‹ Instructions sur l'EucharistieChapitre 15 sur 35 · LOTHAIRE, ROI DE LORRAINE · texte numérisé non relu

LOTHAIRE, ROI DE LORRAINE

Lolhaire, roi de Lorraine, avait inutilement prié par ses lettres le pape Nicolas de vouloir bien lui permettre d'aller à Rome pour être personnellenjent entendu touchant son divorce avec la reine Theutberge. Il s'adressa ensuite à Adrien, son successeur, et reçut pour réponse de reprendre sans délai Theutberge et de la traiter en épouse et en reine. Mais il ne ge soumit pas, et il fit tant que le Pape lui permit de venir à Rome. Il s'y rendit et alla au logement qui lui était destiné, près d'une église, hors de la ville. C'était un samedi, et le lendemain il crut qu'on lui dirait la Messe; mais il ne put en obtenir la permission du Pape, tant il était encore regardé comme un excommunié. Ensuite il entra dans Rome; le Pape le reçut avec honneur et lui demanda s'il avait observé exactement les avis du pape Nicolas. Le roi Lolhaire ne craignit pas de mentir et répondit qu'il les avait observés comme des ordres venus du ciel. Les soigneurs qui l'accompagnaient attestèrent qu'il disait vrai, et le Pape reprit : « Si votre témoignage est véritable, nous en rendons à Dieu de grandes actions de grâces. H reste, mon cher fils, que vous veniez h la confession de saint Pierre, où. Dieu aidant, nous immolerons riioslie sainte pour la santé de votre corps et de votre âme; et il faut que vous y participiez avec nous pour être incorporé aux membres de Jésus-Christ, dont vous étiez séparé. »

A la fin de la Messe, le Pape invita le roi Lolhaire à s'approcher de la table sainte, et, prenant en ses mains le corps et le sang de Jésus-Christ, il lui dit : « Si vous vous sentez innocent de l'adultère qui vous a été interdit par le pape Nicolas, et si vous avez formé une ferme résolution de n'avoir jamais en votre vie aucun commerce criminel avec Valdrade, votre concubine, approchez hardiment et recevez le sacrement du salut éternel, qui vous servira pour la rémission de vos péchés ; mais si vous êtes résolu de retourner à votre adultère, ne soyez point assez téméraire pour le recevoir, de peur que ce que Dieu a préparé à ses fidèles comme un remède ne tourne à votre condamnation. » A ces paroles formidables, le roi Lolhaire demeura insensible; aveuglé par la passion, il reçut sans hésiter la communion du Pontife.

Le Pape se tourna ensuite vers ceux qui accompagnaient le roi, et, en leur présentant la communion, dit à chacun d'eux : « Si vous n'avez point consenti à ce qu'a fait Lolhaire, votre roi, cl n'avez point communiqué avec Valdrade et avec les autres personnes excommuniées par le Saint-Siège, que le corps et le sang de notre Seigneur Jésus-Christ vous servent pour la vie éternelle! » Quelques uns se retirèrent, mais ils communièrent pour la plupart.

Le roi Lolhaire étant ainsi rentré dans la communion de l'Eglise, vint au palais de Latran et dîna avec le Pape, à qui il fit de grands présents de vase? d'or et d'argent. Il sortit de Rome plein de joie; il croyait n'avoir plus rien à craindre. Le Pape ne devait juger son affaire que l'année suivante ; mais le jugement de Dieu prévint le jugement du Pape. Tous ceux de sa suite qui avaient communié témérairement furent frappés de mort dans l'année ; ils tombRient l'un sur l'autre ;\ ses yeux. Avec eux périt presque toute la noblesse de son royaume; à peine il y échappa le petit nombre de ceux qui avaient refusé de conununier contre leur conscience. Malgré tant de morts effr;iynntes, il ne voulut point reconnaître que la main (h Dieu était sur lui. Arrivé à Plaisance plein de santé, il s'alfaiblit tout d'un coup, perdit la parole et mourut. Quelque peu de ses gens, échappés à celle mortalité, l'enter-

rèrent dans un petit monastère près de la \ille. Telle fut la funeste (in du roi Lolhaire et de sa criminelle passion.

Saint Siméon Stylite passait ordinairement tout le carême sans communier, et, pour se préparer à la communion de Pâ- (}ues, il jeûnait quatre jours sans boire ni manger.

Sainte Geneviève se retirait dans un ermitage depuis la fête des Rois jusqu'au vendredi saint pour examiner sa conscience; elle jeûnait alors plus austèrement que jamais; elle couchait sur la dure et se préparait par de» exercices de piété à communier plus saintement et plus dignement. Saint François d'Assise faisait de même chaque année, au rapport de saint Bonaventure. Saint Chrysostôme dit que plusieurs anachorètes de son temps, qui vivaient dans les déserts, s'abstenaient par humilité de communier pendant presque toute l'année.

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