boivent la coupe indignement, sont coupables de son corps et de son sang. Et qu'est-ce qu'en être coupable, si ce n'est non seulement les profaner, mais encore leur faire un outrage de même nature que celui qui leur a été fait par les Juifs lorsqu'ils déchirèrent l'un et répandirent l'autre? C'est pourquoi ils mangent et boivent leur condamnation, parce qu'ils ressemblent à ces perfides qui ne mirent aucune différence L'iitrc le corps de Jésus-Christ cl celui des voleurs qu'ils crucifièrent avec lui. Or, l'outrage que les luifs firent à Jésus-Christ regardait précisément son corps ; car ce n'est qu'au corps qu'on peut nuire en le livrant à la mort, conformément à celte parole : \< ?îe craignez pas ceux qui ne peuvent que tuer hcorps et ne peuvent étendre plus loin leur puis^-
sance. » Les Juifs donc outragèrent ce corps en luimême et en sa propre substance lorsqu'ils le mirent en croix; ils outragèrent ce sang en luimême et en sa propre substance lorsqu'ils le firent couler sur la terre, comme si c'eût été le sang d'un coupable. Vous faites un semblable sacrilège lorsque vous mangez et buvez indignement ce corps et ce sang; vous les profanez, vous les outragez en enx-mômes , et cet outrage que vous faites au corps du Sauveur est de ne pas le discerner, de n'en pas connaître la sainteté ni le prix. (Bossuet.)
L'indigne communiant, direz-vous, serait grandement coupable, lors môme que l'Eucharistie ne serait que son corps en figure , comme le sujet se rend coupable envers son prince lorsqu'il insulte son image.
Prenez garde : saint Paul ne parle ni de figure ni d'image ; il met au môme rang : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, et ne pas discerner le corps. Ah! téméraires, vous cherchez à diminuer le crime de ceux contre qui l'Apôtre s'élève et à aiïaiblir l'horreur qu'on en doit avoir. A la vérité, si vous traitez indignement l'image du prince , vous l'attaquez et vous le déshonorez lui-môme, mais non pas dans sa personne. L'attentat de l'indigne communiant porte immédiatement sur la personne sacrée du Sauveur ; car vous devez considérer deux choses dans son supplice : le crime des Juifs et l'obéissance de ce doux Sauveur. Ceux qui reçoivent dignement son corps et son sang participent au mérite de sou obéissance; ceux qui les reçoivent indi-
gnement participent au sacrilège de ses meurtriers et attentent comme eux sur sa personne adorable.
Les choses saintes sont pour les saints, criait autrefois le diacre au peuple fidèle lorsqu'on allait distribuer le corps de Jésus-Christ. IVe le touchez donc pas avec des mains sacrilèges; ne le recevez pas avec une bouche impure ; ne lui donnez pas le baiser de Judas, un baiser de traître; que ce soit un . baiser d'épouse, un baiser rempli d'ardeur et qui soit le gage d'un chaste et perpétuel amour.
La foi nous apprend que Jésus-Christ est la sainteté même, et cette vérité ne suffit-elle pas pour vous faire voir quelle opposition il y a nécessairement entre Jésus-Christ et le péché? Jésus-Christ et le péché ! mais ne sont-ce pas là deux termes que vous ne pouvez réunir en vous sans devenir aux yeux de Dieu un objet d'horreur et d'abomination ? Quelle union peut-il y avoir entre la lumière et les ténèbres? Quelle alliance peut-il exister entre Jésus-Christ et Bélial? Voilà donc un péché d'une malice infinie; c'est un crime tellement énorme, que saint Paul ne trouve pas de mot pour le qualifier, et qu'il dit que celui qui communie indignement boit et mange sa propre condamnation.
Cette monstrueuse alliance ne se réalise que trop cependant dans celui qui communie avec une cons- (îience chargée de péchés mortels et habitée par le démon. N'est-il pas vrai que communier, c'est introduire Jésus-Christ personnellement en nous, nous unir à lui et l'incorporer en nous? Or, le recevoir en état de péché mortel, qu'est-ce autre
chose que de lui offrir l'habitalion la plus indigne de lui et la plus abominable, et le forcer malgré lui à habiter avec le démon? Peut-on imaginer un crime plus horrible? Si le pécheur méprise Dieu lorsqu'il foule aux pieds sa loi sainte et sa divine volonté, que dirons-nous de celui qui l'outrage directement et dans sa propre personne? Si tout homme qui profane une chose sainte ou consacrée commet un horrible péché, que dirons-nous de celui qui ne profane pas seulement les vases sacrés, les reliques ou les autels, mais le Saint des saints lui-même, le corps et le sang du divin Sauveur? Si enfin chaque pécheur se rend véritablement coupable de la mort de Jésus-Christ, en tant que par son péché il en fait revivre la cause impie, quel nom donner au crime de celui qui l'attache dans son propre cœur à une croix mille fois plus déchirante que celle du Calvaire?
Ces paroles de saint Paul : Celui gui communie indignement sera coupable du corps et du sang de Jésus-Christ , expriment une malice égale au déicide. En effet, être coupable du corps et du sang du Sauveur, n'est-ce pas la même chose que de l'avoir attaché à la croix ? C'est en ce sens que les ont entendues les Pères de l'Eglise, qui comparent le crime de l'indigne communion au crucifiement de Jésus-Christ par les Juifs, et ils y trouvent des circonstances qui le rendent encore plus grave; car enfin les Juifs crucifièrent Jésus-Christ sans le connaître. S'ils l'avaient connu, dit saint Paul, ils ne l'auraient jamais crucifié. Ils le crucifièrent lors-
(ju il avait un corps passible et moriel, et, en le crucitiant, ils accomplissaient sans le savoir la volonté du Père qui, par cette mort, voulait opérer le salut ilu monde et glorifier davantage Jésus-Christ. Le sacrilège, au contraire, élève au milieu de son cœur une croix à Jésus-Christ, quoiqu'il soit déjà élevé en gloire dans le ciel, qu'il le reconnaisse et l'adore comme le seul vrai Dieu. Il lui élève une croix que ce bon Sauveur n'accepte pas, mais qu'il abhorre: une croix destinée non à procurer le salut de ce malheureux, mais sa perte éternelle et rien que sa perte ; et, loin de glorifier Jésus-Christ, celle croix le couvre de mépris, d'outrages et d'ignominie, et cela au moment où ce bon Sauveur lui témoigne le plus d'amour, lui accorde dans sa tendresse extrême un bienfait si merveilleux qu'il ravit le ciel d'étonnement , au moment où Jésus-Christ entre dans son cœur pour verser dans son âme tous les trésors de ses grâces et se donner lui-même tout entier. Quel excès de méchanceté, d'ingratitude, de perfidie et de trahison ! Qui pourrait l'expliquer? Tout cela est renfermé dans les paroles de l'Apotre : Il sera coupable du corps eu du sang du Seigneur. ?^'e croyez pas que ce soit une exagération ; c'est une vérité fondée sur la parole même de Dieu qui ne saurait nous tromper, parole que nous devons croire et graver dans notre esprit, lors même que nous ne comprendrions pas la manière dont elle s'accomplit.
Si telle est l'énormilé de ce péché, quelles n'en seront pas les conséquences? Saint Paul les a ex-
primées par ces paroles : Celui qui mange le corps et boit le sang du Seigneur indignement , mange et boit sa propre condam,nation.
On ne peut sans frissonner d'épouvante lire dans l'histoire ecclésiastique le moyen effrayant dont le saint pontife Théodore s'est servi au concile de La- Iran pour condamner l'hérésiarque Pyrrhon. En célébrant, selon l'usage, le saint sacrifice dans cette auguste assemblée, il fit apporter vers son Irùne le calice déjà consacré, et, trempant une plume dans le sang du Rédempteur du monde, il se servit de ce sang qui a justifié et racheté les hommes pour souscrire la condamnation et l'excommunication de ce misérable. A cette vue, tous les pères frémirent d'horreur et tous les assistants furent saisis d'épouvante.
Mais le sort de celui qui communie indignement est bien plus horrible encore; car pour lui on n'écrit pas simplement sa condamnation sur du papier avec le sang de Jésus-Christ, mais il se la grave lui-même dans les entrailles. Il l'avale lui-même, .de sorte qu'elle se mélange avec lui, elle s'incorpore en lui, elle s'identifie avec lui, comme la nourriture et la boisson qui sont dans son estomac; il mange et boit sa condamnation. De même qu'un poison que vous avez sucé porte aussitôt la mort dans votre corps, et qu'une fois que vous l'avez bu et que vous en êtes pénétré, c'en est fait de votre vie ; ainsi la divine Eucharistie, reçue en état de péché, devient un vrai poison qui porte partout ses ravages, s'identifie avec vous, se mêle à votre chair
et à votre sang, de sorte que vous ne pouvez plus vous en débarrasser, vous êtes mort. Quel funeste et déplorable renversement ! Jésus-Christ, la source des bénédictions et des grâces, l'aliment de notre vie surnaturelle, la force et les délices de notre âme, le gage du bonheur éternel , le ciel sur la terre, est devenu un poison , une nourriture de mort, un sujet de ruine et un sceau de réprobation ! Et pourtant c'est la vérité, puisque saint Paul déclare formellement : Celui qui mange le corps et boit le sang du Seigneur indignement boit et mange sa propre condamnation.
Vous comprenez, mes frères, que, d'après ces paroles de saint Paul, nous sommes en droit de conclure que Jésus-Christ est réellement présent dans l'Eucharistie ; et c'est pour ce motif que la communion indigne est un péché aussi énorme.
Mais ce n'est pas tout : cette malédiction que le pécheur sacrilège s'incorpore, qu'il porte gravée dans ses entrailles, ne peut manquer d'étendre ses horribles effets sur l'âme et sur le corps; car saint Paul ajoute : « Si parmi vous il y en a beaucoup qui sont malades, languissants et paralysés dans leurs membres, beaucoup même qui sont frappés de mort subite, c'est que dans ce sacrement de vie ils mangent leur condamnation. »
A la vérité, ces châtiments extérieurs et corporels ne se réalisent pas toujours et en tous ; mais les punitions intérieures et spirituelles ne manquent jamais d'arriver d'une manière qui, pour être moins sensible, n'en est que plus effrayante. Quelles sont
ces punitions? Ecoutez : l'aveuglement de l'esprit, !'endurcissemcnt du cœur, la stupidité et l'insensibilité de l'âme, l'abandon de Dieu, l'entier et total assujétissement au démon, ce qui précipite le pécheur de crime en crime, d'excès en excès, et mène a grands pas à l'impénilence finale.
Rappelez-vous Judas qui a donné le premier l'exemple de ce péché; il a été aussi le premier la preuve des redoutables châtiments de la justice de Dieu. Il est détracteur, Jésus le soulîre; il est voleur, il dérobe ce qu'on lui donne en aumônes pour la nourriture du Sauveur et des apôtres, Jésus le souffre; il vend son Maître pour quelques pièces d'argent, Jésus le souffre et se conl<MUe de lui en faire un reproche. Mais il communie indignement, et c'est alors qu'il est livré au démon; Satan entre dans son cœur. Alors il se jette dans le plus affreux désespoir, et il s'arrache lui-même la vie. Méditez ce terrible exemple; et si quelqu'un d'entre vous était tenté de s'approcher indignement de la table sainte, il devrait sentir ses pieds chanceler sous lui et ses entrailles se glacer de terreur.
Cela ne veut pas dire cependant que tout sacrilège soit un péché irrémissible, et que tout chrétien ([ui s'en est rendu coupable doive aussi désespérer de son salut. Non, certes; parmi ceux qui ont crucifié Jésus-Christ, plusieurs se sont véritablement repentis, ont trouvé leur pardon et leur salut dans le sang qu'ils avaient indignement versé. Tout pécheur sacrilège qui a une sincère contrition de son crime peut se convertir et se sauver, quoiqu'il ait
renouvelé la perfidie des bourreaux du Sauveur. Rai.neri.)
Que faut-il donc faire avant de communier? Il faut mourir au péché. Quiconque veut recevoir la vie doit changer de vie. Le grand-prctre n'entrait dans le sanctuaire qu'après avoir versé beaucoup de larmes; il craignait que son indignité n'attirât sur lui la colère de Dieu et qu'il ne fût puni de mort à cause de sa témérité. Que sera-ce donc de celui qui s'approche du Saint des saints avec une conscience souillée? Lorsque vous êtes sur le point de communier, si vous êtes coupable de quelque péché qui vous rende indigne de la participation aux mystères, faites-vous justice à vous-même; effacez par la pénitence sacramentelle la tache que vous avez contractée avant de vous présenter à la table du Seigneur. Eprouvez-vous vous-même, sondez votre cœur, voyez si vous êtes ami ou ennemi ; car le pain que vous recevez donne la vie aux bons et la mort aux méchants.
Voulez-vous savoir si vous communiez saintement et dignement? Examinez votre conduite: menez-vous une vie toute nouvelle? êtes-vous transformé en Jésus-Christ ? Car qu'y a-t-il dans l'Homme-Dieu qui ne soit nouveau? Sa conception, sa naissance, son enfance, sa doctrine, sa vie, ses vertus, sa mort, sa résurrection, son ascension, tout est nouveau, tout est plein de prodiges et de merveilles. En vous unissant à lui dans le Saint-Sacrement, ne devez-vous pas prendre toutes ses qualités et pratiquer toutes ses vertus, de telle sorte
qu'on paisse dire que Jésus-Christ vil en vous ? Personne ne communie dignement s'il ne passe à une nouvelle vie.
La conversion parfaite comprend deux choses : la destruction du péché et la fuite du péché. Le sang de Jésus-Christ fait l'une et l'autre, mais d'une manière diflérente. Il détruit le péché par le sacrement de Pénitence, il nous préserve du péché par la divine Eucharistie; la Pénitence donne la vie, l'Eucharistie la conserve ; la Pénitence ressuscite les morts, l'Eucharistie nourrit les vivants. L'Eucharistie est une fontaine qui arrose, mais elle ne lave pas. La Pénitence purifie les semences des vertus, l'Eucharistie les rend fécondes et leur fait produire de bons fruits.
L'Eucharistie met le sceau à votre conversion et vous transforme en Jésus-Christ par les merveilleux changements qu'elle opère dans toutes les puissances de votre âme : changement dans votre esprit, par les lumières qu'elle y répand ; changement dans la volonté, par la force qu'elle lui donne contre le poids de ses mauvaises habitudes; changement dans le cœur, dont elle réprime les passions déréglées ; changement dans la concupiscence, dont elle éteint les flammes en augmentant la charité. Et c'est vous, ô aimable Sauveur, qui êtes l'auteur de ces merveilles ; c'est votre amour qui les opère. D'où vient donc qu'il y a tant de communions et si peu de conversions? Il y a tant de lumières dans l'Eucharistie, d'où vient que nous sommes si aveugles? Il y a tant de flammes, d'où vient que nous
sommes si froids? Il y a tant de grâces, d'où vient que nous sommes si faibles? Ce n'est pas que votre miséricorde nous manque, mais nous résistons aux attraits de votre amour. Ah! Seigneur, remédiez à ce désordre; accomplissez en nous la parole du prophète Siméon ; soyez notre ruine et notre résurrection, la ruine du péché et la résurrection de la grâce. Amen.