‹ Instructions sur l'EucharistieChapitre 26 sur 35 · XXIV^ INSTRUCTION · texte numérisé non relu

XXIV^ INSTRUCTION

Ilis|iositioii» pour c*oiiBinuiiîer Nouveiil.

Super aiiuam refectionis educavit me, aniviam meatn convertit. Deduxit me super nemitas juslUiœpropter nomen suum.

Il m'a élevé auprès d'une eau qui nie nourrit, il a converti mon âme. Il m'a conduit par les sentiers de la Justice pour la gloire de son nom.

(PSAI.. XXII, 4.)

Il n'est pas rare, mes frères, de rencontrer des chrétiens qui raisonnent de cette manière : Je ne vois aucun fruit de mes communions; j'y vais avec froideur, j'en sors avec aussi peu de dévotion que j'en avais auparavant. Il vaut donc mieux que je m'en abstienne, de peur que je ne mange mon jugement. Mais dites-moi, je vous prie, pouvez-vous vivre sans prendre de nourriture? Ne savez-vous pas qu'une trop longue abstinence vous conduit insensiblement à la mort? Vous ajoutez aussitôt ; Oue voulez-vous donc que je fasse? M'approcher de la sainte talîle avec tant de tiédeur et de distraction, c'est chercher ma condamnation; m'en éloigner, comme je le fais, c'est m'éloigner de Dieu qui est ma vie. Oue ferai-jc donc pour ne point mourir? Ma perte n'cst-ollc pas inévitable ''

>'on, certes, mon frère, changez de raisonnement et dites en vous-même : Si je ne profite pas de mes communions, c'est par ma faute. Je suis trop sensuel, trop attaché à mon plaisir, à mon intérêt et à mon honneur; mes passions sont trop vives, mes sens trop immortifiés. Il faut donc que je me corrige et que j'ôte ces empêchements qui sont volontaires. Que penseriez -vous d'un malade qui vous dirait : Mon mal continue toujours et je ne guéris pas ; mais j'avoue que je ne garde pas de régime et que je m'abandonne toujours à quelques excès. Je vais congédier les médecins et mettre de côté tous les remèdes. Vous lui répondriez : Mon ami, si vous voulez vous guérir, sachez vous contraindre ; retranchez tout ce qui nuit à votre santé, et les remèdes vous guériront.

Pour que la communion fréquente opère en vous ses merveilleux effets, il faut y apporter de saintes dispositions. Vous devez être exempts de péché mortel, sans doute, et aussi de toute affection au péché véniel. Mais, afin de mieux vous éclairer sur votre conduite, examinez si vous menez une vie chrétienne, pénitente, mortifiée et dévouée au service de Dieu. Si cela est, rassurez-vous, vos communions sont fructueuses ; mais si cela n'est pas, craignez, car vous êtes dans un chemin qui vous conduira à un abîme.

P Jésus-Christ a dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » Il ne dit pas : s'unit à moi d'une manière passagère, mais demeure en moi et moi en lui ;

j'établis dans son cœur une demeure fixe et durable; je fais avec lui une alliance constante. Mais si votre vie n'est pas chrétienne, n'est-ce pas une preuve que Jésus-Christ ne demeure pas en vous? Ne savez-vous pas que le sang des rois et des héros, en coulant dans les veines de leurs enfants, y fait passer le courage, la générosité et la magnanimité de leurs ancêtres? Et le sang de Jésus-Christ a coulé en vous, et vous êtes toujours aussi lâche et aussi négligent, toujours aussi tiède dans le service de Dieu I et vous êtes toujours aussi sensuel et aussi mondain! Vous n'avez donc pas l'esprit de Jésus-Christ.

Nous avons aujourd'hui beaucoup de chrétiens qui ne le sont que de nom; ce qui pourtant ne les empêche pas de fréquenter les sacrements et de communier assez souvent. Vous êtes allé vous confesser, me dites-vous; je le veux bien. Mais d'abord avez-vous déclaré tous vos péchés? Votre confession a-t-elle été entière? Vous n'ignorez pas que c'est une condition essentielle pour en obtenir la rémission. Examinez-vous donc sérieusement : Dans la discussion de votre conscience, avez-vous été un juge éclairé et sévère envers vous-même? Avez-vous mis , pour approfondir les abîmes de votre conscience, tous les soins qu'exige une affaire de cette importance? Quand vous entrez tout à coup dans une chambre obscure, vous n'y apercevez rien ; mais si vous y demeurez quelque temps, vous distinguez bientôt tous les objets qui s'y trouvent. Ainsi en est-il de la conscience. Si vous ne

faites qu'y descendre un moment, vous n'y verrez rien; pour découvrir les péchés qui la souillent et les vices qui la corrompent, il faut y demeurer quelque temps.

Je suppose que vous avez mis vos péchés aux pieds de votre confesseur; y avez-vous laissé vos passions? Avez-vous porté au trihunal de la pénitence un désir sincère de réparer le passé? Avezvous pris tout de hon des mesures efficaces pour commencer une vie nouvelle, pour rompre avec le monde et vous corriger de vos mauvaises hahitudes? Avez-vous formé une généreuse résolution, non pas de changer en général, car iien n'est plus facile, mais de vous corriger de quelque défaut particulier, de votre passion dominante, et d'acquéiir en même temps la vertu qui vous est la plus nécessaire? Ce sont là les soins, les inquiétudes qui occupent une âme qui veut sérieusement se convertir. Ce n'est que par là que vous pourrez connaître que vous êtes revenu à Dieu de bonne foi, que vous êtes une créature nouvelle, que vous menez une vie chrétienne tout à fait conforme à l'esprit de l'Evangile. Mais quoi ! vous avez commis les mêmes péchés jusqu'au jour de votre confession, et une fois l'absolution reçue, tout ne va-t-il pas le même train? Vous w prenez pas plus de précautions qu'auparavant pour éviter la rechute; les mêmes habitudes recommencent, les mêmes passions se réveillent; c'est la môme tiédeur dans le service de Dieu, ce sont les mêmes colères, les mêmes emportements ou du moins les mêmes impatiences dans la l"a-

mille , le même amour des diverlissemenls du monde, le même désœuvrement, la même habitude de parler mal du prochain. Cst-ce bien là une vie chrétienne?

Je ne prétends pas que la sainte Eucharistie doive vous mettre dans un étal immuable de juslice. Ce n'est pas là le privilège de la terre, mais du ciel, où Dieu se découvre à l'âme, la pénètre des plus vives ardeurs de son amour, et la met dans l'heureuse impuissance de l'olîenser. La vie n'est ici-bas qu'une tentation continuelle, et celui qui est debout doit prendre garde de tomber. N'a-l-on pas vu quelquefois des hommes éminents par leur sainteté aflliger l'Eglise par des chutes éclatantes? Mais il faudrait au moins qu'après le remède vous ne fussiez pi us atteint des mêmes maux, et que si vous n'êtes pas guéri radicalement, votre état fût une convalescence. 11 faudrait au moins que la crainte d'une rechute vous fit prendre des précautions plus sérieuses, vous rendit plus fort pour résister aux séductions du monde, plus vigilant pour éviter les occasions du péché, plus empressé à remplir vos devoirs.

Le prophète Elie, après s'être nourri du pain qui lui fut présenté par l'ange, marcha quarante jours et quarante nuits sans autre aliment, et arriva jusqu'à la montagne d'IIoreb. La sainte Eucharistie n'a-t-elle pas plus de vertu et de force? Pourquoi donc ne vous voit-on pas plus robuste pour repousser le mal et faire le bien ?

Vous désirez savoir si vos communions sont

«iaintcs et agréables à Dieu. Voyez quels en sont les fruits. Quel changement ont-elles opéré en vous? Ne sont-ce pas toujours les mêmes passions, les mêmes défauts, le même orgueil, le même amour de vous-même et de vos aises? Oh! craignez que vos communions ne soient de grands péchés. Kt d'où cela vient-il? C'est que vous vous êtes contenté de déclarer vos péchés en confession, mais votre cœur n'a pas été changé par un sincère repentir; les habitudes du péché n'ont pas été éteintes en vous; vos promesses n'ont pas été sincères, ou du moins fermes et constantes; en un mot, votre intérieur n'a pas été renouvelé, vuus avez continué à mener une vie toute mondaine et toute païenne comme auparavant.

2" Pour recevoir l'Eucharistie avec fruit, il faut mener une vie chrétienne; mais remarquez bien qu'il ne suffit pas de renoncer au péché et à l'habitude du péché . au monde et aux plaisirs du monde ; il faut encore que vous soyez animé de l'esprit d'humilité, du détachement des choses du monde et de la mortification.

Àvez-vous l'esprit d'humilité? S'il en est ainsi, vous devez éprouver une espèce d'horreur pour le péché et pour vous-même, et vous livrer avec ardeur à tous les exercices de la pénitence. Que fait un pécheur qui se rend justice, c'est-à-dire qui est humble? Il ne se présente à la table sainte que lorsqu'il a fléchi la colère de Dieu par des humiliations, des jeûnes, des macérations, des prières ; il se purifie par les exercices d'une discipline aus-

1ère et pénible, jusqu'à ce qu'il soit devenu un homme tout nouveau. L'Eucharistie devient pour lui ce pain laborieux que l'homme ne doit manger qu'à la sueur de son Iront. Mais l'Evangile, qui nou.s prêche l'humilito, fait-il (juelqne exception? iN'estil pas le même pour tous les temps et pour tous les hommes?

iMurquoi l'Eglise a-l-elle établi quarante jours de pénitence avant la célébralion de notre pàque ! Pour nous faire sentir que nous avons besoin d'un certain temps d'épreuve et de raortilication pour pleurer nos péchés, nous humilier profondément devant Dieu, puriher notre âme par le jeûne et la prière, et nous disposer ainsi à la participation des saints myslères. Mais, mes frères, p<'nsez-vou> donc que celte même [)réparalion n'est pas toujour.< nécessaire? Est-ce que nous ne recevons pas toujours le même Dieu de toute sainteté?

Il faut sans doute user de prudence. Lorsque la componction est vive, que les larmes sont abondantes, que la conversion est entière, non seulement il faut abréger le temps de l'épreuve, mais il est nécessaire de recevoir au plus tôt le pain des forts pour lutter avec plus d'avantages contre les ennemis du salut. Si vous êtes sincèrement touché, bien résolu à renoncer à vos passions, et si avec cela vous êtes faible et inconstant, on doit se hàler de soutenir votre faiblesse et de fixer votre inconstance par la grâce de la communion, sans (juoi vous retomberez bientôt dans les mêmes péchés. Mais encore faut-il que vous ayez l'esprit de pénilenee.

— U\ — Mais, me demandez-vous, en quoi consiste cel esprit de pénitence? Jésus-Christ vous le fait voir clairement par toute sa conduite. C'est un esprit d'humilité qui lui fait éviter tout ce qui serait de nature à Télever devant les hommes. Voyez quel est son berceau, l'humble condition de sa sainte Mère et de son père nourricier, les œuvres obscures auxquelles il se livre pendant trente ans, son zèle constant à exécuter les ordres de son Père éternel, la profession et les qualités si communes de tous ceux qui l'entourent, son empressement à fuir les honneurs et à refuser les éloges qu'il m^^rite ! Tel est , mes frères, un des premiers caractères de l'esprit de pénitence, et nous pourrions ajouter son caractère essentiel. Sans l'esprit d'humilité, la pénitence, si grande, si dure, si austère qu'elle soit, ne peut pas être agréable à Dieu. Entendez-vous le Seigneur qui dit à son peuple : «Je neveux plus de vos jeûnes, parce que vous ne cherchez en jeûnant qu'à faire votre volonté et non la mienne.» Mais avezvous cet esprit d'humilité? Si vous êtes dans une condition élevée, vous humiliez-vous devant Dieu? repoussez-vous les compliments qu'on vous fait? Aimez-vous surtout à visiter les pauvres , les ouvriers, et à vous entretenir avec eux ? SoutTrez-vous qu'on parle mal de vous? Si vous êtes au dernier rang de la société, en êtes-vous heureux et content, ou du moins êtes-vous résigné à la volonté de Dieu? ?îe cherchez-vous pas, au contraire, à étaler le plus possible les belles qualités qui vous distinguent? N'êles-vous pas le premier à vous comparer

aux autres, afin de faire mieux ressortir vos vertus? Ne poursuivez-vous pas partout ce qui peut vous donner de l'éclat dans le monde? Ne vous glorifiezvous pas de complcr des amis dans les rangs élevés de la société? Si vous faites quelque acte de vertu, si vous vous occupez de quelque bonne oeuvre, n'cles-vous pas le premier à le publier, ou du moins n'éprouvcz-vous pas une joie secrète quand il vient à la connaissance du public? Mais vous mettez tous vos soins dans la recherche de vous-même ; vous vous irritez contre quiconque semble ne pas vous (îstimcr autant que vous croyez le mériter; vous ne pardonnez jamais à ceux qui vous ont une fois censuré. Evidemment vous n'êtes rempli que de l'esprit d'orgueil, et votre vie n'est pas une vie chrétienne.

L'esprit de Jésus-Christ est un esprit de délacbcinent des choses de la terre. Or, où en êtes-vous? l.e désir de posséder n'est-il pas le mobile de toutes vos entreprises, de tous vos desseins, de tous vos travaux? Si vous êtes dépourvu des biens de la fortune, ne portez-vous pas envie à ceux qui les possèdent? Ne dites-vous pas sans cesse : Heureux les riches et malheur à ceux qui n'ont rien ! N'avezvous pas pour l'avenir ces inquiétudes excessives (jue Jésus-Christ lui-môme condamne? S'il en est ainsi, vous n'avez pas l'esprit chrétien ; car ce sont les païens, nous dit notre Seigneur, qui recherchent toutes ces choses.

Ne vous rassurez pas en vous disant que vous n'aimez point les richesses pour elles-mêmes ; car

qu'importe que ce soit le péclié d'avarice, on celui d'orgueil ou de sensualité qui souille votre âme? Vous recherchez les richesses, la fortune, pour fain^ figure dans le monde, pour vous donner une certaine considération, pour satisfaire votre vanité, votre amour du luxe et des parures. Vous allez communier souvent, mais vous suivez en même temps toutes les maximes du monde, et vous êtes l'esclave de ses fantaisies et de ses caprices. Ce n'est certes pas là l'esprit chrétien.

L'esprit de Jésus-Christ est un esprit de mortification. Vous avez entendu saint Paul qui vous dit à tous : « Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses convoitises. >> Et il disait aux premiers chrétiens : « Vous êtes morts au monde, vous devez porter sans cesse la mortification de Jésus Christ dans toute votre personne, et vous devez en être comme enveloppés. » Ecoutez donc ce que vous dit Jésus-Christ lui-même : « Personne ne peut être mon disciple, s'il ne se renonce lui-même, s'il ne porte sa croix tous les jours et s'il ne me suit. » Or, mes frères, qu'est-ce que se renoncer et porter sa croix tous les jours, sinon se mortifier sans cesse et comhattre les mauvaises inclinations de la nature? Où en éles-vous pour la pratique de la mortification? Ne demandez-vous pas dispense du jeûne et de l'abstinence? L'observation de ces lois est trop gênante et trop pénible, dites-vous, et d'ailleurs ma santé ne me permet ni de jeûner, ni de garder rahstinence. Mais avez -vous essayé au moins? Et si en vérité il vous est impossible de

jeûner, comme l'Eglise le prescrit, jeûnez-vous spirituellement? Mortifiez-vous vos sens? Veillez-vous sans cesse sur vos regards, de peur qu'ils ne tombent sur quelque objet dangereux et ne souillent votre âme? Veillez-vous sur vos oreilles, de crainte de blesser la charité, en écoutant trop facilement la calomnie, la médisance et les mauvais rapports? Veillez-vous sur votre langue, de peur qu'il ne vous échappe quelque parole offensante ou répréhcnsible? Supportez-vous au moins les défauts du prochain? Oh! que vous êtes loin d'avoir l'esprit chrétien, et vous ne vous en doutez même pas ! Que dis-je? vous vous croyez une âme parfaite, parce que vous communiez souvent, que vous assistez chaque jour à la sainte Messe, que vous visitez le Saint-Sacrement et que vous faites des lectures de piété. Ce sont là d'excellentes pratiques qui maintiennent et développent l'esprit chrétien , mais elles ne le constituent pas. Voyons donc : à quoi consacrez-vous votre temps? Est-il employé utilement et sérieusement? Mais si vous passez la plus grande partie de vos jours dans une pieuse oisiveté, si vous négligez l'éducation de vos enfants, la surveillance de vos domestiques, vous vivez dans l'habitude du péché mortel. Pourquoi tant de visites? Pour étaler vos grâces et votre esprit ? Mais l'orgueil est un péché grave, quand il est habituel et qu'il porte à s'adorer soi-même. Or, vous vous posez comme un petit dieu, ou du moins comme une idole, et malheur à quiconque ne brûle pas d'encens tous les jours (levant vous! La moindre contrariété vous fait jeter

feu et flammes. Dans les sociétés du monde, on vous prendrait pour un ange de douceur, et vous êtes un démon au sein de votre famille. Vous suivez les avis de votre confesseur quand ils sont d'accord avec vous-même ; mais qu'il se garde bien de vous ouvrir les yeux sur quelqu'un de vos nombreux défauts ! il est perdu de réputation ; ce ne sera plus qu'un ignorant et un grossier. Vous avez soin d»votre toilette, dites-vous, parce que vous aimez Ja propreté et que vous avez la dignité de vous-même ; vous vous irritez, mais c'est la vivacité de votre caractère; vous faites beaucoup de visites, mais ce sont les bienséances qui vous y obligent; vous parlez mal du procbain , mais vous ne le calomniez pas, vous ne dites que la vérité. Il est donc constant que non seulement vous n'avez pas l'esprit chrétien, mais que vous ne voulez pas l'avoir. Vous n'apportez donc pas les dispositions requises à la fréquente communion.

Revenez donc à de meilleurs sentiments, et faites chaque jour des efforts pour acquérir l'esprit de Jésus-Christ. Combattez généreusement l'esprit d'orgueil, de cupidité, de sensualité, d'égoïsme ; pratiquez les vertus de simplicité, de modestie, de détachement des choses de la terre, de pénitence et de mortification : vous mériterez de communier souvent, et la fréquente communion vous fera faire de nouveaux progrès dans la pratique de toutes ces vertus. Amen.

PRODIGES OPÉRÉS AU SUJET DE l'eUCHARISTIE.

Vers l'un i203, en Italie, dans une bourgade nommée Bolscna, un pièlie céiébrail la bainto Messe dans l'église de Saintc-Cliristine. Après la consécration de l'hoslie, il conçut quelque doute sur la vérité du Très-Saint-Sacrement, et surle-champ il vit sortir de l'hostie des gouttes de sang qui rougirent les corporaux et pénétrèrent jusque dans le marbre do l'autel. On voit encore aujourd'hui les taches de ce sang sur la môme pierre. « Je les ai vues, dit le P. Ribadeneira, qui rapporte ce fait, et j'ai célébré la Messe sur le même autel. » Le Pape ayant été informé de ce miracle, fît apporter les corporaux tout sanglants à Orvieto où il se trouvait ; ce qui se fit avec beaucoup de pompe dans une procession de cardinaux, d'archevêques et d'évêques, et de tout le clergé qui alla les recevoir et les plaça dans l'église principale de la ville, où depuis et li cette occasion on a bàfi une belle église de Notre-Dame.

A Paris, vers l'an 1238, un prêtre disait la Messe à la Sainte-Chapelle qui se trouve près du Palais, et lorsqu'il éleva la sainte hostie, ou vit entre ses mains un enfant vivant d'une beauté incroyable. Plusieurs furent témoins de ce miracle; comme il dura assez longtemps, on alla prévenir le roi saint Louis, et comme on l'engageait à voir ce miracle, il répondit : « Que ceux qui ne croient pas que Jésus-Christ soit réellement présent dans le sacrement de l'Eucharistie aillent voir ce miracle ; pour moi, j'y crois aussi fermement que si )e le voyais. »

Pourquoi Dieu opèrc-t-il de semblables miracles? Tantôt pour récompenser la foi de ses fidèles serviteurs et consoler ceux qui sont dans la peine, tantôt pour confirmer la vérité du dogme catholique de la présence réelle, et d'autres fois pour réveiller lu loi dans ceux qui l'ont laissé s'alTaiblir au fond do leur âme. Suint Cyprien, évoque et martyr, dans son

ouvrage qui a pour titre : Des Relaps^ ou des retombés, rapporte plusieurs miracles que Dieu opéra de son temps^ et dont il fut témoin oculaire, pour punir ceux qui avaient renoncé à leur foi, et qui recevaient indignement le sacrement de l'Eucliariitie. Des licréliques donalistes poussèrent l'impiété et le sacrilège jusqu'à jeter à leurs chiens des hosties consacrées^ chose horrible à penser et h dire; mais^ ô vengeance du ciel ! à peine ces chiens eurent-ils mangé ces hosties, qu'ils ievinrent furieux, se jetèrent sur les profanateurs et les mirent en pièces.

Lorsque saint Jean Chrysoslôme était patriarclie de Conslaulinople, une femme hérétique, pour coiitenlcr bon mari catholique, lui promit de renoncer à riiérésie et de revenir à la foi catholique. Pour tenir sa promesse, elle communia d'abord de la main d'un prêtre hérétique, mais elle ne prit pointée qu'on lui donna, elle le remit àlune de ses servantes pour le garder ; puis, ayant reçu l'iiostie consacrée de la main du prêtre cathulique, et faisant semblant de se baisser pour prier, elle la donna à la même servante qui était à côté d'elle, et reprit le pain qu'elle avait reçu des hérétiques; mais lorsqu'elle le mit dans sa bouche, ce pain se convertit en pierre. Cette femme consternée ne put s'empêcher de jeter des cris et d'avouer son crime. Cette pierre fut longtemps conservée dans l'église de Constanlinople. C'est l'historien Sozomène qui rajiporte ce fait.

Saint Grégoire, pape, voulant convaincre une femme qui ne croyait pas à la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, se mit à prier Dieu, et il obtint que les espèces du pain consacré fussent changées en chair; cette femme fut convertie et toute l'assistance confirmée dans la foi catholique.

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