‹ Instructions sur le rituel (volume 2)Chapitre 9 sur 90 · Tome IF. D · texte numérisé non relu

Tome IF. D

5o Du PRf.MlCK

être sauv<^. Car ^ selon la remarque de saint Thomas ^ les préceptes qui nous ordonnent les vertus, n'en regardent pas Ijiabitude, mais les actes et la pratiquer Prœcepta daniur de actibus , non de habita virtutum, 11 y a plus ^ quand le commandement qui nous ordonne d'espérer en Dieu, ne seroit pas aussi expressément et tant de fois marqué dans les saintes Ecritures, ces paroles : Je suis le Seigneur n^otre, Dieu^ qui servent de préface au Décalogue, devroient nous persuader de cette importante obli^tion. Car le Seigneur , en nous disant qu^il est notre Dieu , nous apprend qu'il est notre souverain bien , notre unique fin, notre béatitude 3 qu'il est plein de miséricorde et ce bouté 3 qu'il est fidèle dans se^ promesses ; qu^ii pardonne aux pécheurs pénitens; qu'il récompense ceux qui le cherchent. Or, comment Fhomme pourroit— il croire toutes ces grandes vérités, s'il n'espé-» roit pas obtenir de Dieu ses faveurs, et les grâces nécessaires pour les obtenir f Car il y a^ dit saint Bernard {Serm. 10. in Ps. 9. ), une si grande liaison entre la foi et lesperance, que tout ce que celle-là croit devoir arriver, celle-ci en attend la jouissancr. Germana Jidei speique cognatio est : ut quod illa futurum crédit , hœc sioi incipiat sperare fa^ tïirum.... Dicit /ides : parata sunt magna et ineac^» cogitabilia bona à Deo ^ fidelihus suis. Dicit spes :' illà mihi servantur. C'est pour cela que nous voyons les divines Ecritures faire si souvent mention de l'espérance, après avoir parlé de la foi et de ses effets. Si saint Paul dit ( Rom. 4. v. 3. ) qiC Abraham a cru à Dieu^ et que sa foi lui a été imputée à justice y il ajoute {ibid. v. 18. et 20. ) que contre toute espérance^ Abraham crut devoir espérer qu^il deviendroit le père de plusieurs nations y qu'il n'hésita point , et n'eut aucune défiance^ lors de la promesse que Dieu lui fit; mais qiCà se fortifia dans la foi^ en donnant gloire à Dieu. Le même apôtre ( Hebr. 11. 9. ) parle de la

CoitMAllDËttElIT, 5l

&i dece saint patriarche , et dit que d^est par elle yaV demeura somme étranger dans la terre qui lui avait été promise**^ et pour faire voir quelle ëtoit wa espérance, il ajoute aussitôt après, qriHl atten* doit celte cité dont les fondemens sont immobiles^ €t dé laquelle Dieu lui-^méms est ^architecte et le fondateur.

II j a pins^ Tapôtre saint Paul a compris indirec* tement Fespérance dans la définition de la foi , qu'il dit être te soutien des choses que nous espérons / et écrivant aux Ephésiens, il appelle les ûicrédules^ filios diffidentiœ.

Nous pourrions donner encore un grand nombre de preuves de la nécessité de Tespérance pour être sauvé. Le concile de Trente ( Sess^ 6. cap. 6* de Justif.) nous en parle comme d\me disposition indispensa— blement nécessaire dans les adultes, pour se préparer à la justification. Saint Ambroise nous dit (Z. i. de Pœn. c. i. ) que l'espérance est nécessaire à tous les hommes, pour une digue pénitence : iVpmo potest benè agere pcenitenfiam^ nisi sperm^erit indulgentiam. Saint Augustin ( Serm. 35 a. inter 5o. hom.) assure que ce n'est pas tant le crime énorme de Judas, qui Fa damné, que le désespoir dans lequel il finit sa vie. Judam traditorem , non tank scelus quod commisit^ quàm indulgentiœ despe^ ratio fecit penitiis interire.

Après cela, personne ne peut révoquer en doute <iue Fespérance ne soit nécessaire de nécessité de précepte : ce que nous venons de dire pour prouver qu'elle est nécessaire de nécessité de moyeu, le montre incontestablement. Qu^on examine les Ecritures y on y trouvera des témoignages sans nombre de cetta Yérité : et en eflct. comment FEsprit— Saint nous aoroit— il laissé la lioerté de choisir ou de ne pag choisir un moyen aussi nécessaire pour le salut , que la pratique de la vertu d'espérance?

C'est donc avec rabon que le pape Alexandre VH.

5^ Du PREMIER

a condamiië cette proposition : Homo nuUo unguàm ^Uœ suœ tempore tenetur elicere actum Jidei^ spei^ et charitatis , eac vi prœceptorum dwinaram ad eus virtutes pertinentium : et que le clergé de France la décbrée en 1700^ scandaleuse^ pernicieuse dans la pratique, erronée ^ tendant à faire oublier la foi €t TEvangile.

• Le commandement qui nous ordonne d'espérer en Dieu, en tant qu^il est afKrmatif, nous oblige^ ainsi que nous venons de le dire, de &ire dans le cours de notre \ie des actes d^espérancej mais il ne nous y oblige pas en tout temps et à tous les momens.

A regard des temps où il nous oblige directement et par lui-même, les théologiens disent communément, que Ton est obligé de produire des actes iuléiieurs d espérance, 1^ lorsqu^on a Tusage parfiadt de la raison, et que Ton est sulllsamment ibstroU quM y a une béatitude surnaturelle qui nous est préparée^ 2^ quand ou sent de violentes tentations de desespoir : il est très— difficile de les vaincre, sans iiiire des actes dVspérance ; 3^ à larticle de la moit : c^est pourquoi les pasteurs, les prêtres, et tous ceux qui assistent les mourans, doivent être très— attentifs a leur en l'aire produire^ 4^ on doit faire des actes d^cspérance , lorsqu'on est tombé, dans le désespoir ou dans la présomption; 5^ nous devons travailler sans relâche , pour obtenir la vie éternelle : n'y pas penser, dit saint Augustin, c'est n'éUe pas Chrétieiu hi nous sommes régénérés^ dit saint Pierre ( 1. Ep. 2. Q). 3» 40î ^^ Dieu^ selon sa grande miséricorde^ nous a donné une vive espérance par la résurrec^tion de Jésus^Christ^ c^est pour nous faire jouir d'un héritage pur^ incorruptible^ inaltérable^ et qui nous attend dans le ciel. Or^ pour pouvoir travailler avec succès à noire salut, nous avons besoin du secours de Dieu ; secours que nous ne pouvons attendre, ni de nos forces, ni d'aucune créatuie»

COMMAWDElWEItT. 53

Makàidus homo qui confiait in honUne^ dit un prophète. Notre capacité vient de Dieu, ajoute saint Paol. Nous devons donc rccottrir continuellement k sa toute— puissance et à sa miséricorde. Ceux qui crai-< gnent le Seigneur, ont mis au Seigneur leur espérance y dit le roi prophète; // est leur soutien et leur protecteur. Je n ai espéré que dans leSeigneur^ dit— il dans un autre Psaume^ cVst pourquoi je me réjouir tù^ et je serai ravi de jùie dans le secours que fattends de votre miséricorde. J'ai espéré en vouSj Seigneitr^ fai dit, f^ous êtes mon Dieuj mon sort est entre vos mains. Nous devons coo— tinaellement demander à Dieu, de venir à notre aide et de nous secourir : car si nous ne lui demandons rien, nous n'obtiendrons rien. Mais en liiï demandant, que ce soit avec fei et sans aucune défiance : Que celui qui se défie, ne pense pas pouvoir obtenir rien de Dieit^ dit saint Jacques. Ue toutes ces vérités, concluons la nécessite de faire souvent des actes d'espérance^ puisqu'on ne désire pas et qu'on ne demande pas ce qu'on n'espère point.

II y a des occasions où le précepte de l'espéraoce oblige indirectement, et par accident, comme disent les tnéologieus ; c'est— à-dire , à raison de quelque autre chose que nous devons faire. Par exemple, i" lorsqu'on est obligé de s'approcher du Sacrement di; Pénitence, ainsi que le concile de Trente le diklare (Sess. 6. c. 6. ae Justifie), lorsqu'il dit, qu'une des dispositions nécess^iires aux adultes pour être justiliés, est de s'élever à t espérance, se confiant que Dieu leur sera propice pour l'amour du JrsuA—Clirist. Pour une digne péuileuce, il ne sultit pw de pleurer SCS iaules, dit saint Fulgence ( /. 7. c. .'». "^; on doit encore en espérer le pardon, de lu misériruidc de Dieu. La douleur de nos péchés ne doit point nous empêcher d'espérer en U miséricorde du Soiï^Ticur; de même notre confiance en sa bonté, ne doii point tarir la source dea larm«s que la vraie uuuitence laie U 3

54 Du pnEMiEn

répandre : Saluhris conversio dupUci ratione con-^ sistit ; si nec pœnitentia sperantem , nec spes de^ serai pœnitentem : ac per hoc^ si ex loto corde qiiisquam rehuntiet peccato suo^ et toto corde spem panai remissionis in Deo.

3^ Le précepte de respévance oblige encore indirectement^ lorsque nous sommes obugés de prier : car en vain demanderions— nous à Dieu ce que nous B^spérerions pas obtenir de lui. Que celui qui demande à Dieu^ dit saint Jacques, demande avec foi, et sans aucune défiauce : Posiulet auiem in Jide^ nihil hœsiians : car celui qui se défie est semblable aujc Jlois de la mer , agités et poussés çà ei là par le a}enf. Que cetui-^là donc ne pense pas pouvoir obtenir rien de Dieu. Mais la miséricorde environnera celui qui met sa confiance au Seigneur, dit le prophète roi : Sperantem auiem in Domino^ misericordia circumdabii.

3^ Le précepte de Tespérance nous oblige indirectement, lorsque nous sommes dans Tadversité. U faut alors , comme saint Paul nous en avertit , nous fortifier et nous consoler par Tattente des biens étemels. ^ous nous glorifions dans les affiiciions^ disoit ce grand apôtre écrivant aux Romains , sachant que les af/liciions produisent la paiience^ que la pa^ tience produit F épreuve^ ei F épreuve P espérance } or , P espérance ne nous irompe point. Réjouissez^ n)ous dans P espérance^ leur disoit-*il encore ailleurs^ souffrez paiiemmeni.

4^ On doit encore faire des actes d^espérance, lorsqu^on est violemment tenté, même en toute autre matière que sur cette vertu; et que Ton a besoin d^en faire des actes, pour vaincre la tentation.

Après tout ce que nous aVons observé sur IVspérance chrétienne , il est difficile de ne pas convenir que c^est être peu zélé pour son salut , que d^attendre à ne produire des actes de cette vertu , que lorsqu'il y a nécessite de le faire. Tout Chrétien qui se

CoilMilfDEIirKNT. 55

regarde sur la terre cominé voyageur^ et dont Tel— pérance est pleine de fimmorlalUé qui lui est promise^ tout Chrétien qui soupire continuellement en lid^néme^ en attendant après r adoption des en* fans de Dieu^ tout Chrétien que le désir d'être revêtu de la gloire de la maison céleste fait gémir ^ n^a pas besoin qu^ou Tavertisse de nourrir dans son cœur^ Tespërance de ce saliU qui doit être découvert à la fin des temps } et celle de posséder la grâce qui lui est offerte^ pour le jour auquel Jésus-^ Christ doit paroître. Enfin , tout Chrétien qui conooit les miséricordes de son Dieu, et qui en est pleinement convaincu, ne peut s^empècher de les rappeler continuellement à sou esprit et à son cœur^ pour obtenir la grâce de les chanter éternellement. Cest dans de pareilles dispositions qu^on trouve des motifs puissans de se détacher des biens de la terre ^ de se consoler des maux de la vie présente, de se défendre contre les attraits de la prospérité et les attaques de Fadversité. Ne vous cfJJUgez point ^ disoit saint Paul aux Thessaloniciens , comme ceux qui n'ont point d'espérance. J'ai renoncé à toutes les choses de la terre qui me paroissoient avantageuse f^ dit ailleurs ce grand apôtre ^ je les regarde toutes comme de la boue^ et comme autant de pertes^ afin de gagner Jésus-- Christ. Tous les athlètes^ qui combattent pour plaire aux hommes, s'ahstien^ nent de tout^ et ils ne le font que pour obtenir Une couronne périssable : au lieu que nous^ qui combattons pour plaire à Dieu, nous en espérons une immortelle. 11 est bien difficile de trouver ces dispositions dans ceux qui , loin de s^occuper des ob« jets qui réveiller oient et animeroient leur espérance , L laissent dinxinuer, et même souvent s^é teindre , faute dcn exercer les actes nécessaires pour la nourrir et Taugmenter^ pensant beaucoup aux biens de la vie présente, et peu à ceux de la vie éternelle. Tout ce qui nous avertit de l'obligatioa d'espériCr

56 Du pREMim

en Dt«u, et d^attendre les biens qt^il nous promet si nous lui sommes fidèles^ doit fav*e sentir quel est le danger de Fillusion des faux mystiques , qui croient que c^est un sacrifice fort agréable à Dieu, de renoncer à toute espérance de la vie étemelle, par le motif d'un amour pur et désintéressé. Celte doctrine a été condamnée par le pape Innocent XII, et par le clergé de France.

Si Ton a vu des Saints pénétrés d^amour , dire dans leurs transports qu'ils s'abandonnoicnt à Dieu, pour le temps et pour Féternité, leur abandon étoit un abandon de confiance; abandon à la sage tendresse d^uu Dieu tout- puissant dont ils savoient qu^ilsavoient tout reçu , jet qu'ils dévoient tout espérer. Ils étoicnt pleinement convaincus avec saint Augustin, que notre salut n'est jamais tant en sûreté, que lorsque nous remettons sQOtre sort entre les mains de notre Père céleste. Tutiores vivimus^ si totum Deo damus. Toilà Tabandon que saint Pierre nous recommande, lorsqu'il nous dit : Omnem sollicUudinem vestram projicientes in eum^ quoninm ipsi cura est de vobis. Mais cet abandon des Saints n^a jamais été un abandon de désespoir. Et comment peut-on imaginer qu'ils aient cru donner à Dieu des marques de leur amour pour lui , en renonçant au sort de ses enfans f Les Cbrétiens qui ont du zèle pour leur salut, regardent avec horreur la simple pensée qu'un Dieu infiniment bon les veuille réprouver.

L'apôtre saint Jean étoit bien éloigné d'approuver ce pernicieux désintéressement des faux mystiques. Je vous écris ces choses^ disoit-41 à ceux qu'il instruisoit (Ep. i.c. 5. v. i3.)^ pour vous apprendre que vous avez la vie éternelle , vous qui croyez au nom du Fils de Dieu y à cause de l'espéranç^e que votre foi vous donne de l'obtenir un jour, cette vie, par sa grâce et par ses mérites. La conj^ance que nous ayons en Dieu^ et l'espérance de rece^ voir de lui cette vie glorieuse, est /ondée sur ce

qu il nous exauce' dans fout ce que nous lui de* mandons de conforme à sa ^volonté.

Des Péchés contre V Espérance,

yjnk pèche contre respcrance, par défaut, ou par excès. Par le défaut aespérance , on tombe dans le désespoir 5 par Texcès, on se rend coupable de présomption.

Le même précepte qui, comme aflTirmatîf, nous ordonne de produire en certains temps des actes d'espérance, noirs défend, comme négatif, de nous laisser aller en quelque temps que ce soit, au désespoir et à la présomption. // est également dan^ gereuar^ quoique par des raisons et des dispo^ sitions contraires ^ de trop espérer^ ou de ne pas espérer assez de la bonté de Dieu , dit saint Augustin ( Tract. 33. in Joan. ).

1. On pèche par désespoir en plusieurs manières: i^ quand on désespère d'obtenir le pardon de ses péchés, à cause de leur nombre et de leur énor— mité. Sic time Dominum^ ut s pères in misericordid ^jus^ dit saint Augustin (in Ps. 1^6. n. 20.)^ si.... limes Deum quia peccator es^ à quo acceptnrus ts aujcilium (mv^ersus Deum F quo iturus es ? quid facturas? Fis ah illo fagere? ad ipswn juge. Vis fugere ah irato P Juge ad placatum. Placahis autem eum , si speres in misericordid ipsius y atque ità de cœtero peccare caveas.^ ut de prœteritis depreceris ut tibi dimittantur à Domino. 2** Quand on désespère de pouvoir se corriger de ses mauvaises inclinations, à cause de la force de Thabitude, et de Texpérience que Ton fait tous les jours de sa loi— blesse; ce qui cause la paresse et fendurcissement dans le crime, ainsi quil arriva à ces Gentils dont parle saint Paul i^Eph. 4. 19.), ^wi n'ajanl point

S8 Du PREMIER

à^e gérance ^ s^abandonnèrent à t impureté^ et se portèrent at^ec une ardeur insatiable à tOiUes sortes de dissolutions. Tels étoient encore ces pécheurs qui répondirent au prophète Jérémie ( Cap. 18. V. 12.) : Nous aidons perdu toute espérance au Seigneur ; nous ne pouvons pkis changer de con<* duite : nous nous abandonnerons^ comme auparavauty à nos pensées^ et chacun de nous suivra Péga^ rement et la déprai^ation de son cœur, i^ Quand on manque de confiance et de soumission à la Pro«vîdence ue Dieu ^ et quW craint toujours de manquer du nécessaire. 4* Quand, au lieu de mettre sa con* ûiMxce en Dieu, on la met en soi-même, eu soa industrie, ou en quelque créature, comme lorsque ne compte que sur ses propres efforts , sur son crédit^ sur ses protecteurs. Heureux celui^ dit le prophète { Ps. 39. 5.) , qui rC espère qiûau nom du Seigneur^ et qui ria point d'attention sur les vanités et les illusions du siècle. Et au contraire, maudit celui qui s^appuie sur un bras de chair.

II peut arriver que le désespoir scyit hérétique, comme si en désespérant de son salut, on croyoitle salut impossible, ou que TEglise n^a pas le pouvoir de remettre les péchés, ou du moins certains péchés. Cette circonstance doit être déclarée en confession , parce que , outre le péché contre Fespérance y il y a encore le péché contre la foi.

2. On pèche contre Fespérance par présomption^ ce qui se fait en deux manières : par témérité , oa par hérésie. La présomption est téméraire, lorsqu^oa espère ce quW ne doit pas espérer^ par exemple, lorsqu'on attend une grâce aussi grande que celle dont les plus grands Saints ont été favorisés, ou lorsqu^on persévère dans le péché, en comptant sur une grâce de conversion h Tneure de la mort^ ou enfin, lorsqu'on se livre à toute la fureur des passions sans leur opposer la moindre résistance, sous prétexte que Dieu est bon.

COMMANDF.MCNT. 5g

La présomption est hërélique , lorsqu'elle est fondée sur des principes contraires à la foi \ par exemple , 1® lorsqu'une personne espère les biens surnaturels et la béatitude par ses propres forces, ou par fappui de quelque créature comme cause principale , et non pas de Dieu : c'est ainsi que pensoient et espéroient les Péiagiens; a* lorsqu'une personne attend la rémission de ses pécbés et le salut, sans pénitence, ni aucune bonne œuvre , mais seulement de la miséri— coide de Dieu, et des mérites de Jésus— Christ, regardant les bonnes œuvres comme inutiles : c'est ainsi qu'espèrent les Calvinistes. Ces différentes sortes de présomptions doivent être déclarées en confession.

De la Charité.

Lik charité est une vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu pour lui— même par— dessus toutes rboses, et le prochain comme nous— mêmes par rapport à Dieu. Quant à ce dernier point, comme le ftécepie de la charité envers le prochain est la base des sept derniers commandemens , nous en traileîOQs suffisamment lorsque nous parlerons de ces comoandemens. Ainsi, il ne s'agit ici que de la première partie de la charité, qui a Dieu pour objet.

La charité est la plus grande et la principale des Vertus théologales, dit saint Paul, parce que sa durée est étemelle. La U>i n'aura pas lieu dans le ciel, où toutes les vérités seront à découvert j respérauce finira, parce que l'on possédera pendant l'éternité ce que ion a voit espère dans le temps ^ mais la charité sera fat vertu des bienheureux, et le lien qui les unira à Dieu cojnme à leur principe et à leur fin , et qui les unira entre eux , comme les menibres d'un même corps.

Nous avons dit que la charité est une vertu qui nous tait aimer Dieu pour lui-même , par-^de^us

6o Du i^hemier

toutes choses. Oh Faime pour Idi— même , quand cm Taime à cause de sa propre exceflence^ de sa beauté et de sa bonté infinie ^ en sorte qu^on désire la gloire de Dieu comme sa dernière fin ; cVst ce que les tbéolo— » giens appellent amour objectif. On Paime par— dessus toutes choses ^ ou d'un amour appréciatifs lorsqn^oa Faime plus que soi-même et plus qu'aucune ebesequi soit au monde ^ en sorte qu^on aime mieux re- ' noncer à tout ce que Ton a de plus cher au monde^ que de Foffeuser^ qu'on est prêt à vouloir, à faire ^ * à souffrir tout , plutôt que de perdre Pamour de Diea.

Telles doivent être nos dispositions à Pégard de Dieu^ autrement nous n'avons pas la charité, et nous ne remplissons pas le premier précepte qui nous oblige à aimer Dieu ce tout notre cœur. Celui qui aime sou père s sa mère^ sa Jille et son fils plus que moi s nest pas digne de moi^ dit Jésus— Christ {Matth. lo. 37.). Aussi Papôtre défioit— il hautement toutes les créatures de le séparer jamais de Pamour de Dieu.

Quand on dit que nous devons aimer Dieu de ' tout notre cœur, cela ne veut pas dire que nous devions Paimerdun amour intense ^ c'est-à-dire, avec ; le plus grand effort, aveq la plus grande ardeur^ avec la plus grande véhémence qu il est possible d^avoir) cet amour ne convient qu'aux bienheureux , qfuif =. voyant son essence à découvert., se portent vers Dieu avec d'autant plus d'afdeur qu'ils ont plus de con— noissance de ses perfections adorables. Pour nous'^ ~ qui ne le voyons que dans ses ouvrages et par ia foi , nous Paimons selon notre portée : de tout notre cœur s lorsque nous sommes dans la disposition habituelle de lui rapporter tout^ de tout notre esprit^ lorsque nous lui soumettons notre esprit et nos Iuh^ mières ; de toute notre âme , lorsque nous réglons ": nos désirs suivant sa volonté j de toutes nos forces i^**: lorsque nous lui soumettons toutes nos actions^ en un mot, lorsque notre coeur n'est point partagé eotr» ;

ri

Commandement. 6i

in et la créature ; que nous n^aimons que lui seul , M que si nous aimons quelque chose avec lui ^ nous n'aimons cependant ce quelque chose que par rapport a lui et pour lui.

• Il sufliroit de connoître Dieu par b foi, ou môme ttr les seules lumières naturelles^ pour nous engager a aimer Dicu^ <lès qu^on sait, dès quon croit quil j a un Dieu, il n^est pas douteux que nous devons faimcr^ et comment seroit— on dispensé d'aimer ce |n est souverainement et iiitiniment aimable? Cest i la fin principale de l'homme, c^est pour aimer Dieu ^'il a été fait^ Dieu ne la ci-éé que pour cela; et a Fhomme n^aime Dieu , il sera malheureux : car son miiqoe bonheur, dès cette vie même, consiste à aimer Dieu dont il a tout reçu. Ce qui fait regarder nec étonneqgient à saint Augustin ^ le précepte que Dieu a l'ait aux hommes de faimer. Que vous suis^ J€ donc , 6 mon Dieu , s^écrioit ce saint docteur ^ pour vous obliger à me faire un commandement ievous aimer ^ à vous fâcher contre moi si ff mique^ et à me menacer des plus affreuses nU" kres. La plus terrible de toutes les misères pour «a, ne seroit^ce pas celle de ne pas vous aimer /* Uamour de Dieu nest donc pas un pur conseil ^ Jésus— Christ ait donné aux Chrétiens; mais un

r'epte qui oblige tout le monde, et qui obligeoit Israélites avant les Chrétiens. Ce précepte est fermellement exprimé dans le Deutérouome ( c. 6. «5. « 6.). VoiCs aimerez le Seigneur votre Dieu à tout votre cœur^ de toute votre âme^ et de toutes vos forces^ Ce commandement que je vous fois aujourdhui sera gravé dans votre cœur y etc. U est vrai qu^il n^en est pas fait mention expresse wns le Décalogue, mais le pre'cepte du culte divin Rnferme nécessairement celui de Tamour; aussi, Jésus- Cbrist cita— t— il ces paroles du Deutéronome, comme le jplus grand et le premier des commandemens , lors- ^Qiaterrogé par les docteurs de la loi, quel est le

62 Du PREMIKIl

premier cotnmancleineiit , il répondit ^ Diliges Do^ nUrium Deum tuum ex loto corde tuo^ elc* Si ce précepte du Deutéronome n^eût pas été compris dans celui du Décalogue ^ les docteurs n^auroient pas inan«

2ué de souscrire en faux contre la réponse de Jésus- !hrist ) ce qu^iis ne firent cependant pas ^ mais pour ne pas demeurer sans réplique ^ ils se retranchèrent seulement sur le vrai sens du mot prochain.

Ce préoepte étoit avant la loi de Moïse ^ il est pris dans la loi naturelle ^ il étoit gravé au fond de tous les cœurs ^ et si Dieu en a fait une loi positive, c^est que la dépravation du cœur humain^ et la violente inclination que les Israélites avoient pour Fidolâtrie^ en les faisant tourner du côté des idoles , leur faisoienl oublier Dieu^ il leur falloit donc une loi écrite qui^ étant toujours sous leurs yeux , leur montrât leur devoir et les empêchât de s'en écarter.

Jésus— Christ, venant renouveler la face de la terre| renouvela aussi ce précepte comme le principe de tous les autres; et afin qu'on ne le regardât pas comme un simple conseil, il déclara tormellement qu^on n^en« treroit dans la vie éternelle, c'est— à— dire , dans le ciel, que par raccomplissemenc des commandemenS| dont le premier est celui de Tamour de Dieu : Si a)is ad ^itam ùigredi^ serva mandata* Il ne cita nvême, comme nécessaires pour acquérir la vie éter* nelle, que les deux préceptes de iamour de Dieu et du prochain, parce que, disoit-il, tous les autres préceptes de la loi , et toutes les sentences des pro* phètes sont renfermés dans ces deux préceptes \ que tous regardent Dieu et le prochain , et qu ainsi ces deux premiers bien exécutés , toute la loi est remplie. Eoc his duobus prœceptis unii^ersa lex pendet et prophetœ.

Lorsque Dieu donna sa loi aux Israélites , il ne pro* mettoit à leur fidélité que des récompenses temporelles f quoique les vrais Israélites en attendoient d^autrès ) , et il ne les menaçoit que de peines temporelles

CoMMAIfDEMETVT. 63

pour punir leur infidélité : c^étoit assez pour un peuple charnel et grossier ^ mais Jésus— Christ venant sur la terre pour nous ouvrir le ciel^ nous promet la vie àernelle si nous sommes fidèles ^ et attache tellement celte récompense à notre fidélité, que ce n^est qu^à elle qu il fait cette promesse : Si "vis ad vitam in^ gredi^ serva mandata.... Hoc fac^ et vives.

Gomment pourroit-on après cela , ne regarder que'

comme un conseil, ce qui est de toute nécessité pour

avoir la vie éternelle. Jésus— Christ sVxplique hien

différemment lorsqu^il est question d^un simple conseil*

On le voit clairement dans le même endroit de 17L-*

vangile que nous venons de citer. Jésus— Christ, après

I avoir dit à ce jeune homme riche qui lui demandoit

f comment il pourroit arriver à la vie éternelle, que

' c*étoit en gardant les commandemens de Dieu^

celui-ci ajouta qu'il les avoît observés dès son en—

£iDce : cela étant, reprit Jésus— Christ, allez, vendez

tout ce que vous avez, distribuez— le aux pauvres ^

si vous voulez être parfait. Il est évident qu il y a'

une grande différence entre la première et la seconde

réponse. Dans la première, Jésus-Christ enseigne

c^ qui est d'une absolue nécessité pour être sauvé:

•SS "vis ad vitam ingredi. Dans la seconde , il donne

un moyen d'être plus parfait, et conséquemment

d'obtenir un plus grand degré de gloire : Si vis

perfectus esse.

En quel temps le précepte de Vamour de

Dieu oblige-'t-il?

JIl est étonnant qu'on soit obligé de traiter une pareille question ; mais il est bien plus étonnant qu'il y ait eu des auteurs assez téméraires pour y donner lieu.

On peut regarder ce précepte comme affirmât! f^

64 Du PREMIER

OU comme négatif. Gomme négatif, cVst-à-dire, en t^nt qu'il défend tout ce qui est opposé à l'amour, à l'honneur et au respect qui est du à Dieu , il oblige toujours et dans tous les temps, parce quil n'est jamais permis de manquer de respect à l'Ê^e suprême.

Gomme positif, c^est--à— dire , en tant quil nous commande de. produire des actes d'amour envers Dieu, il est cartaiu, i^ qu'il oblige directement par lui— même , et qu un amour interprétatif ne suflit pas. On appelle amour interprétatif , celui qui consiste à ne faire aucun péché , à exécuter tous les autres points de la loi, sans cependant faire formellement et ex-

E ressèment aucun acte d'amour de Dieu. Cest aimer )ieu sans doute que d'observer tous ses comman^ démens ^ cette observance est la meilleure preuve de notre sunour pour Dieu, c'est même celle que Jésus* Christ eicige dans l'Evangile : Qui serval mandata mea^ ille est qui diligit me. IVIais peut*on dire que celui qui ne fait point d'acte exprès d'amour de Dieu, observe tous les commundemens , puisqu'il manque au premier et au plus grand de tousf Si on etoit censé observer le premier eu remplissant, les autres, il s'ensuivçoit que le premier seroit ren-, fermé dans les autres^ au lieu que, selon la parole de Jésus— Christ, tous les autres sont renfermés dans le premier : Ex his duobus prœceptis unii^ersa lex pendet , etc. Il s'ensuivroit encore que le premier , le plus grand de tous les commandemens , et celui que Dieu avoit le plus à cœur, étoit trèsinutile , s'il ne demandoit rien de' plus que l'accomplissement des autres. Il faut donc convenir uen effet il demande quelque autre chose, c'esl-à— ire, des actes d amour de Dieu produits pai; ua cœur véritablement attaché à Dieu, par un esprit droit et sincère, par une âme dont toutes les là— cultes tendent vers Dieu, de toutes les forces dont rhomme aidé de la grâce etst capable.

Cesi dans ce sens que TEglise a toujours entendu

ce premier précepte de la loi. Aussi a— t— elle aua^

thematise avec indignation, les sentiniens ou plutôt

les erreurs opposées. Alexandre YII condamna cette

pr(^)osition : // suffit qu^une action morale tende

vers sa fin dernière^ c^est—à^-dire^ vers Dieu

inierprétativement i ainsi Vhomme n^est pas obligé

immer Dieu^ ni au commencement^ ni à la fin

de sa vie mortelle. Innocent XI condamna la sui^

vaote : Le précepte de Vamour de Dieu nous oblige

seulement lorsque nous avons besoin de la jus-^

tification^ et que nous n'aidons point d^ autre moyen

four robtenir. L'assemblée générale du clergé de

France en 1700 , condamna encore cette proposition :

Le précepte de F amour de Dieu et du prochain j

nest pas un précepte spécial^ mais un précepte

fénéral^ qiCon remplit en remplissant les autres

préceptes.

a* U est certain que ce précepte oblige plus d^una fois en la vie^ c^est pourquoi Innocent XI condamna cette proposition : Celui qui ne feroit qiCun seul acte a amour de Dieu^ pécher oit- il mortellement P Nous n^oserions le condamner. Yoilà une étrange timidité^ ce nest que lorsque! s'agit de conduire les fidèles dans la bonne voie, de leur former le coeta* pour le ciel, quils craignent d'en dire trop^ mais lorsqu'il est question de favoriser la lâcheté et d'é— largir le chemin du ciel , il leur paroit toujours dangereux d'en resserrer les bornes.

3* U est certain que l'obligation de ce précepte n'est point déterminée à un certain nombre d'actes : c'est pourquoi le même pape Innocent XI condamna la proposition suivante : // est probable que le pré^ cepte de la charité envers Dieu^ n^ oblige par lui-même pas même tous les cinq ans. D'où peut donc venir cette probabilité? Est-ce qu'un précepte qui a élé donné pour rendre la vie droite^ juste et samte, et pour mériter la vie éternelle , peut avoir cet Tome ir. ¥

€6 Du PïlEMtER

tffet en Tie îe remplissant que tous les cinq ans F

4** Saint Thomas fi. 2. quœst. 89. )^ et après Itii communément tous les théologiens ^ enseigne que le précepte de la charité oblige des le premier instant , ]k)oralement pris^ de Fusage de raison; de niauière qu^aussitôt qu'on a connu Dieu comme fin dernière ^ à laquelle tous les hommes doivent se rapporter eux— jhriêmes et toutes leurs actions, on ne peut pas diflérer longtemps Facte d^amour de Dieu , et du dessein formé d'être toujours fidèle à observer tous ses commau— démens.

5** Ce précepte oblige h Farlicle de la mort; c^est pour cela que tous les nituels ordonnent aux pasteurs aexiger des malades commis à leurs soins , un acte d'amour de Dieu.

Quoiqu'on s'accorde généralement à dire qu'il faut foire trcs-souvent des actes d'amour de Dieu, il n'est pas aisé de fixer précisément eu quel temps de la. Tie on y seroit obligé, de manière que l'omission de <es actes fut péché mortel. Les théologiens lai^ent communément le soin de le fixer, au jugement d'un 2iomme prudent et pieux , parce qu'un homme prudent ne laisseroit pas dllférer longtemps , par la crainte de s^exposer lui— même à pécher; et qu'un homme pieux n'auroît rien tant à cœur que de former ceux qui lui donnent leur confiance, à l'exercice de l'amour de Dieu ; exercice qui ne peut devenir habituel que par de fréquens actes.

Il y a cependant de temps à autres des occasions éii le précepte de faire des actes d'amour de Dieu oblige en particulier , quoique d'une manière indirecte : 1** lorsqu'il faut faire un acte de contrition; 2* lors—

Su'on doit administrer ou recevoir quelque Sacrement; suffit cependant dans ces occasions d'avoir une contrition parfaite qui renferme l'acte d'amour de Dîeti^ sans qu'on soit obligé d'en faire un acte formel et exprès; 3^ lorsqu'on est affligé de quelque violente tentation, de quelque espèce qu'elle soit, mah sur^

tout Si eîîe est dîrectcmenl contre Dîeu; ^ lorsqu'on a reçu de Dieu quelque bienfait particulier ^ ou spiri«^ tupI. 011 temporel : tout bienfait delà main de Dieu^ soit qu'on Tait demandé, ou non, quelque petit qu'il paroisse, est une preuve de son amour, qui exige notre regonnoissance ; or, nous n'avons pas d'autre) moyen de la hii marquer que par un amour de retour^ S'' lorsqu'on prie Dieu, qu'on assiste aux offices de PElglise, surtout au saint Sacrifice de la Messe ^ et lorsqu'on fait quelque bonne œuvre : si l'amour de Dieu n'accompagne pas toutes ces choses, il est bien dangereux que notre cœur soit loin de lui, tandis que nous l'nonorons à lextérieur et du bout des lèvres.

Enân , les confesseurs se souvenant de celte belle

fiarole de saint Bernard {lih. de dilig. Deo.) ^ que amour de Dieu ne nous est point commandé dans une certaine mesure , mais que la mesure de V amour €le Dien^ est de r aimer sans mesure^ les confesseurs, dis— je, n'oublieront rien \io\\v fonder et eii^ raciner leurs pénitens dans famour de Dieu^ lenr en faire souvent produire des actes, les porter a en désirer raccroisseraent, les engaç^er à faire des ettbrts pour avancer de plus en plus dans cet amour, et leur Vaîre souvent répéter ces paroles de l'Eglise dans l'office du treizième dimanche aprt^s la Pentecôte : Da nobis Jidei^ spei et charitalis an^mentum.

Des péchés opposés au Précepte de Vamour

de Dieu.

\\ ous avons déjà observé qnon pèche contre ce précepte en tant que |>ositif, lorsqu'on néglige coiisidérablement de produire des actes d'amour de Dieu; nous ajouterons seulement ici que ce péché n'est pas toujours péché mortel^ el qu'on ii^est pas toujours

68 Du PREMIER

obligé de s^en accuser en particulier ; il suflit âe le confesser indirectement ^ en exprimant les péchés de commission ou d^omission qui le renferment; c^est en effet s^accuser indirectement de n^avoir pas aimé Dieu ^ que de s'accuser d'avoir négligé de le prier, ou d'avoir succombé à quelqu e tentation contre Vamoujr de Dieu*

Quoique tout péché soit contre l'amour de Dieu^ puisque tout pécné est une préférence de la créature au Créateur, il y a cependant des péchés qui sont plus directement opposés au précepte de l'amour de Jjieu, en tant aue ce précepte est négatif. Ces péchés sont la haine ae Dieu , et le dégoût des choses spirituelles, qu'on nomme communément la paresse, et que les théologiens appellent acedia.

La haine de Dieu est de tous les péchés, ou plutôt de tous les crimes le plus grief, parce qu'il attaque Dieu en tant que Dieu, c'est— à— dire, dans l'assemblage de toutes ses perfections.

Un distingue deux sortes de haine : i^ la haine dinimitié^ cest celle par laquelle nous voulons du mal à ceux qui nous déplaisent, en tant que c'est un mal pour eux; 7? la naine d^ abomination^ c'est celle par laquelle nous détestons ceux qui nous font du mal, et à raison du mal qu'ils nous fout.

Il n'y a que les démons , les damnés et les impies qui haïssent Dieu de la haine dinimitié : quoique Dieu soit le 30uverain bien , et par-là même incapable de mal, ils voient en lui quelque chose qui leur déplaît^ savoir : sa puissance, sa justice, son immutabilité; ces perfections de Dieu enQamment leur haine; ils vouaroient que Dieu fut détruit, ou du moins ils voudroient pouvoir se venger de lui et lui rendre autant de mal que sa sévérité leur en fait endurer, ou leur en fait craindre.

Les pécheurs qui n'ont pas encore perdu la foi, mais qui n'ont pas encore surmonté l'ailëction à leur péché , haïssent quelquefois Dieu de la haine d^abo* mifiatian^ c'est-à-dire, qu'ils délestent sa sévérité de

COMMAKDEMEIVT. 6g

panir si durement des péchés qui leur plaisent, et qa% regardent comme très-excusables^ ik voudroient que Dieu (ut aveugle ^ insensible ; en un mot , qu il ne (ut pas ce qu'ail est, afin de vivre tranquillement et sans trouble dans leurs passions.

Ce crime est beaucoup plus commun qu^on ne peuse, surtout parmi les pécheurs d'habitude : les confesseurs doivent y faire attention^ mais ils ne doivent pas croire (acilement les personnes pieuses et qui vivent régulièrement, lorsqu'elles s'accusent (Tavoir consend à des pensées de haine de Dieu ; ils jugeront de ce consentement, non par le ton d as-« surance avec lequel elles Taflirmeront , mais par les effets de ces pensées^ c'est— à— dire, que si ces personnes ont agi en conséquence de ces pensées, par exemple, si elles ont quitté leurs exercices de piété ^ on peut croire que le consentement est réel; mais si elles n^ont rien fait en conséquence, et qu'au contraire ces pensées les aient fatiguées, attristées, et pour ainsi dire désespérées, c'est une preuve qu'il ny a point eu de consentement.

La paresse ou le dégoût volontaire dans le service de Dieu, est un péché opposé à la charité et contraire au premier commandement. Le précepte de Famour de Dieu, en tant que négatif, nous défend de concevoir jamais volontairement de l'ennui, du dégoût, ou de la tristesse^ à l'occasion de l'amour de Dieu et du service qu^on doit lui rendre, au point que la peine que nous trouvons à le servir, nous fasse omettre nos devoirs envers lui , plutôt que de nous faire violence pour les remplir.

Le propre de la charité est de nous porter à servir Dieu avec joie, avec courage, avec empressement, et à nous réjouir de tout ce qui lui est agréable^ c'est donc agir directement contre la charité, que de manquer à ce service à cause de ses di(HcuUés. Tous les théologiens , après saint Thomas , regardent ce dégoût) lorsqu'il est considérable, comme

rjb Du PRFMIER

péché mortel de sa nature : il peut cependant n être que véniel, lorsqu^il n'est pas pleinement rolantaire, oa lorsqu^étant volontaire, on ne laisse pas de faire son devoir envers Dieu, mais avec négligence. Si cependant cette négligence est habituelle, et <|u'on ne fesse pas des efforts pour surmonter le dégoût, il est dùlicile de le regarder éomme véniel.

Ce péchc est bien plus considérable par rapport aux personnes qui sont spécialement consacrées à Dieu par les saints ordres, ou par les vœux solennels de religion^ outre l'opposition que ce dégoût a à la charité , ir est encore opposé à Fobligation étroite et plus particulière que ces personnes ont de tendre tous les jours à une plus grande perfection. Si à ce dégoût du service de Dieu, ces personnes Joignent eut ore le dégoût de leur état, et quen conséquence elles négligent de remplir leurs obligations , elles pèchent mortellement : ce dégoût ne serôit cependant que véniel, si malgré le sentimcut des diflicultés que ces personnes éprouvent dans l'accomplissement des devoirs de leur état, qui leur fait regretter de Ta voir embrassé, elles ne laissent pas de les remplir; elles doivent toutefois ne pas se flatter là dessus , et faire tous leurs efforts pour détruire ce dégoût, qui, dans le cas même où il ne seroit que véniel, est trèsdangereux, et a ordinairement des suites funestes : car ce vice ne se combat pas par la fuite, mais ca l'attaquant de front, et en entreprenant courageusement Pœuvre du salut, quelque répugnance qu^ou ait, quelque difficulté qu'on éprouve, ^i faraour* de Dieu n'est pas cap.ibie d'applaujr ces dilficuitcs et de chasser ces répugnances, il iàut s'animer par la crainte des peines destinées aux serviteufs négligens et paresseux, et par lespérance de la récompense promise aux serviteurs fidèles et fcrvens.

On pèche encore contre la charité, lorsque par nne fausse honte, ou par res|)ect humain, on omet de faii'e le bien qu'on est objii^ô de Inire; car, alors c^est préférer en eftct la cicaLurc au Citalcur.

ConmKH^DEMEVT. ^9

De la ReUgiom

JLa religion est une vertu morale qui nous porteà rendre à Dieu un culte convenable^ qilî lui est dù^ comme au premier principe de toutes choses.

I** C'est une vertu morale^ et même la premièrede ce genre ^ puisque, selon la remarque de sainfc Thomas {quœst. 8i. art. 6.), elle nous unit à Dieir plus étroitement qu^aucune autre vertu morale. Elle a^cst cependant pas vertu théologale^ parce qu'elle^ a'a pas Dieu lui— même pour objet immédiat, mais seulement son culte, en taiH qiùilest convenable^ c'està-dire, que le but de la vertu de religion est de^ diriMr l'homme dans le culte qu'il rend à Dieu, et de lui montrer le culte que Dieu agrée, eu K; por* tant à le pratiquer , et en le détournant de celui qu& Dieu réprouve.

3* Qui est du à Dieu, La vertu de religion nerend de culte qu'à Dieu seul , et un culte de latrie ^ ce qui exprime une excellence infinie du côté de celui à qui elle rend son culte , et une soumission infiuie de la part de celui par qui elle le l'ait rendre». Ainsi, rhoniieur de duUi*, qu'on rend aux Saints,» et dihjrperdulie qu'on rend à la Ïrès--Sainte Vierge y. n'est pas un acte de religion proprement dite, mais» plutôt une observance religieuse.

3® Qui est du à Dieu comme au principe de' toutes choses. C'est en eflet à raison du souverain, domaine que Dieu a sur nous et de notre dépendance , que nous lui devons un culte. Comme notre preuiier principe, nous tenons tout de lui^ nous de-^ vous clone tout lui rapporter, et faire tout servir à sa plus grande gloire : or, le culte que nous lui ïtudiujs est la seule manière dont nous pouvons lui niiirqucr noire dé[>endauce.

Ce cuUe, ou celle maKiiie de uouc dépendance^

«72 Dr rnF.MiER

est de deux sortes : Fuu corporel^ comme les prières vocales, les inclinations, génuflexions , prostrations , par lesquelles nous exprimons au dehors notre res-

Sect, et la grande idée que nous avons de sa ^n* eur et de son excellence; Tauti-e spirituel et- intérieur, comme Toraison mentale, Tanéantissement in-, térieur devant Dieu. Cest ainsi que les esprits biem heureux dans le ciel, et souvent les hommes sur la terre, rendent leurs hommages à Dieu en secret.

Le culte que nous devons à Dieu exprime quelque chose de plus qu\m honneur; car Inonneur n'est autre chose qu'un tcmoijjnage du cas que Ton fait de Fêtre qu'on honore. Le culte au contraire, outra l'honneur qu'il rend à Dieu, renferme encore un abaissement, un anéantissement de la créature de-^ vant le Créateur.

Tous les actes des vertus qui ont rapport au culte de Dieu , appartiennent à la religion ; c'est elle qui les fait produire et qui les commande : c'est ce que les théologiens appeUeut actus imperati; et c'est ea ce sens que l'apôtre saint Jacques appelle les actes de charité et de miséricorde une religion pure, sainte et agréable à Dieu, parce que c'est la religion qui inspire ces œuvres de piété. Religio manda et im* maculata apud Deum et patrem^ hœc est : visitare pupillos et viduas in tribuUitione eoriim ( Jac. i . ' "v. 27. ),

Les actes propres à la religion, qu'elle produit immédiatement par elle— même, et que les théologiens appellent actus eliciti^ sont de deux sortes: les uns ^ qui sont des actes de religion dans un sens plus étroit, tels que lamour, le désir, l'intention du culte divin ^ le choix des moyens pour rendre à Dieu ce culte d'une manière qui lui soit plus agréable, le plaisir que l'on goûte à lui rendre ce culte; les autres sont des actes de religion dans un sens moins étroit et moins propre, tels que fadoration , le sacrilice , les oblations , le Tœu ^, le jurement, la prière, la dévotion. Ces derniers étant

CoMMANDEMEKt. 73

des effets des premiers, c^est en ce sens qu^ils sont moins proprement produits par la religion, quoique ce soit elle qui les produise.

Par Tadoration , nous attestons la suprême majesté de Dieu, et nous le reconnaissons comme notre premier principe. Par le sacrifice^ nous adorons Fautoritc suprême de Dieu sur nous. Par X offrande^ nous avouons que Dieu a un souverain domaine sur toutes choses. Par la prière^ nous reconnoissons que Dieu est la source et Torigine de tout bien, et que nous avons continuellement besoin de lui. Par le rœu, nous professons que Dieu est infiniment di^ne

Îue nous remplissions les promesses qu^on lui lait, ar le jurement^ nous attestons la souveraine équité et la. suprême vérité de Dieu. Par la louange^ nous avouons que Dieu mérite des louanges infinies. Par V action de grâces^ nous regardons Dieu comme notre bienfaiteur. Enfin, par la dévotion^ nous protestons que Dieu mérite detre servi avec zèle, avec ferveur, et avec un cœur qui lui soit entièrement dévoué : car la dévotion n'est autre chose qu^une ardeur de la volonté, et une aHecdon fervente qui nous porte à faire promptement, courageusement et avec joie, tout ce qui regarde le service de Dieu, et à surmonter avec effort les obstacles qui s'y opposent. Telle étoit la disposition du roi prophète , qui ne pourvoit pas penser à Dieu , sans se sentir tout pénétré de joie. Mentor fui Dei^ et deleciatus sum.

Les confesseurs doivent mettre tout en œuvre pour exciter cette dévotion dans le cœur des personnes qu ils conduisent ^ sans cela leur ministère sera sans succès : mais pour parvenir à Fexciter dans les autres, il faut qu^ils en soient tout pénétrés eux— mêmes 5 autrement, leurs paroles seront sans force, sans onc« tion et sans effet.

^4 ' Du PREMIER

Des Péchés opposés à là Religion.

E but de la vertu de religion étant de nou»

diriger dans le culte que nous rendons à Dieu , ainsir que nous Favons déjà remarquée, elle nous prescrîlr des limites au— delà et en— deçà desquelles il nest paa^ permis d'aller , sans pe'cher contre cetl« vertu. H y i^ donc en général deux sortes de péchés directement^ opposés à la religion , Fun par excès , et Fautre par défaut. L'on péclie par excès , lorsqu'on tombe dans un culte superstitieux; l'on pèche par défaut, lors-^ qu'au lieu ae rendre à Dieu un culte convenable ). on l'oublie, ou on le déshonore.

La superstition est un péché par lequel on rend un culte à celui à qui on ne le doit pas ; ou si oa le rend à qui on le doit, on ne le rend pas en la manière qui lui est dû. On distingue donc deux sortes^ de Superstitions : Tune à Fégard de la créature, lors* qu'on lui rend le culte qui n'est dû qu'à Dieu seuL Siiiut Thomas comprend dans cette première sorte ^ Fidolâtrie, ïa divination , et la vaine observance. Plusieurs théologiens y ajoutent la magie , et le maléfice^^ L'autre espèce de superstition a Dieu pour objet ^ lorsqu'on rend à Dieu un culte illégitime, c'est-à-dire^ une culte faux , ou superflu.

Les péchés opposés à la religion par défaut étanft prohibés par le second précepte du Décalogue, nous ne parlerons ici que de la superstition , et de toutes les espèces qu'elle renferme, qui sont l'objet du pre*' mier commandement.

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