SAI>T IRÉXÉE ET ORIGÈNE
Saint Irénée avait clé disciple de saint Polycarpe, qui luimême l'avait été de Tapôtre saint Jean. Il doit donc savoir mieux que personne la doctrine prêcliée par les apôtres, puisqu'il vivait dans les temps apostoliques. Or, dans son fameux ouvrage contre les hérésies, il nous fait connaître la croyance del'Eglise sur la sainte Eucharistie elsur le sacrifice de laMesse.
Dans le quatrième livre, après avoir montré que les sacrifices extérieurs étaient inutiles sans la charité et les vertus intérieures, il ajoute : « Notre Seigneur lui-même, conseillant à ses disciples d'offrir à Dieu les prémices de ses créatures, non pas comme s'il en avait besoin, mais pour n'être pas eux-mêmes sans fruit et sans reconnaissance, prit le pain, qui est l'ouvrage du Créateur, et, rendant grâces, il dit : Ceci est mon corps. Et de même, prenant le calice, autre
ouvrage du Créateur, il déclara que c'était son sang et enseigna la nouvelle oblation du Nouveau Testament, que l'Eglise, l'ayant reçue des apôtres, offre à Dieu partout le monde, suivantce quiestdildans le proplièleMalacliic : « Du levant au « couchant mon nom est glorifié parmi les nations, et en tout « lieu on offre en mon nom la victime et le.sacrifice purs. »
a II y a ici des oblaiions comme il y en avait là. 11 y avait des sacrifices dans l'ancien peuple, il y a des sacrifices dans l'Eglise; il n'y a que l'espèce de changée, parce que ce ne sont plus des esclaves qui offrent, mais des hommes libres. Il n'y a que l'Eglise qui offre celle oblation pure au Créateur, lui offrant avec action de grâces son ouvrage ; les Juifs n'en offrent plus. Quant aux hérétiques, comment pourront-ils être assurés que le pain sur lequel ont été rendues les actions de grâces est le corps de leur Seigneur et le calice de sou sang, s'ils ne le reconnaissent pas pour le Fils de leur Créateur? Comment encore disent-ils que la chair qui est nourrie du corps et du sang du Seigneur ira dans la corruption et ne recevra point la vie ? Qu'ils changent d'opinion, ou qu'ils cessent d'offrir ce qui a été dit. Pour nous, notre croyance est d'accord avec elle-même. Car, comme le pain qui vient de terre, recevant l'invocation divine, n'est plus un pain commun, mais l'Eucharistie composée de deux choses, l'une terrestre (sa chair), et l'autre céleste (son âme et sa divinité), ainsi nos corps, recevant l'Eucharistie, ne sont plus corruptibles, mais ont l'espérance de la résurrection.
«Puis donc que le calice mêlé et le pain rompu reçoivent la parole de Dieu et deviennent l'Eucharistie du sang et du corps de Jésus-Christ, par lesquels la substance de notre chair s'accroît et subsiste, comment nient-ils que la chair soit susceptible du don de Dieu qui est la vie éternelle, elle qui est nourrie du sang et du corps du Christ et qui est de ses membres? Mais de même que le bois de la vigne déposé en terre fructifie en son temps, et que le grain de froment tombé en terre et décomposé se relève nombreux par l'Esprit de Dieu qui contient toutes choses; qu'ensuite l'un et l'autre sont utilisés par l'homme, et que, recevant la parole de Dieu, ils
deviennent rEucharistie, qui est le corps et le sang de Jésus- Christ; de même nos corps, qui sont nourris d'elle, étant déposés en terre et dissous, ressusciteront en leur temps, le Verbe de Dieu leur donnant l'immortalité pour la gloire de Dieu le Père. » Il n'est guère possible d'exprimer plus clairement la présence réelle de Jésus-Christ dans rEucharistie, le changement du pain et du vin en son corps et en son sang, ainsi que la nature adorable du nouveau sacrifice.
Origène disait aussi : « Personne ne doit ouïr la parole de Dieu qu'il ne soit sanctifié de corps et d esprit; car il doit entrer peu après au festin nuptial, il doit manger la chair de l'Agneau et boire la coupe de son salut. » Il dit encore : (( Vous qui avez accoutumé d'assister aux mystères, vous savez avec quelle précaution et quel respect vous recevez le corps du Seigneur, de peur qu'il n'en tombe la moindre parcelle; car vous vous croiriez coupables, et avec raison, si par votre négligence il s'en perdait quelque chose. Que si vous usez avec justice d'un telle précaution pour conserver son corps, pensez-vous que ce soit un moindre crime de négliger sa parole? » Enfin, dans une homélie sur le cenlenier de l'Evangile: «Quand vousparticipez au festin incorruptible, quand vous mangez et buvez le corps et le sang du Seigneur, alors le Seigneur entre sous votre toit. Vous donc, vous humiliant, imitez ce centenier et dites : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit. »
On voit encore dans Origène que l'Eucharistie est aussi un sacrifice. En commentant le sacrifice de l'agneau pascal, « Les chrétiens, dit-il, mangent chaque jour la chair de l'Agneau, c'est-à-dire ils reçoivent chaque jour la chair du Verbe de Dieu; car notre pàque, c'est Jésus-Christ immolé. » a Nous vous avons montré souvent par les divines Ecritures, dit-il ailleurs, que le Christ est en même temps la victime offerte pour les péchés du monde et le prêtre qui offre la victime. » Ailleurs enfin il dit : « Nous adorons l'escabeau de ses pieds, parce qu'il est saint. En effet, la chair du Seigneur participe à l'honneur de la divinité. » (HoHRBAceER, Hist. iiniv.)
XIX^ INSTRIGTIOX.
Adoration du Saiiit-^acreiuent.
Ciim ilcrumintroducii primo (/enitum in orbem lerrœ, dicit : Et adorent eum onines angel i Dei.
Lorsqu'il introduisit de nouveau son premier né dans le monde, il dit : Que tous les anges de Dieu l'adorent.
(IlEB.,I, 6.)
Une (les conséquences nécessaires et immédiates du dogme eucharistique, c'est que nous devons adorer Jésus-Christ présent sur nos autels. C'est pour ce motif que les hérétiques nous accusent d'idolâtrie; et leur reproche serait fondé si, comme eux, nous ne voyions dans l'Eucharistie que la figure du corps et du sang de Jésus-Christ. Mais s'il est constant que dans tous les temps et partout dans l'Eglise catholique l'on a rendu à l'Eucharistie le culte d'adoration proprement dite, c'est une preuve irrécusable qu'on a toujours cru à la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie.
En annonçant le grand mystère de l'Incarnation, les prophètes ont prédit que le principal effet de la venue du Messie en ce monde, que son exploit le plus glorieux serait la ruine de l'idolâtrie, et qu'il ferait fleurir sur la terre le culte et la religion d'un
seul Dieu. Les hommes les plus fiers, les dominateurs des peuples devaient se courber et s'humilier devant lui ; Dieu seul serait élevé et les idoles renversées. Or, depuis la naissance de Jésus-Christ, l'idolâtrie n'existe plus, ni chez les chrétiens, ni chez les juifs, ni même chez les mahométans. Cependant, s'il faut en croire les protestants, les catholiques sont des adorateurs du pain depuis l'origine du christianisme. Jésus-Christ n'aurait donc pas détruit l'idolâtrie, comme les prophètes l'avaient annoncé. N'est-ce pas accuser les prophètes de mensonge ? N'est-ce pas arracher le plus beau diamant de la couronne du Sauveur et ternir tout l'éclat de sa gloire?
Grand Dieu, vous avez dit par tous vos prophètes que votre Fils, en venant sur la terre, briserait les idoles et ruinerait l'idolâtrie, et voilà qu'au contraire le monde est rempli d'idoles , puisque tous les catholiques adorent un morceau de pain. Vos prophètes sont des aveugles, vos oracles sont des mensonges, vos promesses sont des tromperies, et vos divines Ecritures des fables et des romans.
Mais, mes frères, si nous sommes idolâtres, il faut avouer que Jésus-Christ a été bien imprévoyant; car, tandis que Dieu ne cesse de répétera chaque page de l'Ancien Testament que l'idolâtrie est un grand crime, Jésus-Christ n'en dit mot dans l'Evangile. Un jeune homme lui demande ce qu'il faut faire pour obtenir la vie éternelle; il lui recommande, non d'éviter l'idolâtrie, mais d'observer
les commandements. Les docteurs l'interrogent et lui demandent quel est le plus grand commandement ; il répond que c'est celui de l'amour de Dieu. C'était bien le lieu d'expliquer sa pensée et de mettre en garde contre l'idolâtrie, mais il n'en dit mot. Et pourquoi en parler?
Ainsi, suivant ces hérétiques, notre Sauveur, qui est appelé notre Maître, notre Docteur, notre Guide, n'a donc pas prévu ridolâlrie dont ils nous accusent ? S'il la prévue, comment ne nous a-t-il pas recommandé de l'éviter? Il nous a dit : ^ Le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde. » Il n'avait qu'à dire : Le pain que je donnerai sera le signe de mon corps, et jamais personne ne se serait avisé de lui rendre un culte.
Les évangélistes , tous remplis de l'esprit de Dieu, ont toujours pris à tâche d'expliquer les paroles de Jésus-Christ qui étaient ou paraissaient obscures. Il dit aux Juifs : « Détruisez ce corps, et je le rebâtirai en trois jours. » L'évangéliste ajoute qu'il parlait du temple de son corps. (Juand il dit: « Notre ami Lazare dort, » il l'entendait du sommeil de la mort, dit saint Jean. Il en est ainsi dans toutes les autres circonstaaces. Comment aucun des évangélistes n'a-t-il pas eu autant d'esprit que Calvin ? Comment le Saint-Esprit lui-même n'a-t-il pas été aussi clairvoyant que le chanoine de JSoyon?
Rappelez-vous quel respect profond les Hébreux avaient pour l'arche d'alliance. Elle devait être gardée jour et nuit par des lévites choisis ; des
femiDes verlutuscs veillaient constamiueut à la Lourde de ce dépùl saca^ Dans les circonstances les plus dilliciles, ils consultaient l'arche, c'eslsi-dirc le Sei^Mieur; ils se prosternaient devant elle par esprit de piété et de vénération. Pourquoi tant de dévotion pour l'arche sainte? Elle était l'ombre et la ti.^ure de l" Eucharistie. Le prophète-roi avait dit : •< Adorez l'escabeau de ses pieds, v Mais quesiijnilient ces paroles? Saint Auibroise va vous les expliquer : H Nous lisons qu'il ne faut adorer que Dieu, parce qu'il est écrit : ^ Vous adorerez le Sei- « gucur votre Dieu. )/ Comment donc le prophète, qui avait été élevé et nourri dans la loi, nous commandcrait-il quelque chose contre la loi? Ce n'est pas ici une question de peu d'importance; aussi devons-nous examiner avec attention quel est le marchepied de Dieu. Car nous lisons ailleurs : h Le K ciel est mon trône, cl la terre l'escabeau de mes « pieds. » Mais il n'est pas permis d'adorer la terre, parce qu'elle est une créature de Dieu. Voyons doue si le prophète ne dit pas qu il faut adorer cette terre que le Soij^'ueur Jésus s'est unie dans le mystère de son incarnation, il faut donc entendre que l'escabeau des pieds de Dieu est la terre, et que cette terre est la chair de Jésus-Christ que nous adorons encorr aujourd'hui dans les saints mystères. >♦ Lib. lll beSpirit. aanct.y c. ix.)
* Je suis fort en peine, s'écrie saint Augustin: d'un côté je crains d adorer la terre, de peur que Celui (jui a fait le ciel et la terre ne me condamne; et d'autre |)ai l je crains de ne pas adorer l'escabeau
des pieds du Seigneur, puisque le psalmisle me dit : « Adorez l'escabeau de ses pieds. » Je me demande quel est l'escabeau de ses pieds, et l'Ecriture me répond : « l.a terre est l'escabeau de mes pieds. » Dans cette perplexité, je me tourne vers Jésus- Christ, et je trouve comment l'on peut sans impiété adorer la terre, comment l'on peut sans impiété adorer l'escabeau de ses pieds ; car il a pris de la lerre, puisque la chair est faite de terre ; il a pris sa chair de la chair de Marie ; et parce qu'il a voyagé ici-bas en celte chair et qu'il nous Ta donnée à manger pour notre salut , personne ne mange celte chair qu'il ne l'ait adorée auparavant. Nous avons donc découvert comment l'on adore cet escabeau des pieds du Seigneur, et que non seulement nous ne péchons point en l'adorant, mais que nous péchons en ne l'adorant pas. C'est pourquoi, en quelque lieu que vous vous prosterniez devant celte terre, ne la considérez pas comme de la terre, mais voyez Jésus, des pieds duquel la terre est l'escabeau ; ce que vous adorez, adorez-le à cause de lui. » [Enarr. in psal. 98.)
Ecoutez encore saint Jean Chrvsostôme : « Ce même corps encore couché dans la crèche , les mages le révérèrent. Ainsi des hommes impies et barbares, laissant leur patrie et leur demeure, entreprirent un long voyage, vinrent et l'adorèrent avec une grande crainte et un saint tremblement. Imitons au moins ces barbares; ils ne le voient que dans une crèche et une cabane, et ils s'y pré- .sentent avec un saint respect; mais vous, vous le
voyez, non plus caché dans une crèche, mais présent sur l'autel. » Hom. 24 in I ad Cor.)
On ne voit pas dans les paroles de l'Evangile, disent les protestants, que les apôtres aient adoré le corps et le sang de Jésus-Christ en les recevant. Mais voit-on qu'ils aient adoré Jésus-Christ, qui élait constamment avec eux avec sa forme visible et naturelle? Hélas ! combien ces hommes qui se croient savants et qui appellent les autres ignorants sont ignorants eux-mêmes, puisqu'ils ne savent pas en quoi consiste la véritable adoration ! Or, nous en tenir mot à mot à ce qui est écrit dans l'histoire de la cène, sans chercher à suppléer un passage de l'Evangile par les autres; croire en Jésus-Christ lorsqu'il dit : Ceci est mon corps, prenez et mangez ; le croire sans hésiter et sans disputer lorsqu'il dit une chose si étonnante ; faire ce qu'il dit et manger ce pain apparent avec une foi certaine que c'est son vrai corps ; en faire autant du calice ; faire un acte de foi si pur et si haut, n'est-ce pas adorer Jésus-Christ? Mais discerner avec saint Paul le corps du Sauveur, le discerner tellement qu'on entende que c'est le corps d'un Homme-Dieu, y mettre son espérance, y chercher sa vie, y attacher tout son amour, n'est-ce pas encore l'adorer parfaitement? Qu'ajoute à cette foi la génuflexion, l'inclination du corps, son prosternement, en un mol, l'adoration extérieure, sinon un témoignage sensible de ce qu'on a dans le cœur?
« Croyez-vous au Fils de Dieu ? dit le Sauveur du monde à l'aveugle-né qu'il avait guéri. — Qui est-
il, répondit l'aveugle, afin que j'y croie? — C'est celui qui vous parle, dit Jésus. — J'y crois, Seigneur, » repartit l'aveugle, et, se prosternant, ii l'adora. Que fit-il en se prosternant devant lui, sinon répéter d'une autre manière et par un autre langage ce je crois qu'il venait de prononcer avec la bouche ? Et ceux qui disent je crois sans se prosterner devant lui, l'adorent-ils? Ou ceux dont on n'a point écrit qu'ils l'aient fait, l'adorent-ils moins que les autres? Et cette femme qui le touclia pour être guérie, ne l'avait-elle pas déjà adoré dans son cœur avant de se jeter à ses pieds ? Quand les apôtres disent à Jésus : « Seigneur, augmentez en nous la foi, » ne connaissent-ils pas tous ce qu'il est, et ne l'adorent-ils pas comme un Dieu intérieurement, encore qu'ils ne soient pas à genoux devant lui?
Qui ne voit donc que croire à Jésus qui dit : Ceci est mon corps*, ceci est mon sang, et les recevoir dans cette foi, et discerner que ce corps est le corps d'un Dieu par lequel la vie nous est donnée, quand on n'y verrait que cela et qu'on ne trouverait pas dans le reste de l'Ecriture ce qui est dû à Jésus- Christ, c'est un acte d'adoration de la nature la plus haute, et que tous les prosternements qu'on fera à Jésus-Christ n'en seront que l'expression et le témoignage ?C'est donc avec raison qu'on joint dans l'Eucharistie l'adoration intérieure et extérieure, c'est-à-dire le sentiment et le signe, la foi et le témoignage. C'est avec raison, comme le rapportent les saints, que les premiers chrétiens, même dans
les premiers siècles, ne recevaient point l'Eucharistie sans l'avoir d'abord adorée. Croire que c'est le corps et le sang du Fils de Dieu, y attacher son espérance, y placer son air.our, c'est une si haute adoration, qu'elle doit attirer toutes les autres. (BossuEt, Méditations sur lEvangile.)
Ecoulez encore la grande voix de l'Eglise : <:< Il n'y a donc aucun lieu de douter, nous dit-elle, que tous les fidèles chrétiens, suivant la coutume reçue de tout temps dans l'Eglise catholique, ne soient obligés de rendre au Très-Saint-Sacrement le culte d'adoration qui n'est dû qu'au vrai Dieu. Car, pour avoir été institué par notre Seigneur Jésus-Christ afin qu'il fût reçu par les fidèles, nous ne devons pas moins l'adorer, puisque nous y croyons présent le même Dieu dont le Père éternel a dit en l'introduisant dans le monde : Et que tous les anges de Dieu r adorent, le même que les mages, se prosternant, ont adoré, le même enfin que les apôtres, selon le témoignage de l'Ecriture, ont adoré en Galilée. » (Conc. Trid., sess. 13, cap. 5.)
Qu'est-ce donc que l'Eucharistie? IS'est-ce pas l'incarnation continuée? Ne contient-elle pas, sous les apparences du pain et du vin, le corps, le sang, l'âme, la divinité, en un mot, la personne tout entière de Jésus-Christ? Et à qui donc se rapporte ce culte que nous rendons au corps et au sang de Jésus-Christ? N'est-ce pas à sa personne même, et par conséquent à sa divinité? Nous devons donc adorer Jésus-Christ dans l'Eucharistie de la manière que nous devons adorer Dieu.
En adorant Jésus-Christ réellement présent sur nos autels, que faisons-nous ? Nous imitons les an- ^^es et les bienheureux qui chantent et qui chanteront éternellement dans le ciel : « Il est digne, cet Agneau qui a été immolé, de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire et la bénédiction. ))Sans doute ils le voient dans tout l'éclat, dans toute la magnificence de sa gloire, et nous, nous ne le voyons que par les yeux de la foi, parce qu'il couvre sa divinité et son humanité sous les apparences du pain et du vin. Mais n'est-ce pas pour nous un motif de plus pour lui olTrir nos hommages et nos adorations? Saint Paul nous dit, en parlant de son incarnation, qu'il s'est anéanti, prenant la forme d'esclave. C'est pourquoi Dieu l'a élevé et lui a donné un nom au-dessus de tout nom, afm qu'au nom de Jésus tous fléchissent le genou dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus est dans la gloire de Dieu le Père.
Peut-être ne saviez-vous pas pourquoi les chrétiens ont coutume de faire la génuflexion devant le Saint-Sacrement? Ce sont des actes d'adoration exprimés par la posture du corps. Et pourquoi fléchiton le genou? C'est, répond saint Thomas, parce que toute la force de l'homme se trouve dans les genoux, et, en les fléchissant en présence de Jésusrjirist, il reconnaît son souverain domaine et sa toute-puissance sur lui-même et lui fait hommage de sps forces et do sa vie. Ne craignez donc pas, mes frères, de faire toujours une génuflexion pro-
fonde et de la faire avec le plus grand respect. Mais si vous compreniez bien quelle est la majesté de Jésus-Christ et quelle est votre petitesse devant lui, vous voudriez vous abaisser jusqu'au centre de la terre , vous voudriez lui oÛrir vos hommages avec les hommages du monde entier.
Et vous, femmes chrétiennes, pourquoi donc vous contentez-vous de faire une inclination à l'autel? Quand vous rencontrez une personne qui vous égale, vous la saluez par une simple inclination ; mais lorsque vous vous trouvez devant un grand personnage, vous ne manquez pas de lui tirer une profonde révérence. Et vous osez saluer Jésus-Christ comme votre compagne! Vous vous égalez donc à Jésus-Christ, ou vous abaissez Jésus-Christ à votre niveau, ^'oubliez donc pas ce que vous dit saint Paul : « Fléchissez les genoux devant le Sauveur Jésus; n'est-il pas plus grand que tous les monarques du monde? »
Quand Jésus-Christ voulait rendre ses devoirs à son Père, non seulement il fléchissait les genoux, mais il se prosternait la face contre terre, tant il était pénétre de la majesté de Dieu! Et l'Eglise ordonne à ses ministres de fléchir les deux genoux quand le Saint-Sacrement est exposé sur l'autel.
Ah ! mes frères, si vous connaissiez bien la grandeur de Jésus-Christ, quand vous entrez dans nos églises, loin d'y tenir des conversations ou d y commettre des immodesties, vous vous y tiendriez à genoux, les mains jointes, ou comme Josué faisait «levant l'arche; vous vous prosterneriez la face
contre terre , et vous souliaiteriez pouvoir vous anéantir en sa présence. Vous éviteriez soigneusement tout ce qui pourrait salir ou souiller l'église, et vous la respecteriez au moins à l'égal du salon de l'homme du monde.
Si vous connaissiez la sainteté de Jésus-Christ , vous n'approcheriez des autels et môme des églises qu'avec une sainte frayeur. Vous assisteriez à la sainte Messe comme les anges se présentent devant le trône de l'Eternel. A peine oseriez-vous respirer : vous seriez comme anéantis devant son infinie majesté. Vous auriez grand soin de fuir le péché et d'etfacer par les larmes de la pénitence ceux que vous auriez eu le malheur de commettre. Vous vous estimeriez heureux de faire des sacrifices pour embellir et orner nos églises, pour rendre son culte plus pompeux et plus magnifique. Ce n'est pas seulement de l'or ci de l'argent que vous voudriez donner, mais vos cœurs et votre sang.
Que de reproches peut-être n'avez-vous pas à vous adresser en ce moment ! Quand vous paraissez dans nos églises, de quelles imaginations se repait votre esprit? Pensées frivoles, égarements continuels, mille rêveries. Que se passe-t-il dans votre cœur? Sentiments vains et peut-être criminels, envie de plaire et d'attirer les regards, et de là les parures,, les airs étudiés, les retours perpétuels sur votre personne, les complaisances secrètes. Que faites-vous? Vous laissez les ministres de l'Eglise s'acquitter de leurs fonctions, chanter les louanges de Dieu, célébrer les ofiices divins. Vous ne daignez
pas même fléchir le genou, et vous eles là, regardant (le tous côtés, vous occupant de tout ce qu'.' font les autres. Ahl mes frères, rentrez en vousmêmes et rappelez-vous en entrant dans une église que Jésus-Christ est subslanlieilement présent sur l'autel comme si vous le voyiez de vos yeux, que de là il considère ce qui se passe en vousmêmes, et que toutes ces choses seront un jour . dévoilées à la face du monde entier. Conduisez-vous donc de manière à ne pas rougir de votre propre conduite. Amen.