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Et en effet) si nous comprenions bi^i ce que eVsl que Dieu , et par combien de titres nous lui appaiieDons, quelque épreuve quii voulût faire deuous el de notre fidélité , notre raison n^auroit rien à répUqoer. Ce seul nom d'un Dieu, maiire de Tunivers , s'autorkant de ce suprême domaine pour porter ses lois} ne les fondant sur rien autre chose, sinon qu'il est le Seigneur : ego Dominus; d'un Dieu à qui nous somokes redevables de tout, parce que nous avons tout reço de loi; d'un Dieu de qui nous avons une dépendance si uni* verselle , que nous ne pouvons rien sans lui et que par lui : ce nom seul, dis-je^pris dans toute l'étendue de sa signification , répondroit à toutes les difBcultés que la prudence humaine potirroit former, au préjudice de ses droits. A quelque point qu'il plut à ce saint non de les étendre, nous conclurions qu'ils vont bien audelà, et que tous les hommages que nous pouvons lui rendre, ne sont que de foibles essais de ceux qui lai sont dus.
Il n'y a qu^un Seigneur, dit saint Paul :2i/iU5 Dai» nus f et Dieu seul a droit de prendre absolument œtie ualité à l'égard de Thomme. Il ne convient qu^a Dîea ''avoir des créatures qui» dans le fond de leur être, soient à lui et dépendent de lui \ et c'est en quoi cdih» sisle l'essence de ce souverain domaine quHl a sur nous. Nous devons donc une obéissance entière et sans réserve à ses volontés ^ et puisqu^en qualité de ses créatures, nous lui appartenons essentiellement, nous devons aimer à dépendre de lai , nous faire une béatitude de nous attacher à lui et d'être entièrement à lui.
Tout est à moi ^ dit le Seigneur: mea sunt omnia. Paroles courtes, mais qui, dans leur brièveté, comprameul les devoirs les plus essentiels de l'homme envers Dieu, en nous donnant la plus juste idée du domaine de Dieu sur l'homme; et qui, en nous disant que Dieu est le maître, nous apprennent que c'est à lui d'ordonner, sans npus rendre rai^Q de ses ordres^ et à nousdV
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b^ir, sans murmurer et saus nous plaindre. Paroles sur iesqueltes eit appuyée cette admirable leçon de saint Paul, que nul de nous ne vit poursoi-»méme,et que nul de nous ne meurt pour soi-même^ mais que, soit que nous rooorionS) soit que nous vivions, c'est pour le Seigneur que nous devons vivre et mourir; puisque nous sommes toujours à lui, soit dans la vie, soit dans la mort: sive ergo wi^imus^ sivemorimur^ Domini sumus.
Cest à 'VOUS ^ Seigneur^ disoit à Dieu le saint roi David ( 1 . Par. ag. 1 1 . 12. ), cVsi à vous qn'appai tient la grandeur et la puissance: tout ce qui est dans le cie) ei sur la terre est à vous. CV>t à ^t>us qt^il appartient de régner, c'est vous qui avez la sonveraine puissance sur toutes les créatures; la force et l'autorité sont entre vos mains; vous possédez la grandeur et le commandement Sûr tous les hommes. Tua est ^ Domine^ magni/iceniia et gloria: cuncta enim quœ in ccelo sunt^ et in terrât tua sunt; tuum , Domine , regnum. Ta dominaris omnium ,• in manu tuâ virtus et po-^ tentia / in manu tud magnitudo et imperium om-^ niufn.
Ainsi, refuser d'obéir à la loi de Dieu, c'est ne vouloir
Ï>as dépendre de Dieu ; c'est prétendre être en droit de imiter le domaine de Dieu; c'est oser même disputer à Dieu sa souveraine autorité; c'est mécounoitrc Dieu ; c'est être dans les mêmeiseutimens qup l'insensé , 1 im-« pie, qui dit en son cœur : il ny a point de Dieu. Quiconque dit qu'il connoit Dieu ^ et ne garde pas sii% commandemens, est un menteur, et la vérité n'est point en lui ^ dit l'apôtre saint Jean : qui dicit se nosse eum^ et mandata ejus non custodit , mendax est^ et in hoc a)eritas non est.
Refus d'obéir à la toi de Dieu ^ que le Seigneur menace de punir par les plus terribles châtimens: vous perdrez les pécheurs qui ne veulent pas se soumettre à "VOS préceptes , dit à Dieu le prophète-roi ; vous/e^
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rez tomber votre malédiction sur ceuac qui se dé* tournent de vos commandemens. Je suis le Seigneur "votre Dieu , dit le Tout-pjuîssiaDt \ le Dieu fort et jaloujc ) qui venge l'iniquité des pères sur les en/ans^ jusquà la troisième et quatrième génération de ceux mi me haïssent. Si vous dédaignez de suivre mes ois^ et que vous méprisiez mes ordonnances ^ si vous ne /aites point ce que je vous ai prescrit , je vous punirai par une ardeur qui vous consumera f f arrêterai sur vous tœil de ma colère ; je muliiptienâ , vos plaies y je marcherai contre vous^ et j* opposerai ma Jureur à la vôtre ^ je vous perdrai entièrement j je répandrai sur vous ma malédiction ^ jusquà ce que je vous aie réduits en poudre.
Peut-on , après ceU) regarder comme udc faute U* gère le refus d'obéir aux ordonnances du SeigDCurf et que ne doivent pas appréhender les rebelles transgresseurs de sa loi , puisque c'est une espèce de magit^ de ne vouloir pas se soumettre à Dieu^ et que ne pas se rendre à sa volonté ^ c'est le crime de lidolatrie.
Pour faire çntrcr le pécheur dans lés sentimens d'obéissance et de soumission qu'il doit à la loi de DieO) il faut s'appliquer ) en premier lieu, à combattre les • deux principes qui forment dans l'homme une double opposition à cette obéissance. 11 faut ensuite lui faire sentir toute la foiblesse des excuses et des prétextes qu^il imagine pour se décharger de la loi de Dieu.
Les deux principes qui produisent dans Thoiiimesa répugnance pour la loi de Dieu , sont Forgueil et h lâcheté. L'orgueil lui fait oublier ce qu'il doit à Dieu; la lâcheté l'empêche de voir ce qu'il peut et de quoi il est capable , avee le secours de Dieu. L orgueil da rhomme le rend insolent et libertin , et sa licfaeté le rend foible et pusillanime. Son orgueil lui inspire de la hauteur à l'égard de Dieu même ^ sa lâcheté le jette dans l'abattement i Tégard de ses devoirs. Or ^ pour
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mgager un pécheur à éviter ces deux extrémités égale*neiit dangereuses^ il faut lui faire voir l*obIigatioQ de ;e soumettre avec humilité à ce que la loi ordonne^ 1 faut lui montrer combien il est condamnable de s'éfrayer de ce qu^il y a dans la loi de difficile.
Le pécheur peut vouloir s'élever au— dessus de la lot le Dieu, de àenx manières. La première s'appelle révolte du cœur, lorsque, sans s'expliquer autrement que )ar ses œuvres , il dit intérieurement , non serviam : I m'en coûteroit trop pour vivre dans cette servitude } {lie Dieu ordonne tout ce qu'il lui plaira , je ne îne oumetirai point à sa loi. L'autre manière de s'élever lU— dessus ae la loi de Dieu, et que l'on doit consilérer comme la plus pernicieuse erreur de notre esprit, consiste à se tromper soi-même, à chercher des prétextes, à se former une conscience pour se dispenser les obligations de la loi.
Et comment Thomme, né dépendant et sujet de Dieu , ►se-t-il se révolter contre sa loi? Quel droit peut-il voir de vouloir être indépendant de Dieu, quelle que oit sa condition dans le mondef S'il est élevé, par sa randeur, au-dessus des autres, quel droit a— t-il de e faire deson état un principe d'indépendance f Comme i la loi de Dieu u^éioit pas faite aussi pour les grands [e la terre; comme si Dieu , en la portant, avoit dû ss excepter^ comme s'il n'éioit pas au contraire, de 'empire de Dieu , qu'il y ait pour eux un législateur t une Ipi ,afin de leur apprendre quHls sont hommes. Lu contraire, plus on est grand et élevé au-dessus de 1 multitude, plus spéciate aussi doit être l'obligation le vivre dans un parfait assujettissement aux lois de )ieu; parce que ces lois regardent encore plus partiulièrement ceux qui sont placés au-dessus des autres, [ue le reste des hommes , quoiqu'elles soient pour tous ans exception. On en sera bientôt convaincu , si l'on eut faire attention que plus on a dans le monde ^ ou e naissance , ou de pouvoir, plus on est capable de
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rendre à Dien rfaommage qui lui estdâ en qùalifé'de souverain I<^çislateur. Et comment lesgrands pourroîent< ils penser qu ils ne sont revèias d'honneur ou pourros de biens , que pour être plus en droit que les autres de ne faire que leur propre volonté^ el de ne sotrre que leurs caprices? Comment peut-on croire queDiea, dont la toute-puissance est inséparable de sa sagesse et de sa sainteté ^ s^est propose une pareille fio dans Tinégalité des conditions humaines f Les rois eox-mênies ne régnent que pour servir et faire régner le Seigoeor sur la terre , et afin que sa loi ait en eux des observateurs plus fidèles et de plus zélés défenseurs. Nous disons, ^fe^ observateurs plus jîdèles ^ parce queDiea veut) dit saint Grégoire, que les petits apprennent <!es grands à lui obéir^ et que les grands se considèrent, sur ce point, comme la règle à laquelle les petits doivent se coôformen Ainsi, le Seigneur, en plaçautles grands au*^dessus du commtm des hommes , a prétendit les proposer au monde pour modèles de la dépendance de ses volontés, et comme des exemples d'une plos in-^ violable fidélité et d'une plus parfaite soumission à sa loi.
Ecoutez, ô rois, leur dit le Saint-Esprit dans le livre de la Sagesse: auaite ^ reges*, et intelUgiie: recevez Viristruction que je vais vous donner, /ii^e5 delà terre. Considérez que vous avez reçu cette puissance du Seir gneur^ et cette domination du Très- Haut ^ qui interrogera vos œuvres , po\ir vous en faire rendre un compte exact : si^ étant les ministres de son royaume^ njous n'avez pas jugé e'quitablement ; si vous n*avez pas gardé les lois de la justice f si vous n'avez point marché selon la volonté de Dieu^ Dieu^ qui est le Seigneur de tous, n exceptera personne ^ et il ne respectera la grandeur de qui que ce soitf parce qu il a fait les grands comme les petits.
Après cela, quel droit ont ceux qui sont nin dans des- conditions plus obscures, et dont il semble que la
côcaiion se termine à dépendre et à obéir; quel ^roit, lis* je, ont-ils de s^affranchir do joug de robéissance i la loi de Dieuf Si ceux qui soni plus 41evés ou^eux laos le monde , sont également su jets à la loi de Dieu, dnsi que les divines Ecritures nous rapprennent ; s^'Is loiveut être jugés , aussi bien qu'eux, selon la loi de 3ieuj si aucun moriel^ quel quHl soit, ne pourra janais éviter le tribunal ou tout doit être décidé par la oi de Dieu ; comment ceux qui n^auront reçu pour parcage en naissant que Tobéissance , pourront-ils ne las rougir de lextrémeet de Tinjuste opposition qu'ils émoignent à. dépendre de la loi de DieuT Quoi! ils e font souvent un mérite , ou du moins une politique le dépendre des hommes ^ et ils refusent de se sou-^ nettre à UieuP Ils n^osent désobéir aux hommes, et Is désobéissent à Dieu : ils sont souples devant les iommes,et orgueilleux devant Dieu: les lois des hommes es contiennent dans le devoir , et ils violent impuné^ nent celle|S de Dieu» Quelle préférence ! quelle irréigion !
Ne cherchons la cause de cet étrange et impie éloi—
garde comme tr6p gênante et trop humiliante, comme ennemie de cette liberté naturelle dont il est si jaloux , et 3ui n'est alors autre chose qu'un amour déréglé de Tinjépendance,et qu'un esprit de libertinage. Car au fond, [ obéissance à la loi ae. Dieu, bien loin d'humilier Phomme, fait sa véritable gloire; pins on est sujet à cette sainte loi, plus on est heureux , plus on est libre, plus on est maître de soi-même: si vous demeurez fermes dans ma parole^ nous dit Jésus-Christ, a;oiif connoitrez la ^vérité , et la vérité vous rendra libres» L'ailranchisseVnent des lois humaines passe pour un privilège; mais le grand privilège de la.grâce,est d'être incapable de s'émanciper de la lo» du Seigneur, et de
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ne trouver du repos et une paix inaltérable , que dans un attachement inviolable à ses admirables ordonpaoces: pajc multa diligentibus legem tuam^ dboit à Dîeu le prophète^roi j et non est Mis scandalunu
Gomment doûc Thomme peut*il mettre le bonheur de sa vie dans une malheureuse possession de ne dépendre d^aucune loi ^ dans ^ une licence criminelle de tbut entreprendre j au préjudice de la loij dans un oubli de ses devoirs^ qui aille jusqu^à méconnoitre son Dieu , à se le figurer comme fauteur de nos désoi dres, qui ne connaît point ce qui se passe sur la terre ; qui ne veut point nous contraindre dans nos passions , dans nos désirs ^ d^ns nos desseins ; dont la justice n'est point aussi sévère et les vengeances aussi terribles ^ pour punir les ennemis de sa loi , que nous le disent les livres saints : et dixerunt , quomodo scit Deus^ et si est scientia in Eaccelso. Car voilà le langage do pécheur ennemi de la loi du Seigneur j et c'est où conouit Tesprif du monde. On n'en vient pas là d'abord, on ne commence pas pgr dire avec limpie : qui est ce Seigneur dont on me menace et dont on m^oppose la loi, pour que je sois obligé d'écouter sa xoixî quis est Dominusy ut audiam ^océm ejus? mw^ par un progrès infaillible de l'habitude du péché, on s'accoutume ^ sinon à parler ^ du lùoins à penser et à vivre ainsi. A force de violer la loi^ la crainte de Dieo s'affoiblit , le libertinage se fortifie et prend le dessus* Après bien des péchés commis, et bien des transgressions réitérées , on se trouve dans l'abominable état de celui qui disoit, en insultant à Dieu: f ai péché ^ et que m*en est-il arriyé de mal F De là, celle tranquillité que Ton couserve , même en péchant ; de là cette hauteur et celte fierté avec laquelle on soutient le vice; de là cet endurcissement qui y met le comble. Ou re« jette, sans distinction , toute loi de Dieu qui est incommode; et si Ton en respecte quelqu'une, ce n'est ps parce qu'elle est la loi de Dieu ^ mais parce qu'elle est
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utorisée des lois du monde, et que les lois du monde 3roeiil à la garder. Au commeucement on sauve le's iehors^ mais à ta fia 011 lève le masque, on ne se coii^ raint plus en rien, on ne ménage plus rien, et il u'arive que trop souvent, qu'on fait même gloire de son mpiété et de ^es excès.
Outre que nous nous élevons au-dessus de la loi de Dieu, par une révolte de cœur, nous tombons encore lans ce désordre par un aveuglement d'esprit^ c^est-àlire , que nous nous laissons préoccuper de certaines erreurs , que nous cherchons des excuses et des pré-« extes pour nous décharger du fardeau de la loi de Dieu ; ] ne, raisonnant selon notre sens, et nous faisantdes principes à notre gré , nous adoucissons la sévérité de a loi de Dieu; que, pour parvenir à nos fins, nous nterprétons comme il nous plaît les obligations de la toi de Dieu; et que, séduits par les artifices de Tamour de nous-mêmes, dont nous sommes prévenus, nous accommodons la loi de Dieu à nos intérêts, à nos vues, â nos inclinations et à nos passions , au lieu d'accommoder nos intérêts et nos passions , nos inclinations et nos vues , à la rigueur de la loi de Dieu. Et voilà la principale, ou plutôt Tunique source cle ces prétendues impossibilités d/accomplir cette sainte loi, qui sollicitent des dispenses dans les cas où elle nous est à charge , et qui nous portent à nous en accorder nous-mêmes. Yoilà la source de tant de singularités odieuses que nous affectons ; de tant d'exceptions du droit commun, que nous couvrons du voile d'une prétendue nécessité; de tant de raisonnemens frivoles et mal fondés , de tant d'opinions hardies et trop larges, de tant de probabilités chimériques, de tant de détours et de raffinemens, où nous altérons la pureté de la loi; en sorte que, toute étroite qu'elle est, elle ne nous oblige plus , qu'autant que nous le voulons , et de là manière que nous le voulons. Yoilâ enfin la source de écette disposition criminelle que nous avons à dispu^-
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ter avec Dieu^ qaand il s*agit de sa loi; Ji ne rendre a cette admirable loi^ qu'uoe obéissaoce forc^^ qn^noe obéissance intéressée, qu^une obéissance impar&îtei et qui se réduit toute à cette rè{i[le:/ suis^/e obligé dans la rigueur? t&t-'Ce un commandement absolu? y 'va-t^il du salut éternel? Règle trompeuse, et qui nous expose à une réprobation éternelle , puisqa*il est certain qu'entre robligatiou de la loi et le conseil, il n jr a souvent qu^un pas à franchir; et que. nous conduisant de la sorte, nous marchoits toujours sur le bord du précipice.
: Teoops«udu» donc à ces importantes maximes : que pous devons toujours prendre contre nous-mêmes le parti de la loi de Dieu; que, sur le sujet de la loi de jbieu , nous devons toujours craindre de nous tromper et de nous faire de fausses consciences ; que doot dé* çider , en mille occasions , jusqu'où la loi de Dieo s^étend , nous ne devons point consulter les lois du monde;
3u^en ce qui regarde la loi de Dîeu , le seul nom de jspeusQ doit nous (aire trembler, et que nous devons npus en déleudre avec toyt le sèle que doit inspirer lytachement et le respect dus aux préceptes du Seigneur» Autrement, s'il est permis à chacunde s écouter ^ il ny aura personne qui ne se croie fondé en faisons, pour se dispenser des lois de Dieu les plus indisnensables. Il est vrai qu en suivant Tesprii du monae, qui est un esprit de licence, on secouera le joug des plus^rigourisuses obligations et des devoirs les plus essentiels; maiS) où va une telle conduite, et quVn peut-on attendre P Avons-nous à faire i un i>ien qui puisse être surpris , et à .qui nous puissions en imposer ? Lui , qui a fait la loi selon les vues de sa sagesse infinie, et qui ne nous a pas appelés 4 son con«* seil, quand il a voulu rétablir, s'en rapportera-t<-ii à nous, en passera-t-il par nos avis, s'en tiendra-t-il i nps décisions, quand il viendra nous jogerP Heureux, au. contraire, dit le prophète royal, heureux, Seigneur, ceux qui s'appliquent à connoitre vos ordonnances, et
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|ui vous chercbent de tout leur cœur: beati qui scru-lantur testimonia ejus ; in loto corde exquirunt eum* Car voas Tavez ordonné, mon Dieu^ et il esl juste que iros lois soient eYaclement gardées : tu mandasti man-^ data tua custodiri nimis. Autrement, elles ne seroient plus vos lois , el elles n'auroient plus ce caractère de souveraineté qui lecu* est propre, sHl ëtoit permis & rhomme d'attenter sur elles, et de les interpréter au gré de $^ passions.
L'homme trouve encore souvent , dans les difficultés insurmontables qu'il croit voir à l'observance de la loi de Dieu, un prétexte ponr justifier ses lâchetés et ses infidéliiés. C'est pourquoi il est nécessaire de lui faire sentir l'injustice de ses frayeurs , en lui démontrant que cette divine loi, quelque parfaite quVUe puisse être, non-seulement n'est point impossible, mais qu^elle n'est pas même tellement élevée au*-dessus de nous, que nous ayons droit de nous plaindre de ses difBcultés.
Ce que je vous prescris aujourd'hui , et que vous devez observer pour être heurenx, n'est ni au-dessus de vpus^ ni loin de vous, disoit Dieu à Israël; ed sorte que voua puissiez dire: qui pourra y arriver? mandatum hoc^ quod ego prœcipio tibi nodiè^hoh supra te est^ neque procul positum. Et, pour le garder, il ne faut ni passer les mers^ ni se retirer dans les déserts et les solitudes, comme s'il étoit bien éloigné de vous : njsque trons mare positum , ut causeris et dicas : quis ex nabis poterit tr<insfretare mare , et illud ad nos déferre ^ ut possimus audire etfacere quod prœceptum estFCesi un commandement, a joutoit le Seigneur, que j'ai mis dans vos mains, dans voire boucne et dans voire cœur : dans votre cœur, en vous le rendant aimable; dans votre bouche, eu vous donnant lieu d^avouer qu'il est souverainement juste; et dans vos mains, en vous donnant des secours .pour l'accomplir avec facilité: sedjuxta te est sermo "valdè ^ in ore tuo et in corde tuo , ut facia^ illum»
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Que nedevons*iioQs donc pas dire de laloi evangi^Iiqnei qui esc une loi de grâce, une loi d amour, une loi de liberté f les commandemens de Dieu ne sont point difficiles^ nous dit saint Jeané Aussi le concile de Trente ( Sess. 6. can. 1 8. de JusiiJ. ) prononce-t-il anotthème contre celui qui dira que les commandemens de Dieu sont impossibles à garder.
Cependant Thomme, qui ne veut pas obéir à Dieu, établit un principe tout contraire^ et , pour avoir de
3uoi se défendre de toutes les accusations que la loi a Seigneur formera un jour contre lui • ou qu'elle forme déjà devant Dieu, il ose l'accuser elle-même de n^être pas assez proportionnée à notre foiblesse. Il se la figure dans un degré de sévérité, où il prétend que nul de nous ne peut atteindre^ et, par une pusillanimité dont il voudroit la rendre responsable ^ il s'écrie sans cesse : qui pourra par^'enir à un point de sainteté si sublime: quis in cœlum ascendet? En un mot, il se persuade que cette loi exige trop de nous, et qu'elle est absolument au-dessus de nous.
Et pourquoi f Parce qu'elle nous engage, dit-il , a nous dépouiller, en mille occasions, de ce que nous avons de plus cher; parce qu'elle contredit certaines aflfections tendres de notre cœur, et qu'elle nous oblige ji les étouffer j parce quVllc nous prive de certaines joies et de certaines douceurs de la vie, auxquelles nous sommes attachés; parce qu'elle nous ordonne de renoncer à un certain honneur mondain dont nous nous piquons; et que souvent elle nous réduit à paroitre, devant les hommes, dans des états très-^humilians; parce -qn^elle nous oblige de vivre, jusqu'à la mort, dans une rigoureuse pénitence. Examinons en détail ces raboos, afin de voir ce que noijs devons en penser.
I. Il est vrai que, pour obéir à la loi de Dieu, il doit nous en douter quelquefois le sacrifice de ce que nous avons de plus cher; mdis, ne nous déguisons rien a ■nous-mêmes, ce que nous avons alors de plus cher^
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Si- il assez considérable pour le faire tai^t valoir à 3ieuF Quelque cher qu'il nous soit, de» qu'il ré— >ugne à la loi du Seigneur , n'est-ce pas ce qui lous trouble f n'est-ce pas ce qui nous dérégie F l'est- ce pas ce qui nous corrompt? n'est-ce pas ce {ui nous décrief n'est-ce pas ce qui nous damne P Si a loi de Dieu nous retranche un mal aussi pernicieux ]ue celui-là, avons-nous sujet de nous en plaindre? Et la sainte violence qu'elle nous fait, en nous obli— géant à un renoncement si salutaire, doit-elle passer pour un excès de rigueur f Par exemple, Dieu nous dit: sacrifiez-moi cette passion dominante qui est dans votre cœur ^ cela nous semble dur : mais en même temps, faisons un retour sur npus, et nous serons contraints d'avouer que cette passion domi^uante est un attachement honteux qui nous déshonore, un esclavage des sens qui nous abrutit, une loi de péché qui nous captive et qui nous tyrannise* Mais en même temps, nous serons forcés de reconnoitre que cet attachement , dont nous nous faisons une passion , n'est qu'une fascination d'esprit, qu'une obstination de cœur,
au'une source d'égaremens dans notre conduite, et de érèglement dans nos affections et dans nos actions. Mais en même temps, nous ne pourrons nous empêcher de convenir, et Fexpérience nous l'a appris, que cette passion dont nous sommes possédés, n'a point d'effet plus présent et plus ordinaire, que de remplir notre àme de chagrias, de jalousies , de remords , de désespoir j 4^^ 9 tandis que cette passion nous dominera , nous n'aurons jamais de paix , ni avec Dieu , ni avec nous-mêmes ^ que notre conscience , notre raison, notre foi, s'élèveront toujours contr'elle^ qu'elle nous exposera même à la censure du mondt;, et qu'ainsi le monde, tout corrompu qu'il est, préviendra, par son jugement, le jugement terrible de Dieu que nous avons à craindre. En un mot, nous sentons bien que cette passion , avec ces prétendus charmes , dès que nous y sommes livrés , est comme un démon qui s'est em-
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•paré de nous; et qui, malgré nous, nous ùii trouver dans uous-mrmes une espèce d*enfer» Or , cela étant, <|uelle plainte avons-uous droit de former alors contre la loi de Dieu ^ comme si elle nous en demandoic tropP
Et au fond, si Dieu en usoit avec nous dans toiite retendue de sa puissance^ et que, sans nul égard aa plus et au moins de ce qu'il peut nous en coûter, mesurant les choses {rar la seulf^ règle de ce qui lut est dû , il nous commandât de lui sacrifier nos inclinations même les plus innocentes et les plus légitimeS| sous n^aûrions rien à répliquer; et, pour le seul res^ pect de sa loi , nous devrions être disposés & tout : et pourquoi f parce qii'en matière de loi divine, Taulorite de celui qui commande ne doit pofnt être mise en comparaison avec Tutilité de celui qui obéit. / Mais Dieu tient , à notre égard, une conduite bien diflférente j et , par une condescendance digne de son infinie bonté , il ne nous fait point de loi qui ne nous aoit avantageuse. Il nous traite plutôt en père, qu*en souverain et en législateur. Nous sommes donc inexcusables, lorsque, pour autoriser nos lâcheté^^ nous osons encore alléguer que le joug de sa loi est dur et pe— tant. Ecoutons , pour nous confondre , ces paroles de Jésus-Christ : prenez mon joug sur vous^ et 'vous trou* itérez le repos de vos âmes f car mon joug est doux^ et m^n fardeau est léger.
Il n^est dur de renoncer à ce qu^on a de plus cher, lorsque c'esl Dieu qui le demande, que pour ceux qui ne veulent pas adoucir la douleur que leur cause le sacrifice que le Seigneur exige dVux , par les grarlds et puissans motifs que la Religion leur propose. Pour-
3uoi , dans la nécessité où Ton se trouve quelquefois 'accomplir un précepte qui combat la nature, et a quoi elle répugne, ne pas se soutenir par ces pensées: « il est vrai que ce que le Seigneur me df*mande, et » ' ce qu'il faut que je sacrifiiez , c'est ce que j'aime uni-
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» quément ; mais par'^là je donnerai à Dieu ce qu'il » attend de moi ^ mais par- là je montrerai à Dieu que » je veux reconnoitre ses dons , et les grâces qu'il a » répandues sur moi^ mais par-là j'apaiserai Dieu jus-p » tement courrouce contre moi^ mais par-là, toutpé-^ » cheur que je suis, j'engagerai Dieu à avoir compas* » sion de moi j mais par-là je me rendrai Dien pro- » pice , je le mettrai aans mes intérêts , je le porterai » a user de miséricorde envers moi« Am lieu que cette » passion a fait jusqu'à présent tout mon désordre, » dès que je la sacriherai, elle sera tout mon mérite.» Si nous avions toujours ces motifs présens à Tesprit ^ quel précepte nous paroitroit rigoureux P Et si , pour ne nous pas aider de ces motifs, la loi de Dieu nous devient pénible, devons-nousnous en prendre à d'autres qu'à nous-mêmes f
2» Pour garder la loi de Dieu , ajoute-t-on , il y a des douceurs dans la vie, dont il faut se passer^ et c'est encore ce qui effraie notre amour- propre. Car, quelque disposition que Ton ait à vivre dans Tordre, on se propose toujours, en vivant ainsi, un certain état de douceur , et souvent mèmey c'est cette douceur que Ton cherche en se réduisant à Tordre^ et un des foibles les plus ordinaires des personnes qui veulent se donner à la piété, est de se rebuter de Tordre, dès qu^on n'y trouve pas cette douceur. Mais, dit-on, comment se décider à une vie aussi insipide ^i si ennuyeuse ? quel moyen de soutenir cet étatP car voilà le spécieux pré* lexte dont se couvre la lâcheté de tant d'&mes meo«daines, lorsqu^on leur parle d^une soumission parfaite à la toi de Dieu.
Mais, si ces chrétiens lâches et pusillanimes agissoienjt par l'esprit de la foi , ou pourroit leur dire que la grâce, toute- puissante sait bien adoucir câl ennui quHls craif guent, et qu'ils croient attaché au service de Dieu* S'ils counoissoieut le don de Dieu, ils confesseroient que ces joies courtes et passagères, auxquelles on re—
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nonce pour Dieu ^ sont abondâmmeni compensées paf des consolations bien plus solides et bien plus propres i remplir la capacUë de notre cœur. Enfin, s'ils vonloîent parler de bonne foi, et convenir de ce qo'ib ont appris par leur propre expérience, nous leur dc^ manderions s'ik n ont jamais éprouve aucun ennui dans le service du monde} monde où tout est incertain , à la réserve des peines qu^on est sûr d y trouver j et profitant de leurs aveux, nous pourrions fa^ cilement les forcer de reconnoitre qu'il n'y a de véritables consolations que celles que Dieu réserve à ceux qui le craignent i et que, lorsqu'on voudra sincèrement demander au Seigneur la grâce de le goûter , on verra bientôt qu'il n'y a rien de comparable aua: douceurs qu'on trouve en lui dans ses peines. Au reste , il faut avoir entièrement perdu tout seutimeut de religion , pour ne pas voir qu il est indigne , sur un devoir aussi important que l'observation de la loi de Dieu, dap^ porter une excuse aussi frivole que l'est cet ennui pré* tendu qui y paroit attaché.
3. Nous nous persuadons que la loi de Diea exige trop de nous, lorsqu'elle nous ordonne de renoncer à un certain honneur mondain dont nous nous piquons, et qu'elle nous réduit à paroitre devant les hommes dans des états très-humilians. Et à quoi nous oblige-t-elle donc alors, dont nous ayons droit de nous plaindre? Elle veut, cette divine loi, que nous paroissiens teb que nous sommes ^ qu'étant essentiellement soumis au souverain domaine de Dieu, nous ne rougissions point des sacrifices qu'il nous demande, des services qu^il exige de nous , des hommages que nous devons lui rendre; sur<<»tout, qu'étant véritablement pécheurs, nous n'ayons pas honte des pratiques de pénitence , qui doiventsenrir à nous laver, à nous réconcilier, à nous acquitter auprès de la justice divine. Quy a*t-il en cela de rigoureux et d'excessif? Et. comment osons-nous prétendre que , pour un vain fantôme qui nous séduit, il noossoit
permis
EN Généaal. tjSg
permis de refuser au Seigneur tous ses droits ^ de trahir tous ses intérêts , de tâcher de renverser tous ses dessems^ de Qpus opposer à ses ordres, de mépriser et de fouler aux pieds toutes ses volontésf
4* Â 1 égard des frajreurs que cause an pécheur lâche la nécessité de faire pénitence , et qui s^en sert comme d'un prétexte qui doit justifier sa désobéissance à la loi du Seigneur , il sufBroit, pour toute réponse, de lui rap*
Eeler lanalhèmeque le Fils de Dieu a prononcé contre is pécheurs impénitens : si vous ne faites pénitence^ vous périrez tous. S^il osoit encore y répliquer , on pourroii sans doute lui fermer la bourhe , pourvu qn*il lui restât une teinture de religion, en lui disant: «o homme!
> qui êtes— vous , pour disputer contre Dieu ^ et quel
> droitavez-vous de lui demandcrcomptede sa conduite
> sur vous? > o homo^ tuquis es^ qui respondeas Deo? C'est ainsi que Tertullien , répondant au pécheur qui
;raint de faire pénitence , lui reproche sa répugnance i sy soumettre , après le commanaement que Dieu lui !na fait. Le Seigneur vous l'ordonne, lui.dit-il: n'est— :e pas assez pour vous obliger à lui obéir? Quand il n'y luroit que le seul respect du à son autorité, elle mérite >ien que .vous Técoutiëz préférablement à tout ce que >eut dire votre délicatesse, lorsqu'elle appréhende d'en ouffrir. Deus imperat : prior est auctoritùs imperan-* isquàm utilitas servientis.
dépendant, pour ne pas rebuter le pécheur , il faut ni faire voir que ses alarmes sont vaines ^ en lui mon-< rant^ après lui avoir fait sentir la nécessité de la péni*- 3nce , quels en sont les avantages , et quelle en est la iouceur ^ en lui disant avec Tertullien , que la pénitence st la félicité de Thomme pécheur : pœnitentia , ho-^ liais rei/elicitas.
Et comment se peut-il faire, dira-*t-»on,que Thomme
écheur trouve sur la terre son bonheur dans ce qui
oit mortifier son esprit , crucifier sa ch^'r ^ combattre
?s passions , l'obliger à se renoncer lui-mèmerU est