DU V" COMMANDEMENT
Xje Seigneur étant le seul principe de la vie des hommes , a voulu se réserver à lui seul le droit de h leur ôier. Ego occidam et ego vii^ere faciam ; percntiam et ego sanabo. La nature dictoit asses que les hommes étant nés pour la société. Tordre ea stToit sans cesse troublé, si chacun avoit la liberté de faire mourir celui qui lui seroit contraire^ mais cette voix de la nature n'étoit ])as assez forte pour se (aire entendre à des cœurs cruels et barbares^ il a fallu que le Seigneur parlât pour faire connoitre son droit e^LcIusif, et qu^il défendit tout homicide par un précepte exprès.
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U est conçu en ces termes : Vous ne tuerez point, non occides ( Exod. âo^ i3.). Ces paroles sont courtes, et toutefois elles renferment bien des choses^ car^ non—seulement elles défendent lliomicide, mais encore tout ce qui peut nuire au prochain en son corps et €11 son âme.
Jésus— Christ, souverain interprète des volontés de sou père et suprême législateur comme lui et avec lui) nous a déclaré formellement toute fétendue qu^on doit donner à ces paroles du Décalogue , non oc^ cides. f^ous avez ouï dire^ disoit-il aux Scribes, et , aux Pharisiens ( Matth. 5* 2 1. ) , qiCU a été défendu aux anciens de tuer , et que quiconque tuera , me— riiera d être condcanné par lejugement^ et moi je vous dis que celui qui se fâche contre son prochain^ méri^ iera d'être condamné par le jugement. Celui qui dira àscm prochain^tiaca^ cU^si'bi'dive^ qui,' par quelques paroles vides de sens, témoigne extérieure ment liudignation qu'il a dans le fond de fàme, méritera dctre condamné par le conseil^ c'est-à-dire, quil a péché de manière à donner au juge à délibérer quel genre de punition il mé— nie.Et enfin^ celui qui appelle son prochain ^ insensé j méritera d'être condamné à la gêne du feu.
On voit par ces paroles que le cinquième précepte du Décalogue défend non-seulement 1 homicide, mais encore, i' la colère intérieure, soit qu'elle cousisle en un acte passager, soit qu'elle soit habituelle, telle que la haine, l'aversion, et le désir de la vengeance^ -2** la colère extérieure ; 3*^ les conlumélies ou paroles outrageantes, les railleries, les calomnies, les médisances, les jugemens , soupçons et doutes téméraires^ qui sont autant d'espèces d'homicides commencés. H n'est pas possible de penser que Jésus— Christ,
Er cette explication , ait changé la loi du Décalogue ^ \ Scribes elles Pharisiens qui s'en tenoient à récoi-ce dfs termes, le pensoient qinilqudois elle disoient; . mais ce divin Sauveur les réfuioit de manière à kur ôter toute réponse j lorsqu'il leur disoil que le
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but de sa mission n^étoit pas de changer k kn ni de k détruire ^ mais plutôt que son dessein étoil dt k faire remplir dans toute son âendue. Non vem sol^ vere legem^ sed adimplere»
Et en effet, cMloit peu de défendre niomici&) si on n'eût pas défendu en même temps tout ce oui y conduit comme natnrenement. Vl n^y a que des msensës ou des frénétiques qui puissent commettre un homicide sans que rien au monde y ait donné lieu. La sagesse divine qui ne desûnoit sa loi qu^aax hommes qui ont Fusage de k raison, en dânidaiit Fhomicide , défendoit donc en même temps tontes les injures, paroles, ou sentimens qui peuvent porter à rhomicicte^ et quoique Teffet ne s^ensuive pas Âfto* tivement, il suflit, qu^il puisse en provenir, pour quHIs soient Tobjet de la défense*
Pour éviter les répétitions, nous renvoyons au Traité de la Restitution en particulier^ où il est
1>arlé de tout ce qui concerne fhomicide, le suicide^ a mutilation, k détraction, k contumélie, et autres paroles qui^fbnt tort au prochain, ainsi que du jugement téméraire, qui est un homicide intérienr.
Il y a une autre sorte dliomicide paiement pro§* eritpar le cinquième commandement, c'est rhomtdda spirituel , ou le scandale. Autant l'âme est supérieure au corps par sa nature, son origine, ses opérationf et sa destmée, autant l%omicide de fâme Femporie en malice et en énormité sur celui du corps.
Le scandale est toute parole ou signe, action oa omission qui, par eux— mêmes, portent le prochani au péché, et par— k lui donnent le coup de morfc On commet ce crime toutes les fois quon porte le prochain au mal, par de mauvais exemples, par de mauvais conseils^ qu'on corrompt son cosur par dei discours pernicieux; qu^on salit son imagination ea lui présentant des objets indécens et immodestes-; qu^on gûte son esprit en lui donnant , prêtant 6B conseilkut des livres qui tendent à ^per les îaor*
démens ou de la foi ^ ou des bonnes mœurs ^ qvLon loorne en sa présence la vertu en ridicule , et qu^on donne des éloges au vice^ quW Tengage dans les plaisirs^ les amusemens^ les passions du monde, en iétourdissant sur ses devoirs, en lui faisant oublier qo^il est Chrétien , et que sa principale affaire est de saaver son âme; en un mot, on est coupable du crime d'homicide spirituel, lorsqu'on ôte ou quW dierche à ôter du cœur du procnain la vérité, finijocence, la pudeur, et les aotres vertus qui constituent la vie de Fàme : on est homicide, dit Ter— tallien ( Lib. de Pudic. c. 5. ) , quand on souille un bomme au point de lui faire commettre quelque pé« ché : Homo cum inquinatur , occiditur. Vous êtes Teritablement homicide , dit saint Augustin ( in Euang. \ lodH. 4^0? ^^ y OMS portez au mal votre prochain j ^ si vous en doutez, le Psalmiste vous en convaincra ^ ■ en vous disant que les dents des enfans des hommes sont des espèces dWmes et de flèches, et que leur ^ tngue est une épée très— aiguë : Si fratri tuo mala - persuades 9 occidis ; et ut scias quia occidis , audi ' Pscdmum : Jilii hoirUnum dentés eorUai arma et sagittœ^ et lingua eorum gladius acutus.
Rien ne montre mieux Ténormité de cet homicide oue ce qu'en dit Jésus— Chrit ( Matth. 18. ^j.). Mal'heur à celui par qui le scandale arrive^ cest-à-dire, qui , par ses discours , ses faux raisonnemens , ses rail— kries , ses actions, et par tous les autres moyens aue Fennemi de Fhomme dont il est le ministre et lor-
Bne peut lui suggérer, porte le prochain à oftenser ieu, et à se jeter dans les filets du démon. «S*/ ^ue/fu'im^ ajoute ce divin Sauveur, scandalise un de tes petits qui croient en moi^ il vaudroit mieux pour lui qiCon lui mit au cou une meule de mou^ ' bg^ et qu^on le précipitât dans la mer. Qu'on se joue après cela d'un crime qui doit être si sévèrement puni par le souverain juge.
Le scandale est en mcme temps un homicide ^i-
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rituel et un crime énorme contre la charité et conut la justice; par censéquent il exige réparation ^ et doit, être exprimé séparément en confession.
Ceci regarde, i^ les écrivains impies on Hbertiiis, qui composent des ouvrages pernicieux, tendant à détruire la foi^ ou & corrompre les mœors; les im« primeurs qui les mettent sous la presse; les libraires, ou colporteurs qui les débitent; ceux qui les gardent chez. eux sans permission; ceux qui les prêtent, qui les conseillent, qui les procurent.
a^ Les peintres qui peignent des choses honteuses; les graveurs et imprimeurs qui abusent de leur u-" lent pour multiplier ces indimes productions; les scolpteurs qui /ont des statues indécentes et contraii^es i , la pudeur; ceux qui font travailler les uns et lei^ autres, ou qui leur donnent aide, conseil et pro-* tection.
3^ Les pères et mères, maîtres et maîtresses, et tous ceux qui ont quelque autre autorité sur les atiireS| et qui , par paroles , actions , ou omissions , donoeiil mauvais exemple à leurs inférieurs, ou qui nVropechent pas le mal que commettent ceux qui dépcii- ^ dent creux , faute de veiller sm* eux av.ec raltenliott nécessaire.
4^ Ceux qui engagent les autres dans les amu-* ; semens du monde , et qui les conduisant aux specU** \ clés, aux bals, ou aux jeux, répondent de tout \ê mal qu'y pourroient faire les personnes qu'ils y «■* entraînées ; ceux qui donnent aux jeunes personnel des leçons de luxe, de vanité, de frivolité, ou mêflii'] de lubricité. ^
5** Ces confesseurs indignes de letre, qui parlé* morale relâchée, perpétuent le mal, Fautorisent, <^ rendent les conversions impossibles. '
6® Enfin , ceux qui se vantent du mal qulk ort fait, ou de celui quHIs n'ont pas fait, dans Tintentiflil dy porter les autres, ou même sans aucune inieft^ tion. Ceux qui se servent de petits enians pour 1*
C0!*I!WAT!IDEME»T. 2^
mretë, etc. G^est un scandale presque sans
il trop long de rapporter tous les cas qui
le scandale^ sa définition suffit pour les ^ son étymologie même, qui signifie ;>ierre emevt ^ annonce assez que c'est vouloir faire ans le péché ceux en présence desquels on ît^ comme c'est vouloir faire tomber par K à qui on met sur le chemin une grosse
ils n éviteront pas de chopper.
m* devoir de justice de réparer le scandale j i difficile cependant que cette réparation ^ elle I quelquefois impossible. Le moyen, en efTet, de Tenter ceux qui y sont déjà par notre a^squ'on a le malheur d'être cause de la perte
d'une âme , ce qui n'est que trop commun, expier ce crime par la pénitence, et cette i doit cire proportionnée au plus ou moins )mbre de personnes qu'on a perdues, ou st mis dans le cas de perdre. Ceux, par , qui ont publié des livres pernicieux , outre itence qui ne doit point avoir de bornes , ore tenus de retirer les exemplaires autant i eu leur pouvoir, de ne parler de leurs ouu'avec horreur, et avec regret de les avoir u On doit encore les obliger à composer tation solide, s'ils le peuvent^ et s'ils sont er de mort , on doit exiger qu'ils en fassent, actation par acte public, qui ont scandalisé le prochain par des pa--
par des mauvais exemples, doivent réparer aie, en détournant du mal les personnes ; Font conseillé ou inspiré, en détruisant lesîs impressions qu'ils ont faites sur leur esprit, s édifiant par des vertus opposées aux pé— ' lesquels ils leur avoient causé du scandale. s femmes qui ont blessé la pudeur par leur itie, doivent non— seulement s'habiller mo-^
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destement) mais encore éviter les pamres mfape innocentes pour les^ personnes oui nom )amaîs scaiH daiisé; car il n^y a qu'une différence frappante dans leur extà'ieur, qui puisse suffisamment réparer k scandale.