LE SACRÉ COEUR DE JÉSUS
Pourquoi la révélation du sacré cœur dans ces derniers temps? Admirez ;la sublime harmonie que Dieu maintient entre les développements de la religion et les besoins du monde. Attaqués, niés, altérés par des hérésies nombreuses, filles du protestantisme, les dogmes de la foi allaient devenir l'objet des risées sacrilèges de la philosophie du dernier siècle, et bientôt Dieu, Tàme, le ciel, la vertu, la religion tout entière ne devaient plus être pour la plupart qu'un objet de doute et de mépris, que des abstractions sans réalité, sans influence sur la conduite; en un mot, le monstre de l'indifférence allait surgir du milieu du sang et des ruines, et jeter l'homme aux pieds d'une idole, d'une seule idole, Vargent ! Et le cœur de l'homme, fait pour aimer, allait être livré à d'inexprimables angoisses, et la société à des convulsions sans cesse renaissantes.
C'est à ce moment suprême que Jésus-Christ montre son divin cœur à l'homme et à la société, semblable à un père qui, après avoir épuisé tout ce que le langage peut fournir d'expressions de tendresse et tout ce que l'amour paternel renferme de ressources pour retenir sur le bord du précipice un lils bien-aimé, appelle tout à coup cet enfant ingrat, et, découvrant sa poitrine, lui dit : « Regarde, voilà mon cœur; situ en connais un qui t'aime d'un amour plus sincère, va, donnelui le tien et déchire celui de ton père- »
Ainsi fit Jésus-Clirist, père des liomraes et des sociétés modernes, au moment où ils allaientse précipiter dans le gouffre affreux de Tindifférence et de l'impiété. 0 hommes, semblet-il leur dire, oubliez tout ce que j'ai fait pour vous, et ma crèche et mon exil, et mon sang et ma croix; mais puisque vous êtes faits ponr aimer, il vous faut un cœur, voilà le mien; en échange, je vous demande le vôtre. Il est impossible que votre cœur ne se donne à quelqu'un, puisqu'il ne peut vivre sans aimer. Le monde, l'impiété, l'hérésie, l'indifférence, l'argent, demandent votre cœur pour le changer en un enfer; moi, je vous le demande pour en faire un paradis dès cette vie ; choisissez.
Dans son mandement qu'il publia pour ordonner cette fêle du Sacré Cœur dans son diocèse, Mgr Drouas, évoque de Toul, après avoir présenté celte même considération, s'exprime ainsi : « Nous jugeons les hommes par leur cœur; nous ne les croyons nos amis que lorsque nous pouvons compter sur leur cœur; nous préférons un bon cœur au génie, aux talents, aux dignités, aux fortunes; c'est enfin par le cœur que nous voulons nous-mêmes être connus, jugés et estimés des autres. Accoutumés que nous sommes à ces idées, est-ce un culte inutile et sans réalité de vous faire honorer, dans le plus parfait des enfants des hommes, les qualités de son cœur, qui nous rendent si aimables celles de père, d'époux, de pasteur et d'ami qu'il prend à notre égard ; de nous faire honorer Tardeur infinie de ce cœur qui a désiré notre salut au point d'être comme impatient de le consommer; la générosité de ce cœur qui s'est fait pauvre pour nous enrichir, et qui a redoublé ses tendresses lors même que nous le traitions avec plus de mépris; la bonté de ce cœur qui voudrait nous y rassembler tous, comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes ; Tamertume de ce cœur si justement sensible à nos froideurs et à nos résistances ; la joie de ce cœur qui reçoit si amoureusement le pécheur qui revient à Jui, qu'il parait plus satisfait de son retour que de la persévérance de quatre-vingt-dix-neuf justes; la charité de ce cœur enflammé du feu qu'il est venu apporter sur la terre.
et dont il veut qu'elle soit tout embrasée; la sainteté de ce cœur, abîme de grandeur et de majesté où liabite la plénitude de la divinité ; les richesses de ce cœur en qui sont renfermés tous les trésors de la sagesse et de lascienct. où ont été conçus tous les desseins, tous les désira, toutes les affections, tous les mouvements, toutes les actions, tous les mérites de ce Dieu Sauveur pour la gloire de son Père et Taccomplissement de notre rédemption; la religion de ce cojur adorateur et victime perpétuelle des volontés de son Dieu, dépositaire de sa loi pour la remplir dans toute son étendue et suppléer par ses hommages aux sacrifices impuissants de l'ancienne alliance; eutin la douceur et l'humilité de ce cœur, deux vertus dont l'enseignement ét'ait réservé à Jésus-Christ, et ce n'était que dans son cœur que nous en pouvions connaître la perfection et la pratique. Tant de saints se sont appliqués à honorer les différents états de Jésus-Christ sur la terre : saint Jérôme, la crèche du Sauveur; saint Paul, ermite, sa retraite dans le désert ; saint Siméon Stylite, son jeune de quarante jours. Saint Augustin se déclara le disciple de son amour ; saint Bernard, de sa passion ; saint François, de sa pauvreté... Est-il donc contre Tintention de TEgliseque sous une autre idée nous pénétrions jusqu'au cœur de Jésus-Christ pour y contenpler le principe de tous ses mérites, de toutes ses vertus, de toutes ses volontés, de tous ses sentiments? » (Extrait du Manuel de ki dévotion au Sacré Cœur, par M. de Saint-Baussant.)