‹ Instructions sur l'EucharistieChapitre 7 sur 35 · DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE MESSES · texte numérisé non relu

DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE MESSES

Si l'on considère ce qui constitue la nature du saciifice de la Messe, il faut reconnaîU'e qu'il n'y a qu'un seul el unique sacrifice. 11 y a plus, on retrouve môme dans toutes les liturgies les mêmes rites et les mêmes prières pour ce qui concerne les parties principales de la Messe: ainsi la lecture des fxritures de l'Ancien et du Nouveau Testament, Tinslructjon dont elle est suivie, l'oblalion du pain et du vin faite par le prêtre, la préface ou Texhortalion, le Sanctus, la prière jiour les vivants et pour les morts, la consécration faite par les paroles mêmes de Jésus-Christ, l'adoration el la fraction de l'hostie, le baiser de paix, TOraisou Dominicale, la communion, l'action de grâcos et la bénédiction du prêtre. N'estce pas là une preuve incontestable de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie? Peut-on croire que toutes

les Eglises du inonde entier, même celles des hérétiques et des schismatiijues, de mœurs^ de caractères et d'intérêts si diiïérents, se soient entendues pour tromper tous les fidèles sur un dogme aussi fondamental? Cet accord universel est un argument de fait contre lequel viendront se briser les sopliismes des protestants et des incrédules.

L'année ecclésiastique est divisée en différentes parties, à }>eu près comme l'année naturelle qui a ses différentes saisons. Elle commence au premier dimanche de l'Aveat. Or, le temps de l'A vent a pour but de disposer les fidèles à célébrer dignement la fête de Noël ou la naissance temporelle du Fils de Dieu. Pendant le temps de Noël qui va jusqu'à la Sepluagésime, l'Eglise célèbre les louanges de Jésus enfant. Mais dès la Sepluagésime les chrétiens doivent se préparer par la pénitence à la grande fèle de Pâques, la solennité des solennités. Le temps pascal rappelle leur glorieuse délivrance de la servitude du démon et leur espérance de posséder un jour le ciel. De TAscension à la Pentecôte, ils doivent prier et faire des bonnes œuvres pour recevoir le Saint-Esprit comme les apôtres et les disciples. Après avoir reçu ces dons précieux, ils doivent s'exercer à la pratique des plus sublimes vertus. C'est pourquoi les prières variables de la sainte Messe expriment des pensées et des sentiments en harmonie avec ces différents temps de l'année ecclésiastique : ainsi les introïts, les oraisons, les épîtres, les évangiles, les offertoires, les préfaces, les communions et les postcommunions. Quand le i>iêlre célèbre la Messe selon cet ordre, il offre le saint sacrifice selon le propre du temps.

Cependant dès la plus haute antiquité on a célébré des messes en l'honneur des sainl'^. L'Eglise de Smyrne solennisait la lôte de saint Polycarpe, un de ses premiers évêques et un de nos plus glorieux martyrs. Plus lard, on a célébré des messes en l'honneur des saints en général, et l'on a composé des offices propres aux saints. Les plus illustres ont presque toujours ua office particulier, et les autres ont été divisés en différentes classes, pour lesquelles on a fait des offices propres, qu'on appelle le commun des saints. Ainsi nou?

avons le commun des apôtres, des martyrs, des confesseurs pontifes et non pontifes, des vierges et des femmes.

Outre ces messes propres à ces différentes classes, il y en a d'autres qu'on appelle messes votives; ce sont celles qui ne se rapportent point à l'office du jour, mais qu'on célèbre pour quelque nécessité publique ou privée, ou bien en l'hon neur de la sainte Trinité, du Saint Esprit, de la passion de Jésus-Christ, de la sainte Vierge, des anges, des apôtres, etc.

Dès les premiers siècles de l'Eglise, on a célébré des messes votives pour demander à Dieu la cessation de la pluie, de la guerre, de la peste, de la sécheresse, ou pour lui demander quelque autre grâce particulière. Celte dévotion de dire des inesi^es votives, surtout en l'honneur de la sainte Vierge, s'accrut au point que tous les jours, même les dimanches et les jours de fête, outre la Messe solennelle, on disait encore une messe votive en l'honneur de la sainte Vierge ou pour le soulagement des âmes du purgatoire.

Mais l'Eglise a défendu, comme elle défend encore aujourd'hui, de dire des messes volives les jours de dimanche et de fête, et pendant les octaves des grandes solennités de Noël, de l'Epiphanie, de Pâques et de la Pentecôte, le jour des Cendres et les veilles de certaines fêtes. 11 est permis aux prêtres de dire des messes votives les autres jours au lieu de la messe du jour ou de la fête, pourvu qu'il y ait une cause légitime. On peut en dire encore les jours de dimanche et de fête pour une nécessité publique.

On met au nombre des messes votives celles qui se célèbrent pour les morts avec l'ornement noir, et l'on en Irouve dans les plus anciens missels.

Ylir INSTRUCTION.

Dispositions aa^ sacrifices.

Recordali ssunt vero discipuli ejus, quia scriplum est : Zclus domus tiiœ comeditme.

Mais les disciples se rappeléreril qu'il était écrit : Le zcle de votre maison m'a déToré.

'JOAN., n.)

Considérez, mes frères, avec quel zèle tout divin le Sauveur du monde venge l'honneur de son Père, en chassant, le fouet à la main, les vendeurs du temple, et renversant les tables elles marchandises. « Vous faites de la maison de mon Père, dit-il, une caverne de voleurs. » Nos temples sont donc respectables, parce qu'ils sont la maison de Dieu. Mais ce qui les distingue particulièrement, ce qui les consacre et leur donne un caractère spécial de sainteté, c'est le sacrifice. Ils sont saints par la majesté divine qui les remplit, par les exercices de religion qu'on y pratique, par les prières des fidèles qui s'y assemblent, par les louanges de Dieu qu'on y chante et par les grâces qui y sont accordées. Vous pouvez bénir, prier, louer et adorer Dieu partout, mais ce n'est que dans nos églises que vous pouvez offrir le saint sacrifice de nos autels. Apprenez dans quel esprit et avec quels sentiments vous devez y assister.

Que signifient ces mots : assister au sacrifice du Dieu vivant? C'est être présent à l'action la plus auguste et la plus sainte de la religion que vous professez, à une action dont la fin prochaine et immédiate est d'honorer la majesté de Dieu, à une action qui consiste particulièrement à humilier la créature devant Dieu , à une action qui est l'unique par où l'adoration suprême puisse être authentiqucment rendue à Dieu; et c'est y assister en toutes les manières qui peuvent vous inspirer le respect dû à Dieu, soit comme témoins, soit comme ministres, soit comme victimes.

1° Et d'abord le sacrifice n'est-il pas l'action la plus sainte et la plus auguste de la religion? Dans la liturgie, le saint sacrifice est appelé Vaction par excellence; l'Eglise veut vous avertir qu'en effet la grande action de votre vie, la plus grande action que vous puissiez faire pour adorer Dieu, c'est le sacrifice. Que dis-je? c'est même la plus grande action que Jésus-Christ lui-même puisse faire, puisqu'il lui est impossible de s'humilier davantage devant son Père. C'est donc là ce qui rend si vénérables la majesté des temples, la sainteté des autels, la dignité des prêtres. Or, comment arrive-t-il que, dans une action où les païens eux-mêmes témoignaient une si profonde vénération, le défaut de foi vous rende moins raisonnables et moins respectueux que des païens? Vous êtes obligés de convenir, mes frères, que ce qu'il y a pour vous de plus divin et de plus respectable, c'est le sacrifice de la Messe, et toutefois vous ne craignez pas de vous y

présenter comme si c'clail l'action la moins sérieuse; vous y venez avec une imagination vagabonde, des pensées toutes profanes, des yeux égarés ; vous y demeurez avec froideur , ennui et dégoût, quelquefois dans des postures peu convenantes. Si, dans le monde, vous traitiez avec aussi peu de réflexion une affaire un peu grave, on vous mépriserait. Mais n'est-ce pas ici l'affaire capitale, l'affaire d'Etat qui se traite entre Dieu et l'Eglise? et vous n'y donnez nulle attention ! vous n'y avez ni modestie ni recueillement! vous y assistez par habitude ! vous n'appliquez ni votre esprit ni votre cœur ! >"est-ce pas outrager Dieu dans l'action même et dans le temps où vous devez tout spécialement l'honorer?

2° Qu'est-ce en effet que le sacrifice, si vous le regardez par rapport à Dieu? Quelle en est la fin':* C'est un acte de religion dont le caractère essentiel est d'adorer Dieu ou de lui rendre le culte suprême. Encore que vos actions les plus saintes aient pour but d'honorer Dieu, il n'en est aucune qui exprime le culte d'adoration comme le sacrifice. Quand vous assistez au sacrifice, vous reconnaissez le souverain domaine de Dieu sur toutes les créatures, et vous lui dites, non pas en paroles, mais par l'action la plus grande, la plus solennelle et la plus authentique : Mon Dieu, vous êtes le Créateur de toutes choses; vous n'avez qu'à prononcer une parole, et le néant répond à votre voix, et toutes choses sont créées. Vous êtes le Maître de la vie, et vous pouvez l'enlever à tous les êtres de la même manière que

nous Tôtons à cette victime et que nous vous l'immolons.

Savez-vous bien ce que Dieu a fait en instituant le sacrifice? Il a dit à l'homme : Voilà l'hommage que je demande de loi. Tu ne savais pas encore bien reconnaître la souveraineté de mon domaine, je veux: te l'enseigner. Tu m'offriras une victime pure et sainte. Ne voyez-vous pas, mes frères, que profaner le sacrifice de nos autels par des immodesties et des scandales, y venir comme on va à un passe-temps ou à un spectacle, en sortir sans avoir eu aucun sentiment ni souvenir de Dieu, c'est l'espèce d'abomination qui devait paraître dans le lieu saint, selon les paroles du prophète?

3^ Le culte que vous rendez à Dieu par le sacrifice consiste dans une protestation actuelle que vous faites à Dieu de votre dépendance, dans un aveu respectueux de votre misère et de votre bassesse, dans un exercice d'anéantissement, et, si vous êtes pécheur, dans une confession humble et sincère de vos péchés; car tout cela doit être dans votre cœur, autrement vous seriez des menteurs et des hypocrites. Savez-vous pourquoi la victime est détruite et consommée? Pour marquer que l'homme n'est qu'un néant, et dans l'ordre de la nature, et dans l'ordre de la grâce. Voyez-vous combien le sacrifice diffère de la prière? La prière vous élève jusqu'à Dieu, et le sacrifice vous anéantit devant lui. Dans la prière. Dieu semble vous honorer à ses dépens, puisqu'il daigne descendre jusqu'à converser avec vous. Par le sacrifice, vous honorez Dieu

aux dépens de vous-mêmes. Votre sacrifice est inséparable de votre humilité. Comme vous ne pouvez mieux vous humilier devant Dieu qu'en lui offrant un sacrifice, vous ne pouvez avoir part au sacrifice qu'en vous humiliant devant Dieu. Comprenez-vous que des chrétiens viennent au sacrifice du vrai Dieu sans aucun sentiment d'humilité, mais pleins d'eux-mêmes et de leur propre mérite? Ils entrent dans l'église sans fléchir le genou, ils s'y promènent comme sur une place publique, regardent tout ce qu'il peut y avoir de curieux, afin que ceux qui les voient sachent bien qu'ils sont venus en curieux plutôt qu'en chrétiens. Ils se fâchent et s'irritent très-fort si le pasteur ose leur adresser une charitable remontrance. Est-ce donc ainsi que vous protestez à Dieu que vous dépendez de lui, que vous attendez tout de lui, que vous n'adorez que lui, et que vous êtes disposés à vous immoler pour lui? Mais vous insultez à l'autel et aux saints mystères qu'on y célèbre.

Et vous, femmes chrétiennes, il faut que vous paraissiez dans nos églises avec toutes les marques de votre vanité, et que vous y étaliez toute la richesse et toute l'élégance de vos parures. N'est-ce pas pour vous donner plus d'éclat que vous les portez ? Ne devriez-vous pas dire à Dieu : Ah 1 Seigneur, je ne suis que trop vaine au milieu du monde, mais du moins serai-je humble et modeste devant vous; et puisque le sacrifice est le tribut d'humilité que je vous dois, je ne m'y présenterai point avec ce luxe que vous réprouvez. 0 profanation! s'écrie

Terlullien, des femmes cherchent à se montrer avec des hahils magnifiques et brillants, dans un sacrifice dont l'essence est l'humiliation de la créature en présence de son Créateur; elles s'y font voir plus ornées que des autels ; elles y emploient tout le temps à s'étudier, à se contempler, à s'admirer, à recevoir un encens diabolique, à s'attirer de sacrilèges adorations, comme si elles voulaient s'élever au-dessus de Dieu môme.

4'' Qu'est-ce encore que le sacrifice? C'est une protestation publique et solennelle où vous appelez en témoignage de votre soumission et de votre dépendance toutes les créatures, comme si vous disiez : Cieux et terre, anges et hommes, vous m'en serez témoins, me voici devant vous pour me déclarer. J'adore un seul Dieu, souverain Maître de toutes choses, à qui toute la gloire appartient. C'est par ce sacrifice que je reconnais hautement son absolue domination et je m'y soumets. Il n'y a que dans le sacrifice où vous puissiez parler ainsi. Tout autre exercice de religion ne saurait signifier ces pensées et ces sentiments. Le sacrifice seul est l'aveu juridique de ce que vous êtes et de ce que vous devez à Dieu. Mais si les païens vous voyaient assister au sacrifice, n'auraient-ils pas lieu de vous demander : Où est votre Dieu? Vous voulez, par celte cérémonie extérieure, nous faire connaître le culte intérieur que vous lui rendez; mais entrez donc dans nos temples ou dans nos mosquées, et, sans vouloir nous instruire, instruisez-vous vousmêmes par nous. Si votre Dieu est le vrai Dieu,

— fli —

vous n'éles que de faux adorateurs. Vous prétendez que nous n'adorons que de fausses divinités, mais avouez au moins que nous les adorons sincèrement. En supposant que vous possédez seuls la vérité, lequel des deux croyez-vous le plus criminel, ou d'être religieux comme nous le sommes en suivant l'erreur, ou d'être des profanateurs comme vous l'êtes en suivant la vérité?

6° Considérez encore en quelle qualité vous assistez au divin sacrifice. Et d'abord vous y assistez comme témoins. Vous êtes témoins de ce qui se passe de plus mystérieux et de plus secret entre Dieu et les hommes. C'est dans cette vue que l'Eglise vous reçoit à son sacriHce et qu'elle vous oblige même à y comparaître : honneur qu'elle ne fait pas à tous les hommes , puisque le châtiment le plus sévère qu'elle exerce envers ses enfants rebelles est de leur interdire l'entrée de l'église dans le temps qu'elle offre son sacrifice à Dieu. Elle en exclut les catéchumènes, quoique déjà initiés dans les mystères de la foi, parce qu'ils n'ont pas encore le caractère du Baptême; elle n'y admet que les fidèles dont la religion est connue et dont elle veut gratifier la piété ; mais elle les engage en môme temps à soutenir cette qualité de témoins par un respect digne de Dieu. Quand le Seigneur prend à témoin d'une vérité les êtres insensibles, les cieux en sont ébranlés et la terre en est émue jusque dans ses fondements. Et vous, mes frères, témoins vivants du redoutable sacrifice qui s'accomplit sur nos autels, qu'y faites-vous? N'avez-vous pas entendu le

prôlre qui vous sommait de la part de Dieu de vous rendre attentifs ? Ne vous a-t-il pas avertis d'élever votre cœur au ciel : Sursum corda? iS'avcz-vous pas répondu que vous le teniez élevé au Seigneur? Mais à ce moment-là même n'êtes-vous pas plus occupés de la terre que jamais, et ne cherchezvous pas, en promenant partout vos regards, des objets qui repaissent votre curiosité ou qui servent d'amusement à votre oisiveté? Est-ce pour cela que vous êtes appelés au sacrifice? Est-ce la part que vous devez y prendre comme témoins?

Vous n'êtes pas seulement les témoins de cette grande action qu'on appelle sacrifice, vous êtes aussi les ministres. Entendez-vous saint Pierre qui relève la dignité des chrétiens et qui leur attribue le titre de prêtres? L'entendez-vous enseigner expressément qu'ils sont revêtus d'un sacerdoce royal, parce que tout chrétien doit offrir à Dieu le sacrifice de sa rédemption ? Quand le prêtre célèbre les saints mystères, il ne présente pas la victime en son nom particulier, mais comme représentant tout le peuple assemblé; il ne dit pas : J'offre, je supplie, je voue, je proteste; mais il dit : Nous protestons, nous vouons, nous offrons, nous supplions, parce qu'en effet tout le peuple offre et supplie avec lui. Tous n'ont pas reçu le sacrement de l'Ordre, il est vrai; mais, sans porter le caractère sacré comme le prêtre spécialement député de Dieu pour offrir le sacrifice, tous lui sont associés dans cette importante fonction. Mais puisque vous participez au sacrifice en qualité de ministres, ne peut-on pas

(lire que tant de crimes que vous y commettez sont comme autant de profanations? Un entretien, même indifférent, n'est-il pas un acl« d'irrévérence que vous ne vous permettriez pas en présence d'un roi de ia terre? iS'est-il pas la cause que vous n'avez pas satisfait au précepte? Vous vous rendez coupables d'une faute grave lorsque vous ne veillez nullement sur vous-mêmes et que vous laissez volontairement votre esprit se distraire pendant tout le temps ou même pendant une partie notable de la -Messe.

Autrefois saint Jérôme et saint Chrysostôme disaient : « L'innocence et la pureté courent autant de risque dans les églises que dans les places publiques, et il est aussi dangereux pour une femme chrétienne de paraître au sacrifice que dans les cercles et les assemblées du monde. Autrefois on consacrait les maisons des chrétiens pour en faire des temples à Dieu, mais maintenant les temples de Dieu sont devenus des maisons d'intrigue et de commerce. » Quoi donc ! est-ce que nous pouvons élever les mêmes plaintes aujourd'hui? Serait-ii vrai qu'on fait de l'église un lieu de divertissement criminel, et qu'on regarde le sacrifice comme une occasion favorable à ses mauvais penchants, qu'on y vient pour voir et être vu? Mais il nous répugne de croire que le cœur humain puisse être aussi corrompu.

En qualité de victimes, êtes-vous en état d'assister au sacrifice? Vous savez que vous devez vous sacrifier et vous immoler avec Jésus-Christ. Jésus-

Christ et rE<<lise ne font qu'un même corps, et il est impossible que l'un soit immolé sans Taulre. Puisque Jésus-Christ est le chef de tous les fidèles, et que tous les fidèles lui sont unis comme ses membres, il faut que lorsqu'il est sacrifié pour eux, ils le soient pareillement avec lui, et que, par un admirable retour, le Sauveur du monde offre à Dieu toute l'Eglise dans sa personne. Nous ne devons donc aller au sacrifice de notre Dieu qu'avec le généreux sentiment de l'apôtre saint Thomas, que pour y mourir avec lui.

Keprésenlez-vous l'état de ces anciennes victimes qu'on immolait au Seigneur et qu'on mellait sur l'autel. Elles étaient liées et privées de l'usage de leurs sens; elles étaient brûlées du feu de l'holocauste : voilà votre modèle. Comme victimes de ce sacrifice non sanglant que vous présentez et où vous êtes présentés vous-mêmes, et surtout comme victimes spirituelles et raisonnables, il faut que la religion vous lie et vous tienne respectueusement appliqués aux saints mystères; il faut qu'elle vous couvre les yeux et qu'elle les ferme à tous les objets de la terre, et qu'elle vous consume du feu de la charité. Mais si, comme les successeurs d'Aaron, vous portez dans le tabernacle un feu étranger; si c'est une mauvaise habitude qui vous y conduit; si, au lieu de captiver vos sens, vous leur donnez toute licence, ah ! mes frères, vous êtes toujours des victimes, mais des victimes de malédiction, dos victimes de la colère et de la vengeance de Dieu.

Chose étonnante! parmi tant de religions qui se

sont répandues dans le monde, il n'y a que la religion de Jésus-Christ dont les temples soient profanés par ses propres sujets. Vous avez vu des Romains violer le temple des Juifs, vous avez vu des chrétiens briser les idoles du paganisme ; mais avez-vous jamais vu des païens s'attaquer euxmêmes à leurs dieux et souiller les sacrifices qu'ils leur offraient? Pourquoi cette différence? C'est que le démon ne va point tenter les païens, ni les troubler au milieu de leurs sacrifices, parce que ce sont de faux sacrifices et que c'est lui qui reçoit l'encens qu'on y brûle ; mais il déploie toutes ses forces pour nous détourner du sacrifice de nos autels ou pour nous en faire perdre le fruit, parce que c'est le vrai sacrifice, également glorieux à Dieu et salutaire pour nous. Cependant prenez garde de vous scandaliser de ces désordres auxquels est exposé notre auguste sacrifice. La religion que nous professons est toujours sainte ; elle condamne elle-même ces irrévérences et ces profanations. Rentrez en vousmêmes, humiiiez-vous devant Dieu, et reconnaissez que la religion chrétienne est divine, puisqu'elle se soutient malgré les désordres de ses enfants.

Mais que dirons-nous de tant de chrétiens qui n'assistent jamais ou presque jamais au saint sacrifice de nos autels, et de ces hommes qui ne paraissent dans nos églises que cinq ou six fois dans l'année, aux jours des plus grandes solennités? N'est-ce pas un désordre que nous devrions pleurer avec des larmes de sang? Est-ce ignorance ou mépris de la religion ? Disons-le donc bien haut :

tout chrétien qui, sans raison grave et légitime, n'assiste pas au saint sacrifice les jours de dimanche et de fête, commet un péché mortel, c'est-àdire un péché qui le rend digne de l'enfer. Et vous le commettez si souvent et si facilement ! S'il s'agissait d'un acte qui pourrait vous faire perdre la vie du corps, avec quel soin ne l'éviteriez-vous pas?

L'Eglise exclut de ses divins mystères les infidèles et les excommuniés. Seriez-vous des infidèles ou des excommuniés? Que vous soyez des infidèles ou des chrétiens sans croyance, votre conduite ne le prouve que trop. Qu'est-ce que la célébration de la sainte Messe les jours de dimanche et de fête? N'est-ce pas le rendez-vous de Dieu, le Roi du ciel, et des chrétiens, les rois de la terre? Votre Dieu, votre Roi descend du ciel pour recevoir vos hommages et vous enrichir de tous ses trésors, et vous ne daignez pas vous trouver à ce rendez-vous ! Vous vous excommuniez vous-mêmes, vous vous retranchez de l'assemblée des fidèles, et vous vous privez des biens infinis renfermés dans cet auguste sacrifice.

Le sacrifice, avons-nous dit, est une protestation publique et solennelle de notre dépendance et de notre soumission envers Dieu. Que fait donc le chrétien qui n'y assiste pas quand il y est obligé? Il fait une protestation publique qu'il ne veut pas dépendre de Dieu, qu'il ne veut pas le reconnaitre pour son Créateur et son Sauveur, pour le Maître absolu de la vie et de la mort, pour le principe do tous les biens. Il nie Dieu, le malheureux, non

par ses paroles, mais par sa conduite. C'est comme s'il disait à Dieu : Les autres s'humilient en votre présence, mais moi je ne m'humilie pas; les autres vous adorent, et moi je ne vous adore pas; les autres vous reconnaissent pour leur Dieu, et moi je ne vous reconnais pas. N'est-ce pas le dernier excès de l'insolence, de l'aveuglement, de la folie? II se pose l'égal de Dieu, ou plutôt il se place au-dessus de Dieu même. (Bourdaloue.)

Les fidèles participent dans une certaine mesure au sacerdoce de Jésus-Christ, selon l'enseignement du prince des apôtres. Or, savez- vous ce que fait le fidèle qui n'assiste pas au sacrifice quand il le doit? Il ressemble à ces misérables prêtres qui, pendant la Révolution française, reniaient leur sacerdoce ; les fidèles eux-mêmes en étaient épouvantés, et ils les fuyaient comme on fuit des êtres maudits.

Rappelez-vous donc que la célébration de la sainte Messe est l'action la plus sainte de toute la religion, celle par laquelle nous rendons à Dieu un culte suprême, nous reconnaissons notre néant, notre bassesse et toutes nos infidélités; une action divine à laquelle nous prenons une grande part, puisque nous y assistons comme témoins, comme prêtres et comme victimes. Apportons-y toujours le profond respect, la piété sincère, l'amour ardent et la foi vive qu'une si grande action demande de nous, et nous ne nous en retirerons jamais que comblés de toutes les bénédictions célestes. Amen.

DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE MESSES (suile).

Dès la plus haute antiquité, c'était l'usage de célébrer des messes votives pour les morts le troisième, le septième, le trentième jour après le décès et le jour anniversaire. Quelquefois l'on disait, comme cela se pratique encore, la Messe tous les jours pendant trente jours à partir du décès. Il n'est pas plus permis de dire tous les jours des messes pour les morts avec l'ornement noir que de dire des messes votives ; cependant on peut dire ou chanter une messe solennelle avec l'ornement noir les jours de dimanche et de fête, le corps présent, excepté aux fêles de Noël, de l'Epiphanie, de Pâques, de la Pentecôte, de la Fête-Dieu, de l'Ascension, de l'Assomption, des saints apôtres Pierre et Paul, du patron de la paroisse, et les trois derniers jours de la semaine sainte. S'il y a un enterrement avec service aux fêtes précitées, il faut dire ou chanter la Messe de la fête avec la couleur qui lui convient.

Pourquoi l'Eglise défend-elle de dire ou de chanter des messes de morts, même le corps présent, certains jours de grandes fêtes? N'ya-t-il pas quelque chose de pénible pour la famille du défunt de chanter une messe où tout respire la joie, comme le jour de Pâques, tandis que les assistants sont dans une douleur profonde? Le but de l'Eglise est de nous faire sentir rim[)orlance de certaines fêtes que nous célébrons. Elle veut que rien au monde ne soit capable de détourner notre esprit de la méditation de ces grands mystères qui forment la partie essentielle de la religion ; son intention n'est point d'attrister ses enfants, car elle est toujours mère ; elle veut au contraire les consoler en leur rappelant que cette vie n'est qu'un pèlerinage. Elle nous dit : « x\e pleurez pas comme ceux qui n'ont point d'espérance. Celui que vous venez de perdre ressuscitera par la bonté du Fils de Dieu qui est né d'une Vierge, est mort sur une croix, est ressuscité le troisième jour, est monté au ciel, etc. » Ces mystères sont

ics plus puissants motifs de consolation dans cette circonstance. Et si l'Eglise ne se dépouille pas de ses habits de fête pour prendre ses habits de deuil et s'associer à la douleur de quelques uns de ses enfants, c'est qu'il ne lui convient pas de se présenter à son Epoux dans un étal d'affliction les jours anniversaires des époques oii elle a reçu de lui les plus (grands bienfaits.

Ainsi, quoique l'Eglise ait établi un ordre régulier pour la célébration de la sainte Messe, elle y déroge quelquefois pour les besoins de ses enfants. Elle pleure, elle se réjouit, elle prie avec eux et pour eux. De là ces messes votives pour les morts, ou pour la bénédiction d'un mariage, ou pour la cessation de quelque fléau.

La messe des présauclifiés n'est pas une messe proprement dite, puisqu'on n'y consacre pas; le prêtre, après avoir récité un certain nombre de prières, communie avec une hostie consacrée précédemment, comme cela se pratique le vendredi saint.

On appelle messe privée celle qui est célébrée ou dans un oratoire particulier, ou en un jour qui n'est pas un jour de fête, ou pour une personne particulière, ou à laquelle il y a peu d'assistants, ou parce qu'elle est célébrée à un petit autel, ou parce qu'on n'y distribue pas la communion et que le prêtre seul y communie.

Luther a fait un livre pour montrer qu'on ne doit pas célébrer de messes privées, et il affirme que le diable lui a révélé un jour que c'était une idolâtrie. Il a été vivement applaudi par tous ses adhérents et par Calvin en particulier. L'Eglise les a frappés d'analhème de cette manière : ce Si quelqu'un dit que les messes où le prêtre seul comuiunie sacramentellement sont illicites et que pour cela il faut les abolir, qu'il soit anatlième. » Elle avait déjà défini qu'elle souhaiterait à la vérité qu'à chaque messe tous les fidèles qui y assistent communiassent non seulement spirituellement et par des sentiments intérieurs de dévotion, mais aussi par la réception sacramentelle de l'Eucharistie, afin qu'ils retirassent des fruits plus abondants de ce très-saint sacrifice. Cependant, quoique

cela ne se pratique pas toujours ainsi, elle ne condamne pas pour cela comme illicites les messes privées où le prêtre seul communie ; bien loin de là, elle les approuve et les autorise^ puisqu'elles doivent être reg.irdées comme véritablement communes, soit parce que le peuple y communie j-pirituellement, soit parce qu'elles sont célébrées par un ministre public de l'Eglise, non seulement pour lui, mais aussi pour tous les fidèles qui appartiennent au corps de Jésus-Christ. (Conc. Trid., sess. 22, cap. 6.)

On appelle messe solennelle celle qui est célébrée avec pompe, avec Taccompagnement du chanf et Tassistance du clergé et des ministres qui y remplissent leurs diverses fonctions.

Dans l'origine, il n'y avait pas de prêtres dans les monastères, et les religieux devaient assister à la Messe dans l'église paroissiale. Lor>qu*ils eurent des prêtres parmi eux, ils se construisirent des églises; mais il leur fut défendu expressément par les conciles et les Souverains Pontifes de célébrer des messes solennelles et publiques auxquelles le peuple fût admis, de peur que, pour y assi>ter, les fidèles ne désertassent la paroisse, et q.u'on n'élevât ainsi autel contre autel. Les fidèles doivent donc assister aux offices de leur paroisse, entendre la parole de Dieu de la bouche de leur pasteur, et recevoir la communion de ses mains. C'est lui seul qui a reçu la mission de les conduire et qui a les grâces d'état pour bien les diriger; c'est lui seul qui a le droit et le devoir de les représenter près de Dieu; c'est par lui qu'ils sont unis à leur évêque, au Souverain Pontife et à Jésus- Christ. Us doivent donc lui rester unis pour le culte extérieur et public. Ceux qui agi^sent autrement ressemblent aux fils de famille qui ne veulent plus de la table de leur père et s'en vont prendre leurs repas dans une maison étrangère.

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