‹ Instructions sur l'EucharistieChapitre 16 sur 35 · XIV" INSTRUCTION · texte numérisé non relu

XIV" INSTRUCTION

Doetrine des Pères sur la prësenre rëelle.

Calix beîiediclionis, ciii benedicimus, nonne communicatio sanguinis Christi est? el panis. quem frangimus nonne parlicipalio corporis Domirii est ?

Le calice de bénédiction que nous bénissons n'est-il pas la communication du sang de Jésus-Christ? et le pain que nous rompons n'est-il pas la participation au corps de Jésus-Christ ?

S'il s'agissait de déterminer le sens de quelques propositions qu'on trouverait dans un livre écrit par un philosophe de l'antiquité, et si ces mêmes propositions avaient été citées par une multitude de savants qui les auraient toujours entendues dans le même sens, il suffirait, pour mettre enfin un terme à la discussion, de rapporter le témoignage de tous ces hommes savants ; car il n'est pas possible de savoir aujourd'hui mieux que dans les siècles qui ont suivi l'époque où ce livre a paru le sens des mots qui étaient alors en usage. Or, nous avons cité plusieurs passages du Nouveau Testament concernant l'Eucharistie; nous prétendons qu'elle contient le corps et le sang de Jésus-Christ ; certains hérétiques soutiennent

qu'elle n'est que la figure de son corps. Examinons donc comment les hommes instruits qui ont paru depuis Jésus-Christ jusqu'à l'époque des hérétiques ont entendu ces mêmes passages; s'ils sont tous d'accord qu'ils expriment la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, c'est une vérité qui devient incontestable. Or, c'est là un fait aussi patent que le jour en plein midi.

1° Les Pères de l'Eglise, les hommes qui ont passé leur vie à méditer et à expliquer la sainte Ecriture, enseignent que le pain eucharistique n'est pas un pain commun, mais le corps même de Jésus- Christ.

Saint Ignace, disciple de saint Jean, dans sa lettre aux habitants de Smyrne, parlant de certains hérétiques de son temps, nous dit : « Ils s'abstiennent de l'Eucharistie et de l'oblation, parce qu'ils ne confessent pas qu'elle est la chair d« notre Seigneur Jésus-Christ, laquelle a souffert pour nos péchés. » Saint Justin, dans sa seconde Apologétique publiée vers l'an loO, nous dit : « ?sous appelons cet aliment Eucharistie, et il n'est permis de s'en nourrir qu'à celui qui croit à la vérité de notre doctrine, qui a été lavé par le bain pour être régénéré, et qui règle sa conduite sur les enseignements de Jésus-Christ. Nous ne prenons pas ce pain et ce breuvage comme un pain commun et un breuvage ordinaire ; mais de même que notre Sauveur Jésus-Christ s'est fait chair par le Verbe de Dieu et qu'il a pris de la chair et du sang pour notre salut, de la même manière nous sommes instruits

(jue cet aliment, au moyen duquel on rend à Dieu des actions de grâces par les prières de ce Verbe, et qui, en se tranformant, devient la nourriture de notre chair et de notre sang, est la chair et le sang de ce même Jésus-Christ incarné. »

Saint Irénée, évèque de Lyon, disciple de saint Polycarpe, écrivait, vers l'an 180, contre les valenliniens qui niaient la résurrection des morts, et il disait : « Comment peuvent-ils prétendre que notre chair tombera un jour en corruption et ne percevra pas la vie, elle qui s'est nourrie du corps et du sang du Seigneur? Car, comme le pain qui est de la terre, recevant l'invocation de Dieu, n'est plus du pain commun, mais l'Eucharistie, se composant de deux éléments, l'un terrestre et l'autre céleste, ainsi nos corps, se nourrissant de l'Eucharistie, ne sont plus corruptibles, mais possèdent l'espérance de la résurrection. »

Ecoutez Tertuliien, qui vivait vers l'an 212 : « Jésus-Christ ayant pris du pain, dit-il, et l'ayant distribué à ses disciples, l'a fait son corps, en disant : Ceci est mon corps. y> [Contra Marcionem, lib. IV, c. XL.)

Saint Cyprien, évêque de Carthageen l'an 258, dans son épîtreàCécilius, compare le via ordinaire avec le vin eucharistique : « De même qu'en buvant le vin commun l'esprit est délié, l'âme est libérée, toute tristesse s'évanouit et disparaît, ainsi le fidèle, après avoir bu le sang du Seigneur et s'être enivré de la coupe du salut, voit s'évanouir le souvenir du vieil homme, jette dans l'oubli l'an-

cienne conduite qu'il a tenue dans le siècle, et, le cœur rempli de tristesse et de chagrin à cause des péchés qui le tourmentaient auparavant, est inondé de joie par le divin pardon.

Saint CjTille, évêque de Jérusalem vers Tan 356, parle ainsi aux nouveaux baptisés : « Ne considérez pas le pain et le vin eucharistiques comme un pain et un vin ordinaires, car c'est le corps et le sang de Jésus-Christ, suivant les paroles du Seigneur lui-même. Quoi que les sens vous suggèrent, la foi vous défend de juger d'après le goût. Bien plus, la foi vous ordonne de regarder comme tellement certain que vous n'ayez pas le moindre doute, qu'on vous donne le corps et le sang de Jésus- Christ. » Déjà il avait dit : « Quand Jésus-Christ affirme lui-même et dit en parlant du pain : Ceci est mon corps, qui pourrait avoir le moindre doute? Et quand il affirme et qu'il dit : Ceci est mon sang, qui peut hésiter et dire que ce n'est pas son sang ? »

Saint Ambroise, évêque de Milan en 374, est encore plus formel : « Vous direz peut-être : Mon pain est un pain ordinaire. Oui, le pain n'est que du pain avant les paroles sacramentelles ; mais dès qu'on arrive à la consécration, le pain est devenu la chair de Jésus-Christ... Comment ce qui est du pain peutil devenir le corps de Jésus-Christ? Par la consécration. Et par quelles paroles se fait la consécration ? Par les paroles de notre Seigneur Jésus-Christ ; car tout ce qui se dit auparavant est dit par le prêtre : ce sont des louanges qui se rapportent à Dieu. Mais dès qu'on arrive au moment de faire ce véné-

rable sacrement, ic prêtre ne parle plus en son nom, mais au nom de Jésus-Christ, et il se sert des paroles de Jésus-Christ. C'est donc la parole de Jésus-Christ qui fait ce sacrement... Avant la consécration, ce n'était pas le corps de Jésus-Christ; mais après la consécration, je vous dis que c'est le corps de Jésus-Christ. » (Lib. De Sacrum, c. iv.) Ailleurs il dit encore ; « Notre Seigneur Jésus-Christ crie lui-même : Ceci est mon corps. Avant la bénédiction des paroles célestes, on l'appelle une espèce; après la consécration, c'est le corps de Jésus- Christ. Avant la communion, on l'appelle du vin, et après la consécration, on le nomme du sang. Et vous répondez : Ameriy c'est vrai. Que votre âme confesse intérieurement ce que prononce votre bouche, et que votre parole retentisse au fond de votre cœur. »

2° Les Pères de l'Eglise enseignent que l'Eucharistie est le vrai et propre corps de Jésus-Christ, celui-là même qui est né de la Vierge 3Iarie, qui a souffert et qui est mort pour nous, et qui est sorti vivant du tombeau.

Vous avez entendu saint Ignace nous dire que certains hérétiques s'abstenaient de l'Eucharistie, parce qu'ils ne professaient pas qu'elle est la chair de Jésus-Christ, laquelle a souffert pour nos péchés. 11 croyait donc qu'elle contient le vrai corps de Jésus-Christ, celui-là même qui est né de la Vierge Marie, qui est mort sur la croix et qui est ressuscité des morts.

Saint Irénée accuse de contradiction quelques

— 4D5 — hérétiques qui niaient que le Fils de Dieu eût pris un véritable corps en paraissant sur la terre. « Qu'ils changent de doctrine ou qu'ils cessent d'oCTrir ce que nous avons dit plus haut. Notre doctrine s'accorde parfaitement avec le dogme de l'Eucharistie, et le dogme de l'Eucharistie confirme notre doctrine. » (Lib. ]Y Ad versus Hœres., c. xvin. Et encore : « Jésus-Christ a déclaré que ce vin qui est une créature est devenu son propre sang qui a été répandu, et que ce pain qui est une créature est devenu son propre corps. »

Saint Hilaire : « Si le Verbe s'est vraiment fait chair, et nous aussi nous prenons vraiment dans la nourriture du Seigneur le Verbe fait chair, comment donc peut-on penser qu'il n'habite pas en nous par sa nature ?» (Lib. VIII De Trinit., n^ i3.) Comme donc le Fils de Dieu, en se faisant homme, a pris une chair véritable et naturelle, ainsi nous recevons dans l'Eucharistie sa chair propre, naturelle et véritable.

Saint Ambroise : « De même que notre Seigneur Jésus-Christ est vrai Fils de Dieu, et non par grâce comme les hommes, mais comme un Fils engendré de la substance de son Père, ainsi est véritable, comme il l'a dit lui-même, la chair que nous recevons dans l'Eucharistie. » (Lib. VI De Sacram., c. I.)

Saint Jean Chrysostôme : « Quel pasteur a jamais nourri ses brebis de ses membres? Un gran.l nombre de mères donnent leurs enfants à d'autres femmes pour les nourrir après qu'elles les ont en-

fautes : c'est ce que Jésus-Christ n'a pas voulu faire, mais il nous nourrit de son propre corps. » ^Hom. 83 in Matth.;

Saint Cyrille d'Alexandrie dans sa lettre à Nostorius : « Nous recevons cette chair non pas comme une chair commune, mais comme une chair vraiment vivifiante, comme la propre chair du Verbi' lui-même... Quoiqu'il nous dise donc : « En vérité. « en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la i( chair du Fils de l'homme, vous n'aurez pas en « vous la vie; » nous ne devons nullement penseï queccltechair est une chair commune, c'est-à-dire la chair d'un homme quelconque de notre condition [car comment lachair d'un homme pourrait-elle être vivifiante par sa nature?), mais comme la chair propre de Celui qui a été appelé et qui s'est fait fils de l'homme à cause de nous. »

Saint Pierre Chrysologue parlant de l'Eucharistie : « C'est ce pain, dit-il, qui a été semé dans le sein de la Vierge, fermenté dans la chair, confectionné sur la croix, cuit au four du sépulcre, caché dans nos églises, présenté sur nos autels, et qui fournit chaque jour une nourriture céleste aux fidèles. » (Serm. 67.)

« Ce qui est dans le calice, dit saint Jean Chrysostôme, c'est ce qui a coulé du côté ouvert de Jésus-Christ, et nous en devenons participants. » iHom. 24 in I ad Cor.)

Saint Augustin répète la même chose et dans les mêmes termes.

Enfin, dans la formule de foi qu'on ht souscrire

a Bérenger en 1079, il est dit : « Le pain et le vin, par le mystère de la prière sacrée et par les paroles de notre Rédempteur, sont changés substantiellement en la vraie, propre et vivifiante chair et au vrai et propre sang de Jésus-Christ notre Seigneur : et après la consécration c'est le véritable corps de Jésus-Christ, qui est né de la Vierge, qui a été offert pour le salut du monde, a été attaché à la croix, et qui est assis à la droite du Père; et c'est le véritable sang de Jésus-Christ, qui a coulé de son flanc, non seulement par signe et par vertu de sacrement, mais dans la propriété de sa nature et la vérité de sa substance. »

3° Les Pères de l'Eglise nient que l'Eucharistie soit seulement la figure et l'image de Jésus-Christ : non pas que l'Eucharistie ne soit un signe dans un certain sens, puisque c'est un sacrement ou un signe sensible ; mais ce n'est pas un signe vide et de convention, c'est un signe plein qui renferme la substance même de ce qu'il signifie.

« Comment, dit saint Chrysostôme, quelqu'un peut-il dire : Je voudrais voir sa forme et sa figure, je voudrais voir ses vêtements, je voudrais voir sa chaussure? Vous le voyez lui-même, vous le touchez lui-même, vous le mangez lui-même... Il se donne lui-même à vous, non seulement pour que vous le voyiez, mais encore pour que vous le touchiez et que vous le possédiez. » [Ilom. 83 in Matth.) N'est-ce pas comme si ce Docteur eût dit : Ce n'est ni la figure ni l'image du corps et du sang de Jé- >us-Christ, mais son corps même ou lui-même substantiellement?

Le septième concile général, dans sa sixième session, parle ainsi : « Aucun des saints apôtres ni de nos illustres Pères, en parlant de notre sacrifice non sanglant que nous célébrons en mémoire de Jésus-Christ notre Dieu et de toute sa rédemption, n'a dit que c'est limage de son corps. Ce n'est pas ainsi qu'ils ont appris du Seigneur à parler et à confesser leur foi ; mais ils ont entendu l'évangéliste qui disait en rapportant ses paroles : « Si vous « ne mangez la chair du Fils de l'homme, vous « n'aurez pas en vous la vie. » Il n'a pas dit ; Prenez et mangez l'image de mon corps. »

Anasthase le Sinaïte, qui vivait en G55 : « A Dieu ne plaise, dit-il, que nous disions que la sainte communion est seulement la figure du corps de Jésus-Christ ou un pain ordinaire ; mais c'est le corps lui-même, c'est le sang de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait chair... Nous croyons ainsi et nous confessons ainsi selon la parole de Jésus-Christ à ses disciples, lorsque dans la dernière cène il leur distribuait ce pain vivifiant: Prenez et mangez, ceci est mon corps, ceci est mon sang. Il ne dit pas : Ceci est la figure ou la substitution de mon corps et de mon sang. » Peut-on parler plus clairement?

Dans le second concile de Nicée, tenu en 787, les Pères, après avoir répété plusieurs fois que l'Eucharistie est l'image de Jésus-Christ, et môme sa seule image, déclarent expressément que ce n'est pas une image vide ou nue, mais une image pleine de vérité; puis ils ajoutent : « De même que Jésus- Christ a déifié la chair qu'il a prise par sa propre

sainteté selon sa nature et en vertu de l'union des deux natures, ainsi il a voulu que, par le ministère du prêtre et par la vertu sanctifiante du Saint-Esprit qui intervient, le pain de l'Eucharistie devint son divin corps, et non pas une fausse image de sa chair naturelle. »

Enfin saint Jean Damascène : « Le pain et le vin, dit-il, ne sont pas la figure du corps et du sang de Jésus-Christ, à Dieu ne plaise ; mais c'est le corps même du Seigneur pénétré de sa divinité. »(Lib. IV De Fide orthod., c. xiii.)

Ecoutez donc Jésus-Christ qui vous dit comme a ses disciples : Prenez, mangez, ceci est mon corps. Ne nous informez pas de la manière, c'est la substance qu'il vous faut ; car c'est à la substance qu'est unie la divinité et la vie. Sous la figure du pain, c'est mon propre corps ; sous la figure du vin, c'est le même sang qui a été répandu pour vous. Mangez, buvez ^ tout est à vous. Ne songez pas à ce que vos sens vous présentent; c'est à votre foi que je parle, c'est à elle que je dis : Ceci est mon corps. Souvenez-vous donc que c'est moi qui vous le dis. Nul autre que moi, nul autre qu'un Dieu, nul autre que le Fils de Dieu, par qui tout a été fait, ne pourrait parler de cette sorte. Souvenez vous que, sous la figure de ce pain et de ce vin, c'est mon corps, c'est mon sang que je vous donne, ce corps voué à la mort, ce sang répandu pour vos péchés.

Et comment cela s*cst-il fait? Dieu a tant aimé le monde ! Il ne nous reste qu'à croire, et à dire avec

le disciple bien-aimé : Nous avons cru à l'amour que Dieu a eu pour nous. La belle profession de foi! le beau symbole 1 Que croyez-vous., chrétien ? .le crois l'amour que Dieu a pour moi ; je crois qu'il m'a donné son Fils ; je crois qu'il s'est fait homme, je crois qu'il s'est fait ma victime, je crois qu'il s'est fait ma nourriture, et qu'il m'a donne son corps à manger, son sang à boire, aussi substantiellement qu'il a pris et immolé l'un et l'autre. Mais comment le croyez-vous? C'est que je crois à son amour, qui peut pour moi l'impossible, qui le veut et qui le lait. Lui demander un autre commeîit, c'est ne pas croire à son amour et à sa puissance.

Si nous croyons à cet amour, imitons-le. Quand il s'agit de la gloire de Dieu et de son service, notre zèle ne doit rien trouver d'impossible. Si vous pouvez croire, dit-il, tout est possible à celui qui croit. Remarquez si vous pouvez croire : toute la difficulté est de croire ; mais si vous croyez bien , tout vous est possible. Dieu entre dans les desseins de votre zèle, et sa puissance vient à votre aide. L'obstacle que vous avez à vaincre n'est pas dans les choses que vous avez à exécuter pour Dieu, il est en vous-même, il est en votre foi : si vous pouvez croire. Mais Dieu nous aide à croire. Je crois. Seigneur, aidez mon incrédulité. Amen. (BossiiET, Médit, sur l'Evang., 31*" jour.)

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