‹ Instructions sur l'EucharistieChapitre 27 sur 35 · XXV^ INSTRUCTION · texte numérisé non relu

XXV^ INSTRUCTION

li'EurliarisUe éeole de la vérité.

Dicit et Jésus : Ego sum via et veritas et vita.

Jésus lui dit : Je suis la voie et la voritiet la vie. i

(JOAN., XIV, 6.) f

Il s'est rencontré dans la suite des siècles des hommes remplis d'eux-mêmes, se croyant dieux et se faisant adorer comme des dieux. Cependant ils n'ont jamais eu la pensée de dire comme Jésus- Christ : « Je suis la voie, la vérité et la vie. » Ils se sont vantés de connaître le chemin du bonheur, mais ils n'ont jamais eu redronterie de dire : « Je suis moi-môme la voie qu'il faut suivre pour arriver au bonheur. » Ils se sont dits les docteurs des peuples, et ils ajoutaient chacun de son côté : « Je suis le seul qui enseigne la vérité. » Aucun d'eux n'a eu l'audace de dire : « Je suis la vérité. » Ils ont prétendu qu'ils apprenaient à bien vivre, mais ils n'ont pas poussé l'orgueil jusqu'à dire : « Je suis la vie. » Quand donc Jésus-Christ nous dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie, » il nous prouve qu'il est vraiment Dieu ; car s'il ne l'était pas, il

n'aurait jamais poussé l'extravagance jusqu'à tenir un pareil langage , il n'en aurait jamais eu la pensée.

C'est surtout dans le sacrement de l'Eucharistie que cet aimable Sauveur est la voie, la vérité et la vie, comme nous allons vous l'expliquer.

Et d'abord il est la vérité, parce que l'Eucharistie est comme la vérité qui embrasse toutes les autres. Si vous la croyez, vous croyez tous les articles delà foi catholique, et si vous la connaissez bien, vous connaissez parfaitement toutes les autres vérités de la religion. En effet, l'Eucharistie est la vérité fondamentale de la religion, le centre de toutes les vérités, comme le cœur est le centre du corps humain et le principe de sa vie. Ne vous étonnez donc pas que les hérétiques et les incrédules aient réuni tous leurs efforts pour retrancher ce dogme de la foi chrétienne, ou le mettre au rang des abstractions, des impossibilités et des chimères. Si vous croyez que Jésus-Christ est présent dans l'Eucharistie, vous croyez que Dieu existe et qu'il y a trois personnes en Dieu ; vous croyez les mystères de l'incarnation, de la mort, de la résurrection et de l'ascension du Sauveur. Qu'y a-t-il donc que vous ne connaissiez pas et que vous ne croyiez pas?

Et d'abord quelle haute idée l'Eucharistie vous donne de Dieu! Si la création du monde est une belle preuve de sa puissance, le mystère de l'Eucharistie n'en est-il pas encore une plus éclatante manifestation? Pour créer un être, pour le faire

passer du néant ou de la simple possibilité à l'existence, ne faul-il pas une puissance inûnie? lia dit, et tout a été fait ; il a ordonné, et tout a été créé. Il prononce une parole, ou plutôt, il veut, et des millions d'êtres sortent du néant. Considérez ce vaste univers, ce globe terrestre jeté dans l'espace, n'ayant d'autre base que sa propre pesanteur; considérez tous ces astres qui sont autant de mondes semés dans l'immensité des cieux, éloignés de nous de plusieurs centaines de millions de lieues, et vous vous écrierez aussitôt : Que Dieu est grand ! que Dieu est puissant! Lorsqu'il voit ces corps parcourir, avec une rapidité dont il peut à peine se faire une idée, la route qui leur a été tracée ; lorsqu'il les voit se maintenir constamment dans une harmonie parfaite par la combinaison de deux lois qui semblent se détruire, l'altraction et la répulsion, lois invisibles, impalpables, incompréhensibles, et dont il faut supposer l'existence si l'on veut se rendre compte de ces grands phénomènes qui frappent les regards, l'homme savant et dégagé de toute prévention se jette à genoux et adore le Dieu tout puissant qui a créé le ciel et la terre.

Cependant, en créant le monde, Dieu n'a fait pour ainsi dire qu'essayer sa puissance. Il n'en est pas ainsi de l'incarnation: unir la nature humaine à la nature divine dans la personne du Verbe, de manière à ne former qu'un seul Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, voilà le suprême effort de sa toute-puissance. Comment l'Eternel peut-il venir au monde et mourir sur une croix? Comment l'Im-

inuabîe peut-il se faire petit enfant et grandir? Comment l'Infini peut-il se circonscrire et se renfermer en quelque sorte dans le sein d'une Vierge? Comment le Tout-Puissant a-t-il besoin d'être nourri et porté par sa Mère? Comment peut-il ôprouver la faim et la soif, les peines et les fatigues, les tristesses et les ennuis? Comment faut-il qu'un ange vienne le fortifier? N'est-ce pas là une œuvre plus étonnante que la création? Il est dans la nature du soleil de projeter partout ses rayons et de répandre de tous côtés ses flots de lumière; de même il est dans la nature de Dieu de communiquer hors de lui de cette pléiiitude et de cette abondance de vie qu'il renferme dans son sein. Mais que le soleil se contracte et devienne un flambeau, que l'immensité delà mer se resserre au point qu'on la renferme dans un vase, que la terre se condense et devienne une petite boule, voilà ce qui est surprenant et prodigieux. 0 Marie, chantez les efforts merveilleux de la toute-puissance divine dans l'œuvre de l'incarnation : Fecit poîenîiam in brachio suo, il a déployé toute la vigueur de son bras.

Cependant voici quelque chose de plus prodigieux encore. Il ne s'agit plus d'unir seulement la nature divine à la nature humaine dans la personne du Verbe, mais de changer la substance du pain et du vin en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ qui se trouve tout entier dans l'Eucharistie, tout entier sous chaque espèce, et tout entier sous chaque partie de l'espèce. Est-il possible que Jésus-Christ, en tant qu'homme, soit en même

temps dans le séjour de la gloire et au saint sacrement de l'autel, et se rende présent dans des milliers de lieux à la fois? Est-il possible que les accidents du pain et du vin subsistent sans leur substance, et la substance du corps et du sang de Jésus-Christ sans leurs accidents? N'est-ce pas la puissance de Dieu qui s'exerce dans toute sa force?

Quand Dieu crée le monde, il va du moins parfait au plus parfait ; il crée la matière, la terre et le ciel ; il sépare la terre des eaux ; il crée les plantes et les arbres, les poissons qui vivent dans l'eau, les oiseaux qui volent dans les airs et les animaux qui rampent sur la terre. Il termine la création par son chef-d'œuvre, par celui qu'il en établit le roi et le pontife. Ainsi procède le Fils de Dieu dans l'œuvre de la rédemption : il change l'eau en vin aux noces de Cana; il guérit les malades qu'on lui présente, les lépreux, les paralytiques, les possédés du démon, les muets, les sourds et les aveugles ; il rend la vie aux morts; mais c'est au moment même où il touche à sa fin, où il va passer de ce monde à son Père, qu'il opère le plus grand de ses miracles, le chef-d'œuvre de tous ses prodiges, l'abrégé de toutes ses merveilles. Toutes les lois de la nature sont bouleversées, et au premier coup d'œil tout semble se contredire. Et cette puissance infinie est confiée à tous les prêtres.

Au commencement du monde, la parole de Dieu crée tous les êtres et leur conserve la vie. Ici le prêtre parle, et il crée la vie divine et un monde

tout divin. Dans l'incarnation, le Fils de Dieu s'unit à un homme, et dans l'Eucharistie il s'unit à tous ceux qui la reçoivent. L'incarnation ne s'est accomplie qu'une fois; la transsubstantiation se renouvelle tous les jours, autant de fois qu'il y de prêtres qui consacrent.

I*' La sagesse de Dieu reluit sans doute avec éclat dans la création et la conservation du monde. Voyez donc quel ordre et quelle harmonie dans cette multitude et cette diversité prodigieuse de créatures. Depuis ces globes de feu qui roulent sur nos têtes jusqu'à la dernière particule de la matière, c'est une chaîne d'êtres qui se lient les uns aux autres et se soutiennent mutuellement; c'est une vaste hiérarchie qui s'étend sans interruption de l'insecte jusqu'au plus élevé des séraphins. Voyez comme tout est adapté à leur nature et à leurs propriétés, dans les arbres, les plantes, les animaux et même les êtres intelligents ; comme tout est proportionné à leurs fins et à leurs fonctions. Des combinaisons variées à l'infini de feu, d'air, d'eau et de terre forment et entretiennent tous les corps ; rien ne se détruit, rien ne se perd ; si quelques êtres meurent, c'est pour communiquer la vie à d'autres, et bientôt ils sont remplacés à leur tour. Quelle profonde sagesse de la part de Dieu !

Cependant elle resplendit encore davantage dans l'œuvre de l'incarnation; la justice et la miséricorde s'y rencontrent et s'embrassent. Le Fils de Dieu soulfre et meurt pour sauver le monde, il satisfait surabondamment à la justice divine, et la

miséricorde s'exerce dans toute sa plénitude. Voulez-vous savoir combien Dieu hait l'iniquité? Considérez tout ce que son Fils a souftert pour l'expier. Voulez-vous porter les hommes à la pratique de la vertu? Donnez-leur-en des leçons et des exemples. Or, quelle morale plus belle que la morale de l'Evangile? Quels exemples de vertus plus parfaits et plus sublimes que ceux que nous a donnés Jésus-Christ?

Les hommes étaient idolâtres; ils adoraient des créatures parce qu'ils étaient dominés par les sens. Pour les corriger, le Fils de Dieu se fait homme ; il est le plus beau et le plus aimable de tous les hommes, afin de se faire aimer de tous, et les hommes peuvent adorer la chair sans péché. Quelle admirable sagesse !

11 nous semble néanmoins quelle est plus admirable encore dans le sacrement de l'Eucharistie. Là, en efïct, il se montre le plus parfait modèle de toutes les vertus évangéliqucs. Il s'offre chaque jour en sacrifice pour nous appliquer ses mérites: il est dans un état permanent d'immolation ; il demande grâce pour nous, et par le souvenir de sa mort il nous inspire la plus vive horreur pour le péché; il sanctifie, il déifie le culte des sens, et nous arrache ainsi à l'idolâtrie. Il trouve le moyen de contenter le ciel et la terre qui se disputaient sa sainte humanité. Les anges la réclamaient, parce que, disaient-ils, le ciel appartient au Seigneur, et comme il s'est anéanti jusqu'à mourir sur la croix, il a mérité d'élre assis sur un trône au plus haut

des cieux ; son corps est glorieux, impassible et immorlel ; il doit être place dans un lieu propre à ces qualités, et non dans un séjour de raisères et de souffrances. Enfin il est utile aux hommes qu'il quitte la terre pour exercer leur foi. L'Eglise de la terre répondait : « Si Jésus-Christ est le Fils de Dieu, il est aussi le Fils de l'homme, et il appartient à la terre. iS'a-l-il pas dit que ses délices sont d'être avec les enfants des hommes? Il est l'époux de l'Eglise : or, l'époux doit demeurer avec son épouse ; le mariage est indissoluble, l'homme ne sépare point ce que Dieu a uni. Il est le pasteur de la bergerie, il doit toujours être à la tête de son troupeau pour le conduire et le défendre de la dent cruelle du loup. Il est le chef de la grande famille, il doit rester au milieu de ses enfants. »

Que fera Jésus-Christ pour contenter l'Eglise de la terre et l'Eglise du ciel? Partagera-t-il son corps pour en donner la moitié à chacune? Non, non ; son infinie sagesse trouve moyen de le laisser tout entier à la terre et au ciel. Il se donne en forme de nourriture et de breuvage, pour ne point effrayer les plus timides ni exciter le dégoût des plus délicats.

L'Eucharistie est la plus haute manif^^slation de la bonté de Dieu. En effet, Tobie est appelé bon, parce qu'il prêtait sans intérêt son argent à ses frères indigents; les premiers chrétiens étaient meilleurs : ils vendaient leurs biens, en portaient le prix aux apôtres pour être distribué aux pauvres. Saint Louis portail la charité plus loin : il vi-

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silait les pauvres, les consolait elles servait de ses mains royales. Ainsi faisaient saint Lcopold, saint Etienne, sainte Elisabeth, sainte Hedvige. Peul-on porter plus loin l'amour? Oui, certes; et le cœur de Jésus est infiniment plus généreux. C'est par amour qu'il a créé le ciel et la terre, qu'il nous a donné une âme et un corps d'un prix inestimable ; c'est par amour qu'il place à côté de nous un de ses anges pour nous garder, et qu'il ne cesse de répandre sur nous ses grâces malgré nos ingratitudes et nos iniquités ; c'est par amour qu'il s'est fait homme et qu'il est mort sur la croix pour nous racheter. N'est-ce donc pas là le dernier degré de l'amour? Non, mes frères, et Jésus fera plus encore ; car il se donne à nous tout entier, il nous donne son corps, son sang, son âme et sa'divinité. Il se donne tout entier à chaque fidèle, comme si chacun était seul au monde; il se donne constaniment, il se donne sans aucun intérêt personnel, il se donne au détriment de sa propre gloire. Voilà le dernier terme de l'amour, et quoique Jésus soit infiniment riche, dit saint Augustin, il ne saurait nous donner davantage.

Que ne dirait- on pas d'un homme qui se donnerail lui-même en nourriture à un animal domestique? Ne serait-ce pas une véritable folie? N'y at-il pas plus de distance entre Dieu et l'homme qu'entre l'homme et l'animal son serviteur?

2° L'Eucharistie nous fait connaître l'homme et nous en donne la plus haute estime.

Considéré au point de vue de ses infirmités et

(le ses inclinations dépravées, que l'homme est petit et qu'il est digne de pitié! Est-il étonnant que le paganisme et la philosophie n'aient eu pour lui que du dégoût et du mépris? Mais envisagé sous le rapport des facultés de l'àme et de ses glorieuses destinées, qu'il est heau, qu'il est grand, qu'il est noble 1 Avec quelle énergie la vivacité de son regard et l'expression de sa physionomie révèlent les pensées de son esprit et les sentiments de son cœur! Quoique tombé, on voit encorb reluire sur son front quelque chose de la majesté divine. Elevez-le, exaltez-le autant qu'il vous plaira, je vous dirai toujours qu'il est infiniment peu de chose à côté de ce que le fait l'Eucharistie. Donnez à un seul homme toutes les qualités des anges et des hommes dans l'ordre de la nature; qu'il sera petit à côté de l'enfant qui vient de faire sa première communion ! Àvez-vous autant d'ambition que Lucifer? Voulez-vous, comme lui, ressembler au Très- Haut et vous asseoir sur le trône de Dieu ? L'Eucharistie vous en donne le moyen; par elle, vous vous nourrissez de Jésus-Christ, vous vous incorporez sa chair et son sang, vous vous identifiez la divinité même. >e faut-il pas que l'être soit de même nature que l'aliment qui entretient sa vie? L'Eucharistie étant une nourriture divine, ne faut-il pas que le chrétien soit un être divin ou déifié?

Voyez-vous ce que devient l'hoFiime par l'Eucharistie? Mais il touche à l'infini! Satan disait à nos premiers parents, en leur montrant le fruit défendu : « Mangez, et vous serez comme des dieux. »

Et Jésus-Christ nous dit en toute vérité : « Mangez et buvez, et vous serez semblables à Dieu, vous participerez à sa nature et à ses perfections infinies ; vous serez d'autres moi-même, et chacun de vous pourra dire comme saint Paul : « Ce n'est <( plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. » Vos pensées, vos affections et vos actions seront divines, parce qu'elles procéderont de l'Esprit de Jésus-Christ. »Pourriez-vous désirer quelque chose déplus? Et l'ambition la plus extravagante peutelle vouloir s'élever plus haut que Dieu?

Mais si vous êtes d'autres Jésus-Christ, vivez comme lui ; en un mot, imitez Dieu dans toute votre conduite. iN'est-ce pas là toute la morale, et la morale la plus parfaite?

3^ L'Eucharistie vous donne encore la connaissance delà société; car elle vous apprend que nous formons tous un même corps, parce que nous participons au même pain. Et que faut-il pour que ce grand corps, c'cst-à-dire la société, soit heureuse? Il faut qu'elle s'appuie sur ces deux principes comme sur deux colonnes inébranlables : le dévouement absolu de la part des supérieurs, et l'obéissance parfaite de la part des inférieurs. Or, Jésus-Christ ne nous offre-t-il pas de sublimes exemples sous ces deux rapports ? En sa qualité de chef de l'Eglise, il s'est dévoué jusqu'à mourir sur la croix pour sauver le monde, et il s'immole chaque jour sur nos autels pour nous appliquer la vertu de ses mérites infinis. Voilà donc la règle de conduite pour tous les supérieurs, pour les rois, les minis-

très et les magistrats, pour les évoques et les prêtres, pour les maîtres et les pères de famille.

Mais Jésus-Christ comme homme est inférieur à son Père éternel ; c'est pourquoi il ne recherche que la gloire de son Père, et toute son occupation est de faire sa volonté. Chaque jour ne pratiquet-il pas l'obéissance la plus parfaite ? Ne se rend-il pas présent sur l'autel lorsque le prêtre, quel qu'il soit, prononce les paroles de la consécration ? Ne se laisse-t-il pas porter partout, dans la chaumière du pauvre comme dans le palais des rois? Ne permetil pas qu'on le profane et qu'on le foule aux pieds? Y a-t-il au monde un inférieur qui se laisse ainsi traiter par amour pour l'obéissance? Yoilà votre règle de conduite, serviteurs, domestiques, ouvriers, qui que vous soyez, à l'égard de vos maîtres ou de vos supérieurs.

Jésus-Christ dans l'Eucharistie est donc la vérité, la vérité fondamentale à laquelle se lient toutes les autres vérités, la vérité sur Dieu, sur l'homme et sur la société. Etudions-la sérieusement, cette grande, cette sublime et unique vérité. Lorsqu'elle nous sera bien connue, elle excitera dans nos cœurs plus d'amour pour Dieu, plus de reconnaissance pour Jésus-Christ, plus de respect pour nous-mêmes, plus de charité pour le prochain. Amen.

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