‹ Instructions sur l'EucharistieChapitre 2 sur 35 · PREMIÈRE INSTRUCTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE INSTRUCTION

li'Eucliaristie est un véritable sacrifiée.

Sacrificium et oblationemnolnisti : corpus autem aptasli mihi, et dixi : Ecce venio.

Vous n'avez plus voulu de sacrifice m d'oblation; vous m'avez donné un corps, et j'ai dit : Me voici.

(Hebr.. I, 5.)

De même que l'enfant vient au monde, qu'il grandit et qu'il entretient en lui la vie matérielle par le moyen des substances alimentaires, ainsi le chrétien vient au monde par le Baptême, grandit et se perfectionne par la Confirmation, et conserve en lui la vie surnaturelle et divine par le moyen du sacrement de l'Eucharistie. Or, mes frères, l'Eucharistie est tout à la fois un sacrement et un sacrifice. C'est un sacrement qui contient réellementrn sous les apparences du pain et du vin, le vrai corps 1 et le vrai sang de Jésus-Christ pour être la nourriture de nos âmes. C'est un sacrifice par lequel Jésus- Christ, continuant celui de sa mort, offre à Dieu

~ 10 — pour nous, par les mains des prêtres et sur nos autels, son corps et son sang sous les espèces du pain et du vin. Voyez-vous l'admirable invention du Fils de Dieu ! Il trouve moyen de s'ofifrir perpétuellement à son Père pour le salut des hommes ; et après qu'il s'est offert et qu'il est présent sur l'autel comme victime, il nous commande d'y participer pour nous appliquer ses mérites. L'Eucharistie est donc un sacrifice avant d'être un sacrement, puisque le prêtre ne saurait l'administrer aux fidèles qu'après l'avoir confectionné en offrant le saint sacrifice de la Messe. Approfondissons cette doctrine.

Qu'est-ce que rendre à Dieu un culte? C'est reconnaître son existence et ses infinies perfections. Or, pensez-vous qu'il y ait un homme sur la terre qui ne confesse que Dieu existe de toute éternité, qu'il est souverainement indépendant, qu'il donne et conserve la vie à tous les êtres, et qu'il exerce sur eux un pouvoir absolu? Mais, si vous croyez ces grandes vérités, il faut, pour être conséquents avec vous-mêmes, que vous vous soumettiez à ce Dieu si grand, que vous accomplissiez ses volontés très-saintes, que vous le remerciiez des bienfaits dont il vous comble chaque jour, que vous lui témoigniez un vif regret de vos fautes lorsque vous avez eu le malheur de l'offenser, et que vous lui demandiez tous les secours nécessaires pour atteindre vos éternelle? destinées. C'est là le culte intérieur, qui a sa racine, comme vous le voyez, dans la nature même de Dieu et la nature de

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i' homme. Mais, parce que vous êtes formés d'un corps et d'une âme, votre culte envers Dieu doit être extérieur; vous devez exprimer par des signes sensibles les sentiments d'adoration, de reconnaissance, de repentir et de confiance qui sont en vous. Or, le sacrifice peut seul, dit saint Thomas, exprimer avec vérité les rapports de soumission et de dépendance de l'homme envers Dieu. En effet, en offrant à Dieu une chose sensible et en la détruisant en son honneur, l'homme confesse que Dieu a droit de vie et de mort sur lui, et il témoigne qu'il est disposé à tout sacrifier pour lui rester soumis.

Mais remarquez, mes frères, que Dieu est maître absolu de notre vie à deux titres, comme Créateur et comme Rédempteur. Pour reconnaître que nous avons reçu la vie de lui, nous lui offrons ce qui sert à entretenir en nous la vie corporelle, du pain, du vin et des fruits de la terre. Pour confesser que nous avons mérité la mort par nos péchés, nous versons, du sang, nous lui offrons des victimes sanglantes.

Vous comprenez par là que les sacrifices de l'ancienne loi n'étaient agréables à Dieu qu'autant qu'ils étaient l'expression fidèle des sentiments intérieurs de ceux qui les offraient, et qu'ils figuraient le grand sacrifice qui devait s'accomplir en la personne de Jésus-Christ, le seul capable d'honorer Dieu dignement et d'apaiser sa justice. Par eux-mêmes ils n'avaient aucune vertu. Ecoutez saint Paul : « Il est impossible, dit-il, que les pé-

chés soient effacés par le sang des taureaux et des béliers ; c'est pour cela que le Fils de Dieu a dit à son Père en entrant dans ce monde : Les sacrifices et les holocaustes qui vous ont été offerts ne vous ont pas plu ; voilà pourquoi vous m'avez donné un corps, et voici que je viens moi-même vous l'offrir et vous l'immoler pour les pécheurs. »

Le sacrifice de Jésus-Christ sur la croix fut un vrai et solennel sacrifice. La croix fut l'autel, Jésus-Christ la victime aussi bien que le prêtre ou le sacrificateur, puisque c'est par sa seule volonté qu'il a été sacrifié : Ohlatus est^ quia ipse voluit. Par cette oblation, il rendit à la majesté divine l'hommage et la gloire qui lui étaient dus, il expia les péchés de tous les hommes; et par un seul sacrifice, dit encore saint Paul, il a consommé pour toujours le grand ouvrage de notre sanctification : Una oblatione consummavit in sempiternum sanctificatos.

Il est donc l'unique sacrifice, le sacrifice par excellence, et tous ceux qui l'ont précédé n'en étaient que l'ombre et la figure. C'est de lui qu'ils tiraient tout leur mérite, et ils n'étaient agréables à Dieu qu'autant qu'ils étaient offerts en union avec cet auguste sacrifice, qui a succédé aux anciens sacrifices et les a remplacés tous.

ISotre divin Sauveur, en consacrant le pain et le vin à la dernière cène, sépara d'une manière mystique son corps et son sang, et ce fut un véritable sacrifice. 11 voila sa divinité et son humanité sous les espèces eucharistiques, et demeura dans un

état d'immolation et de mort. La victime fut détruite plus complètement encore par la communion, puisque le corps et le sang de Jésus-Christ cessèrent d'être présents sacramentellement, soit sur l'autel, soit dans le cœur des communiants.

Mais écoutez, je vous prie, sur ce dogme capital, la doctrine de l'Eglise formulée par les Pères du saint concile de Trente : « Le saint concile œcuménique et général, assemblé légitimement dans le Saint-Esprit,... afin que dans la sainte Eglise catholique la doctrine et la foi ancienne touchant le dogme de l'Eucharistie se maintienne entière et parfaite en toutes ses parties, et se conserve dans sa pureté, en bannissant toutes les erreurs et toutes les hérésies, instruit par la lumière du Saint-Esprit sur l'Eucharistie considérée comme véritable et unique sacrifice, enseigne, déclare et ordonne qu'il faut prêcher au peuple fidèle ce qui suit :

« Parce que sous l'Ancien Testament, selon le témoignage de l'apôtre saint Paul, il n'y avait rien de parfait, à cause de la faiblesse du sacerdoce lévitique, il a fallu. Dieu le Père des miséricordes Tordonnant ainsi, qu'il se soit levé un autre prêtre selon l'ordre de Melchisédech, notre Seigneur Jésus-Christ, qui pût consommer et mènera perfection tout ce qui devait être sanctifié. Or, quoique notre Seigneur Dieu dût une fois s'offrir lui-même à Dieu son Père en mourant sur l'autel de la croix pour y opérer une rédemption éternelle, néanmoins parce que son sacerdoce ne devait point être éteint par sa mort, pour laisser à l'Eglise, sa chère

épouse, un sacrifice visible, tel que la nature des hommes le demande : sacrifice qui représentât le sacrifice sanglant qui devait s'accomplir une fois sur la croix, qui en conservât la mémoire jusqu'à la fin du monde, et qui en appliquât la vertu salutaire pour la rémission des péchés que nous commettons tous les jours; dans la dernière cène, la nuit même qu'il fut livré, montrant qu'il était établi prêtre pourFéternité selon l'ordre de Melchisédech, il offrit à Dieu le Père son corps et son sang sous les espèces du pain et du vin, et sous les mêmes symboles les donna à prendre à ses apôtres, qu'il établissait alors prêtres du Nouveau Testament , et par ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi, leur ordonna, à eux et à leurs successeurs dans le sacerdoce, de les offrir, comme l'Eglise cathoUque l'a toujours entendu et enseigné. Car, après avoir célébré l'ancienne Pâque que les enfants d'Israël immolaient en mémoire de la sortie d'Egypte, il établit la Pâque nouvelle, se donnant lui-même pour être immolé par les prêtres au nom de l'Eglise sous des signes sensibles, en mémoire de son passage de ce monde à son Père, lorsque, nous ayant rachetés par l'effusion de son sang, il nous arracha à la puissance des ténèbres et nous transféra dans son royaume. C'est cette offrande pure, qui ne peut être souillée par l'indignité ni par la malice de ceux qui l'offrent, que le Seigneur a prédit par Malachie devoir être offerte en tout lieu en son nom, qui serait grand parmi les nations. C'est la même que l'apôtre saint Paul, écrivant aux Corinthiens, a

marquée assez clairement quand il a dit que ceux qui sont souillés par la participation de la table des démons ne peuvent être participants de la table du Seigneur, entendant en l'un et l'autre lieu, par la table, l'autel. C'est elle enfin qui, au temps de la nature et de la loi, était figurée par diverses similitudes de sacrifices, comme renfermant tous les biens qui n'étaient que signifiés par les autres, dont '^lle était la consommation et la perfection. »(Conc. Trid., sess. 13, c. l .)

Le saint concile frappe ensuite d'anathème quiconque ne professe pas que la Messe est un véritable sacrifice. « Si quelqu'un dit qu'à la Messe on n'ofî're pas à Dieu un sacrifice véritable et proprement dit, ou qu'ofî'rir n'est rien autre chose que de nous donner Jésus-Christ à manger, qu'il soit anathème. »(Ibid., can. 1.)

Le prophète Malachie a donc célébré à l'avance la gloire du nouveau sacrifice : « Vous ne faites plus ma volonté, dit le Seigneur des armées, et je ne recevrai plus de présents de votre main ; car, de l'orienta l'occident, mon nom est grand parmi les nations, et dans tous les lieux on sacrifie et on offre à mon nom une oblation pure. » (Malach., 1, 10.) Il devait donc venir un temps où Dieu rejetterait les sacrifices qu'on lui offrait, et ils devaient être remplacés par un sacrifice pur qu'on lui offrirait partout. Il est donc évident que le prophète avait en vue le sacrifice de la Messe, le seul qui soit offert dans tous les lieux du monde. Ainsi concluent saint Justin,* saint Irénée et saint Jean Chrysostôme.

Voyez-vous ce prêtre qui va à la rencontre d'Abraham et qui offre du pain et du vin en sacrifice? C'est Melchisédech, le prêtre du Très-Haut. Or, le Père éternel dit à son Fils : Tu es prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech. C'est pourquoi le Sauveur du monde, le véritable Roi de la justice et de la paix devait offrir et a offert en effet un sacrifice semblable à celui de Melchisédech qui en était la figure, du pain et du vin, c'est-à-dire son corps et son sang sous les espèces du pain et du vin. Ainsi l'enseignent formellement saint Cyprien, saint Jérôme et saint Augustin.

Les prêtres de l'ancienne loi devaient immoler chaque année l'agneau pascal, en mémoire du passage de l'ange exterminateur qui tua tous les premiers nés des Egyptiens, la nuit même qui suivit l'immolation de l'agneau pascal, et épargna les enfants d'Israël. Mais ce sacrifice avait été aussi établi pour être la figure du sacrifice de Jésus-Christ qu'on devait immoler comme un agneau plein d'innocence, afin de délivrer les hommes de la servitude du démon et du péché ; non pas seulement pour être la figure du sacrifice sanglant de la croix, mais encore du sacrifice non sanglant de la Messe. En ctlet, dans la dernière cène qu'il célébra avec ses apôtres, Jésus-Christ leur donna son corps et son sang, se donna lui-même, véritable agneau pascal. Il était donc immolé , car on ne peut participer au sacrifice que lorsqu'il a été offert. Et afin de montrer clairement que la célébration de l'Eucharistie était un véritable sacrifice devant rem-

placer celui de l'agneau pascal qui en était la figure, il l'institua le jour même et dans le lieu où il venait d'immoler la victime légale.

Remarquez encore, mes frères, qu'entre la célébration de l'agneau pascal et la célébration de la Messe il y a des ressemblances si frappantes qu'il faut être aveugle pour ne pas les reconnaître.

L'agneau pascal devait être exempt de défauts, introduit dans cbaque famille le dixième jour du premier mois, et immolé le quatorzième, vers trois heures après midi. Jésus-Christ, le véritable Agneau de Dieu, a institué et célébré l'Eucharistie le quatorzième jour du même mois; puis il s'est immolé lui-même, en mourant sur la croix, vers trois heures de l'après-midi. Le sang de l'agneau imprimé sur le seuil des maisons des Israélites les préserva du glaive de l'ange exterminateur; et c'est par la vertu du sang de Jésus-Christ reçu dans le sacrement de l'Eucharistie que les chrétiens sont délivrés de la mort éternelle. Les Israélites étaient obligés de participer au sacrifice de l'agneau pascal ; ils devaient manger sa chair en famille et jamais hors de la maison, en habit et en disposition de voyageurs. Les chrétiens sont obligés de communier ; mais ils ne peuvent recevoir l'Eucharistie que dans l'Eglise catholique, ou la grande famille des chrétiens, et jamais chez les hérétiques ou les schismaliques. En se nourrissant de l'Eucharistie, ils doivent se regarder comme des étrangers sur la terre, comme des voyageurs qui marchent vers le ciel, leur véritable patrie.

L'Evangile nous dit que Jésus-Christ, après avoir pris du pain et du vin, rendit grâces à son Père et dit en môme temps : Ceci est mon corps qui est donné pour vous ; ceci est mon sang qui est répandu pour xious et pour plusieurs j pour la rémission des péchés. Par ces paroles, il déclare que son sang est répandu pour les hommes, pour leur obtenir le pardon de leurs fautes et l'abondance de la grâce. Jésus-Christ offre donc à Dieu un véritable sacrifice. Il ne dit pas : Ceci est le corps qui sera donnée mais qui est donné pour vous ; ceci est le sang qui sera répandu, mais qui est répandu\)0\iT vous. Il a donc immolé son corps et répandu son sang en instituant l'Eucharistie. Puis il ajouta : Faites ceci en mémoire de moi.

Saint Paul, expliquant ce dogme, dit aussi : « Toutes les fois que vous mangerez de ce pain et que vous boirez de ce calice, vous représenterez la mort de notre Seigneur, jusqu'au jour où il reviendra. » C'est comme si Jésus-Christ eût dit : Afin de vous rappeler toujours la mort que je vais subir pour vous, vous ferez ce que je viens de faire moimême ; vous immolerez mon corps, vous répandrez mon sang, comme je l'ai fait, et cela jusqu'au jour | où je reviendrai pour juger le monde. Ce n'est donc pas là une cérémonie passagère, mais une institution permanente (jui doit durer jusqu'à la consommation des siècles.

Avec quelle foi vive et quel profond respect, mes frères, ne devez-vous pas assister au sacrifice de la Messe, puisque c'est Jésus-Christ qui est toujours

ie prêtre et la victime ! Reporlez-vous par la pensée à ce iLoment solennel, à cette cène mémorable où .lésus-Christ célébra la première Messe en instituant l'Eiicbaristie. Quels n'eussent pas été vos sentiments de foi, de conOance et d'amour, et avec quelle ferveur n'auriez-vous pas prié ce bon Sauveur de vous comprendre dans le nombre de ses disciples et de ceux pour lesquels il répandait son sang et s'immolait pour la rémission des péchés ! ^"oubliez donc jamais que la sainte Messe est la représentation vivante du sacrifice de la cène, et vous y assisterez toujours avec piété et dévotion. Amen.

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