V INSTRUCTION
De la matière et de la forme de l'£ueliaristie.
Accepit Jésus panem etbenedixit, ac fregii, deditque discipulis suis et ail : Accipile et comedite ; hoc est corpus meum. Et accipiens calicem,gralias egit et dédit illis, dicens : Bibite ex hoc omnes ; hic est enim sangnis meus novi testamenti qui pro multis effundelur tu remissionem peccalorum.
Jésus prit du pain, le bénit, le rompit, le donna à ses disciples et leur dit: Prenez et mangez, ceci est mon corps. Et prenant la calice, il rendit grâces et le leur donna en disant : Buvez-en tous : car c'est mon sang du nouveau testament qui sera répnndu pour plusieurs pour la rémission des péchés.
(Matth., XXVI, ae.",
Jésus prend du pain dans ses mains saintes et adorables, et, les yeux élevés au ciel, il rend grâces à son Père, bénit et consacre ce pain. Il prend le pain dans ses mains pour nous apprendre que l'Eucharistie est le plus grand don de sa libcralilé et l'effet merveilleux de sa puissance infinie , qu'elle est le fruit de tous ses travaux et de tous ses mérites. Il lève les yeux au ciel pour nous faire sentir la grandeur et l'importance de l'action qu'il va faire, pour nous montrer que l'Eucharistie est le pain des anges, la véritable manne descendue du ciel pour nourrir nos âmes, et pour nous apprendre
que, quand nous communions, nous devons élever notre esprit et notre cœur vers le ciel, aspirer à une vie toute pure, toute céleste, toute divine. Il bénit le pain et le vin avant de les consacrer, pour les sanctifier.
La matière de l'Eucharistie est donc du pain de froment et du vin de la vigne, et la forme consiste dans ces paroles : Ceci est mon corps j ceci est mon sang.
La tradition rapporte que Jésus-Christ mêla au vin une légère quantité d'eau; et l'Eglise ordonne à tout prêtre qui célèbre, sous peine de faute grave, de verser quelques gouttes d'eau dans le calice. Pourquoi ce mélange? Jésus-Christ, nous disent les saints, a voulu édifier son Eglise et lui donner une leçon de tempérance, lui rappeler d'une manière plus sensible sa mort sanglante sur la croix, l'eau et le vin représentant l'eau et le sang qui coulèrent de son côté percé par la lance; il a voulu marquer la force, la joie et le courage qu'inspire ce divin breuvage, et les abondantes consolations qu'il nous procure dans cette vallée de larmes. L'eau mêlée au vin est le symbole du peuple chrétien, qui ne doit jamais être séparé de Jésus-Christ, puisqu'il est son corps mystique, et ce mélange signifie que l'incorporation des fidèles à la nature divine, qui commence par le Baptême, s'achève et se perfectionne par l'Eucharistie. Enfin il a voulu nous faire comprendre que comme ces quelques gouttes d'eau, en se mêlant au vin, en acquièrent toutes les propriétés, ainsi les chrétiens, par la communion,
— (ji —
parlicipent aux perfections divines et sont transformés en Jésus-Christ.
Pourquoi Jésus-Christ a-t-il choisi le pain de froment pour la matière de l'Eucharistie?
4° D'abord il est plus facile de se procurer ce pain que toute autre substance alimentaire ; on le trouve partout et en tout temps; on le conserve plus aisément ; on le touche d'une manière plus décente et plus convenable; il est plus facilement divisé sur l'autel et reçu plus commodément et par ceux qui sont en santé et par ceux qui sont malades.
2° Le pain exprime mieux que toute autre chose l'union que l'Eucharistie doit établir entre les fidèles. Comme le pain se compose de plusieurs grains de froment, dit saint Thomas, et que le vin est fait de plusieurs raisins, ainsi est composé le corps mystique de Jésus-Christ ou l'Eglise. Yoyez-vous comme sont unis entre eux les grains de froment dont se compose le pain, et les gouttes diverses dont se compose le vin ? Ils sont tellement semblables qu'on ne saurait plus les distinguer les uns des autres. Ainsi doivent être unis les membres de l'Eglise ; il faut que tous ressemblent à Jésus-Christ. et qu'ils soient tous tellement semblables entre eux, que Dieu seul puisse les distinguer. Mais pour ne faire qu'un môme pain de plusieurs grains de froment, et pour avoir du vin de plusieurs raisins, il faut broyer le froment sous la meule et fouler Ir raisin dans le pressoir; ainsi est-il nécessaire que tous les chrétiens, pour devenir membres du corps
mystique de Jésus-Christ, soient broyés sous la meule de la pénitence ou de la mortification, sous le pressoir des aiïliclions, des maladies ou des persécutions, de sorte qu'ils aient tous les mêmes pensées et les mômes sentiments, la même croyance et la même volonté, en un mot, le même esprit de Jésus-Christ. C'est ainsi que saint Paul exhortait les chrétiens à l'union et à la concorde.
3° Le pain signifie le corps de Jésus-Christ, dit saint Thomas; car, comme le pain est formé de plusieurs grains choisis et purifiés, ainsi le corps de Jésus-Christ est composé de plusieurs membres purs et sans tache. « Votre sein est comme un monceau de froment environné de lis, » est-il dit dans le Cantique des cantiques. Ce monceau de froment, ajoute ce saint Docteur, signifie les membres sans tache de Jésus-Christ conservés dans le sein virginal de Marie ; les lis représentent l'éclat de la chasteté parfaite qui embellit les membres de la Vierge immaculée.
Si le grain de froment ne meurt qu'après qu'on l'a jeté en terre, dit Jésus-Christ, il demeure seul ; mais quand il est mort, il porte des fruits abondants. N'est-ce pas ce qui lui est arrivé à lui-même ? N'est-ce pas après que son corps est mort qu'il a porté ses fruits, c'est-à-dire qu'il a sauvé le monde en le rachetant de la mort éternelle ?
Il y a une telle ressemblance entre le grain de froment et le corps de Jésus-Christ, que les saints ont vu dans l'histoire du grain de froment l'histoire même de la vie de Jésus-Christ, comme nous
vous l'avons expliqué dans 1 instruction précédente.
4° Le pain exprime très-bien l'effet que l'Eucharistie produit dans les âmes. Ainsi le pain donne des forces au corps, le rassasie et lui conserve la vie ; de même le pain eucharistique fortifie le cœur de l'homme et le fait triompher de tous les vices. Le chantre du psaume s'écrie : « Je vous aimerai, Seigneur, vous êtes ma force... Vous m'avez revêtu de force pour faire la guerre. » Dieu a rassasié son peuple du pain du ciel pour lui inspirer le dégoût du monde; car, dit l'Esprit saint, l'âme rassasiée foulera aux pieds le miel, c'est-à-dire les douceurs du monde. Le pain de ceux qui ont faim est la vie des pauvres.
5° Il fallait accomplir les prophéties de l'Ancien Testament qui annonçaient un pain nouveau descendu du ciel, et qui devait remplacer les pains de proposition. « Qu'est-ce que le Seigneur a de bon et d'excellent à donner à son peuple, si ce n'est le froment des élus?» dit le prophèt3 Zacharie.Or, le pain le plus beau, le plus agréable, celui qui est du plus grand prix dans le séjour de la gloire des bienheureux, n'est-ce pas le corps de Jésus-Christ?
Les élus trouveront dans cette nourriture trois sortes de grâces : l'avant-goût de toutes les déhces, l'accomplissement de tous leurs désirs, la jouissance assurée et éternelle de tous les biens. N'estce pas de l'Eucharistie que doivent s'entendre ces belles paroles de l'Ancien Testament : « Le pain d'Azer sera excellent, et les rois y trouveront leurs
délices. » (Gen, xlix, 20.) « 0 Dieu, vous avez préparé, par un effet de votre douceur, une nourriture pour le pauvre. » (Psal. lxvii, 10.) « Vous avez présenté à votre peuple le pain du ciel, préparé sans travail, renfermant en soi toutes les délices et tout ce qui peut flatter les sens. »(Sap., xvi, 20.) « Jérusalem, louez le Seigneur; Sion, louez votre Dieu: il vous rassasie du meilleur froment. » (Psal. cxlvii et GUI.) « J'enivrerai et j'engraisserai l'âme des prêtres, et mon peuple sera tout rempli de mes biens. » (Jérém., xxxi.) « Vous faisiez voir votre sagesse et votre douceur envers vos enfants, puisque, s'accommodant aux désirs de chacun d'eux, la manne se changeait en tout ce qui leur plaisait. » ^Sap., XVI, 21.) « Heureux celui qui mange le pain dans la maison de Dieu. » (Luc, xiv.) « Le Seigneur l'a juré par sa droite, dit Isaïe, je ne donnerai plus votre blé à vos ennemis pour s'en nourrir, et les fils de l'étranger ne boiront plus le vin que vous avez fait venir avec tant de peine; mais ceux qui ont recueilli votre blé le mangeront, ceux qui ont fait venir votre vin le boiront dans votre saint temple. »
(Is., LXII.)
Pour vous qui êtes condamnés à cultiver la terre, que dis-je? qui avez l'honneur d'être associés à la Providence divine pour conserver la vie au monde, vous vous plaignez souvent de vos fatigues et de la stérilité de vos travaux. Jetez donc vos regards sur ce divin cultivateur, et voyez si le froment que vous produisez vous coûte autant que celui dont le Fils de Dieu vous nourrit. Calculez, si vous le pouvez,
tout ce qu'il a souffert pour vous offrir à vousmême le froment des élus.
Pour la matière de l'Eucharistie, il faut encore le vin delà vigne : 1° pour accomplir les prophéties. En elïet, puisque le Père éternel a consacré prêlre son divin Fils selon l'ordre de Melchisédech, il devait aussi offrir en sacrifice du pain et du vin. « Venez, mangez mon pain, dit le Seigneur, et buvez le vin que je vous ai préparé. » (Prov., ix.; Le patriarche Jacob dit, en parlant de son fils Juda : « Le sceptre ne sortira point de Juda jusqu'à ce que vienne Celui qui doit être envoyé, et il sera l'altent'^ des nations ; il liera son ânon à la vigne, et il lavera sa robe dans le vin et son manteau dans le sang du raisin : » c'est-à-dire, il attachera à son Eglise les Juifs et les Gentils par la foi qu'il leur inspirera, et il lavera dans son sang leurs péchés, dont il aura bien voulu se charger. Dans presque tous les anciens sacrifices, Dieu avait ordonné des libations de vin pour rappeler à son peuple que le Messie répandrait son sang pour laver les péchés du monde.
Ecoutez encore Isaïe : « Vous tous qui avez soif, venez à la source des eaux, et vous qui n'avez point d'argent, hàtez-vous, achetez et mangez; venez, achetez sans argent et sans échange du vin et du lait. » Quel peut être ce vin que tous peuvent se procurer sans argent, si ce n'est le vin eucharistique? Et cet autre vin qui fait germer les vierges, dont nous parle le prophète Zacharie, n'est-ce pas pas ce vin sacré qui donne aux vierges la fécondité des verlus, la joie du cœur, la force et l'énergie
nécessaires pour se consacrer à Dieu? N'est-ce pas ce vin qui les remplit d'une sainte ivresse et leur fait mépriser les séductions du monde et de la chair?
2° Puisque Jésus-Christ instituait l'Eucharistie pour être la nourriture de nos âmes, n'était-il pas très-convenable de prendre du pain et du vin pour la matière du sacrement, puisque les aliments de l'homme se résument dans ces deux substances ? Ne faut-il pas à l'homme de la boisson aussi bien que de la nourriture? Or, le breuvage le plus convenable, celui qu'on sert sur la table des rois comme sur celle de l'ouvrier, c'est le vin de la vigne.
Le vin, est-il dit encore, a été créé pour être la joie de l'homme ; il est une seconde vie, il est la joie de l'âme et du cœur. N'est-ce pas là le vin eucharistique qui fortifie le chrétien, le remplit de joie et de consolation, et lui donne une nouvelle vie?
Pourquoi Jésus-Christ a-t-il voulu se donner à nous sous la forme d'aliments? Pour s'unira nous de la manière la plus étroite qui se puisse imaginer, comme la nourriture s'unit à notre corps; pour devenir une même chose avec nous, comme il le déclare lui-même par ces paroles : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » Qu'y a-t-il qui s'unisse aussi intimement à nous que notre nourriture? Ne devientelle pas une même chose avec nous et ne se transforme-t-elle pas en nous? Ainsi, par le pain et le vin eucharistiques, sommes- nous transformés en Jésus-Christ.
La forme de rEucbarislie consisle dans ces paroles que prononce le prêtre au moment de la consécration : Ceci est mon corps, ceci est mon sang. En effet, au concile de Florence, le Souverain Pontife ayant demandé aux Pères grecs de faire connaître leur doctrine touchant la forme de l'Eucharistie, ceux-ci répondirent : « Très-bienheureux et très-saint Père, puisque nous avons appris de tous les Docteurs, et surtout du bienheureux Jean Chrysostôme, que ce sont les paroles prononcées par le Seigneur qui changent et transsubstantient le pain en son corps et le vin en son sang, et que ces divines paroles du Sauveur renferment toute vertu de changer les substances, il faut que nous admettions cette doctrine des Pères et des Docteurs. » Alors le concile déclara que la forme du sacrement de l'Eucharistie consiste dans les paroles du Sauveur par lesquelles on confectionne ce sacrement. Car le prêtre, parlant en la personne de Jésus-Christ, fait ce sacrement, et, par la vertu de ces mêmes paroles, le pain est changé au corps et le vin au sang de Jésus-Christ.
Dès lors que le prêtre parle et agit au nom de Jésus-Christ, les paroles qu'il prononce ne sont plus les paroles d'un homme, mais bien les paroles d'un Dieu. Or, la parole d'un Dieu n'est-elle pas toute puissante? La parole qu'il a prononcée dès l'origine des temps sur tous les êtres, en disant : Croissez et multipliez-vous, ne conserve-t-elle pas toujours sa vertu? Le cultivateur ne peut-il pas multiplier le grain en le semant dans son champ? S'il le lais-
sait dans son grenier, il aurait beau faire, il ne se reproduirait jamais. Comme la parole de Dieu prononcée des le commencement conserve toute sa force lorsqu'on remplit les conditions qu'il a luimême déterminées, ainsi les paroles de la consécration conservent toute leur vertu quand elles sont prononcées par un prêtre et non par tout chrétien.
Que le sacrifice des chrétiens est grand , mes frères ! qu'il est auguste ! mais qu'il est simple ! qu'il est humble! Tn peu de pain, un peu de vin et quatre paroles le composent. Je reconnais le caractère du Sauveur Jésus. Qui voyez-vous? Un homme. Qui croyez-vous? Un Dieu. Saint Paul dit : « Qui mangera de ce pain ? » Il ne parle que du pain , direz-vous. Il parle de ce qui paraît, et il se plaît à marquer ce qu'il y a d'humble, de commun, de familier dans ce sacrifice; mais pénétrez la simplicité de cette parole; voyez ce qui suit, ce qui précède ; vous entendrez alors quelle force, quelle grandeur il y a dans cette parole : car ce pain est devenu le corps de Jésus, et c'est par lui que le vrai pain de la vie éternelle nous est donné. Il faut entendre de même le calice du Seigneur. Les calices qui ont servi à l'Eucharistie ont été des matières les plus précieuses, dès l'origine du christianisme, durant le temps des persécutions et de la pauvreté de l'Eglise. Je ne m'en étonne pas : Jésus-Christ ne nous a-t-il pas fait entendre de quoi son corps était digne quand il a permis et approuvé qu'on employât tant de parfums exquis, non seulement à
l'honorer pendant sa vie , mais encore à l'oindro après sa mort ?
Mais quoiqu'il approuve ces choses et que son Eglise les imite, elle n'est point attachée à cet appareil extérieur. La persécution peut lui ôter l'or et l'argent, mais jamais elle ne lui fera perdre la richesse de son sacrifice. Un peu de pain, un peu de vin lui fournissent de quoi offrir à Dieu le plus auguste sacrifice, et de quoi donner à tous les fidèles le plus magnifique repas. Voilà les véritables richesses de l'Eglise : non seulement les autres peuvent lui être ôtées, mais souvent elle s'en est défaite elle-même. >''a-t-elle pas loué les évêques qui, pour assister les pauvres, se réduisaient à porter le corps de Jésus-Christ dans un panier et son sang dans un simple verre? N'a-t-elie pas comblé d'éloges ceux qui employaient les vases sacrés à racheter les captifs, à acheter de la place pour enterrer ses morts? (Bossuet.)
Ah! mes frères, déployez tout votre zèle pour honorer les mystères sacrés, et n'épargnez ni l'or ni les pierreries pour exciter le respect des peuples. Cependant n'oubliez jamais que ce qu'il y a de vraiment riche dans ce sacrifice, c'est ce qui est le plus caché et le plus humble. C'est par là que Jésus-Christ fait voir que toute sa grandeur est en luimême. Et ainsi ce ne sont pas non plus les hommes couverts d'habits superbes de soie ou de pourpre, tout resplendissants d'or et d'argent, qui sont les plus dignes ou les plus grands devant Dieu ; ce sont bien plutôt ceux qui portent Dieu dans leur
cœur, quand même ils n'auraient que des haillons pour vêtements. Cherchez donc avant tout la heaulf et la richesse qui ne se voient pas, et vous serez plus conformes à votre divin modèle. Amen.
PREPARATION DES PAINS D'aUTEL. — S. IGNACE, MARTYR.
On no peut douter que les premiers chrétiens, qui avaient tant de vénération pour le très-auguste sacrement du corps et du sang de notre Seigneur, qu'ils appelaient les mystères terribles, et dont ils faisaient leurs plus chastes délices, n'apportassent un très-grand soin pour préparer ce qui devait servir k ce banquet divin. Us ne se reposaient de ce soin sur personne; chacun faisait soi-même le pain destiné au sacrifice, et les empereurs mêmes ne se dispensaient pas de ce devoir. La reine sainte Radegonde, qui établit son monastère à Poitiers, sous la règle de saint Gésaire, faisait de ses mains non .seulement le pain qu'elle devait présenter elle-même aux ministres de l'Eglise à l'offertoire pour être consacré, mais elle s'appliquait avec beaucoup dc3 dévotion à faire ces pains du sacrifice pour les distribuer à un grand nombre «['églises, ♦^t Fortunat dit qu'elle y employa tout un carême, suivant le conseil de saint Germain, dont elle prenait les avis pour sa conduite. Candide, femme de Trajan, maître de la milice du temps de Valens, passait les nuits à moudre le blé dont la fajine était destinée à faire le pain du sacrifice.
Rien n'est plus édifiant que le soin et le respect aveclesquels les premiers moines de Cluny préparaient le blé et la farine et tout ce qui était nécessaire pour faire les pains destinés à être la matière de l'Eucharistie. Les chanoines réguliers de la congrégation de Saint-Victor n'étaient pas moins religieux .sur ce point. Le sacristain, revêtu d'une aube, faisait les hosties avec le froment le plus pur qu'il avait choisi. Deux frères le servaient, afin qu'il ne fût poiulobligéde toucher autre chose
que les hosties. L'un de ces fiv.ies entreleniiil. le feu, tl l'autre ten.ail rinstruinont avec lequel un cui^^ail les hosties. Enfin tout le monde sait que chez les moines de Clunv cette action était accompagnée de prières et de la récitation des psaumes. Il est raconté que saint Pacôme a*ait ordonné aux î'rères qui travaillaient à la boulangerie de ne dire aucune parole inutile lorsqu'ils étaient occupés à faire le pain de l'oblation.
De? l'origine du christianisme, l'on comprenait aussi que le chrétien devait imiter le grain de froment pour devenir, lui aussi, un pain digne d "être présenté sur la table du Père de famille. Ecoutez ce que disait saint Ignace, évèque d'Antioche et martyr, dans une lettre qu'il a écrite aux chrétiens de Rome pour les conjurer de ne pas retarder par leurs prières l'exécution de son martyre : « Je crains votre charité, dit-il, je crains qu'elle ne me nuise. Si vous ne parlez pas de raoi, je serai à Dieu ; mais si vous m'aimez selon la chair, il me faudra retourner à la course. J'écris aux églises et je leur mande à toutes que je meurs volontiers pour Dieu si vous n'y mettez pas d'obstacle Je vous en conjure donc, n'ayez pas pour moi une bienveillance à contre-temps. Laissez-moi devenir la pâture des bêtes et par elles arriver à Dieu. Je suis le froment de Dieu : que je sois moulu par les dents des lions, afin d'être trouvé en Jésus-Christ un pain sans tache. Caressez plutôt les bêtes féroces, afin qu'elles me soient un tombeau et qu'elles ne laissent rien de mon corps, de peur qu'après m'être endormi je ne devienne à charge à quelqu'un. Ni les choses visibles, ni les invisibles, rien ne me touche, pourvu que j'obtienne Jésus-Christ. Qu'il m'arrive le feu, lu croix, les bêtes, la séparation des os, la division des membres, la destruction de tout le corps, enfin tous les tourments inventés par le diable, pourvu seulement que je jouisse de Jésus-Christ I Mourir pour Jésus me vaut mieux que de régner jusqu'aux extrémités de la terre.
« Allons au Père î Je ne suis sensible ni à la nourriture corruptible, ni aux plaisirs de cette vie. Je désire le pain de Dieu, le puin céleste qui c:l la chair de Jésus-Christ, le Filb
de Dieu, né de la race de David et d'Abraiiam; je désire le breuvage de Dieu, son sang, qui est la charité incorruptible et la vie sans fin. Je ne veux plus vivre selon les hommes. »
Gomme saint Ignace, n'oublions pas que nous sommes le froment de Dieu, que nous devons être coupés, battus, vannés, moulus, broyés, pétris et cuits au feu. C'est alors seulement iiue nous deviendrons un pain pur, sans tache et digne de Dieu.
Vr INSTRUCTION.
Du ministre «Se l'JEueliai'iatiie.
Onviis ponlifex ex hominibus assuHipf us joo hominibus constHuHur in iis quœsf.nlad Deum, ulofferat dona et saciificia pro peccatis.
Tout ponlife clioisi parmi les Lorames est établi pour les hommes, en ce qui concerne le culte de Dieu, pour offrir des dons et des sacriflces pour les péchés.
Le sacrifice de la Messe doit être offert par trois sortes de personnes : par Jésus-Christ, par l'Eglise et par le prêtre, mais non pas de la même manière. Jésus-Christ l'offre comme étant le principal et l'éternel prêtre selon l'ordre de Melchisédech, et il l'offre aussi par les mains du prêtre comme étant son propre ministre. Il était hier, il est aujourd'hui et il sera' le seul prêtre jusqu'à la fin du monde, pour offrir son corps et son sang ; et c'est ce qui fait qu'il n'y a qu'un seul sacrifice et un seul sacrificateur. L'Eglise ou la société des fidèles l'offre aussi, non pas comme étant prêtre et remplissant les fonctions de ministre, mais comme peuple se servant du ministère du prêtre ; d'où il suit que le peuple chrétien n'offre pas le sacrifice proprement dit en exerçant un acle sacerdotal, mais il offre
seulement au prêtre l'objet qui deviendra la victime ; ou bien il a soin que le sacrifice se fasse; ou bien il donne son consentement au sacrifice, et il l'oirre par sa volonté et son désir avec le prêtre cciébrant. Jésus-Christ oll're donc le saint sacrifice de la Messe comme ministre principal ; le ministre l'olîre comme prêtre, à la vérité, mais comme étant le délégué de Jésus-Christ; et le peuple l'offre en union de cœur et de volonté avec le prêtre qui célèbre.
Et d'abord, c'est Jésus-Christ qui est le principal prêtre qui offre le saint sacrifice, se servant du ministère d'autres prêtres.
Les prêtres exercent, il est vrai, un véritable pouvoii' sur le corps du Seigneur ; ils immolent, eux aussi, cette victime divine, au moyen des paroles de la consécration ; ils l'offrent réellement, ils la manient, la dispensent et la conservent, et par là même ils sont de vrais prêtres. Cependant le premier et vrai prêtre du saint sacrifice de la Messe est Jésus-Christ lui-même, puisque c'est sa puissante parole que le prêtre répète, et qui convertit la substance du pain et du vin en la substance du corps et du sang du Sauveur. C'est donc Jésus-Christ luimême qui esta l'autel comme au cénacle la victime de son sacrifice et le prêtre de sa victime. Les prêtres ne sont que ses ministres, ses instruments et ses organes vivants; mais c'est lui qui parle par leur bouche et agit par leurs mains. Pour montrer olaiiement qu'il parle et qu'il agit dans la personne de Jésus-Christ, le prêtre ne dit pas, au moment de
ja consécration : Ceci est le corps de Jésus-Christ, mais : Ceci est mon corps. Le saint sacrifice de la Messe conserve donc à Jésus-Christ son sublime privilège d'unique prêtre, véritable source et chef de tous les vrais prêtres, et que, par un serment solennel, Dieu a établi comme Tunique et le vrai prêtre pour l'éternité : Juravit Bominus.et non pœnitebit eum : tu es sacerdos in œternum secundum ordinem Melchisedech.
Mais cette victime qui est offerte est la même victime qui fut offerte, et ce prêtre qui l'offre sur nos autels est le même prêtre qui l'offrit sur le Calvaire. Suivant la doctrine du saint concile de Trente, le sacrifice de la Messe est donc la répétition de l'unique et vrai sacrifice du Calvaire. C'est Jésus- Christ s'offrant toujours lui-même par le ministère du prêtre ; seulement c'est Jésus-Christ s'offrant sous des formes et des symboles différents, s'offrant d'une manière invisible, ineffable, par la seule puissance de son amour, que la malice et l'injustice des hommes n'offusquent d'aucune manière. De là il vous est facile de comprendre que le sacrifice de la Messe ne déroge en rien au sacrifice de la croix, pas plus que le ruisseau n'injurie la source ; n'est-ce pas lui, au contraire, qui répand partout les eaux de la source et en fait connaître par les eflets les précieux avantages? Le sacrifice du Calvaire est la source de toutes les grâces, et le sacrifice de la Messe est l'un des mystérieux canaux destinés à les répandre dans tous les cœurs.
L'action du sacrifice tire sa valeur et sa dignité
non seulement de la victime qui est offerte, mais aussi du ministre principal qui sacrifie, et puisque le sacrifice doit être pur el sans tache, non seulement du côte de la victime, mais encore du coté du ministre qui l'offre, et que le prêtre pris parmi les hommes n'est pas toujours lui-même pur et sans tache , il faut donc que le ministre principal soit exempt de toute souillure et ne soit point sujet au péché. « Il nous fallait un tel pontife, nous dit saint Paul, un homme saint, innocent, sans souillure, séparé des pécheurs, et plus élevé que les cieux, qui ne fût pas obligé d'offrir chaque jour des victimes pour ses propres péchés et pour ceux du peuple, comme les prêtres ordinaires. »
Le sacrifice de la loi nouvelle doit l'emporter infiniment sur ceux de la loi ancienne, non seulement pour la victime qui est offerle, mais encore pour les ministres qui sacrifient. Or, les sacrifices anciens pouvaient être impurs et du côté de la victime et du colédu prêtre. « iN'cst-ce pas un péché, dit le prophète Malachie, d'offrir des victimes qui n'ont pas les qualités requises par la loi ?» Le prophète Isaïe ajoute : « Ne m'offrez plus de sacrifices inutilement; votre encens m'est en abomination, car vous avez les mains pleines de sang. Purifiezvous, soyez saints. » Il est donc nécessaire que notre sacrifice soit tellement pur et tellement saint du côté du ministre principal, qu'il ne puisse être souillé d'aucune sorte. Car, quoique les ministres de Jésus-Christ se rendent coupables de quelques péchés, cela ne nuit en rien au sacrifice. « La vie-
^ 83 — lime euchaiislique est celte oblation pure, dit ie saint concile de Trente, qui ne peut être souillée par aucune indignité et aucune malice de ceux qui l'ollYent, parce qu'ils n'agissent pas en leur propre nom, mais au nom de Jésus-Christ. »
Le prêtre est donc tout à la fois le ministre de Jésus-Christ, de l'Eglise et du peuple chrétien ; car il représente la personne même de Jésus-Christ et offre à Dieu par Jésus-Christ les vœux des fidèles. Mais les fidèles eux-mêmes offrent le sacrifice en union avec le prêtre; c'est pour cela qu'avant de réciter les prières de la secrète, le célébrant se tourne vers eux et leur dit de prier, afin que son sacrifice et leur sacrifice soit agréable à Dieu : Orate, fratreSj ut meum ac vestrum sacrificnim acceptabile fiât. Puis il ajoute encore, avant la consécration : Souvenez-vous, Seigneur, de vos serviteurs et de vos servantes, pour lesquels nous vous offrons ou qui vous offrent ce sacrifice : Mémento, Dominey famulorum famularumque tuarumpro quihus tihi offerimus vel qui tibi offerunt hoc sacrificium. Et en effet, puisque le sacrifice est de sa nature le culte public et solennel du peuple chrétien, il est offert à Dieu par les mains du prêtre au nom de tout le peuple ; et ce qui se fait spécialement parle ministère du prêtre, se fait en général par le désir et le vœu de tous les fidèles.
Dans l'ancienne loi, le peuple devait aussi offrir des sacrifices, et il en ofirait en effet, soit parce qu'il fournissait lui-même la matière du sacrifice ou les victimes, soit parce que le prêtre, qui sacri-
liait au nom de celui qui donnait la victime, se proposait de lui être utile. C'est la pensée de saint Au- ^'uslin, et c'est ainsi que, dans la nouvelle loi, le peuple chrétien sacrifie.
Voulez-vous participer plus abondamment aux iVuils de cet auguste sacrifice ? Assistez-y avec piété et recueillement; et si vos devoirs ne vous permettent pas d'y assister chaque jour, qui vous empêche de vous unir d'intention au prêtre qui va célébrer? Et puisque cette oblation se fait dans le monde entier, il n'y a pas un seul moment du jour ou de la nuit où quelques prêtres n'olfront à Dieu le saint .sacrifice de la Messe. Vous pouvez donc, à tous les instants du jour et de la nuit, offrir la sainte victime avec les prêtres qui l'offrent dans le monde catholique. Quelle source de bénédictions!
Mais si l'Eglise recommande au prêtre sacrificateur d'imiter ce qu'il fait, de s'offrir en sacrifice à Dieu, et de se pénétrer vivement des sentiments dont Jésus-Christ lui-même est animé quand il s'immole sur l'autel, ne devez-vous pas apporter les mêmes dispositions au sacrifice, vous immoler vous-mêmes, vous consacrer tout entiers, vous et tout ce que vous possédez, votre esprit, votre cœur, voire intelligence et votre volonté? Ne devez-vous pas brûler du même feu sacré qui dévore la vielime'.'
Est-ce ainsi, mes frères, que vous assistez au saint sacrifice de la Messe? Vous humiliez-vous, vous anéantissez-vous avec Jésus-Christ ? Embrassez-vous la sainte vertu de pauvreté et l'obéissance
parfaite comme Jésus-Christ? Etes-vous prêts à donner tout ce que vous possédez et à vous donner vousmêmes comme Jésus-Christ? D'où vient donc ce désir effréné de paraître, de vous élever, de parvenir à la grandeur et à la gloire? Pourquoi ces regrets, CCS emportements, ce désespoir, lorsque vous êtes trompés dans vos espérances, que vous êtes supplantés par un rival plus heureux ou plus habile que vous? Pourquoi cette soif de l'or qui vous consume et qui vous ruine?
C'est une obligation rigoureuse pour les prêtres d'offrir le saint sacrifice de la Messe; car dès lors que les fidèles sont tenus d'y assister, ne faut-il pas de toute nécessité que les prêtres qui ont charge d'âmes l'offrent au moins les jours de dimanc h et de fête ? IS'est-ce pas le but que Dieu s'est proposé en instituant le sacerdoce? L'homme ne vient pas au monde prêtre, mais il estordonné prêtre; et il est prêtre non pas tant pour lui que pour le peuple. >'otre divin Sauveur n'a pas dit à ses apôtres : Je vous fais prêtres pour vous combler d'honneur, mais pour offrir le saint sacrifice en mémoire de moi. Il a été ordonné par un précepte divin à tous ceux qui ont charge d'àmes de connaître leurs ouailles, d'offrir pour elles le saint sacrifice, de les nourrir de la prédication de la parole de Dieu, de l'administration des sacrements et de l'exemple de toutes les bonnes œuvres. (Conc. Trid.) Ainsi, toutes les fois que les fidèles ont des raisons légitimes pour demander à leur pasteur qu'il offre pour eux le saint sacrifice de la Messe, il ne saurait s'y refu-
ser sans offenser Dieu et sans se rendre coupable d'injuslice. Enfin le prêtre qui célèbre dignement le saint sacrifice de la Messe procure à la sainte Trinité une gloire infinie, aux anges une sainte joie, aux pécheurs leur pardon, aux justes des secours et des grâces, aux âmes du purgatoire du soulagement, à l'Eglise de Dieu des bienfaits tout particuliers, et à lui-même des remèdes contre les péchés quotidiens et les infirmités. Saint Antonin disait aux prêtres : « Considérez l'excellence du sacrifice que vous offrez à Dieu, puisque c'est Jésus Christ lui-même qui est tout à la fois prêtre et victime. Quel bonheur et quelle douceur pour vous d'accomplir une œuvre si grande, de rendre Jésus- Christ présent sur l'autel, de l'avoir sous les yeux, de le toucher de vos mains, de vous en nourrir et de le distribuer aux fidèles! Si vous célébrez dignement ce grand sacrifice, vous amassez pour vousmêmes des trésors immenses, et vous procurez les plus grands avantages au peuple chrétien. »
Les protestants ont osé avancer que tout chrétien, en vertu de la grâce du Baptême, est associé au sacerdoce de Jésus-Christ et peut offrir des sacrifices à Dieu quand il est choisi par le peuple. Mais, dans une société bien ordonnée, est-il permis à tout citoyen de puiser dans le trésor public, soit pour lui-même, soit pour les autres? Le chef de l'Etat at-il l'habitude de confier la plus haute dignité à tous indistinctement? Ce serait poser le principe de l'anarchie. Et nous croirions que Jésus-Christ, la sagesse vivante de Dieu, a revêtu tous les chrétiens
de la dignité sacerdotale? iS'esl-ce pas aux seuls apôtres et à leurs successeurs dans le sacerdoce qu'il a dit : Faites ceci en mémoire de moi?
Il n'y a donc que les évêques et les prêtres qui jouissent de ce pouvoir sublime : les évèques qui ont succédé au\ apôtres pour les fonctions extraordinaires du sacerdoce, et les prêtres qui leur ont succédé pour les fonctions ordinaires. Car l'essence du sacerdoce, chez tous les peuples du monde et dans tous les temps, est d'oiîrir des sacrifices à la Divinité ; et partout il a fallu que celui qui se destinait à remplir ces sublimes fonctions reçût une espèce de consécration religieuse. Et, dans l'Eglise catholique, ne faut-il pas une puissance infinie? Le prêtre dit au Fils de Dieu comme le Père éternel : « Je vous ai engendré aujourd'hui. » Il parle et il agit comme le Fils de Dieu lorsqu'il prononce les paroles de la consécration ; et c'est par la toutepuissance du Saint-Esprit qu'il chango les dons sacrés au corps et au sang de Jésus-Christ. Ecoutez saint Thomas : « Il ne suffit pas, dit-il, de prononcer les paroles sacramentelles pour faire ce sacrement, il faut encore avoir reçu le pouvoir d'ordre. Au moment de l'ordination, l'évêque dit au prêtre : Recevez le pouvoir d'offrir le saint sacrifice tant pour les vivants que pour les morts.
« Encore que les fidèles soient unis à Jésus- Christ par la grâce, par la foi et la charité, ils ne sauraient offrir à Dieu ce sacrifice ; il leur manque le pouvoir sacramentel. Ils peuvent, il est vrai, offrir à Dieu des hosties spirituelles selon ces pa-
rôles : Un cœur contrit est un sacrifice pfour Dieu. Que vos corps soient comme des hosties vivantes. »
Les prêtres et les évéques seuls sont les ministres ordinaires pour distribuer l'Eucharistie. v\ C'a toujours été la coutume dans l'Eglise de Dieu, que les laïques reçussent la communion de la main des prêtres. » (Conc. Trid., sess. 13, c. 9.)
Ce n'est qu'aux apôtres et à leurs successeurs dans le sacerdoce que Jésus-Christ a dit : « Faites ceci en mémoire de moi, » c'est-à-dire consacrez et distribuez l'Eucharistie comme j'ai fait. Encore, pour distribuer l'Eucharistie aux fidèles, ont-ils besoin d'une certaine juridiction ; car s'il était permis à tout prêtre ou à tout évéque de conférer partout les sacrements selon leur bon plaisir, il n'y aurait plus aucun ordre dans l'Eglise. Quand donc les Souverains Pontifes ont accordé aux religieux le pouvoir de conférer les sacrements aux fidèles, ils l'ont restreint dans certaines limites. Ainsi il leur est expressément défendu de donner l'Eucharistie aux malades et aux enfants pour la première et la seconde communion. Rien de plus juste. A qui appartient-il de nourrir les ouailles, si ce n'est au pasteur? Qui peut savoir aussi bien que lui si les enfants et les malades sont suflisamment disposés jiour recevoir cet auguste sacrement? L'acte si important de la première communion n'esl-il pas une sorte de génération spirituelle qui donne au pasteur une autorité pleine de bonté et de tendresse pour les enfants et imprime dans leur cœur ks plus vifs
sefiitiiuenls de respect et de reconnaissance? Si plus tard ils oublient les promesses qu'ils ont faites à Dieu, qui aura assez d'ascendant sur eux pour les ramener à l'accomplissement de leurs devoirs, si ce n'est le pasteur? Comprenez donc, parents chrétiens, qu'il est delà plus haute importance que vos enfants fassent leur première communion dans leur paroisse. Le souvenir si doux de cet acte si important de la vie leur fera aimer l'Eglise et les ramènera aux olTices. Ils continueront plus volontiers à s'approcher de la table sainte dans l'église même où le Sauveur Jésus leur aura fait goûter une joie si vive et si pure. Au moment où le grand Napoléon voulait attacher à sa personne un de ses plus braves généraux, celui-ci lui répondait : « Permettez-moi, sire, d'aller finir mes jours à côté de l'église où j'ai eu le bonheur de faire ma première communion. » Heureux serez-vous, mes frères, si vos enfants conservent toute leur vie de pareils sentiments.
Dans l'ancienne loi, la majesté de Dieu se manifestait quelquefois visiblement, le feu descendait du ciel et consumait la victime; mais le prodige qui s'opère sur nos autels est plus admirable. Le prêtre parle, et sa parole, plus prompte et plus efficace que la foudre, pénètre la substance du pain et du vin, la consume de manière qu'il n'en reste plus (]uc l'apparence : c'est le corps et le sang du Dieu sauveur.
Lorsque Josué arrête le soleil dans sa course rapide, est-il aussi grand que le prêtre qui fait des-
cendre sur l'aulel Dieu lui-même, le Créateur du soleil et de tous les mondes?
Vous seul, ô aimable Jésus, éles le prêtre capable d'offrir à voire Père éternel un sacrifice digne de lui. 0 prêtre éternel, suppléez à mon indigence par vos mérites infinis, et rendez à la majesté infinie du Dieu que j'adore des hommages dignes de sa grandeur. Présentez-lui nos hommages et nos adorations avec les vôtres, afin qu'il les agrée et répande sur nous ses grâces les plus abondantes. Amen.
DISPENSATIOX DE I/ELCHARISTIE.
Il es!, permis aux Gdèles de communier indiiïéremmeiit tous les jours de Tannée, à l'exception du vendredi saint, jour auquel on ne donne la coniinmunion qu'à ceux qui doivent recevoir le saint viatique. Nous n'exceplons point le samedi saint; on peut communier ce jour-là. C'est aussi l'usage jiarmi nous de recevoir la sainte communion le jour de No«''l à la Messe de minuit, malgré le décret de la Congrégation des Uites qui défend de communier à celte Messe, parce que le Saint-Siège en dispense. Quant à l'heure où l'on peut recevoir la communion, quoiqu'il n'y ait lien de réglé sur ce point, on ne doit pas, hors le cas d'une nécessité plus ou moins grave, communier la nuit; mais on peut le faire quelques heures après midi, quand on est à jeun et qu'on n'a pu faire autrement.
L'esprit de l'Eglise est que les fidèles communient autant que possible à la Messe, immédiatement après la communion du prêtre. Les fidèles ne doivent donc pas attendre que le prêtre ait pris les ablutions pour s'approclier de.la sainte table ; ils doivent se présenter pendant que le célébrant communie, ou un peu plus tard, lorsqu'il prend le précieux sang. Les curés exiiorleront les fidèles, dit Mgr Gousset, à communier à la
Messe après la communion du prêlie. Cependant, dans les jiaroisses nombreuses, et aux jours où il y a grande affluence de fidèles qui se présentent à la sainte table, on fpra bien de renvoyer la communion à la tin de la Messe, de crainte de fatiguer le peuple par la longueur de roffice divin. On doit aussi se montrer facile à l'égard des infirmes, des vieillards et autres personnes qui deman-lent à communier dans la matinée, parce qu'elles ne croient pas pouvoir jeûner jusqu'à la fin de la Messe.
L'ancien évêque de Nantes, qui est mort il y a quelques années, était un modèle de charité sous ce rapport. 11 entendait volonliers la confession des pauvres servantes; et lorsqu'une d'entre elles lui demandait la communion aussitôt sa confession terminée, parce que les devoirs de sa position ne lui permettaient pas d'attendre la sainte Messe, ce vénérable évêque quittait aussitôt le confessionnal, se rendait à l'autel, allumait lui-même les cierges, récitait le Confiteor et les autres prières accoutumées. Après avoir donné la communion, il éteignait les cierges et retournait au confessionnal.
« Tous les fidèles, dit le rituel romain, doivent être admis à la communion, excepté ceux qui en sont justement privés. On duit éloigner de la table sainte ce>ix qui en sont publiquement indignes, tels que les excommuniés, les interdits, ceux qui sont manifestement infâmes, comme les femmes publiques, les concubinaires, les usuriers, les magiciens, les sorciers, les blasphémateurs et les autres pécheurs publics de ce genre, h moins qu'il ne soit constant qu'ils ont fait pénitence, qu'ils se sont corrigés, et qu'ils ont publiquement réparé leurs scandales. »
L'ancien rituel de Tuul nous dit ausii : « Le pasteur, ni aucun autre prêtre, ne doit admettre à la sainte communion les personnes scandaleuses et les pécheurs publics qu'après qu'iJs ont changé de vie et réparé par une conduite exemplaire le scandale qu'ils ont causé par leurs désordres. Si donc ceux qui sont notoirement excommuniés ou interdits, les concubiuaires publics, les femmes ou filles de mauvaise vie.
lus ivrognes, les jureurs, les bla^phéinaleurs, ctux qui sunt routume de violer les saints jours par le travail ou la débauche, ceux qui ont dfs inimifié>, les cabareticrs qui retirent les gens du lieu pendant le service divin et pendant la nuit, les autres pécheurs dont les crimes sont notoires et publics, se présentent à la communion, le curé et tout autre prêtre doit les passer...
« On ne doit communier aucun laïque dans le sanctuaire, mais seulement au balustre qui doit être posé à cet effet dans chaque paroisse pour fermer le sanctuaire. Il faut avertir les gentilshommes et autres gens qui portent épée de la quitter, ainsi que leurs gants, et refuser la sainte communion aux femmes qui s'y présentent ayant le sein et les épaules découvertes, ou avec des marques scandaleuses de vanité. Et atin que personne ne s'y présente qu'avec la modestie et le respect que demande la présence de Jésus-Christ dans cet auguste sacrement, il est à propos que les curés et les vicaires marquent en détail dans leurs instructions les dispositions non seulement intérieures, mais encore extérieures, avec lesquelles on doit recevoir la communion. »
Une femme qui était tombée dans l'apostasie, osa b'approcher de l'Eucharistie pendant que saint Cyprien célébrait la sainte Messe. Tout à coup elle est privée de respiration, ses membres se contractent et s'agitent avec force, puis elle li^mbe et meurt. Son crime, dit saint Cyprien, ne fut pas longtemps impuni et caché; elle avait trompé les hommes, mais elle ressentit la colère d'un Dieu vengeur.
Vir INSTRUCTION.
Fruitf^ du sacrifiée.
Obsecro igitur primum omnium ficri ohsecraiiones, orationes, postulationes, gratiai'um actiones, pro omnibus hominibus.
Je TOUS conjure avant toutes choses de faire des supplications, des prières, des demandes, des actions de grâces, pour tous les hommes.
(I Tiït., II, i.)
Pour suppléer à notre indigence, Jésus-Christ a établi un admirable sacrifice dans son Eglise , un sacrifice plein de Dieu et qui rend à Dieu le tribut et l'hommage que tous les hommes et tous les anges lui doivent, un sacrifice très-saint et Irèsdigne de Dieu. 0 prophète, ne dites plus : Qu'offriraije à Dieu qui soit digne de lui? Le Fils de Dieu y a pourvu : il nous a donné une victime éternelle qu'il offre tous les jours en sacrifice, et qui demeure entière après que le peuple fidèle a mangé sa chair et bu son sang.
1" A qui doit-on offrir le saint sacrifice de la Messe? A Dieu seul ; car, quoique l'Eglise ait coutume de célébrer quelquefois des messes en l'honneur et en la mémoire des saints, elle n'enseigne pourtant pas que le sacrifice leur soit oft'ert, mais
bien à Dieu seul qui les a couronnés ; aussi le prêtre ne dit-il pas : Pierre ou Paul, je vous offre ce sacrifice; mais, rendant grâces à Dieu de leurs victoires, il implore leur assistance afin que ceux dont nous faisons mémoire sur la terre daignent intercéder dans le ciel. (Conc. Trid. , sess. 22, can. 3.j
L'Eglise ajoute encore : « Si quelqu'un dit que c'est une imposture de célébrer des messes en l'honneur des saints et pour obtenir leur intercession auprès de Dieu, comme c'est l'intention de l'Eglise, qu'il soit anathème. » (Ibid., can. 5.)
Pourquoi le sacrifice ne peut-il et ne doit-il être offert qu'à Dieu seul? Parce qu'il est l'acte par excellence de l'adoration proprement dite. En effet, rendre un culte à quelqu'un n'est autre chose que reconnaître ses qualités et ses perfections; et comme il y a deux sortes d'êlres , le Créateur et la créature , il y a aussi deux espèces de culte : le culte de latrie, qu'on ne doit rendre qu'à Dieu, et le culte de dulie, que nous rendons à la sainte Vierge, aux anges et aux saints. Par le culte de latrie, nous reconnaissons dans l'être auquel nous le rendons des perfections infinies, telles que la bonté souveraine, une puissance infinie, une sagesse éternelle et un domaine absolu sur toutes les créatures. N'estil pas manifeste que nous serions des idolâtres , si nous rendions ce culte à un autre qu'à Dieu, puisque nous lui attribuerions des perfections qui ne conviennent qu'à l)ieu?
Que faisons-nous donc par le sacrifice? Nous disons à Dieu, non pas de vive voix, mais par l'acte
iui-mème : Seigneur Dieu, n(3us dépendons tellement de vous, que vous pouvez nous ôtcr la vie à votre gré, comme nous détruisons nous-mêmes celte victime que nous vous offrons; nous vous protestons que nous vous sommes soumis d'esprit et de cœur, et prêts à mourir, s'il le faut, pour accomplir votre volonté. ?s'est-il pas évident que si nous offrions des sacrifices à un autre qu'à Dieu seul, nous reconnaîtrions que cet autre est le Créateur et le souverain Seigneur de toutes choses, qu'il est la majesté infinie, la source et la plénitude de la vie? Mais c'est là le crime de l'idolâtrie.
Pourquoi donc offre-t-on des messes en l'honneur des saints? Nous vous l'avons dit, ces messes ne s'offrent pas aux saints, mais à Dieu seul pour lui rendre grâces de leurs victoires et pour implorer leur assistance.
2"" Pour qui offre-t-on le sacrifice de la Messe? Pour l'Eglise triomphante, pour l'Eglise militante et pour l'Eglise souffrante.
1° En offrant à Dieu le saint sacrifice de la Messe pour les anges et pour les saints, demandons-nous pour eux de nouvelles grâces? Non, sans doute ; ils sont enivrés de toutes les délices du ciel , comblés d'une gloire infinie et consommés en grâce. Cependant le saint sacrifice n'est pas sans utilité pour eux ; ils en retirent un surcroît de gloire acccidentelle. Par cet auguste sacrifice, nous rendons à Dieu une gloire infinie, et, puisque le bonheur des saints consiste à participera la gloire de Dieu, ils éprouvent une joie particulière dans le mérite du sacri-
ficc de la Messe. Les courtisans d'un grand roi ne sont-ils pas heureux de son bonheur et glorieux de sa gloire?
2*^ Nous offrons ce sacrifice pour l'Eglise militante. Vous avez entendu saint Paul dire à son disciple Timothée : « Je vous prie avant toutes choses de faire des supplications, des prières, des demandes, des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et pour ceux qui sont en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille. » Mais quand faut-il adresser à Dieu toutes ces sortes de prières? Le grand Apôtre n'en dit rien ; mais y a-t-il un temps plus opportun que celui où Jésus- Christ s'offre à son Père pour nous sur nos autels? Ecoutez saint Cyrille : « Après que nous avons offert ce sacrifice spirituel et que la victime non sanglante est présente sur Tautcl, nous prions Dieu pour la paix commune des églises, pour la tranquillité du monde, pour les rois, pour les soldats, pour les malades et les affligés, et en général pour tous ceux qui ont besoin de secours. »(Ca^ec/îe*., v.)
Qu'est-il besoin de vous rappeler les paroles des saints Docteurs, lorsque tous proclament hautement et en toutes manières l'eificacité de ce divin sacrifice, et nous répètent sans cesse qu'il n'est rien que nous ne puissions obtenir par sa vertu?
Le saint sacrifice do la Messe a remplacé tous les anciens sacrifices, et il l'emporte infiniment sur eux par son excellence et par son prix ; il doit donc nous procurer tous les avantages des anciens sacrifices, et même de plus grands et de plus nombreux .
Non seulement nous offrons au Père éternel la victime la plus noble et la plus digne de sa majesté, la plus agréable à son amour, son propre Fils; mais cette même victime s'offre elle-même sur l'autel, en notre nom, avec la même humilité profonde, avec le même respect , avec la même obéissance parfaite, avec la même charité infinie qu'elle a témoignés en s'oÛVant sur la croix.
Ce n'est pas tout : l'Eglise s'offre elle-même avec cette auguste victime, avec Jésus-Christ son divin époux, et tous les fidèles s'offrent en môme temps à la sainte Trinité par le même sacrifice. Est-il possible de rendre à Dieu un culte aussi noble et aussi parfait que celui que nous lui rendons au saint sacrifice de la Messe?
N'est-ce pas là l'action de grâces par excellence? Oue pouvons-nous offrir de plus propre, de plus agréable et de plus précieux pour témoigner à Dieu notre reconnaissance pour les bienfaits de toutes sortes dont il nous a comblés et dont il nous comble chaque jour, que son propre Fils, dans lequel la Divinité habite corporellement dans toute sa plénitude, et qui renouvelle d'une manière mystique, et dans l'état de la plus grande humiliation et de la plus grande obscurité, le même sacrifice qu'il offrit une fois pour nous sur le Calvaire? N'esl-ce pas lui que le Prophète voyait de loin et célébrait en ces termes : « Pauvre de tout bien que je suis, que puisje offrir au Seigneur qui soit digne de lui, en échange de tous les bienfaits dont sa miséricorde m'a enrichi? Voici donc ce que je ferai : J'invoque-
rai au secours de mon insuffisance le même Dieu que je dois remercier ; je lui présenterai de ma main le même calice que mon Sauveur lui aura présenté pour mon salut; j'offrirai Dieu à Dieu même, et le même Dieu, auteur unique de tout mon bien, sera aussi le prix unique de ma reconnaissance. »Quid retrihuam Domino pro omnibus qum retribuil mihi? Caliccm salutaris accipiam, et nomen Domini invocabo.
Lorsqu'à l'autel le prêtre vous invite à rendre grâces au Seigneur, vous répondez qu'il est juste et digne de le faire. Alors, s'adressant à Dieu, le célébrant dit en votre nom : « Vraiment il est digne, juste et salutaire de vous rendre grâces en tout temps et en tout lieu, Seigneur, Dieu tout puissant et éternel. Rien n'est plus digne, votre majesté, votre souveraine perfection le méritent; rien n'est plus salutaire, la reconnaissance d'un bienfait reçu en attire beaucoup d'autres. Vous êtes notre souverain Seigneur, tout ce que nous possédons, nous le tenons de votre libéralité; vous êtes saint, et c'est de vous que coulent toutes les grâces qui nous sanctifient; vous êtes notre Père, c'est vous qui nous donnez l'être et, la vie ; vous êtes tout puissant, c'est vous qui nous protégez contre
malice de nos ennemis; vous êtes éternel, vous ous comblez de vos dons en tout temps. »
Nous offrons le saint sacrifice de la Messe pour la rémission des pécbés, non seulement de tout le peuple chrétien en général, mais encore de chaque i^hrétien on particulier qui a besoin de cette propi-
tiation divine pour rentrer en grâce avec le Dieu dont il a violé les lois. Et quelle offrande pouvonsnous faire à Dieu qui soit plus capable de nous le rendre propice et de nous obtenir le pardon de nos péchés, que l'Agneau immaculé, son divin Fils, lui fit de lui-même sur la croix, et dont le sang efface les péchés du monde?
3° Ce sacrifice, en vertu de son efficacité infinie, adoucit encore, abrège ou fait cesser les peines des âmes du purgatoire. Consultez toutes les liturgies, remontez jusqu'aux temps apostoliques, et vous entendrez tous les catholiques conjurer le Seigneur d'accorder à ces âmes souffrantes un adoucissement à leurs peines, la paix et le bonheur. N'est-ce pas pour nous un grand sujet de consolation et d'espérance de pouvoir nous associer aux belles prières que l'Eglise adresse à Dieu pendant la Messe pour les défunts, implorer le pardon pour les âmes de nos parents et de nos frères morts, dans la grâce du Seigneur, dans la communion d« la foi catholique?
Enfin Dieu peut-il rien refuser à l'intercession de son propre Fils s'immolant pour nous et se portant notre médiateur et notre avocat? N'est-il pas homme comme nous pour demander des grâces, et Dieu comme Celui qui les accorde? L'une des plus importantes parties de la liturgie delaMesse, ce sont les prières qu'on y fait. A chaque Messe, ces admirables prières, dictées par l'Esprit saint, sont répétées trois fois en l'honneur de la sainte Trinité, et chaque fois la même grâce est demandée par les
mérites infinis de Jésus-Christ, et en particulier par les mérites de son sacrifice qu'on oiîre sur l'autel. Dans ces prières, l'Eglise n'oublie aucun des besoins, aucune des misères, aucune des conditions du peuple chrétien tout entier. Elle demande à Dieu la conversion des pécheurs, la persévérance des justes, la correction de tous les vices, l'accroissement de toutes les vertus, la force pour les faibles, la providence pour les pauvres, le secours pour les malheureux, la consolation pour les afiligés, la conservation de la santé, la cessation des maladies, la protection divine pendant la vie, la force pour l'heure de la mort, le bien-être pour les familles, la tranquillité pour les Etats, l'éloignement de tous les fléaux ; elle demande toutes les grâces pour l'âme, tous les secours pour le corps, la prospérité du temps et l'acquisition de l'éternité bienheureuse. C'est dans ce sacrifice que tout le monde chrétien place sa confiance; c'est de lui et par lui que tout fidèle obtient tout remède de ses misères et de ses faiblesses, et l'Eglise ses victoires, ses triomphes, ses conquêtes et ses vertus.
Vous le voyez, mes frères, c'est par ce sacrifice que nous rendons hommage à l'auguste Vierge, Mère de Dieu, aux anges et aux saints dont nous rappelons les vertus, les mérites, les grâces, et dont nous invoquons l'intercession auprès de Dieu. Et pendant que l'Eglise militante honore de cette manière l'Eglise triomphante et s'olfre elle-fnême tout entière par Jésus-Christ pour la gloire de Dieu, pour sa propre sanctification et son bonheur, elle
n'oublie pas l'Eglise souffrante, puisqu'elle oflre pour cette Eglise le même sacrifice. C'est donc à l'autel que ces trois Eglises, ou pour mieux dire, ces trois portions de l'unique et même Eglise de Jésus-Christ, si éloignées l'une de l'autre parla dislance des lieux et la différence de la condition, se rencontrent, s'entretiennent de leurs propres affaires, se promettent et se donnent mutucliement secours ; c'est à l'autel et par l'aulcl que la famille des élus qui voient Dieu face à face, la famille des âmes souffrantes et la famille des voyageurs se mettent d'accord, s'embrassent dans l'unité du même esprit et du même amour; c'est sur l'autel qu'est posée la tète de cet angle mystérieux dont l'Ecriture et la liturgie ont chanté la gloire, et qui réunit la maison céleste et la maison souterraine à la maison terrestre, en fait une seule maison, une seule famille, une seule Eglise, et accomplit le grand mystère de la communion des saints, parce que Jésus est la tête et le cœur de ce grand corps mystique qui distribue à tous les membres l'être, le mouvement et la vie.
N'est-ce pas encore au pied de l'autel, et pendant qu'on y offre le saint sacrifice de la Messe, que tous les fidèles d'une même église et toutes les églises dispersées sur la surface de la terre, unies en esprit au même pasteur, répètent le même symbole, adressent à Dieu les mêmes prières, offrent pour les mêmes fins la même victime, confessent la même foi, s'engagent à accomplir les mêmes devoirs, pratiquent le même culte, reconnaissent le
niômc chef, s'unissent dans un centre commun et lui rendent l'hommage de leur reconnaissance pour la lumière de l'enseignement qu'ils en reçoivent? N'est-ce pas la Messe qui réunit les brebis entre elles, les troupeaux au pasteur et l'épouse à l'époux? La Messe n'est-elle pas la règle vivante, le signe sensible de l'unité de l'Eglise? (P. Ventura.) Entrons donc, mes frères, dans cet esprit d'union et de charité; efforçons-nous de conserver cette même foi, d'accomplir tous les commandements, de rendre à Dieu le même culte, en nous réunissant au pied des autels, dans l'église de la petite famille qu'on appelle paroisse, afin que, par l'intermédiaire du pasteur que Dieu nous a donné, nous soyons toujours unis à Jésus-Christ, le seul et Tunique pasteur de toute l'Eglise. Amen.