‹ Instructions sur le rituel (volume 2)Chapitre 12 sur 90 · De la vaine OhserçancM · texte numérisé non relu

De la vaine OhserçancM

Le péché de vaine obsen^ance est une supers ttûotl pnr laquelle on se sert de mcjens qui n'ont aucune elficace, ni par eux— mêmes, ni par Pinstitulion de Dieu ou de FEglise, pour produire les effets qu'on en attend; tels que certaines paroles, certains caractères , certains noms , etc.

La diflërence qu il y a entre la vaine observance et la divination, est que cette dernière a pour bul la connoissance d'une chose cachée, au lieu que là vaine observance a pour but de produire un eSèt; par exemple, la guérison.

Saint ïnomas ( Quœst. 96. ) distingue quatre sortes de vaine observance, à raison de quatre effets diCférens qu'on peut avoir en vue.

La premièit s'appelle art notoire^ c'est— à— dire ^ Tart d'acquérir la science sans travail, sans étude, ou ^ autrement, d'avoir la science infuse par le moyen du jeûne, de certaines prières, ou en regardant certaines figures, en prononçant certain€S paroles barbares et mconnues , et autres semblables moyens aussi frivoles. Cet art notoire est une superstition, dît saint Thomas, et par conséquent péché mortel. La raison qu'en donne le saint docteur, est que par l'art notoire çn se sert de ces moyens comme de causes efficient'es de la science, lesquels toutefois ne sauroient être tels de leur nature. Ils ne le sont pjis plus par rinstitution de Dieu ni de FEglise, puisqu'on ne trouve nulle part, ni dans l'Ecriture sainte, ni dans la tradition, que Dieu ait donné cette efficace à de tels^ moyens. Il reste donc que ce sont des moyens vains^ et inutiles, qui supposent un pacte avec le démon.

La seconde s'appelle ohservajice de sanle\ par laquelle on se sert do vains remèdes pour guérir lès maladies, soit des hommes, soit des animaux. Ces jremèdcs peuvent être vaios en deux manières : i^lors-

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çoîb sont par eux-mêmes incapables Je gncrîr les maladies^ 2® lorsquayaut (jueïq^ue propriété naturelle pour procurer la gucrison , ou y ajoute Tusage de certains caracttres^ de certains noms, ou de certaines circonstances ridicules; par exemple, l'application de certaines images qu^on appeUe astronomiques, ou autrement talismans; la saignée fai^e le vendredi^ Tusage dés herbes cueillies la veille de la fête de saint Jean^Baptiste^ le souffle de vieilles femmes pour guérii: fes fièvres^ l'application de la clé d'une église qui est sous le titre de saint Pierre , pour guérir ou préserver de la rage', TafTectatioa de planter le fer dont on: s'est blessé, dans un arbre de certaine espèce, ou sous Fongle d'un cochon^ délier une brandie d'arbre Qfx un banc, pour là plaie qu'on veut guérir 5 et tant d'autres pratiques superstitieuses qu'on pourra voir dans les auteurs qui ont traité à fond cette question^ principalement le P. le Brun, et M. Thîcrs. Ceux qui ne seront pas à portée de se procurer ces ouvrages y joorront juger de toutes les vaines observances, par celles que nous avons indiquées, et distinguer celles jû il pourroit y avoir un pacte au moins implicite avec le démon.

L^ troisième s'appelle V observance des événemens^ Elle consbte à juger par un . événement fortuit , ce qui doit arriver (le bien ou de mal à soi ou à qucîqu autre : par exemple, dire ou penser qu'il arrivera an malheur, parce qu'on s'est blessé contre le seuil de la porte en sortant de ta maison , ou parce qu'on, a entendu le cri d'un corbeau ou d'un cnouette , oh les hurlemens cTun chien ^ ou parce qu'on s'est trouvétreize personnes à table, que le sel s'est répandu sur la table ^ ou parce qu'on a trouvé deux pailles ou deux couteaux arrangés en forme de croÈx 5 ou narce tfu'on a éternue en se chaussant; toutes ces cnoseset autres semblables peuvent renfermer un pacte avec fedémon^ditsainl Augustin {Lib. a. de Doctr. Christ.)^

Satut f homas^pkieedaœ celte troisième observance ^

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la distinction des jours, ou des temps, ou des lieux heureux et malheureux. Ainsi, ceux qui changent de place en jouant pour être plus heureux dans Tune que dans i autre; ceux qui ne veulent pas se mettre en chemin le jour du vendredi ; ceux qui ne veulent pas se marier le mercredi, etc., tombent dans la superstition.

Il nVn est pas de même, lorsou^on n^observe les temps que par rapport à des effets purement naturels qui dépendent de Tinfluence des corps célestes | et qui arrivent selon Tordre que Dieu a établi dans la nature. Ainsi, ce n^est pas une superstition pour les médecins, les laboureurs, les mariniers, d'observer certains jours, certains mois, certaine lune dans les maladies, dans Fagriculture , dans la navigation^ à moins que dans ces observations on ne mêle quelque vainc circonstance qui n'ait aucun rapport avec Fin* fluence des astres.

La quatrième sorte de vaine observance s^appelle observance des choses sacrées , qui est un abus de la parole de Dieu, de la prière, des reliques, des croix, etc. 11 y a abus dans Fusage de ces choses, et superstition , en deux cas :

1^ Lorsqu'on les emploie pour opérer des efTets

S Jolies n'ont point la vertu de produire, ni par les-mêmes, ni par Finstitution de Dieu ou de F& glise, se persuadant néanmoins qu'elles opéreront iniaiiliblement ces effets merveilleux; ainsi, c'est une superstition que de porter sur soi FEvangile^ In principio erat Verhiim^ ou un morceau du aerge pascal, ou une image du saint Suaire, etc., comme préservatifs assurés contre la mort subite, le tonnerre, le feu, Feau^ en un mot, contre tout accident fâcheux.

2** Lorsqu'on les emploie avec des circonstances vaines et superstitieuses qui ne peuvent rien ajouter à leur eîfficace intrinsèque 5 par exemple, porter sur soi FEvangilc ci-dessus , mab écrit de la main d'une

COMMAND EMEUT. Sj

certaine personne ^ un certain jour^ sur un certain papier ) ou lie d^une certaine façon ^ persuadé que saos cm il n'auroit aucun e(Tet; comme encore, lorsque pour FeQet de la prière, on observe le nombre de ibis quVUe doit être répétée ; par exemple , une année^ ou trente jours ^ ni plus ni moins.

Sur ce principe, les confesseurs doivent défendre i leurs penitens, et les curés proscrire de leurs paroisses, l'usage superstitieux de tant de prières ré— pandues dans les Heures, telles que VObsecro te^ Domine^ Foraison de trente jours, les sept alégresses, les oraisons de sainte Brigitte , les oraisons du saint Suaire ) etc. IHous disons i usage super stitieua:; car^ si les fidèles récitent ces prières avec dévotion, sans attacher une plus grande infaillibilité à ces prières qua d^autres, sans observer aucune circonstance de temps, de nombre, ou de manière de les dire, on peut leur en laisser fusage , parce que ces prières ne renferment rien de mauvais \ elles ne devieiment su* perstitieuses que par les idées qu^on y attache.

4» De la Magie et du Maléfice*

La magie est un art d'opérer des choses merveilleuses \ et comme il j a trois manières de les opérer^ il y a aussi trois sortes de magies : i^ la naturelle^ a Fartificielle ^ 3^ la diabolique.

La magie naturelle est Fart d'opérer des chose^ merveilleuses par des causes naturelles et physiques, mais généralement incotmues , ce qui cause la surprisé.

La magie artificielle n'est autre chose que Fart d*opérer des choses merveilleuses par le moyen de Findustrie, de la science , de Fadresse^ tels sont certains effets de la médecine, de la mécanique ^ de la perspective et de Fakhymie^ tels sont euoM'e les tours aadresse de ceux qu'on appelle /ott^ur^ de gobelets. Cette seconde espèce ae nuigie peut se i^ doiie i la magie naiurdk»

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La magîe diaholique , qui est la magie prc^remenf dite, est Fart d^opcrer des choses merveilleuses par le secours du dcmon, ce qui suppose un pacte ^ oa exprès, ou tacite, avec lui : par conséquent cette sorte <îc nin^^îe est péché mQilel de sa nature; au lieu que les deux premières ne renferment rien de mauvais.

Le maléfice est une espèce de magie par laquelle^ avec le secours du démon, on nuit, ou Ton tâche de nuire à quelqu^un en son corps ^ en son âme^ ou en ses hieus extérieurs. Ce péché ^ outre la malice qui lui est propre, cest— à— dire, outre le péché de superstition, est encore péché contre la justice^ el oblige celui qui en est coupable, a la resdtution.

On distingue deux sortes de maléfices : Tamoureux^ et' renuemi; quelques-uns en mettent un troisième^ qu^its appellent somnifère : mais il paroit qu^il a rap« port i Fun des deux autres.

Ijc maléfice amoureux, que les poètes lalins ont appelé philtra^ est un art dlnspirer par le secours du démon , un amour charnel et impudique , ou quelquefois la haine ^ de manière cpie le démon met toutes les humeurs* en mouvement, excite une tenta tioa violente qui toutefois n'ôte pas la liberté, ou imprime dans llmagination des idées et des représentations qui metlent dans un danger évident de succomber»

Le maléfice ennemi, que les tlicoiogiens appellent n)enejicum^ est celui qui donne la maladie ou la Siiôrf, ou qui nuit aux fruits, aux animaux, autetiaitk intirUali copii/œ.

' "'ÎJil est permis de se servîîr de remèdes naturels pour 'At(*r un maléfice^ il est même convenable de les em« jMoyer àvaut tous autres. II est permis aussi d'employer les remèdes surnaturels, ils sont souvent plus tî(iicaces que les autres : ces remèdes sont la prière y la mortification, Taumonc^ les bonnes œuvres , lairégtientatîdri des Sacremens, surtout de TEuchaiistie ^ ■• 'ce le ^aiï>t Sacrifice de la Messe ^ mais les confesseurs' doi\ cul preudi'c garde qu^en tout cela leurs pénijbens

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se mêlent rien qui ressente la superstition. Ceux qui sont attaqués de maléfice^ peuvent encore perler fies reliques et des choses bénites , in\ oquer les saints noms de Jésus et de Marie.* , taire souvent le signe de la croix avec foi et confiance^ enfin, on peut encore faire sur eux les exorcismcs institues par FE^ glise : mais ce dernier remède demande des prccaulions de prudence^ et on ne doit le mettre en usage que de Tavis et du consentement de levêquc. Quelque puissans que soient tous ces moyens , Dieu permet queiqiielbis, par un secret, mais toujours ado— rabic jugement , quHIs niaient aucun eifet. Les con— iësseius, en les conseillant à leurs pénitens alQigés de maléGce, doivent leur recommander sur toutes choses, de tenir leur conscience pure , d^employer ces remèdes avec foi, avec confiance, et avec une parfaite résignation à la volonté du Seigneur , remettant le succès à sa divine Providence, disposés à faire bon usai^e de iour guérison^ ou s^ils ne guérissent pas, de regarder leur mal comme une pénitence, ou comme une épreuve.

A regard des remèdes qu'on appelle moraux \ il faut dislniguer : i® Ou Ton veut se servir d'un second maléfice pour détruire le premier 5 en ce cas, il n est jamais permis d'employer ce moyen, parce que ce seroit Tiire société avec le démon : il n'est pas même permis de prier le malfaiteur, quelque disposé qull y soit déjà 5 d'ôter le malélice par un autre , ni de consentir qu il le fasse, quoiqu'on ne feu ait pas prié. 2* Ou Ton veut détruire ce malélice sans en employer un autre; et alors il est permis et même louable de le faire, savoir : en détruisant, en brûlant les caractères, signes, figures, auxquels le pacte fait avec k. démon est annexé, et à la vue desquels le démon cause ce dommage. Bien loin de conlracler en ce cas aucune société avec le démon , c est détruire son ouvrage, c^t lui marquer un souverain mépris. Lorsqu'un auteur dé lûuléiicG se présente au ixljHiDal

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de la pénitence^ le confesseur doit lui faire les in— terrogatious suivantes : si pour ses maléfices il a employé des choses saintes , et quelles f à cause du sacrilège. S^il a fait tort à quelqu^un , et quel î à cause «de la restitution. Si la personne à qui il a fait tort est consacrée à Dieuf à cause de 1 excommunicatioa portée par le canon Si quis suaderUe. SU a enseigné son art à un autre ? à cause du scandale. S^il a rendu des honneurs au démon , ou s'il a cru qull lui en étoit du[' à cause de fhérésie et de fidolâtrie : comme aussi s'il a renoncé à la foi ? SU a des livres de magie f afin de les lui faire hruler, ainsi que le pacte qu il a fait avec le démon.

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