J0A>-.,XIII
Ce qui dislingue le sacrement de l'Eucharistie des autres sacrements, c'est que ceux-ci n'ont la vertu et la force de sanctifier que dans le moment de l'usage, au lieu que l'Eucharistie contient l'auteur môme de toute sainteté, qui est présent après la consécration et avant la communion, comme Ta défini le saint concile de Trente par ces paroles : « Si quelqu'un dit qu'après la consécration le corps et le sang de notre Seigneur Jésus-Christ n'est pas daris l'admirable sacrement de l'Eucharistie, mais qu'il y est seulement dans l'usage pendant qu'on le reçoit, et non auparavant ni après, et que le vrai corps du Seigneur ne demeure pas dans les hosties ou particules consacrées que l'on réserve ou qui restent après la communion, qu'il soit anathème. » (Conc. Trid., sess. 13, can. 4.)
Aussitôt que notre divin Sauveur eut prononcé ces paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang,
— i>3'i. — et avant que les apôtres eussent fait usage du pain et du vin eucharistiques, Jésus-Christ était présent sous les espèces. C'est pourquoi saint Paul nous'dit en général et sans déterminer le moment : « Le calice de bénédiction que nous bénissons n'est-il pas la communication du sang de Jésus-Christ, et le pain que nous rompons n'est-il pas la participation du corps du Seigneur? »
En méditant sérieusement sur la forme des autres sacrements, on verra qu'elle exprime une action transitoire, qui produit son effet au moment où elle s'accomplit : Je te baptise, je te confirme, je t'absous. Mais il n'en est pas de môme de la forme de l'Eucharistie; elle exprime une action dont l'effet est permanent : Ceci est mon corps, ceci est mon sang. Ces paroles montrent évidemment qu'après la consécration le corps et le sang de Jésus- Christ demeurent sous les espèces sacramentelles. Telle a toujours été la croyance de l'Eglise. Ecoutez ce qu elle vous enseigne : « La coutume de conserver dans un lieu sacré la sainte Eucharistie est si ancienne, qu'elle était connue dès le siècle même du concile de Nicée. Et pour ce qui est de porter la sainte Eucharistie aux malades et de la conserver avec soin pour cet usage dans les églises, outre que c'est parfaitement conforme à la raison et à l'équité, on le trouve prescrit par plusieurs conciles et observé très-anciennement dans l'Eglise catholique. C'est pourquoi le saint concile ordonne qu'il faut absolument retenir cette coutume si salutaire et si nécessaire. (Conc. Trid., sess. 13, cap. 0.)
Saint Basile parie déjà do la coulume de conserver l'Eucharislie à la maison, et en fait remonter l'origine aux temps de la persécution, où les fidèles, ne pouvant célébrer publiquement les saints mystères, étaient forcés de se cacher dans des souterrains et d'emporter l'Eucharistie avec eux, afin de pouvoir s'en nourrir au moment du danger. Il nous apprend aussi que les moines qui habitaient les déserts et qui n'avaient pas de prêtres parmi eux conservaient la sainte Eucharistie dans leurs monastères, et se communiaient de leurs propres mains.
La même chose nous est attestée par saint Jérôme, saint Grégoire de Nazianze, saint Ambroise et saint Grégoire le Grand. Saint Justin nous dit qu'après la célébration des saints mystères les diacres portaient l'Eucharistie aux absents. Saint Irénée, écrivant au pape saint Victor pour l'engager à ne pas excommunier les Eglises d'Orient qui célébraient la fête de Pâques le quatorzième jour de mars, lui rappelle qu'aucun de ses prédécesseurs ne les a retranchés de leur communion pour ce sujet. « Mais les prêtres qui vous ont précédé, ajoute-t-il, tout en n'observant pas la coutume des Orientaux, ne laissèrent pas d'envoyer l'Eucharistie aux prêtres des Eglises qui la suivaient. » C'était la marque ordinaire par laquelle on se regardait comme unis dans la même foi.
Le premier concile de >'icée, tf nu en 325, ordonne d'observer la coutume antique et régulière, afin que personne ne sorte de ce monde sans être muni du dernier et très-nécessaire viatique. Il ne fait pas la loi de porter l'Eucharistie aux malades, mais il re-
— 23G — nouvelle celle qui existait depuis longtemps et qu'if appelle antique et régulière.
La réalité ne doit-elle pas être conforme à la figure? Or, la manne, figure de l'Eucharistie, se conservait tout le jour, et quelquefois deux jours successifs. Celle qui fut placée dans le tabernacle ne demeura-t-elie pas pendant des siècles? Et nous voyons encore que dans l'ancienne loi, pour satisfaire les besoins du cœur de l'homme, Dieu rendait sa présence sensible dans un nuage qui couvrait tout le propitiatoire. Et le vrai pain de la vie, la manne descendue du ciel, ne se conserverait pas pour nourrir ceux qui auront faim? Et, dans la nouvelle alliance, Dieu ne serait point présent d'une manière permanente ! La figure aurait donc plus d'avantages que la réalité?
Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué l'Eucharistie? Pour conférer aux fidèles une augmentation de vie, pour leur communiquer une force divine et les rendre victorieux dans les combats qu'ils ont à soutenir contre le démon, le monde et la chair. Or, mes frères, ne sont-ce pas les malades, les infirmes, les mourants qui ont besoin de vie spirituelle, de courage et de force ? Est-il possible que Celui quia dit : Venez à moi, vous tous qui travaillez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai, ait exclu de sa libéralité ceux qui en ont le plus pressant besoin?
(ju'est-ce que l'Eglise triomphante ? Nous l'avons déjà dit, c'est l'Eglise militante arrivée à son terme. Il n'y a donc d'autre diOérence entre l'une et l'autre qu'en ce que 1" Eglise militante combat et soûl-
fre, parce qu'elle est dans l'état d'épreuve, tandis que l'Eglise triomphante jouit du fruit de ses victoires et de ses triomphes. Nous devons donc retrouver dans l'Eglise militante, mais d'une manière encore imparfaite, tout ce qui caractérise l'Eglise triomphante. Or, les saints dans le ciel ne se nourrissent pas seulement de Dieu, mais ils le voient face à face, ils le contemplent et l'adorent ; les saints sur la terre doivent donc aussi s'en nourrir, le voir, le contempler et l'adorer, non pas tel qu'il se montre aux bienheureux dans le ciel, mais voilé selon que l'exige notre état d'épreuve, la faiblesse de nos sens et de nos organes.
Mais jusqu'à quand Jésus-Christ demeure-t-il sous les espèces eucharistiques? L'Ecriture ne nous en dit rien , mais la raison chrétienne nous le fait assez comprendre ; car l'Eucharistie a été instituée pour être la nourriture de nos âmes, comme le pain et le vin sont la nourriture de nos corps; or, tant que le pain et le vin ne sont pas corrompus, ils nourrissent et fortifient le corps ; donc pareillement, tant que les saintes espèces ne sont pas altérées, le pain eucharistique soutient et fortifie nos âmes, parce (jue Jésus-Christ y est présent.
De ces vérités tirons quelques conséquences : i° Tant que les saintes espèces ne sont pas corrompues, prenons garde de les profaner en quoi que ce soit, de les laisser tomber à terre, et à plus forte raison de les jeter à terre. Quand donc des voleurs ont enlevé les vases sacrés contenant les saintes espèces, on doit les rechercher avec soin,
les replacer avec honneur dans le tabernacle, si on les trouve , et faire une solennelle et publique amende honorable d'une semblable profanation.
2° Le chrétien qui laisserait la sainte Eucharistie se corrompre dans sa bouche avant de l'avaler, ne communierait pas et ne recevrait pas la grâce du sacrement. En cflet, communier, c'est recevoir l'Eucharislie par manière de nourriture ; or, la nourriture n'est prise que lorsqu'elle est descendue dans l'estomac. Ce n'est donc que lorsque le chrétien a avale la sainte hostie qu'il reçoit la grâce du sacrement.
3° Aussitôt que vous avez reçu la communion, vous devez adorer Jésus-Christ présent dans votre propre cœur jusqu'à ce que les espèces soient corrompues. Mais est-ce que Jésus-Christ cesse d'être dans l'âme du chrétien quand les espèces sont altérées? Non. certes; comme le feu pénètre le fer, ainsi la grâce, qui est une participation à la nature divine, pénètre votre âme. Mais le fer rougi au feu perd peu à peu sa chaleur par le contact de l'air qui l'environne; pour le maintenir chaud, ne fautil pas l'isoler de l'air et mettre à côté de temps à autre quelques charbons ardents? Le feu dont ils sont remplis se communique au fer. De même vous perdez de votre vie surnaturelle et divine en respirant l'air du monde; il faut vous isoler, vivre dans la retraite et le recueillement, et recevoir souvent la sainte communion. Les saintes espèces, qui sont comme remplies de Jésus-Christ, le communiqueront à votre âme; et lorsqu'il cessera d'être présent
sous ces mêmes espèces, il demeurera dans voire âme pour la sanctifier et la vivifier.
Admirons ici la bonté excessive de notre Dieu l)0ur nous. S'il se rencontre quelquefois de pures créatures qui s'aiment jusqu'à la folie, qui surmontent tous les obtacles, bravent tous les périls, endurent toutes les fatigues pour se voir, converser (-nsemble et se donner des témoignages réciproques de leur affection, combien est plus généreux, plus ardent et plus puissant l'amour de Jésus-Christ pour nous! Les torrents ne peuvent éteindre le feu de sa charité, ni les fleuves l'anéantir. Rien, en effet, n'a pu arrêter l'ardeur de cet amour, ni l'indifférence, ni l'ingratitude, ni l'impiété des hommes. En contemplant cette grande charité du Fils de Dieu, saint Bernard s'écriait : « L'amour triomphe de Dieu et a plus de pouvoir sur ses affections que le zèle de sa propre gloire. »
Représentez-vous un de ses zélés serviteurs qui eût assisté à ses conseils au moment où il méditait l'institution de cet auguste sacrement, et qui lui eût dit : Mais, Seigneur, quel besoin avez-vous de ces hommes coupables qui ne sont devant vous que de misérables néants? N'êles-vous pas dans la plénitude de toutes choses, au comble d'une félicité parfaite, au sein de la gloire de votre Père, dans la pleine jouissance de tous les biens?
Le Fils de Dieu lui répond : 11 est vrai que je suis infiniment heureux, mais je suis aussi infiniment bon, et la nature de ma bonté est de se communiquer sans réserve. J'aime les hommes de la-
inour le plus ardent, et je fais mes délices de converser avec eux.
Le serviteur dit : Comptez-vous pour rien, Seigneur, tout ce que vous avez fait pour eux depuis le commencement du monde? Vous avez révélé vos divins préceptes aux patriarches et aux prophètes; puis, à l'époque déterminée par votre sagesse, vous vous êtes revêtu de la nature humaine et assujétià toutes les infirmités, à tous les travaux, à toutes les souffrances de la vie; vous avez été méprisé, outragé de toutes manières et crucifié pour sauver les hommes. N'est-ce donc pas assez? Mourir pour cewx qu'on aime, et de la mort la plus cruelle, n'est-ce pas la plus grande marque d'amour que vous puissiez donner?
Le Seigneur répond : Il fallait que le Fils de l'homme souffrit ces choses et entrât ainsi dans sa gloire. Mais, dans mon incarnation, je ne me suis uni qu'à un seul corps et à une seule âme ; je n'ai été vu, entendu et touché que par quelques personnes : ce n'est pas assez pour mon amour. Je voudrais être vu et touché par tous les hommes ; je voudrais demeurer toujours avec eux pour les éclairer, les hénir, les consoler et les affermir dans le bien.
Le serviteu!' lui dit : Si vous voulez demeurer parmi les hommes, soyez-y noblement, comme il convient à votre grandeur ; montrez-vous avec votre infinie majesté, dans tout féclat de votre gloire. Alors les hommes, frappés d'admiration, pénétrés d'une sainte fraveur, vous rendront tout le respect
qui vous est dû. Mais gardez-vous bien d'être présent sous les espèces du pain et du vin, car les hommes vous méconnaitronl, vous mépriseront et vous blasphémeront, les hérétiques vous accableront d'outrages, les voleurs vous jetteront par terre et vous fouleront aux pieds.
— Si je ne me dépouille pas des marques de ma divinité, repond le Seigneur, les hommes ne pourront s'approcher de moi. Eblouis par l'éclat de ma gloire, ils trembleront et me fuiront. Jamais ils n'oseront venir me trouver et converser avec moi, et je veux que tous s'approchent de moi sans crainte, même les plus timides, les plus petits et les plus misérables; je veux les bénir et les embrasser tous.
— Ménagez au moins votre excessive bonté, Seigneur, et, puisque vous voulez instituer un sacrement par lequel vous demeurerez toujours présent sur la terre, ne l'établissez que pour Rome ou pour quelque autre lieu célèbre ; n'accordez qu'au Pape le pouvoir de célébrer la sainte Messe, de consacrer votre corps, et seulement une fois l'année. Ordonnez que cette consécration se fasse avec une magnificence incomparable, afin de faire comprendre et sentir la grandeur du bienfait. Tous les chrétiens s'y rendront de toutes les parties du monde, et les fatigues d'un long voyage leur feront mieux apprécier celte insigne faveur.
— Si je prenais cette mesure, répond le Seigneur, il n'y aurait que les hommes riches, vigoureux, robustes, qui jouiraient de ce bienfait. Les pauvres,
les malades, les enfants et beaucoup d'autres ne pourraient faire un aussi long voyage, et seraient privés toute leur vie du bonheur de me voir ; et ne sont-cepas ceux-là môme qui ont le plus grand besoin de force et de consolation?
— Eh bien! montrez-vous partout, soyez présent dans tous les lieux, ahn que tous les hommes puissent vous voir, vous visiter et vous adorer quand ils le voudront; mais gardez-vous bien de vous donner en nourriture : ne serait-ce pas déshonorant pour le Fils de Dieu que d'être la viande ei le breuvage de tous les hommes, des malades, des lépreux, des scélérats?
— Hélas! répond le Sauveur, vous ne connaissez pas la force de l'amour divin ; il veut être une même chose avec l'objet qu'il aime. Voyez avec quelle passion une mère aime son enfant et avec quelle tendresse elle le serre contre son sein; elle voudrait ne faire qu'une même chose avec lui. Mais j'aime plus les hommes qu'une mère n'aime ses enfants; ce qu'une mère ne saurait faire, je puis l'accomplir; mon amour n'a d'autres limites que celles de ma puissance. Je ne me contente pas d'être homme comme vous, d'être le législateur, le roi et l'ami de tous les hommes, d'être près d'eux et avec eux ; je veux leur être uni corps à corps, cœur à cœur, esprit à esprit. Je prendrai donc la forme d'une nourriture commune, j'entrerai dans leurs entrailles, je serai distribué à tous leurs membres, je les pénétrerai de ma propre substance, je les déifierai.
— Sans nul doute, lui dit le serviteur, lésâmes vertueuses sont dignes de ces caresses, mais les pécheurs en sont très-indignes. Si vous vous donnez à tous les catholiques indistinctement, il y en a une multitude qui vous recevront indignement et vous feront descendre dans des cœurs souillés de toutes sortes de crimes et corrompus par les passions les plus honteuses. A quels outrages ne serez-vous pas exposé! Oh! de grâce, instituez ce sacrement de manière que vous soyez présent quand ce sera une âme pure qui s'approchera de vous, et que vous n'y soyez pas quand elle sera souillée.
— S'il en était ainsi, répond le Sauveur, les âmes saintes seraient dans la plus grande inquiétude, ne sachant pas si je suis présent ou non ; et si je leur donne une marque sensible de ma présence, où sera leur foi? Sans cette preuve, quel chagrin et quel désespoir!
— Ne soyez du moins présent qu'au moment où l'on vous recevra. Si vous y demeurez longtemps, on vous logera dans de pauvres ciboires, dans des tabernacles chétifs ou indécents. On vous laissera seul des journées, des nuits, des semaines entières. On commettra toutes sortes d'immodesties en votre sainte présence.
— Mon amour est supérieur à tous les obstacles, répond le Sauveur. Je veux être avec tous et toujours ; je veux leur servir d'asile et de refuge permanent ; je veux que tous puissent me visiter quand ils le voudront, me demander des secours dans
leurs dangers, des lumières dans leurs doutes, des conseils dans leurs perplexités, des consolations dans leurs peines, du soulagement dans leurs souffrances.
Voyez-vous comme cet aimable Sauveur met de côté toutes les considérations de ses intérêts, de sa grandeur et de sa gloire? Il s'expose à toutes les humiliations, à tous les mépris, à toutes les injures, à tous les outrages des hérétiques, des infidèles et des mauvais chrétiens, pour contenter son amour et nous unir à lui substantiellement. Quelle admirable et incompréhensible charité 1
Quoi donc! mes frères, le Fils de Dieu se dépouille de sa majesté, voile la splendeur de sa gloire pour converser avec vous, et vous étalez un luxe scandaleux, et vous ne cherchez pas à lui plaire par votre modestie et votre humilité ! Oserez-vous bien vous approcher d'un Dieu si humilié pour vous, vous qui n'êtes remplis que de vanité et d'orgueil, qui ne trouvez de bonheur qu'à supplanter vos rivaux et à élever votre gloire sur les ruines du monde? Jésus demeure toujours sur l'autel, et vous passez tout près sans le visiter et lui ollVir vos hommages 1 Quelle ingratitude ! Jésus abaisse sa grandeur, se dépouille de sa gloire par amour pour vous, et vous vous croyez déshonorés de vous trouver avec des pauvres, des ouvriers ou des domestiques; vous les traitez avec hauteur et avec mépris; l'on ne vous voit jamais visiter les indigents et les malades; vous conservez des sentiments de haine contre vos frères.
Dans sa passion, Jésus n'a souffert que deux jours, et au sacrement de l'Eucharistie il souffre tous les jours depuis dix-huit siècles et dans des milliers de lieux à la fois, et il souffre, non plus de la part des infidèles ou des barbares, mais de la part des chrétiens qu'il a rachetés au prix de tout son sang. Et vous, vous ne voulez rien souffrir par amour pour lui, ni peines, ni travaux, ni maladies, ni calomnies, ni persécutions; vous ne supportez pas même une légère injure ou une contrariété.
Ecoutez donc les amoureuses paroles qu'il vous adresse : « Si quelqu'un m'aime, nous viendrons en lui et nous demeurerons en lui. » Il veut venir en ceux qui Taiment ; c'est le sacrement de l'amour, c'est l'amour qui doit l'attirer en vous , c'est l'amour qui doit vous disposer à le recevoir. Si vous ne l'aimez pas, gardez-vous bien de vous approcher de lui. Mais si vous l'aimez, aimez-le d'un amour sincère, et non d'un amour mensonger ; que l'amour ne soit pas seulement dans vos paroles, mais encore dans toute votre conduite. Amen*
SAINT JDSTIN.
Après avoir expliqué ce que c'est que le Baptême, saint Justin parle de l'Eucharistie. « Nous conduisons, dit-il, le nouveau fidèle au lieu où sont assemblés les frères pour y prier en commun avec ferveur, tant pour nous-mêmes et le néophyte que pour tous ceux d'entre nous qui sont répandus dans les diverses parties du monde, afin qu'ayant connu la vérité, nous puissions, par les œuvres et l'observation des
commandements, arriver au î^alut étemel. Les prières finies, nous nous saluons par le baiser. Puis on présente à celui qui préside aux frères du pain et une coupe de vin et d'eau. Les ayant pris, il donne louange et gloire au Père par If nom du Fils et du Saint-Esprit, et lui fait une longue action de grâces que tout le peuple ratifie en disant : Amen, c'est-àdire, en hébreu. Ainsi soit-il. Après quoi, ceux que nous appelons diacres distribuent à chacun des assistants le pain, le vin et l'eau consacrés par l'action de grâces, et en portent aux absents.
« Nous appelons celte nourriture Eucharistie. Nul ne peut y participer s'il ne croit la vérité de notre doctrine, s'il n'a été lavé pour la rémission des péchés et la régénération, et s'il ne vit d'une manière conforme aux enseignements du Christ. Car nous ne les prenons pas comme un pain commun, ni comme un breuvage ordinaire; mais comme, en vertu de la parole de Dieu, Jésus-Clirist incarné a pris et la chair et le sang pour notre salut, de même nous savons que celte nourriture qui, suivant le cours ordinaire, deviendrait notre chair et notre sang, étant consacrée par la prière qui contient ses divmes paroles, est la chair et le sang du même Jésus incarné. Le jour donc du soleil (c'est ainsi que les païens appelaient le dimanche) tous ceux qui se trouvent à la ville ou à la campagne s'assemblent en un même lieu. Suivant que le permet le temps, on lit les commentaires des apôtres et les écrits des prophètes. Quand le lecteur a fini, celui qui préside fait un discours au peuple pour l'exhc; '.er h imiter de si belles choses. Puis nous nous levons tous ensend)ie et nous faisons nos prières; après quoi Ton offre, comme nous l'avons dit, du pain, du vin et de l'eau. Le prélat célèbre là-dessus la prière et l'action de grâces avec toute la ferveur dont il est capable, et le peuple repond : Amen. On distribue à tous ceux qui sont présents les choses consacrées, et on en envoie aux absents par les diacres. Les plus riches font librement et à leur gré une olTrande ; cette collecte se garde chez le prélat. Il en assiste les orphelins, les veuves, ceux que la maladie ou quelque autre cause réduit â Tindigcnce, les prison-
nÛTs, les étrangers; en un mot, il est chargé de tous ceux <\m sont dans la nécessité. Nous nous assemblons d'ordinaire le jour du soleil, parce que c'est le premier jour, celui ou Dieu cr<^a le monde et (it succéder la lumière aux ténèbres, celui où Jésus-Christ ressuscita d'entre les morts, apparut à ses disciples et leur enseigna ce que nous venons de vous •exposer. »
Nous avons dans ces paroles un abrégé de la liturgie ancienne. Elle consistait alors, comme aujourd'hui, dans la lecture des prophètes et des apôtres, c'est-à-dire des écrits de l'Ancien et du Nouveau Te^tument; dans l'offrande du pain et du vin mêlé d'eau, dans la prière pour diiïérentes sortes de personnes, dans la célébration des louanges de Dieu, dans la commémoration de ses bienfaits, dans la consécration des dons, moyennant les paroles que Jésus-Christ proféra dans l'institution même du sacrement; Ceci est mon corps, ceci est mon sang, et dans la distribution des dons consacrés.
C'est dans cette oblation sainte que consiste, suivant le bienheureux martyr, la partie la plus importante du culte divin. Il l'oppose, dans son Apologie, aux sacrifices profanes des idolâtres, pour leur prouver que c'était à tort qu'ils accusaient les chrétiene d'athéisme. Dans son dialogue avec Typhon, il soutient qu'elle avait succédé aux anciens sacrifices de la Ivi, et qu'elle était cette victime pure qui, après lu. réprobation des sacrifices judaïques, devait, suivant la prédiction de Malachie, être offerte en tout lieu, u Oui, dit le saint, voilà ce que le Seigneur a prédit touchant les sacrifice."? que nous lui offrons partout, c'est-à-dire touchant le pain et la coupe eucharistique, qui, comme nous avons vu, ne sont pas un aliment ni un breuvage ordinaire, mais la chair et le sang du Verbe de Dieu incarné. » Il ne pouvait guère exposer plus clairement la doctrine catholique sur le sacrifice de la iMesse. (Rohrbacqer, Ilist. univ.)
XVlir INSTRUCTION.
Visite du Saiiit-Naerenieiit.
Non est alia natio tam grandis quœ habeat deos appropinquantcs sibi sicul Deus uoster.
Il n'est point de' nation si grande (jui ail des dieux ([ui s'approcbeni d'elle coramo notre Dieu.
(Del't., it, 7.)
Supposons, mes frères, que le chef de l'Etat fasse construire un palais près de votre habitation, et que chaque jour il quitte la capitale pour venir demeurer au milieu de vous, afin que vous puissiez vous approcher plus facilement de son auf^usie personne, lui rendre vos hommages, lui j)arler de vos propres affaires, lui demander des conseils et tous les secours dont vous auriez besoin. Il n'y aurait aucune sentinelle à la porte de son palais; les pauvres comme les riches pourraient y entrer à toutes les heures du jour, et le grand monarque serait toujours disposé à vous recevoir et à vous entendre. Quel est celui d'entre vous qui ne s'empresserait à profiter d'une aussi haute laveur? Malgré vos pressantes occupations, ne Irouveriez-vous pas un moment chaque
jour pour aller lui offrir vos hommages, lui parler de votre famille et de votre avenir? Quoi donc! mes frères, le Roi des rois demeure près de vous et avec vous ; il vous presse d'aller l'adorer, le remercier de ses bienfaits, lui demander toutes les grâces qui vous sont nécessaires, et vous ne répondez à tant d'amour que par le mépris ou l'indifférence!
Considérez donc tout ce qu'il a fait de son côté pour venir jusqu'à vous. Ne pouvons-nous pas dire qu'il a épuisé sa bonté, sa sagesse et sa puissance infinies? Il ébranle le ciel et la terre, il bouleverse toutes les lois de la nature, il opère les prodiges les plus éclatants. Quelles merveilles ! une Vierge-Mère, un Homme-Dieu, le Verbe divin devenu enfant, une âme en possession du souverain bonheur et qui souffre horriblement. Di^u ne pouvait souffrir, et l'homme ne pouvait satisfaire à la justice divine. La sagesse de Dieu saura bien résoudre les difficultés. Elle trouve le moyen d'associer l'humanité à la divinité, de faire un Dieu-Homme qui souffre comme homme et satisfait comme Homme-Dieu. C'est ainsi que le Fils de Dieu franchit la distance infinie qui nous séparait de Dieu son Père et nous réconcilie avec lui. Mais ce n'est pas tout, car il n'a fait encore que la moitié du chemin pour demeurer avec nous. Comment parcourra-t-il ce qui lui reste à faire ? En déployant de nouveau sa toutepuissance et en opérant des merveilles plus grandes encore. Il change la substance du pain et du vin en la substance de son corps et de son sang,
de sorte qu'il est tout entier sous chaque espèce et sous chaque partie de l'espèce ; son corps est tout à la fois dans le séjour de la gloire et dans une multitude de lieux sur la terre. Il est transporté glorieux et immortel au plus haut des cieux pour réjouir les anges et tous les saints, et il demeure avec nous dépouillé de sa gloire et voilé sous les espèces sacramentelles pour cire la nourriture de nos âmes et le germe de la résurrection de nos corps. Par le mystère de son incarnation, il communique toutes ses perfections divines à sa sainte humanité, et par le mystère de l'Eucharistie, il les communique à tous les fidèles.
Mais remarquez la différence qui existe entre ces deux états et qui est tout à notre avantage. Sur la terre, Jésus-Christ était infirme, passihle, mortel, et dans l'Eucharistie, il est glorieux, impassible et immortel. Saint Augustin et saint Ambroise se plaisent à nous faire admirer les rapports qui existent entre le sein de Marie et le sépulcre où le corps de ce divin Sauveur fut déposé après sa mort. Jésus seul a été renfermé dans ce sein virginal , et son sépulcre n'a reçu d'autre corps que le sien. Avant sa naissance, Jésus a été exempt des souillures qui alTeclent tous les enfants des hommes, et dans le sépulcre son corps a été affranchi de la pourriture à laquelle tous les autres corps sont assujétis. Le sein virginal de Marie a fait naître Jésus , et son sépulcre l'a fait renaître. Jésus est sorti du sein de Marie pour vivre parmi les hommes, pour obéir, pour travailler, souffrir et
mourir; il est sorti du sépulcre pour entrer dans sa gloire, régner au plus haut des eieux et gouverner l'univers, et en même temps pour demeurer avec nous dans l'auguste sacrement de l'Eucharistie.
•Sous n'avons donc pas lieu de porter envie à ceux qui ont eu le bonheur de voir Jésus-Christ sur la terre; nia Marie, qui l'a porté dans son sein, qui l'a nourri et élevé ; ni au vieillard Siméon et à Joseph, qui l'ont portéjdans leurs bras; ni aux apôtres, qui ont vécu, mangé et conversé avec lui. Et cependant quel bonheur pour eux, bonheur que bien des rois ont désiré et n'ont jamais eu! Et néanmoins notre bonheur n'est-il pas encore plus grand? Jésus était alors sujet à toutes les infirmités humaines, et maintenant il est élevé à toutes les grandeurs, à toutes les prérogatives de la Divinité. Alors il était l'objet de la justice et de l'indignation de Dieu, et maintenant il esli'objet de ses complaisances. Alors il était l'opprobre et la malédiction, à cause de nos iniquités dont il s'était chargé, et maintenant il est revêtu de toute la gloire et de toute la majesté de son Père. Alors il était sujet à toutes les peines et à toutes les souffrances, et maintenant il jouit de toutes les félicités et du bonheur infini. Cette félicité et cette gloire sont cachées dans l'Eucharistie, il est vrai, mais il ne les possède pas moins.
Quoiqu'il fût très-doux et très-affable dans le monde pendant sa vie mortelle, cependant la gravité de son maintien, la majesté de son port et l'éclat de son visage pouvaient intimider les grands pécheurs et les personnes craintives et les empê-
cher de l'aborder. Madeleine n'ose se présenter à lui, elle se jette à ses pieds ; la ferame malade toute tremblante touche par derrière et à la dérobée la frange de sa robe; les dix lépreux crienl de loin : « Jésus, notre maître, ayez pitié de nous ; » le cenlenier lui dit ; « Seigneur, je suis indigne que vous entriez chez moi. » Mais dans l'Eucharistie il voile l'éclat de sa gloire, il couvre la splendeur de sa face majestueuse et rayonnante sous les espèces si communes du pain et du vin. Quel est l'enfant qui craindrait de s'en approcher? Quel est l'homme, si pauvre et si misérable qu'il soit, qui redoute d'aller le recevoir à l'église ou de l'appeler dans sa pauvre cabane ?
Sur la terre, les hommes voyaient Jésus avec les yeux de la chair, ces yeux qui nous sont communs avec les animaux, qui pourriront un jour et seront réduits en poussière. Ici nous le voyons par les yeux de l'âme comme les anges, par les yeux de la foi que nous avons reçus du Sauveur, qui sont bénis et sanctifiés. Après avoir dit à l'apôtre saint Thomas qu'il est heureux parce qu'il a vu, Jésus-Christ ajoute aussitôt : « Bienheureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru. »
Quand Jésus était sur la terre, on ne pouvait jouir de sa présence en tout temps ; souvent il se retirait seul sur la montagne ou au fond du désert ; il passait les nuits en prières au jardin des Oliviers ou dans quelque lieu écarté. Ici vous pouvez vous approcher de lui en tout temps, le matin, le soir, la nuit, le jour, en toute saison.
Sur la terre, Jésus n'avait point de domicile fixe, comme il le dit lui-même ; tantôt il habitait >'azaretb, tantôt ailleurs. Maintenant il n'y a ni province ni royaume qui ne puisse avoir le bonheur de le posséder. Lorsque chaque année l'Eglise annonce la fête de >^oël (dans le martyrologe), elle ne dit pas : Jésus-Christ est né en ce jour, mais elle dit : Jésus-Christ vient au monde à Bethléem, parce qu'il vient au monde tous les jours. Alors il se disait Fils de l'homme ; maintenant il appartient à chaque pays, à chaque cité. 11 est habitant de cette commune, il y demeure toujours, il y a sa maison et son domicile déterminé. Selon votre désir, il se rend chez vous, il habite sous le même toit que vous, il devient votre serviteur.
Quand vous comptez les habitants de votre ville, songez-vous à celui-là? Cependant n'est-il pas le premier de tous, le plus grand, le plus puissant, et celui qui vous rend les plus éminents services ? Ne devez-vous pas être à ses ordres et sous sa conduite? Ce n'est qu'autant que vous vous laisserez diriger par lui que vous serez heureux dans ce monde et dans l'autre.
Nous sommes donc, mes frères, infiniment plus heureux que ses contemporains qui l'ont contemplé sur la terre. Ils le voyaient, ils se servaient de lui, mais ils n'en jouissaient pas. Il était la lumière du monde, le médecin des âmes et des corps ; on recourait à lui pour obtenir la guérison de toutes les maladies. Pour vous, mes frères, vous qui connaissez Jésus-Christ, vous qui désirez ardemment
le recevoir et le posséder dans voire cœur le plus souvent possible, Jésus n'est-il pas, dans le sacrement de l'Eucharistie, votre lumière, votre avocat, votre médecin, votre nourriture, votre sacrifice? Ne reproduit-il pas en vous toutes les merveilles qu'il opérait sur la terre? Ne répand-il pas dans votre âme toutes les grâces attachées à ses différents mystères ? Car, dans ce sacrement de l'Eucharistie, il a ramassé pour ainsi dire toutes les actions, toutes les souffrances , tous les états et tous les mystères de sa vie. Vous voudriez avoir le même bonheur que ses contemporains qui l'ont vu, l'ont entendu, ont conversé ou mangé avec lui ; vous voudriez voir son sépulcre, sa maison, sa crèche; vous voudriez pouvoir toucher la frange de sa robe ; mais votre bonheur est plus grand, vous pouvez le voir et le loucher, converser avec lui, le recevoir dans votre cœur et vous nourrir de sa propre substance.
Mais à quoi vous sert de savoir et de pouvoir toutes ces choses, si vous ne vous en servez pas? A quoi sert une science qui reste cachée ou un trésor qui demeure enfoui ? Jésus, la sagesse éternelle, est là au milieu de vous ; vous devriez acquérir la sagesse et la prudence en conversant avec lui ; vous n'y songez même pas. Il est votre trésor; vous pourriez vous en servir pour acquitter vos dettes en l'offrant à Dieu en sacrifice ; vous n'en faites rien. Il est votre lumière ; vous devriez venir le consulter dans toutes vos actions, dans toutes vos entreprises, elles vous réussiraient mieux ; vous n'y
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venez pas. Il est la nourriture de votre âme, et, faute d'en user, vous demeurez faible et languissant; vous manquez de force pour résister à certaines tentations, pour rompre avec vos mauvaises habitudes. Il est l'Agneau de Dieu pour l'expiation de vos péchés; vous devriez l'offrir au Père éternel pour apaiser sa colère ; vous ne l'offrez pas. >> pensez-vous donc pas que Dieu vous demandera un compte sévère des grâces si grandes, si extraordinaires, qu'il met à votie disposition, et dont vous ne profitez pas? Ne craignez-vous pas que cette négligence vous cause un immense regret au moment de la mort? Si le Fils de Dieu vous dit dans l'Evangile que vous rendrez compte d'une parole oiseuse, quel compte ne rendrez-vous pas d'un trésor si précieux qui est entre vos mains et dont vous tirez si peu de profit?
Vous pourriez entendre souvent la sainte Messe les jours de la semaine, faire votre cour à ce Seigneur des seigneurs et le visiter, négocier avec lui les affaires de votre salut ; vous n'en faites rien. Un jour la reine de Saba s'élèvera contre vous au jour du jugement. Elle vint de très-loin, elle quitta ses Etats, s'exposa à mille dangers pendant un long voyage pour visiter le roi Salomon ; et il n'était que la figure, l'ombre bien imparfaite du très-grand, du très-sage, du très-puissant Roi qui demeure dans nos églises. Ils s'élèveront contre vous, tous ces chrétiens fervents qui, dans les pays infidèles, font une journée de chemin pour avoir le bonheur d'assister au saint sacrifice de la Messe ou de commu-
nier. Et vous, vous êtes tout près de Jésus, vous l'avez à votre porte, et vous ne le voyez pas, vous ne le visitez pas! Pse savez-vous pas que plus les membres sont loin du cœur, moins ils participent à sa vie ; que la sève monte moins abondamment aux brancbes qui s'écarlent le plus de la racine : que les astres parcourent leur orbite avec d'autant moins de rapidité qu'ils sont plus éloignés de leur centre? Or, la divine Eucharistie n'est-elle pas le centre de l'âme, la vie du cœur, la racine de la grâce ?
Venez donc, je vous en conjure, mes frères, le plus souvent qu'il vous sera possible trouver ce grand Roi qui daigne demeurer au milieu de nous pour nous combler de ses bienfaits. Etes-vous sur le point de choisir un état pour votre fils? venez au pied des autels et dites à ce bon Sauveur : Adorable Jésus, c'est vous qui êtes le maître de la vie, et quand vous créez un homme, vous le destinez à remplir quelque emploi, vous voulez qu'en exerçant une profession il gagne sa vie en se rendant utile à ses frères ; faites-moi connaître dans quel état mon fils doit vous servir pour obtenir la récompense que vous avez promise à vos fidèles serviteurs; donnez-lui en même temps l'aptitude et l'intelligence nécessaires pour bien remplir tous ses devoirs. S'agit-il de choisir une épouse à votre fils, ou un époux à votre fille? venez ici et dites à Jésus de tout votre cœur : C'est vous. Seigneur, qui devez donner au chrétien celle qui doit être son épouse et sa compagne ; je ne vous demande point celle
que le monde admire pour sa beauté, pour ses grâces ou pour ses richesses, mais je vous demande une épouse vertueuse qui édifie mon fils et le porte à la vertu, afin que leurs enfants puissent dire comme Tobie et Sara : Nous sommes les enfants des saints. Avez-vous quelque autre aiïaire importante? venez donc la recommander à Jésus. Ah ! si vous aviez un accès aussi facile près de l'empereur, • vous ne manqueriez jamais de lui confier vos affaires et de le consulter sur tous vos intérêts. Venez donc et soyez convaincus que Dieu vous éclairera et vous fera connaître sa sainte volonté.
Avez-vous des peines, des alïlictions, des persécutions à endurer? venez les raconter à cet Epoux de votre âme; vous sentirez bientôt une abondance de consolations descendre en elle et votre cœur se fortifier par la vertu d'en haut, et par ce moyen vous serez supérieurs à toutes les adversités. Ce qui vous désole, c'est votre propre faiblesse ; vous succombez à la tentation ; votre vie n'est qu'une suite non interrompue de péchés et de désordres. Mais sachez donc que Jésus-Christ est le Dieu des vertus et le Dieu des armées, que du moment qu'il sera votre bouclier aucun trait de l'ennemi ne vous atteindra; quand il sera votre appui, vous serez plus forts que l'enfer. Venez donc le prier, le conjurer d'être votre consolation et votre force.
Mais je suis malade, je ne puis aller à l'église ; mais j'ai un ménagea soigner, ou je suis un ouvrier obligé de travailler sans cesse pour nourrir ma famille. Ah ! si vous avez une raison grave qui vous
empêche de visiter noire Seigneur comme vous le (levez et comme vous le désirez, qui vous empêche d'y venir de cœur et d'esprit? En quelque pays que fussent les Juifs, ils avaient soin de se tourner vers le temple de Jérusalem pour adresser à Dieu leurs prières. Le roi Ezéchias était malade et couché sur son lit; il se tourna vers le temple pour prier Dieu et ohlint sa guérison. Le prophète Daniel fut condamné à être dévoré par les lions pour avoir observé cette sainte coutume; mais les lions ne lui firent aucun mal. Et vous aussi, mes frères, tournez vos pensées et vos alïections vers la demeure de Jésus- Christ, non pas trois fois, mais cent fois par jour. Ne craignez pas de parler de loin à cet aimable Sauveur; il vous entendra et il exaucera vos prières. On dit communément dans le monde qu'il y a trois mauvais voisins pour un héritage ou pour une maison, savoir: un homme riche, une rivière et un grand chemin. Et vous en comprenez la raison. Un homme riche est toujours puissant dans le monde ; il vous cherchera querelle, et il aura raison contre vous ; il vous dépouillera du peu que vous possédez. Une rivière minera peu à peu votre maison ou votre terrain et sera cause de votre ruine. Un grand chemin est fréquente par beaucoup de monde, et combien de voyageurs vous molesteront ou vous persécuteront de mille manières 1 Eh bien 1 mes frères, il en est tout autrement ici. Vous avez pour voisin Jésus-Christ. C'est un riche et puissant Seigneur; mais, au lieu d'empiéter sur ses voisins, il les enrichit, les comble de biens, leur permet d'en-
trer chez lui à toute heure, de lui emprunter tout ce qui leur est nécessaire, de lui demander aide, conseil, appui et protection : c'est pour cela qu'il est venu rester auprès d'eux. Jésus-Christ est plus qu'une rivière, c'est un fleuve, mais un fleuve de grâces, de paix et de bénédictions, et il répand dans la plaine, entendez-vous, dans les terrains les plus bas, c'est-à-dire dans les cœurs les plus humbles, la fécondité de toutes les vertus. Jésus-Christ est le chemin par lequel nous pouvons et nous devons envoyer au ciel nos prières, nos vœux, nos espérances et nos bonnes œuvres, le chemin assuré que nous devons suivre pour aller à Dieu, notre fin dernière, au ciel, notre patrie; et si nous le suivons, nous y arriverons infailliblement, et nous régnerons avec le Roi de gloire dans tous les siècles. Amen. 'Le P. Lt:JEUNE, de l'Oratoire.)