De la Divnnation
La divination superstideuse est une recherche curieuse et désordonnée des choses cachées, ou des choses à venir que l'homme ne peut naturellement connoitre.
On appelle cette recherche désordonnée^ i^parco ,
?[u'il n'appartient qu'à Dieu de connoitre les cuoses utures , ou tellement cachées qu'elles sont hors de , la portée de nos foibles Ifimières. Youloir obtenir
Commandement. 7*^
cette conDOissance par des moyens naturels , c^est une curiosité vaine ^ déplacée et très-^sujette à erreur, et par conséquent désordonnée; il n^en seroit pas de
(même, si pour un grand bien qui intéresseroit le public, on s^adressoit directement à Dieu, ou ou soilicitoit la médiation des Anges et des Saints pour obtenir la connoissance d'une chose cachée; ainsi
ri fit Daniel pour obtenir la connoissance du songe Nabocfaodonosor , et Tintelligence des septante se^ maines* Mais ces cas sont extrêmement rares, et c^est presque toujours par une curiosité désordonnée ^^on veut ainsi tenter Dieu.
3® On appelle la divination une recherche désor^
donnée^ parce quVlie renferme toujours quelque
pacte ^ ou exprès, ou tacite, avec le démon. Elle reu«
ferme un pacte exprès^ non— seulement lorsque pour
deviner, on invoque le démon .par des paroles^
ainsi que le font les magiciens ; mais encore par le
J'ente comme si quelqu^un sachant que le démon donne
Ja connoissance des choses cachées, par de certains signes
oo caractères , se sert de ces signes ou caractères pour
parvenir à la connoissance d'une chose. Elle renferme
un pacte tacite ou implicite , lorsque sans penser
au dcmon, et sans prétendre avoir expressément au^
cun commerce avec lui» on cherclic cependant à
connoitre les choses cachées par des moyens qui ne
sauroient donner cette connoissance , en usant par
exemple à cet effet, de paroles ou d'inslrumens qui
ne peuvent, ni par leur nature, ni par l'institution
divine, donner cette connoissance.
La divination est un péché mortel de sa nature^ S(Ht quon invoque le démon expressément, soit qu'où ne finvoque qu^implicitement; c'^est un péché que Dieu a en abomination , et qu'il met dans le même rang que la magie ^ il défend également de consulter les devins «t les magiciens : Non declinetis ad magoSy nec ab arioUs aliquid sciscitcmini , ut polluaniini ptr eos (Levit* 19. ii. ). }\ menace de mort les
magiciens et les devins, et ceux qni les consultent: Anima quœ declinaverit ad magos et nriolosu^ ponam faciem ineam contra eam^ et interjiciam iltam de medio populi sui ( LcvU. no. 6. ). L^Eglise a marqué dans tous les temps son. indh»
f;nation contre les devins et ceux qui les consultent:, e plus grand nombre des conciles excommunient les devins et ceux qui les introduisent dans leurs maisom^ j| c^est même un usage prescrit dans presque tous ks -| Rituels , de dénoncer excommuniés au prône les devins et magiciens.
Il n'y a point de légèreté de matière en ce ffenra '\ de péché, parce qunne association avec le demoa J ne peut pas être légère ; ce n est pas non plus une '^ petite chose que de vouloir usurper à Dieu une coq* iioissance qui lui est réservée. Il peut* cependant ar-* river que Tignoranoe invincible etla oouhe foi excusent de péché mortel, celui qui n'a fait aucun pacte exprès^ ; avec le démon, et qui ne soupçonne même pas qull ;. puisse y en avoir aucun. \
Ce ne seroit qu'un péché véniel d'employer les moyens de devhier , lorsqu'on ne s'en sert que pour -j s'amuser, bien persuade que ces moyens sont insuffisans pour avoir une conuoissance certaine des choses cachées. Cet amusement toutefois seroit péché moitdi pour celui même qui badine, à raison du scandale qui pourroit s'ensuivre, ou parce qu'il coopéreroit au péché de ceux qui y ajouteroieat loi. Pareillement ce seroit un péché mortel de se servir des moyens de deviner, non pas dans l'inlonlion de connoître une chose cachée, mais seulcnieui pour savoir ce qui résulteroit de l'usage de ces moyens^ parce que c'est s'exposer à être trompé par le déinou, dont les operations sont toujours cachées sous Fusage de ces moyens* En général, les confesseurs doivent interdire abs(H lumenttous jeux, actions, paroles, signes, figures, etc^ dont on se $crt pour deviner, à ceux mêmes qui. les regardent commodes puérilités, parce que quelque^
fofs cai moyens venant a réussir, non par leur coufiexion avec les objets, mais par hasard, il en resta ^es impressions très— dangereuses pour les suites.
Ils doivent aussi demander à ceux qui s'accusent
davoir cherché à deviner, s^ils ont invo«]uc le démoa
expressément pour obtenir cette connoissance, ou seu-»
lement implicitement. Dans le cas de Tin vocation ex—.
presse^ le confesseur demandera si^ outre Finvoca—
tion , le pénitent a fait avec le démon un pacte ou
coBvention par laquelle il se soit donné à lui, ou
Jui ait promis de le servir , ou d^être en société per^
pétuelle avec lui , à condition qu il laidera à devmer ;
parce que Tinvocation expresse du démon est ua
Ek'lié plus grief que fimplicite^ et encore plus grief ^ rsqu^on a fait une convention avec lui. Saint Thomas ( Quœst. g5. art. 3. ) distingue trois genres de divination , qui répondent aux trois manières «ont le démon concourt avec les hommes dans la prédiction des choses futures, ou la révélation des choses cachées. Sous chacun de ces genres sont com^ prises toutes les différentes espèces qui y ont rap— \iOcL Nous ne ferons que nommer ces espèces, quil seroit trop long d^expliquer.
Le premier genre est celui où le démon est expressément consulté pour obtenir de lui la connoissance des choses cachées. Les espèces de divination comprises sous ce genre , varient selon la différence des manières dont le démon est consulté ou qu il répond. On lappelle oracle^ sll est consulté ou s^il répond par une idole 5 nécromancie , si on se sert des morts; géomancie^ si c'est par des signes sur la terre; aëromancie^ si ces signes sont dans fair; Ppronuincie , si ces signes sont dans le feu ; hfdro^ mancie^ s ils sont dansFeau; aruspice^ si on consulte les entrailles des animaux ; prestige , si le démon fait des choses étonnantes, mais qui n'ont que Tapparence. Il y a encore sous ce même genre , la divination par les songes, ou ï oniromancie^ lorsque
8o Dtj pnËtftEA
le démon consulté, répond pendant le sommeil; et la divination pythonique^ lorsqu^il répond par les devms.
Le second genre est celui où^ pour connoître les choses cachées ou à venir , on ne consulte point le démon expressément ; mais l'on observe certain ordre ^ certain arrangement ou disposition des choses qui ^ par elles-mêmes, ne peuvent en aucune façon contribuer à cette connoissance. Les espèces qui y sont corn* prises, sont ï astrologie judiciaire^ qui consiste à vouloir deviner par l'aspect et Farrangement des astres^ les choses qui dépendent de la liberté de Thommc } par exemple, son état, sa condition, sa conduite^ son mariage, etc. : cVst Part que pratiquent les fai-seurs d^boroscope; ï augure^ lorsqu'on fait attention aux chants des oiseaux^ Yatispice^ lorsqu'on considère le vol des oiseaux; la physionomie y lorsque par les traits du visage de quelqu'un, on juge de ses sentimens ou de ses mœurs; le présage^ lorsque par les paroles de quelqu'un proférées sans intention ^ on veut prédire l'avenir ; la chiromancie , lorsque par l'inspection de la main et de ses lignes on prédit fa* venir : c'est l'art des bohémiens ou diseurs de bonne fortune; et h spalulamancie ^ lorsque par l'inspection des signes dans les diverses parties des animaïuc^ on veut prédire l'avenir.
Le troisième genre est celui où , sans consulter expressément le démon , et sans observer aucun arrangement de choses physiques et naturelles, on veul prédire l'avenir, ou connoitre des choses secrètes, par ,un certain arrangement qui est l'elfet du hasard ou du sort; par exemple, certaine disposition de cartes, ou de dez , où l'industrie n'a aucune part , mais le seul hasard» Gomme il n'y a aucune connexion naturelle entre cet arrangement fortuit et l'événement , il faudroit supposer que le démon s'ingère olQcieu-sèment et sans être consulté, pour conduire par le succès & toutes sortes d'erreurs et d'impiété
ceux
CoHfilÀIVDEMEHt. 8<.
r qui consultent le sort. Ce dernier genre n^a point pèce particulière) c'est le sortilège propremeut Le vulgaire a donné une moindre éteuclue à la ification de ce nom ^ et il ne s eu sert aujourdMiui Q parlant des magiciens et sorciers ; mais dans gmfication propre et naturelle de ce terme , il si* e en général user du sort pour connoitre ce qui luroit être naturellement connu. Quelques théoos pbceut sous ce dernier genre nue géomancie rente de celle dont nous avons parié) et qui iste à tracer avec la main droite , quelques ligues des et sans ordre sur un papier , et par Tarran— ait qui résulte de ce hasard , eu prédire l'avenir^ il paroit que c'est toujours le sort qui est coudons ce cas ) et qu ainsi il ne doit pas être rei comme une esptxe dîirérente.
outes les espèces contenues dans le premier genre^ manifestement péchés mortels , puisqu'il y a un^s ié arec le démon. Toutes celles du second genre aussi péchés mortels ^ à l'exception des cas sui- : Yaugure et îniispice sont permis lorsqu ils ne isent que des efîets naturels ^ et qu'il y a nue lexion naturelle et physique entre le chant et le des oiseaux ) et l'événement qu'ils annoncent, la î, le veat) les tempêtes, etc. En toute autre sion il y a péché mortel.
. regard du sort, il faut distinguer: ou c'est un
de division et de partage^ alors il est permis
consulter le sort, pourvu que dans le partage ou
erve les règles de l'équité, et que ce soit pour
«r des contestations. Ou c'est uu sort de con-^
talion^ pour connoitre ce que Ton doit faire, et
fs il n'est permis que sous les conditions suivan-
• i*^ que ce soit par une inspiration divine, telle
e Feurent les apôtfes dans l'élection de saint Ma-
^'i 2* qu U y ait une grande nécessité^ 'i^ que dans
le néa^ssite pressante on use d'un grand respect
vers la divine Majesté que Ton cowuUe, à Texcmple
Jnme IF. F -
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des apôtres , qui prièrent tous ensemble de faire iSitù^ soitre par le sort auquel des deux il donnoit la pré* fërence. Mais il est très— rare qu^il soit permis d^employer ce moyen pour connoitre la volonté de Dieu. Ou enfin, cest un sort de divination^ par lequel on cherche ia connoissance d^une chose cachée : il n'est permis en aucun cas, il est toujours criminel et superstitieux , et suppose un pacte au moins implicite avec le démon.
Les théologiens sont fort partagés au sujet de la haguette dii^inatoire. Tous conviennent qu^il y a de la superstition à s^en servir par manière d^interrogation pour découvrir un voleur , un homicide ^ plusieurs pensent qu^il y a de la superstition à s^en servir pour trouver un trésor caché, des bornes perdues; mais qu^il peut y avoir des relations entre la baguette et lés sources, ou les mines dedifférens métaux. D^autres au contraire soutiennent qu^il n'est permis en aucun cas de se servir de la baguette divinatoire ^ que Fusage en est mauvais, ou du moins suspect. Ge dernier sentiment est plus sûr dans la pratique^ ces théologiens en donnent des raisons qui paroissent sans réplique. S'il y a , dispent— ils, une relation physique entre
baguette et les choses pour lesquelles on s'en sert ^ elle doit tourner indifféremment et successivement sur ies premières choses de ce genre qui se rencontrent sur le chemin de celui qui la tient , quelle que soit son intention , parce que fintention n'a pas lieu dans les opérations physiques. Or, il est constant, par l'opinion commune, qu'il n'y a que l'intention qui fait tourner la baguette : si Ton cherche une source ^ elle ne tourne ni sur l'argent, ni sur les pierres; si Ton cherche de l'argent, elle ne tourne pas sur la source^ si l'on chercne une borne, elle ne tourne ni sur les autres bornes qui sont en évidence, ni sur les autres pierres qui se trouvent sur le chemin. Mais quelle relation physique peut— il y avoir de plus entre une pierre qu'on cherche, ou celle qu'on ne cherche
Commandement. 83
pis « et la baguette r G^est donc, concIuent--ils , IW tention et la volonté de celui qui la tient , qui règle son mouvement; cVst donc un sortilège.
Les songes qui ne sont pas compris dans le premier genre, c'est— à— dire, où le aémon nVst pas expressément consulté, soût de difTérentes espèces. 1* Il y en a qui viennent de Dieu; les livres saints en fournissent nombre d^exemples : alors non— seulement il est permis, mais on doit même y ajouter foi; cependant il faut craindre que Satan ne se transforme en Ange de lumière. On connoit qu^ils viennent de Dieu, lorsqu'ils proposent un bien évident ^ Ci laissent Fâme tranquille, numble et fervente. Mais ks confesseurs ne doivent pas aisément s'y laisser prendre, a^ U j en a qui sont naturels, qui viennent du tempérament; par ces songes on peut sans péché juger de la disposition présente du corps. 3^ Il y en a qu'on appelle moraux^ et qui sont produits ar les pensées , les conversations du jour précédent^ est aisé de découvrir par ces songes , la cause qui les a produits; mais il n^est pas permis den rien conclure pour Favenir. 4^ Il y en a qui viennent du démon, qui, non coûtent de tenter les hommes pendant le jour, travaille encore la nuit à les porter au mal; il n'est pas douteux que ce soit un péché de
croire à ces songes.
Quant aux songes qui représentent des choses indifférentes ou ridicules, ou qui portent à faire des recherches vaines et curieuses, c'est un péché d'y ajouter foi; le péché est encore plus grand si, en conséquence d'un tel songe, on en conclut tel événement, parce qu'il est constant que n'y ayant aucune relation naturelle entre ce songe et l'événement qu'on y attache , il faut que celle qu'on y suppose , soit produite par le démon.
Fa
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