‹ Instructions sur l'EucharistieChapitre 33 sur 35 · XXX^ INSTRUCTION · texte numérisé non relu

XXX^ INSTRUCTION

li' Euclf aristie foyer de eliaritë.

Sicut misit me vivens Pater, et ego vivo projUer Patrem, et qui manducat me, vivet propler me.

Comme mon Père, le Dieu vivant, m'a envoyé, et que je vis par mon Père, ainsi celui qui mange ma chair vivra par moi.

David nous apprend que, pour allumer le feu de la charité dans son cœur, il méditait sans cesse. Il se rappelait le souvenir des bienfaits sans nombre dont Dieu l'avait comblé, et il est certain que, s'il y a aujourd'hui tant de chrétiens en qui l'amour s'est éteint, c'est parce qu'ils ne se mettent pas sous les yeux les puissants motifs que nous avons de l'aimer, son amabilité infinie, les biens qu'il nous prodigue dans l'ordre de la nature et de la grâce, leur adoption divine, l'excellence de la grâce et ses merveilleux effets. Cependant la sainte Eucharistie est encore un moyen beaucoup plus efficace d'enflammer nos coeurs du feu de l'amour de Dieu ; car le fidèle qui communie est en possession de Dieu même, et Dieu est la charité, Deus charitas est.

ifà.

Distinguons trois effusions de la charité divine : la première est la génération éternelle du Fils de Dieu; la seconde, son union avec la nature humaine ou l'incarnation; la troisième, l'institution de l'Eucharistie ou la communion.

Le Père éternel prononce une parole intérieurement, et cette parole est son Fils ; il l'engendre de toute éternité. Si une personne se regarde dans une glace, elle voit son image ; mais cette image n'est point un être réel et vivant. Or, Dieu le Père se contemple, et il voit son image, et cette image, c'est son Fils, c'est un autre lui-même, parce que tout en lui est réel, vivant et parfait. Mais quand il s'agit d'un être spirituel, il n'y a pas d'image comme pour un objet physique; c'est la parole qui sert d'image, qui exprime la pensée. Et voilà pourquoi le Fils de Dieu est appelé Parole ou Verbe ; et la charité du Père est telle qu'il communique à son Fils toute sa substance et toutes ses perfections infinies, en sorte que le Fils est égal en perfection à son Père. Cependant le Père ne perd rien de sa substance et de ses perfections. Si, au moyen d'un flambeau, j'en allume un autre, je communique au second flambeau autant de lumière qu'en possédait le premier, et cependant le premier n'a rien perdu de sa lumière par cette communication. Mais comment deux personnes distinctes peuventelles avoir la même substance? C'est là le mystère qui ne nous sera révélé que dans le ciel.

La seconde effusion de la charité divine est riocarnation du Fils de Dieu. En se revêtant de

notre nature , il lui a communiqué toute sa nature divine et toutes ses perfections divines, de sorte qu'il résulte de l'union de la nature divine et de la nature humaine une seule personne qui est la personne du Verbe. Si la personnalité humaine n'y est pas, ce n'est point un défaut ou une imperfection, tout au contraire; car qu'entendez-vous par personnalité humaine? N'est-ce pas le principe qui termine l'union du corps et de l'âme? Mais dès lors que l'âme et le corps de Jésus-Christ ne se terminent point à leur union, mais qu'ils sont tellement unis au Verbe divin qu'il devient leur terme, il ne peut y avoir en lui que la seule personne divine. Si vous n'ajoutez rien à une étoffe précieuse, la pièce se termine par elle-même; mais si vous l'environnez d'une frange d'or, c'est celle-ci qui la termine et non plus l'étoffe, et loin que l'étoffe ait perdu de sa valeur, elle n'en est que plus précieuse. Ainsi en est-il de l'humanité de Jésus-Christ.

Vous dites : Je ne vois point de changement après la consécration; je ne touche et je ne goûte que du pain : on le porte, on le rompt, on le mange comme du pain ; il ne dit mot. Comment puis-je croire que c'est Jésus-Christ? Mais après l'incarnation on disait aussi : Est-il possible que cet enfant soit le Fils de Dieu? Il est couché dans un berceau, il a besoin d'une nourrice, il grandit, il marche, il boit, il mange comme un homme ; je ne vois là qu'un homme, et vous dites qu'il est Dieu I Certainement, parce qu'il l'a dit lui-même, et qu'il a opéré les prodiges les plus éclatants pour confir-

mer sa parole. A-t-on jamais vu quelqu'un faire des miracles en témoignage du mensonge? >'ous devons donc ajouter foi à sa parole. Or, c'est lui-même qui nous affirme que l'Eucharistie contient son corps et son sang. Après que vous avez mis un œuf sous une poule, il devient vivant. Si vous en jugez par l'apparence, vous affirmerez que c'est un œuf; mais si vous prêtez l'oreille, vous entendrez qu'un être vivant est renfermé dans cet œuf. Si vous jugez le pain eucharistique par la vue, vous direz que c'est du pain ordinaire; mais si vous prêtez l'oreille à la parole de Dieu, vous croirez que c'est Jésus- Christ lui-même.

La troisième effusion de la charité divine est la communication qui nous est faite à nous-mêmes de la divinité par le moyen de l'Eucharistie.

« Le Verbe divin, dit saint Denys, prenant notre humanité par sa clémence et son amour envers nous, a daigné joindre à un corps visible ce qui était en lui de très-simple et de très-caché, et par ce moyen il nous unit parfaitement avec lui.)>

« Le mélange de l'eau avec le vin qu'on met dans le calice pour la célébration de la sainte Messe signifie l'union admirable que nous avons avec •Jésus-Christ par l'Eucharistie, » nous dit saint Cyprien.

« De même qu'en mêlant une cire à une autre cire et en les faisant fondre ensemble il en résulte une même masse, ainsi par l'Eucharistie nous sommes unis à Jésus-Christ ; nous sommes en lui, et il est en nous. » Ainsi parle saint Cyrille d'Alexandrie

Vous voyez donc, mes frères, que, par une première diffusion de la charité. Dieu le Père communique toute la substance divine à son Verbe ou à son divin Fils; par une deuxième diffusion, le Fils de Dieu Ta communiquée à sa sainte humanité; et par une troisième, il la communique à chacun des fidèles dans la divine Eucharistie.

J'ai dans l'esprit une belle pensée qui fait son ornement ; si je veux vous la communiquer, je lui donne un corps, je la revêts d'une parole, et par le moyen de cet élément matériel, je la fais arriver jusqu'à vous; elle entre par votre oreille dans votre âme ; elle est toute en vous et en chacun de vous ; elle n'est pas plus grande en l'un que dans l'autre, chacun la possède tout entière ; elle est entrée en vous sans me quitter et sans être partagée. Ainsi le Fils de Dieu est la pensée du Père éternel; elle fait son ornement, la splendeur de sa gloire. Sans sortir du sein qui l'a produit, il s'est incarné dans les entrailles de la Vierge Marie, il s'est revêtu d'un corps humain ; puis il s'est enveloppé des espèces sacramentelles, et il entre dans chacun des fidèles sans partage et sans division.

Jésus-Christ a donc institué l'auguste sacrement de l'Eucharistie pour consommer en nous le mystère de l'incarnation, afin que notre corps soit uni à la divinité de la manière la plus étroite et la plus admirable, en sorte que nous ne soyons plus qu'une même chose dans notre personne, comme la nature divine et la nature humaine ne forment qu'un seul et même Jésus-Christ dans la personne du Verbe.

Ecoutez saint Irénée : « Quand l'Apôtre dit que nous sommes les membres de Jésus-Christ, il ne l'entend pas seulement de l'esprit et de l'âme; car l'esprit n'a point d'os ni de chair, et saint Paul dit que nous sommes la chair du corps de Jésus- Christ et l'os de ses os. »

Saint Thomas : ^ Vous êtes tous ensemble le corps de Jésus-Christ, et chacun en particulier est un de ses membres, non seulement quant à l'âme, mais aussi quant au corps. »

Saint Hilaire prouve l'unité de substance qui existe entre le Père et le Fils dans la sainte Trinité par l'unité qui est entre nous et Jésus-Christ par l'Eucharistie, suivant ces paroles du divin Sauveur : « Afin qu'ils soient une même chose comme nous sommes une même chose, que je sois en eux comme vous êtes en moi. » Ut sintunum, sicutet nos unxim sumus, ego in eis, et tu in me.

« Jésus-Christ, dit saint Jean Chrysostôme, se mêle et s'incorpore en une même pâte avec nous et nous avec lui, et cela se fait non seulement par la foi, mais en effet et en réalité. L'Eucharistie fait que nous sommes mêlés avec la chair de Jésus- Christ non seulement par affection et par amour, mais réellement et substantiellement. Considérez donc quel honneur le Fils de Dieu nous a fait : nous sommes unis à Celui que les anges n'osent envisagera cause de l'éclat et de la splendeur qui en rejaillit, et nous sommes faits avec lui un même corps et une même chair. x>

« La chair de Jésus-Christ, dit saint Cyrille d'A-

lexandrie, est unie au Verbe divin et par le Verbe à la nature du Père, et cette même chair est unie et mêlée à notre corps ; ainsi cette chair déifiée est le ciment qui lie notre corps au Verbe incréé et à la nature divine. Comme le levain est dans toute la pâte et la pâte dans tout le levain, ainsi l'Eucharistie s'incorpore en nous-mêmes et nous remplit de toutes ses perfections. »

Les anciens prêtres disaient que le plus grand des dieux avait une chaîne d'or si puissante, qu'il pouvait soulever la terre et l'élever au plus haut des cieux, et lier par ses chaînons les dieux aux hommes et les hommes aux dieux. C'était là comme une ombre et une grossière image de nos plus augustes mystères ; car le Père éternel a une chaîne d'or par laquelle il lie les corps des fidèles et les élève jusqu'à lui, il unit substantiellement les hommes à sa divinité. Cette chaîne est composée de trois chaînons attachés l'un à l'autre. Le premier est la communication de la substance divine au Verbe divin ou au Fils de Dieu ; le second est cette même communication à la sainte humanité du Sauveur, et le troisième, c'est la communion par laquelle chaque fidèle possède corporellement la substance divine. C'est par ces trois degrés que nous sommes unis substantiellement à la nature môme de Dieu dès cette vie et que nous sommes déifiés. Au commencement de son Evangile, saint Jean exprime parfaitement ces trois chaînons qui nous élèvent jusqu'à Dieu, lorsqu'il nous dit : « Le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. » Voilà la pre-

mière effusion de la charité et le premier chaînon. « Et le Verbe s'est fait chair. » C'est la seconde effusion ou le second chaînon. « Et il a demeuré en nous. » C'est la troisième effusion ou le troisième chaînon. Ainsi se vérifient ces magnifiques paroles du Fils de Dieu en s'adressant à son Père : « Je suis en eux, et vous, mon Père, vous êtes en moi, afin qu'ils soient une même chose en nous. »

N'avons-nous pas raison de dire que l'Eucbaristie est un foyer de charité ? Par ce sacrement Jésus- Christ ne nous donne-t-il pas tout ce qu'il a reçu de son Père? Sa chair est à nous, et par sa chair son âme et sa divinité. Tous ses biens sont à nous, et alors se vérifient les paroles de cet aimable Sauveur, que le Père éternel nous aime comme il aime son propre Fils, c'est-à-dire infiniment, et de telle sorte qu'il ne peut nous aimer davantage.

Et par l'Eucharistie le feu de l'amour de Dieu doit s'allumer dans nos cœurs, puisque nous en possédons la source, le principe et la plénitude. Jésus-Christ se communique à nous tout entier pour nous rendre participants de sa nature et de ses infinies perfections; il s'unit à nous corps à corps, cœur à cœur, esprit à esprit, de sorte que nous aimons Dieu non plus d'un amour humain, mais d'un amour divin, mais d'un amour infini, de l'amour môme avec lequel Jésus-Christ aime son Père, et nous lui prouvons notre amour en lui rendant autant qu'il nous a donné, puisque nous lui offrons tous ses mérites qui par la communion sont devenus notre propriété. Est-il foyer d'amour semblable à celui-là?

L'Eucharislic est encore le lien de l'union qui existe entre nous, ou le foyer de chanté le plus actif à l'égard du prochain. Ne vous semble-t-il pas, mes frères, que le christianisme exige beaucoup de vous, lorsqu'il vous ordonne d'être tous unis de cœur et d'alF'^clion, de sorte qu'il n'y ait entre vous qu'un seul cœur et une seule âme? Mais il vous enseigne qu'il existe entre vous une union beaucoup plus étroite encore, puisque vous êtes unis de corps et de chair par la chair même de Jésus-Christ, qui est comme le ciment de tous les cœurs et de tous les corps. Saint Cyrille d'Alexandrie, expliquant ces paroles de Jésus-Christ : « Faites, mon Père, qu'ils soient une même chose comme nous; je suis en en eux , vous êtes en moi , » s'exprime ainsi : « Comme le Père et le Fils dans la sainte Trinité n'ont qu'une même volonté, un même esprit, un même amour, nous devons être liés entre nous de cœur et d'affection. Mais il y a plus : je veux vous montrer que nous sommes unis corporellement; car il y a entre nous une union réelle et physique. Mon corps est uni au corps de Jésus-Christ par l'Eucharistie ; le corps de Jésus-Christ est uni pareillement au corps de tous les fidèles qui communient : donc mon corps et ceux de tous les fidèles sont unis corporellement par l'entremise du corps de Jésus- Christ. »

Saint Jean Chrysostôme fait remarquer que saint Panl dit aux chrétiens deCorinthe: « Le calice que nous bénissons n'est-ce pas la communication du sang de Jésus-Christ, et le pain que nous distri-

buons n'est-ce pas la communication de son corps? » Il ne dit pas que c'est la participation, mais la communication, pour nous faire entendre que nous recevons tous le même corps de Jésus-Christ. Or, quand deux hommes prennent ensemble leur repas, ils mangent du même pain et non pas le même pain ; car le pain mangé par l'un n'est pas mangé par l'autre : il n'y a rien qui soit à l'un et à l'autre tout à la fois. Mais le corps de .Tésus-Christ étant indivisible, vous n'en prenez pas une partie et moi une autre partie, vous le prenez tout entier, et je le reçois aussi tout entier. Si donc le grand Apôtre dit quelque part que nous participons au même pain, il parle ainsi à cause des espèces, qui se partagent et se divisent.

Il a donc raison de conclure que nous formons tous un même corps, le corps de Jésus-Christ, que nous sommes de sa chair, de ses membres et de ses os. Il ne dit pas que nous ressemblons à un corps, mais que nous formons le même corps. >'ous devons donc nous aimer comme les membres d'un même corps s'aiment entre eux.

L'Eucharistie est donc le foyer de charité le plus actif et le plus ardent; car elle fait disparaître l'obstacle le plus insurmontable à la diffusion de la charité chrétienne. Qui empêche en effet le chrétien d'aimer son prochain comme lui-même? C'est qu'il y a au fond de son âme un amour immense pour lui-même qui fait qu'il se préfère aux autres. Mais comme par l'Eucharistie il ne forme qu'un même corps avec tous les chrétiens, il ne saurait s'aimer

iui-raeme sans aimer ses frères, el plus il aime ses frères, plus il s'aime lui-même; car celui qui n'aime pas ses membres ne s'aime pas lui-même, et piusil aime ses membres, plus il s'aime lui-même.

i< On m'a fait savoir, disait saint Paul aux Corinthiens, qu'il y a des disputes parmi vous. L'un dit : J'ai Paul pour mon maître; un autre dit : ApoUo m'a baptisé ; et un troisième se vante d'avoir été conv.?rli par saint Pierre. Et c'est pour cela que vous êtes divisés?» Et que vous dirons-nous donc, mes frères, vous qui vous ruinez par des procès, qui vous entredéchirez par la médisance? « Le sacrement de l'Eucharistie, vous dit saint Jean Chrysostôme, vous oblige d'être exempt non seulement de toute rapine , mais encore des plus légères inimitiés. N'est-ce pas une chose monstrueuse de voir les membres d'un même corps se quereller, se déchirer réciproquement, la main arracher l'œil ou couper le pied, et le pied s'efforcer de conduire le corps dans un abîme?»

0 mon Dieu, éclairez-nous et faites-nous bien comprendre qu'en recevant votre corps, votre sang, votre âme et votre divinité, nous devons aimer nos frères comme étant nos propres membres, nous devons les aimer comme vous-même vous nous avez aimés , nous devons tout sacrifier pour eux, et notre repos, et nos biens, et notre santé, et notre vie. En nous donnant votre cœur, donnez-nous en même temps la charité fraternelle dont il est rempli, afin que nous soyons tous u7i ou une même chose en vous, comme vous êtes w?i avec votre Père céleste. Amen.

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