SAINT ANTOINE DE PADOUE. — • RODOLPHE
SaiPit Antoine de Padoue disputait un jour avec un nommé Bonvillo, de Rimini, qui était un des hérétiques les plus obstinés et niait la présence réelle de Jésus-Christ dans le sacrement de Taulcl. Mais saint Antoine lui apporta des raisons si solides qu'il ne savait plus que répondre. L'iiérétique, suivant la coutume ordinaire des sectaires, lui demanda des miracles, et notre saint en lit un qui édifia tous les fidèles.
L^hérélique avait un mulet qui fut enfermé pendant trois jours sans boire ni manger. Le saint, après avoir dit la Messe, prit la sainte hostie avec un grand respect, fit venir le mulet affamé et lui parla ainsi : « Au nom de ce Seigneur que je liens, moi indigne, en mes mains, je te commande de venir présentement t'agenouiller devant ton Créateur et confondre la malice des hérétiques; tu feras ainsi connaître à chacun la vérité de ce très-auguste sacrement, et tu montreras que toutes les créatures sont soumises à leur Créateur. «Tandis que le saint lui parlait ainsi, l'hérétique criblait de l'avoine à son mulet pour le faire manger; mais l'animal quitte aussitôt la nourriture, va se jeter ù genoux devant le Saint- Sacrement, et l'adore comme son Créaieur et son Seigneur.
Ce miracle si évident consola beaucoup les catholiques; mais lesliéréliques en devinrent furieux, et aucun d'eux ne se convertit, excepté Bonvillo lui-même. L'on a bâti une chapelle sur le lieu même où ce miracle s'est opéré.
Une autre fois étant encore en la ville de Rimini où il y avait alors beaucoup d'hérétiques, le saint désirant prêcher et les réduire à la connaissance de la vérité, ils fermèrent leurs oreilles de peur de l'ouïr, et luij s'en allant sur le bord de la mer qui était tout près, avec une grande assurance et confiance en Dieu, il appela les poissons et leur dit : a Entendez-moi, vous autres, puisque ces hérétiques ne veulent pas m'entendre. » Chose merveilleuse! à celte parole, une infinité de poissons, gros et petits, viennent en ordre et sortent la tête hors de Feau pour l'écouter attentivement. Le saint les appela ses frères, et leur fit un sermon sur les bienfaits qu'ils avaient reçus de Dieu, les actions de grâces qu'ils lui en devaient rendre, et comment ils le devaient servir. Quand il eut fini son discours, les poissons baissèrent la tête comme pour recevoir la bénédiction et s'en allèrent.
Tout le peuple qui fut témoin de ce prodige demeura étonné, et les hérétiques eux-mêmes furent si honteux et si confus, qu'ils se jetèrent;"^ ses pieds pour le prier de les prêcher et do leur enseigner la vérité ; et la plupart d'entre eux, sortant des ténèbres de leurs erreurs, furent éclairés de l.i lumière divine.
Il arriva que certains hérétiques l'ayant invité h dîner chez eux, comme il désirait les contenter et les attirer par cette occasion dans le sein de l'Eglise, il accepta l'invitation. Mais ces hérétiques jetèrent du poison dans sa nourriture pour le faire mourir. Dieu lui fit connaître leur dessein, et comme il les en reprit avec beaucoup de douceur, ils lui alléguèrent pour excuse qu'ils l'avaient fait seulement pour expérimenter s'il était prédicateur apostolique et si la parole di' Dieu s'accomplirait en lui, que les fidèles ne recevraient aucun mal du poison qu'ils auraient avalé. A la fin, ils promirent que s'il le mangeait sans qu'il lui fît mal, ils se convertiraient à la foi qu'il prêchait. Le saint, faisant le signe de
la croix sur les viandes, en mangea sans danger et sans aucune incommodité, ce qui (it que plusieurs d'entre eux r»-coimurent leurs erreurs et embrassèrent la foi catholique.
RlBADENEIRA.)
Rodolphe, de la maison d'Autriche, n'étant que simple comte de Habsbourg, allait, par dévotion, visiter une simple femme qui vivait dans la solitude et avait une grande réputation de sainteté dans un désert de la Suisse. Chemin faisant, il rencontra un bon curé qui portait le Saint-Sacremon* h un malade dans une pauvre ferme^ et il n'était accompagné que du sacristain de la paroisse qui portait la torche et la clochette. Ce brave cavalier, voyant qu'il faisait mauvais temps, met pied à terre, fait monter le curé sur son cheval: le seigneur de Kybourg, son cousin, qui était avec lui, imite son exemple et donne sa monture au sacristain. Le comte prend par la bride le cheval oij le curé était monté, le conduit à pied et tête nue dans la maison du malade, et le reconduit jusqu'à l'église de la paroisse. Le curé, admirant un si rare exemple de piété, le congédie avec mille bénédictions : a Que Dieu soit sa récompense et le comble de prospérités! » 11 poursuit son chemin, et la sainte femme qu'il allait visiter lui dit aussitôt qu'il l'eut saluée : « Dieu vous sait bon gré du service que vous lui avez rendu, de l'action héroïque de piété que vous venez de faire; en récompense, il vous promet de vous combler de prospérités, et pour vous montrer que je vous parle de sa part, à peine une neuvaine sera-t-elle passée que vous en verrez les effets, n Au bout de neuf jours et de neuf mois, rien n'arrive ; il croit que ce sont de fausses prédictions; mais au bout de neuf ans, il est créé empereur d'Allemagne. (Le P. Le jeune, de l'Oratoire.)
Xr INSTRUCTION.
nécessité de con&iiiuiii^iiv
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Nisi mandiicavcritis carricm Filii homi:iis ^ji
etbiberitis ejus sanguinem, non habebjlis tt- .\|
latn in vobis.
Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous.
(JoA>., VI, 54.)
Ces paroles vous font comprendre, mes frère.-; , l'indispensable nécessité pour tout chrétien de recevoir le sacrement de l'Eucharistie. Après l'avoir instituée et distribuée à ses apôtres, Jésus-Christ leur dit : Faites ceci en mémoire de moi; c'est-àdire qu'il leur donne l'ordre, à eux et à leurs successeurs dans le sacerdoce, de faire ce qu'il a fait lui-même, de consacrer l'Eucharistie et de la distribuer aux fidèles.
Ecoutez l'Eglise : « Notre Sauveur étant près de (juitter le monde pour aller à son Père, institua ce sacrement, dans lequel il répandit pour ainsi dire toutes les richesses de son amour pour les hommes, perpétuant la mémoire de ses merveilles, et il nous commanda d'honorer sa mémoire et d'annoncer sa mort en le recevant, jusqu'à ce qu'il vienne juger le monde. Il a voulu aussi que ce sacrement
fût reçu comme la nourriture spirituelle des âmes, qui les entretînt et les fortifiât en les faisant vivre de la propre vie de Celui qui a dit : Celui qui me mange vivra aussi pour moi, et comme un antidote par lequel nous fussions délivrés de nos fautes journalières et préservés des péchés mortels. Il a voulu de plus qu'il fût le gage de notre gloire future et de notre bonheur éternel, et enfin le symbole de l'unité de ce corps dont il est lui-même le chef, et auquel il a voulu que nous fussions unis et attachés par le lien de la foi, de l'espérance et de la charité, comme des membres étroitement serrés et joints ensemble, afin qu'ayant tous un même langage, il n'y ait point de schisme parmi nous.»'Conc. Trid., sess. 13, cap. 2.)
Nous avons distingué dans le chrétien trois vies : la vie du corps, la vie de l'âme raisonnable et la vie surnaturelle et divine. Or, à chacun de ces trois degrés d'être, à chacune de ces vies, la communion est d'une absolue nécessité. Quel est donc l'être créé qui n'ait pas besoin de communier pour vivre? Mais pour cela ne faudrait-il pas qu'il possédât en lui-même la vie ou la source de la vie? Puisque c'est un être créé, ne faut-il pas qu'il reçoive tout de Dieu et qu'il soit constamment en communication avec le foyer de vie qui lui est propre? Il n'y a donc que Dieu qui n'ait pas besoin de communier, parce que lui seul trouve en lui-même la plénitude de la vie. La plante communie ; ses racines, en se prolongeant bien avant dans les entrailles de la terre, vont chercher la nourriture dont elle a be-
soin et puiser les sucs qui font sa vie. Les plantes, les arbres et les animaux communient incessamment avec le monde matériel et sensible ; et s'ils cessaient un instant cette communion, ils périraient, ils n'auraient plus de vie.
Pour acquérir, conserver et développer la vie de l'âme raisonnable, une certaine communion ne lui est-elle pas aussi nécessaire? Que devient l'homme qui ne communique aucunement avec la société par la parole articulée et artificielle? N'est-il pas cent fois démontré qu'il n'éprouve que des sensations et qu'il est totalement dépourvu d'idées inlellecluellcs et morales? Pour vivre de la vie de l'esprit, n'est-il pas de toute nécessité qu'il communique avec les esprits? A la vérité, il possède la faculté de concevoir et de raisonner; mais sans l'enseignement celte faculté ne se réduirait jamais en actes. L'enseignement est donc une espèce de communion dans l'ordre intellectuel et moraL
Ainsi en est-il de la vie surnaturelle et divine. La grâce ne détruit pas la nature, mais elle la présuppose et la perfectionne. Celte vie divine se manifeste, se perfectionne et se communique par des lois analogues à celles dont nous venons de parler ; et puisque c'est le sein do Dieu qui en est le foyer, pour avoir cette vie, il faut que le chrétien communie avec Dieu.
Et voyez ce qui se passe dans l'adorable mystère de la sainte Trinité : n'y a-t-il pas un principe étern'^1, incréé, qui existe par lui-même, sans être engendré de personne, Dieu le Père? Il prononce
éternellement une parole, et celte parole est son Verbe, son Image, son Fils. Du Père et du Fils procède le Saint-Esprit. Ainsi le Verbe ou le Fils de Dieu et le Saint-Esprit ne conservent la vie divine qu'en communiquant éternellement avec leur principe. Est-il donc étonnant que la communion soit nécessaire à des êtres contingents ou créés, qui n'ont en quelque sorte qu'une vie d'emprunt, et dont le fonds propre n'est que pauvreté et néant? Vouloir conserver et perfectionner en soi la vie divine sans la communion, c'est imiter Satan et s'égaler à Dieu.
L'Eucharistie a été instituée comme un antidote pour nous délivrer des fautes journalières et nous préserver des péchés mortels. Si, par une bonté toute gratuite et sans aucun mérite de notre part, Dieu nous accorde la vie de la grâce comme la vie naturelle, il veut néanmoins que nous coopérions à l'œuvre de notre sanctification, afin de nous faire mériter le ciel. Or, dans ces jours d'épreuves, la vie divine ne nous est point irrévocablement appropriée, nous pouvons la conserver et la perdre, et Dieu s'est contenté de mettre entre nos mains les moyens les plus efficaces pour l'entretenir et la perfectionner, la communion. La plante meurt si elle ne communie pas, l'arbre meurt s'il ne communie pas, tous les animaux meurent s'ils ne communient pas : comment l'homme pourrait-il vivre de la vie divine s'il ne communiait pas avec Dieu?
Rappelez-vous comment, après avoir créé l'homme, après l'avoir enrichi de toutes les grâces sur-
naturelles, Dieu lui donne les moyens de conserver la vie divine et la vie naturelle. Il ne s'est pas contenté de mettre à sa disposition tous les fruits du paradis terrestre, excepte celui de l'arbre de la science du bien et du mal; mais il planta au milieu de ce magnifique jardin l'arbre dévie, dont le fruit était destiné à entretenir en Adam la vie divine. Et aujourd'hui il pourrait vivre sans communier!
Souvent nous nous demandons : Comment peutil se faire qu'un être borné et fini comme l'homme puisse voir Dieu tel qu'il est en lui-même, le posséder comme il se possède et en jouir comme il jouit de lui-même? Comment peut-il participer à la substance divine et la posséder? Jésus-Christ résout toutes ces difficultés par un fait incontestable. Dès cette vie, le fidèle possède le corps, le sang, l'âme et la divinité de Jésus-Christ. Mais si Dieu est assez bon pour se donner à nous tout entier dans le temps de l'épreuve, pourrions -nous croire qu'il sera moins généreux lorsqu'il couronnera ceux qui auront vaillamment combattu et leur décernera les honneurs du triomphe? S'il s'unit à nous substantiellement sur la terre, n'avons-nous pas la plus haute certitude que notre union avec lui dans le ciel ne sera pas moins intime?
La communion, direz-vous, est donc aussi nécessaire que le Baptême? Sans aucun doute, si vous la considérez dans le sens général du mot ; car l'enfant communie avec Dieu par son Baptême, et la grâce sanctifiante que ce sacrement lui confère le constituant membrevivant du corps de Jésus-
Christ, il vit de la vie qu'il reçoit de Jésus-Christ. Mais parvenu à l'âge de raison, il lui faut une nourriture plus solide pour le préserver du péché mortel , il a besoin du sacrement de l'Eucharistie.
Quand donc le précepte de la communion obliget-il? Dans les premiers temps du christianisme, les fidèles communiaient très-souvent, et même tous les jours; mais cette sainte pratique fut bientôt mise en oubli. Que firent les pasteurs des âmes? Ils ordonnèrent aux fidèles, sous peine d'excommunication, de s'approcher de la table sainte aux grandes solennités de Noël, de Pcàques et de la Pentecôte; cependant un trop grand nombre s'étant montrés indociles, l'Eglise porta le décret suivant 'y conc. de Latran , tenu en 1 21 5) : « Que tout fidèle de l'un ou de l'autre sexe, lorsqu'il sera parvenu à l'âge de discrétion, confesse seul fidèlement tous ses péchés, au moins une fois dans l'année, à son propre prêtre, et qu'il s'efforce d'accomplir selon son pouvoir la pénitence qui lui aura été imposée, recevant avec respect, au moins à Pâques, le sacrement de l'Eucharistie, à moins que, de l'avis de son propre prêtre, et pour une cause raisonnable, il ne juge à propos de s'en abstenir pendant quelque temps ; autrement, que l'entrée de l'église lui soit refusée pendant sa vie, et qu'il soit privé après sa mort de la sépulture chrétienne. » Et plus tard la sainte Eglise a ajouté : « Si quelqu'un nie que tous les fidèles chrétiens de l'un et de l'autre sexe, lorsqu'ils sont parvenus à l'âge de discrétion, soient
tenus de communier chaque année, au moins à Pâques, selon le précepte de notre mère la sainte Eglise, qu'il soit anathèmc. » (Con. Trid., sess. 13, can. 9.)
Mais pourquoi TEi^lise a-t-elle porté une loi semblable? Pour le salut de ses enfants. Croyez-vous donc qu'elle soit libre de porter ou non telle loi pour tous les chrétiens? Est-ce que le médecin qui connaît parfaitement l'art de guérir est libre de traiter son malade comme il l'entend? Ne doit-il pas prescrire le remède propre à obtenir la guérison? Il pourrait peut-être formuler ses connaissances et les réduire en axiomes de cette sorte : « Si quelqu'un soutient que l'homme, pour vivre de la vie du corps, n'est pas obligé de prendre de la nourriture au moins trois cents fois dans l'année, ne le comptez plus au nombre des hommes sensés.» Ainsi fait l'Eglise dans une sphère plus élevée. Eclairée et dirigée par le Saint-Esprit, elle connaît les lois nécessaires à la conservation de la vie divine, et elle atteste ce fait de l'ordre surnaturel, savoir : que l'âme meurt devant Dieu si elle ne prend pas la nourriture qui lui est propre au moins une fois chaque année.
Pourquoi l'Eglise oblige-t-clle de communier au temps de Pâques? Parce que c'est l'anniversaire du moment où Jésus-Christ institua le sacrement de l'Eucharistie, et du temps de l'année où les Juifs mangeaient l'agneau pascal. L'Eucharistie n'est-elle pas la représentation vivante de la passion et de la mort du Sauveur arrivées au retour du printemps?
Enfin le mystère de Jésus-Christ sortant du tombeau, et dont l'Eglise célèbre la mémoire à la fête de Pâques, marque plus vivement la vie nouvelle que les chrétiens doivent mener au sortir de la pénitence du Carême, vie qui nous est communiquée par ce divin aliment.
Parents chrétiens, maîtres et maîtresses, vous vous rendez gravement coupables devant Dieu si, par votre négligence, vos enfants ou vos domestiques ne remplissent point le devoir pascal. Que ne dirait-on pas de vous, si l'un d'eux mourait faute de nourriture? Ne crierait-on pas au bourreau, à l'assassin? Eh bien ! n'êtes-vous pas plus coupables encore si, par votre faute, un de vos enfants ou de vos domestiques perd la vie divine? Entendez-vous l'Apôtre qui vous dit : « Celui qui n'a pas soin des siens, surtout de ceux de sa maison, a renié la foi, et il est pire qu'un infidèle, »
Où doit se faire la communion pascale? Dans la propre paroisse, qui forme une famille de la grande société qu'on appelle l'Eglise. L'agneau pascal, figure de l'Eucharistie, ne devait-il pas être mangé en famille? Ne devez-vous pas réparer les scandales que vous avez donnés et édifier vos frères par une conduite tout cà fait chrétienne? En communiant dans votre paroisse, vous les encouragez à vaincre le respect humain et à marcher sur vos traces. Puis enfin n'est-ce pas au pasteur de paître son troupeau et de nourrir ses ouailles? Vous n'auriez pas satisfait au précepte de l'Eglise si, au temps pascal, vous communiiez, sans la permission de votre pas-
leur, dans une chapelle ou une autre église que votre église paroissiale.
Souvenez- vous, mes frères, que la pâque, la sainte victime d'où devait sortir le sang de la délivrance, devait, comme beaucoup d'autres victimes de l'ancienne alliance, non seulement être immolée, mais encore mangée, et que Jésus-Christ voulut se donner ce caractère de victime, en nous donnant à manger à perpétuité ce même corps qui devait être une seule fois offert pour nous à la mort ; aussi disail-il : « J'ai désiré avec ardeur de manger avec vous cette pâque avant de souffrir. » Comme s'il eût dit : J'ai désiré d'être moi-même votre pâque, l'agneau immolé pour vous, la victime de votre délivrance. Vous sortirez de l'Egypte, et vous serez libres aussitôt après que mon sang aura été versé pour vous ; il ne vous restera plus qu'à manger, à l'exemple de l'ancien peuple, la victime d'où il est sorti.
Comprenez donc, mes frères, de quelle ardeur le Fils de Dieu a été animé pour s'unir à nous. II descend du ciel, vient au monde dans une étable, se fait le frère et le compagnon de l'homme icibas. Il travaille comme le plus pauvre des ouvriers; il endure toutes les privations de la pauvreté; il jeûne dans le désert, il parcourt les provinces pour prêcher sa doctrine ; il sue une sueur de sang au jardin des Oliviers ; un de ses apôtres le trahit, un autre le renie, tous l'abandonnent ; on l'insulte, on l'outrage de toutes manières; on lui crache au visage, on lui donne des soufflets, on le bat cruelle-
ment de verges, on lui enfonce sur la tète une couronne d'épines. IS'est-il pas devenu, comme l'avait prédit le prophète, l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple, l'homme de douleurs et le dernier des hommes? Enfin on le crucifie entre deux scélérats. Est-ce assez souiîVir de la part d'un Dieu qui était infiniment heureux sans nous, qui n'avait nullement besoin de nous ? Et pourquoi ces humiliations, ces mépris, ces tortures, ces soutTrances? Pour devenir notre victime. Or, manger les chairs de l'agneau était aux Israélites un gage sacré qu'il avait été immolé pour eux, et la manducation de la victime était une manière d'y participer. Mais Jésus est notre victime et notre pâque, il faut qu'il ait ces deux caractères : l'un d'être immolé pour nous sur la croix, l'autre d'être mangé à la sainte table comme la victime de notre salut. Et vous, mes frères, vous fuyez la table sainte, vous vous montrez indifférents à celte infinie charité d'un Dieu! Et vous vous croiriez innocents! >e save^vous pas que la plus grande insulte que vous puissiez faire à quelqu'un, c'est de mépriser ses bienfaits ? Quoi donc! le Fils de Dieu veut s'unir à vous, devenir comme une même chose avec vous, vous communiquer sa divinité elle-même, et vous n'en avez nul souci, et vous lui tournez le dos comme pour lui dire : Je n'ai que faire de tes bienfaits et de tes dons !
Ah! mes frères, entrez dans les sentiments du Sauveur Jésus. S'il a désiré avec tant d'ardeur célébrer celte pâque avec vous, ayez le même désir
de faire la pâque avec lui. Jésus a faim pour vous de cette viande céleste; il désire d'être mangé, et par ce moyen d'être en tout point votre victime. Ayez la même ardeur de participer à son sacrifice, en mangeant ce divin corps immolé pour nous.
Qu'il n'y ait donc plus rien d'humain en nous. Revêtons-nous de notre Seigneur Jésus-Christ, de sa bonté, de sa douceur, de son humilité, de sa patience, de son zèle, de son immense charité. Ne respirons que le ciel, où Jésus-Christ est à la droite de son Père ; qu'il n'y ait plus que notre corps qui soit sur la terre. Soyons affamés de Jésus, de son royaume, de sa justice, car il est affamé de nous. Il désire d'un grand désir de manger avec nous cette pâque, de nous unira lui, d'agir sans cesse sur nous et en nous par son esprit, pour nous rendre de plus en plus conformes à lui, jusqu'à ce que, nous pénétrant de sa propre divinité, nous lui soyons tout à fait semblables, en le voyant face à face et tel qu'il est en lui-même ; c'est là cette pâque qu'il accomplira dans le royaume des cieux, à laquelle assisteront ceux qui auront participé à la pâque que l'Eglise célèbre sur la terre.
La sainte communion est l'action la plus sainte et la plus auguste de la religion. Elle est l'abrégé de tous les mystères, l'accomplissement de toutes les ligures, la plus étonnante de toutes les merveilles ; elle résume et complète toutes les alliances de Dieu avec l'humanité. Elle divinise l'homme sans lui inspirer de l'orgueil ; elle l'élève au-dessus de tout ce qui est créé, et lui inspire en même
temps la plus tendre charité pour tout ce qui est faible et souffrant.
0 mystère de charité qui étonne les cieux et les pénètre de reconnaissance et d'amour 1 ô ineffable et réelle union qui fait du chrétien un membre de Jésus-Christ, un autre Jésus-Christ! 0 mon Dieu, vous divinisez tout mon être; qu'il n'y ait donc en moi plus rien d'humain, etqu'après vos célestes et chastes embrassements, mes lèvres et ma langue, mon esprit et mon cœur restent imprégnés de votre charité divine; que je ne respire que du côté du ciel, que ce soit vous qui viviez en moi, et que tout en moi vous soit consacré en échange de tout ce que vous me donnez vous-même, ô mon Dieu, dans votre sacrement, gage d'une immortalité bienheureuse. Amen. (P. Huguet.)