‹ Instructions sur l'EucharistieChapitre 20 sur 35 · X\T INSTRUCTION · texte numérisé non relu

X\T INSTRUCTION

Raij^on du dogme eurliaristique.

Per quem maxima et pretiosa nobis promissa dormvH, ut per hœc efficiamini divinœ consortes naturœ.

C'est par Jé^us-Christ que Dieu nous a donné les biens irés-grands et très-précieux qu'il nous avait promis, afin que par eux vous deveniez participants de la nature divine. (II Pet., I, 4.)

Il me semble, mes frères, que nous avons établi d'une manière incontestable le dogme de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie; et pouRtout homme de bonne foi, une seule de nos instructions précédentes doit l'en convaincre. Quelle force de vérité ne résulte-t-il donc pas de leur union et de leur ensemble? Si vous les méditez sérieusement, il n'est pas possible que vous ayez le moindre doute sur cet adorable mystère.

Cependant je voudrais encore vous présenter certaines considérations qui me paraissent propres à disposer votre intelligence et votre cœur à croire cet article de notre foi; elles vous montreront en même temps l'accord des dogmes chrétiens entre eux et leur harmonie avec l'intelligence humaine.

Un philosophe du dernier siècle confesse ingé-

nument que l'Evangile n'a pu cire inventé, parce qu'il présente des caractères de vérité si grands, si frappants, si parfaitement inimitables, que l'inventeur serait plus grand que le héros. De même celui qui étudiera sérieusement le dogme eucharistique conclura que, si Jésus-Christ ne l'eût établi, personne ne l'aurait jamais inventé.

En eflet, ce n'est pas ainsi que l'homme procède quand il invente quelque chose en matière de doctrine. Avez-vous jamais vu quelqu'un inventer un dogme nouveau ou ajouter quelque mystère? Jamais; au lieu d'inventer, tout novateur nie et détruit. Il va de négation en négation; il nie tout ce qui heurte sa raison. Il nie la création de la matière, l'unité de Dieu, la Irinité des personnes, l'incarnation, la rédemption, l'existence de l'ordre surnaturel tout entier. Où est le philosophe, où est l'homme qui ait ajouté un seul mystère à la croyance nniversellement reçue? Où est-il? Dans son llistoire des Variations, Bossuet prouve que les protestants, à force de discuter, ont nié toutes les vérités de l'ordre surnaturel, et ont abouti au déisme, qui n'est qu'un athéisme déguise, nous dit-il.

Comment, d'ailleurs, la raison humaine pourraitelle inventer un dogme incompréhensible? Qu'aperroit-elle de prime-abord dans le dogme eucharistique? Une foule de contradictions. Elle se demande aussitôt : « Comment puis-je croire que, quand un homme a prononcé quelques paroles, le pain et le vin sont changés au corps et au sang de Jésus-Christ? Comment Jésus-Christ peut-il être

tout entier sous ehaqiie espèee et sous chaque partie de l'espèce , quelque petite qu'elle soit? Comment se Irouvor dans des milliers de lieux à la fois? Comment celui qui est immortel, impassible, glorieux, peut-il être reçu, mangé et pris comme nourriture? » xSon, non, mes frères; ce n'est pas ainsi que la raison humaine invente ; elle ne saurait inventer ce qu'elle ne conçoit pas.

Supposons néanmoins qu'une semblable idée soit venue à l'esprit exalté d'un homme exiravagant, pensez-vous qu'il eût songé à la persuader aux autres? Ne se serait-il pas dit : « Oui me croira? Oui adoptera une semblable croyance? Mais à peine aurai-je expliqué ma pensée, que mes auditeurs me tourneront le dos en disant : Voilà un fou, un imbécile qu'il faut envoyer à Gharenton. »

Cependant le dogme eucharistique satisfait les besoins de l'intelligence et du cœur de l'homme; car, quoique borné et fini, il gravite sans cesse vers l'infini. S'applique-t-il à l'étude des sciences exactes? il s'élance au-delà des nombres ; sa raison ne peut trouver de repos que dans l'absolu, l'infini, l'immuable, où aboutissent les sciences exactes. Montrez-lui tout ce qu'il y a de plus curieux, faites passer sous ses yeux tout ce qu'il y a de plus beau et de plus intéressant dans lo monde , mettezle en possession d'immenses trésors, élevez-le au faite de la grandeur et de la gloire, ses désirs ne sont jamais satisfaits. Comme son œil ne se rassasie point des beautés de la nature, son intelligence se sent à l'étroit quand elle ne s'applique qu'à l'étude

(les créatures. Il faut qu'elle franchisse les limites du monde créé, qu'elle arrive à l'infini, le terme de ses aspirations incessantes. De là ce besoin de la vie contemplative dans toutes les âmes d'élite, chez les philosophes, les artistes elles chrétiens.

Que dirons-nous des besoins de son cœur? Quand il possède tout ce qu'il peut désirer dans ce monde, il s'écrie : « Vanité des vanités, et tout n'est que vanité. » Que veut-il donc? Il veut la grandeur et la gloire, la fortune, le bonheur; mais une grandeur et une gloire infinies, des trésors infinis et un bonheur infini. Que dis-je? il veut être Dieu. Ne vous étonnez donc plus que les plus grands monarques veuillent agrandir leurs Etats et les millionnaires augmenter leurs trésors. Rien de fini ne saurait contenter le cœur de l'homme. Qu'a dû faire Jésus-Christ? Etablir le sacrement de l'Eucharistie et se donner lui-même à l'homme, s'unir à lui corps à corps, cœur à cœur, esprit à esprit ; et voilà l'homme qui est fait Dieu ; il participe à l'infini, à l'intelligence, à la sagesse, à la bonté, à la beauté, à la puissance de Dieu même.

Saint Denys nous enseigne que l'Eglise catholique tient comme le milieu entre la Synagogue et la Jérusalem céleste ou le ciel, et qu'elle participe aux caractères de l'une et de l'autre. Or, la Synagogue avait des ombres et des figures sans la réalité, et le ciel possède la réalité sans ombres ni figures; il faut donc que l'Eglise possède la vérité et la réalité, mais avec des ombres et des figures. Pourrez-vous jamais admirerassez la perfection de la sainte Eglise

et Télévalion de sa gloire? iS'est-il pas vrai que de la hauteur où elle est élevée à la céleste béatitude il n'y a plus qu'un degré? Ne possédons-nous pas aussi réellement que les esprits bienheureux Jésus-Christ Dieu et homme? Le seul degré qui nous sépare d'eux, c'est qu'ils jouissent de la présence du Fils de Dieu par la vision béatifique, tandis que nous le vénérons présent, mais caché à nos yeux sous l'admirable voile de nos saints mystères. [Catéch. du conc. de Trente, 2^ part., n"" 30.)

Quelle est la fin dernière de l'homme? îs'est-ce pas de voir Dieu en lui-même, dans son essence, et par conséquent de lui être semblable? Le chrétien est donc ici-bas dans le sein de l'Eglise comme l'enfant dans le sein de sa mère; il se forme, il devient homme parfait, et quand il sort de ce monde, il naît à la véritable vie. Or, de même que l'enfant est substantiellement le même avant d'être né que lorsqu'il est homme parfait, ainsi est-il nécessaire que le chrétien soit substantiellement le même sur la terre que dans le ciel. Il faut que Dieu se communique substantiellement à lui. Qu'est-ce donc qu'un chrétien, sinon un saint à l'étal d'épreuve, un saint ébauché, si je puis parler de la sorte? H est donc nécessaire qu'il soit déifié sur la terre comme il doit l'être un jour dans le ciel, avec la seule différence que demande l'état d'épreuve, c'est-à-dire avec la foi, et par conséquent des symboles; il doit posséder la même réalité que dans le ciel, mais sous des figures ou des signes.

S'il en est ainsi, me direz-vous, le sacrement de

l'Kucharislie est donc nécessaire pour entrer dans le ciel? El pourquoi pas? Mais alors que deviennent les enfants qui quittent ce monde sans avoir communié? Ils vont au ciel, s'ils meurent en état de grâce, parce qualors, dit saint Thomas, ils ont cru par la foi de l'Eglise, et ils ont désiré, par l'intenlion même de l'Eglise, recevoir l'Eucharistie, qui est la consommation de la vie spirituelle, comme le Baptême en est le commencement. Or, ne peut-on pas recevoir l'effet d'un sacrement sans recevoir le sacrement? Le désir du sacrement de Baptême, joint à un acte de parfait amour de Dieu, ne justiiie-t-il pas le pécheur?

La raison elle-même démontre, selon moi, la vérité de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Soyez attentifs et suivez le raisonnement : quand deux propositions sont contradictoires, si Ton prouve qu'une de ces propositions est fausse, il faut que l'autre soit vraie. Or, voici deux propositions contradictoires : Jésus-Christ est réellement présent dans l'Eucharistie, Jésus-Christ n'est pas réellement présent dans l'Eucharistie. Si je démontre que la seconde de ces propositions est fausse, il faut de toute nécessité que la première soit vraie. Or, il en est ainsi.

En effet, quel rapport y a-t-il entre la morale et le dogme? Le même que celui qui existe entre la conséqucnceet son principe. Si le principe est faux, la conséquence sera nécessairement fausse. Si donc le dogme est altéré, la morale sera nécessairement corrompue. L'histoire confirme la justesse de ce

raisonnement. Tant que le dogme ou la croyance s'est conservé pur et sans aucun mélange d'erreur dans le monde, l'on a vu régner assez généralement l'innocence et la pureté des mœurs. Mais à peine ridokitrie a-t-elle été introduite dans le monde, qu'elle a traîné à sa suite le libertinage et la débauche. Pourquoi cela? Parce qu'un mauvais arbre produit nécessairement de mauvais fruits, et que d'une source empoisonnée sortiront des eaux corrompues qui donneront la mort.

Cela posé, jetez maintenant vos regards sur les cultes chrétiens qui sont répandus sur la terre : où trouvez-vous les vertus les plus parfaites? Dans le culte catholique. De tous les chrétiens, les catholiques seuls pratiquent la charité évangélique ; seuls ils aiment le prochain comme Jésus-Christ nous a aimés, jusqu'à sacrifier leurs goûts, leur repos, leur santé, leurs biens, leurs familles et leur vie. Ce n'est que chez les catholiques seuls que vous trouvez un dévouement complet, absolu et perpétuel, l'immolation totale de tout ce qu'ils possèdent et d'eux-mêmes pour la gloire de Dieu et la sanctification des âmes. Philosophes, protestants, libres penseurs, montrez-nous, en dehors du catholicisme, des hommes qui renoncentà toutes les jouissances delà vie, qui affrontent tous les dangers et qui se sacrifient eux-mêmes, soit pour soulager toutes les misères humaines, soit pour annoncer l'Evangile aux infidèles et aux barbares. Montrez-nous des François-Xavier, des Charles Borromée, des Vincent de Paul, des Belzunce, des Sœurs de la Cha-

rite, des Sœurs de la Doctrine ou de la Providence, ou des Petites Sœurs des Pauvres. Il est donc constant que les catholiques pratiquent les vertus les plus sublimes et les plus héroïques; c'est un fait que personne ne saurait contester.

Or, mes frères, si Jésus-Christ n'est pas réellement dans rtucharistie, les catholiques sont des idolâtres, puisqu'au lieu d'adorer Jésus-Christ, ils adorent un morceau de pain ; aussi les calvinistes les appellent-ils ortoldtres, ou adorateurs du pain. Mais d'après ce que nous avons dit, le dogme catholique étant altéré, la morale doit être corrompue; les catholiques doivent être les plus mauvais de tous les chrétiens, et ceux qui communient le plus souvent doivent être les plus corrompus des hommes. D'où vient donc que c'est parmi eux qu'on rencontre les hommes les plus parfaits, les cœurs les plus dévoués et les plus généreux? Est-ce qu'un mauvais arbre peut produire de bons fruits ? Est-ce qu'une source empoisonnée peut donner une eau saine et vivifiante? Est-ce que les ténèbres peuvent engendrer la lumière? Ce sont pourtant des conséquences qu'il faut admettre, si Jésus-Christ n'est pas réellement présent dans l'Eucharistie, et ces conséquences sont de véritables contradictions. Noire seconde proposition est donc fausse, et il faut que la première soit nécessairement vraie, ou que Jésus-Christ soit nécessairement présent dans l'Eucharistie. Puisque les fruits sont si beaux, si bons cl si délicieux, l'arbre qui les porte est bon, et la doctrine qui les produit est vraie. Ne dites pas que^

les catholiques étant de bonne foi, Dieu ne leur impute pas à crime leur idolâtrie. C'est reculer la solution de la difficulté, et non pas la résoudre. Je vous demanderai toujours : Comment se fait-il que Dieu communique aux catholiques les plus idolâtres une force et une énergie qui les élève audessus d'eux-mêmes et leur fait pratiquer des vertus héroïques, tandis que ces mômes vertus sont inconnues chez les protestants, qui, selon vous, ont conservé la vraie foi? Pourquoi l'arbre bon ne produit-il pas des fruits aussi bons que le mauvais arbre? Pourquoi la doctrine calviniste n'inspiret-elle pas des vertus héroïques et sublimes comme la doctrine catholique ? ^Se doit-on pas juger l'arbre par ses fruits ? C'est donc la doctrine catholique qui est l'arbre bon, et la doctrine calviniste l'arbre mauvais.

Comme dans le corps humain, lorsqu'il n'y a pas de défaut dans la nature, tous les membres croissent et se développent dans une harmonie parfaite , ainsi les parties essentielles qui constituent la religion, le dogme, la morale et le culte, doivent se développer et se perfectionner. Or, Jésus-Christ est venu pour accomplir et perfectionner toute la loi, le dogme, la morale et le culte. Qu'il ait perfectionné le dogme et la morale, personne n'en disconvient. Quel jour lumineux n'a-t-il pas jeté sur les mystères et les vérités que les anciens n'avaient fait qu'entrevoir? Et quelle morale aussi parfaite que la morale évangélique? Il a donc dû perfectionner aussi le culte, et par conséquent le sacri-

fice qui en fait la partie !a plus essentielle. iMais vous n'ignorez pas, mes frères, qu'avant l'établissement du christianisme, on oiïrait à Dieu et aux idoles des sacrifices, et on mangeait la chair des victimes. Dans toutes les nations, le sacrifice qui Unissait par là était regardé comme un festin solennel de l'homme avec Dieu. L'homme a toujours participé à la grâce divine par le moyen de la prière accompagnée de l'offrande, et en vertu d'une expiation figurée par le sacrifice. La forme extérieure était la participation aux victimes. Ainsi une communion avec Dieu, exprimée par la manducation d'une partie du sacrifice, était le centre auquel aboutissait le culte chez tous les peuples. Du pain et du vin, de la chair et du sang, constituaient partout la matière essentielle du sacrifice, et il fallait y participer pour avoir la vie, pour entrer en société avec la Divinité. Or, si, dans la religion chrétienne qui doit être l'accomplissement et la perfection de ia religion ancienne, le sacrifice n'était que du pain et du vin ordinaires, ne serait-il pas évident que notre culte n'aurait pas été perfectionné, et qu'il serait même moins parfait que dans l'antiquité? L'immolation et la manducation de l'agneau pascal ne figuraient-ellespas plus parfaitement le sacrifice du Sauveur que la cène des calvinistes? Notre sacrifice doit être, comme nous l'avons prouvé, du pain et du vin, de la chair et du sang, mais avec tous les caractères propres au sacrifice qui doit être la perfection et la consommation de tous les anciens sacrifices. Or, ce n'est que par la présence

réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie que notre sacriflce et notre communion accomplissent et perfectionnent les sacrifices de l'ancienne loi.

Accomplissement et mémorial du passé, le sacrement de l'Eucharistie est encore une figure et une préparation de l'avenir. Tous les anciens prophètes et les anciens patriarches figuraient et annonçaient Jéijus-Chrisl, et Jésus-Christ, dans son état d'abaissement, où l'on ne voit de lui que l'homme, annonce et préparc son élat de gloire, où on le verra tel qu'il est. De même tous les sacricrifices et toutes les communions antiques, où le fidèle participait à la chair de la victime, étaient une figure et une prophétie de ce sacrifice et de cette communion où Jésus-Christ se donne à nous sous l'espèce et la forme du pain et du vin ; et ce sacrifice et cette communion, où il se donne à nous sous le voile du sacrement, est un commencement et une préparation de cette communion éternelle où il se donnera à nous sans voile. C'est pour cela qu'après avoir consacré le saint calice , Jésus ajoute : « Je vous le dis, je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. » Attendons-nous donc à ce repas éternel, où le pain des anges nous sera donné à découvert, où nous serons enivrés et transportés de la volupté du Seigneur et des ravissantes délices de son amour. Amen. (Rohrbacher, Hist. univ,)

saint ignace, martyr. — mlracle au sujet de l'eucharistie.

Ce saint évêque écrivit plusieurs lettres à différentes Eglises avant de partir pour Rome, où il devait subir la peine de mort à laquelle il était condamné. Dans ces lettres, il explique les principale.s vérités de l'Evangile, et il recommande instamment aux fidèles de les croire et de les mettre en pratique. Ce qui est surtout digne d'observation, ce sont les endroits où il parle de la divine Eucharistie, ainsi que de l'oblation et de la célébration des très-saii>ts mystères. Premièrement, nous avons un témoignage irréfragable de la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ au sacrement dans celui où il fait mention de certains hérétiques qui s'abstenaient de la prière et de TEucharistie, parce qu'ils refusaient de confesser qu'elle est la chair de notre Sauveur, laquelle a souffert pour l'amour de nous, et qui a été ressuscitée par le Père.

La prière dont s'abstenaient ces hérétiques était la prière publique et solennelle, ordonnée principalement pour la célébration des divins mystères, et qui avait son complément dans la communication qu'en faisait aux assistants celui qui présidait l'assemblée sainte. Comme, d'après un très-ancien usage dont nous avons les preuves dans les Pères et les liturgies de toutes les églises, ceux qui distribuaient les dons sacrés disaient ces paroles, ou d'autres équivalentes : Le corps, le sang de Jésus-Christf et que ceux qui les recevaient étaient obligés de répondre : Amen, il est ainsi, ainsi je le crois, ainsi je le confesse; il n'est point à s'étonner si les hérétiques, qui ne croyaient point que l'Eucharistie est la vraie chair de Jésus-Christ, n'assistassent point à l'assemblée des fidèles, ou à la prière solennelle.

Mais comme il est impossible que les hommes s'unissent en un corps de religion sans la communion de quelque signe sensible, les héréliques et les schismatiques de ce temps celé-

braient à part leurs illégitimes assemblées et leurs profanes mystères. C'est pourquoi le saint martyr ne cesse d'avertir les fidèles qu'il n'est qu'un temple de Dieu, un autel, une Eucharistie, parce qu'il n'y a qu'une cliair de notre Seigneur Jésus-Christ et un calice de son sang, comme il n'est qu'un évêque avec les prêtres et les diacres ; qu'on ne doit regarder comme Eucharistie légitime que celle qui est célébrée par l'évêque, ou par celui auquel il en a donné la permission ; finalement, que celui-là seul est pur qui vient à l'autel unique, auquel assiste l'évêque avec les prêtres et les diacres. Ce qui, dans ces paroles, mérite un attention particulière, c'est l'expression d'autel employée parle saint martyr encore ailleurs pour désigner la table sacrée sur laquelle se célèbre la solennelle oblation du corps et du sang de Jésus-Christ, oblalion qui, par conséquent, doit être regardée comme un vrai et propre sacrifice, parce qu'il y a une connexion nécessaire entre le sacrifice et l'autel. (Rohrbacher, Hist. univ.)

L'an 1608, aux fêtes de la Pentecôte, en l'église abbatiale de Favernay, en la Franche-Comté de Bourgogne, pour exposer le Saint-Sacrement à cause des indulgences qui y étaient, on avait mis deux saintes hosties dans un reliquaire d'argent de la pesanteur, [»our le moins, d'un marc. Le feu s'élant pris la nuit, et ayant brûlé les nappes, les ornements et le bois sur lequel était le Saint-Sacrement, ledit reliquaire demeura suspendu en l'air, sans aucun appui, jusqu'à neuf heures du lendemain, à la vue d'un très-grand nombre de peuples qui y vinrent des lieux circonvoisins. Plusieurs prêtres y dirent la Messe, le Saint-Sacrement demeurant toujours en l'air. Un pauvre curé de village qui y vint en procession y dit la sainte Messe ; et comme après la consécration il eut élevé son hostie, à mesure qu'il la baissa, ledit reliquaire descendit de lui-même doucement sur des corporaux qu'on avait [tréparés audit autel. Les informations authentiques qui en furent faites par l'ordre de Mgr l'archevêque de Besançon nomment cinquante témoins irréprochables qui attestent avoir vu de leurs propres yeux ce miracle.

Les habitants de Dole obtinrent des religieux une de ces

saintes hosties, lui bâlirent une très-belle diapelle en leur principale église, lui firent une entrée solennelle où tout le pays accourut ; le parlement lui alla bien loin au-devant en robes rouges; toute la ville étala beaucoup plus de pompe et de magnificence, de joie et d'applaudissements, que si le roi y eut fait son entrée après une glorieuse victoire ; on dressa des arcs de triomphe dans les rues par où elle devait passer. (Le P. Lejelne, de l'Oratoire.)

XVir L\STRUGTIOx\.

Oe I» réserve de l'HucS&aristie.

Ctitn dilexisset stios qui eraut in mundo, usque in finem dilexit eos.

Comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin.

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