‹ Instructions sur le rituel (volume 3)Chapitre 17 sur 42 · De ceux qui ont concouru au dommage par · texte numérisé non relu

De ceux qui ont concouru au dommage par

conseil. ( Consilium. )

On est censé conseiller une injustice^ quand on déduit à un homme les raisons qui peuvent le porter a \a commettre; quand on lui marque les mesures qu'il doit prendre pour exécuter sou pernicieux dessein ; q'.iana on lui promet une récompense, et qu'on lui fait voir les avantages qu'ail en retirera^ quand on l'exhorte et l'encourage à la faire sans rien craindre; quand on le prie de s'y déterminer. Donner un tel conseil , c'est se rendre le complice de l'injustice, et s^engager à la réparer, en cas que celui q\ii l'a faite, ne répare pas le dommage qu'il a causé*

Celui qui a conseillé une injustice, est obligé à la re$M;utîon , selon la nature du dommage que son conseil a causé : ainsi, lorsqu'on a ÇQuseifltf à quelqu'un do Tome III. X

â2J) De la Restitution

voler & un autre cent touis d'or , on est Mau de resr tituer ceé cent louis y mais, si celui auquel on a donfijé ce mauvais conseil ^ ëtoit déjà bien, déterminé auparavant à en voler cinquante , on n^est tenu d'en restituer .que cinquante^ à moins qoe^ par le conseil donné, on ne Teût rendu plus hardi à dérober ce qu'il étoit déjà résolu de iroler : ear alors on anroit été la cause de tout le larcin , et par conséquent . on seroit obligé à restituer les cent louis. Si on a voit persuadé à uu homme de voler dix loub , dans un endroit où on savoit qu'il j avoit une somme beaucoup plus considérable, et qu'il eut enlevé toute cette somme ^ on seroit obKgé de la restituer toute entière j parce qu'en donnant ce dangereux conseil , on a été cause que tout cet argent a été volé, puisqu'on a mis cet homme dans Foccasios prochaine Je faire ce voK

On demande si l'on est obligé à restituer ce qu'un autre a volé par notre conseil^ lorsqu'on a révoqué son avis avant que ce vol (ut exécuté. Pour donner une réponse précise , il faut distinguer : si l'on a entièrement détruit les motifs sur lesquels étoit appuyé le mauvais conseil qu'on a donné , on n'est pas obligé à restituer; mais on est obligé à cette restitution, si on n'a pas détruit les motifs dont on s'étoit servi pour donner ce mauvais conseil. On doit être censé avoir suffisamment détruit tous les motiÊ d'un mauvais conseil^ qui pouvoient porter à une mauvaise action, lorsque ces motifs n'étoient établis que sur des prières, des caresses < des promesses, sur une fausse doctrine ou sur un faux supposé | et que Ton révoque ce que Ton a dit, ou en disant que cette mauvaise action fera de la peine si elle s'exécute ^ ou en révoquant ses prcMmesses ^ ou en menaçant de punir Tauteur de la mauvaise action, s'il en vient à l'exécution^ ou en faisant fçur la fausseté de la doctrine dont on s'est servi pour conseiller le mal , ou en Ciisant connoître qu'on avoii <râ réel un tel fait qui portoit à conseiller le mal , et

Kir GéivÉtiAi. 3a3

^m , cependant , n^est pas comine on Tavoit pmsé. La raison est, qu^alors celui qui commet la mauvaise action , uagit plus en vertu du conseil quii a reçu, ni en vae de la récompense qui lui a été promise ^ ni par aucun des motifs qu'on lui avoit suggérés, mais a cause de la mauvaise disposition où il est de faire te mal.

Mais si, en conseillant une injustice à une personne^ ou la déterminée^ par des raisons spécieuses j à suivre ce conseil pernicieux ^ si on lui a persuadé que cette injustice étoit facile à commettre, qu'elle en retireroit de grands avantages j si on lui a fourni les moj^ens de I exécuter , et si on lui a marqué les mesures qail falloit prendre pour y réussir sans avoir rien à craindre: dans ce cas, quoiqu^on eût fait ensuite connoitre à cette personne qu^on a révoqué le conseil qu^on lui a donné^ on seroit obligé de réparer riujustice dont ce mauvais conseil auroit été la cause, si on ne pouvoit pas la dissaader avant Texécution de la mauvaise action qa^on lui a conseillée î parce que les raisons qu^on lui a allégoée^, et qui ont fait impression sur son esprit « sont toujours la cause dç Tinjustice ou Wle commet^ et Ton est responsable de la mauvaise aisposition dont on esl l'auteur : le mauvais conseil n^est révoqué que de paroles, l'efiêt qui s^en est suivi subsiste toujours \ pourquoi la-t^on donné fJl faut dire de cette révocation, ce

Jœ Ton diroit des efforts de celui qui , se repentaut avoir fait avaler du poison à un autre, n^ounlieroit rien ensuite, à force ne remèdes, pour en empêcher l'effet: si cet bomuae en meurt , le repentir et les mesures qu'il a prises pour le sauver , n^empèchent pas qo'il oe Tait tué.

D^où il s^ensuit, qu'il y a une grande différence entre commander une injustice et conseiller une injustice* Quand je donne un ordre, je ne fais que déclarer ma volonté à celui qui m^est soumb, ou qui veut bien fyspu mettre 3 et il sufBt que je lui fasse connokre que j'ai changé d« volonté , pour que je ne sois plus res«

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poosable du crime que je lui ai commandé , en cas qu'il le fasse* Mais quand j'ai donné un mauvais conseil à un homme, et que je Tai appuyé par des raisons qui ont fait impression sur son esprit , il faut que je les détruise^ autrement , s'il agit en conséquence, c'est moi qui suis le premier auteur de son injusiice. Cependant si je fais voir à cet homme ^ par des raisons beaucoup plus fortes et sans réplique, que celles dont )e me suis servi pour lui persuader qu'il pouvoit faire ce que )e lui conseillois, sont mauvaises , je ne suis plus Tauteur de cette injustice : car , s'il ne veut pas se rendre et les écouter, c'est malicieusement qu'il se porte de lui-même à commettre l'injustice en question.

• Lorsqu'on a donné un mauvais conseil que d^autres pnt déjà donné, si l'on n'est pas le premier auteur de l'injustice dont ce mauvais conseil a été la cause, on en est au^ moins l'approbateur; et cette approbation, si elle a été donnée avant que le mal ait été exécuté, a servi k confirmer celui qui l'a fait, à le faire pins hardiment : ainsi l'on est obligé â la restitution. Ou y seroit encore obligé, dans le cas où Ton seroit certain, en donnant ce mauvais conseil , que d'autres le donneront aussi : car , quoi qu'il arrive dans la suite ^ il est toujours vrai de dire que ce mauvais conseil a été le premier mobile de Tinjustice qu^on a conseillée.

* En parlant des fautes qui obligent à restituer, nous avons dit ce qu'on doit penser de ceux qui donnent des conseils sans y être obligés d'office, et de ceux qui sont destinés d'office et par leur profession , à en donner.

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