‹ Instructions sur le rituel (volume 2)Chapitre 14 sur 90 · DU IP COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

DU IP COMMANDEMENT

Vous ne prendrez point en vain le nom du Seî-« încur votre Dieu. J\on assumes nomen Dotnini l)ei tui in vanum ( Exod* 20. 7. )• Ce précepte peat être regardé comme afUrmalif ou comme négatif. Comme afBrmatif^ il ordonne d'honorer le saint nom àt Dieu : comme négatif ^ il défend de profaner cet adorable nom.

On honore le saint nom de Dieu par les sacrifices^ par la prière^ par les discours saints et édifians^ aoit publics^ soit particuliers , qui tendent à faire coimoitre Dieu^ le respecter et le glorifier par une vie chrétienne^ enfin, par les vœux et les juremens justes et legidmes. On déshonore le saint nom de Dieu par k violement des vœux , par les juremens indis<crets et téméraires , par le parjure et par le blasphème. Ce que nous avons dit ci— devant du Sacrifice et de la prière , relativement aux prêtres , peut fournir aux confesseurs un grand fonds d^'iustructions propres à être appliquées à tous les fidèles. Nous allons ex— piiquer ici ce qui regarde les vœux, les juremens et les blasphèmes.

Des Vœiix^ et des conditions nécessaires pour les rendre valides.

IjE vœu est une promesse pour un plus grand bien ^ iaite à Dieu librement et avec délibération.

Quatre choses sont nécessaires pour la validité du T(eu : i^ il doit être libre ^ a'' avoir pour obji^t une chose possible; Z'* il faut que cet objet soix boa: 4^ quoique bon en lui— même , il faut encore qui! loit plus agréable à Dieu qoe son contraire.

g4 Du SKCOVD

. Le vœu, comme un action méritoire et agréable i Dieu, doit être libre; et comme tel, il demande de la délibération , et un choix qui ne soit pas forcé. Ainsi, les vœux faits en état de démence, dHvresse^ on d'une imbécillité qui ôte Fusage de la raison, ne peuvent subsister.

Pour faire un vœu valable, il ne faut ni plus, ni moins de liberté que pour faire un péché mortel ; de i qui doit s'eutendre d^une délibération directe. Un vœa. ^ Jâit dans Tivresse ne seroii ni méritoire, ni vrai voea; J quoiqu^un homicide qui a pu et dû être prévu, soit 'j imputé à celui qui s'est enivré voloîitairement , parce' i que ce qui suffit pour le mal , ne suffit pas pour le J bien. Mais si un homme qui s^avance vers l'autel pour- j

Jj faire ses vœux , étoit distrait dans le temps qrfll , es prononce, ils seroicnt toujours très— valables. ;

Un vœu dont on se repeniiroit presque aussitôt \ qu'on Ta fait , ne doit pas pour cela être censé nul } par défaut de pleine liberté. Si Fhomme est usisia \ mconstant pour rougir un moment après de ^e^ meil-' i leures actions, il est sûr aussi par 1 expérience, qu'il* ne faut qu^un' instant pour former avec une pleme' délibération les plus saints ou les plus noirs projets»^? Il arrive très— rarement qu'un vœu soit indeliberëf' ^ jtisqu^à ne pas obliger celui qui Ta fait. Ainsi, la vi«' - Tacite, la colère, et les autres passions semblables'^ ^ peuvent bien rendre un vœu imprudent^ mais elles ^ ne le rendent nul , que quand elles absorbent Fusage | de Tcsprit et de la raison. ,|

On ne doit donc pas facilement présumer que ceux f qui ont fait des vœux, ayant atteint Fàge de puberté^ ^ aient manqué de la délibération nécessaire pour s^ea<« > gager. Il suffit, pour être assuré de la validité de letnr -.^ vœu, quHls déclarent qu'ils Font fait avec connoissanoe \ et intention de s^obliger; et on doit les en croire, à ^ moins quHls ne soient absolument imbécilles ou sera- '\ puleux. Cependant si le confesseur juge qu^ils niaient' . pas assez mûrement réfléchi aya^t que de se déte^^'

GoiffMANDSMEICT. gS

miner & un ençagement aussi important^ il les renverra aux supérieurs, qui pourront les dispenser plus fadlement, à raison de la lége'reté qui les a empêchés de prévoir toutes les conséquences de leur obligation.

Au reste, cW aller contre Thonneur dû à Dieu, que de faire des vœux trop précipités : une action si grande, et qui appartient à la religion, demande bien qu'on y pense. L'Ecriture sainte réprouve ( £!ccL 5. 3.), et les promesses infidèles, et les promesses noprudentes. Celles qui coûtent peu à faire, coûtent fouvent encore moins à violer^ d'où Ton peut «on— dure y que la légèreté, avec laquelle certaines personnes font des vœux, n'est pas exempte de péché, quand elles voient ou peuvent voir qu'eu égard à leurs dispo— sdons, à leurs penchans, et à la difficulté delà matière, dles s'exposent au danger de ne les pas accomplir.

Les théologiens sont fort partagés sur la volonté des vœux des impubères, qui ont déjà lage de raison. n y en a qui pensent qu'aucun vœu, même celui d'entrer en religion, ne doit être regardé comme iml précisément, parce qu'il aura été fait avant fiige de poboté. Ce sentiment est le plus sûr pour le salut; car il n'y a de risque, ni à accomplir ces sortes de vœux, si on le peut, ni à s'en faire relever, si on a ïcu de croire qu'on ne pourra pas les accomplir comme il faut. Il peut arriver que fusage de la raison soit assez parfait dans un impubère, pour lui permettre de s'engager avec la délibération nécessaire. Le pape Alexandre III paroît avoir supposé comme valide le voeu du voyage de la Terre sainte qu'avoit fait un impubère , puisqu'il voulut qu'on le commuât en aumônes. D'ailleurs, le jugement et la raison qui sont nécessaires pour faire un vœu, ne doivent pas aller jusqu'à prévoir toutes les peines et toutes les ditriculiés attachées à son exécution : autrement , que d'engagé— mens nuls, soit dans le cloître, soit dans le monde, si pour contracter valablement il falloit avoir tout prévu 1 Que de vœux de coutioeuce faits, même après

96 Du SEC05D

h puberté , devroîait cire censés nuls , si on ne pou' voit les faire que quand on connok les combats qu^il faut essuyer , et les victoires qu'il faut remporter sur une cbair dont les foiblesses se déclarent bien plus tard dans les uns que dans les autres , et avec des diA fTences infinies! Âmsi, le meilleur parti quW ait à prendre quand on a fait un vœu avant Page de pt^ Lcrlé, c'est ou d'accomplir la promesse quon a fait6 à Dieu, ou d'en obtenir la dispense. Dispense que révéque, auquel on doit toujours avoir recoui*s e& pareil cas, peut accorder, à cause de l'incertitude et du doute qui se trouvent dans une matière contestée* Dispense qui ordinairement ne doit pas être refusée^ par<:e qu on ne peut pas faire grand fonds sur dc^ vœux faits dans un âge dont la prudence et la ma-^ tnrité ne sont pas le caractère.

Lorsqu'on a sujet de douter de la suffisance du discernement des impubères qui ont fait des vœux ^ il convient de les dispenser pour plus grande sûreté ^ ou si on juge plus à propos de leur commuer ces vœux, on doit leur imposer d'autres œuvres de piété ^ sans s'arrêter à une égalité rigoureuse de commuta-tion, qu'il conviendroit d'observer dans un âge plus avancé. ^

Dans le doute, si un enfant avoit assez de raison pour s'obliger par un vœu, on examine si, quand il la fait, il avoit sept aus accomplis, ou s'il ne les avoit pas. S'il avoit sept ans, on préjuge pour le vœu j s'il ne les avoit pas, on suppose quil n'avoit pas assez de lumières. Mais si l'âge même de l'enfant est fobjet da doute, il faut, selon plusieurs théologiens, primer en faveur du vœu, parce qu'on est sur qu'il a été fait, et (Tu'on n'est pas sûr qu il ait été fait avant Ib temps 5 d autant plus qu'il est très-rare qu'un enSint qui n'a pas sept ans , pense déjà à faire des vœux.

Les thrologiens sont ^ncoie partagés sur le parti

3ue doit prendre celui qui , après un sérieux examen ^ ouïe avec fondement s'il a lùît un vœu. Il nous

pnroît

ComMA.N DEMENT. gn

parok que le meilleur parti qu on ait à prendre quand on est dans ce cas, est, ou d'accomplir la promesse, ou d avoir recours à Fe'vêque pour être éclairé sur son doQie^ ou dispense du vœu. Oe deux partis , il faut prendre le plus sûr, quand on na point de raison i^itime dV;n prendre un autre. Or , s'il est évident que le parti le plus sûr est d'accomplir le vœu, ou de s^en faire relever, il ne lest pas moins que dans un doute semblable à celui dont il s'agit^ il n'y a point de raison de juger en faveur de la liberté, $ia préjudice du voeu. Car, lorsque quelqu'un doute, par exemple, sHl a fait vœu de vivre dans le célibat , il doute par conséquent si ce n'est pas pour lui un. péchë d^embrasser l'état du mariage : il s expose donc a un péché très-grief en prenant ce dernier parti, à moins qu'il n'ait de justes et de solides raisons pour le préférer à l'autre : or , il ne trouvera jamais ces raisons justes, solides, et capables de le tnmqiiiils'^r, tant que son doute subsistera. Il ne peut répondre qu'il a sa liberté , et que dans le doute sa condition est plus favorable: car c*est cette liberté même que sa conscience lui dispute ^ c'est elle qui est le premic^r objet de son incertitude et de sa peine. En doutant s'il a fait un vœu , il doute nécessairement , et comme préalablement, s'il lui est permis de ne le pas accomplir. Or, oseroit— on conclure du doute qu'a pne personne si elle est libre de faire telle ou telle chose, qu'elle est sûrement la maîtresse de faire tout ce qu'il lui plaira ? Cest par le même principe que saiut Thomas décide ( ///. 4« Sent* dist. 38. q, i • <L a. quœstiunc. i. ad 6.) que celui qui, après avoir iait un vœu, doute s'il a eu assez de liberté pour le faire, est obligé de laccomplir. Si autem dubilet qnomodo se in voveiulo habucrit , débet tutiorein riam eligcre^ ne se discrimini committat.

De ce principe, qu'on est obligé d accomplir les vœux douteux, ou de s'en faire dispenser, il suit «videmment que celui qui se souvient bien d'avoir ToniQ IK G '

Apis Du s^roTïB

ihit nn vœu , mais gui doute s^il lui a donne telle OU telle ëtendue, doit aller au plus fort. Par exemple <, lorsque quelqu'un sait qu'îl a fait vœu d entrer en •religion, et qu^tl doute s'il a promis d'entrer dans l'ordre le plus austère^ ou dans un ordre plus mitigé, il doit se présenter à Tordre le plus austère, s^l (ne veut pas avoir recours à la dispense; parce qu'ea «ntrant dans une communauté moms lîgide, il s^ex*^ poseroit à ne pas donner à Dieu tout ce quHl lui a promis. Par la même raison, celui qui sait bien qu'il ^ fait vœu de donner dix pistoles aux pauvres , mais •qui est en doute s^il les a données, doit en faire un isacrifice et les leur donner.

Le vœu, en tant que libre, doit exclure la violeneè et la contrainte. La crainte légère ne nuit point 4 ^ ^validité des vœux : dans le droit canonique , on n'a point d'égard à cette crainte en cette matière. 11 eu test de même d'une crainte considérable, quand elle •vient d'une cause étrangère qui a droit de Fimprimer; par exemple, si une femme qui a commis un acrime énorme, avoit été condamnée par la justice à :faire profession dans un monastère pour y finir ses jours , son vœu serpit valide, et elle ne pourroit se plaindre de la violence qui lui auroit été faite ; parce que c'est une peine qu'elle a justement méritée, et qu'elle pouvoit éviter en s'abslenant du crime qu'elle Q commis. Gela paroit décidé dans les décrétales ( c^* de regularibus. lit. de Simonid.).

Ine crainte qui tout à la fois est grave, injuste, et inspirée dans le dessein d'extorquer un vœu, le rend invrilîde, L'Eglise réprouve les vœux forcés; et Dieu n'accepte point les vœux que son Eglise réprouve.

La crainte que Ton auroit injustement inspirée it une personne , sans dessein de lui faire faii^ aucun vœu, mais pour un autre sujet, n'empêcheroit pas la validité du vœu quç celle crainte occasiouneroîlj. parce qu'alors cette crainte ne seroit pas la cause du vœu ^ et qu'elle u'eu seroit que l'occasion.

Commandement. 9^

La crainte grave , dont la cause est purement na-

torelle et intérieure, n^anuule point par elle— nicme

tm vœu. * Ainsi , un malade qui, par crauite 'de h

mort, promettroit à Dieu de se faire religieux s'il

revenoit en sauté, seroit obligé d^acconiplir sou vœu

après sa guérison : il faut de même r^arder comme

valide, le vœu que la crainte du naufrage dans une

tempête auroit fait faire à une personne^ cette crainte

ne rend pas les vœux nuls et invalides , pourvu qu^iis

soient faits avec délibération, parce quelle n'ôte pas

la liberté; elle ne force pas la personne qui fait le

vœu, à le faire; cette personne s y porte d^elle-méme

pour éviter un plus grand mal ; et il faut encore re-^

garder alors la crainte, non comme la cause, maii

comme Foccasion du vœu.

Le dol et Terreur positive sur la substance de \t chose vouée, opèrent la nullité du vœu, parce que Top et Fautre en excluent le volontaire. 11 en est dé même quand Terreur tombe sur des conditions qut appartiennent à la substance de la chose vouée ^ oii même sur des circonstances notables ; mais il f au-^ droit raisonner autrement , si on avoit été seulement trompé sur des choses accidentelles. La raison de tout ceci est évidente : car , dW côté, le principal objet do vœu est non— seulement la chose quou promet à Dieu, mais encore tout ce qui appartient à sa substance, et même tout ce qui en fait uue circons-*tance notable^ et de l'autre côté, on ne peut ^cgarde^ comme le premier objet d'un vœu, ce qui ne lui appartient que d'une manière accidentelle. Ainsi, sf Pon avoit fait vœu de donner à une église un calice qu'on a, croyant ne le donner que d'arçent, le vœu est nul s'il se trouve que ce calice soit u'or 5 à moiuà qu'on n'eut fait un vœu confus de le donner td qu'il

lOÔ Du SECOND

qu^on lui a assure que celte maison qu^il nt oonnois^ fsoit paSi, lui convenoit, son vœu seroit iavalide. Q en est de même du vœu qu^auroit fait un autre d^allor à Jérusalem , s ur Fassurauce qu^on lui auroit donnée

Su^on j va aisément par terre , quoique cela fut u^ès* ifficile; ou qu^il ne faut qu^un mois pour y aller par xner^ quoiquHl faille un temps beaucoup plus considérable. Au contraire, celui qui se seroit engagea un pèlerinage , parce qu^on lui a dit que la route ea étoit fort agréable , ou qu'il n^avoit que dix lieues à faire, auroit fait un vœu valide, quoique le chenûa fut moins beau et un peu plus long quW ne lui a assuré ^ parce que cette circonstance doit se compter pour peu de chose. Au reste, on voit bien que telle erreur qui est légère dans une supposition , peut être considéj-able dans une autre. Celui auquel on dirôit Wil n^y a que cinq lieues à faire pour aller à une chapelle où il fait en conséquence vœu d'aller , seroit trompé considérablement si cette chapelle étoit éloignée de dix lieues. Si au contraire on disoit qu^il D?y a que cent lieues à faire pour aller à une chapelle ^ où quelqn^un fèroit en conséquence vœu de se rendre.^ quoiqu^il y en eût cent cinq, ce seroit ordinairement être très— peu trompé.

Tout ce que nous venons de dire ne doit s^entendre que de Terreur positive 5 car il faut juger différem-* inent quand l'erreur est négative , c'est— à— dire , lorsqu'elle vient de ce que , iaute d'examen , on n^a pas découvert bien des difficultés, dont la connoissan€e eût empêché de Caire Je vœu qu'on a fait. On s'est elors engagé à tout événement^ et ce n'est qu'à soimême qu'on doit imputer le peu daltention qu'on a donnée à une chose qui en demandoit beaucoup.

Un vœu est nul, quand on le fait avec un esprit troublé par de violentes tentations^ parce qu'alors on, n^a ni assez de lumière , ni assez de liberté , pour pren« (dre un véritable engagement.

Le renouvellement d'un vceu nul dans soq origine^

GoffMAKDEMBlfT 101

IMr celui qui en ignore la nullité , ne lui rend pas la force et la validité qu'il n'a pas eue dès son commencement ^ parce quil n'y a ni assez de lumière^ ni assez de liberté dans celui qui fait cette rénovation^ laquelle ne fait pas rengagement, mais le suppose.

Nous avons dit ci— dessus, que le vœu doit avoir pour objet une chose possible. En effet, c'est un principe de la lumière naturelle, que nul n'est tenu a Timpossible. En conséquence de cette règle, nous? allons résoudre plusieurs questions qui pourroient arrêter les confesseurs.

On demande d'abord ce qu'on doit penser du vœu qu'auroit fait une personne de s'abstenir de tobte sorte de p^hés. On convient assez communément que le vœu de s'abstenir de tout péché mortel, est vaKde; parce qu'il ny a rien Jà qui soit moralement impossible ^ rien dont un Homme ne puisse venir à bout avec les secours ordinaires de la grâce. Cependant de tels voeux ne doivent être permis qu'à des âmes coorageuses, qui se sont longtemps éprouvées. Ua iMxnme qui connoU sa fragilité, pécheroit en multipliant ses transgressions, il pourroit même arriver que son imprudence allât jusqu'au péché mortel, si sa foiblesse avoit dû lui faire sentir la grandeur du danger auquel il s'exposoit. Cependant il auroit encore alors besoin de dispense, parce qu'un vœu n'est pas nul pour être imprudent, quoique l'imprudence avec laquelle il a été fait, soit une raison d'eu dispenser.

On confient encore, qu'on doit regarder comme valide , le vœu 4^ s'abstenir d'un certain genre de péchés véniels ^ par exemple , de tout mensonge ; parce qu'on peut en venir à bout avec les secours ordinaires de la grâce, et par le moyen d'une vigilance qui ne demande rien d'extraordinaire. Il y a cependant des matières où il est si ditficile de ne pas tomber, qu'il y auroit beaucoup d'indiscrétion a s'y engager par vœu. Peut— on, par exemple, se flafier de Tivre longtemps sans dire des paroles oiseuses^

Gr 3

102 Du 8EC05D

OU snns se prêter à quelque pensée mutile? It j ail roit en cela bien de la présomption^ cependant vœu, si ou le faisait, obligcroit en conscience.

A IVj^arcl du vœu quauroit fait une personne dp s abstenir de tous les péche's véniels, nous croyon qu^il seroit inil quant à Tobligaiion de s'abstenir '^ toute; rniiic môme légère. La raison en est que vœu nVst valable qu autant que Dieu racccpte^ que Dieu n'accepte point un vœ*u qui est inutile, même nuisible à celui qui la fait. Or, tel est le dont il s'agit, puisque la matière en est raoralemev ^ impossible ^ que son exécution demande un privilr-'"!i spécial, comme il paroit par la décision du concile ^ Irente (Sess. 6. can. 23. de Justif.)^ et que p jj conséquent le lien du vœu ne pourroit être qu^'^^u sujet continuel de troubles , d'anxiétés , et dWe pra»» évarication plus abondante.

L'exemple des Saints que Ton pourreît ob}cc=ter avoir fait de pareils vœux, ne conclut rien^ paaiK^ce qu'ils étoient conduits par des lumières dW or^sire supérieur.

Pour éviter cependant les embarras que pourroîe^ot causer les différens sentimens des théologiens, dont plusieurs pensent que, quoique ce vœu n obligeât p^i^ dans sa totalité, il ol)li^<^roit néanmoins en part/c^ nous croyons qu'il est j)Ius sûr d'avoir recours î^ ^ supérieur dans \m cas ambigu comme celui— ci, qih-^ de se dispenser soi— même.

Pour savoir à qiioi est obligé celui qoî a fait un: Tfru dont Fexéculion est impossible en partie, il fau distinguer : car, ou la matière de ce vœu est telle qu'oT puisse ou qu'on ait coutume de la diviser; ou elf t^st de nature à n'être pas pai lagée selon l'estimatio des sages. Dans le premier cas ^ on doit acquitter son vœu ce qu'on en peut acquitter, parce qu'on censé alors avoir promis ce qu'on pourroit faire, ifu'on peut appIÎHîî'^r à ce cas la règle de droit dit qu'un s\ctc ulUc pour un chct, nest ni vî

ni cadtic par Ilnutilité des autres. Utile non- débets per mutile viiiarû D^oii il suit, i. quun hommcr qui a fait vcBu de jeûner loutc sa vie, et à^ qui unemaladîe se'rieuse a fait iuterFomprc s^i )eûne , doifr te recommencer quand sa santé est rétablie. 2. Quo celui qm s'est engagé d'aller à Rome nu«-[Hed&, doit T aller ^ quoiqull ne [mt pas j aller dans cet état» \ Qu'une fille qui a fait Toeu de virginité, et quE^ s'est laissée séduire, reste toujours obligée à la continence».

Dans le seeond cas ^ dès qu'ime partie du vœu est: impossible,, le reste a'oblige % rien^ parce qu'alors» ce n'est pas une partie, c'est là totalité quon avoifr. promise. De là en conclut que celui qui , jpour honorer un Saint, a fait vcea de jeûner la veille dosa fête,, n'est pas obligé à remplacer ee jeûne, sup-posé qu'il ne puisse s'en acquitter le jour qti'il s'e— toit prescrit. On raisonne ue mcme d'un homme: qui auroît fait vœu d^allec à Compostelle, vêtu, d'uir sac et d'un cilice^ et on convicut assez» q^ie s s laguerre ou la maladie rendent son pèlerinage impos-^ uble^ il nest pas obligé à se rcvélir de ses habits de pénitence.

Les théologiens sont partagés sur ce qne devroic^ Élire celui qui , ayant fait vœu de halir une église ^ n'en peut mettre que les Ibndpui'jns. Les uns j>eii —

projetée. Dans ce doute, nous croyons q^il t^tit, oa prendre le parti la plus sùr^ ou^ avoir lecours au. supérieur.

On demande encore à quoi est obligé un-hommer qui a fait un vœu disjoncuf, mais qui ne peut plus en exécuter une partie. Tilins, par exemple,, ayant:

Ï>pri« cfu'un prêtre lui- a laissé un calice et une croix, argent, a lait vœa de donaiîr Tuii ou Fautre i sa paroisse ^ le calice a été v^iié y e&tr-U oblige de dournep la croijLf^

I04^ Dû SECOKD

Pour décider cette difficulté, il faut faire attention au temps où une des choses promises par vœu a përL Si le calice, dans le cas dont il s^agit, a voit déjà été •rolé quand Titius a fait son vœu , ce vœu est nul ^ ou plutôt il est suspendu jusq^i'à ce que le calice ait été restitué en nature ou en équivalent; parce que ce vœu avoit été fait à cette seule condition, quon pourroit choisir entre le calice et la croix, et se déterminer à donner celui des deux quon jugeroit bc propos : or, ce choix étoit impossible, dans le temps même que le vœu a été fait. Il en est donc de ce vœu, comme de celui qu'auroit fait un homme, ou dVntrer en religion, ou de se faire voleur; ce dernier est, de faveu de tout le monde , essentiellement nul; parce que ralternaiive roule entre deux choses dont Tune ne peut s^exécuter.

Mais si le calice rfa été enlevé qu^après que le vœu a été fait , ce même vœu doit être accompli ; à moin^ cependant que celui qui fa fait, ne se fïit déjà déterminé à faire présent du calice , avant qu'il eut disparu, et à garder la croix. La raison en est, qu^unc promesse qui a été valide , doit être exécutée; et que ^ selon le droit, celui qui a promis de donner un de ses deux esclaves, doit donner le second, si le premier est mort. On convient cependant que Titiusi seroit le maître de garder la croix , et de donner te prix du calice; parce que, selon son vœu, il pouvoit choisir entre fun et lautre : il y des théologiens qui exceptent le cas ôii la chose promise auroit été perdue par la faute de celui qui a fait le vœu; il est alors obligé^ selon eux, à donner celle qui reste; s'il ne peut choisir, ce n'est quà lui-même qu'il doit fimputer.

Enfin, celui qui, après avoir fait un vœu auquel il ne pensoit plus , en a fait un autre dont Texécu— tion est incompatible avec celle du premier , doit accomplir le second vœu, s'il est d'un plus grand bien : il doit s'en tenir au premier, si le second est d'ua bien égal; parce que^ quoiquou puisse commuer de

GOMlVIÀNDEXEnr. io5

soi-ménM un vœu en quelque chose de mieux ^ ou ne le peut pas changer en uue chose qui ne vaut pas plus aux yeux de Dieu , que celle qui lui avoit déjà été promise. Dans le doute , s^il y a égalité dans les deux promesses, il faut s'en tenir à la première^ parce que la possession et la présomption sont pour elle» Une troisième condition nécessaire pour la validité du vœu , cVst qu'il ait pour objet une chose bonne. Quoique le vœu aille ordinairement à des œuvres de conseil , rien n empêche qu'il ne s'étende aussi à celks qui sont de précepte; ainsi, il peut avoir pour objet une chose déjà commandée. Il est bon de s'affermir contre sa propre foiblesse.

Une chose mauvaise par elle-même, ou par la fin qu'on se propose, ne peut être la matière du vœu; parce que Dieu ne peut agiéer une promesse qui le déshonore. D'où il suit que cette promesse est un pé— dic mortel , ou vénîd , selon la nature du péché auquel on veut s'engager. Il pourroit même arriver que le vœu de faire une faute d'ailleurs légère, allât jusqu'au péché mortel ; et il y iroit en celui qui , con— noissant que Fobjet de sa promesse est mauvais, seroii assez corrompu pour croire qu'elle ne laisse pas d'être agréable à Dieu.

Une chose qui est bonne d'elle— même, mais qui peut devenir mauvaise par quelque événement , peut cire la matière d'un vœu. !\lais quand la chose est <levenue mauvaise, on ne doit pas la faire pour accomplir son vœu^ car on pécheroit, et la promesse çii ne peut s'exécuter sans péché, est impie et désagréable à Dieu. Tel étoit, selon saint Thomas, le ^ani indiscret de Jepliié, qu'il ne pouvoit accomplir, après que sa fille se fût présentée la première devant lui.

Une chose vaine, inutile, ou indifférente à tous ^ards , ne peut être la matière d'un vœu; parce que k voeu étant un acte de religion, demande un objet îoi se rapporte à Dieu, et qu une chose indifférente en

lo6 Du sRC(m]>

tous sens ne sy rapporte point, l^ota quœ smnl'd^ rebiis vanis et iniuilibus^ dit saint Thomas^ sunt magis deridenda ^ qiiàm servanda. Akisi, le vœu que feroit une femme de ne pas filer le samedi^ pour honorer la Sainte Vierge, serok nuK H n'y auroît même quune espèce de boune foi et de sîa>pUcitë^ qui put Texempter de tout péché, puisqu\iQ culte vain et superstitieux doit naturellement déplaire à Dieu»^ 11 n"*ea seroit pas ainsi du vœu de s'abstenir de toute œuvre servile, ou même d'une espèce de travail^ lequel, eu égard à Finclination, attacheroit si fort, quil ne permettroît pas de rendre un certaior genre de culte à ta Mère de Dieu. Ce vœu seroil très— bon , puisque , quoique la matière en fut indifférente , la fin ne le seroit pas. C'est pour cette rabon qu'on doit regarder comme valide le vœu déporter rbabit blanc, quand on est dans un pays où cette sorte de vêlement est une profession extérieure d'uo^ respect particulier pour la Sainte Vierge , o» quand il riippelle à Tesprit Fc^Iigation d'une pureté exacte Si on excepte ce cas , ou autres semblables ,. uu voeu de cetle nature doit être regardé comme une vaiae observance.

Dans le doute si Tobjet du vœu est indifierent^ Oïl bon, le vœu doit être accompli^ parce qu'en ae racconaplissant pas, on s'expose à pécher^ et que la pureté de fintention qui porte à l'accomplir, doit exempter de toute faute* Mais dans le doute si Toh—

5*et est mauvais, ou non, il faut laisser le vœu sansaccomplir^ parce qu'il est défendu die risquer une action criminelle.

Quoique l'objet du vœu. dlndîflerent qu'il étoît^ soit devenu bon , il ne reua pas pour cela valide ua vœu qui étoit nul 5 parce que c'est une rèçle de droit^ qu'un acte nul dans son principe, ne devient pas valable par le secours du temps : Non firmcUur trctctu tem/joris^ quod de jure ah initia non subsistUm, Un homme , par «xemplc , a fait vœu de ne pas

G>MllIAirDSBIE!fT* I07

trer dans nne maison^ où^ dans le temps qu'il a fait ce voeu, il pouvoit entrer comme en toute antre ^ depuis, cette maison est occupée par une femmo dangereuse pour lui; ce changement de circonstance^ de nul qu^étoit son vœu, ne le rend pas valide.

Il faudroit en juger dinëremment, si celui qui a (ait ce vœu, avoit eu intention de ne pas entrer en cette maison ^ au cas qu il ne put le faire sans péril : et abrs Fobligation de son vœu seroit éteinte , ou SDspendue , selon que le danger cesseroit pour toujours, ou pour un temps. Il en seroit encore de même ^ si cet homme avoit cru faussement quM y avoit du danger pour lui, où il njr en avoit point actuellement; car , comme son intention eut été. alors de ne se pas exposer , il semble que son vœu seroit général, et qui! Tobligeroit par conséquent k ne mettre jamais le pied dans cette maison, tant qu'elle pourroit être funeste à sa vertu.

A r^ard du vœu qui a pour objet une chose bonne en elle— même, mais indifférente à raison de la fin qu'on s'y propose ; par exemple, du vœu de jeûner ^ uniquement pour épargner la dépeuse, et sans aucun motif d avarice, il y a des théologiens qui disent qu*il ne vaudroit rien. D^autres au contraire assurent qu'on seroit obligé de fexécuter, mais quHl faudroit changer son intention. En ce cas, il faut se souvenir de la règlç que nous avons déjà donnée , c'est-à-dire^ recourir au supérieur , ou pour le consulter et suivre son avis, ou pour obtenir dispesse du vœu.

Un vœu dont la fin unique est mauvaise , eft ab* solument nul. Tel est le vœu de donner son bien aux pauvres , précisément afin de se venger de sa famille dont on est mécontent; ce vœu irriteroit Dieu, au lieu de lui être agréable. 11 en seroit de même du >œu qu'oseroit faire une courtisane de donner tant aux hôpitaux , si elle gagne une telle grosse somme en tel temps , ou parce qu elle Ta déjà gagnée 5 car ^ ôlors elle regarde Dieu comme fauteur de son »— iànie piosperité.

no Dt: sEcoîïD

dessein de s*obligor, parce qnïl est inséparable âa dessein de prometire. Et en effet, quand on veut sérieusement la cause, on veut, malgré qu^ou en ait^ tous les effets qui en sont inséparables. Or, Tobligation d'accomplir une promesse faite à Dieu, est inséparable de cette même promesse, pourvu qu'elle soit sincère p comme nous la supposons ici; puis-^ quW ne peut promettre à Dieu, sans vouloir être son débiteur; et quW ne peut lui devoir sans être obligé de le payer.

Si une personne avoit fait un vœu feint et sans intention même de promettre , ce vœu seroit nul ^ et il n^obligeroit pas devant Dieu. Cependant celui qui Fauroit fait , pourroit être obligé de faccomplir ^ non à raison du vœu même , mais à raison du scandale, ou du préjudice qu^en souffriroit un tiers.

On doit interpréter un vœu , selon ^intention qu'a eue ou a dû avoir celui qui l'a fait. Le vœu est une loi particulière qui n'oblige pas au— delà de finten— tion de celui qui Ta portée. C'est pourquoi celui qui a voué sous une condition qui ne peut avoir lieu , ïi^est point tenu d'accomplir sou vœu; à moins qu^il ne soit lui— même la cause de l'inexécution de la condition. Par exemple, celui qui a fait v(eu d'entrer dans l'ordre des Chartreux , n'est pas tenu , s'il ne peut y être reçu, de demander à entrer dans uit autre ordre. Mais celui qui a fait vœu en général et indistinctement d'entrer en religion . ne sa— tisfait pas à son vœu en se faisant recevoir aans une communauté peu régulière, où l'on ne garde aucune règle , et qui a besoin de réforme ; à moins qu'il n'y eût espérance qu'elle sera dans peu réformée. Si on avoil fait vœu d'entrer dans une pareille commu— ' nauté, il seroit nul, ayant [)Our matière une action illicite.

On conclut delà, que celui qui a fiât vœu d'entrer en religion , sans avoir d'antre intention, n'est pas tenu M Sui'dvjT h ch^stgtç ^ & il w peut être reçu

GOMMANBE3IE5T. 1 1 f

dans aacDn ordre religieux ; cl que s'il pèche conti e la chasteté, avaol que d'être reçu à la profession y il n% pèche pas contre son vœu. Pareillement, celui t[ui a fait vœu de recevoir les ordres sacres, n'est pas tena pour cela à réciter le Bréviaire a\ant quQ tfcfrc soos- diacre.

On conclut encore du même principe, que celui qui, en Élisant profession dans une communauté religieuse , n'auroit eu intention de s'obliger qu'à ce qu'il Tûjoit faire aux autres, et qui auroit cru de bonua foi n'être pas tenu à une plus étroite observance, se* ïoit excusé de péché en n'observant pas les points les , Bwwns considérables de la règle, que la négligence tt la mauvaise conduite des supérieurs auroient lak- $& transgresser ; pourvu qu'il ne fît rien de contraire & ses trois vœux essentiels, et à ce qui oblige dans la règle, sous peine de péché morteL On suppose pour cela qu'il n'eût pas reconnu auparavant, que Ks rel&chemens et les abus qui régnent dans la com<nuuiauté où il est , étoient contre la règle de l'ordre oa dn monastère; et qu'il eût eu lieu de penser que les supérieurs étoient légitimement autorisés et approuves dans l'introduction des coutumes qu'il voyoït^ et qull a reconnues depuis abusives.

Mais cette intention, en faisant profession dans une communauté , de ne s'obliger qu'à ce qu'on voit faire aox autres, n'empêche pas qu on ne soit tenu à l'observation des trois principaux vœux de religion, et à ce qui oblige dans la règle, sous peine de pcchc mortel; parce que, quoique le vœu simple n'oblige précisément qu'à accomplir ce à quoi ou a eu intention de s'obliger par ce vœu , il n'en est pas de même du vœu solennel, qui dépend, non— seulement de la volonté de celui qui le fait, mais encore delà volooté de l'Elglise, qui a approuve la religion et la règle auxquelles on s'engage par la profession soIci> ûdle. Ainsi, on ne peut faire vœu dans une rommuDimé religieuse , qu'à couditiou de garder 4es rè^Ieff

Page 1