‹ Instructions sur l'EucharistieChapitre 18 sur 35 · XV^ INSTRUCTION · texte numérisé non relu

XV^ INSTRUCTION

Ooctriue des Pères sur l'Eueliarlstie

(Suiie).

Qui manducat meam carnemet bibit meum sattguinem, in me manet el ego in Hlo.

Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui.

Nous vous avons fait voir que les Pères de l'Eglise ont toujours enseigné que l'Eucharistie n'est pas un pain ordinaire, mais bien le corps de Jésus- Christ; que c'est son vrai et propre corps, le même qui est né de la Vierge Marie, qui a souffert et qui est mort pour nous; que c'est son corps réel et non pas seulement son image. Continuons notre étude, mes frères, afin de nous affermir de plus en plus dans la foi catholique.

1° Les saints Pères comparent le mystère de l'Eucharistie au mystère de l'Incarnation, et ils déclarent que l'Eucharistie contient aussi véritablement son corps et son sang qu'il est vrai qu'il a pris la nature humaine dans son incarnation.

Saint Justin, martyr : « De même que le Fils de Dieu, Jésus-Christ notre Sauveur, s'est fait homme <^t a pris un corps à cause de notre salut, ainsi on

nous a enseigné que nous recevons comme nourriture dans l'Eucharistie la chair et le sang de ce même Jésus incarné. >^

Saint Eilaire : « Le Verbe s'est fait vraiment chair, et nous recevons vraiment le Verbe fait chair dans la nourriture que nous a préparée le Seigneur. »

Saint Ambroise : « Etablissons la vérité du mystère de l'Eucharistie par l'exemple de l'incarnation. Or, dans l'Eucharistie, c'est le même corps de Jésus-Christ qui est né de la Vierge Marie. » (Lib. De Initiandis, c. ix.) Et ailleurs : « Comme Jésus- Christ notre Seigneur est vrai Fils de Dieu, de même ce que nous recevons dans la communion est sa vraie chair. »

Saint Grégoire de JNysse enseigne que le pain eucharistique est changé au corps de Jésus-Christ en vertu de la parole divine, comme le pain dont se nourrissait Jésus-Christ sur la terre se changeait en la nature de ce même corps. Mais est-ce que Jésus-Christ, dans son incarnation, n'a pris que la tigure ou l'image d'un corps? ]\'a-t-il pas pris au contraire un corps réel, véritable et substantiel? Nous n'avons donc pas seulement Timage, la figure ou la vertu de son corps dans l'Eucharistie; mais nous possédons son corps réel, véritable et substantiel.

Pour mieux faire connaître la nature du sacrement de l'Eucharistie, les saints Pères se servent de l'exemple de choses que Dieu a changées en d'autres par sa puissance.

Saint Cyrille do Jérusalem : « Jésus-Christ changea un jour l'eau en vin, ce qui a une certaine ressemblance avec le sang, aux noces de Cana en Galilée, et cela par sa seule volonté, et il ne méritera pas que nous ayons foi en lui lorsqu'il change le vin en son sang? Car s'il a opéré un étonnant prodige en assistant à des noces corporelles, ne croirons-nous pas qu'il a donné, à plus forte raison,son corps et son sang aux enfants de l'époux? » Catech.j iv.)

Après avoir comparé le pain et le vin eucharistiques avec la manne et la pierre d'où sortit une source d'eaux vives, comme la vérité avec la figure, saint Ambroise se fait cette objection : « Comment me prouvez-vous que je reçois le corps de Jésus- Christ ?C'est ce qu'il nous reste à démontrer. Ce n'est pas ici le corps que la nature a formé, mais bien celui que la bénédiction a consacré; la bénédiction H une force plus grande que la nature, puisque la nature a été quelquefois changée par la bénédiction. Moïse tenait une verge à la main, il la jeta par terre, et elle fut changée en serpent. Il saisit de nouveau la queue du serpent, et il reprit sa nature de verge. Voyez donc comment, par une grâce prophétique, il s'opère un double changement de la nature du serpent et de la nature de la verge. » Il cite quelques autres exemples du môme genre, puisil ajoute: n (^ue si la bénédiction d'un homme a eu tant de force que de changer la nature, que dirons-nous de la consécration divine, dans laquelle opèrent les paroles mêmes de notre divin Sauveur? Si la parole

du prophète Elle a eu assez de force pour faire descendre le feu du ciel , la parole de Jésus-Christ n'aura pas la vertu de changer les espèces du pain et du vin? Vous avez lu , louchant l'œuvre de la création, ces paroles de l'Ecriture : « II a parlé, et « toutes choses ont été faites ; il a commandé, et tou- « tes choses ont clé créées. »Donc laparolede Jésus- (^hrist, qui a été assez puissante pour tirer l'univers du néant, ne le sera pas assez pour changer des créatures qui existent en d'autres créatures différentes? Car créer des êtres n'est pas une chose moindre que de changer leur nature. » (Lih. De Init tandis, c. ix.)

Le corps de Jésus-Christ est donc aussi réellement présent dans l'Eucharistie qu'il est vrai qu'il a pris un corps réel dans son incarnation, qu'il a vraiment changé l'eau en vin aux noces de Cana, et qu'il a fait sortir le monde du néant.

2° Les Pères de l'Eglise enseignent que l'Eucharistie est un mystère étonnant, inaccessible aux sens, qu'il faut le croire et l'admettre par la foi seule, et que, s'il s'élève quelque doute dans l'esprit des fidèles, ils doivent le repousser en se rappelant que Dieu est tout puissant.

« Ouand Jésus-Christ affirme , dit saint Cyrille dont nous avons déjà rapporté les paroles, quand il nous dit en parlant du pain : Ceci est mon corps, qui oserait encore douter? Quand il affirme et qu'il dit de la môme manière : Ceci est mon sang, qui pourrait hésiter et dire que ce n'est pas son sang?» Voilà donc un doute qui peut s'élever naturelle-

ment dans l'esprit, et, pour le dissiper, saint Cyrille veut que le fidèle croie Jésus-Christ sur parole, parce qu'il est assez puissant pour changer le pain, et le vin en son corps et en son sang, puisqu'il a pu changer l'eau en vin aux noces de Cana et la verge de Moïse en serpent, et même pour tirer toutes les créatures du néant, k Ne considérez donc pas , ajoute-t-il, TEucharistie comme un pain ordinaire ou un vin commun ; car c'est le corps et le sang de Jésus-Christ d'après les paroles du Seigneur. Quoique les sens vous suggèrent que ce n'est que du pain, la foi vous avertit que vous ne devez pas en juger par le goût; bien plus, la foi vous donne une telle certitude, qu'elle exclut tout doute qu'on vous donne le corps et le sang de Jésus-Christ. »

Saint Hilaire, après les paroles que nous avons rapportées plus haut, ajoute • « On ne doit pas parler des choses de Dieu d'après les sens de l'homme, ni expliquer les paroles célestes par des explications forcées et imprudentes : ce serait une impiété. Lisons ce qui est écrit ; nous savons que Jésus-Christ est Dieu, et que rien ne lui est impossible: cela nous suffit pour croire fermement ce mystère ineffable. »

Saint Jean Chrysostôme est encore plus formel : « Croyons toujours à la parole de Dieu, dit-il, et ne lui refusons jamais notre assentiment, quand même ce qu'il nous dit paraît absurde à nos sens et à notre intelligence; sa parole doit l'emporter sur nos sens et notre raison : c'est là ce que nous devons faire toujours, mais surtout dans les mystères, ne

nous bornant pas à considérer les apparences des choses qui sont devant nous, mais nous rappelant les paroles de Dieu. Nous ne pouvons pas être trompés, tandis que nos sens nous trompent très-souvent. Donc, puisqu'il a dit : Ceci est mon corps, n'ayons plus aucun doute; mais croyons et considérons la vérité par les yeux de l'intelligence. » (Hom. 83 in Matth.)

Vous le voyez, mes frères, d'après l'enseignement des Pères de l'Eglise, l'Eucharistie est un profond mystère, difficile à croire, parce qu'il dépasse notre intelligence. Mais si ce n'était que la figure ou l'image du corps et du sang de Jésus- Christ, où serait le mystère? où serait la difficulté de le croire? Est-ce que les Juifs avaient peine à comprendre que l'agneau pascal était la figure du Messie? Serait-il donc plus difficile aux chrétiens de comprendre que le pain et le vin eucharistiques sont la figure de son corps et de son sang?

Mais, disent les hérétiques, l'Eucharistie est un miracle et un mystère, parce qu'elle renferme une certaine vertu divine qui se communique à l'âme du fidèle qui la reçoit. Et pourquoi alors les saints Pères ne parlent-ils jamais de l'eau du baptême comme ils parlent de l'Eucharistie, encore que l'eau du baptême contienne une certaine vertu, et que Jésus-Christ lui-même y est contenu tout entier? Voilà le mystère, voilà l'étonnant prodige; et il est si difficile à croire, que les fidèles doivent éprouver quelque doute à son sujet. Mais encore une fois, si l'Eucharistie n'est que la figure ou l'image du corps

de Jésus-Christ, quel chrétien pourrait avoir des doutes? Quelle apparente contradiction y a-t-il entre le signe et la chose signifiée? N'est-il pas libre cà tout homme, à plus forte raison au Fils de Dieu, d'instituer des signes de convention selon son bon plaisir?

Pour dissiper les doutes des fidèles, les saints Pères n'apportent d'autre raison que l'intelligence infinie et la puissance infinie de Dieu qui conçoit et exécute ce que nous ne pouvons comprendre. Mais à quoi bon? Un seul mot suffisait. Que ne disent-ils que l'Eucharistie n'est que l'image et la figure du corps et du sang de Jésus-Christ, si cela est vrai, et tout doute disparait, il n'y a plus de mystère. Or, dans tous leurs écrits, vous ne trouvez pas un seul mot qui tende à cette explication ; et si quelquefois ils disent que c'est un signe, ils ajoutent aussitôt que ce signe contient la vérité et la réalité du corps et du sang de Jésus-Christ.

S*" Si Jésus-Christ est véritablement et substantiellement dans l'Eucharistie, on doit nécessairement en tirer les conséquences suivantes :

\° Les fidèles doivent adorer Jésus-Christ dans l'Eucharistie; c'est ce qu'enseignent les Pères de l'Eglise, comme nous l'expliquerons bientôt.

2" Le corps et le sang de Jésus-Christ sont réellement présents sur l'autel au moment de la communion. Or, les Docteurs nous disent que l'autel remplace la crèche qui a servi de berceau à l'Enfant- Dieu, ou plutôt que c'est son trône.

3° Les fidèles, en recevant l'Eucharistie, ont dû

prendre garde de corameitre la moindre irrévérence. « Vous n'ignorez pas, leur disaient les pasteurs, vous qui assistez aux divins mystères, quel soin et quelle vénération vous devez apporter quand vous recevez le corps du Seigneur, de peur qu'il n'en tombe la moindre parcelle ; car vous vous croyez coupables, et vous avez raison de le croire, lorsqu'il tombe quelque chose par suite de votre négligence. « (Origène, Uom. 13, in Exod.)

4" Les fidèles croyaient qu'ils recevaient le corps de Jésus-Christ dans leurs entrailles et qu'ils devenaient un même corps avec lui. Ecoutez Tertullien : K Notre chair se nourrit du corps et du sang de Jésus-Christ, afin que notre âme soit engraissée de la Divinité. » « Sous l'espèce du pain, dit saint Cyrille, on vous donne le corps de Jésus-Christ, et sous l'espèce du vin on vous donne son sang, afin qu'après avoir pris le corps et le sang de Jésus- Christ, vous soyez participants de son corps et de son sang. Nous serons ainsi des porte -Christ, c'est-à-dire des hommes portant Jésus-Christ, lorsque nous aurons reçu dans nos entrailles son corps et son sang. « (Catech., iy.)

5** Enfin Jésus Christ s'est porté dans ses propres mains lorsqu'il a institué l'Eucharistie; nous le portons nous-mêmes lorsque nous touchons les hosties consacrées ; nos vases sacrés sont sanctifiés par le contact de ce corps adorable, et Jésus- Christ est toujours corporellcment présent sur la terre. C'est là ce qu'enseignent les Pères de l'Eglise.

Cependant n'esl-il pas vrai que les Pères et les

Docteurs de l'Eglise répèlent souvent que l'Eucharistie est un pain, un signe, un type, un symbole, une figure? Et pourquoi pas? N'appelle-l-on pas souvent une chose du nom de la matière qui a servi à la confectionner? Adam n'est-il pas appelé poussière? et lui-même n'appelle-t-il pas sa femme Vos de ses os ? Ne pouvaient-ils pas appeler pain l'Eucharistie, puisqu'elle en a toutes les apparences? ISe l'appelons-nous pas nous-mêmes, dans le canon de la Messe et après la consécration, un pain sacré, panem sancîum? N'est-elle pas en effet le pain de notre âme, destiné à lui conserver la vie divine?

Pourquoi donc les Pères appellent-ils l'Eucharistie la figure, le type, le signe et le symbole du corps de Jésus-Christ? Pour distinguer la manière d'être de Jésus-Christ dans l'Eucharistie de son mode d'existence lorsqu'il parut dans le monde. L'Eucharistie ne nous présente pas le corps de Jésus tel qu'il était avant sa mort ou après sa résurrection; sous ce rapport, elle est la figure, le signe ou le symbole. L'Eucharistie, dans le sens catholique, n'est-elle pas la représentation et le souvenir de la passion de Jésus-Christ? Elle est donc le signe commémoratif de Jésus-Christ luimême souffrant dans son corps pour le salut du monde. Enfin elle est encore la figure et le signe du corps mystique de Jésus-Christ ou de son Eglise. Aujourd'hui encore, tout en croyant fermement le dogme de la présence réelle, nous nous servons des mêmes expressions pour exprimer les mêmes vérités.

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La parole de Dieu est par elle-même une lumière qui éclaire l'homaie, dit Bossuet, qui le purifie et le nourrit, en laquelle il a le salut et la vie ; cela n'empêche pas qu'il y en ait qu'elle étourdit et qu'elle aveugle, qu'elle soit une odeur de vie pour les uns et une odeur de mort pour les autres. Ainsi le corps et le sang de Jésus-Christ n'en sont pas moins en eux-mêmes esprit et vie, encore qu'ils ne le soient pas pour ceux qui les reçoivent mal. Ainsi, qui mange la chair et boit le sang dignement a la vie. La chair mangée dans l'Eucharistie est au chrétien un gage de l'amour de Jésus-Christ, un témoignage certain que c'est pour lui qu'il s'est incarné et pour lui qu'il s'est offert. Voilà le gage, le signe et le témoignage ; mais il faut entendre ce gage, être touché de ce signe, et croire à ce témoignage ; autrement qu'aurez-vous pris? Un gage, un signe, un témoignage de l'amour immense de votre Sauveur, mais sans en être touché et sans y prendre part, et ce précieux gage de son amour sera un témoignage contre vous ; vous serez de ceux dont il est écrit : // est venu chez soi, et les siens ne font pas reçu, parce qu'ils ne l'ont pas connu ; ils ne l'ont pas discerné et ne l'ont pas traité comme le méritaient sa dignité et son amour.

Quel est donc le véritable effet de ce sacrement? C'est d'être incorporé à Jésus-Christ, lui être parfaitement uni selon le corps et selon l'esprit, être avec lui une même chair et un même esprit par la consommation de ce chaste mariage, être de ses os et de sa chair, comme une épouse fidèle ; mais

être aussi de son esprit, en sorte qu'il jouisse tout ensemble de notre corps, de notre esprit et de notre amour, comme nous jouissons du sien ; en un mot, être le corps de Jésus-Christ, lui être uni membre à membre, comme les membres sont unis entre eux et sont unis au chef, et cela pour toujours, sans jamais être en division ou en froideur ni avec lui ni avec aucun de ses membres, parce qu'il veut non seulement venir en nous, mais y demeurer toujours.

Qu'avons-nous dans l'Eucharistie, si ce n'est celui qui fait la félicité des bienheureux ? C'est la même substance, il n'y a qu'à ôter le voile. Seigneur, ôtez ce voile, percez ce nuage ; que me restera-t-il entre les mains et devant les yeux, sinon cet objet qui fera ma béatitude? ^'ai-je pas déjà cet objet dans votre corps? et dans le corps de Jésus-Christ n'ai-je pas son âme, n'ai-je pas toute sa personne, et dans sa personne celui qui y habite eorporellement, avec une entière plénitude, le Verbe divin ? et dans ce Verbe n'ai-je pas son Père * J'ai donc tout. Que me reste-t-il à désirer, sinon do percer le voile et de voir clairement ce que je sais bien que j'ai, mais ce que je ne vois pas? Mais nous n'avons qu'à demeurer en lui comme il demeure en nous. Il ne demande qu'à être vu et possédé, et qu'à jouir parfaitement de nous, en nous donnant tous ses biens et lui-même pour en jouir; à être connu comme il nous connaît; à être connu clairement, vivement, éternellement, sans obscurité et dans sa propre essence. Voilà le fruit, la vérité,

rentière consommation du mystère de l'Eucharistir Amen.

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