SAINTE CATUERLNE DE SIE>>E
Sainte Catherine de Sienne, souffrant de grandes douleurs, pria un jour son confesseur, nommé Raimond, de retarder un peu la Messe à laquelle elle devait communier. Mais elle n'avait pualleràTéglise aussitôt qu'elle l'avait pensé, et lorsqu'elle y vint, il était déjà si tard que ses compagnes lui conseillèrent de se priver de la communion; car elles savaient qu'après Tavoir reçue elle était toujours trois ou quatre heures en extase, et le temps de fermer Téglise aurart pu venir avant la tin de son ravi.ssement. La sainte se laissa persuader, en remettant la
chose à Dieu, et Raimond commença la Messe. Comme elle était à genoux à l'autre bout de l'église, il ne s'aperçut point qu'elle était présente; mais lorsqu'il voulut rompre Thostie en deux parties pour détacher en-uite la parcelle qu'il devait mettre dans le calice, l'hostie se divisa la première fois, non en deux, mais en trois parties, deux plus grandes et l'une plus petite, à peu près de la longueur d'une fève. Celte dernière sauta sous ses yeux par-dessus le calice, et il lui sembla qu'elle était tombée sur le corporal. Il ne l'y trouva point, il est vrai; mais il pensa qu'il ne pouvait pas la distinguer à cause de la blancheur du corporal, et il continua la Messe. Après la communion, il la chercha avec soin ; mais, malgré toutes les peines qu'il se donna, il ne put la trouver, de sorte qu'il dut se résoudre à finir sa Messe sans l'avoir retrouvée. Lorsque les assistants se furent retirés, il examina encore avec attention le corporal, l'autel, regarda par terre tout autour de l'autel; mais il ne trouva rien. Il confia son embarras et sa peine au prieur, nommé Christophe, et ils convinrent ensemble d'interroger la sainte à ce sujet. Ils allèrent donc chez elle. On leur dit qu'elle était allée à l'église depuis longtemps; ils l'y trouvèrent en effet, à genoux et en extase. Lorsqu'elle fut réveillée, Raimond lui raconta ce qui s'était passé. « Avez-vous bien cherché, mon père ? » lui ditelle en souriant. Raimond lui dit que oui. « Pourquoi donc alors vous inquiétez-vous tant?» répondit-elle. Raimond, soupçonnant ce qui était arrivé, lui dit ; a Je suis sûr, mu mère, que c'est vous qui m'avez pris la particule de mon hostie. — Mon père, répondit-elle en souriant, ne m'accusez pas; ce n'est pas moi, mais c'est un autre qui a fait la chose. Je vous le dis à vous seul, vous ne trouverez jamais la particule que vous cherchez. » Raimond insistant pour savoir comment la chose s'était passée, elle lui dit : « Mon père, ne vous attristez plus de ce qui est arrivé ; car, pour vous dire la vérité comme un la doit à son confesseur, c'est notre Seigneur qui, ayant pitié de moi, m'a apporté la particule, et c'est de sa main (jue je l'ai reçue. Réjouissez-vous-en donc avec moi. Il ne vous en est arrivé aucun mal à vous, et moi j'ai reçu un
si grand don en ce jour, que je veux le passer tout entier à en louer et remercier le Seigneur. » Raimond, sachant comment la chose s'était passée, se tranquilisa (Goerres.)
Ce trait fait voir avec quel ardent désir Jésus-Christ aime à se donner aux âmes pures et combien la fréquente communion lui est agréable.