INSTITUTION DE LA FÊTE DU SAINT-SACREMENT
Dès les premiers temps du christianisme. Ton u fuit la fêle du Très-Sainl-Sacreraent en même temps que celle de la passion et de la résurrection du Sauveur. Mais un si grand mystère semblait demander une fêle parlicullère ; et cependant ce ne fut que vers 1208 qu'une fille de seize ans eut quelques révélations qui servirent de fondement à son institution. Grêlait la bienheureuse Julienne du Mont-Curnillon, religieuse hospitalière aux portes de la ville de Liège. Comme la dévotion extraordinaire qu'elle avait pour l'Eucharistie la faisait méditer sans cesse sur ce mystère, elle vit en songe la lune dans son plein qui avait une brèche; ce qui se représenta toutes les fois qu'elle se mettait en oraison. Ce ne fut qu'au bout de deux ans qu'elle comprit que la lune était l'Eglise,
et que la brèche marquait le défaut de la fête du Saint-Sacrement qui manquait dans l'Eglise. Elle se sentit pressée de solliciter auprès de ses ministres ce qu'elle croyait que l'esprit do Dieu lui suggérait touchant l'inslilulion d'une fête annuelle ; mais elle fut encore près de vingt ans dans le silence, tâchant de suppléer par le redoublement de sa dévotion envers le corps et le sang de Jésus-Christ à ce que l'Eglise n'avait pas encore fait.
En 1230, elle fut élue prieure de la maison du Mont-Cornillon, et se sentit plus hardie de se déclarer à ce sujet. Elle lit connaître son projet à Jean, chanoine de Saint-Martin de Liège, alors en grande réputation de sainteté, et lui persuada de communiquer la chose aux théologiens et aux pasteurs. Le chanoine se chargea de la commission et l'exécuta avec beaucoup de zèle ; il persuada un grand nombre d'ecclésiastiques, et entre autres trois professeurs des Dominicains de Liège : le frère Hugues, qui fut depuis cardinal; l'archidiacre de l'église de Liège, nommé Jacques Pantaléon de Troyes, qui fut évèque de Verdun, et enfin pape sous le nom d'Urbain IV. La bienheureuse Julienne fit composer un office du Saint-Sacrenient, dont elle donna l'idée et le plan, et le fit approuver des principaux tliéologiens du pays.
Toute l'affaire étant ainsi conduite, l'évêque de Liège, Robert, déclara dans son synode, en 12-46, l'établissement d'une fête particulière du Saint-Sacrement, dont il ordonna la célébration publique et solennelle dans tout son diocèse. 11 était sur le point de publier un mandement à cet clîet, lorsqu'il fut surpris par la mort après avoir fait célébrer le nouvel oflice en sa présence. Les chanoines de Saint-Martin furent les premiers qui la solennisèrent dans la ville de Liège. Cependant la mort de l'évêque et les persécutions suscitées à la bienheureuse Julienne, qui fut obligée de quitter la ville pour fuir ses adversaires, et qui mourut hors de son pays en 1238, traversèrent la célébration de la nouvelle fête partout ailleurs.
Un an ou deux après la mort de la bienheureuse Julienne, une recluse de la ville de Liège, nommée Eve, qui avait été sa confidente, et qui avait eu beaucoup de part à ses révéla-
tions, sollicita fortement l'évêque Henri, successeur de Robert, de s'employer auprès du pape pour faire établir par toute l'Eglise la fête du Saint-Sacrement comme elle se faisait à Saint-Martin de Liège. L'élévation d'Urbain IV au souverain pontificat fut regardée comme une conjoncture très-favorable à cette entreprise, parce qu'il avait approuvé le projet de la bienheureuse Julienne lorsqu'il était archidiacre de l'église de Liège. On ne fut point trompé dans ce qu'on s'était promis de ses bonnes dispositions ; mais quoiqu'il eût accueilli favorablement la proposition de l'évêque de Liège, ses occupations pressantes lui eussent peut-être fait différer et remettre l'affaire à ses successeurs, s'il n'y eût été déterminé, disait-on, par un prodige.
Quoi qu'il en soit, Urbain IV institua la fête du Saint-Sacrement, et ordonna qu'elle serait célébrée avec toutes les solennités de celles de premier ordre par toute la terre; il lui assigna le jeudi d'après l'octave de la Pentecôte, parce que c'était le premier jeudi qui fût libre après le temps pascal, et qu'il était à propos de ne point lui donner d'autre jour de la semaine que celui auquel Jésus-Christ avait institué l'Eucharistie. Il témoigne dans sa bulle que ce qui l'avait porté à établir cette fête était le désir qu'il avait de confondre la perfidie des hérétiques ; il ne dissimule pas ce qui était arrivé à Liège lorsqu'il était archidiacre de cette église.
Ce pape mourut bientôt après, et personne ne s'intéressa plus à l'exécution de son décret. La fête du Saint-Sacremeni fut donc négligée jusqu'à l'époque du concile général de Vienne assemblé en 1311. Le pape Clément V confirma la bulle d'institution d'Urbain IV ; mais l'accomplissement de toute cette affaire était réservé au pape Jean XXII. On ne commença à célébrer cette fête en France qu'en 1318. Saint Thomas fut chargé par le pape de composer l'office, et c'est sans contredit un des plus beaux de l'Eglise.
XXr INSTRUCTION.
Da saiot Viatique.
Ambulavit in fortitudine cibi illius, quadrri' ginla diebus et quadraginla noctibus usqun ad monlcm Dei.
ForliGé par cette nourriture, il marcb.i quarante jours et quarante nuits jusqu'à lu montagne de Dieu.
(IIIRbcxix, 8.)
Le prophète Elle, persécuté, errant dans le désert, était sur le point de périr, faute de nourriture. S'étant assis pour se reposer, il s'endormit; mais un ange du Seigneur parut, le réveilla et lui dit de manger du pain qu'il avait placé devant lui. Le prophète mangea, et, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu.
Or, ce pain donné par un ange au prophète est la figure de l'Eucharistie appelée par les Pères Viatique, parce que c'est un pain céleste qui doit nous soutenir dans le voyage que nous faisons du temps à l'éternité, nourrir notre âme et la fortifier pour qu'elle arrive à la montagne de Dieu.
Voici le précepte ; veuillez, je vous prie, ne jamais l'oublier : tout chrétien qui se trouve en danger de mort, quand même il aurait communié dans
l'année plusieurs fois, est obligé de recevoir le saint Viatique, s'il le peut, sous peine de faute grave.
Et certes, mes frères, si les premiers chrétiens, dans les temps de persécution, se faisaient un devoir de puiser dans l'Eucharistie la force et le courage dont ils avaient besoin pour souffrir des tourments inouïs, s'élever au-dessus des faiblesses de la nature et confesser hardiment le nom de Jésus- Christ, cette obligation n'est-elle pas plus étroite encore au moment de la mort, où les attaques des ennemis de notre salut sont plus violentes , les tentations plus fortes et le danger de se perdre plus imminent?
L'Eglise a toujours été si convaincue de cette obligation qu'il n'est pas de précaution qu'elle n'ait prise pour empêcher que ses enfants ne meurent sans être munis de ce sacrement comme d'une arme puissante et victorieuse. Dans les premiers siècles, elle l'envoyait à ceux qui n'avaient pu assister à la 3Iesse ; elle le confiait aux chrétiens pour le conserver dans leurs maisons ou le porter avec eux en voyage ; elle dispense les malades de la loi du jeûne ; elle ordonne à ses ministres de leur porter le saint Viatique, quelles que soient la difficulté des chemins et la distance des lieux ; elle veut qu'en temps de peste ils demeurent à leur poste, même au péril de leur vie, de peur que quelqu'un ne meure sans être fortifié par ce pain céleste.
Parents chrétiens, sachez donc que c'est un devoir pour vous de procurer le saint Viatique à vos enfants parvenus à l'âge de raison, s'ils se trouvent
en danger de mort. Quand même ils n'auraient pas encore fait leur première communion, ils n'en sont pas moins tenus de recevoir le sacrement d'Extrême-Onction et le saint Viatique. Savez-vous qu'un enfant de quatre ou cinq ans peut commettra un péché mortel? Et quand même ils seraient innocents, ignorez-vous que la réception de ces deux sacrements augmentera en eux la grâce sanclifianlc et leur procurera une plus grande gloire dans le ciel? Vous n'épargnez ni peines, ni soucis, ni travaux , quand il s'agit d'acquérir la fortune et d'enrichir vos enfants pour la terre ; mais s'il s'agit de leur ouvrir la porte du ciel, qui leur est fermée, ou d'augmenter leur bonheur et leur gloire pour l'éternité, vous ne daignez pas seulement faire un pas. Assez souvent nous avons la douleur d'apprendre qu'un enfant de huit, neuf ou dix ans est mort sans qu'on nous ait appelés. Quel malheur I quelle effrayante responsabilité pour les parents, qui seront peut-être la cause volontaire et coupable de la perte éternelle de leur enfant I
Remarquez, mes frères, que l'Eglise ne dit pas que tout chrétien parvenu à l'âge de raison, cl qui est dangereusement malade, est tenu de communier; mais elle dit tout chrétien qui court quelque danger pour sa vie. Ainsi une mère de famille, immédiatement avant la naissance d'un enfant, surtout lorsqu'elle sait que c'est pour elle un moment critique et périlleux, ne manque jamais de se réconcilier avec Dieu et de recevoir la sainte communion. C'est aussi un devoir pour tout soldat.
avant de se présenter au combat, et pour toute personne qui doit subir une opération dangereuse, comme l'amputation d'un bras ou d'un autre membre.
Saint Lucien, martyr, l'un des plus illustres témoins de Jésus-Christ, demeura quatorze jours dans la prison, couché sur un monceau de tuiles cassées, le corps déchiré de plaies, épuisé de forces, languissant de faim et de soif, sans pouvoir mourir, quoiqu'il ne prit aucune nourriture pendant tout ce temps ; mais sitôt qu'il eut reçu le saint Viatique, il expira doucement. Voyez donc quel soin le Fils de Dieu prend de ses fidèles serviteurs, et comme il fait des prodiges pour ne pas les priver de cette céleste nourriture.
C'est la fin qui couronne l'œuvre. Une sainte mort conduit à la béatitude et met en possession du ciel. Aussi est-elle désirée par tout le monde, par les rois et par leurs sujets, par les savants et par les ignorants ; tous les chrétiens la regardent comme l'objet de leurs désirs, mais il n'y a que les prédestinés qui obtiennent cette grâce. C'est le privilège des saints, la récompense de la vertu et le fruit de la divine Eucharistie.
N'est-ce point parla que le Fils de Dieu a terminé le cours de son voyage? Pourquoi a-t-il été pèlerin sur la terre? Pour arriver, par le moyen de la communion, au centre de notre cœur, où il aspirait avec autant d'ardeur que les voyageurs pour retourner dans leur patrie. Il établit ce saint banquet la veille de sa mort, comme le dernier effort de son
amour ; il veut se communier le premier pour inviter ses disciples à la participation de ce mystère, et pour goûter lui-même la douceur de ce mets divin avant de boire le calice amer de sa mort. C'est parla communion que les martyrs se sont disposés au dernier combat. Ils ne croyaient pas être bien préparés au martyre s'ils n'étaient revêtus de ces armes spirituelles et tout couverts du sang de Jésus-Christ.
Quel est donc le chrétien assez aveugle pour ne pas voir que ce témoignage d'amour que nous donne Jésus-Christ au moment de la mort est d'autant plus précieux qu'il le donne dans un moment où nous avons le plus besoin d'amis et où nous en trouvons si peu? Hélas ! combien il y a peu d'amitiés qui viennent du ciel, et combien peu y retournent 1 Considérez l'homme à ses derniers moments : s'il est pauvre, il meurt abandonné ; personne ne se trouve auprès de lui, ni ses parents ni ses amis, parce que ni les uns ni les autres n'espèrent rien. Au lieu de regretter sa mort, ils s'en réjouissent. Ne sont-ils pas déchargés, les uns d'un fardeau, et les autres d'un déshonneur? S'il est riche, ses héritiers l'obsèdent et s'attachent à son lit, comme ces troupes d'oiseaux voraccs quand ils sentent Todeur de leur proie. Cliacun pense à s'enrichir de ses dépouilles et à profiter de ses débris, mais personne ne songe à sauver son âme ; chacun lui parle de son testament, et personne ne l'avertit de mettre ordre à sa conscience; chacun veut avoir une large part à sa succession, et personne ne se met en peine
s'il aura lui-même le ciel pour partage. Il n'y a que le Fils de Dieu, dont l'amour est plus fort que la mort et plus durable que le temps, qui ne peut oublier ceux qui l'ont fidèlement servi.
Au lieu de les abandonner dans ce moment critique, il les oblige à le recevoir ; loin de vouloir leur refuser son assistance, il a peur qu'ils ne la rejettent. Il se met dans un état oij les riches et les pauvres peuvent également le posséder, et il s'attache si étroitement à tous que la mort même ne peut l'en séparer. Est-ce l'intérêt qui le porte à se tenir près de leur personne? Est-ce l'espérance qui l'attire? Mais, loin de s'emparer de leurs biens, il veut leur communiquer ceux du ciel. Il est vrai que son Père l'a constitué son héritier universel, et qu'en cette qualité nos âmes lui appartiennent comme son propre héritage, dont la perte lui est très-sensible; mais s'il en est jaloux, s'il vient avec tant de soin recueillir cette succession, le seul avantage qu'il en retire, c'est de nous soutenir dans ce dernier combat en nous donnant l'Eucharistie comme un souverain remède contre tous les périls de la mort ; c'est d'être notre force et notre consolation à l'heure de notre trépas.
La mort est un voyage pour l'éternité ; mais n'estce pas une grande consolation de trouver un ami fidèle qui nous accompagne dans un chemin si difficile, si inconnu, si dangereux et assiégé de tant d'ennemis invisibles? Qui sait mieux le chemin du ciel que celui qui l'a fait et l'a tracé de son sang? Qui peut nous conduire avec plus de sûrelé que
celui qui nous accompagne jusque dans le ciel? Tobie fut très-heureux d'avoir un ange pour l'accompagner dans son voyage, et nous, nous avons le Roi des anges pour notre guide. Avant de mourir, il se donne à ses disciples, comme pour leur dire : Je sais que cette nuit vous m'abandonnerez tous, mais je ne veux pas vous abandonner, ni perdre l'amour que j'ai pour vous; je veux m'unir si étroitement à vous et pénétrer si avant dans votre cœur que rien ne puisse m'en arracher. Vous aurez beau fuir, je demeurerai avec vous ; je vous forcerai de porter dans vos entrailles celui-là même dont vous penserez vous séparer. C'est ainsi qu'il se donne à Tâme pour la conduire au ciel. Qu'aurezvous à craindre? Ce doux Sauveur marche devant vous, les mains remplies de biens pour récompenser vos travaux ; il est à vos côtés, le visage tout rayonnant de lumière pour vous montrer le chemin ; il marche après vous et vous tend les bras pour vous secourir. Suivez-Ic, et vous ne pouvez vous égarer; tenez-vous près de lui, et rien ne peut vous manquer; appuyez-vous sur lui, et vous pouvez tout avec lui.
Si la présence du Fils de Dieu a tant de force contre les frayeurs de la mort, son exemple n'en a pas moins ; car il faut avouer que ce n'est pas une légère consolation que de mourir avec le Fils de Dieu et de rendre l'âme au pied de la croix. S'il faut mourir, quelle mort peut cire plus honorable ou plus douce que de mourir en compagnie d'un Dieu? Ouand Jésus rend le dernier soupir sur la croix, les
créatures insensibles semblent rentrer dans le néant; le soleil s'obscurcit, les pierres se fendent, la terre tremble : on dirait que l'univers veut descendre avec Jésus dans son tombeau. Mais un chrétien aurait-il moins de sentiment qu'un rocher, et voyant mourir son Sauveur pour l'amour de lui, peut-il encore conserver de l'amour pour cette vie?
Or, qu'est-ce que l'Eucharistie, sinon Jésus dans un état permanent de mort et de sacrifice de luimême? Son dessein est de vous consoler par son exemple. Si la mort éteint vos sens, l'amour a mis Jésus dans une disposition où il ne peut faire usage des siens; si la mort jette votre corps dans le tombeau, l'amour enferme celui de Jésus dans vos poitrines; si la mort fait de votre corps la proie des vers, l'amour fait de sa chair et de son sang la nourriture des hommes, qui sont devant lui moins que des vers. Non, certes, la mort n'a rien de redoutable pour celui qui est vivement touché de l'excès d'amour dont Jésus nous a laissé un gage si précieux en se donnant à nous aux approches de la mort, afin de mourir en quelque sorte avec nous et d'essuyer l'amertume de notre mort avec l'amertume de la sienne.
Jésus meurt sur la croix, mais en mourant il ôte le poison à la mort, et l'affaiblit tellement qu'elle n'est plus à craindre, non plus qu'un ennemi vaincu. Depuis que la croix a été plantée sur le Calvaire, la mort n'est plus qu'un sommeil ; auparavant elle était terrible, mais maintenant les saints s'en jouent, les gens de bien en triomphent, les pécheurs même
trouvent assez de force pour la vaincre avec les ar^ mes de la pénitence. Or, la divine Eucharistie est un sacrement de force qui nous arme contre la mort. Les anciens donnaient aux criminels condamnés à mort un breuvage de myrrhe et de vin, soit pour leur ôler la crainte de la mort, soit pour les rendre plus vigoureux dans les peines qu'ils allaient souffrir. Nous sommes tous des criminels condamnés à mort en punition de nos péchés. Que fait le Fils de Dieu? Il mêle dans le divin sacrement le vin avec la myrrhe, son sang avec l'amertume de ses douleurs, et il nous fortifie ainsi le cœur contre les douleurs de la mort; il surprend nos sens d'une sainte ivresse et d'un sommeil agréable qui les jettent dans l'oubli de toutes les créatures.
Craignez-vous de perdre vos biens temporels? Mais l'effet propre de l'Eucharistie est d'augmenter la charité. Or, qui aime Dieu avec ardeur se détache volontiers de toutes choses. Le feu de la charité est étranger sur la terre; il s'élève sans cesse vers le ciel où il aspire. Craignez-vous la perte des plaisirs, des honneurs, des richesses? Mais tout cela ne touche plus celui qui aime Dieu; il les quitte avec joie, et c'est son triomphe. Adieu, monde, adieu, dit-il; je vous quitte de bon cœur pour aller jouir de mon Dieu. Craignez-vous les douleurs qui accompagnent la mort? Mais qui a donné la force et le courage aux martyrs pour supporter les tourments et mourir avec constance, sinon le sang de Jésus-Christ, dont ils étaient tellement enivrés qu'ils paraissaient comme insensibles?On les étendait sur
le chevalet, on les déchirait avec des peignes de fer, on leur appliquait des torches ardentes, et on aurait dit qu'ils ne sentaient rien. Ne vous en étonnez pas : ils avaient pris la coupe qui les avait enivrés. C'est saint Jean jeté dans l'huile bouillante, et qui en sort plus fort et plus vigoureux qu'il n'y était entré ; c'est saint André qui embrasse sa croix, en fait la chaire de l'Evangile et le théâtre de sa constance ; c'est saint Laurent qui bénit Dieu sur son gril ardent ; ce sont des millions de martyrs qui lassent la cruauté des bourreaux par la fermeté de leur courage. Qui leur inspire cette générosité invincible aux plus cruels supplices, sinon ce vin mystérieux qui fait les martyrs et les héros chrétiens?
Craignez-vous le jugement de Dieu? Les plus justes ne sont pas sans quelque frayeur. Cependant considérez l'excès de sa miséricorde : il prévient 8on jugement par un sacrement d'amour; au lieu même où il doit examiner vos comptes, il pense à votre décharge et vous en fournit les moyens. Avant d'être votre juge, il veut être votre avocat; il s'enferme dans votre sein, afin qu'il soit lui-même comme banni du ciel, si la colère de son Père voulait vous en exclure. Thémistocle, fuyant la fureur du peuple d'Athènes qui avait conjuré sa mort, fut obligé de chercher un asile dans la cour du roi de Perse, qui était son ennemi, et de se jeter aux pieds de la reine pour implorer sa clémence. Cette princesse, d'un naturel fort doux, le voyant prosterné, en eut pitié ; elle le relève, lui met son fils entre les mains et lui dit de se présenter ainsi au
roi, l'assurant qu'il obtiendrait sa grâce. Le roi, en effet, raccueillit favorablemeut. Eli bien ! mon frère, un jour viendra qu'il vous faudra quitter ce monde, et, vous voyant abandonne de tous, vous crierez à Dieu miséricorde. Mais si vous l'avez rendu votre ennemi par les désordres de votre vie, que ferezvous? Votre perte n'est-elle pas sans ressource? INon , certes; il vous reste encore un moyen de le fléchir. Adressez-vous à la Reine du ciel ; demandez-lui humblement qu'elle vous donne son Fils, et, le recevant avec un profond respect dans l'Eucharistie, conjurez le Père éternel, par les plaies que l'amour lui a fait soufl'rir, de recevoir votre pauvre âme et de répandre sur vous les rayons de sa bonté. Est-il possible qu'il vous repousse? Quand sa juste indignation aurait changé son cœur en diamant, le sang de cet Agneau n'estil pas capable de l'amollir?
Le souvenir de vos péchés peut sans doute troubler la paix de votre âme. Mais si la voix de votre conscience s'élève contre vous, celle de Jésus-Christ parlera pour vous; si vos péchés demandent justice, son sang demandera votre grâce. Si dans ce moment redoutable vous êtes touché de repentir de tous vos péchés, et si vous les effacez par le sacrement de Pénitence avant de recevoir le Viatique, ne craignez rien, la grâce de Dieu donnera ie repos et môme la joie à votre âme. Mais prenez garde ; ne remettez pas votre réconciliation avec Dieu de jour en jour : si vous négligez le moment présent, demain il sera peut-être trop tard, llâtez-vous donc de guérir les plaies de votre cœur, afin que,
si les remèdes corporels sont inutiles, vous attendiez la mort sans vous troubler. Les sacrements ne hâteront point la mort du corps, mais ils la mettront en assurance. Alors vous vous direz à vous-même: S'il faut quitter les biens de ce monde, Dieu n'avait fait que me les prêter; il faut les lui rendre quand il me les répète. Je laisse une famille affligée et des enfants orphelins ; mais ils sont plus à Dieu qu'à moi , et, s'il veut en prendre soin, ils n'ont plus besoin de moi. Il faut mourir, mais je savais bien que j'étais mortel; il faut répondre à Celui qui m'appelle : c'est mon Maitre et mon Père, je m'abandonne à sa miséricorde.
Mais si vous voulez que Jésus-Christ vous soit favorable à ce moment, ne laissez passer aucun jour sans lui rendre quelque hommage ou quelque témoignage de votre cœur. Assistez souvent au saint sacrifice de la Messe, ou, si vous ne le pouvez, visitez-le dans le sacrement de son amour, ou du moins tournez-vous fréquemment vers le tabernacle, envoyez-lui vos vœux et vos prières, témoignez-lui le regret d'être privé de son aimable présence. Si on le porte dans les rues, servez-lui de cortège d'honneur; en un mot, ne négligez aucune occasion de l'honorer. Communiez souvent, et faites-le chaque fois avec autant de ferveur que si la communion que vous faites était la dernière de votre vie. Me le promettez-vous? Etes-vous déterminé à n'y manquer jamais ? Soyez assuré que le divin Sauveur, qui a promis de demeurer avec nous jusqu'à la consommation des siècles, ne vous abandonnera ni à la
vie ni à la mort. Mais si vous méprisez cette recommandation, vous courez grand risque de vous perdre, parce que Dieu se vengera de vos mépris et vous laissera dans l'insensibilité pour votre salut. Ah ! Seigneur, ne le permettez pas; détournez de nous un si grand malheur; soyez notre défense, notre salut, notre béatitude, notre vie pour toute l'éternité. Amen.
SàINTB julienne FALCONIERI. — DÉVOOEMENT D'UN PRÊTRE DANS LES JOURS DE LA TERREUR.
Elle était nièce du bienheureux Alexis Falconieri, un des sept heureux marchands qui fondèrent avec saint Philippe Beniti Tordre des Servites. Son père s'appelait Carissime Falconieri et élait un des plus riches banquiers de Florence. Gomme le bienheureux Alexis, il avait tant de dévotion envers la sainte Vierge, qu'il fit bâtir en son honneur Téglise de l'Annonciade, qui appartient encore aux Servites. La trèssainte Vierge récompensa la piété de son serviteur, et elle lui donna une fille, qui fut sainte Julienne Falconieri, encore que sa femme et lui fussent déjà avancés en ûge. Les premiers mots que prononça la sainte enfant furent ceux de Jésus et de Marie. Elle montra tout d'abord les hautes destinées où Dieu Tappelait, par son amour de la prière et de la retraite, par le bonheur avec lequel elle chantait les louanges de la très-sainte Vierge. Son père étant mort, le bienheureux Alexis prit soin d'elle et la conduisit rapidement dans les voies de la sainteté. Sa mère cependant eût voulu qu'elle s'établit dans le monde et qu'elle en suivît mieux les usages; mais la sainte ne répondait jamais à ces projets d'établissement que par ces paroles : « Quand il en sera temps, la trèssainte Vierge y pourvoira. » En effet, cette bonne Mère lui inspira le désir de se consacrer à son divin Fils. Dès l'âge de
Feize ans, elle entra dans le tiers-ordre des Servîtes et en reçut l'habit des mains de saint Philippe Benili. Elle lit profession en 1285. Elle demeurait encore chez sa mère, mais elle y pratiquait de très-grandes austérités. Le mercredi et le vendredi, elle passait tout le jour en prières et en méditations, sans prendre aucune autre nourriture que la sainte communion. Elle jeiànait le samedi au pain et à l'eau pour honorer les douleurs de la très-sainte Vierge. Elle portait le cilice, se flagellait cruellement, et avait ses reins ceints d'une chaîne de fer qui était entrée jusque dans ses chairs. Toute riche qu'était sa famille, elle ne voulait vivre que du travail do ses mains, comme ses sœurs du tiers-ordre. Quand elle eut perdu sa mère, elle entra au couvent, dont elle devint supérieure en 1316, ainsi que saint Philippe Benili le lui avait prédit. Elle acheva d'affermir cette congrégation naissante et mérita d'en être appelée la fondatrice. Sa vie était plus angélique qu'humaine. Comme ces longues et continuelles austérités ne lui permirent pas de recevoir le saint Viatique, elle demanda qu'on voulût bien lui apporter l'hostie consacrée, afin qu'elle piît la voir et l'adorer. On y consentit ; mais au moment où le prêtre tenait l'hostie à sa main, l'hostie elle-même disparut et pénétra miraculeusement dans sa poitrine, où elle laissa une empreinte ineffaçable. Elle mourut le 19 juin 1.340. Pendant la Révolution française, la femme d'un gendarme tomba dangereusement malade et désira vivement recevoir les sacrements avant de mourir. Elle en parla à son mari; mais celui-ci furieux jura que si un prêtre entrait chez lui, il ne manquerait pas de l'arrêter et de Fenvoyer'à l'échafaud. Cependant on fit connaître à un prêtre zélé la situation critique de cette pauvre femme. Ce généreux ecclésiastique s'habilla comme un mendiant, se présenta à la porte du gendarme et lui demanda l'aumône; elle lui fut accordée. Il pria le maître de vouloir bien le laisser entrer pour se chauffer un peu, car il faisait un froid très-rigoureux, et il lui dit d'entrer; mais le gendarme continua à rester sur sa porte, précisément pour empêcher qu'aucun prêtre n'eût l'audace de s'introduire chez lui. Le pauvre mendiant resta
un quart d'Iieure à peu près et sortit en témoignant au gendarme une vive et sincère reconnaissance. Le soir étant arrivé, la malade dit à son mari qu'il n'avait pas bien gardé la porte, puisqu'un prêtre était venu, qu'elle s'était confessée et avait reçu le saint Viatique. Cet homme demeura interdit, puis il. se dit : « Il n'y a qu'une religion divine qui puisse inspirer un pareil dévouement à ses ministres. » Dès ce jour, il fut un fervent catholique.
XXir INSTRUCTION.
Uispositîous pour eoniiuuiiier.
Probet atttem seipstim homo ; et sic de pane illo edat et de calice bibal.
Que l'homine s'éprouve lui-même, et puis qu'il mange de ce pain et qu'il boive du calice.
(I Cou., 11,28.)
Une des choses les plus étonnantes qui soient au monde, et que nous voyons dans l'Eglise de Jésus-Christ, c'est qu'un grand nombre de chrétiens reçoivent souvent Jésus-Christ dans le sacrement de l'Eucharistie sans qu'il produise les effets merveilleux qu'on doit en attendre. D'où cela vient-il? Serait-ce du sacrement lui-môme ? Mais est-ce que le feu n'échauffe pas ? Est-ce que la lumière n'éclaire pas? Est-ce que l'abondance n'enrichit pas? Est-ce que la force ne fortifie pas? Est-ce que la perfection ne perfectionne pas? Pouvons-nous croire que Jésus-Christ établisse un sacrement aussi auguste pour produire des effets ordinaires? Chaque jour il ébranle le ciel et la terre, car il bouleverse toutes les lois de la nature pour changer le pain et le vin en son corps et en son sang, et ce ne serait pas pour opérer des merveilles dans nos âmes ?
— 306 ~ Lui-même nous dit que celui qui le mange vit par lui, comme il vit lui-même par son Père, c'est-àdire qu'il le fait vivre d'une vie sainte et divine, qu'il le rend comme un dieu sur la terre. D'où vient donc que ces chrétiens dont je parle sont encore si peu vertueux? C'est qu'ils ne s'approchent pas de ce sacrement avec les dispositions voulues.
Mais quelles sont ces dispositions? Il y en a de deux sortes : les unes regardent le corps et les autres l'âme. Pour communier dignement, il faut d'abord que vous soyez à jeun, c'est-à-dire que vous n'ayez rien pris depuis minuit, soit par manière de nourriture ou de boisson, soit par manière de médecine.
Ce jeûne n'est point de précepte divin, puisque Jésus-Christ a communié ses apôtres après avoir mangé avec eux l'agneau pascal. C'est l'Eglise qui l'a prescrit, et avec raison. Conviendrait-il, en effet, de recevoir Jésus-Christ après avoir pris quelque autre nourriture? Ne serait-ce pas exposer tout ce que la religion a de plus saint Ct de plus auguste à des irrévérences et à des profanations sans nombre? Aussi ce précepte, qui nous vient sûrement des apôtres, oblige-t-il sous peine de faute grave, et l'Eglise n'en dispense que dans des cas trèsrares, par exemple quand il s'agit de recevoir la sainte Eucharistie en Viatique dans une maladie grave et dangereuse.
Vous devez aussi vous présenter à la sainte table avec beaucoup de décence, de propreté et de modestie. Et, en cfict, cette action n'est-elle pas aussi importante qu'une visite que vous faites à un grand
da monde ou à une assemblée respectable? Oseriez-vous vous présenter chez un seigneur ou dans une assemblée avec une tenue négligée? D'où vient donc qu'on vous voit à la table sainte avec des chaussures et des babils dont vous rougiriez dans une visite? Est-ce que Jésus-Christ mérite moins d'honneur et de respect que les grands de la terre?
Filles et femmes chrétiennes, vous n'ignorez pas que souvent vous offensez Dieu par votre vanité et votre immodestie lorsque vous paraissez dans le monde. >"oubliez pas que ce serait un crime de recevoir un Dieu humilié et anéanti pour vous avec des vêtements somptueux ou immodestes. Ne serait-ce pas un spectacle abominable aux yeux des fidèles ? Et savez-vous ce que les pasteurs de l'Eglise ordonnent à l'égard de ces personnes? C'est de leur refuser la communion.
Occupez-vous surtout à préparer votre âme et à la rendre digne de recevoir cet hôte divin. Songez que vous, misérable créature, vil néant, vous allez recevoir votre Dieu, votre Créateur, le souverain Maître de l'univers. Celui qui d'une parole a créé tous les mondes. Celui qui tient entre ses mains vos destinées pour le temps et pour l'éternité ; vous allez le recevoir, non pas dans votre maison, comme Zachée, mais dans votre cœur, dans votre âme ; vous allez former avec lui l'union la plus intime et la plus ineffable, vous identifier avec lui, et devenir une seule et même chose avec lui. Est-ce que vos dispositions pourront jamais être proportionnées à la grandeur d'un pareil bienfait? Ne devez-
vous pas au moins y apporter toute la préparation dont vous êtes capables?
La première et la plus essentielle disposition, c'est l'état de grâce ; car, de même que les aliments sont destinés à conserver la vie du corps, et non pas à la rendre quand on l'a perdue, ainsi l'Eucharistie a été instituée pour entretenir et perfectionner la vie de la grâce, et non pour la recouvrer. Il faut donc avant tout que vous soyez vivant, c'està-dire en état de grâce. Si vous aviez la témérité et l'audace de communier en état de péché mortel, vous commettriez un horrible sacrilège, vous vous rendriez coupable de déicide. Eprouvez-vous donc vous-même, descendez au fond de votre conscience, et si elle vous reproche quelque faute grave, allez vous purifier au tribunal sacré de la pénitence. Ne croyez pas qu'il vous suffise de vous exciter à la contrition parfaite. L'Eglise a déclaré expressément que tout chrétien qui se sent coupable de péché mortel ne soit pas assez audacieux pour s'approcher de la sainte Eucharistie sans se confesser auparavant, quelque grande que soit d'ailleurs la contrition qu'il éprouve, et cette loi regarde les ecclésiastiques aussi bien que les fidèles.
L'état de grâce ne suffît pas pour que vous retiriez de la communion tout le fruit que Dieu luimême désire ; il vous faut encore de vifs sentiments de foi, de confiance, d'amour, de repentir de vos péchés, d'adoration, d'humilité et de désir.
Commencez d'abord par ranimer votre foi et vous bien convaincre que vous allez recevoir le corps,
le sang, l'âme et la divinité de Jésus-Christ, ou Jésus-Christ lui-même tout entier. Vous le croyez sans doute, mais d'une foi faible, vague, chancelante. Le croyez-vous fermement? Le croyez-vous comme saint Louis, aussi vivement que si vous l'aviez vu monter au ciel avec sa forme corporelle? Celui qui vient à vous dans la sainte communion est véritablement notre Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, votre père, votre frère, votre époux, votre protecteur, voire tout. Il vient avec ce corps très-pur, formé par l'opération du Saint- Esprit du sang le plus pur de la créature la plus sainte qui puisse exister, corps souverainement saint et parfait, revêtu de toutes les perfections de la gloire, doué d'une beauté incomparablement supérieure à celle de tous les corps des bienheureux; il vient à vous avec ce corps dont l'attouchement a guéri tant de malades, sous la majesté duquel la mer s'est affermie, qui contient tout le sang précieux qui a été répandu pour la rédemption du genre humain, et dont la moindre goutte est infiniment plus précieuse que tous les mondes possibles. C'est Jésus-Christ qui vient à vous avec sa très-saints âme, la créature la plus excellente et la plus accomplie que Dieu ait jamais faite ; cette âme remplie de toute l'abondance de grâces, de gloire, de science et de vertus, pleine de Dieu lui-même; cette âme du Fils de Dieu, le chef-d'œuvre de tous les ouvrages du Ïout-Puissant, qui renferme plus de merveilles, de beautés et de perfections, et montre avec plus d'éclat la sagesse, la majesté, la puis-
sance, la libéralité et l'amour de Dieu que toutes les créatures ensemble ; en un mot, c'est le Fils de Dieu lui-même qui vient à vous, non pas seulement pour perfectionner votre corps et votre âme, mais pour vous rendre participant de sa divinité, pour vous faire vivre de sa propre vie. Mais avec le Fils de Dieu se trouvent aussi nécessairement le Père et le Saint-Esprit : le Père qui vient en vous pour vous adopter pour son enfant par les mérites de son Fils ; le Saint-Esprit qui vient avec ses grâces et ses dons pour vous en remplir et vous sanctifier.
En venant à vous dans la sainte communion, Jésus-Cbrist veut vous appliquer tous les mérites de sa vie et de sa mort, vous enrichir de ses trésors, sanctifier votre corps et votre âme, les offrir en sacrifice à Dieu son Père comme il a offert lui-même son corps et son âme, vous faire vivre d'une vie vraiment divine. C'est pour cela qu'il vient à vous avec un corps immortel et glorieux, et non avec un corps passible et mortel comme celui qu'il offrit sur la croix, afin de communiquer à votre corps et à votre âme toutes les qualités de son âme et de son corps. 11 vient en vous pour montrer aux hommes et aux anges le désir incompréhensible qu'il a de se communiquer à nous et de nous communiquer toutes ses perfections divines et humaines. Efforcez-vous donc de produire des actes d'une foi très-vive en lui disant : Oui, je crois que je recevrai ce corps plein de lumière et de gloire, ce corps infiniment beau et parfaitement aimable; ces mains
dont l'attouchement salutaire a guéri tant de malades ; ces yeux si doux dont les regards ont converti lant de pécheurs; celte âme très-sainte, la plus grande merveille de Dieu, et qui, après lui, est le plus digne objet de la béatitude; enfin la Divinité, et avec elle la très-sainte Trinité et toutes ses perfections. Oui, je le crois; je crois que toutes ces merveilles sont renfermées dans cet auguste sacrement, et que je recevrai tous ces trésors.
Vous n'ignorez pas, mes frères, que Jésus-Christ déploie sa toute-puissance dans le sacrement de l'Eucharistie; mais puisque c'est pour vous qu'il opère ces miracles extraordinaires, qu'il vient à vous dans toutes les splendeurs de sa majesté et dans tout l'éclat de sa puissance infinie, vous devez aller à lui avec tous les sentiments de Thumilité la plus profonde et du plus grand respect ; c'est ce que vous devez à sa grandeur, et c'est pour cela que la sainte Eglise ordonne aux prêtres et aux fidèles qui doivent communier tant d'adorations et de génuflexions, et qu'elle leur fait répéter trois fois les paroles de l'humble cenlenier : « Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez chez moi. » Rappelez-vous la grande humilité de saint Jean- Baptiste : il fut sanctifié avant sa naissance, il vivait sur la terre comme un ange du ciel, et Jésus- Christ, la vérité même, l'a proclamé le plus grand des prophètes et le plus grand des enfants des hommes ; les Juifs eux-mêmes le prenaient pour le Messie, et lui publiait qu'il n'était pas digne de délier les cordons de ses souliers; et quand notre
Seigneur se présenlc à lui sur les Lords du Jourdain pour être baptise, tout humilié et tout confus, il s'en défend de toutes ses forces, et lui dit : « C'est moi qui dois être baptisé par vous, et vous venez à moi! » Qu'aurait-il fait, ce saint précurseur, à quel état d'abaissement ne se fût-il pas réduit, si notre Seigneur eût voulu, non pas se faire baptiser par lui, mais entrer en lui-même comme il entre en vous? Mais si les anges, ces êtres les plus nobles de l'univers, si sublimes, si purs, si saints et si parfaits, sont comblés surabondamment des trésors de la grâce et delà gloire lorsqu'ils assistent au sacrifice de la Messe et se tiennent devant Jésus-Christ dans des sentiments de respect et d'adoration incompréhensibles à nos esprits ; s'ils se couvrent les yeux et le visage pour montrer qu'ils s'estiment indignes de paraître devant cette souveraine et infinie majesté, quels sentiments n'auraient-ils pas et dans quel abîme d'humilité ne se plongeraient-ils pas, s'ils devaient recevoir en eux le Fils de Dieu? Maintenant donc, que direz-vous? Que penserezvous?Que fcrez-vous?Oseriez-vous vous comparer à saint Jean-Baptiste, aux chérubins et aux séraphins? Oh 1 avec quel respect et quel anéantissement de vous-mêmes devez-vous vous approcher du sacrement de l'Eucharistie et recevoir notre Seigneur ! Souvenez-vous de l'honneur que vous recevez et à quelle table vous êtes appelés; car vous êtes nourris du corps que les anges ne contemplent qu'en tremblant, et qu'ils ne peuvent regarder sans effroi, à cause de l'éclat de sa majesté.
Quel profond respect le peuple d'Israël n'avait-il pas pour l'arche d'alliance, pâle figure de l'Eucharistie? Oza y porte la main pour la soutenir dans un moment de péril, et il est frappé de mort; les Bethsamites osent jeter sur elle d^s regards de curiosité, et ils sont frappés de mort. Le redoutable mystère de la très-sainte Eucharistie ne mérite-t-il pas un honneur infiniment plus grand? N'avonsnous pas lieu de craindre un châtiment plus rigoureux si nous y manquons ? Si personne n'ose recevoir un roi sans lui donner des marques extraordinaires de respect ; quedis-je, un roi? si personne n'ose toucher son vêtement avec des mains souillées, lors même qu'il est seul et sans témoin, comment aurons-nous la hardiesse de recevoir sans respect le corps même d'un Dieu?
Approchez-vous donc, mes frères, du sacrement de l'Eucharistie avec l'humilité la plus profonde, un vif sentiment de votre bassesse et un grand respect. Ecoutez saint Augustin : « Quelle est la table de ce puissant prince dont parle le Sage, sinon cette table mystérieuse où, au lieu de viandes viles et corruptibles, on mange réellement le corps sacré et l'on boit le sang précieux de notre Seigneur qui a donné l'un et l'autre pour notre salut? Qu'est-ce que s'asseoir à cette table, sinon prendre cette viande divine avec humilité? Que veulent dire ces paroles : Considérez la nourriture qui vous est servie, sinon : Pensez sérieusement à la grâce ineffable, à la faveur extraordinaire dont cette majesté infinie vous honore en daignant devenir elle-même
le pain qui vous nourrit? faveur et grâce incomparablement plus grandes que si, par amour pour vous, il créait mille mondes et vous les donnai! pour en disposer selon votre bon plaisir. » (Tract. 84 in Joan.)
Savez-vous comment les saints sont arrivés au sommet de la perfection? C'est en s'approchant de la sainte Eucharistie avec le plus grand respect, rhumilité la plus profonde et les plus vifs senlimenls de leur indignité. Voyez-les au lit de la mort: ils ont perdu toutes leurs forces, ils n'ont plus qu'un signe de vie ; et lorsqu'on leur apporte le saint Viatique, ils s'élancent hors de leur lit, ils vont au-devant de lui, se jettent à genoux et l'adorent avec des corps tout tremblants de respect et des Ames anéanties dans la pensée de leur bas sesse.
^< A cette table sacrée, dit saint Chrysoslôme, le corps de Jésus-Christ n'est plus enveloppé de langes, mais il est tout environné du Saint-Esprit. et qu'est-ce que le Saint-Esprit, sinon l'amour'' C'est pour cela que les pains de proposition, qui ^'^taient la figure de ce pain de vie, devaient être mis tout chauds sur la table d'or devant la majesté divine. L'agneau pascal devait être mangé roli, pour montrer qu'il n'y a rien dans le mystère de l'Eucharistie qui ne soit brûlé du feu d'une charité consommée. » (Hom. de S. Plilogono.)
Mais puisque notre Seigneur vient à vous embrasé de tous ses feux dans le sacrement del'Eucharistie, et qu'il vous montre son amour par lej»
lémoignages les plus forts que la sagesse divine puisse inventer, allez à lui avec toute l'ardeur dont vous êtes capables, et allumez pour le recevoir tout l'amour qui est dans vos cœurs. Est-il rien de plus raisonnable? >'e faut-il pas être frappé de l'aveuglement le plus déplorable pour agir autrement? Si la beauté a un si grand désir de s'unir à la laideuj-, la richesse à la pauvreté, la sagesse à l'ignorance, la puissance à la faiblesse, la souveraine béatitude à la souveraine misère; si Dieu a un si grand désir de s'unir à l'homme, sans que cette union puisse rien ajouter aux perfections de Dieu, avec quelle plus vive ardeur devons-nous désirer nous unir à Dieu? >'ous sommes dévorés par la faim et la soif de la fortune, de la puissance, de la beauté, de la science et du bonheur; ne trouvons-nous pas tous ces grands biens réunis dans l'Eucharistie? Sainte Catherine de Sienne brûlait d'un si grand désir de communier, qu'elle desséchait et qu'elle semblait à chaque instant sur le point de quitter la vie. La faim qui dévorait le cœur de sainte Catherine de Gênes était si ardente et ses désirs si embrasés, que, lorsqu'elle voyait l'hostie entre les mains du prêtre, elle s'écriait avec une incroyable ferveur : << Au plus tôt, au plus tôt, mettez-le au fond de mon cœur, puisque c'est sa nourriture; » et elle était comme hors d'elle-même jusqu'à ce qu'elle l'eût reçu.
De même que notre Seigneur se donne tout entier à vous dans ce divin mystère, qu'il vous donne avec un amour et une libéralité sans bornes
son corps, son âme, sa divinité, tous ses trésors, | ne devez-vous pas, par un amour réciproque, vous donner entièrement à lui, corps et âme, biens et honneurs, sans aucune réserve ? Pour venir à vous, il daigne obéir à la voix d'un homme, s'abaisser et s'anéantir, et vivre d'une vie cachée; il renverse les lois de la nature, il sépare les choses les plus unies, il donne de la force aux choses les plus faibles, il opère enfin une infinité de prodiges; ne devez-vous pas, pour aller à lui, pratiquer des actes héroïques d'obéissance, d'humilité, de recueillement et de mortification, séparer les choses les plus unies, vous séparer de l'attachement à votre honneur, à vos joies, à vos plaisirs, à vous-mêmes? Enfin efforcez -vous d'enflammer votre cœur d'un tendre, sincère et parfait amour. Si un grand monarque, assis à un festin, environné des princes et des seigneurs de sa cour, dans l'attitude du plus profond respect, se souvenait de quelque pauvre mendiant privé de nourriture, et que, touché de compassion, il allât lui porter lui-même les mets les plus délicats qu'on lui a servis, nous regarderions cette action comme un trait éclatant de la plus grande bonté qu'il soit possible de concevoir; et n'y en aurait-il pas qui le regarderaient comme un trait de folie? Que serait-ce donc si le roi nourrissait ce pauvre de sa propre chair? 0 amour incompréhensible et infini de Dieul ce qui ne pourrait pas même venir dans l'esprit d'un roi qui n'est qu'un vase d'argile. Dieu le fait tous les jours; le Créateur des mondes descend du ciel sur la terre, et
se sert lui-même comme nourriture à l'homme pauvre et misérable. Aimez-le donc, mes frères , aimez-le de toutes les puissances de votre âme ; et parce que vos sentiments même les plus parfaits sont loin d'être dignes de lui, oÛ'rez-lui tous les sentiments que son cœur a produits pendant sa vie mortelle et tous les sentiments du cœur de Marie son auguste Mère. Plus vous aurez d'amour pour lui, plus il en aura pour vous, et plus il vous comblera de grâces et de faveurs. Amen.
m"*" le camus.
Le jour qu'une jeune demoiselle de Paris, nommée Le Camus, fit sa première communion, une veuve indigente, qui connaissait sa piété et sa charité, vint lui exposer de la manière la plus attendrissante la situation déplorable où elle était réduite: elle lui peignit avec les couleurs les plus vives la cruelle impossibilité où elle se trouvait de donner du pain à ses enfants qui lui tendaient en vain les bras dans l'espérance d'en obtenir, et profitant de la circonstance qui lui était connue : « Ali ! mademoiselle, s'écria-t-elle, ce dimanche est un si beau jour pour vous; pourriez-vous refuser de nous faire participer à votre bonheur, et seriez-vous moins libérale envers nous que Jésus-Christ ne l''a été à votre égard?» Ces dernières paroles frappèrent vivement l'esprit de M""^ Le Camus ; elle sentit son cœur s'attendrir, et, après quelques moments de réflexion, elle dit à la veuve infortunée : tt Je ne puis rien faire à présent pour vous; mais attendezmoi dans ma chambre; je viendrai bientôt vous rejoindr»-, et peut-être, à mon retour, je serai assez heureuse pour adoucir vos malheurs. » Après avoir dit ces paroles, elle s'empressa d'aller dans l'appartement de son père, qui l'aimait
lendreinentj et se jetant subitement dans ses bras : a 0 mon père, s'écria-t-elle avec le ton le plus sentimental, vous n'avez cessé jusqu'ici de me donner les marques les plus sensibles de votre tendresse ; mais il faut qu'aujourd'hui vous m'en accordiez une encore plus signalée, et c'est à ce nouveau trait de votre bonté que j'attache une partie de mon bonheur. — Que souhaites-tu donc? lui répondit le père en la serrant dans ses bras; explique-toi sans crainte, — Je n'ose vous dire... — Ose tout, mon enfant, et songe que tu parles au meilleur des pères, à un père qui n'a rien à te refuser. Que te faut-il donc? Explique-toi, encore une fois. — 11 me faut... il me faut accorder à l'instant... — Quoi? — Une pension viagère de cent écus sur la dot qui m'attend. — Une pension viagère de cent écus, et cette pension, m'assures-tUj doit contribuer à assurer ton bonheur? Ah! je ne le sacrifierai pas à une si modique somme. Mais qu'est-ce qui l'engage à mêla demander? Rien ne manque ici à tes vœux; tout ce qui est à moi l'appartient, et nos biens ont été jusqu'ici aussi unis que nos cœurs. Pourquoi veux-tu donc commencer à les séparer? — J'ai pour cela une raison que je ne puis pas encore vous dire ; mais elle est si impérieuse que mon cœur ne peut y résister. Ne me refusez donc pas la grâce importante que je vous demande, je vous en conjure par l'amour que vous avez pour moi, par celui que j'aurai toujours pour vous; et si ce doux sentiment ne suffit pas pour vous attendrir, soyez du moins touché des larmes que vous voyez couler de mes yeux. » A ces mots, elle se mit à pleurer. Le père pleura aussi et lui promit en l'embrassant de lui accorder sur-le-champ le don qu'elle souhaitait. Elle n'eut pas plutôt entendu sa promesse, qu'enivrée de joie, elle vola dans la chambre où elle avait laissé la veuve désolée qui était venue implorer sa charité; elle l'amena dans l'appartement de son père, et là, lui sautant au cou, l'embrassant affectueusementetl'arro'^antdeses larmes, elle lui dit avec transport : « J'ai cent écus à moi pour chaque année ; le bon et tendre père que vous avez sous les yeux vienl de me les donner ; ils sont à vous et à vos enfants. » Le père perça alors le
voile du mystère dont elle avait couvert sa demande; li comprit que c'était la charité seule qui la lui avait inspirée, et comme il était lui-même fort charitable, il applaudit avec joie à la bonne action que sa fille venait de faire, lui témoigna la satisfaction qu'il en ressentait, et Texhorta à conserver, pendant toute sa vie, la tendre compassion qu'elle avait montrée ce jour-la pour les malheureux, La veuve infortunée qui en avait été l'objet y fut encore plus sensible; elle ne parlait de M^'^ Le Camus qu'avec un enthousiasme mêlé d'attendrissement ; elle publiait en toute occasion le bienfait extraordinaire qu'elle en avait reçu, et Texemple touchant de sa nouvelle protectrice lui procura bientôt un grand !iombre de nouveaux protecteurs. {Morale en action.)
XXIir INSTRUCTION.
De la fréquente communion,
Dominus rcijii me, et nihil mihi deeril; in loco pascuœ ibi me collocavit.
Le Seigneur est mon pasteur qui me conduit, je ne manquerai de rien; il m'a mis eu de gras pàiuragesî
(PSAL. ZXII,2.)
De tous les merveilleux effets que produit le sacrement de l'Eucharistie et des trésors inestimables dont il est la source, nous devons conclure qu'il doit être l'objet de nos plus chères affections, et que nous devons le recevoir le plus souvent possible. L'Eglise désire vivement que les fidèles communient non seulement spirituellement, mais encore sacramcntellement, toutes les fois qn'ils assistent à la sainte Messe. Il y a sans doule du danger de s'approcher témérairement de la sainte Eucharistie, mais il n'y en a pas moins de s'en éloigner : c'est s'affamer et se faire mourir. Cette viande céleste est le nerf de notre âme, le guide de notre esprit, le fondement de notre confiance, l'aiguillon de notre courage, l'instrument de notre salut, notre lumière et notre vie. Par ce divin mystère, le ciel descend sur la terre : Ouvrez-moi les portes du ciel,
et je vous donnerai la preuve de la vérité de mes paroles. Qu'est-ce que le ciel renferme de plus précieux et de plus riche? Ce ne sont pas les anges, mais le Seigneur des anges. Eh bien ! vous le voyez sur la terre dans l'Eucharistie; non seulement vous le voyez, mais vous le touchez, vous le mangez , vous l'emportez dans votre maison, vous le possédez en vous-même. Pour approcher d'un sacrement qui procure de si précieux avantages à notre âme. il ne faut pas attendre une solennité ; il est toujours fête pour cela, si vous avez le cœur pur. (Chrysost., Hom» 24 in I ad Cor.)
Les premiers chrétiens communiaient tous les jours. Saint Ambroise et saint Augustin y engagent les fidèles. N'est-ce pas pour cela que Jésus-Christ a institué le sacrement de l'Eucharistie sous Ja forme du pain, pour montrer que nous devons nous en nourrir tous les jours, comme nous nous servons du pain tous les jours pour soutenir la vie du corps? Si c'est le pain de tous les jours, pourquoi ne le prenez-vous qu'une fois l'an? dit saint Ambroise. Prenez tous les jours ce qui vous sera tous les jours très-profitable.
Par la communion, vous rendez hommage au Père éternel. Comme il est la source de tous les biens, sa gloire et son désir sont de donner. Or, peut-il nous rien donner de plus grand et de plus précieux que ce que nous recevons dans l'Eucharistie? Tout ce qu'il a donné à son Fils, le Fils nous le donne. Par la communion, nous lui offrons encore ce cher Fils avec tous ses mérites, et nous
pouvons répéter ces paroles du Sauveur quand il eut communié ses apôtres : « Maintenant le Fils de l'homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. » Quoi de plus glorieux au Fils que de s'immoler à la gloire de son Père sur l'autel de notre cœur? Quoi de plus glorieux au Père que d'être honoré par l'oblalion d'une telle victime?
Par la communion, vous rendez hommage au Fils de Dieu ; car ses délices sont d'être avec les enfants des hommes, et n'est-ce pas dans la communion qu'il s'entretient le plus familièrement avec eux? N'est-ce pas sa gloire de faire éclater ainsi la puissance, la sagesse, la bonté, la miséricorde et toutes les perfections infinies de Dieu? Quoi de plus glorieux pour Jésus-Christ que de purifier et sanctifier les pécheurs, de les transformer en des êtres tout divins, d'en faire des dieux?
Vous rendez hommage au Saint-Esprit; car tout ouvrier se plaît à son ouvrage, et nous ne nous lassons point de faire ce que nous faisons avec plaisir. La divine Eucharistie, avec tous les merveilleux effets qu'elle produit dans les âmes, n'est-elle pas le chef-d'œuvre du Saint-Esprit ? N'est-ce pas par son opération que le pain est changé au corps et le vin au sang de Jésus-Christ? Quand nous aimons une chose d'un amour gratuit, nous sommes heureux qu'elle se multiplie sans cesse ; or, l'Esprit saint, qui aime infiniment Jésus-Christ, se plaît à multiplier les communions, parce qu'il désire vivement le faire vivre dans tous les cœurs. Le Saint- Esprit est encore le terme de l'amour du Père et du
Fils, el le principe de l'amour que Dieu répand dans le cœur des anges et des hommes. Or, l'Eucharistie est aussi le terme et le dernier elYort de l'amour de Jésus-Christ et la source de l'amour qu'il communique à tous les chrétiens.
Lorsque nous vous engageons à communier souvent, vous nous répondez : Mais je n'aurais rien à dire en confession ; comme si vous comptiez pour * rien de rendre hommage à Dieu. Ne voyez-vous pas que quand vous possédez Jésus-Christ dans voire cœur, vous pouvez l'offrir avec tous ses mérites à l'Eternel? Ce n'est plus vous qui adorez Dieu, qui le remerciez, qui lui demandez pardon ou qui sollicitez ses grâces, c'est Jésus-Christ qui fait tout cela en vous , et vous rendez ainsi une gloire infinie au Père, au Fils et au Saint-Esprit.
L'Eucharistie est un sacrement si excellent et si auguste que les anges mêmes sont ravis de joie et d'admiration en voyant Dieu converser si familièrement avec les hommes. Ils s'écrient dans leur admiration : Voici le lahernacle de Dieu avec les hommes ; il demeure avec eux, et ils seront son peuple, et il sera leur Dieu. Aussi invitent-ils les fidèles à s'en approcher souvent; ils les encouragent et leur inspirent la dévotion et le respect avec lesquels ils doivent manger ce pain du ciel.
Tous les saints tressaillent de joie. Le souvenir de leur rédemption, la vue de notre salut et l'admiration de la bonté de Dieu leur causent une satisfaction ineffable. Ne savent-ils pas qu'on les invoque aussi dans les divins mystères et qu'on offre le
sacrifice à Dieu pour le remercier des grâces qu'ils ont reçues de sa libéralité?
Mais qui pourrait exprimer la joie de la très-sainte Vierge lorsqu'elle vous voit communier avec ferveur,et vous nourrir de la chair et du sang que son divin Fils a pris de ses chastes entrailles? Que cette pensée toucherait votre cœur, si vous vous disiez : Je vais donner à la très-auguste Mère de Dieu la plus grande joie qu'elle puisse recevoir de moi, en m'unissant à son Fils, en le faisant l'hôte, le roi et le Dieu de mon cœur. Par la communion, vous devenez comme une même chose avec le Fils ; vous êtes donc aussi une même chose avec la Mère. Le sang de Jésus-Christ coule dans vos veines; mais le sang de Jésus-Christ a été formé du sang de Marie. Quelle étroite parenté entre vous et Marie !
La fréquente communion comble de joie toute l'Eglise souffrante; elle ouvre la porte du ciel à un grand nombre d'âmes captives qui brûlent du désir de sortir de leur prison et de se voir en liberté pour jouir du souverain bien. Les prières que vous faites pour elles en communiant apaisent la colère de Dieu ; vous le conjurez par les plaies de son Fils que vous lui présentez de leur remettre les dettes qu elles n'ont pas encore payées. Ce riche pré-' sent, caché sous les espèces, éteint le feu de la colère de Dieu; et qui pourrait dire combien ce présent lui est agréable? Vous leur appliquez les suffrages de l'Eglise et les nombreuses indulgences dont les Souverains Pontifes ont enrichi les communions; c'est-à-dire que vous leur appliquez les mé-
rites et les satisfactions de Jésus-Christ autant que l'Eglise peut le faire elle-même.
La fréquente communion comble de joie l'Eglise militante. C'est ce qui lui donne la vie et la lui conserve ; c'est ce qui la fait triompher de tous ses ennemis, et lui fait partager le bonheur et la gloire de la Jérusalem céleste. L'âme ne donne au corps qu'une vie mortelle et misérable ; mais la chair de Jésus -Christ fait vivre l'Eglis.e d'une vie sainte et lui donne droit à la vie éternelle. C'est pourquoi elle exhorte, elle prie, elle conjure par les entrailles de la miséricorde de Dieu que tous les fidèles s'unissent et s'accordent si parfaitement dans ce signe de l'unité, dans ce lien de la charité, dans ce symbole de la concorde, et qu'ils révèrent ces mystères sacrés du corps et du sang de Jésus-Christ avec une foi si ferme et si constante, avec une telle dévotion, et enfin avec un culte si religieux, qu'ils puissent recevoir souvent ce pain substantiel , et qu'il soit véritablement leur âme, leur vie et la santé de leur esprit, dont la vigueur leur donne la force de parvenir de ce misérable exil à leur céleste patrie, où ils mangeront à découvert et sans aucun voile ce pain des anges. JConc. Trid., sess. 13.)
La fréquente communion est le remède le plus efficace contre toutes les misères spirituelles. Si le seul attouchement de la robe de notre aimable Sauveur guérissait les maladies les plus invétérées, que ne devez-vous pas espérer de sa chair sacrée? Doutez-vous que son corps glorieux et immortel n'ait plus de vertu que sa robe? ou craignez-vous que ce
— 32G — bon Pasteur, qui a cherché sa brebis égarée, ne vous rebute lorsque vous le cherchez vous-même?
L'Eucharistie vous préserve du péché mortel, car elle augmente d'abord en vous la grâce sanctifiante, et cette grâce donne une certaine vigueur à votre âme pour triompher des tentations; elle répand dans votre cœur une joie spirituelle qui vous détache des plaisirs du monde ; elle éclaire votre esprit d'une lumière toute céleste; elle guérit votre entendement de ses erreurs et des fausses opinions du monde qui le séduisent, votre volonté de ses désirs déréglés, votre mémoire de l'oubli des bienfaits de Dieu et de l'éternité; elle affaiblit les mouvements de la concupiscence et la violence des tentations ; elle vous unit étroitement à Jésus-Christ , qui devient votre force, votre constance, votre vie et le seul appui de votre persévérance ; elle répand en vous une plus grande grâce, fait croître votre vertu, fortifie votre espérance, allume de plus en plus le feu de l'amour divin.
En sondant les dispositions de votre cœur, ne trouvez-vous pas qu'une de vos grandes misères est la facilité avec laquelle vous tombez dans le péché véniel? Car il souille la beauté de votre âme et retarde votre avancement dans la vie spirituelle. Or, la fréquente communion remédie à ce mal. Elle vous excite à la contrition et à l'amour divin, et efface de cette manière la tache du péché; elle suspend ou arrête le mouvement et la pente que vous y avez; elle soutient votre fragilité, chasse le démon loin de vous et affaiblil l'amour-proprc, le
foyer de tous les vices. Elle est ce sacrilice propitiatoire que vous devez offrir pour expier les offenses que vous commettez tous les jours.
Recourez donc souvent à Jésus pour lui représenter vos faiblesses et lui découvrir les plaies de votre âme. Vous tombez si facilement dans le péché ; un rien vous abat ou vous décourage. Renouvelez-vous donc, purifiez-vous, encouragez-vous par des confessions et des communions fréquentes. Approchez-vous souvent de ce foyer de chaleur, d'amour et de vie, et vous sentirez le feu s'allumer dans votre cœur et la vie circuler abondamment dans votre âme.
Vous êtes encore sujet à de grandes peines spirituelles et corporelles. Mais n'ont-elles pas pour cause le péché lui-même? ^N'est-ce pas le péché qui rend les peuples et les individus misérables, qui amène dans le monde la guerre, la peste, la famine et tous les malheurs qui désolent la société ? Qui vous préservera de tous ces maux, sinon la sainte commnnion ? Jésus-Christ n'est-il pas dans l'Eucharistie aussi puissant et aussi miséricordieux que lorsqu'il était sur la terre? Or, vous n'ignorez pas qu'il guérissait toutes les infirmités de l'âme et du corps, que tous ceux qui imploraient sa bonté obtenaient leur guérison. Il rendait l'ouïe aux sourds, la vue aux aveugles, la santé aux malades, le mouvement aux paralytiques, et faisait marcher droit les boiteux. C'est pourquoi l'Eglise lui adresse cette prière : « ISous vous supplions de faire en sorte que la médecine du sacrement nous soit utile
pour rame et pour le corps, et qu'elle nous préserve de toutes sortes d'adversités. »
Qu'est-ce que Jcsus-Christ dans l'Eucharistie? Les saints nous apprennent qu'il ressemble au mont Liban, du flanc duquel jaillit la source du Jourdain, c'est-à-dire d'où coulent avec rapidité des ruisseaux de grâces par le mouvement impétueux de sa divinité. Il est cette fontaine des jardins dont parle le Saint-Esprit, et il arrose les âmes saintes pour les rendre fertiles en toutes sortes de vertus. Or, le premier effet de ces eaux vivifiantes qui coulent de cette fontaine sera d'étancher votre soif, selon les paroles de cet aimable Sauveur : « Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura janr.ais soif, mais l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une fontaine qui jaillira jusqu'à la vie éternelle. » Vous avez soif de l'or et de l'argent, de la gloire et des honneurs, des plaisirs et des jouissances; mais en communiant souvent vous étancherez cette soif, puisqu'alors vous posséderez Celui qui possède tous les biens, en qui se trouvent la grandeur et la gloire, la beauté, la puissance, la richesse et le bonheur. Comment pourriez-vous encore désirer les biens de ce monde?
Le second effet de ces eaux célestes est de réjouir votre esprit et de vous remplir d'une sainte allégresse. Le corps sacré de Jésus n'est-il pas la source de toutes les délices, qui procure à toutes les facultés de l'âme une douceur infinie et vraiment divine? Lorsque vous n'en recevez pas l'écoulement, vous demeurez dans la tristesse, vous êtes rempli
de sécheresse et de langueur, vous manquez de vigueur et de forces.
Le troisième effet de ces eaux est de nourrir votre âme et de lui conserver la vie. Ecoutez le prophète Isaïe : « A'enez, vous dit-il, vous tous qui avez soif, aux eaux de la fontaine; hàtez-vous, achetez et mangez, vous tous qui êtes sans argent; venez, achetez le lait sans argent et sans aucun échange. » « Quels merveilleux marchands! s'écrie saint Jérôme, ils achètent des eaux sans argent, par un admirable commerce ; et, ce qui est plus étrange, ils ne les boivent pas, mais ils les mangent. Comment cela peut-il se faire? C'est que ces eaux ne sont rien autre chose que Jésus-Christ, qui est aussi le pain descendu du ciel et qui s'est fait lait pour les enfants. Ils les achètent sans argent, c'est-à-dire sans fraude et sans malice. Ce sont des eaux vives et vivifiantes qui nourrissent les âmes et les conduisent à la vie éternelle.
Si donc vous communiez souvent et avec de saintes dispositions, vous recevrez un accroissement de grâce et de gloire, parce que vous pratiquerez de grandes vertus qui vous combleront de mérites, et parce que l'effet propre de l'Eucharistie est d'augmenter la grâce sanctifiante. Elle est pour l'âme ce que la nourriture est pour le corps, elle la nourrit, la fait croître et grandir dans la vertu.
Vous sentirez se fortifier en vous la foi, l'espérance et la charité. Voyez-vous ce charbon éteint? Placez-le à côté d'un brasier ardent, il prendra feu et s'allumera aussitôt. Ainsi en est-il de votre âme:
elle n'est que froideur et glace par elle-même; mais si vous l'unissez à Jésus-Christ par l'Eucharistie, il l'embrase et allume en elle les plus saintes ardeurs de la divine charilc.
Vous augmenterez en vous toutes les vertus surnaturelles, tous les dons du Saint-Esprit; votre âme sera remplie de tous les biens ; Jésus-Christ y produira toutes les vertus, tous les dons et toutes les grâces : n'est-ce pas en lui que sont renfermés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu? Vous entrerez dans l'alliance la plus étroite avec Jésus-Christ ; votre âme contractera un mariage spirituel avec lui, en sorte que tout ce qui lui appartient vous appartiendra également.
Enfin vous serez des images parfaites de Jésus- Christ ; il vous inspirera ses perfections divines et humaines, sa vie, ses mœurs et son esprit, comme il l'a promis par ces paroles : « Comme mon Père, qui est le Dieu vivant, m'a envoyé, et que je vis par mon Père, de même celui qui me mange vivra par moi. » Or, vous n'ignorez pas que Jésus-Christ est la ressemblance parfaite de son Père éternel ; c'est un autre lui-même, il lui est semblable en toutes choses. De même vous exprimerez Jésus-Christ par vos paroles et par vos actions, vous penserez comme lui, vous agirez comme lui ; en un mol, vous vivrez de sa vie.
En participant souvent aux divins mystères, vous serez vous-même comme un sacrement : vous cacherez au fond de votre âme la source de la grâce, et vous la communiquerez aux autres. Votre âme
sera comme un ciel animé où Jésus-Christ posera le trône de sa gloire et d'où il éclairera le monde comme un soleil, répandant partout les rayons de sa lumière. « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, dit le Seigneur, demeure en moi, et je demeure en lui. » Vous possédez donc le Dieu du ciel ; mais, si vous possédez la divinité, n'êtes-vous pas vous-même Dieu? Sans doute vous n'êtes point Dieu par vous-même ou par nature, comme Jésus- Christ; vous n'êtes Dieu que parce que vous le possédez. Et cependant vous vivez par lui comme ii vit lui-même par son Père. Quelle magnifique récompense ! 0 bonheur inestimable de tous ceux qui font un saint usage de l'Eucharistie! Ils possèdent le Dieu du ciel, ils sont la demeure de Dieu, ils sont devenus comme une même chose avec Dieu. Allez donc souvent aux saints autels pour y pratiquer ce que vous ferez un jour dans le ciel, lorsque vous serez comme identifié avec Dieu. Ameri.