‹ Instructions sur l'EucharistieChapitre 5 sur 35 · IV^ INSTRUCTION · texte numérisé non relu

IV^ INSTRUCTION

Tj» ]?fesse est le souvenir vivant du sacrifiée du C^alvaire.

Quoliescumque manducabitis panem hune, etcalicem bibetis, mortem Domini aununtiabilis.

Toutes les fois que vous mangerez de ce pain et que vous boirez ilo ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur.

(I Cor., XI, 26.)

Le Prophète-Roi nous apprend que l'Eucharislie est l'abrégé et le mémorial de toutes les merveilles de Dieu : Memoriam fecit mirabilium suorum. Mais Jésus-Christ a voulu qu'elle fût plus particulièrement le souvenir de sa passion et de sa mort. « Chaque fois que vous célébrerezce mystère, dit-il à ses apôtres, vous ferez mémoire de moi. » Le grand Apôtre, nous expliquant la doctrine de son divin Maître, nous apprend que l'Eucharistie est un monument destiné à perpétuer le souvenir de sa passion et de sa mort.

Pour rappeler le souvenir d'une grande victoire ou d'un événement important pour la nation, les rois font graver des médailles, élever des pierres ou des édifices. Mais que sont de pareils monuments à cAlé de celui qu'a élevé Jésus-Christ? Là ce sont

des lettres mortes et insensibles, et ici tout est vivant, tout parle, tout publie les admirables victoires que Jésus-Cbrist a remportées par ses souirrances etsesignomiuies.

Personne n'a jamais aimé comme Jésus-Christ et ne peut s'appliquer avec plus de justice ces belles paroles de saint Augustin : « Quand l'amour presse, il n'y a pas de peine, ou s'il y a peine, la peine même est aimée; le travail, si pénible qu'il soit, est facile, doux et agréable. » Jésus aété rempli de grâce et de vérité dès le premier moment de sa conception. Or, comme l'humanité était unie au Verbe divin, la grâce substantielle et divine lui" a été communiquée par la personne même du Verbe qui l'a déifiée. C'est pourquoi ce divin Sauveur est devenu la source de la grâce et le foyer de l'amour divin. Nous recevons tous de sa plénitude, nous dit saint Jean. Il possède donc lui seul plus de grâces que tous les hommes et les anges réunis, comme le soleil a plus de lumière que tous les astres, comme l'océan renferme plus d'eau que toutes les rivières et tous les fleuves. Mais plus il y a d'intelligence dans l'esprit, plus il y a d'amour dans le cœur. Pourquoi les saints dans le ciel ont-ils pour Dieu un amour si fort, si violent, qu'ils ne peuvent plus se détacher de lui? rs'esi-ce pas parce qu'ils le connaissent parfaitement? N'est-ce pas parce que la lumière divine qui les éclaire leur montre en Dieu tant de beauté et d'amabilité qu'ils s'attachent à lui avec une force pour ainsi dire infinie?

L'âme sainte de notre divin Sauveur a joui de la

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vision intuitive de Dieu dès le premier instant de sa conception; elle voyait Dieu avec plus de clarté que tous les anges et tous les saints ensemble, puisque ceux-ci n'ont d'autre lumière que celle qu'ils reçoivent de Jésus, et que c'est lui-même qui éclaire la Jérusalem céleste. L'âme de Jésus-Christ voit donc l'amabilité, la bonté, la justice, la beauté, la sagesse et toutes les perfections de Dieu avec plus de clarté que tous les saints ensemble; elle a donc plus d'amour et plus d'ardeur pour la gloire de Dieu que tous les saints et tous les anges.

L'afl'eclion d'une âme bien née pour son bienfaiteur est d'autant plus vive et plus sincère que les biens qu'elle en a reçus sont plus estimables et plus nombreux. Et pensez-vous qu'il y ait un bienfait comparable à l'union personnelle du Verbe divin à l'humanité du Sauveur? Quand son âme, sortant du néant par la toute-puissance de Dieu, se vit tout à coup élevée sur le trône de la Divinité, devenue une même et unique personne avec le Fils de Dieu, quels transports d'amour n'éprouva pas son cœur généreux? Quelles actions de grâces, quelle ardente charité pour Dieul

C'est cet amour si grand, si vif, si sincère de Jésus-Christ pour Dieu et pour nous qui lui a fait désirer si passionnément d'endurer le supplice de la croix. Lorsqu'on vint pour le saisir et le conduire à kl mort , il dit à ses disciples : « Afin que le monde connaisse que j'aime mon Père, levez-vous et avançons. » Et longtemps avant celte époque, il s'écriait dans lestransportsde sa charité: «Combien

je souffre, combien je suis pressé de souffrir, jusqu'à ce que mon sacrifice soit parfait et consommé ! >• Ce n'était pas la vue des souffrances à venir qui le tourmentait, c'était le délai de sa passion qui l'accablait de tristesse ; il souffrait de ne pas souffrir, il mourait de ne pas mourir. Le jour de ses souffrances et de sa passion, il l'appelle le jour de sa joie. de ses délices et de ses noces.

Certaines âmes d'élite ont quelquefois souhaité avoir des milliers de corps et souffrir dans tous ces corps tous les genres de tourments, afin de témoigner ainsi à Dieu l'amour extraordinaire dont leur cœur était embrasé pour lui. Et qu'est-ce que tout cela? Une étincelle à côté de l'immense foyer d'amour qui embrasait le cœur de Jésus-Christ. Il aurait voulu mourir tous les jours jusqu'à la fin du monde, et mourir des milliers de fois par jour, pour nous faire voir toute l'étendue et toute la profondeur de son excessive charité; mais il ne le pouvait pas. Une fois ressuscité, il ne devait plus être assujéti à la mort après l'avoir vaincue; il devait être impassible, glorieux et immortel. Qu'al-il donc fait pour contenter son amoureuse passion de souffrir? Il a institué le sacrifice de la Messe, par lequel il est immolé tous les jours, à tous les moments du jour, et dans des milliers de lieux à la fois ; il est immolé véritablement, puisque le sacrifice de la Messe est la continuation du sacrifice de la croix, et qu'il n'y a de différence que dans la manière de l'offrir.

Mais comment le sacrifice de la Messe est-il le

mémorial vivant du sacrifice de la croix? quel rapport y a-t-il entre l'un et l'autre? Jésus-Christ ne devait-il pas choisir quelque action solennelle mais sanglante, quelque signe pénible et douloureux par lequel il nous eût fallu répandre au moins quelques gouttes de notre sang? Puisqu'il voulait nous faire participer à son sacrifice, ne devait-il pas nous donner en nourriture quelque chose d'amer, propre à mortifier notre sensualité? Mais non ; il veut, au contraire, que l'on consacre l'Eucharistie avec du pain et du vin, qui plaisent à tous les hommes; il se réserve tout ce qui est amer pour nous laisser tout ce qui est agréable.

Comment donc le pain et le vin nous font-ils souvenir de la passion et de la mort de Jésus-Chrisl ? Parce que le froment ne se transforme en pain qu'en subissant des tourments infinis et une espèce de passion semblable à celle de Jésus-Christ. Rappelez-vous son histoire. Il est jeté en terre, il meurt et renaît ensuite. Il endure les pluies, les neiges et les froids rigoureux de l'hiver; il est souvent agité par le vent et les tempêtes. Parvenu à sa maturité, il tombe sous la faulx du moissonneur; il est foulé par le fléau pour séparer la paille du bon grain ; il est brisé et moulu sous la pierre ; il est pétri à force de bras, et enfin cuit au feu. N'en est-il pas à peu près de môme du vin? Ne faut-il pas que le raisin qui le renferme soit coupé et ensuite foulé au pressoir? Mais, mes frères, quoi de plus propre pour nous rappeler la passion de notre Sauveur? Lui aussi a été exposé à tous les vents et

à toutes les tempêtes ; il a été froissé par les coups de la flagellation, flétri et brisé par les épines et les clous, foulé par les opprobres et les ignominies, pressuré et écrasé par sa croix, de sorte qu'il n'est pas resté une seule goutte de son sang, comme le raisin mis au pressoir demeure vide de toute liqueur.

Les paroles de la consécration ou la forme du sacrement n'expriment pas avec moins d'énergie le souvenir de la passion et de la mort du Sauveur. Ouand le célébrant les a prononcées, ce n'est plus du pain qu'il a entre les mains, mais Jésus-Christ lui-même, vrai Dieu et vrai homme, son corps, son sang, son àme, sa divinité. Ce n'est plus du vin qui est dans le calice, mais Jésus-Christ tout entier, comme sous l'espèce du pain. Il y a tout autant sous une espèce que sous l'autre.

Mais pourquoi adorez-vous le corps de Jésus- Christ lorsque le célébrant élève l'hostie, et soii sang lorsqu'il élève le calice? Pourquoi, lorsqu'il porte le saint Viatique à un malade, dit-on qu'i! porte le corps et non le sang de Jésus-Christ, puisque le corps et le sang sont sous les deux espèces? Nous parlons ainsi et nous parlons bien, parce que. en vertu des paroles de la consécration, le corps de Jésus-Christ est sous l'espèce du pain et son sang sous l'espèce du vin. Le prêtre, comme Jésus- Christ, dit sur le pain : Ceci est mon corps, et sur le calice : Ceci est mon sang, comme si le sang était séparé du corps, parce que l'intention première de notre Sauveur est de ne mettre que le

corps sous l'espèce du pain, et que son sang sous l'espèce du vin.

Mais pourquoi donc le corps et le sang de Jésus- Christ se trouvent-ils sous chaque espèce, puisque le prêtre ne demande que le corps sous l'espèce du pain et que le sang sous l'espèce du vin? D'où vient que Jésus-Christ se trouve tout entier sous chaque espèce? C'est l'effet de l'union intime qui existe entre le corps, le sang, l'âme et la divinité de Jésus-Christ après sa résurrection. Puisqu'il est impassible et immortel, son corps ne peut être séparé de son sang, son corps et son sang ne peuvent être séparés de son âme. Il faut nécessairement que l'âme, la divinité et le sang de Jésus-Christ soient partout où se trouve son corps, et que le corps, l'âme et la divinité soient toujours unis à son sang. Cependant la première intention de notre divin Sauveur a été de changer la substance du pain en la substance du corps seulement , et la substance du vin en la substance du sang seulement.

Vous trouvez en vous-même une image de cette vérité. Si je priais toutes les âmes pieuses de la paroisse d'assister aux instructions que je devrais leur faire pendant le carême, elles y viendraient en amenant leurs corps avec elles. Cependant je n'aurais demandé que les âmes, parce que je n'aurais affaire qu'aux âmes, puisque ce sont les âmes que je voudrais instruire, éclairer, toucher et sanctifier. Mais les corps y viendraient en même temps, à cause de l'union naturelle qui existe entre l'âme et le corps durant cette vie.

Pourquoi donc, Jésus-Christ se trouvant tout entier sous chaque espèce, le prêtre ne dit-il pas en consacrant l'hostie : Ceci est Jésus-Christ, et pareillement en consacrant le vin? Cela se fait pour rappeler jusqu'à la fin du monde la passion et la mort de Jésus-Christ. En effet, à la mort du divin Sauveur, son sang fut séparé de son corps et son corps de son sang, et c'est pour rappeler cette séparation qui se fit par la flagellation, le couronnement d'épines et le crucifiement, que le prêtre dit expressément en consacrant le pain : Ceci est mon corps, et en consacrant le vin : Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance qui sera répandu pour la rémission des péchés.

Biais, parce que cette représentation ne frappe point assez les fidèles, l'Eglise, par le commandement de Jésus-Christ, en a institué une autre plus sensible, celle des cérémonies de la sainte Messe. Ainsi, quand vous voyez l'amict ou le voile dont se couvre le prêtre, vous devez vous souvenir du linge dont on voila les yeux de Jésus-Christ chez Caïphe ; l'aube vous remet en mémoire la robe blanche dont il fut revêtu chez Hérode; la ceinture, l'étoie, le manipule, les liens dont il fut garrotté au jardin des Oliviers, attaché à la colonne et à la croix.

Le prêtre qui célèbre la sainte Messe fait trèssouvent le signe de la croix sur le pain et sur le calice, pour rappeler sans cesse, dit saint Thomas, que la croix de Jésus-Christ a terminé sa passion. Après la consécration, il tient presque toujours les mains étendues pour rappeler Jésus-Christ en croix

et les bras étendus pour embrasser le monde; l'autel, construit en pierre et en forme de tombeau, rappelle le sépulcre taillé dans la pierre et dans lequel fut placé le corps de Jésus-Christ après sa mort.

Mais pourquoi Jésus-Christ a-t-il voulu que la célébration de la sainte Messe fût un souvenir vivant de sa passion et de sa mort? Pour sa propre gloire, pour l'avantage des âmes fidèles et pour la confusion des pécheurs.

1" i.a Messe est en effet un magnifique trophée des conquêtes que Jésus a faites par ses souffrances et par sa mort ; c'est un triomphe perpétuel qui rappelle sans cesse les victoires qu'il a remportées sur le démon et sur le monde, sur le péché et sur la mort. Des légions d'anges lui fout un cortège d'honneur, applaudissent à ses exploits, entonnent le chant de triomphe et l'hymne de la victoire.

Pendant sa vie, notre divin Sauveur parlait avec amour et enthousiasme de sa passion, comme l'évangéliste le rapporte au moment de sa transfiguration, loquehatur cum excessu, tant il était heureux à la vue de la gloire qui en reviendrait à son Père et des biens infinis qu'il devait nous procurer à nous-mêmes ; mais quel ne doit pas être son bonheur de rappeler aujourd'hui ce souvenir si glorieux? Si la pensée de sa passion si douloureuse le ravissait, malgré la peine profonde qu'elle devait lui causer, que sera-ce aujourd'hui (jue tout ce qu'elle offrait de pénible est passé, et que son âme n'a plus qu'à goûter les douceurs et les ineffables

consolations qui en ont été les fruits? Qu'y a-t-il de plus doux que le souvenir des douleurs et des travaux passés ?

2° N'est-ce pas pour ce motif que saint Paul ne veut acquérir qu'une seule science, celle de Jésus- Christ crucifié, et qu'il recommande aux fidèles de penser sans cesse à la passion de Jésus-Christ? Recogitate eiim, leur dit-il; pensez et réfléchissez sérieusement et avec application d'esprit à Celui qui a souffert de la part des pécheurs une si grande contradiction contre lui-même. Gardez-vous bien d'oublier jamais la grâce que vous a faite Celui qui s'est rendu caution pour vous, et qui, pour acquitter vos dettes, n'a pas donné de Tor et de l'argent, mais son sang et sa vie. Lui-même nous dit à tous par le prophète Jérémie : « Souvenez-vous de ma pauvreté et du fiel et des amertumes que j'ai goûtés pour vous. »

Le sacrifice de la Messe n'est pas seulement une figure du sacrifice de la croix : c'est la même victime qui fut offerte sur le Calvaire. Le même Sauveur qui s'offrit sur la croix s'offre encore maintenant par le ministère des prêtres. Il n'acquiert pas de nouvelles grâces, mais il nous applique celles qu'il nous avait méritées. Le sacrifice de la croix est la source des grâces ; le sacrifice de la Messe en est le canal qui les fait couler dans les âmes. Le même Sauveur qui s'immolait sur la croix se rend encore réellement présent sur l'autel, où il s'immole tous les jours pour le bien de son Eglise et pour le vôtre en particulier. Vous devez donc y as-

sister avec les mêmes sentiments de reconnaissance et d'amour que si vous le voyiez mourir pour vous sur le Calvaire, et comme s'il vous disait en mourant : Voyez ce que j'ai souffert pour vous; voyez mes plaies, voyez l'amour que je vous porte. Que voulez-vous faire pour moi ? Ne m'aimerez-vous jamais?

Souvenez-vous de la passion de Jésus-Christ toutes les fois que vous entendez la Messe. Il vous en témoigne lui-même le désir lorsqu'il donne sa toute-puissance aux prêtres pour faire le plus grand des miracles, et qu'il ne leur demande autre chose, sinon qu'ils le fassent en mémoire de lui. « Toutes les fois que vous ferez ceci, leur dit-il, faites-le en mémoire de moi. » C'est assurément un très-précieux et très-doux souvenir, dit saint Bernard. La mort de Jésus-Christ est une œuvre sans exemple, une humilité sans mesure, un don sans prix, une faveur sans mérite. Le seul souvenir de cette grâce attire sur nous toutes les bénédictitjns du ciel, suivant cette promesse du Seigneur : « Partout où vous vous souviendrez de mon nom, je viendrai à vous et je vous bénirai. »

Faites aussi un sacrifice de vous-mêmes et offrez-vous avec le précieux corps de Jésus-Christ pour être crucifiés et immolés avec lui. C'est alors que vous offrirez à Dieu un véritable sacrifice, quand vous serez vous-mêmes la victime. Vous tirez votre nourriture de la croix en mangeant le corps de Jésus-Christ crucifié. Il faut donc que vous en preniez les qualités et que vous soyez crucifiés comme

lui. II a institué l'Eucharistie et a communié ses apôtres avant de mourir, afin qu'étant unis à lui, ils fussent tous crucifiés avec lui.

Par le saint sacrifice de la Messe, Jésus-Christ rend un honneur infini à son Père, et il nous dit à tous : Imitez-moi, ahaissez-vous comme moi devant Dieu, abaissez -vous jusqu'à l'anéantissement. Si des circonstances particulières vous jettent dans l'aiïliction, dans la peine ou dans la pauvreté, si on vous calomnie et on vous persécute, dites comme moi et avec moi : Mon Père, que votre volonté soit faite et non pas la mienne. Oui, sacrifiez-moi, immolez-moi pour expier mes péchés, pour satisfaire à votre justice ; je soufî'rirai tout sans me plaindre, et si l'on me demande ce que je fais, je répondrai comme votre divin Fis et je dirai comme lui : J'honore et je glorifie mon Père; je fais éclater la puissance de sa grâce et de sa sainteté.

Après avoir assiste à la Messe, vivez comme des hommes crucifiés. 3Iéditez continuellement , dit saint Bernard , conservez fidèlement , embrassez doucement ce que vous voyez, ce que vous faites, ce que vous tenez; embrassez-le de cœur, par un amoureux souvenir, et d'effet, par une pieuse imitation.

Jésus-Christ est représenté à la sainte Messe dans un état de mort, afin que vous voyiez comment vous l'avez traité vous-mêmes. Considérez ce front qui rougit de vos effronteries, ces yeux fermés par l'horreur de vos iniquités, ces joues pâlies par la frayeur des maux qui vous menacent, cette langue

muette fatiguée de vous reprendre, ces mains attachées par votre obstination à repousser ses grâces. Rentrez donc en vous-mêmes et prenez la résolution devons sacrifier par une véritable pénitence, afin de vous appliquer la vertu salutaire du sacrifice de la croix. Amen,

SAINT BONÀVENTLRE. — HERNAND DE TALAVERA. —- SAINT CHRYSOSTÔME. — SAINT NIL.

Nous lisons dans la vie de saint Bonaventure que, considérant d'un côté son extrême bassesse, et de l'autre la grandeur infinie de Dieu, il fut quelques jours sans s'approcher du saint Sacrement de l'autel, dans la crainte de ne pouvoir le faire avec les dispositions convenables. Mais un jour qu'il entendait la Messe, au moment oij le prêtre rompait l'hostie, il en vint une partie dans sa bouche : et, par cette faveur signalée que Dieu lui faisait, il comprit que c'était une chose plus agréable à Dieu de s'approcher de la sainte table avec amour et respect que de s'en abstenir par crainte. C'est un sentiment qu'il a laissé ensuite par écrit, et saint Thomas est de la même opinion.

On raconte que llernand de Talavera, premier archevêque de Grenade, que le roi Ferdinand et la reine Isabelle avaient chargé des plus importantes alïaires des royaumes de Castille et d'Aragon, était entouré d'envieux qui, ne sachant par où attaquer sa conduite, trouvaient à redire que, parmi l'embarras de tant d'occupations et de tant d'atîaires épineuses, il célébrât tous les jours la sainte Messe, comme il eût pu faire dans la retraite et dans la tranquillité d'un monastère. Un jour que le cardinal de Mendoce lui parlait familièrement de ce reproche : « Les rois, répondit le serviteur de Dieu, «l'ont imposé un fardeau tellement au-dessus de mes forces, ^ue je n'ai aucun moyen de m'empêcher d'y succomber que

de m'approcher tous les jours du saint autel; et ainsi je m'en approche tous les jours pour en recevoir le secours et pour être en état de rendre le compte des choses dont je suis chargé. »

Saint Chrysostôme dit que les anges sont présents au saint sacrifice de la Messe, et qu'ils environnent l'àutel en l'honneur de Celui qui y est offert. Il dit aussi avoir entendu raconter à une personne digne de foi qu'un serviteur de Dieu avait vu un jour une grande multitude d'anges revêtus de robes blanches descendre tout à coup du ciel, venir se ranger autour de Tautel, et s'y tenir dans une posture respectueuse, comme des sujets devant leur prince. « Je n'ai pas de peine à le croire, ajoute le saint; car oij est le roi, là est la cour. )) Qui doute, dit saint Grégoire, que, dans le temps que le sacrifice est offert, le ciel ne s'ouvre à la voix du prêtre, et qu'il ne descende avec Jésus-Christ une infinité d'esprits bienheureux qui l'accompagnent, comme de bons courtisans qui suivent leur prince partout? Plusieurs saints interprètes de l'Ecriture, expliquant le commandement que saint Paul fait aux femmes d'être voilées à 'l'église à cawse des anges, disent que ces paroles : à muse des anges, doivent s'entendre des anges qui sont effectivement présents à l'église pour y adorer le Saint-Sacrement qui y repose.

Saint Nil, qui avait été disciple de saint Jean Chrysostôme, écrit que, quand ce grand saint entrait dans l'église, il y voyait une multitude d'anges vêtus de blanc, qui se tenaient autour de l'autel, et qui paraissaient comme saisis d'étonnement à la vue du souverain Maître qui y est présent. Lorsque vous êtes devant l'autel où Jésus-Christ repose, dit le même saint Chrysostôme, il ne faut pas croire que vous êtes encore parmi les hommes; n'apercevez-vous pas des troupes d'anges et d'archanges qui sont auprès de vous, et qui tremblent de respect devant le souverain Maître du ciel et de la terre? C'est pourquoi, mes frères, continue le saint Docteur, lorsque vous êtes dans une église, tenez-vous-y dans le silence, dans la crainte et la vénération; songez quelle est ia circonspection et la retenue que des courtisans ont devant

leur prince, et apprenez à demeurer devant Dieu avec tout le respect que vous lui devez.

Saint Grégoire le Grand rapporte que le pape Agapet guérit un pauvre infirme, muet et boiteux, qui n'avait jamais pu ni prononcer une parole, ni se lever de son siège, en célébrant la Messe en sa présence et lui administrant la sainte Eucharistie.

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