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( L. 2. contr. Crescen. C.32. )/ je ne veux point juger de celles-ci ^ je sais que je dois m'y soumetire aveuglé* ment : mais lorsque je lis les lettres de Cyprien) il m'est permis d'examiner ses seniimens ^ et de les improuver ou de les embrasser, selon qu'ils me parobsent contraires ou conformes aux divines Ecritures. LUteras Cy priant , non ut canonicas haheo / sed tas ex ca^ nonicis considéra^ et quod in vis divinarum Script urarum auctoritati congruit^ cum laude ejus accipioj quod autem non congruit ^ cum pace ejus respuo.
On ne peut donc, sans un attentat e'norme à l'autorité divine^, douter ni faire Tesprit fort , quand il s'agit de Tautorité des saintes Ecritures} il ny a d'autre parti à prendre , quand elles parlent , que celui d'une aveugle déférence à ce qu'elles nous disent ^ il n'est paspermb de demander d'autre assurance de leur témoignage que leur parole^ elle seule doit nous suffire, et nous tenir lieu de toute raison et de toute preuve. Lorsque le Seigueurse fuit entendre, Thomme doit se taire^: verbum cjus^ swn^ ma mihi ratio est.
Si vous eussiez oui , dit un Père , cette parole impérieuse et souveraine, qui tira le monde du néant, qui en peupla toutes les parties , de plantes, d*arbres, d'oiseaux, de poissons et de tant de sortes d'animaux j qui fut si efficace et si féconde , dans la production de tant de merveilles , quel auroit été votre ëtouiement? Combien eussiez-vous été vivement touché de tous les prodiges qu'elle opdraf avec quel respect, quelle admiration , quelle religieuse attention Teussiez-vous reçue? C'est cependant le même Dieu, qui parla si puissamment et si efficacement lorsqu'il créa l'univers , qui nous parle dans ses Ecritures. C'est par la voix des patriarches, da prophètes et Jes apôtres, qu'il s'y explique^ c'est par l'organe de ces saints hommes , remplis ae son esprit, qu'il nous y révèle st% mystères, et qu^il nous y déclare ses volontés. Nous devons par conséquent, la même soumissioa et le même- respect à tout ce que nous oat
ïif Général. Gog
dit de sa part ces écrivains sacrés, que si Dieu même nous parloit, puisque tous leurs livres sont marqués du sceau de son autorité divine.
Ajoutons que si nous devons tant de respect k TEcri^ ttire sainte, parce que c'est Touvrage par excellence du Père, et qu'elle en a Tauiorité ^ nous lui devons encore cette vénération , parce qu'elle est Timage vivante du Fils et qu'elle en possède la vérité^ opusPairis^ imago Filiù
Si saint Jérôme a pu dire , que tout l'univers ne pu« blie que Jésus-Christ : totius mundi una i^oac^ Christus est f nous pouvons dire, avec encore plus de raison, que toute TEcriture sainte n'a de voix que pour annoncer les mystères et représenter les adorables qualités d^ Jésus-Christ : totius Scripturœ una voo:, Christus esti^ Il est en effet partout le principal sujet qu'elle traite , la fin de toutes les vérités qu'elle nous découvre , l'objet de toutes les figures qu'elle propose. C'est Jésus-Christ principalement que TEcriture considère dans tous les grands hommes dont elle nous fait le portrait \ si elle s'arrête à nous décrire leurs actions , c'est pour nous y tracer quelque image de ses merveilles : on ne trouve, on ne découvre dans ces livres divins, que Jésus-Christ exprimé en plusieurs manières* Tous les personnages les plus illustres , qui aient vécu sous l'ancienne loi , sont ses figures ou ses hérauts ; tous ceux de la nouvelle, sont ses interprètes ou ses images^ tous les sacriHces , toutes les cérémonies, toutes les ordonnances, tous les mystères de la loi de Moïse, n^ont été erue divers crayons des mystères les plus augustes de la vie de Jésus- Christ} tous les livres de la nouvelle loi ne sont qu'une histoire fidèle de ce qu'il a fait sur la terre ^ ou de la vie qu^il continue de mener dans son corps mystique , depuis qu'il est monté au ciel.
Saint Âmbrobe demande ( Comm. in Luc. ) pourquoi Moise et Elie furent préférés aux autres prophète^i^ pour être témoins de la transfiguration de Jésus-^Christ sur le Thahor : et il répond , que Mdisey parut au nom
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de la loi, et £lié, au nom des prophètes; pour noos marquer que la loi et les prophètes ont un tel rapport k Jésus-Christ , que s' il y en avoit quelque partie qui ne se rapportât pas à lui, elle perdroit par- là tout sou poids et toute son autorité : Moïses et Elias^ idest , lex et prophétie cum Verbo : neque enim lex potest esse sine F'erbo ; neque propheta esse potest , nisi qui de Dei Filio prophetai^erit.
Cest pour cela que saint Paul appelle Jésus-Christ, la fin de la loi y^nis legis Chris tus. Il ne veut pas seu-* lement dire , que Jésus-^Christ a rempli par sa venue les figures de la loi^ qu'il en a dissipé toutes les ombres par la lumière et réclat de sa présence^ qu'il la accomplie, eu ajoutant à ce qui manquoit à sa perfection ; mais encore, ce grand apôtre a voulu nous apprendre , selon la remarque de plusieurs Pères de TÈglise, que Jàus-Christ est comme le but où tendent tous les mystères de la loi, et le principal objet que ses prophéties et ses fiigures avoient en vue : in omnibus^ dit saint Hilaire, Ux Christi meditahatur adi^entum. Aussi ce divin Sauveur voyant que ni la sainteté irréprochable de sa vie, ni réclat de tous se% miracles n avoient pu gagner Tesprit de ses ennemis, leur disoit : scrutamini Scripturas^ quia vos putatis in ipsis vitam œtemam habere ; et illœ sunt^ quœ tcstimonium perhibent de me. Tous examinez les Ecritures, parce que c'est par elles que vous pensez avoir la vie éternelle^ ce sont elles aussi qui rendent témoignage de moi. Lisez , sondez-les , vous y trouverez partout les preuves authentiques de ma mission ; vous y verrez éclater de toutes parts , des témoignages de ma divinité et de mes mystères.
Non seulement toute TEcriture sainte rend témoignage de Jésus-Christ , mais elle est encore mi niiroir , une expression et une image sensible du . Fils de Dieu dans tous ses états ; soit que nous le considérions dans le sein de sou Père, ou dans le sein de la sainte Vierge^ ou dans le saint Sacrement de Ta^tel. Dans le sein du
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Père éiemel , il possède la i^ie , les connoîssances et toutes les richesses de Dieu ; il y possède la vie de Dieu, en qualité de fils de Dieuj il 7 vit de la même vie que Dieu son père: car, comme le Père a la vie en lui* même, il a aussi donné au Fils d'avoir la vie en lui-même: sicut Pater habet vitam in semetipso^ sic dédit et FiUo habere vitam in semetipso* € Le Verbe étoit au com— » mencement , dit saint Jean ; et le Yerbe étoit en » Dieu, et le Verbe étoit Dieu, il étoit au commence— » ment en Dieu ^ la vie étoit en lui , et la vie étoit » la lumière des hommes.» Dans le sein de Dieu , il possède lesconnoissancesdeDieu, en qualité de Verbe de Dieu : tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu sont renfermés en lui. Il est la ivraie lumière qui éclaire tout homme qui vient dans ce monde. Enfin, ta ^ixxMiéd* image du Dieu invisible^ 4e splen* deur de sa gloire , d'expression de sa substance , il possède avec son essence tous les biens, toutes les perfections , toutes richesses de Dieu \ il est sou Verbe coétemel et eonsobstantiel , son premier'^ né avant toutes les créatures^ dont il est lui-^méme le créateur: c'est par lui que toutes les choses visibles et invisibles ont été faites dans le ciel et sur la terre ; soit les trônes^ soit les domirmtions , soit les principautés , soit les puissances ytout a été créé par lui et en lui; il est avant tous , et toutes choses subsistent par lui , parce qiCil a plu au Père que toute plénitude résidât en lui.
Il est descendu du ciel dans le sein d'une Vierge, il est venu chercher et sauver ce qui étoit perauj nous disent les livres saints. Fils de Dieu, image et expression sensible du Père , reprœsentator Pat ris ^ dit TertuUien. Qui le voit ^ voit aussi son Père^ et son Père est en lui; le Père aime son Fils , et il lui montre tout ce qu'à/ait : comme le Père ressuscite les morts et leur donne la vie , ainsi le Fils donne la vie à qui il lui plaitk Le FUs ne peut rien faire de lui'-même , que ce qu'il voit faire au Père : car
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tçui ne que' ie Père fait ^ le Fils le fait ausn àt même. Le Père ne juge personne ; mais il a dormi au Fils toute la puissance de juger , afn que tous honorent le Fils comme ils honorent le Pire : celui qui n honore pas le Fils , nl^onore pas le Père qui ta envoyé. Celui qui écoute la parole du Fils et qui croit à celui qui ta envoyé^ a la vie éternelle f et il ne sera point condamné ^ mais il est passé de la mort à la vie. Le Fils ne /ait rien de lui-même f mais il parle comme son Père ta enseigné. Le Père et k Fils sont une même chose ^ personne ne vient au Père que par son Fils , qui est la voie , la vërilé et la vie : la voie, qui nous met dans le bon chemin^ ^a vëriié, qiii nous édaire; et la vie, qui bous soiitieot : la voie qui nous mène à la vie^ la vériié dans toute sa docirine^ la vie du salut : la voie dans les exemples merveilleux 4}u'il nous a laissés ; la vérité dans les promesses qu'il BOUS a faites , et la vie dans les récompenses étemelles qu'il nous a préparées : via duccns^ dit saint AngnsfiD^ Veritas lucen$^ vit a pascens. f^ia vitœ^ veritas doc^ trinœ^ viia salutis. f^ia in exemplo^ veritas in pro* Wtisso , vita in prœmio^
Et que n a pas fait pour nous ce Fils, qui, possé^ dont la nature din^ine , s^est toute/ois anéanti lui'" tnême en prenant ta forme et la nature d^un esclave^ en se rendant semblable auac hommes f « Le Yerbe
> de Dieu a été fait chair, et il a habité parmi nous} » nous avons vu sa gloire, sa gloire^ dis^-je, comme » du FiU unique du Père, plein de gréce et de vérité, s II est venu chez lui , et les siens ne font pas reçu« » L'esprit du Seigneur s'est reposé sur Ini, à cause % qu'il Ta sacré par son onction. Il Ta exwoyé poar » annoncer TEvangile aux pauvres, pour guérir ceux » ^ui ont le cœur brisé, pour prêcher aux captifi
> leur délivrance, pour rendre la vue aux aveugles, » pour délivrer ceux qui sont dans l'oppression, pour ^ publier lanuée des grâces du Seigneur^ ei le jour
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auquel Dîeu rendra à chacun selon ses œuvres. Allant d'un lieu en un aotre, il faisoit du bien partout^ il guérissoit tous ceux que le diable tenoit dans Toppression , parce que Die^ éloit avec lui ^ c^est de lui dont il est ëcrit que Dieu a rendu témoignage, par les vertus y les proaigos et les miracles qu'il a opérés par lui au milieu des Juifs.
» Dieu néanmoins Tayant abandonné à ce peuple ingrat et rebelle, p$r un décret de son conseil et par sa prescience , ils Tout fait mourir , le crucifiant ar les mains des méchans. C est alors que se vérifia a prophétie qui annonçoit que ce Dieu Sauveur seroit sans beauté et sans éclat aux yeux des homm^. Nous Tavoàs vu^ disoient-ils. et il n'avoit rien qui le rendit digne ae nos regards; ^ussi Tavonsnous méconnu ] il nous a paru un objet de mépris , le dernier des hommes , un homme de douleurs , qui sait ce que c'est que de iouflfrir \ son visage étoit comme caché. Il a pris véritablement nos langueurs sur lui y il s'est chargé lui-même de nos douleurs. Les Juifs l'ont considéré comme un homme frappé de Dieu, et humilié pour ses propres péchés; mais nous savons qu'il a été percé de plaies pour nos iniquités, et qu'il a été brisé pour nos crimes. Le cbâ* timent qui devoit nous procurer la paix est tombé sur lui, et nous avons été guéris par ses meurtrissures. Nous nous étions égarés comme des brebis errantes ; cha* cun s'étott détourné pour suivre sa propre voie : et Uieu l'a chargé lui seul de liniquite de nous tous : il a été oSert eq sacrifice, parce que lui-même Ta voulu , et il n'a point ouvert la bouche pour se plaindre. Il sera mené à la mort sans résistance , comme une brebis qu'on va égorger; il demeurera dans le silence sans ouvrir la bouche, comme un agneau est ïiinet devant celui qui le tond. Il e^t mort au milieu des douleurs d'un cruel supplice, ayant été condamné par des juges impies. Qnî pourra raconter
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» $a gëiitralion -^ il a été retranché ée la terre des » vivans. Je Tai- frappé^ dit le Seigneur^ â cause des » critnes de mon peuple. Il aura les impies poar le » prix de sa sépulture^ et les riches ^ poor la rëcom- » pense de sa mori^ parce qu^il n^a point commis » d'iniquité, et que le mensonge n'a jamais été dans sa » bouche. Le Seigneur Va voulu briser dans son infir- » mité , ayant livré son âme à la mort pour détruire » le péché. Il verra sa race durer long- temps , et la » volonté de Dieu s'exécutera heureusement par sa » conduite. II verra le fruit de ce que son âme aura » souffert , et il en sera rassasié : car comme moa > Serviteur est juste, dit le Seigneur, il justifiera par » sa doctrine un grand nombre d'hommes , et il por- » tera sur lui la peine due à leurs iniquités. C'est pour^ > quoi je lui donnerai pour partage une grande mul- 9 titude de personnes , et il aistribuera les dépouilles » des forts; parce qu^il a livré son âme à la mort, » et qu'il a eié mis au nombre des scélérats; qu'il a » porté les péchés de plusieurs , et qu'ail a prié pour » tes violateurs de la loi. » '
Peut-on itre chrétien ^ et ne pas reconnoitre d^ns ce portrait, Jésus-^Chrbt. Dieu et Homme f Car tout ce qui a été prédit de Jésus- Christ ^ son avènement, sa naissance , sa mort , sa résurrection j h glorification de son corps , sont comme autant de dénouemens da TEcriture, dit saint Augustin ( Ep. i4o. )• Peut-on être chrétien , sans y voir ce Christ qui est le bras du Seigneur ; ce cher Fils , dans le rojraume duqud Dieu le Père nous a transférés , en nous rendant par sa lumière^ dignes de participer au sort des Saints , et en nous retirant de la puissance des té-nèhresP Peut-on être chrétien, et n'y pas adorer ce Fils qui nous a rachetés par son sang , et qui nous a acquis la rémission de nos offenses F
C'est lui qui est le chef du corps de F Eglise; c'est lui qui est le principe de la ^ve et le premier-ni
. EH Générai. 665
dentre Us morts : afin quil ait la primauté en toutes choses... il a plu au Père de réconcilier par lui toutes choses avec soi , afin que par le sang quil a répandu sur la croiac , la paix fût faite entre ce quiestdansle ciel^etcequi est sur la terre. Cestenfia cette pierre que les Juifs ont rejetëe eu bâtissant, et qui a été mise dans la principale place defangle^et le salut ne peut venir que de lui seul: car il n'est point sous le ciel , d autre.nom donné aux hommes^ par lequel nous devions être sauvés.
Or^ comment pourrions^nous connoître tous ces grands et profonds mystères, si le Seigneur ne nous les avoit pas révélés dans les divines Ecritures f
Enfin, elles nous représentent encore Jésus-*Ghrist réellement présent dans Tadorable Sacrement de nos autels. E}Ies nous apprennent que , sous les voiles impénétrables qui le couvrent, il y est ce Dieu vraiment cachetée Dieu iF Israël^ ce Sauveur qui a été si souvent annoncé aux hommes par les propnètes. Elles nous y nK>ntrent « cette nourriture qui demeure pour la vie » éternelle, et que le Fils de i homme nous a donnée^ » ce pain de Dieu descendu du ciel, et qui donne » la vie au. monde; ce pain dont il est dit, que si » quelqu'un en mange, il vivra éternellement. »
Elles nous y présentent « la chair donnée pour la » vie du monde, cette chair et ce sang dont il est > écrit : si vous ne mangez la chair du Fils de Thommei » et si vous ne buvez son sang, vous n^aurez point la » vie en vous{ celui qui mange ma chair et qui boit » mon sang, a la vie éternelle, et je le ressusciterai au » dernier jour; ma chair est véritablement viande, » et mon sang est véritablement breuvage : celui qui » mange ma chair et qui boit mon sang, demeure » en moi , et je demeure en lui. »
On peut dire encore que l'Ecriture sainte est Timage du Fils de Dieu réellement présent dans le Sacrement de lantel; à cause des merveilleux ripports que les
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Pères ont remarqués entre sa parole ei le Sacrement de son corps. Ce Sacrement n été institué pour rendre Jësus-^ Christ reeliemeui et substantiel iement prôeot sor Dûs autels, et pour le dinribuer ensnile aMK fidèles; ce le Fils de Dieu nous a laissé sa parole, pour étendre •ou oorpa mystique sor ta terre. Sur nos aolels, le corps de Jésus- Christ est immolé par on sacrifice non sanglant, podir continuer celui qu'il a ojlèrt pour iMHis sur b croix, et pour noua y offrir a\'eo lui à son Père, comme des victimes qui lui sonl unies: et h parde dâ Fils de Dieis notts est donnée dans les Unes saints y pour faire de tooa ceux qui s*eo noorrbsent, autant de victimes vivantes, par la destruction du vieil homme, et la production du nouveau. Dans l'Eucharistie 7 quoique no.^ yeux n'y voient que les espèces et apparences du pain et du vîn^ nous croyons cependant que Jésus* Chiisî tout entier y est con-^ tenu véritmlement ^ réellement et suhstaniieUement ^ sons les voile» de ce mystère. Ainsi, quoique lea livres saints soient écrits d'un langage simple, et eu il ne pareil rœnde graind, on ne peut néanmoins douter qu'ils n'enferment de grandi mystères sous cette écorce, et tous les trésors de la sagesse et de la soîence de Dieu. Dans rEucharistie, au lieu de s'arrêter au golrt sensible que Ton trouve dans les espèces ^ on doit né- Aétrer jusqu^aux grâces intérieures et invisibles qo elles renferment:, et quelles communiquent a«ix personno bien disposées. Dans la lecture de TEcriture sainte, au lieu 4a s'arrêter à la lueur dés vérités surprenantes qu'elle nous montre, on doit penser à nourrir son esprit et son cœur de la doctrif^e salutaire qu'elle nous enseigtie. S'il ne sert de rien de manger la cbair du Sauveur , lorsqu'on ne la reçoit pas avec la piété et les saintes dispositions qu'elle demande ;parceque, comme npu8 dit Jésus- Christ , spiritus est qui ^^wijkat , caro non prodest quiUiquamt il sert peu aussi de (ire souvent l'Ecriture sainte , si on ne la Ut ptuni avec
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la pieiëet les sentimeos que,IIe exige; puisque, seloa les Pères, elle doit être lue dans le même esprit qu'elle a été écrite.
L'Ecriture sainte est donc une image fidèle du Fila de Dieu , mais une image à laquelle on doit appliquer les expressions dont se sert Âtbanase , lorsqu'il parle du Fils comme l'image de Dieu son Père. H est , dit ce saint docteur , une image * bien différente de celles que font les hommes : car , quelque perfection qu'ils soient capables de leur donner, elles ne sont jamais ce qu'elles représentent : images toujours muettes , Tart ne pouvant leur donner la parole^ images toujours mortes, il n'est pas au pouvoir des hommes de les animer. Mais le Fils de Dieu est une vraie et parfaite image de Dieu son Père, puisqu'il est Dteti comme lui; ce n'est point une image muette, puisqu'il est la parole substantielle du Père; ce n'est point une image morte, puisque la Saint-Esprit procède du Père et dti Fils , et que tout ce que le Père fait^ le Fils le fait aussi de même. Imago ista non est falsn , quia veritas f non muta^ quia ^erbumf non mortua^ quia vita.
C'est ainsi que l'Ecriture sainte est une image du Fils de Dieu , mais une image très-véritable et trèsfidèle, puisqu'elle exprime si vivement ses grandeurs t\. ses perfecti<His adorables : non fatsa^ auia veritas^ cette image n^est point muette, puisqu'elle est sa pro« pré parole, et qu'elle célèbre per|>étuell<'ment sa gloire: non muta^ quia verhum. Enfin, ce n'est point une image morte, mais vivante et animée de son esprit, et qui communique une vie t04Jte divine à ceux qui la lisent avec l'humilité et la docilité qu'elle exige : non moriua^ quia o^iir/t. Son étude, dit saint Justin , ne vous rèndta ni poètes^ ni grùmh orateurs^ ni ^ands philosùphes } mais elle vous reftdra immortels^ tt eltt 'ùousfwa vivre et une vie toute divine.
Voilà eoinment on peut dire que rEcritnre sainte est, non-seulement l'image par excellence du Père,
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et qui en a rauloritë) mais aussi rimage do Fils, dont elle nous représente ^ comme un miroir fidèle î toutes les excellences et les perfections, et elle en possède la vërilé. Ajoutons qu'elle est encore le sanctuaire auguste du Saint-Esprit.
G'est-là qm^il répand des lumières abondantes pour éclairer et conduire TEglise , elle y trouve des armes invincibles que ce divin Esprit y a renfermées pour la défendre contre ses ennemis^ elle y voil la force des grâces et des richesses spirituelles dont il la pare et rembeilit; elle y admire les merveilleux secours que cet Esprit consolateur lui a promb pour la soutenir et la fortifier dans tous ses maux ; elle y puise les remèdes puissans qu^il lui fournit pour Lai guérison des plaies et des maladies de ses chers enfans ; elle en tire
f^our leur salut, les instrumens dont cet Esprit de vérité ui a confié le précieux dépôt. Enfin , c'est par TEcriture sainte, que le Saint-Esprit préside dans les assemblées de TEglise ; qu'il éclaircit et résout ses doutes , et qull prononce ses oracles dans ses conciles. Yoilà la raison de l'ordonnance et de la pratique des conciles, qui mettoient l'Ecriture sainte sur un tapis richement paré^ et placé au milieu de la salle où se lenoit rassemblée; .pour avertir tous les Pères du concile^ de la consulter avec respect dans les décisions qu'ils alloient prononcer: Sancta et adoranda verha Scripturarum.
C'est avec raison, dit saint Grégoire, papef ûi/. Reg. C. '2. Expos. Lib. :2. ) , que TEcriture sainte tA appelée le cœur et Tâme ne Dieu ^ puisqu'elle nous découvre les plus profonds desseins de Dieu, et qu^elle nous représente d'une manière si vive et si animée, Les prodiges de son amour envers les hommes. QiUd cor et animam Dei , nisi sacram ^jus Scripturam acd^ pimus ? Quia ergo in sacro eloquio , consilia amni^ potentis Dei agnoscimus ; ihique amorem quo genus humanum dilexit invenimus ; ipsum eloquium cor et anima ejus rationahiliter désignant. Saint Augustin
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dit aussi que FEcriture sainte est le cœnr de Dieu : Cor Dei Scriptura ipsius ( In psalm. 21. ).En faut- il davantage pour faire sentir quelle doit être la véne'raiion et la soumission avec laquelle nous devons lire et étudier TEcriture sainte, que ce que nous venons de dire^ en prouvant qu'elle est l'ouvrage du Père, l'image du Fils, le sanctuaire du Saint-Esprit f
« C'est dans ces livres divins que se trouvent les
> oracles qui communiquent la sagesse aux humbles, » dit saint Augustin (Zi&. i3. Con/'ess. C. i5. ). Je ne » connois point de livres qui soient capables, comme » ceux-là , de de'truire Torgueil et d'abattre les ennemi$,
> de Dieu, ajoute ce saint docteur. L'Ecriture sainte,
> dit-il ailleurs dans le même ouvrage, est le fondement » de la foi. C'est un livre inaccessible à Forgueil des » sages du siècle; il ne se découvre qu'aux humbles
> et aux petits. Il n'appartient pdint à Thomme de » juger ce que le Seigneur a porté à un si haut point » d'autorité : et bien loin de nous établir juges de ces » divins livres, d'où distille un miel céleste, et qui » brillent des clartés de la lumière éternelle de Dieu, » nous devons recevoir avec une soumission respec- 9 tueuse tout ce que nous y trotivons, et même ce » qu'ils ont dMmpénétrable pour nous; parce que nous » sommes assurés que ces choses-ln même, qui sont » voilées à nos yeux , sont non-seulement vraies , mais » même énoncées comme elles dévoient l'être. Il faut » que rhomme , quoique déjà spirituel , se borne à » pratiquer la loi, et qu'il n'aille pas jusqu'à s'en cons- » lituer juge. î>
La lecture et l'étude de TEcriture sainte demandent donc un esprit pénétré de respect pour les grands mystères qu'elle renferme. Elle interdit toute curiosité profane, elle rejette cet esprit critique qui voudroit en jt'ger comme des ouvrages écrits par les hommes. Â Dieu ne plaise que nous examinions ce qu'elle nous dit , par les principes et les règles des autres sciences.
670 Du DéCALOGVE
L^étude de PEcrlture sainte ne doit avoir priDcipal inenl eu vue que notre sanctification ^ et la désir
1)auvoir utilemeut travailler à celle de nos frères. Lison a , ainsi que nous en avertit saint Prosper ; cherche y des lumières pour connoitre ce que Dieu demai de nous, le bien qu'il nous commande, le mal q» nous défend, le chemin que nous devons suivre, que nous devons corriger en nous. Nous y appreudro les remèdes que demandent nos maux , ce que nous d vons corriger en nous , ce que nous devons travailla à acquérir et à augmenter en nous , ce que nous devom nous appliquer à y détruire. Litterarum dk*inaruM\ sacrés medUatiçnibus "oacet ( Sacerdos )• In his si divinitîis illuminatus oblecietf ibi se iotum veUuin spécula quodam refulgente consideret ; gmod in it prtxvum deprehenderit , corrigatf quod rectum «f, teneai f quod déforme , componat y quod pulchrum^ excalat ^quod sanum^servet j quod infirmum^ assidu lectione corroborée ( S» Prosper^ seu JuL Pcm. dt wtd contemplât. Sacèrd. L. 1. C. & )•
A Dieu ne plaise que la simplicité de ces livres divim nous en déboute : aarairons— en la sagesse, qui, à nue profondeur impénétrable aux plus grands esprits , joiui une netteté, une clarté merveilleuse, quand il s agit de nous enseigner ce que nous devons savoir pour iuc sauvés.
« Quant au style de TEcriture, dit saint Augustii > ( Ep. 137), combien le Seigneur la rend-il accessible, » pour ainsi dire, à tout le monde; qiioiqu^il s'y trouve » des profondeurs que peu d'esprits peuvent pénéoei? » Dans ce quVlle dit clairement , il semble qu'elle parle » aux cœurs des plus simples aussi bien que des plui » éclairés \ comme un ami qui ne cherche qu'à se uire » entendre â son ami , sans couvrir d aucun nuage le » sens de ses paroles. Et même , dans ce quVIle cacbe » sous des âgures mystérieusesj, elle n^emprunte point » ses expressioqs de ce qu il y a de pluy savant et tk
EN GÉNÊKÀL. 671
iDoiiis connn ^ ce qui en pourroit éloigner les esprits qui ont moins de lumières et d'éruoition , comme I éclat et la oiagniScence des riches ^ fait que les pauvres D^osent les approcher. Dans ces endroits-là méme^ elle conserve une simpKcité de style par où elle appelle tout le monde à elle, pour nous nouriir de la vérité qu^elle nous montre quelquefois k découvert, mais qu'elle notis tathe aussi quelquefois , pour nous exercer.
> Ce que rEcrkorè sainte nous cache dans les passages obscurs, n*est que ce qu^elJe nous exprime clairement dans les autres \ mais , de peur que le peu Sue nous coûtent les vérités quelle nous apprend ans ceux-ci , ne nous en ftsse perdre le goût , elle le reveille en couvrant ailleurs ces mêmes vérités d^une obscurité que nous ne saurions nous empêcher de vouloir percer; et quand nobs Pavons percée, ce qu^elle nous cachoit nous devient comme nouveau^ quoique nous le sussions déjà; et cette sorte de non«« veauté nous Timprime davantage , et lious le fait mieux goûter. Ainsi FEcriture sainte, par ses enseignemens salutaires, redresse les esprits qui s'égarent, nourrit et éclaire ceux qui manquent dé lumière , et fait les délices de ceux qui en ont le plus. Il n'y a donc d'ennemis de cette céleste nouriifui^e, que ceux qui sont, ou asiez aveugles pour ne pas voir combien elle est salutaire, ou assez malades pour eii avoir de Téloignement et du dégoût ^ Nous devons dofic travailler soigneusement , par notre respect , notre docilité , et la sainteté de nos dis— positions lorsque nous la lisons , à mériter les avantages quelle nous offre; nous devons craindre quelle ne nous condamne , si nous ne Técoutbos pas , si nous ne croyons pas que c'est Dieu qui nous parle lorsque noui la lisons. Rappelons-nous alors ce que nous en dit en-<^ core saint Augustin: Scriptura sacra altitudine suâ superbos irridet , pro/unditate aîtentos îeneî , veri^
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tate magnos pascit ^ t^hhUUate parvulos nutrit ( Lib. 5. de Gènes. adUtt. C. 1 3. )•
De la Nécessité d'étudier t Ecriture sainte.
JjjTXjDiOKs TEcriture sainle. Sans cette étude , qaelle pourra être la vie^ aur*tout des prêtres y auxquels s'adresse principalement cette réflexion de saint Jérôme: quid pot est esse çita^ sine scient id Script urarum^p^ quam ipse Christ us cognoscitur P
Etudions , liions TEcriture sainte. Nous y tronveroos des enseignemens pour toutes les vertus ^ des remèdes prépares pour toutes les maladies. A Scripturâ unus-^ quisque , tanquarn ah ofjicinâ medicinœ ^ oppositum ùtfirmitati suœ medicamentum invenire polerit , dit saint Basile ( Ep. t. ad Greg. Naz. ). Elle a été écrite ar TEsprit saint , pour rendre l'homme heureux^ eu ui apprenant à soumettre ses passions , son esprit et son cœur ) à la loi de Dieu» Hoc ipsd de causa à Spiritu sancto conscripta est , dit saint Augustin ^ ui n)eluti eœ communi quodam sanitatis fonte , onrnes nobis ea: hdc remédia propriis passionibus assumamus ( Prolog, in Psahn, ).
Cest dans les saintes Ecritures qu^est dressa poor tous , et en la présence de tous ^ cette table spirituelle où nous est offerte la viande de la doctrine céleste pour la nourriture de notre esprit. C'est-là que nous troavous un antidote contre le venin de nos péchés, un secours dans nos besoins ) une ressource dans nos malheurs , un soulagement dans nos peines et nos travauZf une pleinesûreté dans nos périls. Cest-là, dit saint Ambroise ^ que chacun trouve de quoi guérir ses blessures, ou perifeciionner son mérite. Cest dans rÉcriture que nous sont présentés des mets délicieux au goût, solioa pour la nourriture , pleins d'efficace et de vertu pour notre guérison, dit saint Bernard ÇSerm* 67. incantic^y
C'est
Ùè%i detie^ torome d'un arsenal bljen lliuiii , que se tirent les armes dont nous avons besoin dans les combats continuels que nous devons soutenir contra la chair , le.monde et Aa déinon^ poux pouvoir repousser les violens efforts de ces ennemis pleins de malice ^ et éviter leurs embûches ^ à l'exemple de notre chef Jésus-^ Christ ^ qui repoussa par trois passages de l'Ecriture ^ comme par autant de traits ^ la triple tentation du dë-^ mon ) pour nous apprendre quMl n'y a point de tentation qui puisse nous vaincre ^ si nous allons au combat armés des oracles que nous aurons lus dans les livres saints* C'est l'Ecriture oui éclaire tioire esprit: votre hw tnière^ ômon Dieu^ dit le roi jprophète ^ est un flambeau qui éclaire mes pasj elle luit dans le sentier où je marche : lacerna pedibus meis verhum tuutn^ et lumen semitis nieis.
L'Ecriture purifie nos affections^ lorsqu'elle en décu)nvre les souillures ^ et qu'elle les nettoie* Car^ commâ dit saint Augustin ( Serm. 6. de t^erb. Dom. ) , tes di-î^ineS Ecritures sont un miroir ^ qui tie nous trompe point par un Jan^ jout. Saint héon dit la même chose ( Serm. 11. in Quadrag. ) : La miséricorde de Dieu ri formé pat un admirable artifice , remarque ce saiût docteur , un miroir resplendissant de ses préceptes ou r homme peut yoir son visage au naturel , et combien son âme est cot]forme oupeU ressemblante à Vimçtge
de DieUé t - t i
L'Ecriture sainte doit donc faire la principale oc-* tupation des pitres , s'ils veulent se reiûplir dfe la scieqce nécessaire aux condticieurs des âmes; et s'ils ont bien médité ce que saint Paul écrivoit à Timothée^ et que nous avons déjà rapportée toute Ecriture inspirée de Dieu^ est utile pour enseigner , pour reprendre ^ pour corriger^ pour instruire dans la justice ^etd Mais il est nécessaire d'observer que Tétude d< s livres saints ne peut être trop fréquente et trop assidue: car^ // en est de V Ecriture sainte^ comme des parfums^ Tome Ut. V v
674 Du DéCALOGUE
suivant la comparaison de saint Chrysostôme ( Bpm. i3. in Gen. )}plus ils sont broyés^ plus ils répandent d^ odeur ; plus aussi on s^ accoutume à lire et à méditer t Ecriture ^ plus onjr trouve de trésors cachés^ et plus on y goûte de délices inexprimables*
Laissons donc là ces ouvrages et ces livres où Too ne nourrit la curiosité de rhomme , que de viandes ea peinture; pour chercher ce que nous devons savoir^ et enseigner aux autres^ dans ces Ecrits sactés dont la douceur est celle d'un miel tout céleste, et dont la lumière a pour principe , la lumière de Uieu même. Omisàis et repudiatis nugis theatricis et poëticis ^ dit saint Augustin ( de i^erd Belig. C. 5 1. ) , din^inarum Scriptural rum consideratione et tractât ione pascamusanùnum atque potemus ^ "vanœ curiositatis famé ac siti/essum et œstuantem^ et inar^ibus phantasmatibus^ tanquam pictis epuUss frustra refci satiarique cupientem.
N'oublions jamais, que le principal fonds de la table théologie , est la parole de Dieu : écoutons prÎDCH^ paiement celle qui nous est annoncée dans TEvangile^ par la bouche de la vérité même; écoutons avec la plus respectueuse attention , les adorables paroles de Jésus^ Christ ; tâchons d'en pénétrer tout le sens ; lisons-les avec soin, méditons-lçs. Qui que voussojez , vous qui voulez prêcher aux autres les vérités du salut « que le sommeil vous surprenne tenant en main les livres sainKS| dit saint Jérôme; que leurs pages sacrées reçoivent et soutiennent votre tête , lorsqu'elle tombera accablée de sommeil. Lisez souvent les divines pages du nouveau Testament; que ce livre sacre ne sorte jamais de vos mains , dit saint Grégoire.
L'Evangile est un trésor inépuisable, où nous trouvons tout ce qui peut remplir nos besoins : les martyrsy ont puisé leur invincible constance; les docteurs et les maîtres de la sagesse , leurs lumières; les infirmes dans la foi, une foi plus ferme et plus hardie à se manifester; lestièdes, im esprit de ferveur et de zèlej tous enfin 7
En GéiiÉRÀL. 67S
apprennent à être modestes dans les prospérités , et pa-tiens dans les malheurs; ib y trouvent quelles sont leurs obligations^ quelle est la voie qui doit les conduire au ciel. C'est Tabrégé et comme le raccourci de toute la philosophie chrétienne : son auteur est le Fils unique^ qui est dans le sein du Père ^ sa matière est la loi de Dieu ) loi toute pure qui convertit les âmes^ sa im est la béatitude éternelle. C'est un miroir qui ne séduit personne ) qui ne flatte personne, dans lequel chacun se voit tel qu il est : c'est-ià que nous voyons nos beautés et nos laideurs, nos vices et nos vertus ^ combien nous avançons vers la perfection, et combien nous en sommes éloignés. Une vue attentive des vérités que nous enseigne TEvangile , éclaire Tesprit , purifie le cœur , im-* prime dans Tâme de ceux qui les méditent , une crainte salutaire dç Tenfer , et un désir ardent des biens éteruels. . Enfin, tout ce que Thomme apprend ailleurs, dit saint Augustin, trouve dans les livres saints, sa condamnation, s'il est mauvais^ ou y est contenu, s'il est utile et après que chacun j aura trouvé tout ce qu^il aura vu ailleurs d'utile 9 il y trouvera des choses qu'on ne peut trouver que dans l'admirable simplicité de ces divines Ecritures.
Si on nous. demande encore, quand on doit cesser d'étudier TEcriture sainte, nous n'avons point d'autre réponse & faire que celle de saint Augustin ( JEp. 187. aa f^olus.). € La profondeur des saintes lettres est si » grande , dit-il , que quand je n'aurois fait autre chose, depuis mon enfance jusqu'à la dernière vieillesse, que de les étudier^ quand j'aurois apporté à celte élude beaucoup plus desprit que je n'en ai; quand je m'y serois appliqué de toutes mes forces, et que j'aurois eu tout le loisir nécessaire pour cela , j y fe* rois encore tous les jours de nouvelles découvertes. Ce n'est pas qu'il soit si difficile d'arriver à ce qu'il est nécessaire n'en savoir pour être sauvé; mais, après même qu'on y a pénétré par la loi, jusqu'aux choses
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6^6 Du DiCALOGUE
sans quoi il'n'y a ni piëté^ ni bonne vie^ il en encore tani a découvrir, et Ton tronve, k nesore qn^on avance , qtie les voiles et les figures mystMeosei qui les cachent sool en si grand nombre, et qtoTd y a une si grande profondeur de sagesse ^ non^seuleoient dans les choses, mais dans les paroles tpn les es-
S riment, que les meilleurs esprits et les plot avides 'apprendre 9 et qui ont donné plus de temps à oette ëlude, éprouvent tous les jours la vérité de cette parole de la même Ecriture : lorsque thomme sera à la fin de ses recherches^ il tr outrera qiCU ne fait que commencer. »
Telle a été la doctrine des Pères et des conciles. Tous^ ont recommandé , et principalement aux prilreS| la lecture continuelle de TEcriture sainte. Nunquàm à manibus eorum ( Saœrdotum ) liber legis^ hoc est^ hiblia^ deponatur^ dit le concile de Cologne en t53& Quotidiè aliquid ex sacris bibliis legite^ mt le lY-con» elle de Milan. Requiriiur j prœter nntœ puriuuem^ 4issiduain Scripturis eœercitatio^ dit saint Basile. Nootihus ac diebus^ sine ulld oessatione recenseio divinas Scripturas^ dit saint Ambroise« Qjon labore ei dili^
Sentiâ effbdite arcanos Scripturarum thesaurosy it saint Chrysos tome. Divinas Scripturas saspiùslegei imà nunquàm de manibus tuis sacra let^iodqHmttiur: disce auod doceas , dit saint Jérdme»
Etuae continuelle de TEcriture sainte, i laquelle il ne sera jamais nécessaire d^ezciter les prêtres, lorsqo^ib en comprendront bien tous les avantages^ lorqulls seront bien convaincus que nous, trouvons dana kâi divines Ecritures, un supplément i tous nos besoins. Sommes-^nous incertains quelle rotite nons devons suivre f consultons les livres saints, et ib nous donneront la lumière nécessaire pour dissipa* nos ténèbies^ un guide suret fidèle pour le règlement de nosmcaorS| ft pour la conduite de la vie : i la lumière de ce flambeau qui nous édaire, nous marcherona sasa craindre
de BOUS ^arar^ eui benefmitis attenantes ^ quasi lucernœ utcenti in caliginoso loco^ nous dit saint Pierre. Avons«*Doiis reçu des plaies mortelles dans les conabats qu^il nous a fallu soutenir P de quelque nature que soient nos maux^ nous y trouverons des remèdes efficaces pour notre guèrison. Cest votre parole^ 6 Seigneur^ qui guérit toutes choses^ dit le sage. C'est ce qui a fait dire à saint Chrvsostôme^ après saint Basile^ qu'il n^y a point d*infirmi te , point de pas-* sion^ quelque déréglée qu^elle soit, qui ne trouve un remède prompt et assuré dans les saintes lettres : nulla est in humana naturâ vel çorporis vel anùnœ passio^ quœ medicinam hic accipere nequeat. \ussi les Macchabées, environnés de toutes parts et assiégés par leurs ennemis^ se glorifient-ils d'avoir pour leur consolation les livres saints qui étoient entre leurs mains ihabentes 50- Jatio Sfmctos ùbros^ qui sunt in manibus nostris.
Livres saints^ écrits pour former les sentimens et les moeurs de rkomme sur la règle de la vérité. Us ne lui parlent que pour rinstruire^ pour le rappeler et ie soumettre k Dieu, fiien de si grand que Tidée qu'ils loi donnent partout de cet Être éternel «t toui-puissant, juste, sainte miséricordieux ^ véritable dans seB paroles. Rien de plus propre à détacher Thomme de Tamour des créatures^ que ce qu^ils lui découvrent de son origine et de sa dernière fin : ils lui apprennent qu^ii est crée à Timagede Dieu même, destiné à vivre pour lui sur la terre, et è vivre éternellement. avec lui et àfi lui dans le ciel. Us humilient et terrassent notre or* gueil, en nous montrant Tétat malheureux où le péché nous a réduits, et d'où il ne peut sortir sans la grâce de Dieu , méritée par Jésus - Girist. Us nous re— lèvent et nous consolent , en nous offrant une ressource infinie dans la miséricorde de Dieu^ et dans la grAce du Rédempteur.
Eflt^il un seul vice que ces livres sacrés ne coa«» damnent^ une seule passion qu'ils ^voris^nt ^ et à lar^
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ô'jS ï)ù Décâlogue
quelle ib ne déclarent la gaerre. On y Voit nne attention continuelle à réprimer tout ce qui est contre l'ordre. Il n'y a point de vertu dont ils ne donnent des préceptes^ et dont ils ne présentent sur- tout de grands modèles. Quelle simplicité de vie dans les patriarches! quelle frugalité ! quel amour du travail au milieu des richesses!
3uel détachement de la terré ! quelle foi aux promesses e Dieu ! quelle fidélité à le suivre aux dépens de tout! Tel a été le caractère d^ Abraham, dlsaac et de Jacob. Quel mépris des grandeurs humaines ! quel amour des humiliations et des souffrances! quel zèle et quelle douceur dans Moïse! quelle piété! quelle humilité dans David! quelle inviolable fidélité dans ce saint homme envers son roi, devenu son injuste et implacable persécuteur! la chasteté de Joseph, la clémence dont il use envers des frères dénaturés^ un long gouvernement où sa sagesse lui conserve jusqu*à la fin, Famour et la confiance du prince et de ses sujets, sans qu'il pense seulement à établir ses propres enfans. L^amour delà pauvreté dans les prophètes , leur esprit de pénitence, et cette intrépide fermeté à annoncer aux rois même les ordres der Seigneur; la patience de Job et deTobie, dans les afflictions; la modestie d'Esihersur le trône} le courage invincible des Machabées, à la vue des plus horribles tourmens et de la mort ; et une autre infinité d'autres exemples de vertu et de piété , que TEcriture sainte nous fournit^ sont autant de leçons qui nous montrent ce que nous devons être pour plaire à Dieo. Nous y verrons encore, si nous voulons y faire une attention sérieuse, que parmi certaines vertus qui caractérisent les saints , dont ces livres divins nous donnent réloge, ils nous montrent dans tous une foi inébranlable, une entière défiance d'eux-mêmes , une parfaite confiance en Dieu et une ferme attente de son secours dans les plus grandes extrémités; une vive reconnots-
sance pour ses bienfaits €t an amour sincère pour sa loi.
EN Général. 679
Cest ce qni a fait dire à Origène^ qiie FEcriture sainte ressemble à la ro^nQe que le Seigneur donna aux Juifi^ et que les âmes âdèles y tro^ivent de quoi rassasier tous leurs désirs^ et pourvoira tous leurs be^ soins : manna verbi Dei reddtt in' ore tuo snporem quemcumque volueris. Si nous y trouvons des remèdes efficaces- à tous nos maux , nous y trouvons aussi des .secours puissans pour repousser les attaques des enne« mis de. notre salut. Ces^ une tour mystérieuse^ d'où pendent mille boucliers , pour armer les forts d'Israël ; c'est une table où le Seigneur nous a préparé une forte nourriture contre les attaques de nos ennemis ; et c'est, ainsi que nous Tavons déjà observé, ce que le Fils de Dieu a voulu nous apprendre , en ne repoussant les tentations de Satan , dans le désert., que par les paroles de TEcriture: ut nos vinoere crimina^ Scripturarum prœsidio^ discer émus ^àil saint Ambroise. Mettons-y donc toute notre confiance , dit saint Gr^ goire^ puisque tout ce que nous disent ces sacrés livres de la loi de Dieu , et tous les exemples des Saints Tils nous proposent à stûvre, sont comme autant *armes défensives qu'ils nous présentent pour triom** pber des efforts de nos ennemis : quot illic prœcepta^ quot exempla justorum^ tôt etiam pectoris nostri munimina. Effets admirables de la parole de Dieu^ ue saintBernard a compris en peu de mots, quand il it qu'elle nous purifie, qu'elle nous éclaire, qu'elle nous ëcbauffe, mwidat ^illuminât et calefacit.TLWe est encore^ ajoutent— il, un remède qui nous guérit, un aliment qui nourrit l'âme, un feu divin qui embrase le cœur,un giaive tii pare tous les coups que nous portejit les ennemis e notre salut : et cibus nos,ter est , et gladius ^ et
medicina.
Est-il besoin d'autres motifs pour nous attacher à l'étude de TEcriture sainte^ pour préférer cette étude à toutes les autres, et en faire notre occupation capitale r sint castœ deliciœ meœ Scripturœ tuœ , disoit
Vv 4
éSb Ut ^ÈckLOàVE
fi Dieu tàidt Atigustia» Tels doivent être lès teotimenf d'un prêtre. Que vos Ecritures , Seigneur^ doii-il dire sans cesse avec ce saint docteur , aue vos Ecritiirei soient toujours Tobjet de mes plus chères délices ; qtie jje m'en nourrisse , ^e j'y boii^e à longs traits les eaux de la divine sagesse qu'elles m^offrent. Mon âme| éprise de la beauté de votre loi , vous demande la grâce de la contempler continuellement : elle est la source des plus pures lumières ^ pour ceux qui Té^ tudientj elle donne de Finielltgence aupc simples. Que je soupire tons les momens de ma vie ^ 6 mon Dieu , après le bonheur de Taccomplir } afin que f apprenne dignement vos voies, & ceux que vous m'ordonnez de conduire à vous*
Et comment un prêtre pourra^t«-il enseigner la voie du salut aux fidèles ^ s'il ne puise pas ses instructions dans la sainte Ecriture T Gomment ponrra«t-iI servir de guide tàjax autres, s'il n'a pas appris des livres saints la route qu'il faut leur marquer?
€ Afin qu'un pasteur puisse s'acquitter de tous se$ » devoirs f dit saint Grégoire (Past. p. 2. o. lo* ), il » doit s'appliquer tous les jours, avec soin, à la lec- > ture de TEcriture sainte^ chercher, dans les aver- '9 tissemens salutaires que Dieu nous y donne, de quoi » réveiller en lui cette vigilance intérieure et ceae » sage circonspection qui doit régler tonte sa vie»
« Quand il s'agit d'établir et oe prêcher Fonité de
« l'Eglise, ajoute ce saint pape, il faut trouver des
m docteurs fermes et éclaires, qui demeurent toujours
> attachés aux vérités qu'ils* ont puisées dans l'Ecri*
• ture sainte , et qui par-là se rendent capables de
• porter chez tes infidèles l'arche de l'Eglise ^ en y » portant la connoissawce des vérités et des mystères
• qu'elle enseigne, .
, « Un pasteur doit être toofours appliqué à TEcHi^ ture sainte , afin de n'avoir pas la confusion d'être
• obligé, quand on lui expose quelque difficulté, d'en
EN GÉHiKAL (Sêl
^ aller éli^rcher la résoloiion , au lieti de la donner » snr-Ie-champ. » Il faoi que les docteurs ëvangéiiques mëditent toujours dans leur cœur la parole de Dieu,' pour ne causer aucun retardement , lorsquHl sera nécessaire d^enseigner i Theure même aux peuples, les choses dont ik seront obligés de les instruire. G^est pourquoi saint Paul recommandoit àTite, ditrefor^ ttment attaché à la parole de la writé , afin d^ëtre capable d exhorter selon la saine doctrine , et de com^aincre ceux qui la combattent.
Ilœcsunt duo pontificis officia^ dit Origène ( Hom. 6. in Levitic.)^ ut aut à Deo disent legendo Scrip-taras divinas^ et sœpiiis meditando; aut populum doceat : sed itla doceat quœ ipse à Deo didicerit , non ex proprio corde n^el humano sensu , sed quœ Spiritus sanctus docet.
Telle est la doctrine des Pères et des conciles , qui , d\)n commun accord, lorsqulls ont parlé de TE^riiiire sainte^ en ont recommandé la iecture et Tétude continuelle aux prêtres.
De la manière d^étudier FEcriture sainte.
Un prêtre qui étudie FEcriture sainte doit le faire d'une manière qui lui soit utile, et qmi puisse contribuer i sa sanctiBcaiion et au salut de ceux qu*il est chargé d'instruire* S'il ne s'applique à cette étude que par rapport à la critique , on ne voit * pas quel fruit il pourra en retirer pour Tinstructièn des simples fidèles, qui ne demandent qu'à savoir Ce qu'ils doivent faire pour être sauvés; Ceux qui H^approfondissent quq les endroits les plus difficiles ae FEcriture' sainte, méritent qu'on les arcuse de chercher plutôt è paroitro savansj qu'à ^e rendre ut^es. Gèi^x qui nesôtit occupés qu'à feuilleter les^ ouvrages des inlei^rètès, comme fk 1 on ne pouvoit rien entendre sans leur secours dans
6da Du Decàlogub
FEcritare sainte^ ne goûient pais souvent , dans celte ëcude, ce qu'il y a de plus agréable et de plus utile; lU doivent être attentifs à ne pas s'égarer iuuiilemeat dans des questions tout-à-fait éloignées du texte et de Tesprit des livres saints. On ne peut sur-tout trop leur recommander dé ne consulter que les interprètes catholiques, qui n'admettent jamais la sainte Ecriture que selon le sens que tient et a tenu la sainte mère Eglise catholique, apostolique et romaine , à qui seuk il appartient de juger du véritable sens et de la véritable interprétation des saintes Ecritures, et qui ne l'entendent ni ne Tinterprètent jamais autrement que suivant le consentement unanime des saints Pères.
En&n ceux qui , en étudiant les livres saints, ne font le principal sujet de leurs études que des choses ahsolumeut nécessaires à savoir, et dont l'utilité est manifeste, c'est-à-dire, des mystères de la foi, de la Religion chrétienne et des principes des mœurs; qui tâchent de s'en pénétrer ^ autant qu'ils le peuvetit , par la méditation , par la prière, par les bonnes œuvres, et d^en remplir encore plus leur cœur que leur es-
Î)l'it ; ceux-là , encore une fois , nous paroissent être es seub qui s'appliquent à la véritable science des Ecritures , puisqu'ils travaillent à y acquérir une sagesse réelle et solide.
Pour parvenir à la véritable connoissance des divines Ecritures, c^estpeu d'avoir la science des langneS| et d'être munis de tous les secours humains, si lonc- Uon du Saint-Esprit ne nous enseigne*: Nous ne oon-* noitrons que la surface et l'écorce des Ecritures, si, j)ar une prière humble et fervente , nous n'en demandons l'intelligence au Père des lumières^ de qui descend tout don parfait. C'est pourquoi saint Jérôme , sur ces paroles de Tépitre de saint Paui aux Galates : je vous déclare que VEvcatgile que je vous ai prêché^ lia rien de fAornme , s'explique en ces termes; «Marcion,Basilide et tous les autres hérétiques,
EN GÉKÉnAL. 683
» n^ont pas l'Evangile de Dieu , parce qu^ils n^ont pas » le Saiul-Esprit, sans lequel TEvangile qu'on eu-- » seigne devient tout humain. Gardons-nous de croire » que TEvangile consiste simplement dans les pa— » rôles écrites, mais pensons qu^il est bien pilutôt dans » le sens ^sachons qu^il nest pas dans la surface et l'é- » corce ^ mais dans la moelle et dans Tesprit. » Ainsi j selon là doctrine de ce Père, ceux qui lisent TE vangile sans être conduits parTEsprii de Dieu, sans être animés de l'esprit de Jésus-Christ, quand même ils raviroient d'aamiraiion leurs auditeurs, par Télégance' et la sublimité de leurs discours , se perdront enfin dans la vanité de leurs pensées toutes humaines, auxquelles ils font servir la parole de Dieu , et ils ne prêcheront qu'un Evangile tout humain, dès que Jésus-Christ ne parlera point avec eux. Vouloir annoncer aux autres cette bonne parole, avant que de l'avoir entendue dans la prière, c'est vouloir répandre avant que d'être rempli, dit saint Bernard, c'est parler avant que d'avoir écouté, c'est enseigner ce qu'on n'a point appris.
Pour étudier saintement et utilement l'Ecriture saintei il faut « avant tout, dit saint Augustin, que la crainte » de Dieu nous tourne entièrement vers lui, pour » nous' mettre en état de connoitre sa volonté, et ce » qu'il nous ordonne de chercher ou de fuir. Il faut > que la piété nous rende dociles et disposés à ne » point rejeter la vérité, à ne point contredire ces » livres saints, soit que nous les entendions, lors— » qu'ils attaquent quelqu'un de nos défauts, soit que » nous ne les entendions pas. En sorte que, quoi » qu'ils nous disent, nous devons toujours croire être » bien persuadés que tout ce qui j est écrit, est in— » finiment meilleur et plus vrai, quelle que soitTobsp curité que noos y trouvions, que tout ce que nous » pouvons penser ou discerner par nous-mêmes. »
Du défaut de cette disposition vient la différence de
684 Du DicALocu£
WDtimens qu'on ne voit cpe trop souvent entre <{iielques théologiens , sur des points même de foi et de morale, les plus clairement expliqués dans l'Ecriture. De là cette licence que se donnent plusieon, de pr»- '£krer leur sens particulier & celui de Œcritare, de la détourner même » des sens forcés j lorsque ^ prise dans son sens propre et naturel^ elle est contraire â leurs systèmes ^ a leurs erreurs et à leurs passions. De ià • cette impie liberté d'entendre et d'interpréter à n ^ADtaisie le texie sacré; efa sorte qu^il nV a point d^o- «'pinion , favorable à la cupidité , à laquelle on ne Taccommode.
N*mibltons donc jamais que c^est4a vérité qn*il ûot «'chercher dans la sainte Ecriture, et qu^elledoit être lue -dans le même esprit qu^elle a étédonnée. Cherchons- *y Jésus-Christ ; si nous ne Vy trouvons pas , nous n'entendons point ces livres saints iquidquiditlarunt 'Scripturûrum est^ Christum sonat , dit saint Augustin ( Tract* 3. ifi Ep^ i • Joan. ). Quidquid dubùa-tionis hahet homo in anima , ajoute ce saint docteur ( Enarr. in Ps. 06.) auditis Scripturis Dei^ à Christo non recédât : cum eifuerit illis verbis Chrisius revelatus , inteUigat se intelleacisse : antequàm aulem yeryeniat ad Christ i intellectum , non se prœsumat intellexisse : finis enim legis Christus est^ ad justi-tiam omni credenti.
Prions , avec ce grand saint , le Père des miséri^ cordes ^ de nous faire entrer dans tintérieur des mystères que ces ' liçres saints enferment ; de nous enflammer des ardeurs qiCexcitoit en lui la lecture de, ces admirables paroles tjiCil souhaitait de /aire 'entendre à toute la f^rre. La doctrine de I*EsprU saint, dit saint Bernard , ne nous a point été donnée pour «xercer notre curiosité , mais pour nous embraser de Tamour divin : doctrina spiritûs , non curiositaiem (ucuit^ sed charitatem accendit.
EH Général. 685
Tel âoit Pavertissemcnt que donnoit au Jeune dci^é^
JuMl ëtoit chargé d'insuruire 9 un célèbre théologien du ouzième siècle : ciim legitis Scripturas dmnas^ disoitil i ses disciples, solerter expendite quid ihi dictum sit ) ad eœcitandum in n)obis amorem Dei^ quid ad contemptum sœculi^ quid ad ca^endas insiaias ini^ mici^ quid ad bortos affectus nuiriendoSj et prava desideria eœtinguenda. oioleat^ et quid citiîis cor pet compunctionis ardorem accenaat.
Et en eflfel , comme le remarque saint Augustin ( £• imde doctr. Christ, cap. 35. ) , « Uamour de Dieu. » et du prochain est la fin de tout ce qui esi contenu » dans FEcrilure ^ et la plénitude de la loi. Tous ceux. 1 qui se plaisent à étudier les divines Ecritures , ajoute » ce saint docteur ( Jbid. L 2. c. 7. )) savent bien qulls 1 ne trouveront autre chose, sinon quHl faut aimer Dieu » pour Tamour de lui-même, et le prochain pour Ta-* » mour de Dieu ; qo^il faut aimer Dieu de tout son cœur, » de toute son âme , de tout son esprit , et le prochain » comme soi-même : c^est-à^dire , que tout Tamour » que nous avons pour le prochain et pour nous-* 1 mêmes, doit se rapporter à Dieu. >
Un des grands avantages que nous procurera encore la lecture de TEcriture sainte , lorsque nous Tétudierons dans le désir, siocère d'en retirer tout le fruit que nous devons en attendre, est la connois-^ aance de nous«-mêmes. Cherchons*jr la vérité , non* seulement en général et pour les autres, mais princi— paiement pour notre propre sanctification ; cherchons-* y tout ce qn*il y aura à corriger dans noUre vie et dans nos mœurs. Servons-*nous de TEcriture, comme d^nn miroir qui nous fasse voir nos défauts : nous y trouverons, si nous Tétudious dans le désir sincère d'être instruits, et la connoissance de nos maux , et quels en seront les remèdes j nous y trouverons les^ vrais et uniques préservatifs contre ceux que nous aurons i
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craindre; nous serons forc<fs d'y voir ce qu'il j a de bien ou de mal en Àpus. Oeluî qui 'cherche à noitre la loi de Dieu, sera rempli de son intellîgeD dit le Sainl-Espril : qui quœrit legem , replebitur éd. Aussi le prophète- roi disoit-il au Seigneur: c j » toujours devant les yeux vos commandejpens, » c'est par-là que vous m'avez reodu plus éclairé q » mes ennemis. Je' m'applique continuellement à » diter votre loi, et je puise, dans cette méditatioD » plus d^ lumières que tous les maîtres n^ont pu m* > donner. Je siKs devenu plus prudent que les viei » lards d'une expérience consommée, parce queji » recherché vos ordonnances. »
Les livres sacrés nous apprendront, dit saint Ao gustin ( De Doctr. Christ. ) , combien noas somoi embarrassés dans t amour du siècle^ et éloignés C0 parfait amour de Dieu et du prochain , que FEcriture nous prescrit. En nous montrant la proxi^ mité de la mort , ils nous inspireront la crainte (\^^ doit nous rappeler le soui'enir du jugement de Dieu: et en * nous contraignant de verser des larmes sur nos misères , ils nous apprendront à ne pas présumer ^ mais à gémir ^ c'est par ces gémissemens et par des prières ferventes , que nous obtiendrons dêtre consoléspar les secours célestes j pour ne point succomber au désespoir. Ces seniimens^ en nous^ tachant de la joie mortelle que nous trouyions dais les choses passagères^ en nous détachant de ce monic^ formeront en nous ce désir et cette fin de la jus* fîce, qui fait le bonheur de Thomme, et tourneront entièrement notre cœur vers les biens étemels.
Or, plus notre amour pour la justice sera ardent^ plus aussi nous connoitrons , plus nous goûterons ks règles immuables dont les saintes lettres nous ins^i Iruisent. Ce qui doit nous convaincre que la purett du cœur et la sainteté de notre vie sont des moyeni nécessaires pour entrer et pour nous avancer dans i u2'
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telligence des saintes lettres : ad Scripiurarum inda* ginem , verumque intellectum^ dit saint Âthanase ( de Incartu F'erh. ), opus est "vitd probd , animo puro ^ et uirtute qiuesecundùm Christum est.Accedit hùcj dit saint Basile ( in Is. JHroph. ), quod vitœ quoque puritas requiritfir^ ut ad moralis virtutis eacerci^ tationem pertinent , quod in Scripturis obvolutum est y difudicare. L'Ecriture sainte, dit saint Augusiia ( in Ps. 119)9 non intrat in cor ejus , in quo non est opus ejus. Ille tenet , dit encore ce saint docteur {Serm. 39. de temp. ), et quod patet^ et quodlatet^ in divinis sermonibus^ qui chariiatem tenet in mo^ ribus.
YoiU ce que nous devons chercher dans Fétude de la sainte Ecriture : nous devons la lire avec foi , avec humilité. Malheur à ceux qui ne s^appliquent à cette ëtude , que pour y rechercher des questions et des difficultés de critique^ plus propres à la dispute, qu a édifier les fidèles, tandis qu'ils négligent la vraie sa-^ gesse cachée dans ces livres divins, et dont la con— noissance ne s'accorde qu^à la prière et à la médita-* tion. Malheur à ceux qui ne veulent étudier Is^ parole de Dieu que pour une vaine montre de science^ qui y dédaignent tout ce qui contribueroit à leur sanc-* tification et à celle des autres , qui n^y cherchent point ^fonder par Li foi l édifice de Dieu.
Si Scripturœ lectioni incumbas^ cave ne ea^ quœ ad fastum et elegantiam tantîim pertinent sermoniSj persequarisy dit saint Ephrem (de rect. viV. rat. ), et eo uique duntaxat tuum extendatur studium^ ne spiritus arrogantiœ cor tuum f criât : verîim instar sapientis apiculœ mel ex floribus sibi colli" gentis , fructum ex iis quœ legis , proanimi medelâ desumito.
€ U est dti devoir de celui qui veut pénétrer bien » avant dans Fintelligence des saintes Ecritures, de • commencer par les lire en entier} pour les con—
ééS t)t t>£rjL106trB
» noitre du nioins, par celle lecture, si Ion né pèù( 9 pas encore les comprendre.» 6'estla première chostf que demande saint Augustin) de celui qui veut s'appliquer à Tetude de ces sainis livres (Z>i6. 2. de Doctn Christ, c. 8. )• La seconde chose qu^ezige de lui ce saint docteur , c'est de les lire , a/ui den remplir sa mémoire. Si les jeunes ecclésiastiques suivoieot cette règle , et apprenoient exactement par cœur tous lo jours quelques versets de l'Ecriture, ils j trouveroient un fonds inépuisable d'instructions saintes oi salutaires pour la consolation et le salut des fidèles , lorsqu'ils seroient ensuite charges d'annoncer aux paapies la parole de Dieu.
La troisième chose que saint Augustin ( ii'ûf& )- ex^e de ceux qui veulent étudier avec fruit rEcriture sainte^ est , avant que de vouloir en pénétrer des points plus difficiles ou moins utiles , d^apprendre et d^appro/on-' dir ^ a»ec le plus de soin et dappUcation qu*u est possible , les vérités qui y sont clairement expliquées^ et les plus nécessaires ^ c'est-à-dire, celles qui regardent la foi et les mœurs , ce qu'on doit croire et ce qu'il faut faire: ^2^ on a de pénétration ,,-a joule ce Père, et plus on déoouvre. Dans les choses qui sont mises avec évidence dans ces divins livres , on trouve tout ce qui concerne la foi et les mœurs.
De cette règle du saint docteur , il s'ensuit qu'eu
t)eut d'abord entreprendre la lecture de rEcritnre sans e secours d'un interprète; et que cette première étude suffit pour nous donner Finlelligence des principes de la foi et des préceptes des mœurs , au moins des prin^ cipaux. L^ Israélites ont bien entendu Moïse ei les prophètes sans interprètes j la multitude du peuple qui suivoit Jésus-Christ, comprit bien les vérités quil an-nonçoit , sans autre secours que celui de sa parok' Ceux à qui les apôtres parloient ou écriVoient , ont bien pu de même, sans autre secours, comprendre leseos de leurs discours et de leurs lettres ; pourqueî dose
trouvera t-ou
irisé avec le
EN Général. 689
trouvera-t-on étrange qu'uu théologien les entende aujourd'hui, lorsqu'il disent encore le» mémei choses? 4 moins qu'on ne veuille, par une prétention bizarre et impie, que le Saint-Esprit ait si peu réussi à enseigner sa doctrine aux hommes, que lors même qu'il a voulu leur parler le plus clairement ^ ainsi que s'exprime saint Augustin, il n'ait pu se faire entendre sans interprèle.
D ailleurs , si Ton s^accoutume à ne lire presque jamais l'Ecriture sainte qu'avec le secours d'un interprète, il est à craindre qu'on n'écoute bien moins l'Ecriture que Tinterprète qu'on consulte^ et qu'on ne goûte point assez la douceur de la parole de Dieu, en s^appliquant à se remplir beaucoup plus du sens de son interprète, que de celui de l'Ecriture. « Après s'être, pour ainsi dire, familiari* langage des divines Ecritures, dit toujours saint Au«* gustiQ,il faut passer à la discussion et à réclair— cissement des choses obscures, en tirant, des locutions aisées à entendre, des exemples pour découvrir celles qui ne le sont pas , et en faisant servir des témoignages certains^ pour lever les doutes qu'on pourroit avoir sur les sentimens qui le paroîtroient moins. » La mémoire aide beaucoup pour y réussir. « LTcrîture sainte, dit saint Grégoire ( Mor. in Job. L 20. ) , est incomparablement au*dessus Je toute autre doctrine, non-seulement en ce qu'elle n'annonce que des choses vraies, qu^elle nous appelle à une patrie toute céleste , qu'elle change le cœur de ceux qui la lisent , en tes détachant des désirs terrestres pour les porter aux désirs du ciel^ qu'en même temps que, par son obscurité, elle exerce les intelllgens et les parfaits , elle flatte et elle console, par sa douceur, les imparfaits et les foiblesj qu'elle n'est, ni assez obscure, pour que l'on doive s éloigner de la lire , ni assez facile à entendre pour qu'on doive la mépriser 3 que plus on se la rend Tome IIL X x
6qo Du Décalogue
» familière ) moins oa en a de dégoût; et plus on h » mt^dite^ plus on la chérit^ qu^elle aide notre âme » par la simplicitë de ses paroles , et l'eiève par ta su- » blimité des sens qui s y trouvent renfermés ^ qu^elle > semble croître et sVlever , à proportion que ceux » qui la lisent sVlèvent et croissent eu intelligence^ w en sorte que les plus ignorans et les moins spiri— » tuels y entendent quelque chose , et que les savans » la trouvent toujours nouvelle : l'Ecriture ^ dis-je , » surpasse toute autre doctrine , non-seulement par » la solidité et Texcelleuce des choses quVlle contient^ » mais encore par la manière admirable dont elle s^ex- » prime. » Car, par les mêmes paroles dont elle se sert pour décrire simplement une histoire, elle dé*couvre un mystère; en racontant des choses passées, elle en prédit de futures ; et , sans rien changer dans l'ordre et la suite de son discours , elle rapporte ce qui a été fait , et marque ce qui doit se faire.
Des differens Sens de t Ecriture sainte.
JLiEs théologiens distinguent plusieurs sens de TEcriture sainte , savoir: i. le sens littéral ou historique; et ce sens est ou propre, on métaphorique. 2. Le sens mystique ou spirituel; et ce dernier est ou allégorique, ou moral , ou anagogique.
Le sens littéral ou historique^ est celui que les termes mêmes expriment, soit qu*on les prenne proprement ou improprement. Le sens propre est celui que donnent les termes mêmes proprement pris, c^està-dire, dans leur signification particulière, et qui leur est directement affeccée. Cette proposition, par exemple, jibraham a eu deux fils ^ doit être entendue dans un sens propre* Le sens métaphorique est celui que l'on donne aux termes qui ont une signification figurée* Celte proposition, par exemple , Jésus^ Christ est osn
EN Général. GgtH
ils à la droite de Dieu^ doit être entendue dans ua sens métaphorique. Elle ne dit pas que Dieu ait une main droite, mais le Saint-Esprit se sert de cette expression figurée, pour nous faire comprendre que Jésus-Christ, comme Uieu, est dans 1& ciel égal en puis^ sance à Dieu son Père; et que^ comme homme, il es( élevé, par la grandeur de sa gloire et de sa puissance , au-dessus de toutes les créatures , toute puis^ sance lui ayant été donnée dans le ciel et sur la terre.
Saint Augustin dit que, dans TEcriture sainte, une même proposition peut avoir plusieurs significations littérales. Par exemple, saint Jean Tévangéliste ( C. 19. "v. 36.\}applique à Jésus-Christ, ce qui étoit ordonne aux Juiïk, sur Tagueau pascal (^Exod. ta. v, 4^. ): "votis ne lui briserez aucun de ses os. Saint Matthieu ( a. i5. ) entend de ce divin Sauveur, ce qui est dit dans le prophète Osée (11. \.)y f ai/ait revenir mon Fils d Egypte. Il est nécessaire d'observer ici que^ lorsque le sens littéral , direct et immédiat du texte de TEcriture , regarde Jésus-Christ , tel quVst celui de ces paroles du prophète Isaïe ( 7. 34* ) * '^^i^i quune J^ierge concevra et enfantera un Fils ^ qui sera appelé Emmanuel^ c'^est-à^-dire ^ Dieu avec nous f il est dangereux de vouloir en détourner ce sens, pour l'appliquer à un autre»
Le sens mystique Oii spirituel est celui que ma/^quenfi non les paroles du texte, mais les choses signifiées par ces paroles t et c'est une chose particulière à la sainte Ecriture, de se servir non-seulement des paroles, mais encore des choses même, pour en signifier d^autrcs.
On distingue ordinairement trois sortes de sens mys« tiques , savoir: le sens allégorique, le sens moral , que les théologiens appellent encore tropologicus y et le sens anagogique.
Le sens est allégorique, lorsque les paroles du texte sacré, outre le sens littéral qu'elles ont, signi-
Xx a
6g2 Dt7 Décalogue
fieut encore immédiatement quelqu^aistre chose. Cest en ce sens qu'on entend , dans l'ancien Testament , tout ce qui y annonce les mystères de la nouTelle alliance ] tout ce qui y représente principalement Jésus-Christ et son Eglise. Ainsi, Ton trouve dans Isaac, portant sur ses épaules le bois sur lequel il devoit être immolé , la figure de Jésus-Christ portant sa croix 3ur le Calvaire.
Le sens du texte sacré est moral , lorsque les paroles ou les faits sont destinés à signifier quelque chose qui regarde les mœurs. C'est en ce sens que ces
Saroles du livre du Deutéronome : non alligahis os ovi triturant i^ sont appliquées | par saint Paul, au droit que ceux qui annoncent t Evangile ^ om àt "vivre de FEi^angile.
Enfin, le sens du texte de TEcriture est anagogiqne, lorsque ses paroles ou les faits qui y sont rapportés, élèvent Tâme aux pensées qui regardent le ciel, et à la vie éternelle. C^est en ce sens que saint Paul applique aux menaces que le Seigneur fait aux méchans qui endurcissent leurs cœurs , de les exclure du ciel , ces paroles du psalmiste: quibûs juravi ùi irdmed^si in^ troibunt in requiem meam{ Ps. Q^. ) , lesquelles menaçoient les Juifs incrédules et rebelles ^ de n'entrer jamais dans la terre promise.
Pour aider la mémoire des commençans , on a ex-
Frimé, par les deux vers suivans, tous les sens de Ecriture sainte , dcfht nous venons de donner Tex-plication.
Lit ter a gesta docet ,• quid creda9 , allegoria : Moralis , quid agas ^'quid speres , anagogia.
EN Gékéral* 6q3
RÈGLES pour la Lecture et l Etude de V Ecriture
sainte.
il ous ajouterons à tout ce qne nons avons dit sur la lecture et l'étude de TËcriture sainte ^ les règles fuU vantes, dont Timportance a été reconnue par les docteurs de TEglise , et que nous prendrons priucipale— ment dans \e^ ouvrages de saint Augustin.
Règle I. Que personne n'apporte à la lecture et à rétude des livres saints un espfit curieux, critique cl orgueilleux. On ne peut entreprendre ce travail que dans les dispositions d'un esprit humble, docile, soumis j qui counôit , qui aime, qui respecte la Re-' ligion et sa doctrine^ qui ne cherche que la vérité^ qui n^a d'autre objet que son salut, et celui des per-*sonnes qu'il est chargé d'instruire.
Règle IL On doit, autant qu'il est possible, chercher rintelligeoce de l'Ecriture sainte, dans rEcri— ture sainte même, en comparant les endroits que Ton n'entend pas, avec d'autres que Ion comprend^ le nouveau Testament avec Tancien ; ce qui est obscur avec ce qui est clair ^ les choses présentes avec les choses passées. C'est ce que nous enseigne saint Augustin (Z. 3. de Doctr. Christ. 26 ).
RÈGLE IIL Celui qui veut s'appliquer à Tétude de FEcriture sainte , d'une manière à énicndre ce qu'il y lit, doit examiner attentivement les choses qui y sont écrites, quels sont ceux qui les ont écrites , et en quelles circonstances ils ont parlé. Qioisissons sur-tout, ajoute saint Augustin (Z. a. de Gen. ad lit. c. 21. ), ce qu'il est certain qu'ont pensé les écrivains sacrés ] que si nous ne le pouvons découvrir, tenons-nous-cn à ce qui n^t point contraire aux circonstance^ dans les-
êgi Du DicALOGUE
quelles ils ont parlé ^ et qui s^accorde avec la foi ca-* taolique.
RÈGLE IV* On ne doh jamais abandonner le sens littéral, à moins qu'on n y soit forcé par quelque raison et cause qui y oblige évidemment. Nos saints livres seroient bientôt corrompus et falsifiés, s^ilétoit permis à chacun d'abandonner le sens littéral de l'Ecriture ^ pour s'en tenir au sens figuré et allégorique.
RÈGLE V. Dans toutes les allégories, dit saint Augustin ( in Ps. 8. ), on doit examiner avec attention, quelle est la conformité de Tendrott que Ton explique, avec celui dont on veut se servir pour le faire entendre.
RÈGLE Vh On tie peut sans impudence^ dît ce Père ( Epm gS. ) ^ explfqtter en faveur d'un sentiment qu'on soutient , nu passage manifestement allégorique, à moins d*eii avoir de clairs et de formels ^ qui favo«risent le sens qu^ou voudroit donner aux passages qui sont ob6Curs.
Règle VIL Dans les saintes Ecriiures , font ce qui ne peut se rapporter ^ ou aux vérités de la foi ou à la pureté des mœurs , est nécessairemem figure ( S. Aug.L. 3. de Doctr. Christ, c. lo. ).
Règle VIII. Tout ce qu'il y a dans les faits ou dans les maximes de VEcriture, venant de Dieu ou des Saints, qui paroit trop austère *et trop dur, sert i détruire le règne de la cupidité. Quatod cela est clair et évident, il né faut point le rapporter à autre chose, comme s'il n'^étoit dit que par :fi^ure ( #6iW. c. ii.).
Règle IX. À Tégard des actions et des paroles
3ue TEcriture nous rapporte de Dieu ou des hommes ont elle loue la sainteté, et que les jgnorans prennent pour des crimes, ce sont autant défigures qui cachent des raj'stères à développer , et qu'il faut tirer de des-
EN GÉNÉnAI.' 695
SOUS leurs écorces, pour eu nourrir ia charité. Pour peu qu'on ail de sagesse, oo ue croira jamais que celle qui parfuma les pieds de Jésus- Christ, le fit de la manière dont eu useul habituellemeut, dans leurs bau—
qnets détestables, ces hommes livrés à l'impureté, qui
qui souvent, dans l t> autres, seroit un crime, est la figure de quelque
nous font horreur. « Ainsi,. ce qui souvent, dans les
i> grand mystère, en Dieu ou dans un prophète. L-al-*
p liance que les méchans font avec une prostituée ,
» est bien difFt^renie de celle que fil 0<ée , et qu'on
» lit dans sa prophétie. Il faut donc (aire beaucoup
» d*attention à ce qui convient aux lieux ^ aux temps
» et aux personnes ( Ibid. ). »
RÈGLE X. Saint Augustin nous donne encore cette Th^le(.Ibid. c. iG. ). € Si une locution est un prc-- » cepte qui défend quelque crime, ou qui commande » quelque vertu, elle nest point figurée* Mais, s'il pa-* » roit qu'elle commande le mal et qu'elle défende » le bien, alors il y a de la figure. Par exemple, lors*^ » que saint Paul nous dit: si "votre ennemi a faim m » donnez'-lui à manger j s* il a soif^ donnez^lui a » boiref il est évident que cet apôtre veut que nous » fassions une bonne action. Mais à Tégard de ce qui » sfiit : car , si vous en usez ainsi ^ vous assemble-^ » rcz des charbons de feu sur sa têtej on ne doit 1» pas penser que saint Paul nous recommande une 9» action de hainef et de vengeance. Il y a donc là i> nne figure qui doit nous faire comprendre que ces » charbons ardens sont les gémissemens et les re— » grets enflammés de iâ pénitence, lesquels purifient » et guérissent Torgueil ae celui qui s'afflige d\ivoir » été Tennemi d^un homme dont il a reçu du soûlais gemeat dans ses besoins et dans ses misères. Pareil^ » ment, lorsque le Seigneur nous dit encore ailleurs : » celui qui aifne sa vie^ la perdra^ il ne iiaiut pas » croire quil nous dofende de conserver notre vie^
Xx 4
696 Du Décalogue
» mais ces paroles ^ qu'il perde sa^vie^ expriment une
» figfire, c'est-^à*dire , qu'il renonce à Tusage criminel
» et défpglé qu'il en fait maintenant , et qui le tient
» courbé vers les biens de la terre, eu lempêcliam
» d'aspirer à ceux de l'ëtemité. »
RÈGLE XL Celui qui croit .voir^ dans les lÎTres saints, quelque cbose d'iucrojable, ne peut, sans crime, accuser iVcrivain sacre d'erreur et de mensonge^ mais il doit n'attribuer son erreur qu^au dëfani de ses Inmières. « Les livres canoniques, dit saint Augustin » ( Ep. 82. ) , sont les seuls que je rëyère , jusqu^aa » point de croire que ceux qui en sont les auteurs » ne se sont mi^pris en rien. Ainsi , quand je trouve » quelque endroit de ces livres qui me paroît con- » traire à la vérité, je ne puis croire autre chose, if sinon , ou que l'exemplaire est fautif en cet endroit, » ou que le traducteur n^a pas bien pris le sens , ou 9 que je n'entends pas ce que je lis. On ne peut lire » aucun livre, ajoute-t-il, avec autant de défërence » que ceux des prophètes et des apôtres, qu'ion ue sau-
> roi t, sans crime, soupçonner de la moindre erreur, t
Règle XIL Ce saint docteur nous apprend encore (£/7. 95. ), quelle doiietre notre réserve à ne pas expliquer témérairement les endroits difficiles des divines Kcfitures. « N'y trouvons-nous pas , dit-il, beaucoup de
> choses où nous ne faisons que chercher ce qu^on ;^ doit croiie, sans pouvoir nous déterminer a un sen- 9 timent certain f Cependant il vaut bea^uconp mieux » se tenir dans cette réserve, et demeurer dans nos » dootes, quelque peine qu'ils nous fassent, que de » prononcer térnérairement sur les choses que nous ne » voyons pas assez cbirement. »
RÈGLE XIII. c Apprenez, dtt->il à'Maxime^ à vous t soumettre à ce que vous n^cnteudez pas encore dans
> les saintes Ecritures , et à ce que les iguorans y trou«
EN Général, 6gj
» vent d'absurde, et qui paroU se contredire^ sans vous V opiniâtrer à disputer contre, ni préfi^rer vos pensées » au sens de ces divins livres : mais cédant à leur au- » toritë, attendant avec patience que vous soyez capa- » ble d^entendre, et pratiquant en cela cette douceur ;> d'esprit que la crainte et la piété auront produite en 5> vous; plutôt que de vous révolter, par un efTel de » votre première fierté, contre ce que Tobscuritë de » l'Ecriiure vous cache. »
« Lorsque vous ne pouvez en pénétrer le sens , dit » ce grand saint à Yalenlin ( Ep. 21 4* )) que votre » foi supplée à ce qui manque à Tintelligenç^, et qu'elle » vous fasse croire sur Tautorité des saintes Ecritures. » Dieu a voulu , dit-il ( JEp. i^g, ), qu^il s'y trouvât » de& obscurités pour nous exercer. »
RÈGLE XfJ^. c Maïs sur- tout , dît- il ( Serm. Su de r çoncord. Matth. et Luc. ) , apprenez à ne vous point » troubler , à cause de ce que vous ne pourrez cornf' prendre dans TEcriture , et à ne vous point enfler » de ce que vous y aurez compris. Respectez ce que r> vous n'entendrez pas; et attendez avec soumission, » qu'il plaise k Dieu de vous le développer , en cm— » brassant avec amour ce qu'il lui aura plu de vous » faire entendre. »
RÈGLE XV* Il y a plusieurs faits dans l'Ecriture, qui sont rapportés par anticipation, avant d autres qui les ont précédés* Par exemple, saint Matthieu ( C. 26. ) observe que Jésus-Christ dit à s^t% apôires : Je vous dis que je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne ^ etc. après qoils eurent tous bu son sang quil "venait de leur donner : et saint iLuc ( C. aj. ) place les mêmes paroles avant qu'il leur eût donné son corps.
Règle XVI. Les livres saints nous parlent quelquefois des choses futures, ou qui ne sont encore qu'en espérance , comme si elles ctoient présentes ou déjà
-698 Du DÊCÀtOGUE
arrivées. C'est ce que nous devons remarquer dans cette, prophétie d'Isaie sur la uaîssanoe du Messie : Parvulus natus est nobis^ etjiluis datus est nobis. Saiat AagustÎQ Qous dit que ce a'est point sans raison que TEcritore s'ex^prioie atosi : non sine causa ^ dit-il ( Serm. 22. in Psnlin^ 6'j. v. 3. )| non sine causa , quœ futura stmt ^ tane/uatn transacta dicuntur : Dco enim sic oerta sunt^ ut Jam pro Jadis habeantur,
RÈGLE XVII. L'Ecriture parle sonvent d'une partie^ <s«tnnie dtt tout; Par exemple, dit saint Augustin ( È^. i49* ) « dacis le coaMneneement de TEpUre de » aainr l^irfauK Gorifitfaiem (CL i v. 4- ^•}7 ^^^ apôtre » las 'lova imw , coimiie s'ils «ussent tons niërîté d'être » kmét, qixMqfi'il n^^es eut que qneiqties— uns qui
> le méritassent; et peti après ( c^. 1 1. ) il les bfime » loui^ cpnmie s'iU eusse9t tPU^ été coupables, quoiqu'il » JQ y eu eut quQ quelques-uns qui Le fftssent.Quand ou a
> pris gi^rde a celte vw^kvt de parler àç& Ecritures^qnise » trouva répandue dgns tous les livres sacrés, on accorde a san5 p.eiae bien de$ choses qui paroissent se con-^ » tredîr^. j» Aio^i ie mot tous^ lorsque l'Ecriture parle d'un peuple^ p^r eKciapte^Du à tout un peuple^ ne siguifie ps^s toii)Pvir$ qu'elle parle de tous ou à tous sans exception : souvent le discours s'adresse à tous^ q'ioiquM ne regarde que quelques-uns. C'est ainsi qu'elle an we aouveM, remarqne la Riême saîot docteur ( Ep. %%^ ), qx»0nd U s^t^it de rtprmidrt*
il faat eepandant oëservar, que eetta règle souffre eseefMitNi, et^ne qualqaefoîs ee met lovi doit s'entMdre de to^s«n jg^énéral, et de dia£<iu de t^wx dont part? if te«i0 «aéré* Per esaaiple , l^n-squ^îJ est dit que «eai^ fnem^m en Ââam^ ca mot tous si^ifia tous les beeprafiii en^én^ad et clkaeuci en paKîeirfier^ à l'ex— ceptioA loumpi» 4^ la bienheureuse 4t immaculée Plerge ifarie^ mère lie Dieu ^ que le coqcile de Trente ha point eu intention de comprendre dan5 son décret^
EN GÉNÉKAL. 699
sur le péché originel. Pareillement , lorsqu^il est dit dans rEcriture, que Diewveut sauver tous les hommes f que Jésus-- Christ est mort pour tous f ce mot tous signifie tous les hommes en général , et chacun d^eux eu particulier.
Pour connoître en quels cas celle exception à la règle doit avoir lieu, il faut voir de quoi,et en quelles circonstances parlerEcriture. Par exemple, lorsque sainiPaulre-*commande de faire des supplications , des prières , des demandes, des actions de grâces pour tous les hommes^ ce mot tous signifie qu^on n^en doit excepter aucun : car saint Paul, pour prouver que de prier ainsi ^ est une chose louable^ et qui plaît à Dieu notre Sauveur^ en donne pour raison , que Dieu ojeut que tous les hommes soient sauvés. De même , lorsqu^il est dit que Jésus- Christ est mort pour tous , ce mol tous doit s'entendre de tous les hommes en général et de chacun en particulier^ puisque Jésus-Christ est mort pour tous ceux qui sont morts en Adam; et que tous les hommes, à l'exception de la seule bienheureuse Vierge Marie , sont morts en Adam.
RÈGLE XFIIL II est important de faire une grande attention à la maniàre dont on doit dîstîoguer et prononcer chaque proposition de l'Ëcriture , eu égard i la ponctuation , dont le changemeat peut es apparier un considérable au sens du texte sacré. QeaÊL par ce moyeu que les hérétiques se sont sosveBC servis de TEcriture même, pour soutenir leurs erreurs. Par cx^nple, les Ariens, en expliquant oes pavoles de l'Evangile selon saint Jean : Inprimdpio entt J^erbum^ et Ver-^ bum erat apud Deum^ et Deus erstf ajoutent ici un point 1, pour réduire la jprofmsuJQia auivame à oes mots seulement ; P^erbumJéac etmt inffrincipio apud Deum. « On fait assez voir daos «oalte poAdualîon, remarque » saint Augustin , qu^*on jic MM fokki confesser la » divinité du Verbe. ^
^00 Dtj Décalocue
Règle XIX. Pour avoir une parfaite iutelligence des dîviues Ecritures, il est encore nécessaire de faire nne grande altention aux hébraisœes, que Ton trooTe fiOMvenl dans les livres des auteurs canoniqnes qui ont rcril en hébreu. Par exemple, lorsqu^il est parlé dans I Evangile, des frères de Jesus-Ghrist, il est important d observer que ce mot Frères ne marque que les parens de Jësus^Christ.
Règle XX. i Lorsque les roots propres font un sens » obscur dans TEcriture, dit saint Augustin ( Z^. Z.àt 9 Doct. Christ. C. 2. ) , il faut d'abord examiner si » cela ne vient point de les avoir mal ponctués ou mal » prononce's. Ainsi, quand après s jr appliqué, ou de- » meure toujours dans Tincertitude de la manière dout » les termes doivent être prononces ou distingués , » alors il faut consulter les règles de la foi, que nous y tenons par des endroits de lEcriture plus clairs et » phis aisrs à entendre, et pac l'autorité de TEglise. » Ici le saint docteur dounie pour exemple d'une distinction hérétique, celle dont nous venons de parler, et que faisoient les Ariens pour changer le sens de ces
Îia rôles : Ferbum erai apud Deum , et Deus erat Ver^ mm: hoc erat in principio apud Deum. Une telle hérésie, dit-^il, se doit réfuter par la règle de la foi, qui nous marque légalité des trois Personnes de la Trinité saiute. Ainsi,- il faut direre/ le Ferhe étoit Dieu^ ajoutant ensuite ://e^oiï au commencement avec Dieti. Que si deux ou plusieurs endroits, même selon les règles dé la far, nous paroissent renfermer de Tobscurité, ajoute .c& saint docteur^ il faut examiner les choses qui stiivent et qui précèdent lambiguiié du texte même, qui se trouve au milieu de ces choses plus faciles à comprendre, et en coinparer les rapports: afin de découvrir celui de tous les sens qui se présentent, arec lequel ces termes parois^dnt avpir plus de liaison. € Mais quand il arrive, poursuit ce Père, qne Pam*
EN GëNÉRÀL. ^Ot
» biguité ne peut 3'éclaircirf ni par les règles de la
> foi, ni par la suite du texte ^ rieu n'empêche dédis- » tinguer selon Tune ou Tautre des opinions qui nous » paroissent être bonnes. >
Observons cependant que cette liberté donnée au lecteur qui trouve ces ambiguités^ de les développer coQune il le trouve à propos, doit s'entendre, selon Texplication qu'en donne saint Augustin ( Ep. 149* )• » Toutes les différentes vues, dit-il, qui viennent à
> chacun sur TEcriture, où Dieu a voulu qu'il se trou-
> vàt dés obscurités pour nous exercer, sont utiles, » pourvu qu'elles s'accordent avec les principes de la » foi et de la saine doctrine.
Règle XXL Quoique ceux qui s'appliquent à bien entendre l'Ecriture, soient partagés sur les sens qu'ils lui donnent, la charité et l'amour de la vérité doit les unir. Ainsi, lorsque leurs différentes vues n^ont rien de contraire à la vérité, s'ils ne cherchent que la vérité même, et non à contenter leur vauité^iU doivent éviter toute contestation^ et avec d'autant plus de fondement , qu'il peut se faire que les auteurs canoniques aient eu eux-mêmes ces diffërens sens dans l'esprit^ et que Dieu ait conduit leur plume de telle sorte que les paroles sacrées qu'ils ont écrites, exprimassent toutes les dif-^ férentes vérités que chacun y voit ^ et que ces auteurs aient vu par les lumières de l'Esprit saint, tout ce que Ton pourroit trouver de vrai dans leurs paroles. Mais , quand ces auteurs n'auroient pas vu toutes les vérités auxquelles leurs paroles peuvent conduire, il est certain que TEsprit de Dieu les a vues. Tout ce
Îue nous devons donc demander à Dieu avec saint .ugustin, sur fintelligence de l'Ecriture, c'est d'être assez heureux pour rencontrer les pensées de ceux qui lui ont servi d'interprètes : car, c'est à quoi Je dois tendre, disoit au Seigneur ce grand sairit : ou si, ajoutoit- il dans sa prière , je ne rencontre pas la pensée
703 Du Décalogue
de IVcrivaiu sacré ^ faites au moins ^ 6 mon Dieu , cpie je ne dise que ce qu'il aura plu à votre vérité de me dire par les paroles de ce saint auteur, qui ne nous a die lui-même que ce qu^il vous a plu de lui dire. Cetter^le nous est donnée par saint Augustin ( £• 12. Confess.C 3o. 3i. 32. )•
RÈGLE XXII. Tout ce que l'Ecriture nous dit et tout ce qu^elie nous rapporte , dit ce Père ( «Serm* 89. de concord. Matth. et Luc. ), se doit prendre , ou selon la signification littérale des termes^ sans y cherdier aucune sorte de âgure j ou dans un sens figuratif, oa de Tune et de Tautre manière : car il j a des choses où il faut regarder, et ce qu'elles sont en ellesHnèmes, et ce qu'elles représentent. Voici des exemples :
Il est dit) que Notre-'Seigneur Jésus-Christ a souffert, qu'il est ressuscité, qu'il est monté au ciel, que nous ressusciterons à la fin du monde, et que nous ruerons éternellement avec fui, si nous obsei^ons ce quil commande. Tout cela doit se prendre à la lettre, sans y chercher de figure. II en est de même de diverses actions qui sont rapportées dans l'Ecriture. « Il est » dit, que saint Paul alla à Jérusalem pour y voirsaiot » Pierre. Gela s'est fait , comme il est écrit j c'est une » action que saint Paul nous apprend lui-même, qui » ne regarde que lui, et où il ne &ut rien chercher » que le fait même.
€ Mais voici une chose dite en figure : la pierre qut » ceux qui bâtissaient ont rejetée, est de^^enue la » tête de Vangle. Si nous prenons à la lettre, la 0Ois » de pierre et d^angle , quelle pierre est-ce que ceux » nui bâtissoient ont rejetée f et de quel angle esi-eii^ » devenue la tête P C'est donc une façon de parler » figurée, sous laquelle nous trouverons que Jésus-
> Qirist est cette pierre angulaire ; que Tangle dont » il est devenu la tête^ est TEglise \ que c'est avec raison
> qu^elle est regardée comme un angle y puhtptlk
EN GéNÉRÀt. ^03
» réunît les Juifs et 1^ Gentils, qui sont comme deux
1 murs venant de deux différens côtes, que Jésus—
» Christ a réunis en elle, par le lien de la paiœ^ qui
» est TefTet de la grâce : car, comme dit Paul, c'est
T> lui^ qui est notre paiac , et qui de deux peuples
> rien a fait qiCun.
« Il y a dans TEcrilure un grand nombre d^exemples
» d'actions figuratives. Nous lisons dans le livre de la
» Genèsf que, Jacob s'étant endormi, la lête appuyée
» sur une pierre, nn songe mystérieux lui fit voir une
» échelle, qui alloit de la terre jusqu'au ciel^etDieu
T> appuyé sur le haut de cette échelle, par laquelle
» des anges mootoient et descendoient. A son réveil,
» il oignit la pierre sur laquelle il avoit. eu la tête ap^
» puyée pendant ce songe, dont il comprit fort bien
» la signification : et ce fut pour nous marquer qu'il
» Tavoit comprise, qu'il oignit cette pierre, désignant
» Jésus- Christ par cette onction : car le nom de Christ
» est dérivé de Vonction»
Enfin » nous trouvons dans les divines Ecritures ,
» non— seulement des choses qui doivent s^y prendre
» selon la signification littérale; des faits qui n'y sont
» point figuratifs,des manières de parler figuratives, des
» actions purement figuratives ^ mais encore des faits |
» qui, devant être regardés par rapporta ce qu'ils sont
» en eux-mêmes , sont aussi des figures de quelqu'autre
» chose.
9 11 est dit qu^Âbraham avoit deux fils: l'un, né
» d'un esclave , et l'autre , né d'une femme libre. C'est
> un fait historique , qui se doit prendre comme il est » rapporté : mais c'est en même temps une figure ^ » et l'apôtre saint Paul nous la découvre , lorsqu'il nous » dit que ces deux fils d'Abraham représentent les deux » alliances.
> Quant à ce qui n'est dit qu^en figure de quelque chose^
s c'est une espèce de fiction. Mais comme cette fiction
» représente quelque chose de réel , et quç ce que l'on
^o4 Du DéCALOGUB
fâÎDl pour Ja figure du vrai ^ a sa vérité ^ ces aortes de fictions ne sauroieni être traitées de faussetés et de mensonges } parce que ce sont des fictions qui ne trompent personne^ et qui signifient quelque chose. Celui qui sèttie ysortit pour semer ^ dit Jésus— Christ: lorsqu il semoit , une partie du grain tomba sur le bora du chemin ; une autre , dans des endroits pierreux f une autre ^ dans des épines ; une autre ^ dans la bonne terre ^ etc. On voit hien que c*est-là une fiction , mais une fiction figurée } fiction qui ne jette personne dans Terreur , et ne tend qu^à porter Tesprit à ce qu^elle signifie.
» u*est dans ce même esprit que Jésus-» Chrbt va chercher du fruit sur un arbre où il sa voit bien qu il n'y en avoit point. Cette action est une figure^ qui ne tend point à nous tromper j et bien qu'en Texaminant , elle jette dans Terreur , elle nous découvre une vérité lorsqu'elle est bien entendue.
Règle XXIII. Elle est encore extraite du sermon 71. de saint Augustin sur saint Matthieu. « C^est Tor- » dinaire de TEcriture , dit-il, de parler d^une manière qui ne paroit ni générale, ni particulière \ et H n'est pas toujours nécessaire d^en prendre les propositions dans un sens universel \ on peut souvent ne les entendre que de certains cas particuliers. » Pour faire entendre cette règle par des exemples, ce saint docteur explique ici ce que dit Jésus— Christ : quf le blasphème contre le Saint-^Esprit ne sera point pardonné aux hommes , ni en ce siècle , ni en Foutre. < Jésus-Christ , dit ce Père, n'a voulu que nous » exercer par Tobscarité de ces paroles^ et non pas nous » jeter dans Terreur, par une fausse décision. Il ce » s'ensuit donc pas de ce qu'il a dit, que tout blas- » phème, ou toute parole contre le Saint-Esprit , soit » irrémissible; mais seulement , qu*il y a un certain > blasphème , ou une certaine parole contre le Saint- Esprit.
ktf Générai^ ^ù5
Esprit) dotil on n^obiieudra que très-dilHcilement la rémbsiou.
i Pour voir encore plus clairement la vérilé de là règle que je viens d'établir, poursiiil ce saint docteur^ prenez garde i ces paroles de Jésus-Christ au sujet des JuiE»! sije rCétois point venu , tt que je ne leuf eusse point parlé ^ ils ser oient sans péché. » Jésus-Christ Veut-il dire que ^ s'il n'étoit poiot venu parmi lesJuifs) et qu'il ne leur eût point parlé^ ils auroiem été sans aucun péché f Non sans doute ^ puisqu^il le3 a trouvés chargés de péchés j et (juil n^est pas venu appeler tes justes , mais les pécheur s • » Celle proposition de Jésus-Ghrisi étant donc une proposfiion indéfinie) qui u est ni universelle^ ni particulière , rien ne nous oblige de Ten tendre de tout péchéé Mais il faut pourtant lenteudre de quelque péché que les Juifk n'^auroient point commis , si Jésus-* Christ n'étoii pas venu ^ et qu'il ne leur eût pas parlé : autrement Jésus- Christ n'auroit pas dit vrai ^ ce que Dieu nous garde de penser. U n^a donc pas dit en générai , st je nélois point ^venu^ et qUeje ne leur eusse point parlé ^ Us auroient été sans aucun pé-* ché ! et il ne l^a pu dire, parce que la vérité ne peut mentiré II n^a pas dit non plus, que sHl n^étoit point venu , et qu'il ne leur eût point parlé ^ ils n'auroierit pas eu un certain péché. l\ n^â pas voulu parler défmiment , parce qu'il vouloit que ceux que la piété applique à Teiude des saintes lettres^ eussent de quoi s'exercer* Car ^ comme il y a dans l'Ecritul-e , des choses claires pour nourrir nos âmes , Dieu a voulu qo^îl y en eût aussi d^obscures^ pour nous éxerter^ comme les unes sont pour apaiser la Faim , les autres sont pour réveiller Tappétii^ et pour nous piéserver du dégoût* '
» II n'y a donc nutsujetdenoustroublèr, lorsque noua )» reconnoisspns que les Juifs n^auro.ient pas laissé d'être » des pécheurs^ quand Jésus-Christ ne seroit point venu. Tome ni Y y •
7o6 Dtj DécÀLOGUB
» Mais, puisqull dit autôi que sHl rCétoit point "venu^
» et aiiU ne leur eût point parlé ^ ils seroient sans
^ péché ^ il faut que ravénemeot du Sauireur leur ait
» été une occasion ^ non de tous les péchés dont ib
» étoieu t cou pables , mais d'un certain péché qu'ils n'au-
» roient poinrt eu ^ s'il n^étoit pas venu* Et quel est ce
» péché , sinoû de n'avoir pas cru eti lui, quoiqu^il fôt
> parmi eux, et qu'il leur parlai^ d^avoir conçu de la » haine contre tui| parce qu^il leur disoit la vérité; et » de Tayoir hai, jusqu'à le faire mourir ? Voilà ce grand » et horrible péché , qu'ils n auroient point eu, s'il n é- » toit pas venu , et qu'il ne leur eût point parlé.
» Voici encore, ajoute ce saint évêque dans le même » sermon , voici encore un exemple qui donnera du ^ jour à ce que nous tâchons d^éclaircir. L'apôtre saint » Jacques nous dit qiie Dieu ne tente personne. Ce- 9 pendant il est dit ailleurs : le Seigneur "votre Dieu » vous tente ; et dans TEvàngile ( Joan. 6. 6»^^ que » Notre- Seigneur ût une certaine question à un de ses » disciples , pour le tenter. Gomment nous tireron»- » nous de laP Ce ne sera pas en disant que Jésus- » Çhrisl n'est pas Dieu , ou qu'il y ait rien de &ux » daiis TÉvangile : ce sera en u^entendant la propo- » sition de saint Jacques que d^une certaine sorte de » tentation. En effet , Dieu ne tente personne de cette » sorte de tentatioti qui iuduit au péché. Mais it j a » une autre sprte de tentation , qui ne va qu^à éprouver p , hotre foi : et Dieu daigne quelquefois nous tenter » de célIe-Ià.
f C'est tirisi, qu^encore qu'il soit écrit que celui » qui croira et qui sera baptisé y sera sauvé ^ nous » ^entendons cei^e parole de Jésns-Christ, ni de ceux
> qui ne croient que -comme les démous, dont la (bt
> ne sert qu'à les faire trembler ^ ni de ceux qui re^ » çoivent le Baptême comme le reçut Simon le ma^i* » çien, qui, pour avoir été baptisé, n*a pourtant pu » être saavë j mais seulement de ceux qui croient de
EN G|:n£ral« Jqj
» ceue foi'Hm saipt Paul dit auimée de la charue^ > et qui agit pdirlamQUTiquœperçharitatem operaUir^i^ Eofm poui: co^iûrmer ^ par uu doroier exemple ^. ce que saint iVuguslin a dit sur cette règle , ce: «aiiii dact^MF deminde : € comment eotendraiis-nous oette » parole de J^3iis--Cbrist : celui qui mangf ma chair » et boit mon , sang ^ .demeure en moi^ et j^ demeura » en luis L'enieadroôs-ïioijs , rfi[M>ad ee Père , de ceux t même doot lapôire dit ^ qiiVtf maoïgf'aot b cbaii^ 9 et buvant. le saug de Jôsus-Cbris^t, ils boivent et » mangent leur condamnation f Leutendrons-nousi de » Jiidaaméiooe^ ce traître , crt impie^ qui^ après avoir » veadci son Maître^ mangça avec les ^tres apcrtres^ » le Sacrement du corps et du sang de Je5nsr.CbrB<t , » qui venoit d^êire, consacré pour la première fois par ïe% mains de ce divin Sauveur f Dirons- nous que Judas demeura. eu Jésus* Chria , h Jésus-rCbri^y.i /eiiJudasf Ën6u , Tenteudroos-nous de. ceux qui mangeôi celte cbair et boivent ce sang avec un cœur byppcriie.; ou quf^aprèsy a.votr participé, tombent .daiap Tapo^tasieF et dirous*-nous qu'ils. demeurent en Jèiufr-rCbrist, et que Jésus-Christ demeure en eux P II y a néanmoins une ceriaînc manière de manger la chair et de boire le sang de Jésus-CIirisl ^ qui fait que Jésus— Cferisl demeure en nous ; et cVsi celle que ce divin Sauvçu^r avoit en vue^ qtiand il a dit ces paroles : cehui qui mange ma chair , etc.
Règle XXI J^. Nous la trouvons dans le décret dû concile de Trente, sûr les Ecritures canoniques et Tusagé des livres sacrés ( Sess. 4- )• P^^^^r arréier 'et conlênir 1('S esprits inquiets et entreprenans , le saint' concile d'Tend, dans les choses de la foi ou de la nriofalé même* et dan3 tout çç qui inlére<?se h con^^ervaiion de la doctrine chrf.tîçn^ié , d'Mre ass'^z hardi pour déloûrher le $ens yeViiablé de l'Écriture sainte , afin de l'expliquer ^elon notre S€intiment particulier et selon nos idées ^
jod " Du DicALoCifi:
•t de lui donner des interprëiations, ou contraire i celles que liû donne et que lui a donnte la sdinti mère Eglise , à qui il appartient de juger do véritablfl HSÏ3 et cfe la yërkable interprëtation des saintes Ecrhores, ou opposées au sentiment naanime des Pères : ei ce concile le défend dans le cas même on ces interprélations devroient être lonîours secrètes.
Après eela, le saint concile désirant encore rëprioer Faudace de ceux qui emploient et tournent k toutes sortes d'usages profanes, les paroles et les sentencei de l'Ecriture sainte , les faisant servir ans rsilleria , sut applications vaines et fabuleuses , aux flatteries , aux mtdisances , et même aux superstitions impies ei di^KH liqu^) aux divinations, sortilèges, libelles difiâmaioires; ordonne et commande, pour abolir ces îrrévérenccf et ce mépris des parolessaintes, que les évêques punissent ces sortes de personnes par les peines de droit, cl antres arbitraires , comme profanateurs et ccmtemptewrs dé la parole de Dieu ^ afin qu'à lavenir personne ne soil assez bardi pour eu abuser de cette maniée, oo de quelqu^autre que ce puisse être.
D^S Interprètes de F Ecriture sainte.
Ceux qui croient que toute l'étude de FEcrsture sainte ne consiste qu'à feuilleter les ouvrage» des interprcici, comme si on ne pouvoît rien eatendre sans \^
secours
ce qu ^
posent à s arrêter fréq^
et à sVgarer dans des questions loul-à-fait éloigue*»
du texte et de l'esprit des livres saints.
On doit donc être attentif i ne pas recommander, au commencement de cette étude, les commentaire» et principalement ceux qui, par leur longueur, jetieroi«it «n jeune étudiant dans une espèce de désespoir de
EN Gén£ràl. 709
janaais entendre les divines Ecritures. II faut, au con«» traire, avertir les commençans qu'il y a beaucoup d^en^ droits dans les livres saints, dont le sens se découvre de lui-même, ouand on se familiarise avec eux par une lecture assidue; et qu'il n'est pas à propos de se fatiguer d^abord par un travail au-dessus ne ses forces ^ à cause de quelques endroits difficiles , qui sont en plus petit nombre, et qui d^ailleurs.sout aussi moins nécessaires. II est k propos de leur dire qu'ils doivent faire une grande a tiention à ces paroles de saint Augustin^ 4|ue Dous^ avons déjà rapportées. // est du devoir de €eluiqui veut pénétrer bien aidant dans tinteUigence des- Écritures^ de commencer par Its lire en entier^ pour les connottre du moins par cette lecture^ sHl j§e peut encore les comprendre. Une lecture assidue itervir^ de commentaire^ parce que, comme nous venons ^de. Tobserver ^ le sens littéral se montre de lui-même dans la plupart des endroits, â celui qui lit et relit souvent les saintes Ecritures. On pourra cependant laisser ^ pour quelque temps , les enoroits difficiles qui se présentent, jusqu'à ce qu'on puisse les édaircir^ ou par une lecture réitérée ^ ou en consultant les in-» terprètes.
Cette première lecture même suffira pour persuader Tesprit , et pour remplir le cœur des préceptes qui règlent les mœurs; et qui, à cause de leur grande nécessité , ont été exprimés en termes si clairs, qu'on n'a pas besoin d*interprète pour les entendre.
Ajoutez à cela, ainsi que nous Tavons déjà dit , que si Ton. s'accouttmie à ne lire presque jamais l'Ecriture qu^avec le secours d'un interprète, on écoute bien moins TElcriture que Tinterprete qu'on consulte: ce qui fait, le plus souvent , qu'on ne goûte point asses h douceur ineffable de la parole de Dieu , et qii'oa se remplit beaucoup plus du sens de son interprète ^ que de celui de TEcriture. Mais , comme il v a des endroits du teste sacrée ifent la difficulté demande
d'avoir reèduki aux Gomraeataires, il ësl important, pour un cominençaiit sur-^tout < de savoir qoeb sont ceux qb'il doit préférer^
il ne Êint f)as croire que tous koicnl nécessaires pour acquérir rintelligence de TEcritore : oh la sait suffisammeni d^eboid ^ et pour non iusiruclioo^ et pour celle dés aotrea ^ avec les notes abrégées de quelques coinaoeotateurs. Celles de Ménochius noos paroissenigénérhlemeut ' esU mées*
Si lei tomasénçans yeuleut en lire d'aotrcs, ib doivîBnt obser^ev que, pour n être pas trompes daw le cbblx des interprètes auxquels ils voudront tyoir reoOcrB^ il esi im ponant de ne point s'y déterminer sans avoir auparavant consulté des personnes verséo dans la counoissauce et Tinteiligence des livres saiotSi Mais qu*ils se souviennent sur-tout de n^écoater, sur ce choix , que de» docteurs catholiques j afin de ne ja^ «katt prendre pour maîtres^ en inatièi^ aossi iibpor*tanWt) que ceux qui admettent la sainte Ecritulv sdsn le.aetik quie tient ei a toujours tenu la sainte mère Ë^ise^ et trui né l'entendent ni ne Imiêrprètcnt ja- «lais étiirraient qœ suivant le cobsentemeut unanin^ des saints Pères*
Dit Caîéchiske et des Imtructiom ifu'un Pasteur doit à Sun peuple sur ia Loi de Dieu.
dNous aurions Ken d'être étonnés de rigiioràoce ou nous vèyons la ^plupart des fidèles de ûos jours sur là RdJIgion , nonobsiam les itfstrôctions fréquentes el presque continuelles' qo^ils viennent «ssidmnent eotendre dans Tevrrs paroisses et dans nos églises )Sn n'e'loît pas étideiit que cette ignôranoe p'i^vient, « pins souvent^ des défauts même de ces hiktl^tfctiooi* Et en ëlTet ^ si nous voulons exabxiner en premt^ lieU) de quelle manière 4^ instruit ^rdinairem^' '^
EN Générai:!. j^h
eD&DS) nous ne seroni plus surpris qu'ils n'en pro— fiieni pas. Commept se âitordinairenieiu le catéchisœeP On n'y apprend aux enfans que quelques véritës spër culatives^ en se coniemant de leur dontier des term^ dont ils se chargent, la mëmpire) sans s'attacher à leur en faire comprendre le sens autant qu'ils eu sont alors capables : si on leur explique quelquefois ce qu'on leur fait apprendre ) ces explications ne sont pas toujours assez aigérées et assez exactes^ el|es ne sont pas toujours faites d'unci manière cUiVe, intelligible^ et propre à leur inspirer le goût des vérités qu'on leur enseigne. Qu'arriver t- il de làf Les enfans, on craignent d entendre des instructions qui ne servent qu^à les fajliguer^ n'ayant rien que de rebutant pour eux , par leur sécheresse et leur dureté; ou, s'ils s'appliquent a apprendre par cœur ce qu'on legr enseigne, ils cherchent bienlôt après à l'oublier, parce qu'ils ne l'ont jamais entendu ni goûté; et voila la .cau&e trop ordin0ire de leur répugnance, souvent sans remède, pour tout ce qu'ils doivent croire et pratiquer des vérités de la Religion; s'idveuglant même .presque toujours, quand ils sont parvenus à uu. âge plqs avancé, jusqu'au point de justifier leur ignorance , el d'en donner pour ex*cuse la faute de ceux qui les ont instruits ou dû instruire, dans les premières années de lenr vie.
Catéchismes qui seroient faits avec plus d'attention et de soin , si ceux qui sont chargés de cette fonciioii en sentoient bien toute l'importance. Mais on la néglige le plus souvent, on eu a même de l'éloigné— ment, à cause du peu d'éclat qui laccompagne, et du mépris qu'en foqt U plupart des gens du monde ; on sVn dispense le plus qu'on peut, parce que l'on croit que, s'acquitter d'un pareil emploi, c'est perdre sop temps, c'est s'ab;»isser, c'est s'avilir.
Cependant l'instruction des enfans a toujours été regardée comme un des principaux devoirs du ppsteur; et , sous quelque face qu'on la considère , on la trou«
Yy 4
^121 Du DécaloIq^b
;vera de la dernière importance. Ily va du talat^DOoseiilement de la jeunesse , mais de toute une paroisse: car comment y connoitra-t-on les vérités delà foi, 'comment y observera^ t*on les oMnmandeœens de DieOf si le pasteur n^est pas attentif i enseigner ce qu'9 faut faire pour éire sauve , aux en&ns en qui Tige encore tendre fait trouver ordinairement plus de do« çilitéf Instruction dèsenfans d'autant plus nécessaire, que, lorsqu'elle est faite avec toute Teiactitude quelle exige ^ elle ne peut que contribuer insensiblement et dune manière solide, au bon ordre et à rédificatioB d'une paroisse. La jeunesse élevée dans la Religion, ^ès les premiers temps de sa vie , y est moins libertine, moins débordée^ si quelques-uns, emportés par le crime et les passions, perdent bientôt de vue les sages Inçous qu'ils ont reçues, ils ne font pas le plus grand nombre ; Ton voit même souvent que les principes de Religion qu'ils ont sucés presque avec le lait, les rappellent de leurs égaremens et les gagnent enfin à Dieu, en réveillant en eux les premiers seniimeni qu'on avoit tâché de leur inspirer pour la verto.
Catéchisme qui ayant formé à la piété les pères et les mères , lorsqu'ils étoient jeunes , leur fait seutir la nécessité d'être eux-mêmes les premiers catéchistes de leurs enfans, et l'obligation de leur inspirer avec k iait, et avant que ces jeunes élèves viennect dans nos temples, la saine doctrine que r£glise leur a donnée pour eux. Car il est à craindre que les enfeus ne perdent bientôt et trop aisément tout ce qu'ib oot appris dans les catéchismes qui se font à féglise^si les pères et mères n'ont soin , de leur côié , de le leur faire répéter tous le» jours , dans la maison , et de le leur faire comprendre. Or, comment pourronl^ibs'ac* quitter de ce devoir , s'ils ne sont pas instruits eux* mêmes; si leurs curés ont négligé de veillera Itur faire connoitre les principes de la Religion , tandis qu'iU éloient jeunes.
SK Géhéaai, 7i3
Celte obligation des pères et mèret de répéter tous Jes Jours ^ daos la maison , le catéchisme à leurs en<^ fanS) et de ^e leur faire comprendre ^ prouve qu*il u^y â point de père ni de mère de famille^ qui ne doive souvent repasser le catéchisme , et le relire avec attention* Les principes de la Religion chrétienne^ qui y sont contenus, ont cela de fi;raQd , que plus ou les relit y plus on v découvre de vérités. Il j a mêm/9 beaucoup des choses qu^on dit aux ejjfans, qu^ils n'en- .tendent que dans un Age plus avancé*} de sorte qu'il y a,dans le catéchisme, à apprendre pour tout le monde. Et quand les pères et mères de famille ne répéteroient celte lecture que pour se rendre capables d^en ins-* truire leurs enfans et leurs domestiques , c'est une as-*, sez forte raison pour les y obliger. »
Il est important que les curés rappellent souvent cette observation à leurs paroissiens, et les confesseurs aux pénitens. Un^est que trop vrai que la plupart des hommes ne savent pas assez le catéchisme ; et ce qu il y a de pis, c'est qu'étaTit arrivés à un certain âge, sans ravoir bien su , ils négligent, et même ils ont honte de le rapprendre.
Ne cherchons point la source ordinaire d^un si grand mal, ailleurs que dans le défaut des instructions qu^ils out reçues étant enfans» On pourrpit y remédier cependant , si Ton vouloit instruire avec plus d attentioa ceux qu^il faut préparer à la première communion* Il est encore temps alors , en leur rappelant les premiers élémens dé la doctrine chrétienne, de les mettre en état de profiter des instructions plus solides que de* mande cette communion , et de celles qu^ils entendront durant le cours de leur vie.
Mais la même négligence • disons plus, la même irréligion qui les a laissés dans Tignorance , lorsqu'ilséioîentdans un itf^e encore tendre, les abandonne sans remords , lorsqu'il s'agit de les instruire dans un âge plus avancé» Nous disons, la même irréligion^ et nouf
fl^ Du DéCALOdUB
ne disotu rf^ti de trop : t:ar si samt Pan! dit que ceajc qui ne procurent pas Cinsîruction à leurs serviteurs ^ iront pires que dès infidèles j que doit^^oq penser des pères et mères qui ne la procurent pas même à leun en&ns^et qui sont certainement compris dans cette expression de l'apôtre, si quis suàrum curam non fuAetf *que doit-on dire, à plus forte raison , des ministres de Jésos-Chtist qui la refusent à ees enfans f
On noms répondra peut-être que ces termes ^ qui la ■refusent^ sotjt ontres^tn^is, si Ton veut bien &ireatienlipn à la manière dont se font souvent les caté- -ehismes destines à préparer les enCius k la première communion , on sera obligé de convenir que ceox qui Yont chargés de les (ûte^ ne doivent pas ^^oflfenaer , si on les accuse de refuser alors Tiustr action aux eofaos.
Et en effet, il suffit dWister aur catéchismes qui se font alors, pour voir qu'il n'arrive que trop sooveat qtï^on y suit la même méthode que dans ceux qu^int entendu ces enlàns , dans leurs premières années , et dont nous venons de parler. On se contente de leur faire apprendre par cœur les vérités que Ton veut qu'ils sachc^nt, de Jes leur faire répéter, et Ton s^ea tient là, en se flattant d'avoir, à cet égard, rempli son devoir. Ce nVst pas là ce que saint Augustin nous enncfigne sur la méthode qo ou doit observer po«ir faire diffnement le catéchisme. Il faut, dit ce saint docteur, 7 faire condoitre les vérités que Ton doit apprendre à ceux que Ton veut instruire; les leur expliquer, en tirer les conclusions nécessaires pour le^i mettre en état d'en profiter: intimare^ explicare^ exkortarL Avant que ce leur faire réciter le catéchisme, on doit toujours faire précéder un discours familier, plein de piété et d'onction, court, affectueux, insinuant, qui leur donne Tidée des vérités dont on va leur demander compte. C'est sur-tout dans le catéchisme des enfans pour la première communion , que fon doit s^attacher
ji répandre des traits vUs et perçaus , pour inspirer a
cèâ jeiitié» ëlètei Tamaur dfe là vertu cl rfcorrciit dà vice^ à leur meure devant les yeux les peines de là vie fuiurif, et les saiies affreuses du pécm mortel^ & les consoler par la vue des récom^efase^ ëterDeltès; i les alteiidrir, en oe cessant de leut* inspirer ramôul: de Dieu et de Jésus-Christ. Ils sont alors phis capable* de sentimens, que dans un âge pltis tendre j iU soûl plus en état, par conséquent, d'en profiter.
Lorsqu'on aura un mystère ott tm Sacrement h teut expliquer, ou doit poser pour fôndechent ce (J"»! I^Vsk passé dans l'accôm plissement de ce tùysiète oti dahs i instiiuiîou de ce Sacrement. La doctrine qui règaUdè 4es mystères et les Sacrernéns étartt bien iraîice, èl d'une manière à la leur faire entendre atitant qU^iU *il seront capables , produira dahs la suite et insensible-^ment, dans teur c'œtir, la véritable piété :€n leur tel-*pliquaut, par exemple , les èffeis du Bâptf me et léstobK-»galions que «nous contractons eti le recevant 5 lès dbtti
Sue le Saint-Esprit répand sur nous par le safcrfemei^ e Confirmatîoti, Téténdue des lois de la pénîteùèt chrclienne^ la grandeur de ramoiir de Jésus-Christ pOur lei hommrs, dans Tinstilntion de l^uchàrîstie, la fetonnoîssance qi^'eicigê d>ux un bienfait si toérvi^aietax et si aignaté, Iles dispositions que demande, de çeti*x qui le reçoivent , im Sacrement qui les n'outtit du paîn du cîél,et qui doïinc la vie éternelle. Par-là ort Icfur inspirera le résptect qu'ils doivent à ces augustes Sacremèns; le êêihr tfè lès l*éee^'OÎr et de profiter des grâces dont ils i^éhn plissent l^s cœurs bien préparés.
H est bbtt de Aller ïi oes Wsiructions, comme i celles dn petit diléchfi^riïè fah aux enfans, quelques histoires tirées de TEcriltorè bu dès auteurs approuvés; c'est au earéchiitè de les cîidikir. Lé fbut est de savoir rendre Sensiblè!i lefe choses quil aura k rscfonter; de s*étudieir k eh bien prendre le séhs, afin de se saisir par- là de Tesprit et du cœur de ces jèuties disciples. Ces histoires jiervenl à appuyer la prati<jue des sentimcns qu'on a
.^i6 Dv Dêcàlo<mde
tiché de leur inspirer^ ei à les leor graver dans le cœur autant q\ie dans la mémoire. Pratique qui tel empêchera d*oublier ce quMs auront appris, et sans laquelle il est à craindre qu'ils ne perdent bientôt de vue les instructions qu'ils auront reçues* Pratique, dont d^^pend le fruit principal du catéchisme, et sans laquelle il ^t difficile que les enfaus deviennent meilleurs.
Enfin, le catéchiste doit s'appliquer à inculquer et répéter souvent avec force les choses plus difficiles et
J>lus importantes, jusqu'à ce que les eofans lui paroissent es .avoir comprises. Sur-tout , qu'il ne se lasse jamais dans un travail aussi utile qu'il e2»t pénible et nécessaire. Malheur à ceux qui ne remplissent cei important ministère que par manière d'acquit, avec dégoût l^i contre leur gré; qui croient que la fonction de catéchiste est au-dessous d*eux, et ne peut que les ari> ]ir et les dégrader. Malheur atix ouvriers ëvangéliques qui cherchent plus féclat et la pompe dans Texerçice du saint ministère, que la gloire de Dieu et le salut des Ames. Q«j'iUse souviennent, afin de rougir de ces honteux seniimeus , de faccueil favorable que Jé« sus-Christ fit à de petits enfans qu'on lui présentait; de la tendresse avec laquelle il les embrassa et les bénit; de la manière touchante dont il leur imposa les mains. laissez ces enfans en paix ^ dit alors ce divin Sauveur à ses disciples qui les rebutaient f ne les empêchez pas de venir à moi : car le royaume du ciel pst pour eux et pour ceux qui leur ressemblent. Enfin, si celui qui reçoit un petit enfant au nom de Jésus^ 0irist^ reçoit Jésus- Christ ^ rebuter les petits enfans, auxquels on est obligé* de faire connoitre Jésus- Christ, n'est-ce pas rebuter Jésuâ-Christ même P
Il faut cependant en convenir ; quelqu^attentif qaa soit un catéchiste, quelque soin qu'il prenne pour bia instruire les enfans dont il est chargé, il arrive tous les jours que tous ne portent pas le fruit qu*on avoit lieu d'en attendre. Les uns ne s^appliquent point a
. EN GàflÈtAU 717
consen^er la doctrine qu'ils ont apprise^ le malin es;^ prit vient , et enlè%'e ce qui assoit été semé dans leur, cœur. D'autres avoient a abord reçu a^ec joie ladi^ vine parole f mais leurs bounes dispositions n^ont duré, quun temps ^ et comme la divine semence na9oit point pris de racine en eux ^ les traverses et lesper-*. sécutions quil a fallu essuyer pour vivre dans Ia> piété) les railleries des liberiins, la crainte de déplaire au monde, dont il est difficile, à cet âge aur-tout^ de ne pas appréhender les rebuts ^ et de ne pas dé-* sirer les caresses et les applandissemens, les ont forcés» de je scandaliser Ae ce qu'ils avoient appris sur lâi Religion y et qu'ils avoient même goûté. Enfin , il y en a qui avoient écouté très-attentivement, pendant unr certain temps , les instructions qu'ils avoient reçues ^ qui avoient même commencé de les mettre en pra— . tique \ mais les passions qui se font sentir de bpnne heure, et qui se jouept encore plus aisément d'une jeu-; nesse bouillante et sans expérience, en lui persuadant à leur gré tout ce qui la flatte^ les occasions dange-^ reuses qui la tentent et qui la perdent; les excès* le libertinage qui la corrompent; les soins de ce monde, les sollicitudes du siècle, nilusion des richesses, les occupations extérieures, les affaires temporelles et lea embarras qui commencent alors à remplir Tesprit des choses de la terre, et à y attacher le cœur : tdus ces embarras ont étouffé tes instructions salutaires qu^oa leur avoit donu4»es, et ont rendu infructueuse Téda*^ calioD chrétienne qu'ils avoient reçue.
Il y a encore un moyen de les rappeler les uQf et les autres ï la connoissance de la vérité, ei de les engager a rentrer dans leur cœur : c'eiit de faire après les vêpres, dans Téglise paroissiale , ce ^qu'ofi appelle le grand cat ebinme. Ce sage établissement^ fait datis plusieurs diocèses , y procure! des bieiâ merveilleux ^ et rexpérîeoce en fiû} ^eutir. l<His les
avantages.
7t8 Do DicAtoGUE
NoDtsenlement ce grand catéchisme sert i ouvrir les yeux de la jeunesse qui, après avoir secoué le îoiig; eu Seigneur, a méprise les promeisses solennelles qu elle avoit ftilea de lui èlre toujours fidèle^ mais il est encore eiitréiiiement utile, et aux jennes gens à qui il inculque encore plus fortement ce qu'iUsavotem dfjà, 6t aux personnes d'un Age plus avancé, à qui il rappelle )>ien des choses qu'ils ne voyoient plus que d'une ipanièrt irès^confuse ^ à qui il en apprend méoie souvent beaucoup qu'ils ignoroienl prolonderoent) en leur épargnant la honte do paroitre publiquement ne les avoir jamais sues»
Dans -le grand catéchisme, on explique les mêmes matières que< dsns le petit j mais sans couper son dis-> «ours pui^ des interrogations, si ce n'est rarement, ei jkirsquon a lieu de croire qnç cette mëthode sera pliis utile , soit pour animer les enfans a mieux retenir la explications qu'ib entendent; soit pour engager lei |>èrcs et qnéres à leur repéter à la maison ce qu^rb doivent dire en public, afin qu'ils nWntpas ia bonie de répoudre comme. des igqoraos, quand ils s^oni interrogés. Mais si Ton s^aperçoît que ces interrogations fatiguent, dégoûtent les assislans, et en éloignent plu* sieurs de ceu^ sur«tout 'qfiiâuroient plus besoin d être iissîduB à ce catéchisme, il (aut les supprimer et s'en tenir à une instruction , dont les explications doivent ^tre 6ites d'une manière simple et familière, et toujours proportionnée au caractère d'esprit ^ à la caps* cité et au besoin des auditeurs* En un mot , on doit «'y ; attacher nod-seulement k les instruire des vérîtA ^u^ils doivent savoir , mais encore à leur inspirer te ^oût pour Tinètruction , et à les mettre en otat de pro* fiter de toutes celles qu'ils recevront dans la sniie.
Ce que nous avons dit de TutiKté des histoires, lorsqu'on instruit les erifans, convient encore plus par-liculilài^ilient au grand catéchtsipe : et elles y sont d autant plus efHcaces, que ceux qui les écoutent ayant
EH GÉHÉRAX'* 719
resprtt plus forait que dés enfans , sont plus en état d*eo comprendre toute la force • et par cousbqueiii d'en profiter. L'instruction qui se fait par les exemples est bien plus utile que celle qui se fait par les pa-^ rôles ; sur-tout pour certaines ()ersoones, que les exemples convainquent presque tonjnurs mieux que les préceptes: on ne croit pas diflicile^ dit saint Âmbroise, ce qui a déjà été pratiqué; Ton juge même utile- ce^ qui a mérité l'approbation des autres; et Ton regarde avec respect et avec religion^ ce qui est venu jusqu'à nous par une espèce d'hérkage et de succession de nos pères. Les instructions, fonoiies sur de grands rdisonnemens, ne sont pasà la portée de tout le monde; mais celles* qu'on tire des exemples reiidi^nt bien plus paipablejr et plus sensibles les vérités que Ton prêche: tous sonc capables de les entendre. Il faut, du* saint Grégoire le grand , employer les raisonnemens polir convertir. les sages du siècle; mais les personues simples sont plutôt touchées par des exemples. II esta propos de con-* fondre les premiers , et de les réduire à Timpossibitité de prouver et de soutenir ce qu'ils avancent; mais c'est assez, pour les simples, de leur faire voir ce qu'on exige d'eux, dans les exemples des gens de bien.
De la Nécessité du Prône , et de son Utilité pour
l instruction des Fidèles.
JX^^^9 le catéchisme, le prône est Tinstructionla plu^ importante que puissent recevoir les fidèles i Pobligatioii que le concile de Trente impose aux curés , de Itf faire exactement les joutas de dimanche, en fait sentir toute la nécessité» £n vain s'appliqueroit^on à ap^ prendre aux «nfaus les premiers élémens de ia doctrine chréfienne n si , lorsqulls sont {nirvenAs à un' âge plus avancé , et devenus capables d'iusiructions plua solides, oti n^ligeott de leur en Ciire voir toutes les
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oonsëquences, et ât les instruire plas a fond Ae ce qa% doivent croire et pratiquer. Ud )ardrnier habile et at-^ leiitirn^a pas besoin qu on lui dbe que^ s'il u^arrose pa5 ce quHl a planté ^ et s'il manque k le cultiver autant qu^ii est nécessaire pour en retirer le fruit quM en espère ) inutilement en attendroîtril aucun.
Ainsi, il ne suffit pas d'avoir appris le catécfaisiDe aux enfans^ on doit encore nourrir leur foi etlenrs bonocs dispositions par la prédication ^ et voilà ce qui rend in«^ dispensable l'obligation de faire le prône. Que direiton d^une mère qui, lorsque son enfanta atteint Tâge où il lui faut des alimens plus solides ) ponr commencer à prendre des forces ^ ne le nourriroit crependant ue de laitT Que doit-on donc penser d^un curé^ 'un prêtre chargé du soin des Ames ^ qui néglt-»
Seroit le prone aux jours que TEglise lai ordonne e le faire? Que ne devroit-*«on pas appréheoder poitf le salut de ceux qui seroient confiés à sa conduite ^ a'il se coQtentoit) pour toute instruction, de leur avoir appris les premiers élémens de la parole de Dieu? Comment pourront— ils discerner le bien et le mal^ 9^ils n'ont pas reçu une nourriture plus solide que celle. que: donne le catéchisme P Gomment pourront^b comprendre les sermons et les autres instructions, s'ib ne savent que ce qu'on leur a appris dans leur en&nce^ et que peut-être ils auront déjà oublié, au moîtis en partie: quiconque est nourri de lait^ dit saint Paol^ est ùicapable d'entendre des discours plus relevés suf la Justice^ parce quil est encore ertfànté
Il est donc diincile, pour ne pas dire ioipoanbte} que le catéchisme produise le fruit qu^on a lien d'en attendre, si ses instructions ne sont pas soutenues, ex-^ pliquées , confirmées parcelles du prône; cest <5e qu'il est facile de démontrer. 11 suffit pour cela dVntrer,poiir un momieut^ dans le détail des instructions qau est important que le prôtae doilnè aux fidèles^ « Oji leur a dît^ dans le catéohîame ^ que Taffiite U
sif Général. ^^tî
plus loipôrtante qu^ils aieui sur la lerre, est leur salut | maii à. quoi leur servira celte grande vérité , si,lors-« qu'ils soot dans un âge plus avancé ^ et capables de* l'entendre ), on ne leur apprend pas quelles consé** quences ils doivent en tirer P
Suflii-il de leur avoir dit, lorsqu'ils étoient encore enfans, qu'ily a un Dieu, si on ne leur apprend pas enspite quelles sont leurs obligations envers icet Etre suprême , et si on ne leur explique ce qu'ib doivent croire de lui f
SufBt-il de leur avoir fait apprendre par cœur Ifl 9jmboIe, lorsqu'ils étoient encore etifans , si on ne leur explique pas ensuite |a doctrine de TEglise, sur tous le4 articles de ce sjfmboleP
Suffil-il de le^ir avoir appris, lorsqu'ils étoient en** core enfans, quHl y 3 dix cpcnmaudemens de Dieu^ si on ne leur a pas expliqué tous les devoirs renfermés dans ces divins préceptes, si on ne leur en a pas fait voir toute Téiendue) si on ne leur a pas fait sentir I9 nécessité d'eq étudier Tesprit ; si on n'a pas tâché da les bifia convaincre que Dieu ne nous a donné ces commandemens que pour être la r^Ie d.e notre cuhe^ de notre cœur et de toute notre conduite ; si on ne leur montre pas les récompenses . que le Seigneur a attachées à notre obéissance , et les ch&timens qu'il a préparés aux prévaricateurs de sa loi f
Suffit-il de leur avoir fait apprendre par cœur To^ raison dominicale , lorsqu'ils étoient encore eufans , si on ne leur en explique pas toutes les demandes , pou? leur apprendre à réciter cette excellente prière avec la foi, la piété, la ferveur, la confiance, le respect et tous les sentimens qu'elle exige de nous T
Suffit-il de leur avoir dit, lorsqu'il^ étoient enfaps , que nous devons prier dans tou& nos besoins , sauf leur apprendre jamais sur quoi est fondée la nécessité de la prière; à qui il faut adresser ses prières, pouir qui il (aut prier, quels sont les effets de b: prlcre} Tome IIL % %
^aa Dr DécALOcuE
quelles sont les dispositions où doit être celui qui
Erie 9 quelles sont les choses qu^il faut demander à lieu j quelles sont les conditions de la prière, par qui il faut prier , comment Dieu exauce ceux qui prient^ dans quelle posture il convient d'être pour prier^ quels sont les temps, les jours, les heures, qui doivent être employés à la prière \ quels sont les lieux quiy sont destiuésf Si les peuples chrétiens étoient plus souvent et plus exactement instruits du respect qui est dû aux églises, on ne verrait pas le lemple du Seigneur continuellementct si audacieusement oéshonoré et profané.
Que sert aux fidèles d avoir dit, lorsqu'ils récitoient le symbole , étant encore enfaos : je crois la sainte Eglise catholique^ s'ils ne connoissent pas cette Eglise, s'ils ignorent pourquoi on l'appelle catholique^ s'ils n^ont jamais entendu parler des caractères qui lui sont propres, s'ils n'ont jamais oui dire pourquoi elle est une, sainte^ apostolique f Gomment obéiront— ils à tous ses jugemens et à ses commandemens , s'ils ignorent
3uel est le fondement de l'obéissance qui lui est due , u respect et de la soumission qu'exigent ses décisions, et pourquoi ^ hors de TEglise de Jésus—Christ , il n'y a point de salut ; pourquoi il faut croire tout ce qu'elle enseigne ^ et comment il faut regarder ceux qui rejettent ses décisions? Gomment observeront-ils ses commandemens , si on ne leur en fait pas sentir la nécessité, si on ne leur explique pas la force et toute l'étendue des obligations que ces commandemens imposent, et quelles sont les vues de l'Eglise , lorsqu'elle les prescrit à ses enfansP
• Que leur sert d'avoir appris , étant encore enfitns, le nombre et les noms des Sacremens, s'ils ignorent par qui et pourquoi ils ont été institués, et à quoi ib nous sont nécessaires', si on ne les instruit jamais de leur excellence et de leurs effets ; si on ne leur dit point quels sontceuxqu'ilssont obligés de recevoir, dans quelles disqositions ils doivent s'en approcher, en quels temps il faut les demander? Avec quel respect^ verront- ils ad-
EN Général» ^aS
mîribtrer les Sacremens^si oniie leur a jamais dît pourquoi l'Eglise a joint à celte administration plusieurs cérëraonies et prières^ si on ne Iqur a jamais expliqué ce que signifient toutes ces cérémonies ^ et ce que r£glise demande à Dieu par ces prières f
L'Eglise auroit-elle la douleur de voir , durant ses oflices et prières publiques , les abus et les irrévérences qu^y commettent journellement la plupart de ceux qui y assistent, si Ton apprenoit aux peuples pourquoi elle accompague son service public de toutes les cérémonies dont nous sommes les témoins? Quelle seroit alors lattention, la piété, la dévotion, la consolation des assistans , si on leur avoit appris quelle est la fia de Tinstitution de ces cérémonies^ si on leur expliquoit ce qu^'elles signifient, ce que veut dire tout cet appareil extérieur et cette magnificence dont on se sert dans les ornemens de TEglise, dans les vases sacrés, dans la décoration des temples^ pourquoi TEglise se sert de cierges allumés et de lampes, dans les prières publiques^ pourquoi des cierges allumés devant le célébrant, et quand on va chanter TEvangile^ pourquoi ceux qui vont à Toffrande portent un cierge allumé qu'ils donnent au prêtre^ pourquoi l'on place ordi^ nairement un grand nombre de cierges autour des corps luorts, à la cérémonie de leurs funérailles; pourquoi .une lampe toujours allumée devant le lrès*saint Sacreinent; pourquoi TEglise offre deTencensà Dieu; pourquoi elle encense les autels, les croix, les images, le livre des Evangiles, les offrandes faites au Seigneur^ pourquoi, en plusieurs dioèèses, à la messe solennelle, à laudes et à vêpres , elle encense les fidèles; pourquoi on encense en particulier les évêques , les prêtres, les rois , les princes, les princesses et autres personnes de distinction; pourquoi on encense les reliques des Saints, les corps morts et les tombeaux des fidèles. Enfin, il seroit important^ pour éviter les fréquentes indécences que commettent les fidèles à Toccasicn du chant, daus
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7^4 Du Décâlogvb
TofEce public , de leur apprendre quand ils penvent chanter , quand ils doivent se taire^ et à qaoi ils sont obligés par rapport à ce chant dans Téglise : il seioit encore à propos de les instruire sur Tusage qu'on doit faire ^ dans réglise^ des orgues et des autres instrumens de musique^ par«-li tout s^ feroit avec ordre et avec édification , ainsi que le prescrit saint Paul
Yerroit-on tant d'irrévérences, d'impiété , d'irréh'gion , dans la plupart de ceux qui assistent an saioS sacrifice de la messe, si ceux qui sout chargés de&ire le prône avoient soin d'apprendre aux fidèles ce que c^est que ce redoutable sacrifice^ pour quelles fiosi pour quelles raisons il est offert^ a qui il est offert , pour qui il est offert j quelle est la victime qui y est ofierte, et quel est le prêtre qui Tofifre ^ quelles sont ies dis« positions avec lesquelles nous devons y assister; quelle est la meilleure manière d'y assister) quand on manque de respect en y assistant; quelle posture il contient de tenir en y assistant; ce nue nous devons apprendre par ce sacrifice , pour la règle inviolable de nos dispositions et de nos sentimensf
Les cérémonies qui s'observent dans le sacrifiée de la messe, sont très-remarquables et très-utiles , soit pour faire éclater davantage la ma)esté d'un si auguste sacrifice, soit peur porter les fidèles, par la vue de ces mystères si salutaires , à la contemplation des vérilci divines qui y sont cachées. Aussi le concile de Trent^ en ordonnant aux pasteurs et à tous ceux quiont charge d'Ames, d'expliquer souvent, au milieu de la cëiébrir tion de la messe, ou de faire expliquer par d^autresi quelque chose de ce qui se lit à la messe , leur enjoint particulièrement àts^ attacher à faire entmdre quelque mystère de ce très^saint sacrifice , les jours de Ji^ manche et de fête. Cependant il est rare d'entendre faire au prône l'explication des cérémonies et des prières de la messe, selon l'intention de TEglise. Aussi nVstil que trop ordinaire.de voir des fidèles qnine con«noissent ni Tcsprit de ces prières et de ces cértmoiûes,
nî ce qu'il faut faire pour j entrer ; et que l'on a accoutumés, par celle ignorance grossière, à ne les regarder que comme des cérémonies ordinaires , qui ne demandent rien de notre esprit et de notre cœur.
On parle souvent aux fidèles, en faisant le prône, de la vie chrétienne; mais s'appllque-l-oo, autant qu'oB le doit, à leur bien expliquer ce qu'on doit entendre par une vie chrétienne P leur fait-on bien connoilre quelles sont les maximes de Jésus-^ Christ; ce qu'il faut faire pour être attaché à Dieu} en quoi consiste ledétachemeul du monde ?
On leur a parlé du péché, lorsqu'ils étoient encore cnfans , en leur en donnant seulement la définition j mais, lorsqu'ils ont atteint un âge plus avancé, et qu'ils ont été plus capables de comprendre^ s'est-on appliqué, avec toute l'attention, IVtendueet l'exactitude que de« mande cette matière, à leur expliquer en quoi consiste la désobéissance à la loi de Dieuf leur a-t-on appris ce qu'on doit entendre par le nom de péché mortel; en quels cas on pèche ïTiorteUement,et quels sont les efTets du péché mortel f leur a-ton appris ce qu'on doit entendre par le nom de péché véniel , quels sont les effets du péché véniel, i quoi l'on s'expose en faisant peu de cas du péché véniel P leur a-t— on fait dtslîugucr le péché d'omission et le péché de commission ? les a-i-on instruits de ce qu'ils doivent savoir sur les péchés, par pensées ^ par paroles, par actions; de ce qu'on entend par les péchés spirituels et les péchés charnels ; par les péchés contre Dieu, ou contre le pro* chain, ou contre nous-mêmes; par les péchés de fragilité, par les péchés d'ignorance, parles péchés de malice, par les péchés d'habitude? leur a-t-*on expliqué en quel cas 00 est coupable des péchés d'autrui ?
On a fait dire aux fidèles, lorsqu'ils étoient encore enfans^ les noms des péchés capitaux» Mais, lorsqu'ils ont ^té pius capables de comprendre , leur a-l-on appris à les reconnoitre et à en craindre tous les mauvais eflfeis;
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par exemple, leura-t-on expliqué ce que c^est que l'orgueil, à quels dangers il nous expose, pourquoi il est re« gardé comme un signe ordinaire de réprobation ^ quelles sont les différentes espèces d or<{ueLl, quels sont les péchés que Torgueil produit ordinairement ^ quel est le remède de TorgueilT
Leur a- t-on expliqué ce que cW que Tavarice y qaek sont les péchés qu'elle produit le plus souvent ^ quand Tavarice est un péché mortel, en quel cas on pèche véniellemeni |)ar ayarice, quels sont les remèdes de ce vice?
A regard de Timpureté, c'est un péché dont on ne doit jamais parler en public qu^'avec les plus grandes précau<ions. Il faut renvoyer aux confesseurs les instructions *qu'il est nécessaire de donner là— dessus ] ils doivent connoitre les précautions qu'on doit prendre pour en donner, et quand ils sont obligés d'en donner sur une matière aussi délicate, qui demande une grande sagesse et une extrême prudence.
Les instructions sur h péché de gourmandise, sont nécessaires à une infînité de personnes; et cependant il est rare de voir expliquer au prône ce que c'*est que ce péché, les cas où on le commet j quelle est la gourmandise la plus dangereuse; ce que cest que Tivrognerie, et quelles en sont les malheureuses suites ; quelles sont les suites de la gourmandise en général, et quel en est le remède.
On entendsouvent déclamer en chaire contre Fenvie : mais dit-on souvent au prône quelles en sont les causes, quelles en sont les suites , quels sont les motifs les plus propres à nous en donner de Téloignement , quels en sont les remèdes?
La colère est un des péchés les plus communs dans le monde; cependant il est rare que le prône apprenne à ceux qui y assistent, en quels cas la colère est juste et raisonnable, et en quels cas elle est déréglée et est un péché; quelles sont les passions qui la prbdubent; si on peut sans péché s'emporter coatre ceux qui s'op-
EN GéfirénAL. ^a<y
posent à nos désirs justes et raisonnables ; en quels cas il y a nécessité de se mettre en colère , de quelle pru-r dence il faut user dans ces occasions ^ quelles sont les suites de la colère, en quel cas la colère est un péché mortel ou un péché véniel j ce quUl faut faire pour éviter le péché de colère.
La paresse est un péché sur lequel on est malheureusement trop peu instruit ^ et cependant le prône apprend rarement à ceux qui y assistent, ce qu'ils doivent savoir sur ce sujet. Les fidèles ne connoissent , pour Tordinaire , que fort imparfaitement , et souvent même ignorent entièrement ce que c'est que ce péché : on ne leur apprend presque jamais quand est-ce qu'on en est coupable, quelles en sont les causes^ quelles en sont les suites , ce qu il faut faire pour Téviler , quels en sont les remèdes.
On nomme tons les jours la vertu dans les chaires chréiiennes. Mais le copimun des fidèles comprend-i^ bien ce que c'est que la vertu f le prône le leur a-t-il appris? leur a~t«on expliqué d^une manière iriieliigible, quelles sont les vertus qu'on appelle théologales^ quelles sont celles qu on appelle morales , et pourquoi on les nomme ainsi?
A-t-on soin de leur apprendre ce que c^est que la foi , quel est le fondement de notre foi , pourquoi nous devons croire fermement tout ce que Dieu nous a révélé, et comment nous connoi&sons ce que Dieu nous a révéler Leur fait-on connoître rautoriiéder£glise pour les choses de la foi ? leur fait-on voir la nécessité de la foi pour être sauvé ? leur apprend—on quels sont les articles que tous les chrétiens doivent pariictilièremeni savoir et croire, et comment ils doivent savoir et croire les autres? Leur prêche-t-on dans le prône la nécessité d'une foi vive, en leur expliquant ce que c'est qu^une foi vive, et ce que c'est qu'une foi morte? leur fait-on connoitre quels sont ceux qui pèchent contre la foi ? leur explique-t-on pourquoi il ne suffit pas de croire
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^aS Du DtcÀLOGtJK
iniérieuremeot ce que FEgllse croit ^ el comméiit ott idoit faire connoilre sa foi aux hommes P
Il faut apprendre aux fidèles que nous devons mettre notre esp^rauce en Dieu , sur quoi est fondée notre espqrance ^ en quel sens on dit qu'elle doit être mêlée de crainte \ il faut leur faire connoitre ce queJDteu nous a promis , quels sont les moyens nécessaires potn- parvenir au -bonheur que Oieu nous a promis. 11 faut kar apprendre comment ils peirvent attendre les biens de ce monde ^ de quelle manière 4 et à qui ils doivent les demander j pourquoi on ne aoit espérer qn^en Dieu. Il faut leur faire connoitre en combien de manières on pèche contre Tespérance^ ce que c^est qoe pédier contre cette vertu , par présomption ; ce que c^est que tenter Dieu; en combien de manières on peat pécher par désespoir. Yoit-on cependant beaucoup de prânes qui instruisent) autant qn ils doivent le faire, les peuples chrétiens sur cette importante matière f
Laisser ignorer au chrétien le précepte de Tamour de Dieu , c^est lui cacher le grand et le premier commandement de la loL Ne point avertir le chrétien des obligations que lui impose la charité , c'est Texposer â violer les devoirs importans que hii prescrit une vertu, sans laqtielle Tbomme nest rien^ dit saint Paul. Il est donc it)dispeusablemeat nécessaire de lui apprendre ce que c'est que la charité, ce que c^est qu^aimer Dieu pour lui-même, ce que c'est qu'aimer Dieu par-dessus toutes choses , quand est-^ce que nous aimons Dieu par-dessas toutes choses^; la nécessité d^aimer mieux renoncer k ce que nous avons de plus cher au monde, que de TofTenser ; quel est le sens de ces paroles : f^otÂS aimera Dieu de tout votre cœur , de tout votre esprit , de toutes vos forces f ce que nous devons faire pour aimer Dieu , en la manière qu'il lordoune^ quel est le péché que commet celui qui viole le précepte de I amonr de Dieu ; s'il suffit, pour aimer Dieu , de lui dire qu'on Taime 3 si c'est aimer Dieu comme il faut , que
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de ne Falmer qa à cause des biens temporels qu^on at-^ tend de lui *, qui sont ceux qui pèchent contre Tamonr quon doit à Dieu; à quelles nxarques nous connoitrons si nous aimons Dieu.
La charitë nous oblige encore à aimer notre prochain* f^ous aimerez votre prochain oomme vous'^méme ^ nous dit Jësus-Christ ^ et c^est ici le second comman^ dément de la loi , qui est semblable au premier. Il faut donc apprendre au chrétien quel est son prochain; ce que cest qu^aimer son prochain comme soi-même f sur quoi est tondëe l'obligation que nous avons d'aimer notre prochain comme nous-mêmes; quel bien on doit souhaiter indifféremment à tout le monde ^ comme à soi-même; si on doit procurer indifféremment à tout le monde, ce qu^on doit se procurer à soi-même ; quel est Tordre de la charité , dans les secours qu^on procure au prochain ; comment on peut connoiire si on aime son prochain ; quels sont les secours qu^on peut pro-curer au prochain ; quelles sont les œuvres spirituelles de miséricorde 3 quelles sont les œuvres corporelles de miséricorde.
Les fidèles ont grand besoin d'être instruits sur le pardon des offenses et sur Paumône. Où doit leur montrer que le pardon des offenses est un devoir indispensable à tous les chrétiens; en quoi consiste ce pardon ; ce que doit faire celui qui a offensé; ce que doit faire celui qui eist offensé; ce qu^ils doivent faire lorsque Tun et Tautre ont tort et qu'ils se sont réciproquement offensés; ce que doit faire un supérieur qui a offensé sans rabon son inférieur; ce que doit faire celui qui a été offensé^ lorsque celui qui Ta offensé refuse de s'humilier et de demander excuse; quelles sont les règles qo^on doit suivre, quand on croit devoir poursuivre en justice la réparation des injures.
Le précepte de Faumône est communément inconnu aux fidèles , parce que ceux qui sont charges de les îjislf uire j ne leur en parlent pas avec toute l'étendue
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et rex'actitûde que le demande cette matière. On voit «ne infinité de personnes qui ignorent ce qu'*on doit entendre par raumôi>e , qui ne la croient pas d^une obligation indispensable, qui ne savent pas sur quoi cette obligation est fondée^ qui n'en connoissent pas tous les avantages^ à qui on n a jamais dit ce qo^iis sont obliges de donner poiir satisfaire au précepte de Tauraône ^ à qui on n'a jamais bien explique ce qu'on doit entendre en cette matière, par le nécessaire ^ par le superflu , par les diiFérens degrés de nécessité qui obli* gent de donner. On voit une infinité de personnes à ui on n'a jamais appris de quelles conditions raumôoe oit être accompagnée pour être utile et méritoire. On voit presque tous Tes pauvres , persuadés , parce qu oo Dc leur eu a jamais pai lé, qu'il n'est aucune espèce d'aumône h laquelle ils soient obligés.
Le précepte qui nous ordonne d'aimer notre pm^ chain, nous oblige de Taimer comme nous-mêmes. Il faut donc que nous sachions comment nous devons no(is aimer ^ ce que nous devons faire pour rapporter à Dieu lamour de nous-mêmes^ pourquoi nous devons rapporter à Dieu Famonr de nous-mêmes ^ quels sont ceux qui s'aiment eux-mêmes d'une manière déréglée et criminello; comment s'appelle l'amour criminel de nous-mêmes^ en quoi l'amour-propre est injurieux a Dieu^ en quoi l'amour-propre nous est préjudiciable; comment s'appelle l'amour réglé de nous-mêmes^ en q'.icis cas on pèche mortellement, et en quels cas on pcVJie vénicllement , par amour-propre.
]| y a encore plusieurs instructions sur les vertus morales, que Ton doit donner aux fidèles. Il faut leur apprendre, pourquoi ces vertus sont nommées morales, ueties 3ont celles qu'on nomme communément carinales ; comment elles rendent nos mœurs réglées: ce que c'est que la prudence chrétienne^ quelles sont les venus qui en sont une suite et qui y ont rapport, et quels sont les vices qui lui sont opposés : ce que c'est que la
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tempérance chrétienne^ quelles sont les vertus qui en sont une suite et qui y ont rapport^ cl quels sont les* vices qui lui sont opposés: ce que c'est que la forcechrétienne; quelles sont les vertus q[ui en sont une suite et qui y ont rapport, et quels sont les vices qui lui sont opposés : ce que c^est que la justice; comment élle^ nous assujettit à Dieu; comment elle nous tient dans l'égalité avec le prochain ; comment elle nous élève' ati-dessus des autres créatures; comment elle nous fait-^ rendre au prochain ce que nous lui devons; comment' elle fait que nous nous rendons à nous-mêmes ce que' nous nous devons. Enfin , il faut apprendre aux fidèles^ * quelles sont les vertus qui sont une suite de la justice' et qui y ont rapport) et quels sont les vices qui lui sont opposés^ non-seulement à la prendre dans sa signification générale, mais encore à la considérer selon l^idée précise qui la distingue de toutes les autres vertus;soit qu'on la regarde comme justice distributive, soit qu^on lenvisage comme justice commutative.
Enfin, on prêche souvent en général aux fidèles^' Tobligation de remplir exactement tous leurs devoirs; mais leur apprend-on en même temps, à distinguer exactement leurs différens devoirs, à connoiire quels sont leurs devoirs généraux, quels sont leurs devoirs particuliers , quels sont leurs devoirs personnels ?
Quel fonds abondant d'instructions pour les fidèles! quelle gloire pour Dieu! quels avantages pour les peuples chrétiens! quels fruits pour le salut des âmes ! quelle consolation pour TEglise ! quel bonheur, même pour les royaumes et les états ! si tous les curés et les ouvriers évangéliques , chargés du prône dans les paroisses, vouloient suivre ce détail, pour apprendre à ceux auxquels ils sont chargés de montrer la voie du ciel j ce qu^ils doivent savoir.
Nous disons, ^ue/ bonheur^ même pour les royaumes et les états /Eh ! quiconque voudra y faire une.sérieuse attention, et parler de bonne foi, ne sera-t-il pas obligé
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de réconnoître qu'il n^y a que la Religion direbeniie connue et pratiquée comme elle doit rètre, ^ui puisse Àablir et conserrer le bon ordre et b paix parmi les hommes. En effet ^ k quoi doit^-on le plus songent U mauvaise foi et les fraudes dans le eommerce^ l'infidélité dans les mariages , les querelles, les dissensions, les guerres, les vob, les rapines, les injustices dansiâ vie civile; la mauvaise éducation des enfaos, les superstitions dans le culte, les excès des libertins, la mol' titude des impies et des ennemis de la Religion j en nn mot, les crimes, les dissolutions^ les abominations de toute espèce, si ce n^està Tignoranœ dans laquelle on a élevé et laissé la plupart des hommes ?
Il est vrai que (ous ne répondent pas à Téducation chrétienne qu'ils ont reçue ^ que tous n^obéissent pas it TEvangile, quoiqu'il leur ail été prêché coonne il devoit Tétre \ que tous ne profitent pas des secours aboodans qu'ils ont reçus, pour marcher dans les voies du Seigneur, et qui les auroient sanctifiés s'ils j avoient répondu comme ils le dévoient, et s'ils n'en avoient pas arrêté la vertu par leur ingratitude et par leurs infidélités» Mais aussi, faut-il avouer que la plupart des hommes qui sont nés dans le' sein du christianisme, ne se perdent et ne se damnent, que faute des instructions nécessaires y ou lorqu'iis étoient encore dans liss premières années de leur vie, ou lorsan'ils sont devenus capables de comprendre les leçons de la doctrine chrétienne. Nous l'avons suffisamment prouvé, en parlant de la manière dont se fait le plus souvent le catéchisme. Voyons à présent quelle utilité les peuples chrétiens peuvent retirer des prônes qui se font communément.
Pour nous convaincre du peu de fruit qu^on doit en attendre, laissons parler les paroissiens sur les instructi ins qu'ils entendent à la messe paroissiale. Il ne s^git pas ici de ceux qui répondront, que leur pasteuf et ceux qui doivent leur enseigner la Religion ^ ne
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leur en parlent jamais, ou la leur préehent si rare^ meut, qu'ils sentent fort bien n'être pas instruits comme ils devroient rètre:mais écoutons ceux qui 8ontas« sidus ans prônes dans les paroisses même où ib se font exactement.: que nous airont-ils, et principalement ceux qui, s'appliquant en leur particulier à étudier la loi de Dieu, sont plus capables de connoîire la foret et les défauts des prônes f Ils nous diront que ces iq»tructions sont le plus souvent si superficielles, qu^il n^est pas possible que des paroissiens y trouvent jamais touC ce qu'ils devroient savoir ^ qu'il n'est pas rare de voir que les pasteurs et les prêtres cbai^ës de faire le prènef n'en n'ont qu'un petit nombre qu'ils ne cessent de redire, en sorte que le peuple entend toujours les mêmes « ce qui rebute tellement les paroissiens, et fatigue si fore les auditeurs, que plusieurs se retirent à l'écart, pour ne pas les écouter. Il y en a même parmi eux , à qui la continuelle répétition de ces prônes les a faic apprendre par cœur* de manière qu'ils pourroieot les réciter mot à mot avec le prédicateur, qui est le seul qui n'en soit pas fatigué et ennuyé. Ils nous diront que les vérités qu'on leur prêche au prône, n'y sont jamais développées comme elles devroient l'être) qu'il s'en faut bien qu'on y apprenne aux fidèles toutes celles qui leur .sont nécessaires, et qu'on leur y ex-*plique la loi du Seigneur dans toute son étendue- Comment doit-on à plus forte raison regarder ces prônes, qui n'offrent qu'un verbiage, sans ordre, sans onction , sans dessein , sans étude ^ qui ne peuvent ni flairer Tesprit, ni toucher le cœur de ceux qu'on pré* tend instruire , et qui n'apprennent jamais rien à ceux qui viennent les entendre f C'est ce qu'on doit attendre sur-tout de ces ministres qui , pour avoir paru souvent en public, ont la témérité de se croire capables denar-» 1er sur<^le*cbamp \ qui ne rougissent point de débiter hardiment dans la chaire de vérité tout ce qui leur vient 4 f esprit } qui supposent la vérité de cç qu'ils avancent^
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sans en donner aucunes preuves ^ ou ne les présenient qu'à demi ; qui se perdent dans les détails , qui se répètent j qui s'égarent dans des digressions ennuyeuses , et qui s'imaginent bien prêcher , parce qu'ils crient de toute leur force, et qu'ils parlent beaucoup.
En vain dira-t-on que les sermons suppléent, pour l'instruction des peuples , aux défauts des prônes : car la -plupart des sermons supposent les auditeurs instruits, -et ne les instruisent pas. D ailleursest-il bien snr que tous <:eax qui assistent aux sermons les comprennent toujours, principalement dans un temps où Téloquence n'est plus a la portée du commun des auditeurs; où Ion rougiroit de penser avec saint Paul, que notre foi ne doit pas être établiesur la sagesse deshommes^maissurla puissance de Dieu ; où l'on auroit honte de ne savoir autre chose parmi ceux que l'on doit instruire, que Jésus-- Christ^ et Jésus '-' Christ crucifié ^ temps où la plupart des prédicateurs ne veulent plus , pour annoncer la doctrine de Jésus^Christ , que les discours élevés de féloquence et de la sagesse humaine. Ce grand apôire nous enseigne que celui qui instruit les autres, soit en leur expliquant les obscurités de l'Ecriture, soit en leur développant les mystères de la foi, soit en leur apprenant ce qu'ils doivent à la loi du Seigneur, ne peut chercher qu'à les édifier , à les ecphorter ^ aies consoler. Que personne necherche ses intérêt s propres^ nous diiil mais ceux des autres. Cette doctrine ne peut être du goût de notre siècle; il la méprise, il la rejette; ce- Jni qui a le talent de la parole ,dit-il à un grand nombre de prédicateurs , doit chercher à parottre dans le pu-hlic^ et à se fiaire connoître au monde. Et voilà ce qui produit tant de ministres de l'Evangile, ^uipar/rnf d*eux*mêmes , et* qui ne cherchent que leur propre gloire* Heureux les peuples qui ne sont iustruiis que par des pasteurs et des prêtres qui craignent d'anéantir la croix de Jésusr Christ en annonçant t Evangile avec des paroles étudiées , et qui savent qu'on altère la /m»
EN GÉNÉKAL. 735
rôle de Dieu ^ dès quon ne la prêche pas comme renant de Dieu^ devant Dieu^ et au nom de Jésus- Christ.
La prédication vraiment chrétienne n'a pas besoin de Toruemenlfastueux et de Tëclat des paroles, dit saint Âmbroise: prœdicatio christiana non indiget pompd et cultu sermottis. Elle porte avec soi sa recommandation. C'est par elle que d'ignorans pêcheurs ont con-^ verti le monde. S'ils avoient été orateurs , on auroit attribué à leur éloquence la ruine de Tidolâtrie.
Lorsque vous instruisez, dit saint Jérôme, ne cherchez pas des applaudissemens , mais des larmes ^ il ne vous faut d autre éloge que celui des pleurs de voire auditoire: lacrrmœ auditorum laudes tuœsint. Un prédicateur ne doit donc chercher , dans son ministère , qu'à toucher, qu^à convertir les âmes. Malheur à ceux qui ne pensent qu'à se prêcher eux-mêmes , et qui ne sont pas persuades qu'ils doivent neprêcherque Jésus-Christ No tre^ Seigneur! Malheur à ceux qui neregardent pas des yeux de la foi , le ministère de la chaire , qui se pressent de se produire en public, et de prêcher la parole de Dieu , sans s'y être préparés par l'intelligence des divines Ecritures, par une étude sérieuse et réfléchie de la doctrine des saints Pères , de celle de TEglise, et des ouvrages des théologiens catholiques, par la méditation conti^ nuelle des mystères et des vérités de la Religion^ et surtout des vérités de la morale. Malheur à ceux qui igno* rent que c^est de Dieu seul qu'ils doivent attendre cette sagesse qui a ouvert la oouche des muets , qui a rendu éloquentes les langues des petits enfans! Malheur à ceux qui ne veulent pas -demander au Seigneur ce cœur docile ^ nécessaire ipour discerner entre le bien et le mal , ces paroles propres à enseigner utilement aux hommes ce qui doit les conduire dans la voie du salut ^ ces discours pleins de droiture et de vérité, sans lesquels on ne peut annoncer dignement les volontés du Seigneur! Malheureux les peuples instruits par ces ministres, qui veulent être les docteurs de la loi ^ sans
^36 Du DÉcÀLOotJf:
entendre ni ce qu'Us 4isent ^ ni ce qu'ils assurent. Plût à Dieu que de pareils apôires fussent plus rares, et qu'on les éloignât , des qu^ik sont connus , de Texercice du saint mioistère ! TEglise n*auroit pas la dooietir de voir un si grand nombre de ses enfans ^ cnmpîrdaos la plus profonde ignorance de ce que Dieu demande d'eax.Etaufond) commeul Le sauroietit-ib, poisqu'ils n'en entendent jamais parler ï quomodo audient sine prafdicanie P Comment leur prêcherai- on, si ceoiqai, par le devoir de leur charge sont obligés de les édairer et de les conduire pea à peu jusqu'à la connois»Doe du fond de la Religion , ou négligent de leur doaner toutes les instructions qu'ils leur doivent , ou n^ont pas toujours les talens et les lumières nécessaires poor les instruire P
Combien y a-t-il de choses , par exemple , dans la morale , dans les dogmes , dans le service divin et les
5>rières publiques , dans les usages et les cérémonies de a Religion , oont on ne dit jamais rien aux peuples; et dont Fignoraoce fait commettre tous les joinrs à la plupart des chrétiens, sans qu'ils s'en aperçoivent, des rautes considérables , qui sont cause que le nom de Diea est blasphémé parmi les infidèles , les hérétiques , les impies et les libertins.
Nous avons donc eu raisonde dire qu'il est (acilede conuoitrela source de cette famine spirituelle dont nous
Sarle TEcriture^et que souffrent les fidèles au milieu mètne es instructions continuelles qu^ils entendent. Famine, non de pain , ni soif d'eau , mais famine et soif de la parole ae Dieu : non/amem panis^ neque siiim aqtue^ sed audiendî verbum DominL Geai de cette -famioe que Dieu menaçoit les Juifs par le prophète Amos» Plaise k son infinie miséricorde nous en préservery es donnant à son EgUse la consolation de n'avoir que do ministres dignes, parleurs lumières^ par leur piété , par leur zèle pour la gloire àt Dieu et pour le saloidcs âmes,
• . dannoaco'
,d^wmoncefj oomne Us te dohf^t^ le mjstèkede VJE-vangile*
Dms autres lastruciions nécessaires au Peuple
éhrétien.
J.L ne siiOlt pas d'annoncer autx fidèles la parole de lUeu^ si ou ne leur apprand eamênie temps ce qu'elle attend d'eux, et quel eslle fruit qu'ils doivent en retirer. Dieu veut des œuvres, et non des paroles :cVst doac en vain qu'oa reçoit de» instruciionsy si cm ne les met pas en pratique^ Cest celui qui/ait la "volontéde mon Père qui est davsje ciel, dit Jrs us— Christ, ^ui entrera dans te royaume du ciel. Celui fjui entend ce que je dis ^ ajoute ce divin Sauveur^ e/ quine C exécute pas ^ est semhlable 4 un homme qui a bdii sa maison sur la terre sans lui donner de /ondemenêf aussitôt .que lejleuve s'est déhonlé^ et qu'U s'^est porté cen^ tre cette maison , il Va renversée , et ta ruine en a été grande.
C'est ce que ce| adof ahlc Maîtjre à ordoime! à ses disciple;», d'enseigner k tous ceux qu'ils insirmroîent. Mes chers frères^ disoii Ta nôtre saint Jacques^ rece-yez avec douceur et aveo^ aocilité ta parole qui a été entée en vous , et qui peut sauver 'vos âmes. Mais accomplissez cette parole , et ne vous contentez pas de r écouter ^ en vous trompant vous-^mémes. Car celui qui ne Jait qu^écouter ta parole de Dieu ^ sans ^accomplir ^ est semblable à un homme ^ qui ^jetant les jf eux sur un miroir^ f voit son visage naturel couvert de taches , ei qui à peine s'y est vu^ qu'il s^en va sa^s les avoir ôtces, oubliant aussitôt quel il étoit.
Uaa^ cette comparaison , le miroir est la parole da Die^ , qui nqus représente à nom-mêmes ce que noai aooimes et ce que nous devons être : le visage de rhomm« Tome IlL A a a
^38 Du D£cAi.od9«
est r^at intérieur de sa consdence : les lac&er dà ^îs^ge sont les pëchës qui sooillent l^ftme : se regarder dams le Biiroir , c*est écouter la parole de Dieu 9 et j fenarquer la différence de ce que nous sommes, et de ce que TEvangile vent que nous soNpons^ ooUier Tétat m la disposition de son visage , c^est mettre en oubli les Térités oui nous ont été prêçhées , et négliger d'e&cer •par les larmes de la pénitence les souillures de noue Âme. Or, comme le rapport du miroir est inutile a celui qui n'ôte pas les taches qu^il y a vues sor son visage : aussi la parole de Dieu ne sert de rien à ceoi qui Técoutent. et qui ne font pas ce qu'elle leur enseigne. Gepenoant il n'est que trop vrai que la plupart de ceux qui entendent prtcher llSvatigile , après y avoir vu, comme dans un miroir , combien leur vie est éloignée de la pureté de la morale chréëenne, oublient, aussitôt après la prédication, tont ce quV» leur a dit et les réflexions quHIs j ont faites: la vériié sWace de leur mémoire, et ils sont les mêmes quMparavant.
Cest donc en vain qu^on entend la parole de Dieu , si Ton néglige de considérer attentivement les vàites
3u'on a apprises ; si Ton n^a pas soin de demeurer fenoe ans cette méditation^ d'observer continuellement la loi sans la perdre jamais de vue, et d'assurer par la pratique la connoissance des obligations qu'elle impose. Cest ce que nous enseigne encore 1 apôtre saint Jacques, lorsqu'il nous dit que celui qui^ après avoir considéré attentivement la loi parfaite de TEvangile, qui nous donne la liberté des enfaus de Dieu, Faura oh^ servée constamment^ ne Valant point entendue pour r oublier^ mais pour V accomplir^ trouvera son bonheur danslaiidëUtéaveclaquelle il aura con/brme ses mceurs €t sa vie aux préceptes de cette divine loi.
Yoilà ce que Moïse ordonnoit de la part de Dieu aux Israélites. Ecoutez^ Israël^ leur dit-il {Deuter. 6. «y. 6-9 ); ces commandemens que fe vous donne au--
EN Général. ^Sp
foUtéThui aa nom du Seigneur, seront grattés dans ^oire cœur» f^ous en instruirez vos en/ans f vous les méditerez assis dans votre maison^ en marchant dans le chemin f la nuit , dans les intervalles du sommeil* le matin à votre réveil : vous les lierez , c^nme une marque^ dans votre mainf vous les porterez sur le front entre vos yeux^ vous les écrirez sur le seuil et sur les poteaux de la porte de votre maison.
JEcoutez mes instructions^ nous dit la sagesse ( ProVé 4* 30.3 1 .); prêtez Voreilleà mes paroles y quelles soient sans cesse devant vos yeux f conservez- les au milieu de votre cœur. Tenez sans cesse mes préceptes liés à votre coeur , par une méditation coutiiiuelle ( Ibid. C. 6. t;, 31. 32.) y attachez-les à votte cou^ afin
^\ï\\% soient la règle de vos actions et de vos paroles ^ ^rsquevous marchez^ quils vous accompagnent ^ lorsque vous dormez ^qu ils vous gardent f et en vous réveillant^ entretenez-vous avec eux.
uéppliquez toute votre pensée à ce que Dieu vous ordonne^ nous dit encore 1 Esprit saiot (£cc//. 6. ij). Méditez sans cesse ses commandemens f il vous donnera lui-même un cœur docile f et la sagesse que vous désirez^ vous sera donnée.
Or^ puisque Dieu veut que nous méditions sans cesse ses commandemens, il sensuit^ par une conséquence nécessaire ) que tout ministre de TEvangile qui laisse ceux qu'il est chargé d instruire, dans l'ignorance de cette importante obligation^ neremplit pas son devoir comme il le doit, puisqu'il omet par cette négligence,une instruction sans laquelle toutes les autres sont inutiles. Par--Ià , il se rend responsable au tribunal de Dieu , du salut des âmes qui lui ont été confiées. Saint Paul proteste à W\\ei^quil est innocent du sang de tous les fidèles anxquels il avoit annoncé TEvangile en Asie, parce quil ne leur a caché aucune des choses qui leur étoient utiles^ et qu'il devoit leur prêcher , parce ^m'i7 n ^a point évité de leur déclarer toutes les volontés de Dieu. Â a a a
fjJ{Q Du Décalogub
Tous les ouvriers ëvangéliques ponrroîent- ils seren* dre le même iëmoignage i' tous peuvent-ils se glorifier de n^a voir jamais omis aucune des vérités qu'ils dévoient annoncer à ceux dont ils ont été établis les docteurs f Et , pouf^ revenir à notre sujet , que répondront aa tribunal de Dieu^ ces ministres de Jésus— Christ qnî n^auront pas fait connoitre aux fidèles confiés k teun soins, Tobligation indispensable d'étudier et de méditer sans relâche la loi du Seigneur^ étude sans iaqneile toutes les autres instructions sont inutiles, ainsi que uous FavoDS déjà observé.
En effet, quel fruit rapportèrent à cet homme dont nous parle TEvangile, le grain qui a voit été semé sur le bord du chemin , et quijut foulé aux pieds et manège par les oiseaux^ celui qui n^eut pas plutôt poussé^ quHl se sécha f et celui qui fut étouffé pat^ les épines dans lesquelles il étoit tombé? Et telle est, uous dit Jésus-Christ, la stérilité de la parole de Dieu ,^ lorsque le démon la ra^it du milieu du cœur de ceux qui Font écoutée j lorsqu'on ne la croit que pour un temps; lorsqu'on la laisse étouffer par les soins.parles richesses et par les plaisirs de la vie^ eu un mot, lorsqu^onne fait jamais aucune réflexion sur ce qu'elle nous enseigne^ ^lorsqu^on n^en occupe jamais son esprit; lorsquV^nne prend jamais les mesures nécessaires pour pratiquer fidèlement et constamment' ce qu^elie nous ordonne.
Or, quelle sera la malédiction de ces terres arides et ingrates , qui n^auront rapporté aucun fruit de la parole <le Dieu f Saint Paul nous Fapprend, par une comparaison qui doit faire trembler tous les coopérateun de Jésus-Christ, qui ne les auront pas cultivées comme ils le dévoient ^ puisqu^étant la cause de cette malédiction, ils mériteront celle quils auront attirée sur elles: lorsqu'une terre ne porte que des épines et des char-dons , dit ce grand apôtre , elle est haïe de son fnaùre et toute prête détre maudite^ et enfin on y met le feu. Mais elle reçoit la bénédiction de Dieu , /on-
"EU Général. ^4^
qtCétnnt bien humectée par des pluies fréquentes ^ elle produit dès herbes utiles à ceux qui la cultivent^
Heureux^ dit le prophète, celui qui na datta-^ chement dans la we, que pour la loi du Seigneur \^ ni d^ autre étude que de la méditer jour et nuit ! il sera comme un arbre planté sur te bord d^un ruisseau^ 4/ui porte toujours du fruit dans son temps. Heureux vetui qui s'applique u connoître L*s ordonnances du Seigneur^ H qui règle ^ sur sa divine loi^ tous les wnouvemens de son esprit et de son cœur ! Heureux celui qui f' exerce dans la méditation des divins com^ mandemens ^ avec une ferveur toujours nouvelle^ et €}ui étudie sans cesse la voie qui conduit à Dieu !
Voilà ce qti\»u dispensateur des vérités de la doctrine chrëlienne, qni veut les ^isoîgner'd\ine manière profitable à ceux qu'il doit instruire , ne se lasse point de leur inculquer avec force j persuadé que ce qu'ils recevront sans réflexion et sans racditarion^ne produira jamais rien pour leur salut. Lorsque Testomac ne peut plus recevoir tki digérer aucune nourriture, on désespère de la vie du malade. Comment donc peut- on ne pas craindre la perie éternelle de Târae, lorsque la parole de Dieu ne lait aucune impression dans Tesprit et dans le cœur de celui qui Tccoule; qui la méprise jusqu'à Toublièr , et ne plus y penser, après l'avoir entendue P Le serviteur qui négligea de fiiire valoir Vargent de son maître^ fut jeté dans les ténèbres : là iljr aura des pleurs et des grincemens de dents.
Si nous consultons encore les divines Ecritures , nous V trouverons de nouvelles preuves de Tobligation de faire continuellement sentir à ceux que Von instruit^ la nécessité et les avantages d'étudier et de méditer les vérités de la Religion ; nous y apprendrons de TEsprît saint, que tons les désordres qui corrompent la terre ^ el tous les maux qui raflflîgenl, ne viennent que de ce que les hommes ne font aucune réflexion sérieuse sur les vérités dont ils devroîeni toujours être occupés.
Aaa 3
74^ Du DÉCÀtOGUE
La terre est dans une extrême désolation, dit no prophète ( Jerem. la. ii* )) p^<^^ ^^ ^'j ^ personnt qui pense à Dieu, et qui veutUe s^occuper de sa loi: desolatione desolata est omnis terra ^ quia nuUus est qui recogitet corde. Appliquez vos cœurs à considérer vos voies pour les corrJg<îr ^ disoit aux Juifs le prophète Âggëe^ et voyez quels sont les chfttimens que vous ont attirés Tindiffërencepour le culte du Seigneur, et Toubli de sa loi : ponite corda vestra super vias fvestras.
C'est à Tignorance de la loi de Dieu , et à Tindif-* férence pour ce qu^elle ordonne , que le prophète-roi atttibue l'impiété, les ^ébordemens , les abominations et tous les crimes du monde. Le Seigneur , dit-il , a jeté les yeux du haut du ciel iiur les enians des hommes , pour voir s^il y a quelqu^un qui ait rintelligencedeses commandemens , et qui cherche Dieu. Mab non , ib sVloigueot toujours ae plus en plus du sentier de la jnstice^ tous se sont mutuellement iufect^s^ ils ont tous conspiré contre la vertu pour le vice \ tout est estimé parmi eux, excepté la Religion et la piété; ils ferment opiniâtrement les yeux à la lumière ; ils vivent dans un oubli de Dieu si profond , qu'ils ne pensent ni a Técouter, ni à Tinvoquer «, ni a le consulter, ni Jt lui donner quelque part dans leurs desseins et lears actions. Ils s'affermissent daus leur irréligion , en écartant toutes les réflexions et toutes les frayeurs que la justice d'un Dieu oublié et méprisé devroit leur inspirer. Ils sont esclaves des plus iufàmes et des plus abominables désirs j .il n'en est pas un seul qui lasse le bien : aussi ces insensés et ces impies ont-ils dit daus leur cœur qu*il ny a point de Dieu. Dominas de coelo prospexit^ ut videat si est itiielligens^ aut requirens Deum* Omnes declinaverunt , simul inutiles sont. Deum non in^ocai^erunt ; corrupti sunt et ahominabiles Jacti sunt in studiis suis: non est quifaciat bonum^non est usque ad unum,
ileureux , dit dans un autre psaume ce saint roi ,
EV GiiriRALf 743
keurettx ^ Seigaeiir , celui quo vous daignez iostruire par vous-m&me | et ibrioer dans la science de voire Joi ! il y trouve de qiioi adoucir ses peines^ au lemps de Taffliction et du mal. JBeatus^ homo quem tu eru^ dieris^ Domine^ et de leg^ tud docueris eum : ut mitigés ci à diebus rnalis. Heureux celui qui vous écoute ea secret, avec un cœor docile , et qui conserve sous vos yeux une profonde pais , dans les tentaliona publiques et. générales! Heureux celui qui apprend de vous , ô mon Dieu ^ à profiter de tout et à ne s'éloigner deriaa! Heureux celui qui remet entre vos mains sou repos, sa sûreté, sop salut î et qui , au milieu des tempêtes et de Tobscuriié que les opinions et les passions des hommes excitent , attend à vos pi^ds queToràfie finisse, et se tient très-aisuré qu il finira quand vous Te voudrez 1
Quels seatimens pour Dieu, quel goût poiir sa sainte loi, produiroieot ces vérités dans le cœur de$ fidèles^ si elles étoient bien développées par ceux qui sont chargés de les instruire! Seroit-il diiHcile, après cela, de leur persuader TohUgaiion de méditer la loi | et les avantages qu^ils en retireroient ?
Enfin^ pour réveiller de leur assoupissement les fidèlei qui négligent de faire fructifier dans leur esprit et dans leur cœur, par la méditation, les vérités qu'ils onC apprises , il e^t important de leur rappeler la punition terrible de ce serviteur paresseux qui ae voulut pas faire valoir Fargent de son maître.
c Vous voyez, mes frères'^ dit saint Grégoire le Grand^ 9 expliquant cette parabole à son peuple^ vous voyez sr le péril quenouscouroDs, si nous retenons inutilement 9 lesialens que nous a confiés notre Idaître. G est k vous » aussi de faire réflexion sur ce que vous aurez à craindre| » lorsqu'un jour on vous redemandera avec usure^ les » vérités que vous entendez maintenant de uous. Car^ m 4aBS Tusure, Tun reçoit 1 argent même qu'il n'a point 9 donné j et l'autre rend non-seulement cdui qu'il a 9 reçu ) mais encore plus qu'il n'a reçu.
» Codsidcrev done que vous paierez Fusiffë de ces > paroies que nous vous dûôns ^ ^ nyet smn que les ^ ^ventés qtie vous entendez^ ^oui^ ^rvetil à découvrir » celles que voas {ta^e^ pas enietidties:} dfin que , tirant » des coôsëquences des uues et des autres^ vous ap^ » preniez à taire aussi *d« vous-^mèmes ^- ce dont vous » u^àorez pas été idsiruits par les prédica leurs. »
Otidoiidoqc réfléchir sur les vérités que l'on a eniendues^' pour en tirer les conséquences nécessaires à son avancement dans la piété '^ oti doit s^cn occuper par une sérieuse médiiaiion ^ potir n^en pds perdre te frnfL Par la médit aiîon ^ on augmente de plus en plus en science , et en toute sorte de sagesse» Par cette méditation on s'accoutume insensiblement à n^eutre tenir son esprit ei son cœur , que de tout ce qui est vrai^ de tout ce qui est honnête ^ de tout ce qui est juste ^ de tout ce qui est saint ^ de tout ce qui est édifiant ^ de tout ce qui est vertueux^ de tout ce qui est-di^ne delouan* ges dans la règle des mœurs ( PhiL 4» 8. )- Par la médiialion on oon^eri'c la parole de we^ et ccnx qui rannoQCent auront la ghir^ au jour dé Jésus^ Christ ^ de n'^açqir point trauaiUé en vain au salut de ceut qu'ils auront instruits. Par la m<^dîfaiion on apprend à se conduire a%^ec sagesse , à racheter pmdemmùnt le temps ^ en ménageant tous les momens de la vie , pour opï^rer son salut ; parce que les jours sont nwu^ %^ais ) pleins de tentations et de périls, qui nous expo* sent à toute heure au danger de mourir à la grâce ^ et de nous perdre pour une éternité. Par la méditation enfio, on apprendra à n'être pas imprudent et insensé:^ mais a savoir discerner quelle est lavolorité de Dieu^ et ce qu^il désire de nous.
«Faites^ Seigneur, disoîr continnellemeat le prophcte- » roi ^ faites que faime de plus en plus voti'e loi sainte; » qu'elle soit le sujet de mes méditations dans tous les • momeiis de ma vie. Rendez-moi , par vos préceptes^ » . plus sage que mes ennemis j faites que ces préceptes
» me soient toujours prësens , ei que je m y attacha t pour jamais. Rendez- moi plus iotellîgent que tous » mes maiires parla médi/aiiou coulîntielle de vôtre loi. > Reudez-moi plus prudent que les vieillards, par. lai » recherchede^os volontés. Faites que je ne m'ëcarre ja^ » mais des règles que vousoi^avez prescrites, et gravez* » les profondément dans mon cœur. Que je médite sans » cesse votre sainte loi, et que je ne consuke qu'elle^ » pour apprendre comment je dois me comporter dans r les diflférens états où je me trouverai. Faites que jb » recherche sans cesse vos commandemens , que je bsà » aime 9 que jen parle avec une sainte liberté et avec » coniiauce devant les grands de la terre , et que je ne » rougisse jamais de m'en déclarer le défeuseiir. Faîies » que je les médite sans ces^ , pour en nourrir mon » esprit I pour eo rassasier ma faim spirituelle , poup » enflammer de plus en plus l'ardeur de mon amour. 9 Faites que j'élève sans cesse mes main^ vert vous , ô » moji Dieu , |>our obtenir la grâce de les observer A-^ 9 dè|ement ^ et qu'en les aimant avec un ccfeur droit et » docile^ je règle toutes mes actions sur ces exceilentes » et admirables maximes. »
Si tous ceux qui travaillent à Tœuvrede Dieu , étoieni bien pénétrés des seutimens du cœur de ce saint roi j il fieseroû pas nécessaire de les exhorter à ne rien ou-^ blier pour allumer et pour entretenir ce feu sacré dans le cœur de ceux q^i'ils instruisent* Etcomménlpourroit*^ il se faire que tous leurs soins fussent inutiles , s'ils s ap^ piiquoient à bien convaincre ceux qui viennent les en<* tendre^ de toutes les raisoM que nous avons d'admirer la beauté , la justice, la sainteté de la loi de Dieu ] sih leur en montroient l'excellence et tous les avantages ^ s'iisleurapprenoient a y chercher leur bonheur, leur trésor^ leurs délices^ et à la chérir^ comme la source de i'ianocence , du saitit et de la vief
H est important d'observer ici , qu^en s'attachant à faire voir aux fidèles l'obligation de méditer la loi da
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Diea , on doit leur expliquer ce que le Seigneur demande de nous ^ quand il nous ordonne de la méditer Buit et jour. Ce n'est pas d^ôtre sans cesse occopés à réfléchir sur cette loi sublime: une si sainte occupatioDf ai elle étoit continuelle , seroit trop au-dessus des forces accordées â rhomme daus ce lieu de privation et d^exil î mais Dieu veut que nous agissions toujours par rim* pression de sa loi , que notre cœur en soit plein et pénétré ) afin qu^eu toute occasion elle puisse nous servir de guide ^ et que nous soyons toujours disposés à ne rien faire contre ce qu'elle nous prescrit. Pour cela ^ il &ut penser très-souvent à ce que Dieu nous ordonne, et nous en occuper ^ pour ainsi dire^ dans toutes les circonstances de notre vie.
Il faut encore apprendre aux fidèles , que le matin est le temps le plus propre à méditer la loi de Dieu, pour y conformer les actions de la journée; et le soir, pour examiner en quoi ou a manqué pendant le jour. Quiconque veut sincèrement se sauver, trouvera toujours assez de temps pour faire cette méditation , quelu'occupé qu'il soit d'ailleurs par les affaires et les devoirs e son état et de sa profession. Est-il impossible , par exemple, après avoir fait sa prière du matin , de penser, quand ce ne seroit qu^un instant , à quelqu'une des yériiés quW a apprises dans les instructions qu'on a reçues sur la Religion : ou , si Ton sait lire , de chercber quelque règle de conduite dans un livre de piété; de prendre alors une résolution sérieuse de la pratiquer fidèlement:^ de se la rappeler dans la journée^ en certains momens où Ton est plus libre , en se mettant intérieurement , si on ne peut pas être seul , en la présence de Dieu ] d*examiner enfin à la prière du soir, si on a exécuté, comme on ledevoit, la promesse faite a Dieu le matinf
C'est sur-tont parmi les vérités pratiques , qu^on doit engager les simples fidèles k choisir celles qu^ls veulent méditer : telles que soni les commaudemens de Dieu ,
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les tnatioies de TEvangile , les remèdes contre le p^ché, et la nécesitë d'en faire péditence^ les devoirs de sonétat^ ëte« Oa doit les ^ithortef à se rappeler souvent ce que la Heligton nous enseigne sur 1» mort, le jugement , le paradis et lenfer. Il est important encore de leur, bien ÎQCultfuer, qu'ils doivent prendre garde à ne pas se con* tenter d'une méditation et de réflexions stériles ^ qu'il faut examiner son cœur, sur les vëritës qu'on litoU qu'on entend^ gémir sur sa propre corruption , sur sa foiblèsse, sur sa misère ^ implorer le secours de Dieu , prendre des résolutions convenables , veiller à Texécu— tiou de ces résolutions.
Telle est la méditation que tous les chrétiens sont obligés dé faire ; personne n'en peut être dispensé, et cette obligation regarde quicouque est en état de faire usage de sa raison ^ parce qu'il n'y a personne qui ne doive se remplir delà loi de Dieu, examiner sa conduite ^ur cette loi , gémir intérieurement des péchés par les«quels on a violé ses préceptes, en demander pardon i Dieu , former dans son cœur la résolution de s'en corriger, et prendre les mesures nécessaires pour y parvenir»
Nous avons dit qu'un des meilleurs mojejis pour inspirera ceux que l'on instruit le goût qu^ils doivent avoir pour la méditation de la loi de Dieu, est de leur iaire voir quelle en est l'excellence. Or, il sera facile de les eu convaincre , en les rendant attentifs aux réflexions suivantes.
De VExceUence de la loi de Dieu.
JT ouA montrer aux chrétiens l'excellence de la loi de l^ieu., il suffit de leur en prouver la sainteté, la sagesse, la vérités
i« Gomment celte loi ne seroit-elle pas sainte, dès que Dieu , qui est saint par essence , et la sainteté mdme ^ co eu l'auteur P loi qui ordonne la vertu | et qui cou-