‹ Instructions sur l'EucharistieChapitre 3 sur 35 · MELCHISÉDECH · texte numérisé non relu

MELCHISÉDECH

Après qu'Abraham eut délivré Loth son neveu et eut mis en déroute les rois qui le tenaient prisonnier, Melchisédech, roi de Salem, offrant du pain et du vin, car il était prêtre du Dieu Très-Haut, le bénit en disant ; <( Béni soit Abraham par le Dieu Très-Haut qui a livré tes ennemis entre tes mains. » Et Abraham lui donna la dime de tout.

Quel est donc ce roi-prophète? Quel est son père et quelle est sa mère ? Quand est-il né ? quand est-il mort? L'Ecriture n'en dit rien ; elle nous le montre sans généalogie et comme vivant toujours. Environ neuf siècles plus tard, le Prophète- Roi jetio sur lui un rayon de lumière. Dans le premier psaume des Vêpres du dimanche : Dixit Domhius, il est dit : « Jéhova Ta juré, et il ne se repentira point : tu es prêtre éternellement selon Tordre de Melchisédech. » Voilà des paroles bien solennelles; Dieu les conlirme par un serment. Mais combien de mystères encore ! Qui nous les dévoilera? Dieu lui-même parla bouche de Paul.

Melchisédech était la figure de l'Honime-Dieu, graud-prêtre d'un nouveau sacerdoce. Sans père, sans mère, et rendu semblable au Fils de Dieu, qui est sans mère dans le ciel et sans père sur la terre ; sans naître et sans mourir, il paraît éternel comme Jésus-Christ; il est roi et pontife tout ensemble du Dieu Très Haut, en figure du sacerdoce royal de la nouvelle alliance ; son nom est Melchisédech, roi de justice ; il est roi de Salem, c'est-à-dire roi de paix, et ce sont des titres de Jésus-Christ. Abraham lui paie la dîme de toute sa dépouille, et il reconnaît l'éminence de son sacerdoce, lui qui portait en lui-même Lévi et Aaron qui devaient sortir de son sang ; il humilie devant ce grand sacrificateur le sacerdoce de la loi, et toute la race de Lévi, où celle d' Aaron était renfermée, paie la dîme en Abraham à cet admirable pontife. Abraham, qui se fait bénir par ses mains, se montre par là son inférieur; car c'est une vérité sans contestation, que Vinférieur est béni par le supérieur, et lui soumet en même temps tout le sacerdoce de la loi.

Mais quelle est la simplicité du sacrifice de ce pontife ! Du pain et du vin font son oblation : matières pures et sans aucun sang, dans lesquelles Jésus-Christ devait cacher la chair et le sang de son nouveau sacrifice. Abraham y participe avant que d'être Abraham et sans être encore circoncis. Ainsi c'est le sacrifice du peuple non circoncis, dont l'excellence est plus grande que les sacrifices de la circoncision. Melchisédech l'offre comme prêtre du Très-Haut, puis le distribue aux assistants pour les rafraîchir des fatigues de leurs combats ; Jésus-Christ offre également le sien, puis le distribue aux fidèles pour les rafraîchir et les fortifier dans les combats du salut .

Malachie, parlant de la part de Dieu, dit aux prêtres de l'ancienne loi : a Mon affection n'est point envous,dit Jéhova- Sabaoth, et je n'agréerai point l'ublalion de votre main. Car, depuis le lever du soleil jusqu'au couchant, mon nom est grand parmi les nations, et en tout lieu on oITre à mon nom l'encens et une oblation pure ; car grand est mon nom parmi les nations, dit Jéhova-Sabaolli. »

Avec quelle clarté le prophète ne désigne-t-il point ici le

divin sacrifice de la nouvelle alliance qui est offert au Seigneur sur nos autels dans toutes les parties du monde! La tradition chrétienne est unanime sur ce point.

« Il est certain, dit uu docte protestant au sujet du commentaire de saint Irénée sur cette prophétie, il est certain et qu'Irénée et que tous les Pères dont nous avons les écrits, soit qu'ils aient vécu du temps des apôtres, soit qu'ils les aient suivis de près, ont tenu la sainte Eucharistie pour le ^^ sacrifice de la nouvelle loi, et qu'ils ont regardé cela, non ^

comme la doctrine privée d'une église ou d'un docteur particulier, mais comme la doctrine publique de l'Eglise universelle, doctrine et pratique reçues par elle des apôtres, et par les apôtres de Jésus-Christ. »

L'oblation, en hébreu minha, dont parle ici le prophète, était un sacrifice non sanglant, consistant en fruits de la terre, souvent en pain et en vin. Cette sentence renferme en même temps une prédiction de l'Eglise de Jésus-Christ répandue dans Tunivers, et la caractérise comme celle oii, depuis le levant jusqu'au couchant, doit être offerte au Seigneur l'oblation pure. CRohrbachbr.)

ir INSTRUCTION,

De l'essence du sacrifiée de la messe.

Hic autem unam pro pcccatis offerens hostiam, in sempiternum sedet in dextera Dei.

Jésus-Christ ayant offert une seule victime pour les pécliés, est assis à la droite de Dieu.

(Hebr., X, 12.)

Le sacrifice de la Messe est la représentation véritable et la continuation du sacrifice de la croix ; ce n'est qu'un seul et même sacrifice : c'est le même Jésus-Christ qui s'est offert une seule fois sur la croix, et qui s'offre chaque jour sur nos autels par le ministère des prêtres. La seule différence consiste dans la manière de l'offrir : sur la croix, le sang de Jésus-Christ a été répandu d'une manière sanglante, tandis que sur nos autels il est répandu d'une manière non sanglante, quoique réelle ; sur l'autel comme sur la croix, le vrai sang de Jésus-Christ est véritablement répandu pour la rémission des péchés.

Mais en quoi consiste l'essence du sacrifice de la Messe? Est-ce dans l'oblation du pain et du vin avant la consécration, ou dans la consécration ellemême, ou dans la communion? Avant de répondre,

considérons les rapports qui existent entre les anciens sacrifices et notre sacrifice actuel.

^'ous l'avons dit, un des devoirs les plus essentiels de l'homme est de reconnaître que Dieu a droit de vie et de mort sur toutes les créatures, et d'exprimer sa croyance par des signes extérieurs et sensibles. L'homme n'est-il pas plus sens que raison? N'est-ce pas pour lui une nécessité de manifester les vifs sentiments qu'il éprouve? L'homme qui ne croit qu'à la matière ne l'adore-t-il pas? Et puisqu'il est tout à la fois esprit et corps, ne doitil pas glorifier Dieu par toute sa personne, et par son esprit et par son corps?

Mais pour que le culte extérieur soit vrai, il doit être l'expression fidèle de la croyance : d'où nous concluons que le sacrifice est de droit naturel, comme l'enseigne saint Thomas. Et, en effet, par quelle autre action pourriez- vous exprimer le domaine souverain de Dieu sur les créatures? Par l'offrande? Mais l'offrande n'exprime qu'un domaine d'usage, tel qu'il peut exister d'un maître à ses esclaves. Il n'y a rien là qui marque avec précision que Dieu a sur nous droit de vie et de mort. Mais par le sacrifice le prêtre dit à Dieu : Seigneur, nous vous appartenons corps et âme ; notre sort est entre vos mains; vous pouvez nous briser et nous détruire comme je détruis moi-même cette victime en votre honneur, et nous sommes disposés à mourir, s'il le faut, pour accomplir vos saintes volontés.

Mais quelle sera la matière du sacrifice? Comment la déterminerons-nous ? Par le but que nous

nous proposons en offrant à Dieu des sacrifices : ainsi nous offrirons surtout des substances alimentaires qui se résument dans le pain et le vin. Ne pouvant pas nous ôter la vie, nous offrons en sacrifice les substances destinées à nous la conserver.

Cependant, en se révoltant contre Dieu, l'homme s'est rendu coupable de lèse-majesté divine, et il a mérité la mort. Dieu lui a fait grâce, mais à la condition qu'une grande victime lui sera subslituée, et qu'il reconnaîtra lui-môme avoir mérité que son sang fût répandu. L'homme doit donc offrir aussi du sang ou des victimes sanglantes. De là ces remarquables paroles de saint Paul : « Sans effusion de sang, il n'y a pas de rémission pour le péché. »

Or, la nature divine et la nature humaine n'ont pas changé ; ce qu'elles exigeaient autrefois, elles l'exigent encore aujourd'hui. Il faut donc que nous offrions en sacrifice à Dieu du pain, du vin et du sang. Mais sera-ce du pain, du vin et du sang dans leur état naturel? Le prétendre serait nier tout le christianisme, nous reporter à la loi de Moïse et nous donner la figure pour la réalité. Jésus-Christ n'aurait donc ni accompli ni perfectionné la loi nouvelle, puisque le sacrifice, la partie la plus essentielle du culte, serait dans le même état que sous la loi de Moïse et du temps des patriarches.

Dans la loi nouvelle, la victime que nous devons offrir peut-elle être diflerente de celle du Calvaire? Mais si elle l'était, il ne serait plus vrai de dire qu'il n'y a qu'un seul médiateur entre Dieu et les hommes, un seul Sauveur, notre Seigneur Jésus-Christ.

Sera-t-elle Jésus-Christ s'immolant et répandant son sang comme au Calvaire? Mais alors Jésus- Christ serait toujours assujéti à la mort ; et comment, étant toujours son esclave, pourrait-il nous en délivrer nous-mêmes? Pour mettre des esclaves en liberté, ne faut-il pas être maître du tyran? Pour enlever au fort armé ses dépouilles, ne doit-on pas s'emparer de sa personne? En outre, ne serait-ce pas faire injure au sacrifice du Calvaire et l'accuser d'insuffisance?

Le sacrifice delà loi nouvelle sera donc du pain, du vin et du sang, mais non dans leur état naturel, puisqu'ils doivent être la réalité et l'accomplissement de la figure. En outre, la victime doit être la même que celle du Calvaire, et elle doit être immolée sans être sujette à la mort. Qui donc pourra résoudre un tel problème? Jésus-Christ seul; car il est facile de comprendre que lui seul peut établir un sacrifice qui corresponde à toutes ces exigences. Voyez donc et admirez ce qui s'accomplit au saint sacrifice de la Messe. Psous offrons à Dieu du pain, du vin et du sang, mais non plus dans leur état naturel; nous offrons Jésus-Christ lui-même, sans qu'il soit assujéti à la mort. Le pain, le vin et le sang que nous offrons sont la réalité et l'accomplissement des figures; c'est le corps, ie sang, Fàmeunisàla divinité de Jésus-Christ. Quelle magnifique harmonie entre l'Ancien et le Nouveau Testament! L'esprit de l'homme peut-il contempler quelque chose de plus beau et de plus grand, de plus auguste et de plus divin?

D'après ces considérations, vous comprenez aisément que l'essence du sacrifice ne saurait être la seule offrande du pain et du vin.

Ce n'est pas non plus l'oblation qui se fait après la consécration, puisqu'elle ne fait subir aucun changement à la victime, et qu'elle se fait au nom de l'Kglise et nullement au nom de Jésus-Chris! .

Serait-ce la fraction de l'hostie? Non, car elle n'alfecte en rien la victime. Les Docteurs enseignent, après saint Thomas, qu'on rompt l'hostie consacrée et qu'on en laisse tomber une parcelle dans le calice pour exprimer l'union de Jésus-Christ avec son corps mystique ou l'Eglise, et que si le prêtre oublie cette cérémonie, il n'est pas nécessaire d'y revenir, parce qu'elle n'est pas essentielle au sacrifice. Serait-ce la communion des fidèles? Mais la Messe ne serait donc pas un sacrifice, quand les fidèles n'y communieraient pas, ou du moins pour ceux qui n'y communieraient pas? La communion ne pourrait donc se faire qu'avec des hosties con> sacrées à celte même Messe et par le prêtre qui la célèbre? Or, que le peuple communie ou ne communie pas, ou qu'il communie avec des hosties consacrées précédemment par un autre prêtre que celui qui célèbre, la sainte Messe est toujours un sacrifice véritable. La communion des fidèles n'est donc pas nécessaire ou essentielle au sacrifice.

Serait-ce la communion du prêtre? De savants Docteurs le croient; mais d'autres en plus grand nombre enseignent que la communion du prêtre ordonnée par Jésus-Christ est s nilemcnt partie in-

légrante du sacrifice. C'est pourquoi l'Eglise ordonne que, dans le cas où le prêtre célébrant serait frappé de mort subite après la consécration, un autre prêtre achève le sacrifice, quand même il ne serait plus à jeun. La communion du prêtre n'est donc pas essentielle. De plus, un sacrifice peut être parfait sans que ceux qui l'oflrent y participent : tel élait l'holocauste sous la loi de Moïse. Enfin la communion étant une participation à la victime, suppose qu'elle a été immolée et offerte en sacrifice.

L'action essentielle au sacrifice est donc la consécration. En effet, c'est par la consécration que Jésus-Christ se trouve présent sur l'autel, s'y immole véritablement et y demeure dans un état de mort.

Cette immolation s'appelle mystique, non pas qu'elle soit fictive ou représentative seulement, car elle est très-réelle et très-véritable; mais on l'appelle ainsi pour la distinguer de l'immolation sanglante de la croix, et pour signifier que la séparation du corps et du sang de Jésus-Christ, qui se fait en vertu des paroles delà consécration, représente la séparation de son corps et de son sang sur la croix. Ces paroles de la consécration opèrent en effet ce qu'elles signifient, et placent le corps de Jésus-Christ sous l'espèce du pain et son sang sous l'espèce du vin. Cependant il est de foi que Jésus-Christ est tout entier sous chaque espèce, parce qu'il est dans l'Eucharistie comme dans le ciel, glorieux et immortel, impassible et indivisible, et que son corps ne peut être séparé de son sang.

A la sainte Messe, au moment de la consécration, Je prêtre offre à Dieu Jésus-Christ présent sur l'aulel sous les espèces du pain et du vin : voilà l'offrande extérieure d'une chose sensible, mais pour qu'il y ait sacrifice, il faut de plus que la victime meure ou que la chose soit détruite. Or, il semble que la victime soit plutôt détruite par la communion du célébrant et des fidèles que par la consécration qui lui donne naissance et la rend présente sur l'autel.

Ce n'est ici qu'une illusion ; car c'est au moment môme de la consécration que Jésus-Christ s'immole à la sainte Messe, parce que les paroles que prononce le prêtre sont comme un glaive qui sépare le corps et le sang de Jésus-Chrisl, et parce que ces mêmes paroles le font mourir ou le sacrifient véritablement.

Expliquons-nous. Ou'est-ce que la mort? Est-ce Tanéantissement d'un être vivant? Non, certes; c'est seulement la destruction d'un être dans son état naturel. Ainsi, enoflVanlà Dieu du pain, du vin ou des fruits de la terre, vous détruisez ces substances, en ce sens que vous leur ôtez leur vie naturelle. En immolant un bélier ou un agneau, vous le tuez ou vous le détruisez, c'est-à-dire que vous lui ôtez sa vie naturelle, mais rien n'est anéanti; toutes ces choses redeviennent poussière, cendre ou matière, mais elles ne sont pas anéanties ; elles descendent au dernier degré de la vie ou de l'existence, qui est la matière; car la matière est comme le milieu, dit saint Augustin, entre l'être et le néant. Quand

riiomme meurt, rien n'est anéanti ; son âme \it toujours, et son corps redevient cendre ou matière. La mort d'une victime n'est donc pas son anéantissement; c'est la perte de sa vie naturelle, ce qui la rapproche le plus possible du néant. Or, par les paroles de la consécration, le prêtre rend présents; sur l'autel le corps, le sang, l'àme et la divinité de Jésus-Christ sous les espèces ou apparences du pain et du vin, et par suite il ôte à Jésus-Christ, autant qu'on peut la lui ôter, sa vie naturelle d'Iïommc-Dieu et de Dieu-Homme. En effet, vous ne voyez rien en lui sur l'autel qui vous révèle sa divinité ou son humanité ; il est descendu jusqu'au dernier degré de la vie, jusqu'à la matière, et il n'a pas plus de vie extérieure que du pain et du vin ; il est devenu comme le frère du grain de sable. Par les paroles de la consécration, le prêtre abaisse donc Jésus-Christ infiniment au-dessous de luimême; il l'immole et le sacrifie ; car, par cette action, il le détruit beaucoup plus que le prêtre de l'ancienne loi ne détruisait l'agneau qu'il offrait en sacrifice, puisqu'il lui fait franchir une distance infiniment plus grande dans les degrés de la vie : il le fait passer ou descendre dans un état voisin du néant.

Jésus-Christ est tout ensemble le prêtre et la victime dans ce divin sacrifice ; il est le prêtre selon l'esprit et la victime selon le corps ; il est lui-même la victime de son sacerdoce ; il est le prêtre qui s'immole comme victime, et c'est pour lui, comme pour le souverain Seigneur de toutes choses, que

toute nouvelle créature est un sacrifice et que tous les prêtres sont des victimes.

Ayez donc grand soin, mes frères, d'assisler au saint sacrifice de la Messe avec autant de dévotion et de respect que si Jésus-Christ paraissait visiblement à l'autel et prenait la place du prêtre ; car il n'y est pas moins présent, quoique nous ne le voyions point. En célébrant, le prêtre montre clairement que c'est Jésus-Christ qui offre le sacrifice, puisqu'il parle en sa personne, lorsqu'il dit : Ceci est mon corps, ceci est mon sang; c'est la parole (le Jésus-Christ et non la parole du prêtre qui consacre l'hostie. De quel profond respect ne devezvous pas être animés, lorsque vous entendez ces paroles, et qu'au moment de la consécration les cieux s'ouvrent, les anges sont dans l'admiration, les saints chantent les louanges de Dieu, les justes se réjouissent, les captifs sont visités, les prisonniers sont mis en liberté, l'enfer gémit, l'Eglise est comblée de joie et de délices spirituelles, et la terre devient le ciel par la présence de Jésus-Christ?

Dans ce mystère, Jésus-Christ offre sa vie pour la nôtre, et il s'anéantit d'une manière admirable. Il est tellement sous les accidents du pain et du vin, qu'il semble n'être rien, et qu'il ne peut faire aucune action de vie en cet état. Le lieu où il est renfermé est si étroit qu'il devrait y mourir, et il ne peut y vivre que par miracle. Il n'y relient rien de l'homme qui tombe sous nos sens, ni la grandeur, ni la situation, ni l'action, ni le mouvement, ni aucune marque qui le fasse reconnaître pour un

homme, et beaucoup moins encore pour un Homme- Dieu.

Admirez donc ce pouvoir sublime que le Seigneur a donné aux prêtres. Par le caractère tout divin dont ils sont revêtus pour consacrer et consommer le sacrifice, ils ont en quelque sorte droit de vie et de mort sur la personne du Fils de Dieu : droit de vie par la consécration, puisque dans ce moment il s'incarne entre leurs mains, et droit de mort, puisqu'ils le mettent sur l'autel en état d'immolation et de mort, et que parla consommation de l'hostie ils lui font même perdre son être qu'il avait dans le sacrement.

Admirez aussi la bonté qu'il a eue pour vous. Ouand tous les martyrs donneraient leur vie pour la vôtre, quand le ciel et la terre seraient réduits au néant à cause de vous et en votre considération, ce ne serait rien auprès de ce que Jésus-Christ fait pour vous dans ce mystère. Que ferez-vous donc pour lui qui réponde à son amour? Quand vous lui donneriez tout ce que vous possédez et votre vie même, que serait-ce auprès de la vie d'un Dieu? Louez donc sa magnificence, carilnous a comblés d'un bienfait infini, et, tout Dieu qu'il est, il ne pouvait nous donner davantage.

Lorsque vous assistez au saint sacrifice de la Messe, rentrez en vous-mêmes, et faites sur l'autel de votre cœur, qui est consacré à la très-sainte Trinité, ce que Jésus-Christ fait sur son autel ; abaissezvous profondément, et soyez, comme Jésus, dans un état permanent d'immolation et de mort: sa-

orifiez-vous pour Dieu comme il se sacriGe pour vous ; que tous vos sens et toutes les puissances (le votre âme lui soient consacrées. Dans toutes vos pratiques de vertus, qui doivent être autant de sacrifices, clierchez la gloire de Dieu et non pas la vôtre. Dans tout le bien que vous faites, désirez qu'il soit loué et non pas vous. Que toutes vos actions et vos entreprises n'aient d'autre but que sa gloire. Ce sont les holocaustes que Dieu demande de vous pour les unir au sacrifice de son Fils. C'est alors que vous adorerez Dieu en esprit et en vérité : tout autre culte lui déplaît, et il le rejette. En vain prolongerez-vous vos oraisons, fréqucnterez-vous les .sacrements, distribuerez-vous des aumônes aux pauvres : si l'essence de votre culte envers Dieu n'est pas l'esprit de sacrifice ou l'immolation de vous-mêmes pour faire sa volonté en toutes choses, il détourne de vous ses regards. Ne réservez donc rien de vous-mêmes, mais olïrez-lui vos yeux pour contempler la beauté de son visage plein de charmes et d'attraits, vos oreilles pour entendre l'agréable harmonie de sa voix, votre langue pour le bénir et publier ses merveilles, votre cœur pour l'aimer uniciuement et ne rien aimer que par amour pour lui, toute volrc vie, toute voire substance pour accomplir sa volonté très-sainte. Amen.

KiNACE CAPIZZI.

Le vénérable Ignace Capizzi fut un niOLlèle de toules los vertus sacerdotales et apoî^toliques. Toutes les pages des procès juridiques le montrent dirijjeant toutes ses pensées et son

zèle pour procurer la gloire de Dieu. On le voit pendant tout le cours de sa vie travailler incessamment à l'acquisition des vertus pour lui-même et la sanctification des autres. Depuis sa jeunesse jusqu'à la vieillesse la plus reculée, la prière, les veilles, les jeûnes, les macérations corporelles, la pureté du cœur et une étroite union avec Dieu forment ses pratiques quotidiennes. Ajoutez à cela l'étude infatigable de la théologie, de l'Ecriture sainte et des Pères, à laquelle il se livrait .sans perdre un moment.

Prêcher dans les villages, entendre les confessions, assister les moribonds, convertir les pécheurs, telle est l'occupation de toute sa vie. Pour produire des fruits durables, il érige des communautés, des collèges, des académies, des confréries.

Aucune classe de la société n'est étrangère à son zèle. Il enseigne le catéchisme aux paysan.% il réunit les ouvriers avant l'aurore, il instruit les jeunes gens, il court après les âmes pécheresses, il sanctifie les religieuses par des retraites, il assiste les malades dans les hôpitaux, les prisonniers dans leurs cachots. La nuit est pour les exercices de sa piété privée, la journée pour les œuvres publiques de son ministère.

La tendre et fervente dévotion qu'il avait envers le sacrement de l'autel était vraiment merveilleuse. Lorsque rien ne l'empêchait, il employait plusieurs heures de préparation à la sainte Messe et plusieurs autres à Faction de grâces. 1! commençait à se préparer au .saint sacrifice dès la veille, même avant la nuit. Les préparations par lesquelles il se disposait à célébrer étaient d'une longueur et d'une ferveur extFaordinaires. il méditait la passion de Jésus-Christ la face prosternée contre terre, s'imaginant être en la compagnie de ses saints prolecteurs. Il partait du jardinde Gelhsémani,et il arrivait ainsi sur le Calvaire, au pied de la croix. En célébrant, il semblait transporté hors de lui-même et animé d'une charité tellement ardente que son visage paraissait tout en flammes. L'allégresse et la sainte effusion de la charité ne pouvaient rester renfermées dans son cœur et se révélaient au dehors. Des pécheurs endurcis se convertissaient rien qu'en assistant à sa Messe. Depuis l'introït jusqu'à la préface, l'exac-

titude et le recueillement que l'on remarquait en lui inspiraient de grands sentiments de religion à tous ceux qui en étaient témoins. Mais de la préface à la communion, il ravissait tous ceux qui avaient le bonheur d'observer les transports de sa foi et de son ardente charité. Après avoir terminé le saint sacrifice, il faisait son action de grâces sur un balcon ouvert, et môme dans le clocher de l'église, afin de pouvoir ainsi rafraîchir l'ardeur du feu qui le consumait. Quelquefois il allait au grand air, même dans les plus grandes rigueurs de l'hiver. Il marchait un jour pieds nus sur la neige en disant : « Laissez-moi respirer. » Un jour qu'il célébrait la sainte Messe dans la chapelle des Pères de l'Oratoire, les portes étant fermées, comme c'était son usage, il se prosterna sur le marche-pied de l'autel après la consécration, ne pouvant plus résister. Là, avec le visage en feu, des mouvements très-violents et des palpitations qui lui coupaient la parole, il dit avec une profonde dévotion : « Seigneur, que le Souverain Pontife vous soit recommandé. »

Telles ont été les œuvres du vénérable Ignace Capizzi dans la condition de prêtre séculier. Sa vie mérite d'être particulièrement étudiée pour servir de modèle à tous les membres du clergé. Il est mort le 27 septembre 1787. Il est que.stion dans ce moment de sa béatification.

lir INSTRUCTION.

Fins du sacrifice de l» Iflesse.

Ipsc ut propitiatio pro peccatis nostns, non pro nostris tantum, sed etiam ^ro toliua mundi.

Jésus-Christ est lui-même propitiation pour DOS péchés, non seulement pour nos péchés, mais aussi pour les péchés du monde entier.

Tour quelles fins Jésus-Christ a-t-ii institué h saint sacrifice de la Messe? Pour quatre fins principales : pour adorer Dieu, le remercier de ses bienfaits, lui demander le pardon de nos péchés et toutes les grâces dont nous avons besoin. Ecoutez d'abord ce que nous enseigne la sainte Eglise catholique : « Parce que, dans ce divin sacrifice qui s'accomplit à la Messe, le même Jésus-Christ qui s'est offert une fois lui-même sur l'autel de la croix avec effusion de son sang, est contenu et immolé d'une manière non cruelle, le saint concile enseigne que ce sacrifice est vraiment propitiatoire, et que par lui nous obtenons miséricorde et trouvons grâce dans le temps opportun, si nous approchons de Dieu contrits et pénitents, avec un cœur sincère, une vraie foi, et dans un esprit de

crainte et de respect; car le Seigneur, apaisé par celte oblalion, et accordant la grâce et le don de pénitence, remet les crimes et les péchés, même les plus grands, puisque c'est une seule et même hostie, et que celui-là même s'offre à présent par le ministère des prêtres qui s'offrit autrefois sur la croix, sans qu'il y ait de différence que dans la manière de l'offrir. Et, par cette oblalion non cruelle, on reçoit des fruits Irès-abondanls de l'oblalion sanglante ; tant s'en faut que par elle on déroge en quelque manière à celle-ci. C'est pourquoi, selon la tradition des apôlres, elle est offerte non seulement pour les péchés, les peines, les satisfactions et les autres nécessités des ffdèles qui sont encore vivants, mais aussi pour ceux qui sont morts en Jésus-Christ et qui ne sont pas encore purifiés. » (Conc. Trid., sess. 22, c. 2.)

L'Eglise nous dit encore : « Si quelqu'un dit que le sacrifice de la Messe est seulement un sacrifice de louanges et d'actions de grâces, ou une simple mémoire du sacrifice accompli sur la croix, mais qu'il n'est pas propitiatoire, ou qu'il n'est profitable qu'à celui qui reçoit l'Eucharistie, et qu'il ne doit pas être offert pour les vivants et pour les morts, pour les péchés, les peines, les satisfactions et les autres nécessités, qu'il soit anathème. » (Ibid., ean. :l.)

Vous voyez donc, mes frères, que, d'après la doctrine de l'Eglise, le sacrifice de la Messe n'est pas seulement un sacrifice de louanges et d'actions de grâces, mais encore un sacrifice de propiliation

pour la rémission des péchés, pour les satisfactions et les autres nécessités. Il a donc été établi pour adorer Dieu, apaiser sa justice irritée par nos péchés, le remercier de ses bienfaits et lui demander toutes les grâces dont nous avons besoin.

1° >'otre premier devoir envers Dieu est en etlct de Tadorer, de reconnaître que c'est par lui que nous vivons et qu'il a droit de vie et de mort sur nous. Où étions-nous il y a un siècle? Qui nous a donné l'existence? Et celui qui nous l'a donnée ne peut-il pas la reprendre quand il le voudra? >'ous devons donc adorer ce grand Dieu de qui nous tenons tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons. >'ous devons lui rendre un culte proportionné à sa grandeur et à sa majesté, c'est-à-dire un culte infini. Mais que sommes-nous pour rendre à Dieu un culte infini? L'homme si pauvre, si petit, si borné, si misérable, peut-il avoir la prétention d'adorer Dieu comme il mérite d'être adoré? >'e serait-ce pas prétendre s'égaler à Dieu? Mais toutes les nations ne sont rien, ou sont comme si elles n'étaient pas devant lui ; l'univers est comme une goutte de rosée suspendue à un brin d'herbe. Aussi voyez-vous les anges les plus élevés, les séraphins et les chérubins se prosterner devant le Très-Haut avec un saint tremblement. Mais la seule pensée de la grandeur d'un Dieu infiniment parfait serait capable de nous anéantir si nous savions la comprendre. Oue sommes-nous donc en présence de ce grand Dieu qui possède l'éternité et l'immensité, qui franchit tous les lieux et tous les

temps ; de ce grand Dieu qui a semé les mondes dans l'espace comme l'agriculteur sème la poussière dans son champ; de ce grand Dieu qui n'a qu'à vouloir pour faire jaillir du sein du néant des milliers de mondes infiniment plus beaux les uns que les autres, et qui les anéantirait au moindre signe de sa volonté? Quelle proportion peut-il exister entre cette majesté infinie et notre être d'un jour ou d'un moment?

Mais voyez l'admirable invention du Fils de Dieul 11 descend jusqu'à nous pour nous élever jusqu'à lui; il nous prend notre chair pour nous donner son esprit. S'il ne s'était pas revêtu de notre nature, il n'aurait jamais pu mériter, ni satisfaire à la justice de Dieu pour nous ; et s il n'eût été qu'une créature, ses mérites n'auraient aucune proportion avec la grandeur de Dieu. Mais, en se faisant homme, il acquiert des mérites; et comme la nature humaine est unie à la personne même du Verbe divin, ses mérites sont infinis. Le moindre abaissement de sa part rend à Dieu un honneur infini. Que sera-ce donc de toutes ses humiliations, de toutes ses souffrances, de son anéantissement et de sa mort sur la croix? Et cependant ne semblct-il pas qu'il descende encore plus bas au saint sacrifice de la Messe? Il se dépouille des apparences de l'humanité pour demeurer sous les espèces du pain et du vin, pour offrir à son Père son corps, son sang, son âme avec tous ses mérites ; chaque jour il renouvelle de cette sorte son sacrifice, non seulement dans une seule église, mais dans lous^

— soles lieux (lu monde, à tous les instants du jour et de la nuit. Il se multiplie dans tous les pays, afin de former un concert infini de louanges et d'adoration pour adorer Dieu comme il le mérite.

Voulez-vous aussi, mes frères, rendre à Dieu un honneur inûni ? Unissez-vous à Jésus-Christ ; abaissez-vous avec lui et comme lui ; assistez à faugusle sacrifice de l'autel avec les sentiments du plus grand respect et de l'humilité la plus profonde ; que votre recueillement, votre silence et votre maintien montrent que vous en êtes animés; autrement vous n'êtes plus unis à Jésus-Christ, et votre adoration n'est plus digne de Dieu, parce que vous êtes en opposition avec sa volonté.

Que vous dirons-nous donc, chrétiens, vous qui assistez à la sainte Messe avec un air aussi distrait et aussi dissipé qu'à un spectacle profane, et cela dans un moment où des milliers d'anges adorent la sainte victime? Pensez-vous que vous rendez gloire à Dieu en vous présentant devant lui avec cet orgueil et ce sans-gêne que vous ne vous permettriez pas dans le salon d'un magistrat ou d'un simple fonctionnaire? Au lieu d'adorer Dieu, vous vous glorifiez vous-mêmes, et dans votre estime vous vous élevez au-dessus de tous les autres. >"est-ce pas une insulte que vous faites à la majesté de Dieu ?

2° La seconde fin du sacrifice de la Messe est de satisfaire à la justice divine pour nos péchés. N'estce pas là un bienfait inestimable ? Représentez-vous un misérable débiteur qui ne pourrait payer ses

dettes, et serait menacé d'être pour ce molif condamné aux galères perpétuelles : quelle ne serait pas sa joie, si un riche seigneur venait lui olîrir de quoi se libérer 1 Mais ce débiteur c'est nous-mêmes ; nous avons offensé une majesté infinie : comment donc, finis et bornés que sont tous les mérites des anges les plus parfaits, pourrions-nous offrir à Dieu une satisfaction proportionnée à l'injure que nous lui avons faite ? En nous révoltant contre Dieu, n'avons-nous pas voulu le détrôner et régner à sa place? Mais vouloir détrôner Dieu, n'est-ce pas vouloir sa mort? Qui pourra comprendre tout ce qu'il y a d'outrageant et d'abominable dans une pareille conduite ? Et ce n'est pas une fois que nous nous sommes révoltés contre Dieu; toute notre vie n'est qu'un tissu de désobéissances. 0 mon Dieu , où trouverons-nous donc un abri pour nous garantir des coups de la foudre prête à nous frapper ? S'il ne s'agissait que de réparer un seul péché mortel, tous les hommes et tous les anges réunis n'y pourraient rien. Faudra-t-il donc nous précipiter dans l'affreux abîme du désespoir? A Dieu ne plaise 1 Tournons nos regards vers Jésus, notre Pontife ; lui seul pourra désarmer la colère de Dieu et satisfaire pleinement à sa justice. Il a été choisi pour offrir des dons et des sacrifices pour les péchés. Prêtre et victime, chaque jour au saint sacrifice de la Messe, il se présente à son Père, lui offre les mérites de sa passion et de sa mort, et demande pour nous grâce et miséricorde, comme il l'a demandé sur la croix pour le genre humain tout entier. Que

serions-nous devenus, si nous n'avions pas eu cette victime de propiliation pour faire tomber le glaive vengeur des mains du Très-Haut ? Il y a longtemps qu'il aurait lancé sur le monde tous les fléaux à la fois pour lui faire expier ses crimes. S'il se montre plus miséricordieux que dans les temps primitifs, à qui en sommes-nous redevables? >''£St-ce pas à la puissante intercession de Jésus-Christ qui se sacrifie perpétuellement sur nos autels, y demeure dans un état permanent d'immolation et de mort? La grande voix de son sang crie plus haut que le sang d'Abel pour désarmer la colère de Dieu.

Le sacrifice de la Messe est donc propitiatoire, c'est-à-dire propre à nous obtenir de Dieu le pardon de nos péchés. En l'instituant, Jésus-Christ a dit expressément : « Ceci est le calice de mon sang qui est répandu pour la rémission des péchés. »

xMaisce sacrifice remet-il les péchés directement, comme le sacrement de Pénitence? Non, certes; il obtient seulement de Dieu les grâces nécessaires pour conduire les pécheurs jusqu'à la justification. K< Le Seigneur étant apaisé par celle oblation, vous dit l'Eglise, et accordant la grâce et le don de pénitence, il remet les crimes et les péchés même les plus grands. » Ce qui veut dire que le saint sacrifice de la Messe obtient de Dieu pour les pécheurs la grâce d'un repentir et d'une conversion sincères. N'est-ce pas ce qui est arrivé aux bourreaux mêmes de notre divin Sauveur, qui assistèrent à sa mort et s'en retournèrent en se frappant la poitrine et en confessant sa divinité? Est-il étonnant que les plus

grands pêcheurs, qui assistent pieusement à la sainte Messe, ressentent les effets d'une grâce particulière qui les attire vers Dieu, et qu'ils se sentent fortement pressés de se convertir?

Vous n'ignorez pas, mes frères, que l'absolution que vous recevez des i)éelK's mortels que vous avez commis, en vous remettant la peine éternelle que vous avez méritée, n'ciïacc pas toujours les peines temporelles que vous devez subir pour les expier. Et cependant quelles pénitences vous imposez-vous pour vous acquitter des dettes immenses que vous avez contractées? Où sont aujourd'hui les chrétiens qui châtient leur corps par de dures austérités? Où sont-ils ceux qui observent fidèlement les lois du jeûne et de l'abstinence? Avez-vous oublié que vous n'entrerez dans le royaume des cieux. qu'après avoir payé jusqu'à la dernière obole ? Qu'allez-vous donc devenir? Qui prendra votre défense devant votre Juge? Tournez vos regards vers cette auguste victime qui s'offre chaque jour sur nos autels. (Vest votre sacrifice; il vous appartient, ci en l'offrant à Dieu, vous lui présentez tous les mérites de notre divin Rédempteur. S'il détourne ses regards à cause de vos péchés, dites-lui avec le prophète : (Considérez la face de votre Christ qui est devant vous et qui vous ofl're en notre faveur tout le prix de son sang pour nous en faire l'application : liespic e in faciem Christi lui.

Vous n'ignorez pas que le trésor des mérites de Jésus-Christ est infini, et que vous pouvez y puiser sans cesse, non seulement pour expier vos propres

péchés, mais encore pour procurer du soulagement aux âmes du purgatoire, et même pour obtenir leur entière délivrance. Vous pouvez sans doute leur venir en aide par vos aumônes", vos prières et vos mortifications; mais pour que ces bonnes œuvres leur soient proûtables, il faut qu'elles soient faites en vue de Dieu et en état de grâce. Avez-vous la certitude que ces deux conditions ont été remplies? Non, certes; mais le saint sacrifice de la Messe est toujours efficace, quelles que soient d'ailleurs les dispositions de celui qui l'offre et de ceux qui le font offrir. C'est toujours le Fils de Dieu qui s'immole et présente ses mérites à son Père ; il lui est toujours agréable.

3" On offre encore le saint sacrifice de la Messe pour remercier Dieu de ses bienfaits. Or, avez-vous jamais bien considéré et le nombre et le prix des biens que vous avez reçus de Dieu et dans l'ordre de la nature et dans l'ordre de la grâce? Votre corps avec ses sens et ses organes, le chef-d'œuvre de la création; votre âme avec ses puissances et ses facultés, cet être si noble et A sublime, capable de connaître et d'aimer Dieu ; la grâce du Baptême qui vous a faits enfants de Dieu, frères de Jésus- Christ et temples du Saint-Esprit ; les dons du Saint- Esprit et les vertus chrétiennes; les pieuses pensées et les saintes inspirations qui vous poussent à la pratique de la vertu ; les exemples édifiants dont vous êtes témoins, ce sont là autant de grâces inappréciables : en témoignez-vous à Dieu votre reconnaissance? Vos bienfaits sont infinis, ô mon

Dieu, et ils nous environnent de toutes paris. Chaque ballement de notre cœur, chaque soupir, chaque moment de notre vie ne sont-ils pas de nouveaux bienfaits? Qu'avons-nous que nous n'ayons reçu de Dieu? Comment donc pourrons-nous l'en remercier dignement ? Quand nous passerions toute notre vie dans de continuelles actions de grâces ; quand nous lui oOVirions tout ce qui nous appartient, notre corps et notre âme, nos pensées et nos alFections, nos désirs et nos actions, tous nos biens, toute notre personne , qu'est-ce que tout cela au prix de ses bienfaits?

Or, voici Jésus-Christ qui vient en aide à notre misère et à notre pauvreté; il se charge d'acquitter pour nous la dette de la reconnaissance. En se donnant à nous avec tous ses mérites, nous l'offrons à Dieu pour le remercier des biens qu'il nous accorde sans cesse, et si grands, si estimables qu'ils soient, notre offrande vaut mieux que tout ce que nous avons reçu et que nous pouvons recevoir; elle égale au moins les faveurs et les grâces dont nous avons été comblés. Si nous lui devons un Dieu qu'il nous a donné pour nous racheter, c'est aussi un Dieu que nous lui offrons, un Dieu aussi grand que le Dieu qu'il adore.

4*^ Enfin le saint sacrifice de la Messe a été institué pour demander à Dieu les grâces dont nous avons besoin. Il est bien vrai qu'il n'attend pas toujours que nous les lui demandions pour nous les accorder; il nous prévient lui-môme, parce que, sans sa grâce, nous ne pouvons pas même le prier

comme il convient. Mais il nous dit expressément : « Demandez et vous recevrez ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. » La prière est donc pour nous un devoir rigoureux. Mais qui sommes-nous pour nous présenter devant Dieu? N'avons-nous pas tout sujet de craindre d'être repoussés? Ah ! sans doute, Dieu ne rejette jamais un cœur contrit et humilié; mais, il faut l'avoir, ce cœur brisé de repentir, et pouvons-nous l'espérer de Dieu lorsque nous continuons toujours de l'offenser?

Mais voici que Jésus-Christ, en qui Dieu a mis toutes ses complaisances, se charge de lui présenter nos prières. Pourrait-il les rejeter encore et ne pas les exaucer? Notre Sauveur ne nous a-t-il pas dit : « Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous l'accordera? » N'est-ce pas en son nom que nous prions au saint sacrifice de la Messe, puisque, pour toucher le cœur du Père, nous lui offrons son divin Fils avec tous ses mérites? Ne lui présentons-nous pas plus que nous ne lui demandons? Mais que dis-je? Ce n'est plus nous qui prions à la sainte Messe, c'est Jésus-Christ lui-même qui demande et qui prie pour nous; et son Père l'exauce toujours, à cause du respect avec lequel il lui expose nos besoins. Il emprunte la voix, du célébrant pour lui dire : Notre Père, qui habitez dans les hauteurs des cieux, soyez béni, glorifié, aimé et servi par tous les hommes; donneznous chaque jour le pain du corps et le pain de l'ârac; pardonnez-nous comme nous pardonnons;

faites-nous triompher des tentations et préserveznous de tout péché.

Vous le voyez, sa prière est bien plutôt pour nous que pour lui. iMais peut-il y avoir quelque chose de plus touchant pour porter Dieu à user envers nous de son infinie miséricorde? Nous ne méritons rien, il est vrai; mais Jésus-Christ ne mérite-t-il pas tout pour nous?

Assistez donc le plus souvent que vous pourrez au saint sacrifice de la Messe, pour adorer Dieu, le remercier de ses bienfaits, lui demander le pardon de vos péchés et toutes les grâces dont vous avez besoin. Unissez-vous à Jésus-Christ pour rendre cà Dieu ces principaux devoirs. Dites-lui du fond de votre cœur : 0 mon Dieu, il m'est impossible de vous rendre un culte digne de votre majesté infinie; mais voilà votre Fils qui supplée à mon indigence et qui me donne tous ses mérites pour vous les ofl'rir. Je me joins à lui et je vous adore avec ses adorations, je vous loue avec ses louanges, je vous bénis avec ses bénédictions, je vous demande pardon avec la voix de son sang, je vous remercie avec ses remercîments, et je vous prie avec ses prières. Kcoutez votre divin Fils, ô mon Dieu, prêtez l'oreillo à ses ardentes supplications, exaucez-les. Ameri,

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