Du Décalogue
L'étude de TEcriture sainte ne doit avoir principalenient en vue que notre sanciilicaiion , et le désir de pouvoir utilement travailler à celle de nos frères. Lisonsla, ainsi que nous en avertit saint Prosper; cherchonsy des lumières pour connoître ce que Dieu demande de nous, le bien qu'il nous commande, le mal qu'il nous défend, le chemin que nous devons suivre, ce que nous devons corriger en nous. Nous y apprendrons les remèdes que demandent nos maux , ce que nous devons corriger en nous , ce que nous devons travailler à acquérir et à augmenter en nous , ce que nous devons nous appliquer à y détruire. Litterarum divinarum sacris meditatioinbus vacet ( Sacerdos ). In his se divinitiis illuminatus oblectet^ ibi se totum a)elut in spécula qiiodnm refidgente consideret y quod in se pravum deprehenderit ^ corrigatj quod rectum est ^ teneat y quod déforme^ componat ^ quod pulchruin^ excolat y quod sanum^ servety quod iti/irmum ^ assiduâ lectione corroboret ( S, Prosper^ seu JuL Poni, de ^itâ contemplât, Sacerd. L, i. C» 8. ).
A Dieu ne plaise que la simplicité de ces livres divins nous en dégoûte : admirons— en la sagesse, qui, à une profondeur impénétrable aux plus grands esprits, joint nne netteté, une clarté merveilleuse, quand il s'agit de nous enseigner ce que nous devons savoir pour être sauves.
« Quant au style de l'Ecriture, dit saint Augustin
> (^Ep. iSy), combien le Seigneur la rend il accessible, » pour ainsi dire, à tout le monde ^ quoiqu'il s'y trouve » des profondeurs que peu d'esprits petivent pénétrer? » Dans ce qu'elle dit clairement , il semble qu'elle parle •» aux cœurs des plus simples aussi bien que des plus
> éclairés^ comme un ami qui ne cherche qu'à se faire » entendre à son ami, sans couvrir d'aucun nuage le » sens de ses paroles. Et même , dans ce qu'elle cache » sous des figures mystérieuses, elle n'emprunte point » ses expressions de ce qu'il y a de plus savant et de
EN Génlral. G-ji
» moins connu ; ce qui en pourroit éloigner les esprits > qui ont moins de lumières et d'érudition , comme » réclatel la magnificencedes riches, fait que les pauvres » n^osenl les approcher. Dans ces endroils-là même, 5> elle conserve une simplicité de sijle par où elle » appelle tout le monde à elle, pour nous nourrir de » la vérité qu'elle nous montre quelquefois à décou— 5> vert, mais qu^elle nous cache aussi quelquefois j pour 1^ nous exercer.
> Ce que l'Ecriture sainte nous cache dans les pas- » sages obscurs, n'est que ce qu'elle nous exprime clai- » rement dans les autres ^ mais , de peur que le peu » que nous coûtent les vérités qu^elle nous apprend y> dans ceux-ci, ne nous en fasse perdre le goût, elle » le reveille en couvrant ailleurs ces mêmes vérités » d'une obscurité que nous ne .saurions nous em|)écher » de vouloir percer; et quand nous Pavons percée, » ce qu'elle nous cachoil nous devient comme nouveau, » quoique nous le sussions déjà^ et cette sorte de nou- » veauté nous l'imprime davantage , et nous le fait ^ mieux goûter. Ainsi TEcriiure sainte, par ses en- » seignemens salutaires, redresse les esprits qui s'égarent, » nourrit et éclaire ceux qui manquent de lumière , » et fait les délices de ceux qui en ont le plus. Il ny » a donc d ennemis de celle céleste nounilure, que » ceux qui soi\t , ou asjez aveugles pour ne p«s voir 3> combien elle est salulaire, ou assez malades pour en » avoir de Téloignenuent et du dégoût. »
Nous devons donc travailler soigneusement , par notre respect, notre docilité, et la sainteté de nos dispositions lorsque nous la lisons , à mériler les avantages qu^elle nous olTre ^ nous devons craindre qu'elle ne nous condamne , si nous ne Técoutons pas , si nous Tie croyons pas que c'est Dieu qui nous parle' lorsque nous la lisons. Rappelons-nous alors ce que nous en dit encore saint Augustin: Scriptura sacra altitudinc sud suferbos irridet . projundicate atténuas tenct , s'ci i-^
6^2 Du Décalogxje
tate magnos pascit , affabilitate parçidos nutrlt ( Lib. 5. de Gènes, ad litt, C. \ 3. ).
Di: la Néùessité d'étudier T Ecriture sainte.
XliTUDiONS TEcriture sainte. Sans celte étude , quelle pourra être la vie, sur-tout des prêtres, auxquels s'adresse principalement celte réflexion de saint Jérôme î quid potest esse iita^ sine scientiâ Scripturarum ^per quant ipse Chris tus cognosciturF
Etudions , lisons TEcriture sainte. Nous y trouverons des enseigneraens pour toutes les vertus , des remèdes préparés pour toutes les maladies. ^ Scripturâ unus-^ quisque , tanquam ah officinâ medicinœ , oppositum injirmitati suœ médicament wn im^enire poterit , dit saint Basile ( Ep. i. ad Greg. Naz, ). Elle a été écrire par 1 Esprit saint , pour rendre l'homme heureux, en lui apprenant à soumettre ses passions , son esprit et son cœur, à la loi de J3ieu. Hâc ipsâ de causa àSpiritu sancto conscripta est ^ dît saint Augustin, ut ^veluti ex communi quodam sanitatis fonte ^ onines nohis eoc hâc remédia propriis passionibus assumamus ( Prolog, in Fsalm, ).
C'est dans les saintes Ecritures qu'^est dressée pour tous , et en la présence de tous , cette table spirituelle où nous est ofTerte la viande de la doctrine céleste pour la nourriture de notre esprit. C'est-là que nous trouvons un antidote contre le venin de nos péchés , un secours dans nos besoins, une ressource dans nos malheurs, un soulagement dans nos peines et nos travaux, une pleine sûreté dans nos périls. C^est-là , dit saint Ambroise , que chacun trouve de quoi guérir ses blessures, ou perfectionner son mérite. C est dans FEcriture que nous sont présentés des mets délicieux au goût, solides pour la nourriture , pleins d'efficace et de vertu pour notre guérison j dit aaint Bernard {Serm, 67. incantic).
C'est
Cest d'elle, comme d'un arsenal bien muni , que se tirent les armes dont nous avons besoin dans les combats continuels que nous devons soutenir contre la chair , le monde et le démon^ pour j'-ouvoir repousser les violens elTorts de ces ennemis pleins de malice , et éviter leurs embûches, à l'exemple de notre chefJe'sus— Christ , qui repoussa par trois passages de l'Ecriture , comme par autant de traits , la triple tentation du démon *, pour nous apprendre qu'il n'j a point de icnialion qui puisse nous vaincre , si nous allons au combat armés des oracles que nous aurons lus dans les livres saints. C'est lEcrituie qui éclaire notre esprit: votre lumière, ô mon Dieu , dit le roi prophète, est un flambeau qui éclaire mes pas^ elle luit dans le sentier où je marche : lucerna pedibus meis verbum luiirn^ et lumen semitis mets.
L'Ecriture purifie nos affections, lorsqu'elle en découvre les souillures , et qu'elle les nettoie. Car, comme dit saint Augustin ( Serm. 6. de {^erb, Dom, ), les divines Ecritures sont un miroir , qui ne nous trompe point par un Jaujc jour ,SaL'iniIjéon dit la même chose ( Serin» 1 1 . in Qaadrag, ) : La miséricorde de Dieu a formé par un admirable artifice^ remarque ce saint docteur , un miroir resplendissant de sss préceptes oit r homme peut voir son visage au naturel , et combien son âme est conforme ou peu ressemblante à limage de Dieu,
L'Ecriture sainte doit donc faire la principale occupation des prêtres , s'ils veulent se remplir dfe la science nécessaire aux conducteurs des âmes^ et s'ils ont bien médité ce que saint Paul écrivoit à Timoihée, et que nous avons déjà rapporté: toute Ecriture inspirée de Dieu^ est utile pour enseigner , pour reprendre , pour corriger ,^ pour instruire dans la justice ,^ etc. Mais il est nécessaire d'observer que l'étude des livres saints ne peut être trop fréquente et trop assidue: car. il en est de V Ecriture sainte ^ comme des parfums^ Tome IIL ^ v
674 ^u Décalogue
suivant la comparaison de saint Chrysoslôme ( Hom, id.in Gen»)j plus ils sont br oj es ^ plus ils répandent d'odeur : plus aussi on s^ accoutume à lire et à méditer l Ecriture^ plus on y trouve de trésors cachés^ et plus on j goûte de délices inexprimables*
Laissons donc là ces ouvrages et ces livres où Ton ne nourrit la curiosité de Thomme , c^ne de viandes en peinture 5 pour chercher ce que nous devons savoir , et enseigner aux autres . dans ces Ecrits sacrés dont la douceur est celle d'un miel tout céleste , et dont la lumière a pour principe , la lumière de Dieu même. Omissis et répudiât isnugis theatricis et poëticis ^ dit saint Au-^ gustin ( de verâ Relig. C, 5 1 . ) , divinarum Scripturarum consideratione et tractatione pascamus animuin ctque potemus , vanœ curiositatis famé ac sitifessuni et œstuantem , et inanibus phantasmatibus^ tanquam piotis epulis, frustra refici satiarique cupientem.
N'oublions jamais, que le principal fonds de la véritable théologie , est la parole de Dieu: écoutons principalement celle qui nous est annoncée dans TEvangile, par la b?.)uche delà vérité même; écoutons avec la plus respectueuse aueniion, les adorables paroles de Jésus- Christ^ tâchons d'en pénétrer tout le sens ^ lisons- les avec soin , méditons-les. Qui que vous soyez , vous qui voulez prêcher aux autres les vérités du salut •^ q^iQ le sommeil vous surprenne tenant en main les livres saints, dit saint Jérôme , que leurs pages sacrées reçoivent et soutiennent votre tête , lorsqu'elle tombera accablée de sommeil. Lisez souvent les divines pages du nouveau Testament; que ce livre sacré ne sorte jamais de vos mains , dit saint Grégoire.
L'Evangile est un trésor inépuisable, où nous trouvons tout ce qui peut remplir nos besoins : les martyrs y ont puisé leur invincible constance; les docteurs elles maîtres de la sagesse , leurs lumières ; les infirmes dans la foi, une foi plus ferme et plus hardie à se manifester; Icstièdes, un esprit de ferveur et de zèie; tous enfin y
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apprennent à cire modestes dans les prospérite's , et patiens dans les malheurs^ ils y liouvenl quelles sont leurs obligations, quelle est la voie qui doit les conduire au ciel. C'est Tabrégë et comme le raccourci de toute la philosophie chrétienne : son auteur est le Fils unique, qui est dans le sein du Père ^ sa maûère est la loi de Dieu , loi louie pure qui convertit les âmes^ sa fm est la béatitude éternelle. C'est un miroir qui ne séduit personne, qui ne flatte personne, dans lequel chacun se voit tel qu'il esi : c'est-là que nous voyons nos beaiités et nos laideurs, nos vices et nos vertus ; combien nous avançons vers la perfection j et combien nous en sommes éloignés. Une vue attentive des vérités que nous enseigne l'Evangile , éclaire Tesprit, purifie le cœur , imprime dans lâuie de ceux qui les méditent , une crainte salutaire de Tenfér , et un désir ardent des biens éternels.
Entin , tout ce que Thomme a[>preiid ailleurs, dit saint Augustin, trouve dans les livres saints . sa condamnation, s'il e->t mauvais^ ou y est contenu. sSl est utile et après que chacun j aura trouvé fout ce qu'il aura vu ailleurs d'utile , il y trouvera des choses qu ou ne peut trouver que dans l'admirable simplicité de ces divines Ecritures.
Si on nous demande encore , quand on doit cesser d'étudier l'Ecriture sainte, nous n'avons p<îint d'auire réponse à faire quecelln de saint Augustin ( jEp. iSy. ad f^olus.), « La profondeur des saintes lettres est si * grande, dit-il, que quand jti n'aurois lait autre chose, » depuis mon eufance jusqu'à la dernière vieillesse, 3> que de les étudier^ quand j'aurois apporté à cette » étude beaucoup plus d'esprit que je n'en ai; quand » je m y serois appliqué de toutes mes forces, et qu« » j'aurois eu tout le loisir nécessaixe pour cela , j'y fe- » rois encore tous les jours de nouvelles découvertes. » Ce n'est pas qu'il soit si dilEcile d'arriver à ce qu'il » est nécessaire d'en savoir pour cire sauvé; mais, après » même qu'on y a pénétré par la foi, j'.Jsqu'aux choses
5^6 Du Décalogue
» sans quoi il n'y a ni piéié, ni bonne vie, il en reste » encore tant à découvrir, et Ton trouve, à mesure » qu'on avance , que les voiles el les figures mystérieuses » qui les cachent sont en si grand nombre, et qu'il y a » une si grande profondeur de sagesse, non- seulement * dans les choses, mais dans les paroles qui les ex-
> priment, que les meilleurs esprits et les plus avides » d'apprendre , el qui ont donné plus de temps à cette » étude, éprouvent tous les jours la vérité de cette » parole de la même Ecriture : lorsque Ihomme sera
> à la fin de ses recherches^ il trouvera quil ne fait
> que commencer, »
Telle a été la doctrine des Pères cl des conciles. Tous ont recommandé, et principalement aux prêtres, la lecture continuelle de TEcriture sainte. Nunquàm à manibus eorum ( Sacerdotum ) liber legis^ hoc est^ hiblia^ deponotur^ dit le concile de Cologne en i536. Quotidiè aliquid eoc sacris bibliis legite^ dit le IV. concile de Milan. Bequiritur^prœter ^vitœ puritatem^ assidua in Scripturis eœercitatio^ dit saint Basile. Noctihus ac diebus^ sine ullâ cessa tione recenseto divinas Scripturas^ dit saint Ambroise. Cum labore et dili-^ gentiâ effodite arcanos Script urarum thesauros^ dit saint Chrysoslôme. Dii^inas Script uras sœpiiislege^ imo nunquàm de manibus tuis sacra lectio deponatur: disce quod doceas^ dit saint Jérôme.
Etude continuelle de TEcrilure sainte, à laquelle il ne sera jamais nécessaire d'exciter les prêtres, lorsqu'ils en comprendront bien tous les avantages^ lorqu'ils seront bien convaincus que nous trouvons dans les divines Ecritures, un supplément à tous nos besoins. Sommes— nous incertains quelle route nous devons suivre? consultons les livres saints, et ils nous donneront la lumière nécessaire pour dissiper nos ténèbres, un guide sur et fidèle pour le règlement de nos mœurs, et pour la conduite de la vie : à la lumière de ce flambeau qui nous éclaire, nous marcherons sans craindre
EN Général. ' 677
de nous égarer; cid benofacitis at tendent es ^ quasi lucernœ lacent i in caliginoso loco^ nous dit saint Pierre. Avons-rtous reçu des plaies mortelles dans les combats qu'il nous a fallu soutenir t de quelque nature que soient nos maux, nous y trouverons des remèdes efficaces pour notre ^uérison. Gcst votre parole , ô Seigneur^ qui guérit toutes choses ^ dit le sage. C'est ce qui a fait dire à saint Chrysoslôme, après saint Basile, qu'il ny a point d'infirmité, point de passion, quelque déréglée qu'elle soit, qui ne trouve vn remède prompt et assuré dans les saintes lettres mulla est in humanâ naturd vel corporis vel anitnœ pas^io^ quœ medicinam hic accipere nequeat. Aussi les Ma— chabées, environnés de tontes parts et assièges par leurs ennemis, se glorifient-ils d'avoir pour leur consolaiioa les livres saints qui étoien t entre leurs mains : habentes solatio sanctos lihros^ qui sunt in manibus nos tris.
Livres saints, écrits pour former les sentimens et les mœurs de Thomme sur la règle de la vérité. Ils ne lui parlent que pour l'instruire, pour le rappeler et le soumettre à Dieu. Rien de si grand que Tidée qu'ils lui donnent partout de cet Etre éternel et tout-puissant, juste, saint, miséricordieux, véritable dans ses paroles. Rien de plus propre à détacher Thomme de Tamour des créatures, que ce qu ils lui découvrent de son origine et de sa dernière fin : ils lui apprennent qu'il est créé à Timagede Dieu même, destiné à vivre pour lui sur la terre, et à vi\re éternellement avec lui et de lui dans le ciel. Ils humilient et terrassent notre orgu'-il , en nous montrant IVtat malheureux où le péché nous a réduits, et d'où il ne peut sortir sans la grâce de Dieu^ méritée par Jésus - Christ, Ils nous relèvent et nous consolent, en nous ofifrant une res>oiirce infinie dacs la miséricorde de Dieu, et dans la grâce du Rédempteur.
Est-il un seul vice que ces livres sacrés ne condamnent, une seule passion qu'ils favorisent , €l à la-
Vv J
G-8 Du Décalogtte
qvieile ils ne dcclareni la guerre. Oa y voit une allenlion coniiiuu lie à reprimer loot ce qui est contre Tordre. Il ny a point de vertu dont ils ne donnent des préceptes, et dont ils lie présenlent sur-tout de grands modèles. Quelle simplicité de vie dans les patriarches! quelle frugalité! quel amourdu travailau milieu des richesse*! quel détachement de la terre ! quelle foi aux promesses de Dieu! quelle fidélité à le suivre aux dépens de tout! Tel a été le caractère d'A.hraham, dlsaac et de Jacob. Quel mépris des grandeurs humaines ! quel amour des humiliations et des souffrances! quel zèle et quelle douceur dans Moïse! quelle piété! quelle humilité dans David! quelle inviolable fidélité dans ce saint homm« envers son roi, devenu son injuste et implacable persécuteur ! la chasteté de Joseph, la clémence dont il nsfî envers des frères dénaturés^ un long gouvernement où sa sagesse lui conserve jusqu'à la fin, famour et la confiance du prince et de ses sujets, sans qu'il pense seulement à établir ses propres enfans. L'amour de la 4)auvreté dans les prophètes, leur esprit de pénitence, et cette intrépide fermeté à annoncer aux rois même les ordres du Seigneur^ la patience de Job et deTobie, dans les afflictions ^ la modestie d'Esihersur le trône ^ le conrage invincible des Machabées, à la vue des pins horribles tourmens et de la mort^ et une autre infinité d'antres exemples de vertu et de piété, que l'Ecriture sainte nous fournit, sont autant de leçons qui nous montrent ce que nous devons être pour plaire à Dieu. Noos y verrons encore, si nous voulons y faire une attention sérieuse, que j)armi certaines vertus qui caractérisent les saints, dont ces livres divins nous donnent reloge, ils nous montrent dans tous une foi inébranlable, une entière défiance d'eux-mêmes , une parfaite confiance en Dieu et une ferme attente de son secours dans les plus grandes extrémités^ une vive reconnois— sance pour ses bienfaits et on amour sincère pour sa loi*
Cesl ce qui a faii dire à Origène, que FEcriture sainte ressemble à la manne que le Seigneur donna aux Juifs ^ et que les âmes fidèles y trouvent de quoi rassasier tous leurs désirs , et pourvoir à tous leurs besoins : manna verbi Del reddet in ore tuo saporem quetncumque 'volueris. Si nous y trouvons des remèdes efficaces à tous nos maux , nous y trouvons aussi des secours puissans pour repousser les attaques des ennemis de notre salut. C'est une tour mysiérieiise , d'oti pendent mille boucliers , pour armer les l'brts d Israël y c'est une table oie le Seigneur nous a préparé une forte nourriture contre les attaques de nos ennemis ; et c'est, ainsi que nous Tavons déjà observe, ce que le Fils de Dieu a voulu nous apprendre , en ne repoussant les tentations de Satan , dans le désert , que par les paroles de TEcriture: ut nos vinoere crimina^ Scripturarum prœsidio. disceremus^dil saint Ambroise. Meitons-y donc toute notre confiance, dit saint Grégoire^ puisque tout ce que nous disent ces sacrés livres de la loi de Dieu , et tous les exemples des Saints qu'ils nous proposent à suivre, sont comme autant d'armes défensives qii'ils nous présentent pour triompher des efforts de nos ennemis : quot illic prœcepta^ quot exempla justorum , tôt etiam pectoris nostri muniinina, Ef[eis admirables de la parole de Dieu, qtie saint Bernard a compris en peu de mots, quand il dit qu'elle nous purifie, qu'elle nous éclaire, quelle nous échauffe, mundat ^illuminât et calrfacit.lLlie est encore, ajoute-t— il, un remède qui nous guérit, un aliment qui nourrit lame, un feu divin qui embrase le cœur, un glaive qui pare tous les coups que nous partent les ennemis ae notre salut : et cibus noster est , et gladius , et medicina.
Est-il besoin d'autres motifs pour nous attacher à l'élude de l'Ecriture sainte, pour préférer celle étude à toutes les autres, et en faire notre occupation capitale? sint castœ deliciœ meœ Script urœ tuœ ^ disoil
68ô Du Décàlocue
à Dieu sainl Augustin. Tels doivent être les sentlmcnf d'un prêtre. Que vos Ecritures, Seigneur, doit il dire sans cesse avec ce saint docteur, que vos Ecritures soient toujours Tobjel de mes plus chères délices 5 que je m'en nourrisse, que jy boive à longs traits les eaux de la divine sagesse qu'elles m'offrent. Mon âme, «prise de la beaiué de votre loi, vous demande la grâce de la contempler coniinuellemenl : elle est la source des plus pures lumières , pour ceux qui Vé-^ tuaient y elle donne de l intelligence aux simples. Que je soupire tous les momens de ma vie, ô mon Dieu, après le bonheur de Taccomplir^ afin que j'apprenne dignement vos voies, à ceux que vous m'ordonnez de conduire à vous.
Et comment un prêtre pourra-t-il enseigner la voie du salut aux fidèles, s'il ne puise pas ses instructions dans la sainte Ecriture? Comment pourra-t-il servir de guide aux autres, s'il n'a pas appris des livres saints la route qu'il faut leur marquer ?
« Afin qu'un pasteur puisse s^acquitter de tous ses t> devoirs, dit saint Grégoire ( Pf75f. p» 2. c. 10. ), il » doit s'appliquer tous les jours, avec soin, à la lec- » ture de l'Ecriture sainte; chercher, dans les aver- V tissemens salutaires que Dieu nous y donne, de quoi' » réveiller en lui celle vigilance intérieure et cette » sage circonspection qui doit régler toute sa vie.
« Quand il s'agit d'établir et de prêcher Tunité de « l'Eglise, ajoute ce saint pape, il faut trouver des > docteurs fermes et éclairés, qui demeurent toujours ï> attachés aux vérités qu'ils ont puisées dans TEcri- » ture sainte , et qui par-là se rendent capables de » porter chez les infidèles l'arche de TEglise , en y » portant la connoissauce des vérités et des mystères s> qu'elle enseigne.
4 Un pasteur doit être toujours appliqué à l'Ecri- 9 ture sainte , afin de n'avoir pas la confusion d'être * obligé, quand on lui expose quelque difficulté, d'en
* aller chercher la re'soluiion, au lieu delà donner 9 sur-le-champ. » Il faut que les docteurs ëvangéliques méditent toujours dans leur cœur la parole de Dieu, pour ne causer aucun retardement, lorsqu'il sera ne'cessaire d'enseigner à Theure même aux peuples, les choses dont ils seront obligés de les instruire. C'est pourquoi saint Paul recommandoit àTite, dêtrejor^ tement attaché à la parole de la vérité , afin iVêtre capable d'exhorter selon la saine doctrine , et de convaincre ceux qui la combattent.
Ilœcsunt duo p ont ificis officia^ dit Origène ( Hom, 6. in Levitic. ) , ut aut à Deo discat legendo Scrip-^ tut as dii^'inas^ et sœpiùs médit ando j aut populum doceat : sed illa doceat quœ ipse à Deo didicerit , 72on ex proprio corde vel humano sensu , sed quœ Spiritus sanctus docet.
Telle est la doctrine des Pères et des conciles , qui , d'un commun accord, lorsqu'ils ont parlé de l'Ecriture sainte, en ont recommandé la lecture et l'étude continuelle aux prêtres.
De la manière d^ étudier V Ecriture sainte.
Un prêtre qui étudie l'Ecriture sainte doit le faire d'une manière qui lui soit utile, et qui puisse contribuer à sa sanctification et au salut de ceux qu'il est chargé d'instruire. S'il ne s'applique a cette étude que par rapport à la critique, on ne voit pas quel fruit il pourra en retirer pour Tinstruclion des simples fidèles, qui ne demandent qu'à savoir ce qu'ils doivent faire pour être sauvés. Ceux qui n'approfondissent que les endroits les plus difficiles de l'Ecriture sainte, méritent qu'on les atcuse de chercher plutôt à paroître savans, qu'à se rendre utiles. Ceux qui ne sont occupés qu'à feuilleter les ouvrages des interprètes, comme jsi Ton ne pouvoit rien entendre sans leur secours dans
682 Du Décalogue
TEcriture sainte, ne goûleut pas souvent , dans cette ctade, ce qu'il y a de plus agréable et de plus utile. Ils doivent ê(re attentifs à ue pas s'égarer inuiilement dans des questions tout-à-fait éloignées du texte et de Fesprit des livres saints. On ne peut sur-tout trop leur recommander de ne consulter que les interprètes catholiques , qui n'admettent jamais la sainte Ecriture que selon h sens que tient et a tenu la sainte mère Eglise catholiqtie, apostolique et romaine ^ à qui seule il appartient de juger du véritable sens et de la vériiabla interprétation des saintes Ecritures, et qui ne Fenteudent ni ne Tinterprètent jamais autrement que suivant le consentement unanime àes saints Pères.
Enfin ceux qui , en étudiant les livres saints, ne font le principal sujet de leurs études que des choses absolument nécessaires à savoir, et dont Tutilité est manifeste, c'est-à-dire, des mystères de h foi, de la Religion chrétienne et des principes des mœurs ] qui tâchent de s'en pénétrer, autant qu'ils le peuvent , par la méditation , par la prière, par les bonnes œuvres, et d'en remplir encore plus leur cœur que leur esprit; ceux-là, encore une fois, nous paroissent être les seuls qui s'appliquent à la véritable science des Ecritures , puisqu'ils travaillent à y acquérir une sagesse réelle et solide.
Pour parvenir à la véritable connoissance des divines Ecritures, c'est peu d'avoir la science des langues, et d'être munis de tous les secours humains, si Tonction du Saint-Esprit ne nous enseigne. Nous ne con— noîtrons que la surface et l'écorce des Ecritures, si, par une prière humble et fervente , nous n'en demandons l'intelligence au Père des lumières^ de qui descend tout don parfait. C'est pourquoi saint Jérôme , sur ces paroles de Tépître de saint Paul aux Galales : je vous déclare que VEvangile que je vous ai prêche'^ ri a rien de Vhomme , s'explique en ces termes: «MarcionjBasilide et tous les autres hérétiques,
EN Général. -683
> n'ont pas l'Evangile de Dieu , parce qu'ils n'ont pas » le Saint-Esprit, sans lequel FEvangile qu'on en- >> seigne devient tout humain. Gardons-nous de croire » que TEvangile consiste simplement dans les pa— » rôles écrites, mais pensons qu'ail est bien plutôt dans » le sens^ sachons qu'il n'est pas dans la surface et l'é- » corce, mais dans la moelle et dans Tespril. 5> Ainsi, selon la doctrine de ce Père, ceux qui lisent TEvaugile sans être conduits par l'Esprit de Dieu, sans être animés de l'esprit de Jésus-Christ, quand même ils raviroient d^admiralion leurs auditeurs , par Tclégance et la sublimité de leurs discours , se perdront enfin dans la vanité de leurs pensées toutes humaines, auxquelles ils font servir la parole de Dieu , et ils ne prêcheront qu'un Evangile tout humain , dès que Jésus-Christ ne parlera point avec eux. Vouloir annoncer aux autres cette bonne parole, avant que de l'avoir entendue dans la prière, c'est vouloir répandre avant que d'être rempli, dit saint Bernard, c'est parler avant que d'avoir écouté, c'est enseigner ce qu'on n'a point appris.
Pour étudier saintement et utilement l'Ecriture sainte,
il faut < avant tout, dit saint Augustin, que la crainte
» de Dieu nous tourne entièrement vers lui, pour
» nous mettre en état de connoître sa volonté, et ce
» qu'il nous ordonne de chercher ou de fuir. Il faut
» que la piété nous rende dociles et dis]>osés à ne
» point rejeter la vérité, à ne point contredire ces
t livres saints, soit que nous les entendions, lors—
» qu'ils attaquent quelqu'un de nos défauts, soit que
5> nous ne les entendions pas. En sorte que, quoi
» qu'ils nous disent, nous devons toujours croire être
5> bien persuadés que tout ce qui y est écrit, est in—
V fmiment meilleur et plus vrai, quelle que soit l'obs-
> curilé que nous y trouvions, que tout ce que nous » pouvons penser ou discerner par nous-mêmes. »
Du défaut de cette disposition vient la ditfercnce de
684 ^^ Décalogue
seniimens qu'on ne voit que trop souvent entre quelques ihéologiens , sur des points même de foi et de morale, les plus clairement explique's dans TEcriture. De là cette licence que se donnent plusieurs, de préférer leur sens particulier à celui de l'Ecriture, de la de'tourner même à des sens forcf's , lorsque, prise dans son sens propre et naturel , elle est contraire à leurs systèmes, à leurs erreurs et à leurs passions. De là celte impie liberté d'entendre et d'interpréter à sa fantaisie le texte sacré ^ en sorte qu'il n'y a point d'opinion, favorable à la cupidité, à laquelle on ne l'accommode.
N'oublions donc jamais que c'est la vérité qu'il faut chercher dans la sainte Ecriture , et qu'elle doit être lue dans le même esprit qu'elle a été donnée. Cherchonsy Jésus- Christ ^ si nous ne Vy trouvons pas, nous n'entendons point ces livres saints: quid^uid illarum Scripturarum est^ Christum sonat ^ dit saint Augustin ( Tract. 2. in Ep, i. Joan. ). Quidquid dubita-^ tionis hahet homo in animo , ajoute ce saint docteur ( Enarr. in Ps> 96.) auditis Scvipturis Dei^ à Christo non recédât : ciitn eifuerit illis verbis Chris tus 76i^elatus , intelligat se intelleocisse : antequàm autem pen^eniat ad Christi intellectum , non se prœsumat intelleocisse : finis enim legis Chris tus est^ ad fusti— tiam omni credenti.
Prions, avec ce grand saint, le Père des miséri-^ cordes , de nous faire entrer dans l'intérieur des mystères que ces livres saints enferment: de nous enflammer des ardeurs quexcitoit en lui la lecture de ces admirables paroles quil souhait oit défaire entendre à toute la terre. La doctrine de l'Esprit saint, dit saint Bernard, ne nous a point été donnée pour exercer notre curiosité, mais pour nous embraser de raoîO'.jr divin: doctrina spiritûs ^ non curiositatem ncuitj sed charitatem accendit.
Eif Général. 685
Tel éloit raverlissemenl que donnoit au jeune cierge^
3u^il ëloil chargé d'instruire, un célèbre théologien du ouzième siècle : cicm legitis Script liras divinas^ disoitil à ses disciples, solerter expendite quid ibi dictum sit ^ ad excitandum in vobis amorem Dei^ quid ad coTitemptum sœculi ^ quid ad cavendas insidias ini-^ mici^ quid ad bonos offectus nutriendos ^ et prava desideria extingucnda valeat ^ et quid citiiis cor per compunctionis ardorem accendat.
Et en effet, comme le remarque saint Augustin ( Z. 1. dedoctr. Christ, cap. 35. ) , « Tamour de Dieu
> et du prochain est la fin de tout ce qui est contenu » dans TEcriture , et la plénitude de la loi. Tous ceux » qui se plaisent à étudier les divines Ecritures, ajoute
> ce saint docteur ( Ibid. l. 2. c. 7. ), savent bien qu'ils ^ ne trouveront autre chose, sinon qu'il faut aimer Dieu
> pour l'amour de lui-même, et le prochain pour Fa—
> mour de Dieu ^ qu'il faut aimer Dieu de tout son cœur,
> de toute son âme , de tout son esprit , et le prochain » comme soi-même : c'est-à-dire , que tout l'amour » que nous avons pour le prochain et pour nous—
> mêmes, doit se rapporter à Dieu.»
Un des grands avantages que nous procurera encore la lecture de l'Ecriture sainte, lorsque nous l'étudierons dans le désir sincère d'en retirer tout le fruit que nous devons en attendre, est la connois— sance de nous-mêmes. Cherchons-y la vérité , nonseulement en général et pour les autres, mais principalement pour notre propre sanctification^ cherchonsy tout ce qu'il y aura à corriger dans notre vie et dans nos mœurs. Servons-nous de l'Ecriture, comme d'un miroir qui nous fasse voir nos défauts : nous y trouverons, si nous l'éludions dans le désir sincère d'être instruits, et la connoissance de nos maux, et quels en seront les remèdes ^ nous y trouverons les vrais et uniques préservatifs contre ceux que nous aurons à
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craindre 5 nous serons forcés d'y voir ce qu'il y aura de bien ou de mal en nous. Celui qui cherche à con— noîire la loi de Dieu, sera rempli de sou inielligence, dit le Saint-Esprit: qui quœrit legetn^ replebitur ah eâ. Aussi le prophète-roi disoit— il au Seigneur: «j'ai » toujours devant les jeux vos commandemens, et » c'est par-là que vous m'avez rendu plus éclairé que » mes ennemis. Je m'applique continuellement à mé- » diter votre loi^ et je puise, dans cette méditation, :> plus de lumières que tous les maîtres n'ont pu m'en > donner. Je suis devenu plus prudent que les vieil- » lards d'une expérience consommée, parce que j'ai » recherché vos ordonnances. »
Les livres sacrés nous apprendront, dit saint Augustin (^De Doctr, Christ. ), combien nous sommes embarrassés dans V amour du siècle .^ et éloignés d3 ce parfait amour de Dieu et du prochain ^ que récriture nous prescrit. En nous montrant la proocimité de la mort , ils nous inspireront la crainte qui doit nous rappeler le sou^'enir du jugement de DieUy et en nous contraignant de ^verser des larmes sur nos misères , ils nous apprendront à ne pas présumer , mais à gémir ; cest par ces gémissemens et par des prières ferventes , que nous obtiendrons d'être consoléspar les secours célestes^ pour ne point succomber au désespoir. Cessentimens, en nous détachant de la foie mortelle que nous trouvions dans les choses passagères., Qn nous détachant de ce monde, formeront en nous ce désir et cette fin de la fus— tice ^ qui fait le bonheur de l'homme, et tourneront entièrement notre cœur ^ers les biens éternels*
Or, plus notre amour pour la justice sera ardent, plus aussi nous connoîuons , plus nous goûterons \qs règles immuables dont les saintes lettres nous instruisent. Ce qui doit nous convaincre que la pureté du cœur et la saiuieié de notre vie sont des mojens nécessaires pour entrerai pour nous avancer dans fin-
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telligence des saintes leures : ad Scripturarum indagitieiii. veriifiique intelleftinn, dit saint Aihanase ( de Iricar/u ferb, ), opus est vitâ prohd , aninio puro , et "virtute qiiœ secundiim Chrhtum est.Accedit hiic^ dit saint Basile ( in 7^. Proph, ). qubd vitœ quoque puritas requu itur ^ nt ad moralis virtiitis ejoerci" tationem pertirieat , quod in Scripturis obvolittum est. dijudicare. L'Ecriture sainte, dit saint Au*^asliu (iVz Ps. 1 19 ), non intrut in cor ejus^ in que non est opus ejiLs. Ille tenet ^ dit encore ce saint docteur (^Serm. 29. de temp, ). et quod patrt. et quod latet^ in divinis sermonibus^ qui chant atern tenet in maribus.
A oilà ce que nous devons chercher dans Tétude de la sainte Ecriture : nous devons la lire a\ec foi, avec h'jmilité. Malheur a ceux qui ne s'appliquent à celle étude . que pour y rechercher des questions et àts difHcuifés de critique, plus propres à la dispute, qu'à édider les fidèles, tandis qu'ils ije'gligent la vraie sa— ge->se cachée dans ces livres divins , et dont la cou— iioisbance ne s'accorde qu'à la prière et à la inediia— lion. Alulbeur à ceux qui ne veulent étudier la parole de Dieu que pour une vaine montre de science^ qui y drdaij^nent tout ce qui contribueroit à leur sanctification et à celle des autres, qui n'y cherchent point k fonder par Li foi F édifice de Dieu.
Si Scripturœ lectioni incwnbas ^ ca^e ne ea^ quœ ad fastwn et elegantiani tantum pertinent sermonis^ persequarLs ^ dit saint Ephrcm (de rect. riV. rat. ), et eo usque duntajcat tuuiii extendatur studium^ ne spiritus arrogantiœ cor tuum feriat : icriini instar sapie\tis apicuUv mel ex fioribus iihi c>^lligentis . fructum ex iis quœ legis . pro animi ruedelâ des u mit o.
« Il e>i dj devoir de celui qui veut pénetierbien » avant dans l'intelliiience des saintes Ecritures, de • comaiencer par les hre eu entier 5 pour le» cou—
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y uoîire du moins, par cette lecture, si l'on ne peut » pas encore les compreudro C'est la première chose que demande saint Augaslin.de celui qui veut s'appliquer à i^élude de ces saints livres (Z/^. 2. de Doctr* Christ, c. 8. ). La seconde chose qu'exige de lui ce saint docteur, c'est de les lire .^ afin d'en remplir sa mémoire. Si les jeunes ecclésiastiques suivoient celte règle, et apprenoient exaclemenl par cœur tous les jours quelques versets de l'Ecrilure, ils y trouve— roient un fonds inépuisable d instructions saintes et salutaires pour la consolation et le salut des fidèles, lorsqu'ils seroient ensuite chargés d'annoncer aux peuples la parole de Dieu.
La troisième chose que saint Augustin (ibid.) exige de ceux qui veulent étudier avec fruit l'Ecriture sainte, est, avant que de vouloir en pénétrer des points plus difBciles ou moins utiles, d'apprendre et d'approfondir ^ ai^ec le pliis de soin et d application qu'il est possible.^ les vérités qui y sont clairement expliquées., et les plus nécessaires \ c'est-à-dire, celles qui regardent la foi et les mœurs , ce qu'on doit croire et ce qu'il faut faire :^/zz5 on a de pénétration , ajoute ce Père^ et plus on découi're. Dans les choses qui sont mises ûi^ec évidence dans ces dii^'ins livres ^ on trouve tout ce qui concerne la foi et les mœurs.
De cette règle du saint docteur, il s'en?uit qu'on peut d'abord entreprendre la lecture de l'Ecriture sans le secours d'un interprète; et que cette première étude suflii pour nous donner rinielligence des principes de la foi et des préceptes des mœurs, au moins des principaux. Les Israélites ont bien entendu Moisc et les prophètes sacs interprètes : la multitude du peuple qui suivoit Jésus-Christ, comprit bien les vérités qu'il annonçoil , sans autre secours que celuî de sa parole. Ceux à qui les apôlresparloienl ou écrivoienl , ont bien pu de même, sans autre secours, comprendre le sens de leurs discours et de leurs lettres : pourquoi donc
trouvera t-ou
E5 GÉNÉI\AL. 689
trouvera-t-cn étrange quiiu théologien les enlende anjourd hui^ lorsqu ils disent encore les mêmes choses? à moins qu on ne veuille, par une prétention bizarre et impie, q le le Saint-Esprit ait si peu ré. .'si a enseigner sa doctrine aux hommes, qiie lors m<'n?.e qu'il a voulu leur parler le plus clairement ^ r.insi qut s'exprime saint Augustin, il n ail pu se faire er;l*:udrc sans interprèle.
D'ailletirs, si Ton s'accoutiime à ne Vw presque jamais l'Ecriture sain'e qii'avec le secours dan iîit'^rprèie , il est a craindre qu'on nV'couie bien moins TEcrilure que l'interprète qu'on consulte, et qiî'cn ua gaù:e point asseï la d^ureur de la parole de Die;. , en s appliquant à se rem|)lir b^a. coup plus du sens de son interprète, que de celui de 1 Ecriture
€ Après s'èire, pour ainsi dire, familiarisa avec le
> langage des divines Ecritures, dit toujours sain Au^
> gu^iin , il fa it passer à la discussion et à l'éclair— 9 cissemeut des choses obscures, en firanl, des lo— » calions aisées à entendre, des exemples pour dé— 5> couvrir celles qui ne le sont pas, ei en flnsan^ servir :> deri témoignages certains, pour lever les doi»tes qu'on 9 pourroit avoir sur les senlimens qui le paroiiroient
> moins. » La mémoire aide beaucoup pour y rc^ussir. c L'Ecriture saiuîe, dit saint Grégoire ( J/or. in Job,
9 L 20. ) , est iucomparablt-mtut au-dessus de toute
> autre doctrine, noii-seulcfoenl en ce quVlIe n'ai.—
> nonce q le des ciio^es vraies, qu'elle nous appelle
> à une patrie toute céleste, quVUe change le cœ. r
> de cejx qui la lisent , eu les détachant de> dé>irs » terrestres pour les porter aux désirs du ci**!; qu'en » même temps q ^e , par son obscurité , die exerce
> les iuieliigeus et les parfaits , e'ie flatte etfilrcon- 3 sole, par sa douceur, les impariaits et Ifs fothles^ » qi'oile n'e>t , ni as<ez obscure, pour que ion doive » selji^ner de la lire, ni assez facile à entendre uour
> qi'ou doive la mépriieri que plus on se la rend