‹ Instructions sur le rituel (volume 4)Chapitre 34 sur 38 · Tome II L X x · texte numérisé non relu

Tome II L X x

690 13u Décalogue

•» familière, moins on en a de dégoût; et ]plijs on la » mi^dite. ph.s on la chérit ^ qu'elle aide notre âme » par la simplicité de ses paroles, et Féiève par la su- » blimité des sens qui s y trouvent renfermés ^ qu'elfe » semble croître et s\ lever , à proportion que ceux » qui la lisent sVlèveiil et croissent en intelligence^ » en sorte que les plus iguorans et les moins spiri— » tuels j entendent quelque chose, et que les savans » la trouvent toujours nouvelle : TEcriture , dis-je , X" surpasse toute autre doctrine , non~seulemenl par » la solidité et Texcellence des choses qu'elle contient^ » mais encore par la manière admirable dont elle s'ex- » prime. » Car, par les mêmes paroles dont elle se sert pour décrire simplement une histoire, elle découvre un mystère; en racontant des choses passées^ elle en prédit de futures; et, sans rien changer dans l'ordre et la suite de son discours, elle rapporte ce qui a été fait ^ et marque ce qui doit se faire.

Des dlfferens Sens de V Ecriture sainte,

JLiES théologiens distinguent plusieurs sens de TEcriture sainte , savoir: 1. le sens littéral ou historique ; et ce sens est ou propre, ou métaphorique. 2. Le sens mystique ou spirituel; et ce dernier est ou allégorique, ou moral , ou anagogiqne.

Le sens littéral on historique ^ est celui que le& termes mêmes expriment, soit qu'on les prenne proprement ou improprement. Le sens propre est celui que donnent les termes mêmes proprement pris, c^esiâ'dire, dans leur signification particulière, et qui leur est directement affectée. Cette proposition, par exemple, jébraham a eu deux/ils., doit être entendue dans un sens propre. Le sens métaphorique est celui que l'on donne aux termes qui ont une signification figurée. Celte proposition, par exemple, Jésus- Christ est as^

EN Général. Gqï

sis à la droite de Dieu , doit être entendue dans un sens métaphorique. Elle ne dit pas que Uieu ail une main droite, mais le Saint-Esprit se sert de celte expression figurée, pour nous faire comprendre que Jésus-Christ, comme Dieu, est dans le ciel égal en puissauce à Dieu son Père^ et que, comme homme, il est élevé, par la grandeur de sa gloire et de sa puissance, au-dessus de toutes les créatures, toute puissance lui ayant été donnée dans le ciel et sur la terre.

Saint Augustin dit que, dans l'Ecriture sainte, une même proposition peut avoir plusieurs significations hllérales. Par exemple, saint Jean févangélisie ( C 19. 0). 2>6.) ap[)lique à Jésus-Christ, ce qui étoit ordonné aux Juifs, sur fagneau pascal {^Eocod. 12. v, 4^- ) • 'VOUS ne lui briserez aucun de ses os. Saint Matthieu ( 2. i5. ) entend de ce divin Sauveur, ce qui est dit dans le prophète Osée (11. i. )^ /ai /ait revenir mon Fds d'Egypte, Il est nécessaire d'observer ici ^^^g^ lorsque le sens littéral, direct et immédiat du texte de l'Ecriture, regarde Jésus-Christ, tel qu'est celui de ces paroles du prophète lsaie( «y. 24. ) *. voici quune f^ierge concevra et enfantera un Fils , qui sera appelé Emmarmel^ c est-à-dire ,^ Dieu avec nous y il est dangereux de vouloir en détourner ce sens, pour l'appliquer à un autre.

Le sens mxs'.ique ou spirituel est celui que marquent, non les paroles du texte, mais les choses signifiées par ces paroles : et c'est une chose particulière à la sainte Ecriture, de se servir non-seulement des paroles, mais encore des choses même, pour en signifier d'autres.

On dislingue ordinairement trois sortes de sens mystiques , savoir: le sens allégoricpie , le sens moral , que les théologiens appellent eucoie tropologicus ^ et le sens anagogique.

I^e sens est allégorique, lorsque les paroles du texte sacré j outre le sens liltéral qu'elles ont, signi-

693 Du DÉCALOGtfE

fient encore immédiatement quelqn^antre chose. C'e^ en ce sens qu'on entend , dans Tancirn T(stamenl, tout ce qui y annonce les mjslèies de la nouvelle alliance^ tout ce qui y reprcsenie piinc!j»alemenl Jësus-Christ et son Eglise. Ainsi. Ton iioùve dans Isaac, pot tant siiT ses épaiiles le bois sur lequel il devoil rire immolé , la figure de Je'sus-Clirist portant sa croix sur le Calvaire.

Le sens du texte sacré est moral , lorsque les paroles ou les faits sont destines à signifier quelque chose qui regarde les mœurs. C'est en ce sens que ces paroles du livre du Deuteronome : a?o/? aUigabis os bovi trituranti , sont appliquées , [)ar saint Paul, au droit que ceux qui annoncent lEi^angile^ ont à^a:ivre de rjEi^angile,

Enfin, le sens du texte de 1 Ecriture est anagogique, lorsque ses paroles ou les faits qui y sont rapportes^ élèvent fâme aux pensées qui regardent le ciel, et à la vie éternelle. C'est en ce sens que saint Paul a[)plique aux menaces que le Seigneur fait aux méchans qui endurcissent leurs cœurs ^ de les exclure du ciel, ces paroles du psalmiste: quibus juravl in irâmeâ^si in* troihunt in requiem mcam[ Ps, 94. ), lesquelles me— naçoient les Juifs incrédules et rebelles, de n'entrer jamais dans la terre promise.

Pour aider la mémoire des commençans, on a exprimé , par les deux vers suivans , tous les sens de FEcriture sainte, dont nous venons de donner Tex— plication.

Littera gesta docet ^ quid credas ^ allegoria: Moralis ^ quid a g as / quid speres , anagogia.

EN GÉNÉRA.JL. Gi)3

RÈGLES pour la Lecture et VEtudc de V Ecriture

sainte.

lious ajouterons à toni ce que nous avons dit sur la lecture et l'étude de l'Ecriture sainte, les règles suivantes, dont Timporiance a e'ié reconnue par les docleurs de rEi^lise,et que nous prendrons principale-* ment dans les ouvrages de saint Augubiin.

Règle I, Que personne n'apporte à la lectiire el à Telude des livres saints ini es|)rit curieux, riiîi'j le el or^jjeilleux. On ne peut enlre;jrendre ce travail que dans ity^ disjjosiiions d'un esprit humble , docile , soumis^ qiii connoîi , qui aime, qui respecie la Pvc— ligion et sa doctrine ^ qui ne cherche que la véritf^^ qti n'a d'autre objet que son salui,et celui des per-^ sonnes qu'il est charge d instruire.

Règle //, On doit, autant qu'il est possible, chercher I intelligence de TEcriture sainte, dans lEcri— tur»* sainte même, en comparant les endroits que Ton n'entrMid pas, avec d'autres que Ton comprend^ le no i\eau Testament avec Tancien ^ ce qui est obscur avec ce qii e>t clair ^ les choses présentes avec les choses passées. (>Vst ce q-ie nous enseigne sainl Augustin ( L. 3. de Doctr. Christ, 26 ).

Règle IIL Celui qui veut s'appliquer à re'tudc de IT.criture sainte , d'une manière à entendre ce qu'il y lit. doit examiner attentivement les choses qui y sont écrites, quels sont ceux qui les ont écrites ,et en quelles circonstances ils ont parlé, (hoisissons sur-tout, ajocie saiiit Augustin ( L. 2. de G ni. ad lit. c. 31. ), ce qu'il est certain qu'ont [)ens{i les écrivains sacrés ^ que si nous ne le pouvons découvrir, lenons-nous-cn à ce qui a est point contraire aux circouslauce^ dans les-

694 ^^ Décalogxje

quelles ils ont parlé , et qui s'accorde avec, la foi catholique.

RÈGLE IV, On ne doit jamais abandonner le sens littéral, à moins qu'on n y soit forcé par quelque raison et cause qui y oblige évidemment. Nos saints livres seroient bientôt corrompus et falsifiés, s'il éfoit permis à chacun d abandonner le sens littéral de TEcriturCj pour s^x\ tenir au sens figuré et allégorique.

BÈGLE V» Dans toutes les allégories, dit saint Augustin ( in Ps* 8. ), on doit examiner avec attention, quelle est la conformité de Tendroit que Ton explique, avec cehii dont on veut se servir pour le faire entendre.

RÈGLE VI, On ne peut sans impudence^ dit ce Père ( Ep. gS. ) , expliquer en faveur d^un sentiment qu'on soutient, un passage manifestement allégorique, à moins d'en avoir de clairs et de formels, qui favorisent le sens qu'on voudroit donner aux passages qui sont obscurs.

RÈGLE VIL Dans les saintes Ecritures, tout ce qui ne peut se rapporter , ou aux vérités de la foi ou à la pureté des mœurs , est nécessairement figuré ( S, Aug'L, 3. de Doctr. Christ, c. 10. ).

RÈGLE VIll. Tout ce qu'il y a dans les faits ou dans les maximes de TEcriture, venant de Dieu ou des Saints, qui paroît trop austère et trop dur, sert à détruire le règne de la cupidité. Quand cela est clair et évident, il ne faut point le rapporter à autre chose, comme s'il n'éloit dit que par figure ( /Z>iW. c. 11.).

RÈGLE IX, A IV'gard àts actions et des paroles que fEcriture nous rapporte de Dieu ou des hommes <lout elle loue la sainteté, et queles ignorans prennent pour des crimes, ce sont autant défigures qui cachent des mystères à développer , et qu'il faut tirer de des-

EN Général. 6q5

sons leurs écorces, pour en nourrir la charité. Pour peu qu^ou ait de sagesse, on ne croira jamais que celle qui parfuma les pieds de Je'sus-Chrisl, le fît de la manière dont en usent hahiluellement, dans leurs banquets détestables, ces hommes livrés à l'impureté, qui nous foui horreur. « Ainsi, ce qui souvent, dans les 5> aalres, ser^^'it un crime, est la figure de quelque » grand mystère, en Dieu ou dans un prophète. L'aij> liauce que les méchans font avec une prostituée , » est bien difT rente de celle que fit O^ée , et qu'on » lit dans sa proph^^iie. Il faut doue faire beaucoup » d'attention à ce qui convient aux lieux , aux temps » et aux personnes ( Ibid. ). »

RÈGLE X, Saint Augustin nous donne encore cette règle ( Ibid, c. 16. ). <i Si une locution est un pré—

» cepte qui défend quelque crime, ou qui commande

» quelque vertu, elle n'est point figurée. Mais, s'il pa-

5> roîl qu'elle commande le mal et qu'elle dt fende

» le bien, alors il y a de la figure. Par exemple, lors-

» que saint Paul nous dit: si "votre ennemi ayaim ^

» donnez-lui à manger ^ s'il a soif\ donnez-lui à

y> boire, il est évident que cet apôtre veut que nous

5> fassions une bonne action. Mais à l'égard de ce qui

» suit : car , si vous en usez ainsi, vous assemble—

5> rez des charbons de feu sur sa tête j on ne doit

3> pas penser que saint Paul nous recommande une

5> action de haine et de vengeance. Il y a donc là

"!> une figure qui doit nous faire comprendre que ces

> charbons ardens sont les gémissemens et les re—

» grets enflammés de la pénitence, lesquels purifient

T> et guérissent l'orgueil de celui qui s'afflige d'avoir

î/ été l'ennemi d'un homme dont il a reçu du soula—

» gement dans ses besoins et dans ses misères. Pareil—

«• ment, lorsque le Seigneur nous dit encore ailleurs:

5> celui qui aime sa vie ^^ la perdrij il ne faut pas

» croire qu'il nous difeude de conserver notre vie j

Xx 4

SgG Du Décalogue

s> mais ces paroles , qu'il perde sa vie^ expriment une

» figure, c^esl-à-dire, qu'il renonce à Tusage criminel

» et déréglé qu'il en fait maintenanr , et qui le lient

» courbé vers les biens de la terre, en Tempêchant

'» d'aspirer à ceux de l'ëlernité. »

RÈGLE XI. Celui qui croit voir^ dans les livres saints, quelque chose d'incrojable, ne peut, sans crime, accuser IVcrivain sacré d'erreur et de mensonge^ mais il doit n'attribuer son erreur q^' au défaut de ses lumières, « Les livres canoniques , dit saint Augustin j> {Ep, 82.) 5 sont les seuls que je révère, jusqu'au 5> point de croire que ceux qui en sont les auteurs » ne se sont mépris en rien. Ainsi, quand je trouve 55" quelque endroit de ces livres qui me parc ît con— s> traire à la vérité, je ne puis croire autre chose, s> sinon, ou que l'exemplaire est fautif en cet endroit, » ou q^e le traducteur n'a pas bien pris le sens , ou » que je n'entends pas ce que je lis. On ne pent lire » aucun livre, ajoute-l-il, avec autant de défeience » que ceux des prophètes et des apôtres, qu'on ne sau- » roii 5 sans crime, soupçonner de la moindre erreur. »

Règle XIL Ce saint docteur nous apprend encore (^Ep. 95. ), quelle doiiêire notre réserve à ne pas expliquer témérairement les endroits difficiles des divines Écritures. « N y trouvons-nous pas, dit-^il, beaucoup de » choses où nous ne faisons que chercher ce qu'on » doit croi'C, sans pouvoir nous déterminer à un sen- » timcnt certain? Cependant il vaut beaucoup mieux t se tenir dans cette réserve , et demeurer dans nos » doutes, quelque peine qu'ils nous flissent , que de ^ prononcer témérairement sur les choses que nous ne » voyons pas assez clairement. »

RÈGLE XJII> « Apprenez, dit-il à Maxime, à vous » soumettre à ce que vou.s n'entendez pas encore dans » les saintes Ecritures, et à ce que les jgnorans j trou-

EN Général. 697

» vent d'absnrde, et qui paroîl se contredire 5 sans vous

3> opiniâirer à dispuier conlic, ni préd'rer vos pense'cs

» au sens de ces divins livres : mais cédant à leur au-

» torité, aaendaîi't avec pauence que vous soyez capa-

» ble d'enieiidie, el praiiqnarïi en cela cette dot.cenr

:• d esi)rit que la crainte et la piété auront prod-^ite en

» vous* plutôt q"e de vous revolier, par i:n effet de

5> votre première fierté, contre ce que robscurilé de

5> l'Llcrilure vous cache. »

ii Lorsque vous ne |)Ouvez en pénétrer le sens , dit

» ce jirahd sairu à Yalentiu ( Ep. 21 4- )• q'^e vofre

» foi suppî'^e a ce qui manque a i'inlelligciicc, e\ qu'elle

» vous fa!jse croire sur Tauioriié des sainîcs h.crilurcs.

5> Dieu a voulu , dii-il ( Ep. i/\q, ), qu'il s'y trouvât

30 des obscurités pour nous exeicer. »

BÈCrLE XIV. « Mais sur-tou! , dit-il ( Serm. 5i. de !> concnrd. Matth. et Luc. ) , apprenez à ne vous point » troubler . à cause de ce que vous ne pourrez com- » prendre dans lEcriîure , et à ne vous point enfler » de ce que sous y aurez compris. Respectez ce que » vous n'ente.'îdrt'z pas ^ et attendez avec soumission, » <|u'il plaise à Dieu de vous le développer, on em— » brassant avec amour ce qu'il lui aura plu de vous » faire entendi e. y>

RÈGLE XV, Il V a plusieurs faits dans PEcriture, qui sont rapport^■s par anticipation, avant d autres qui les ont précidés. Par exenij K', saint IMallhit u ( C. 26. ) observe que Jés is-Chri.st dit à ses a[)ô XkSxJc, vous dis (pic je ne huirai plus désormais de ce fruit de la vigne ^ etc. après qa ils eurent tous ha son sang quil "venait de Leur donner : et saint .Luc ( C. 22. ; place les m;'-mes paroles avant qu'il leur eiit donné s«>n corps.

JWiGLE XPI. Les livres saints nous parlent que!— quof ns df's chosrs futures, ou qui ne sont encore qu'en espérance , comme si elles ctoieni présentes ou déjà

6gS Du Décalogue

arrivées. C'est ce que nous devons remarquer dans celle prophétie d'Isaie sur la naissance du Messie : Parvidus natus est nobis ^ etjilius datas est nohis. Saint Angustin nous dit que ce n'est point sans raison que TEcriture s'exprime ainsi : non sine causa ^ dit-il ( Serm. 22. in Psalm. 67. v. 3. ), non sine causa ^ quœ futura sunt , tanquam transacta dicuntur : Dco eniin sic certa sunt ^ ut jam pro factis habeantur.

RÈGLE XVII, L'Ecriture parle souvent d'une partic, comme du tout. Par exemple, dit saint Augnsiin ( Ep. 149. ) « dans le commencement de TEpître de "» saint Paul aux Corinthiens (C 1 v. l\. 5.), cet apôtre » les loue tous, comme s'ils eussent tous méiité d'être » loués, quoiqu'il n'y en eût que quelques-uns qui » le méritassent; et peu après ( (^'. 11. ) il les blâme » tous, comme s'ils eussent tous été coupables, quoiqu'il » n'y en eùr. que quelques-uns qui le fussent.Quandon a » pris garde à celle manière de parler des Ecritures,quise » trouve répandue dans tous les livres sacrés, on accorde 5> sans peine bien des choses qui paroissent se con-- S'> tredire. » Ainsi le mot tous^ lorsque l'Ecriture parle d'un peuple, par exemple, ou à tout un peuple, ne signifie pas toujours qu'elle parle de tous ou à tons sans exception : souvent le discours s'adresse à tous, quoiqu'il ne regarde que quelques-uns. C'est ainsi qu'elle en use souvent , remarque le même saint docteur ( Ep» 9.3. ). quand il s'' agit de reprendre.

il faut cependant observer, que cette règle souffre exception, et que quelquefois ce aiot tous doit s'entendre de tous en général, et de chacun de ceux dont parle le tevte sacré. Par exemple, lorsqu'il c^t dit que tous meurent en Adam^ ce mot tous signifie tous \es h >rn nés en général et chacun en particulier^ à l'ex— cepiion l > uefois de la bienheureuse et immaculée Vler'^'i M trie . mère de. Dieu^ que le concile de Trente 7i'a point eu intention de comprendre dans son décret.

EN GÉ]\ÉRAL. 69g

sur le péché originel. Pareillement , lorsqu'il est dit dans l'Ecriture, que Dieu veut sauver tous les hommes y que Jésus^ Christ est mort pour tous y ce mot tous signifie tous les hommes en général , et chacun d'eux en particulier.

Pour connoîlre en quels cas celte exception à la règle doit avoir lieu, il faut voir de quoi.ei en quelles circonstances parlerEcriture.Parexemple, lorsque saint Paulre— commande de faire des supplications, des prières, des demandes, des actions de grâces pour tous les hommes:, ce mot tous signifie qu'on n'en doit excepter aucun : car saint Paul, pour prouver que de prier ainsi ^ est une chose louable^ et qui plaît à Dieu notre Sau^^eur^ en donne pour raison , que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. De même , lorsqu'il est dit que Jésus- Christ est mort pour tous , ce mot tous doit s'enfendre de tous les hommes en général et de chacun en particulier^ puisque Jésus-Christ est mort pour tous ceux qui sont morts en Adam^ et que tous les hommes^ à Texcepiion de la seule bienheureuse Vierge Marie , sont morts en Adam.

RÈGLE XVIIL II est important de faire une grande attention à la manière dont on doit di>linguer et prononcer chaque proposition de l'Ecriture , eu égard à la ponctuation , dont le changement peut en apporter lin considérable au sens du texte sacré. C'est par ce moyen que les h^-réliques s<* sont souvent servis de TEcriiure même, pour soutenir leurs erreurs. Par eiemple. Xts^ Ariens , en expliquant ces paroles de l'Evangile selon saint Jean : In principio erat J^erhum^ et f^erbum erat apud Deum^ et Deus erat ^ ajoutent ici un point, pour réduire la proposiiion suivante à ces mots seulement : F^erbum hoc erat in principio apud Deum. « On fait assez voir dans celte ponctuation, remarque » saint Augustin , qu'on ne veut point confesser la » divinité du Verbe. »

700 Du Décalogue

. Règle XIX. Pour avoir une parfaite intelligence des divines Ecritures, il est encore nécessaire de faire une grande aUention aux hébraisraes, que Ton trouve souvent dans les livres dos auteu-cs canoniques qui ont écrit en hébreu. Par exemple, lorsqu'il est parle dans l'Evangile, des frères de Jésus-Christ, il est imporiant d observer q;ie ce mot Frères ne marque que le§ parens de Jésus- Christ.

RÈGLE XX, « Lorsque les mots propres font un sens » obscur dans TEcriîure, dit saint Augustin ( L. 3. de î> Doct> Christ, C. 2. ) , il faut d'abord examiner si V cela ne vient point de les avoir mal ponctués ou mal 5> prononcés. Ainsi, quand après s'y appliqué, onde- » meure loujoors dans Tincertitude de la manière dont » les termes doivent être prononcés ou distingués , » alors il faut consulter les règles de la foi, que nous » tenons par des endroits de TEcriture plus clairs et » plus aisés à entendre, et pac Tautorité de TEglise. » Ici le saint docteur donne pour exemple d'une distinction hérétique, celle dont nous venons de parler, et que fai^oient les Ariens pour changer le sens de ces j>a rôles : J^erbum erat apud Deum , et Deus erat Ver^ hum : hoc erat in principio apud Deum, Une telle hérésie, dit-il , se doit réfuter par la règle de la foi, qui nous marque légalité des trois Personnes de la Trinité sainte. Ainsi, il faut dire ; 6f le f^erbe étoit Dieu^ ajoutant ensuilQ'. Il étoit au commencement avec Dieu.

Que si deux ou plusieurs endroits, même selon les règles de la foi, nous paroissent renfermer de robscurité, ajoute ce saint docteur, il fliut examiner les choses qui suivent et qui précèdent Tambiguité du texte même, qui se trouve au milieu de ces choses plus faciles à comprendre, et en comparer les rapports; afin de découvrir celui de tous les sens qui se présentent, avec lequel ces termes paroissent avoir plus de liaison» c Mais quand il arrive, poursuit ce Père, qne Tarn-*

EN Général, noi

» bi^uilé ne peut s'éclaircir, ni par les règles de la » foi , ni par la suite du texte, rien n'empêche de dis- » tinguer selon Tune ou l'autre des opinions qui nous » paroissent être bonnes. »

Observons cependant que cette liberté donne'e au lecieur qui trouve ces ambiguitos, de les développer comme il le trouve à pro[)Os, doit s'entendre, selon r ixplicatiou qu'en donne saint Angusîin ( Ep, 149. )• » To'ites les différentes vues, dit-il, qui viennent à s> chacun sur l Ecriture, où Dieu a voulu qu'il se trou— » vàt des obsciirités pour nous exercer, sont utiles^ ï» pourvu qu'elles s'accordent avec les principes de la » foi et de la saine doctrine.

Règle XXL Quoique ceux qui s'appliquent à bien entendre FEcriiure, soient partages sur les sens qu'ils lui donnent, la charité et l'amour de la vérité doit les unir. Ainsi, loisque leurs différences vues n'ont rien de contraire a la vérité, s'ils ne cherchent que la vérité nif^me, etnon à contenter leur vanité, ils doivent éviter ti)»)le contesiaiion^ et avec d'autant pl.isde fondement , qu'il peut se faire que les auteurs canoniques aient eu eux-mêmes ces différens sens dans 1 esprit^ et que Die:i ait C07iduit leur plume de telle sorte que les paroles sacrées cpi'ils ont écrites, exprimassent toutes les différentes vérités que chacun y voit; et que ces auteurs aient vu par les lumières de TEsfjrit saiïit, tout ce que l'on pourroit trouver de vrai dans leurs paroles. Mais, quand ces auteurs n'auroienl pas vu tontes \qs vérités auxquelles leurs paroles peuvent conduire, il est certain q;>e l'Esprit de Dieu les a vues. Tout ce que nous devons donc demander à Dieu avec saint Augustin, sur 1 intelligence de l'Ecriture, c'est dêlre assez heureux pour rencontrer les pensées de ceux qui lui ont servi d'interprètes : car, c'est à quoi je dois tendre, disoit au Seigneur ce grand saint : ou si, ajouloii-il dans sa prière, je ne rencontre pas la pensée '

«joî Du Décalogue

de Tecrivain sacré, faites au moins, ô mon Dieu , que je ne dise que ce qu'il aura plu à votre vérité de me dire par les paroles de ce saint auteur^ q\îi ne nous a dit lui-même que ce qu'il vous a plu de lui dire. Cette règle nous est donnée par saint Augustin ( Z. 12. Confess. C, 3o. 3i. 32. ).

RÈGLE XXII, Tout ce que TEcriture nous dit et tout ce qu'elle nous rapporte , dit ce Père ( Serm. 89. de concord. Matth, et Luc. ), se doit prendre , ou selon la signification littérale des termes, sans y chercher aucune sorte de figure^ ou dans un sens figuratif, ou de Tune et de Tautre manière : car il y a des choses oii il faut regarder, et ce qu'elles sont en elles-mêmes, Cl ce qu elles représentent. Voici des exemples :

Il est dit , que Noire-Seigneur Jésus-Christ a souffert, qu'il est ressuscité , qu il est monté au ciel , que nous ressusciterons à la fin du monde^ et que nous régnerons éternellement avec lui, si nous observons ce qu il commande. Tout cela doit se prendre à la lettre, sans y chercher de figure. Il en est de même de diverses actions qui sont rapportées dans l'Ecriture. « Il est » dit, que saint Paul alla à Jérusalem pour y voir saint » Pierre. Cela s'est fait, comme il est écrit^ c'est une » action que saint Paul nous apprend lui-même, qui » ne regarde que lui, et où il ne faut rien chercher » que le fait même.

« Mais voici une chose dite en figure : la pierre que » ceux qui bâtissaient ont rejetée., est devenue la » tête de Vangle, Si nous prenons à la lettre, les mois » de pierre et d'angle .) quelle pierre est-ce que ceux » qui bâtissoient ont rejetée? et de quel angle est-elle » devenue la tête? C'est donc une façon de parler » figurée, sous laquelle nous trouverons que Jésus- > Christ est celle pierre angulaire ^ que l'angle dont » il est devenu la tête., est l'Eglise ^ que c'est avec raison » qu'elle est regardée comme un angle ^ puisqu'elle

KN Général. 7o3

» réunît les Juifs et les Gentils, qui sont comme deux

X murs venant de deux diff^rens cotes, que Jésus-*

» Christ a réunis en elle, par le lien de la poioc^ qui

» est Teffet de la grâce : car, comme dit Paul, cest

» /«£, qui est notre paix ^ et qui de deuoc peuples

» n'en a fait quun.

« 11 y a dans l'Ecriture un grand nombre d'exemples

» d'actions figuratives. Nous lisons dans le livre de la

» Genèse que, Jacob s'élant endormi, la tête appuyée

» sur une pierre, un songe mystérieux lui fit voir une

» échelle , qui alloit de la terre jusqu'au cicl^etDieu

» appuyé sur le haut de celte échelle, par laquelle

» des anges montoientet descendoient. A son réveil,

» il oignit la pierre sur laquelle il avoit eu la tête ap'

» puyée pendant ce songe, dont il comprit fort bien

» la signification : et ce fut pour nous marquer qu'il

» Favoit comprise, qu'il oignit cette pierre, désignant

» Jésus-Christ par cette onction : car le nom de Christ

» est dérivé de Vonction.

Enfin s> nous trouvons dans les divines Ecritures^

» non— seulement des choses qui doivent s'y prendre

» selon la signification littérale; des faits qui n'y sont

» point figuratifs, des manières de parler figuratives, des

5> actions purement figuratives ^ mais encore des faits,

» qui, devant être regardés par rapporta ce qu'ils sont

» en eux-mêmes , sont aussi des figures de quelqu'autre

» chose.

5> Il est dit qu'Abraham avoit deux fils: Tun, né

» d'un esclave, et l'autre, né d'une femme libre. C^est

» nn fait historique , qui se doit prendre comme il est

» rapporté : mais c'est en même temps une figure j

» et Tapôtre saint Paul nous la découvre , lorsqu'il nous

» dit que ces deux fils d'Abraham représentent les deux

^^ alliances.

y> Quanta ce qui n'est dit qu^en figure de quelque chose,

» c'est une espèce de fiction. Mais comme cette fiction

» représente quelque chose de rcel . cl que ce que l'on

f-o/^ Du Décaloguk

» feint pour la figure du vrai , a sa vérile ^ ces sortes » de fictions ne sauroient être traitées de faisseiés et de » mensonges ] parce que ce sont dés fictions qui ne » trompent personne, et qui signifient quelque chose. » Celui qui sème ^ sortit pour semer ^ dit Je'sus-(>hrist: ï» lorsquil seinoit , une partie, du grain tomba ôur le y> bord du chemin ; une autre , dans des endroits » pierreux y une autre ^ dans des épines ^ une autre ^ » dans la bonne terre^ etc. On voit bien que c'est-là » une fiction, mais une fiction figurée^ fiction qui ne » jette personne dans Terreur , et ne tend qu'à porter » fesprit à ce qu'elle signifie.

» Cesl dans ce même esprit que Jésus- Christ ^a » chercher du fruit sur un aibre où il savoii bien qu'il » n'y en avoil point. Celle action est une figure , qui s» ne tend point à nous tromper^ et bien qu'en Texa- » minant, elle jeile dans Terreur, elle nous décou\re 3> une vérité lorsqu'elle est bien entendue.

Règle XXIIL Elle est encore extraite du sermon r?i. de saint Augusiin sur saint Matthieu. « C'est Tor— » dinaire de TEcriiure , dit-il, de parler d'une ma- » nière qui ne paroît ni générale, ni particulière ^ et il 5> n'est pas toujours nécessaire d'en prendre les propo- » sitions dans un sens universel ^ on peut sou\ent ne » les entendre que de certains cas particuliers. »

Pour faire entendre celte règle par des exemples, ce saint docteur explique ici ce q\ie dit Jésus-Christ : que le blasphème contre le Scint-Esprit ne sera point pardonné aux hommes^ ni en ce siècle , ni en T autre,

« Jésus-Christ , dit ce Père, n'a voulu que nous 5> exercer par l'obscurité de ces paroles^ et non pas nous » jeter dans l'erreur, par une fausse décision. II ne ï> s'ensuit donc paj» de ce qu'il a dit, que tout blas- » phème, ou toute parole contre le Saint-Esprit , soit » i'Tcmissiblep'îiais seulement , q'j'il y a "n certain ï> blasphème , ou une certaine parole contre le Saint- Esprit ,

^ Esprit, donlon u'obiiendra que ircs~diffici!emem la p rémission.

» Pour voir encore plus clairement la ve'rîté de la » règle que je viens d'établir, poursuit ce sainl docteur,

> prenez garde à ces paroles de Jésus- Chiist au sujet s> des J;;i[?: st/r îi étais point venu , et que je ne leur j& eusse point parlé ^ ih seraient sans péché.

> Jésus- Christ veut-il dire que, s'il n'étoit point

> vpnu parmi les Juifs, ei qu'il ne leur eut point parlé^ T> ils auroieni été sans aucun péché P Non sans doute,

> puisqu'il les a trouves chargés de péchés ^ et quil

> n''est pas venu appeler les justes , maid les pécheurs, !> Cette proposition de Jésus-Christ étant donc une

» proposition indi-finie, qui n'est ni universelle, ni par-

> ticulière , rien ne nous oblige de Tentendre de tout » péché. Mais il faut pourtant fenlendre de quelque » péché qtieles Juifs n'auroienl point commis , si Jésus- » Christ nVloit pas venu , et qu'il ne leur eût pas par- » le : autrement Jésiis Christ n'auroil pas dit vrai , ce

> que iJicu nous garde dépenser. 11 n'a donc pas dit en

> général , si je n étais point venu^ et que je ne leur 3> eusse point parlé ^ ils auraient été sans aucun pé^ » ché : et il ne l^a pu dire, parce que la vérité ne peut » mentir. Il n'a pas dit non plus, que s'il n\' toit point » venu . et quil ne leur eut point parlé, ils n auraient » pas eu un certain péché. Il n'a pas voulu parler dé- » finiment, parce qu'il vouloit que ceux que la piété » applique à Tétude des saintes lettres, eusseut de quoi 7^ s'exercer. Car , comme il y a dans l'Ecritore , dej

> choses claires pour nourrir nos âmes, Dieu a voulu » qu'il y en eut aussi d'obscures , pour nous evercer ^ » comme les unes sont pour apai^er la faim , les autres » sont pour réveiller fappéiii, et pour nous préserver » du défjoùt.

» Il ny a donc nulsujetdenou^lroubîer, lorsque notis » reconnoissons que les Juifs n'anroient pas laissé d < ire » des pécheurs, quand Jésus-Christ ne scroit point venu.

lame II/.

ponii Y/

•^o() Du Décalogue

» Mais, puisqu'il dit aussi que ,^7/ nétoit point venu^

^ et quil m leur eiU point parlé ^ ils ser oient sans

•» péché ^ il faut que ravéuenieiit du Sauveur leur ait

» ëie une occasion, non de tous les péchés dont ils

» e'ioieiit coupables, maisd^in certain pèche' quMs n'au-

» roient point eu , s'il n'éioit pas venu. Et quel est ce

» péché, sinon de n'avoir pas cru en hû, quoiqu'il fut

» parmi eux, et qu'il leur parlât^ d\»voir coîiç.u de la

» haine contre lui, parce qu'il leur disoit la veriîé. • et

» de l'avoir hai, jusqu'à le faire mourir ? Toilà ce *^rand

» et horrible péché , qu'ils n'auroieni {)oint eu. s'il n'é-

» toit pas venu , et qu^il ne leur eût point pailé.

» Voici encore, ajoute ce saint évêque dans le même

» sermon, voici encore un exemple qui donnera du

V jour à ce que nous tachons d'éclaircir. I^'apôtre saint » Jacques nous dit qtie Dieu ne tente personne. Ce- » pendant il est dit ailleuis : le Soigneur a)otre Dieu » a)ous tente ; et dans lEvanj^île ( Joan, 6. 6\ ), que » Notre- Seigneur fit une certaine que^lion à un de ses » disciples , pour le tenter. Comment nous tirerons- » nous de là? Ce ne sera pas en disant que Jésus- ^ Christ n'est pas Dieu , ou qu'il y ait rien de faux » dans TEvanj^ile : ce sera en li'enteridani la proposa sition de saint Jacques que d'une certaine sorte de » tentation. En effet , Dieu ne tente personne de cette » sorte de tentation qui induit au péché. Mais il y a » une autre sorte de tentation, qiii ne va qu'à éprouver » notre foi ; et Dieu daigne quelquefois nous tenter » de celle-là.

» C'est ainsi, qu'encore qu'il soit écrit que celui

îi> qui croira et qui sera baptisé .^ sera sauvé ^ nous

» n'entendons cette parole de Jésus-Christ, ni de ceux

5> qui ne croient que comme les démons, dont la foi

» ne sert qii'à les (aire trembler^ ni de ceux qui re—

5> çoivenl le Bfiptême comme leieçut Simon le magi-

» cien , qui, pour avoir été baptisé, n'a pouitanl pu

V être sauvé : mais seulement de ceux qui croieni de

EN GÉ>ÉRAL. 707

» celle foi que saint Paul dit auime'e de la charité , s> et qui ii^\[piivlaniQuT:i]uœpercharitotemoperatur,ï> Enfiu j)ûur conliiiner, par un dernier ex<imple , ce que saint Auj^uslin a dit sur celle rè^Ie , ce saint docteur demande : « comment entendrons-nous celle » j)arole de Jésus-Christ : crlui (jui mange ma chair » et boit mon sang ^ demeure en moi^ et je demeure p en lui. L'enlendunis-nous . re[)ond ce Père , de ceux 5> même doni l'upôue dit , qu'en mangeant la chair i> et buvant le bang de Jo^us-C^h^i^l , ils boivent et » nioui^ent leur cundamnalion 1" L'enlendrous-nous de » Judiss même, ce traître , cet impie, qui, après avoir » vendu son Maître, mangea avec les autres apôtres, > le Sacrement du corps ei du sang de Jésus-Christ, » qui venoii d éire con>acré pour la première fois par les mains de ce di\ in Sauveur!^ Diions-nous que Judas de^xeura en Jésus- Chri>t , el Jésus- Chri>l en Judas? Lntin, Teniendrons-nous de ceux qui mangeni cette chair ci boivent ce sanj^ avec \\\\ cœur hypocrite ; ou qui, aprcsy avoir participé, tombent dans Tapostasie? cl diroïib-nous qu'ils denjemcnl en Jésus— Christ , et que Jésus-C>hrist demeure en eux ? Il y a néanmoins une cei laine manière de nianf'er la chair et de boire le sang de Jésus-Christ, qui lait que Jésus— Christ demeure en nous ^ et c'est celle (pie ce divin Sauveur avoit en vue, quand il a dit ces [>aroles : celui qui vuuLge ma chair , etc.

Règle XXIV, Nous la trouvons dans le décret du concile de Trente, sur les Ecriiures canoniques el l'usage des livres saciés ( Sess. 4» )• Pour arrêter et contenir les es[>riis inquiets et eiilref)renans , le saint concile dvTend , dans les choses de la foi ou de la morale même, et dans tout ce qui intéresse la ccuiservalign de la doctrine chrétienne, d être assez hardi pour détourner le sens véritable de TEcriture sainle, atin de Texpliquer selon notre ïcutimeut particulier et selon nos idées ,

']oS Du Décaloguk

et de lui donner des inlerprélations, ou contraires k celles que lui donne et que lui a données la sainte mère Eglise , à qui il appartient de juger du véritable sens et de la véritable interprétation des saintes Ecritures, ou opposées au sentiment unanime des Pères : et ce concile le défend dans le cas même où ces interprétations devroienl être toujours secrètes.

Après cela, le saint concile désirant encore réprimer Paudace de ceux qui emploient et tournent à toutes sortes d'usages profanes, les paroles et les sentences de TEcriture sainte , les fabant servir aux railleries , aux applications vaines et fabuleuses, aux flatteries, aux médisances , et même aux superstitions impies et diaboliques, aux divinations, sortilèges, libelles diffamatoires j ordonne et commande , pour abolir ces irrévérences et ce mépris des paroles saintes, que les évêques punissent ces sortes de personnes par les peines de droit, et autres arbitraires , comme profanateurs et contempteurs de la parole de Dieu ^ afin qu'à l'avenir personne ne soit assez hardi pour en abuser de cette manière, ou de quelqu'autre que ce puisse être.

Des Interprètes de t Ecriture sainte,

VJEUX qui croient que toute Tétudede TEcriture sainte ne consiste qu'à feuilleter les ouvrages des interprèles, comme si on ne pouvoit rien entendre sans leur secours, ne goûteront pas souvent, dans cette étude , ce qu'il y a de plus agréable et de plus utile ^ ils s'exposent à s'arrêter fréquemment sur des difficultés inutiles, et à s'égarer dans des questions tout-à-fait éloignées du texte et de Tesprit des livres saints.

On doit donc être attentif à ne pas recommander, au commencement de cette élude, les commentaires, et principalement ceux qui^ par leur longueur, jetteroienl vn jeune étudiaut dans une espèce de désespoir de

EN Général, 709

jamais entenrlre les divines Ecritures. Il fauî, au contraire, avenir les comraençans qn'il y a beaucoup d'eudroi(s dans les livres saiuls, doni le sens se de'couvre de lui— même, quand on se familiarise avec eux par une lecture assidue^ et qu'il nVst pas à propos de se fatiguer d'abord par un travail au-dessus de ses forces ^ à cause de quelques endroils difllciles, qui soûl eu plus petit nombre, et qui d'ailleurs sont aubsi moins nécessaires. II est à propos de leur dire qu'ils doivent faire une grande alteniion à ces paroles de saint Augustin^ que nous avons d^jà rapportées. // est du devoir de celui qui veut pénétrer bien avant dans F intelligence des Ecritures^ de commencer par les lire en entier^ pour les connaître du moins par cette lecture^ s^il ne peut encore les comprendre. Une lecture assidue servira de commentaire; parce que, comme nous venons de l'observer , le sens litte'ral se montre de lui-mcme dans la plupart des endroils , à celui qui lit et relit souvent les saintes Ecritures. On pourra cependant passer , pour quelque temps , les endroits difficiles qui se présentent, jusqu^à ce qu'on puisse les éclaircir , ou par une lecture re'itérée , ou en consultant les interprètes.

Cette première lecture même suftira pour persuader l'esprit , et pour remplir le cœur des préceptes qui règlent les mœurs; et qui, à cause de leur grande nécessité , ont été exprimés en termes si clairs, qu'on n'a pas besoin d'interprète pour les entendre.

Ajoutez à cela, ainsi que nous l'avons déjà dit , que si Ton s'accoutume à ne lit e presque jamais l'Ecriture qu'avec le secours à\\n interprète, on écoute bien moins TEcrilure que l'interprète qu'on consulte : ce qui fait, le plus souvent , qu'on ne goûte point assez ^a douceur inedable de la parole de Dieu , et qu'oa se remplit beaucoup plus du sens de son interprète, que de celui de TEcrilure. Mais , comme il y a des endroits du texte saeré, dont la ditlj culte clemande

710 Du Décàlogue

d'avoir recours aux commeniaires, il est important, pour un commençant sur-tout , de savoir quels sont ceux qu'il doit préférer.

Il ne faut pas croire que tous soient nécessaires pour acquérir finlelligence de l'Ecriture : on (a sait suffisamment d'abord, et pour son ins!ruclion^ et pour celle ^^% autres , avec les notes abrégées de quelques commentateurs. Celles de Ménochius nous paroissent généralement estimées.

Si les commençans veuleitt en lire d'autres, ils doivent observer que, pour n'être pas trompés dans le choix des interprètes auxquels ils voudront avoir recours, il est important de ne point s j déterminer sans avoir auparavant consulté des personnes versées dans la connoissance et rinlelligence dt*s livres saints. Mais qu'ils se souviennent sur- tout de n'écouter, sur ce choix, que des docteurs catholiques^ afin de ne ja^ mais prendre pour maîtres, en matière aussi importante, qiie ceux qui admettent la sainte Ecriture selon le sens que lient et a toujours tenu la sainte mère Eglise-, et qui ne Tenlendent ni ne l'interprètent jamais autrement que suivant le consentement unanime des saints Pères.

T)u Catéchisme et des Instructions qiiun Pasteur doit à son peuple sur la Loi de Dieu,

i^ ous aurions lieu d'être étonnés de l'ignorance où nous voyons la plupart des fidèles de nos jours sur la Religion, nonobstant les instructions fréquentes et presque continuelles qu'ils vieniient assidûment entendre dans leurs paroisses et daî)s nos églises , s'il D éioit pas évident que cetre ignorance provient, le plus souvent, des défauts même de ces insiructions.

Et en effet, si nous voulons examiner en premier lieu 5 de quelle manière on instruit ordinairement l<is

EN GÉNKRXL. 71 l

enfans , nous no serons plus surpris q'i'ils n'en profilent pas. (dominent se fait ordinairement le catéchisme? On ny apprend anx enfans que quelq^ie^ l^iîes spéculatives^ en se contentant de leur dontier des ternies dont ils se chargent la m(*moirc. sans s'attacher à leur en faire comprendre le sens autant qu'ils en >ont alors capables : si on leur ex[)lique quelquefois ce qu'on leur fait apprendre, ces explications ne sont pas toujours assez digérées et assez exactes^ elles ne sont pas toujours faites d une manière claire, inielligiblc, et j)ropre à leur inspirer le goût des ve'ritcs qu'on leur enseigne. Qu'arrive- t-il de là? Les erifans, oti craignent d'entendre des instructions qui ne servent qr/a les fatiguer, n'ayaTii rien que de rebutant pour eux. par leur sécheresse et leur dureté^ ou , s'ils s'a|)pliqr.ent à apprendre par cœur ce qu'on leur enseigne, ils cherchent bientôt après à foublier, parce qu'ils ne Totil jamais entendu ni g'»ûté- et voilà la cause trop ordinaire de le'.ir ré[)rgî)ance, souvent sans remède, pour tout ce qu'ils doivent croire et pratiquer des vérités de la Religion: s'aveuglant même presque toujours, qriancj ils sont parvenus à un âge plus avancé , jusqu'au j)oint de j^îsiifier leur ignorance , et d'en donner pour excuse la futile de ceux qui les ont instruits ou du instruire, dar.s les premières années de leur ^•ie.

Catéchismes qui seroient faits avec plus d'attention cl de soin, si ceux qui sont chargés de cette fonction en sentoient bien toute fimpoitance. iMai> on la néglige le plus souvent, on en a nn'me de 1 éloigne— ment, à cause du peu d'éclat qui 1 accom[)3gne . et du mépris qu'en font la j)lupart des gens du monde; on s Cn d!S[)ense le plus qu'on ]>eut, parce que l'on croit que, s'acquitter d'un pareil emploi, c'est perdre son temps, c'est s'abaisser, c'est s'avilir.

Cependant l'instruction des enfans a loujoins e'ié regardée comme un des principaux dev» irs du pasteur^ et. sous quelque face qu'on la considère , on la irou-

Yy 4

7*2 Du Décalogue

vera de la deriaière importance. Il y va du salut, nonseulemenl de la jeunesse, mais de toute tine paroisse: car comment y coniioîrra-t on les vr'rifës de la ïoï^ coramenry observera-lonles commandemensde Dieu, si le pasieur n'est pas attentif à enseigner ce qu'il faut faire pour être sauve, arx enfans en qui Tâge encore tendre fait trouver ordinairement plus de do* ciliié? luslrucn'on des en fans d autant plus nf'cessaire^ que, lorsqu'elle est faite avec toute l'exactitude qu'elle exige, elle ne peut que contribuer insensiblement et ' d'une manière solide, au bon ordre et à IVdificalion d^Jne paroisse. La jeunesse élevée dans la Religion, dès les premiers temps de sa vie , y est moins libertine, moins débordée^ si quelques-uns, emportés par le crime et les passions, perdent bientôt de vue les sages leçons qu'ils ont reçues, ils ne font pas le })lus grand nombre ^ Ton voit même souvent que les principes de Religion qu'ils ont sucés presque avec le lait, les rappellent de leurs égaremens et les gagnent enfin à Dieu, en réveillant en eux les premiers sentimens qu'on avoit tâché de leur inspirer pour la vertu.

Catéchisme qui ayant formé à la pi^'ié les pères et les mères , lorsqu'ils étoienl jeunes, leur fait sentir la nécessité d'être eux— mêmes les premiers catéchistes de leurs enfans, et l'obligation de leur inspirer avec le lait, et avant que ces jeunes élèves viennert dans i os temples , la saine doctrine que l'Eglise leur a donnée pour eux. Car il est à craindre que les enfans ne perdent bientôt et trop aisément tout ce qu'ils ont appris dans les catéchismes qui se font à l'église, si leîî pères et mères n'ont soin , de leur côté , de le leur faire répéter tous les jours, dans la maison , et de le leur faire comprendre. Or, comment pourront-ils s'acquitter de ce devoir , s'ils ne sont pas instruits euxmêmes ^ si leurs curés ont négligé de veiller à leur faire connoître les principes de la Religion , tandis qu'ils étoient jeunes.

EN Général. 718

CeUe obligalion des pères et mères de rrpétcr lous les jours, dans la niai>oii , le catèthisnrje à lot.rs en— faus. et de le leur faire rompreudr€, prouve qu'il uy a |X)im de pcie u\ de mèie de famille, qui ne doive souvent repasser le catéchisme, ei le relire avec attention. Les principes de la Religion chrr tienne , qui y sonî contenus, ont cela de friand, que pl.is on les relit, pins on y découvre de vérités. Il y a même boaticoiip des choses qu'on dit aux er'tans, qu'ils n'entendent qne dans tiii â^n plus avao^é'^ de sorte qu'il y a, dans le catéchisme, à apprendre poui tout le monde. Et qi'.and les pères et mères de famille ne repeteroient celte lecture que pour se lendre ca[)ables dVn instruire leurs enfans et leuis dome>tiques, c'est une assez forte raison pour les y oblij^er.

Il est important que les curés rap[)ellent souvent cette observation à leurs paroissiens, et les confesseurs a'ix penitens. Il nVst que trop vrai que la plupart des hommes ne savent [)as assez le catéchisme; et ce qu'il y a de pis, cVst qu'étant arrivés à un certain a^e, sans l'avoir bien su , ils négligent, et même ils ont honte de le rapprendre.

Ne cherchons point la source ordinaire d'un si grand mal , ailleurs que dans le défaut des instructions qu'ils ont reçues étant enfans. On pourroit y remédier cependant, si Ton vouloit instr\iire avec plus d'aitentioa ceux qu'il faut préparer à la première communion. Il est encore temps alors , en leur rappelant les premiers élvfmens de la doctrine chrétienne, de les mettre en état de profiter des instructions plus solides que demande cette commiinion, et de celles qu'ils entendront di>rant le cours de leur sie.

Mais la même négligence , disons plus, la même irréligion qui les a laissés dans l'ignorance , lorsqu'ils éioienl dans un âge encore tendre, les abandonne sans remords , lorsqu'il s'agit de les instruire dans un âge plus avancé. Nous disons^ la même irréligion^ et nous

7^4 I^u Décalogue

ne disons rien de trop: car si sainî V^ïu] dit qne ceux qui ne procurent pas rinstruction à leurs serviteurs ^ $oxM pires que des infidèles ^ que doit-on penser des pères et mères qui ne h procurent pas même à leurs enfans,et qui sont certainement compris dans cette expression de ra[)ôlre, si qnis suorum curam non habetf* que doit-on dire, à plus forte raison, des ministres de Jesus-Christ qui Ja refusent à ces enfans f

On nous répondra peut^êrre que ces termes, qui la refusent^ sont oufrës^ mais, si Ton veut bien faire attention à la manière dont se font souvent les catéchismes destinés à préparer les enfans à la première communion, on sera obligé de convenir que ceux qui sont chargés de /es faire, ne doivent pas s'offenser , si on les ;5ccuse de refuser alors l'inslruciion aux enfans.

Et 9,n effet, [[ sufïit d'assister aux catéchismes qui se fqnt alors, pour voir qu'il n'arrive que trop souvent qu'on y suit la même méthode que dans ceux qu'ont entendu ces enfans, dans leurs premières années , et dont nous venons de parler. On se contente de leur faire apprendre par cœur les vérités que Ton veut qu'ils sachent, de les leur faire répéter, et Ton s'en tient là, en se flattant d'avoir^ à cet égard , rempli son devoir. Ce n'est pas là ce que saint Augustin nous enseigne sur la méthode qu'on doit observer pour faire à\g\\err\çn\. le catéchisme. Il faut, dit ce saint doctet)r, y faire connoître les vérités que l'on doit apprendre a cetix x^ne Ton veut instruire^ les leur expliquer , en tirer les conclurions nécessaires pour les mettre en état d'en profiter: intimare^ explicdre ^ eachortari. Avant que de leur faire réciter le catéchisme, on doit toujours faire pr^éder un discours familier, plein de piété et d onction, court, affectueux, insinuant, qui leur donne fidée des vérit'^'s dont on va leur demander comnre. C'est snr-tO\it dans le catéchisme des enfans pour la première communion, que Ton doit s'attacher à répandre des traits vifs et peiçans, pour inspirer à

EN Général. 715

ces jennes eloves l'amour de la \eT\u et Thorreur du vice: à leur rnefire devant les 3C11X les peines de la vie l'ii.ire. et les suites affreuses du pêche mortel^ à les consoler par la vue des récompenses éternelles^ à les attendrir, en ne cessant de leur inspirer Taraonr de Dieu et de Jésns-Christ. Ils sont alors plus capables de sentimens, que dans un â^e plus tendre^ ils sont plus en état, par conséquent, d'en profiter.

Lorsqu'on aura un mystère ou un Sacrement à leur expliquer, on doit poser pour fondement ce qui s'est passé dans l'accomplissement de ce mysière ou dans l'institution de ce Sacrement. La doctrine qui regarde les mystères ei les Sacremens éiant bien traitée, et d'une manière à la leur faire entendre autant qu'ils en seront ca[)ab!es. produira daTis la suite et insensiblement, datjs leur cœur, la vériiable piété ;cn leur expliquant, par exemple, les effeîs du Baptême et les obligations que tjous contractons en le recevant; les don» q"e le Sairjl- Esprit répand sur nous par le sacrement de ConfirmaiiDn. Tétendue des lois de la pénitence chrétienne ; la grandeur de l'amour de Jésns-C.hrist pour les bomnif^s, dans linsiiintion de rEucharistie , la reconnoissance qu'exi^^e d eux un bienfait si merveilleux et si signalé; les dispositions que demande, de ceyiy qui le reçoivent, un Sacrement qui les nourrit du pain du ciel, et qui donne la vie éternelle. Par-là on leur rnspirera le re«?peci au'ils doivent à ces au^^ustos Sa— cr-rnen*:: le désir de 1rs recevoir et de profiter des grâces dont ils remplissent les cœurs bien préparés.

11 est bon de mrler à ces instructions, comme à celles du petit catéchisme fait aux enfans, quelques histoires liréps fie rKcriture ou des aulrnrs approuvés; c'est au caiéchisle de les choisir. Le tout est de savoir rendre sensibles les choses qu'il aura à raconter; de s'éiudier à en bien prendre le sens, afin de ^e saisir j)nr-là de l'esprit et du cœur de ces jeunes disciples. (]es liistoires servent à apj)uycr la pralique des sentimens qu'on a

*ji6 Du Décalogce

Vdché de leur inspirer, et à les leur graver dans le cœur autant que dans la mémoire. Pratique qui les empêchera d'oublier ce qu'ils auront appris, et sans laquelle il esl à craindre qu^ils ne perdent bientôt de vue les instructions qu'ils auront remues. Pratique, dont dépend le fruit principal du catéchisme, et sans laquelle il cisl dilficile que les enfans deviennent meilleurs.

Enfin, le catéchiste doit s'apph'quer à inculquer et répéter souvent avec force les choses plus difficiles et plus importantes, jusqu'à ce que leseufians lui paroissent les avoir comprises. Sur-tout, qu'il ne se lasse jamais dans un travail aubsi utile qu'il est pénible et nécessaire. Malheur à ceux qui ne remplissent cet important ministère que par manière d'acquit, avec dégoût et contre leur gré^ qui croient que la fonction de catéchiste esl au-dessous d'eux, et ne peut que les avilir et les dégrader. Malheur aux ouvriers évangéliques qui cherchent plus l'éclat et la pompe dans Texer— cice du saint ministère, que la gloire de Dieu «'t le salut des âmes. Qu'ils se souviennent, afin de rougir de ces honteux sentimens , de l'accueil favorable que Jésus-Christ fit à de petits enfans qu'on lui présentoit^ de la tendresse avec laquelle il les embrassa et les bénir^ de la manière touchante dont il leur imposa les mains. Laissez ces enfans en paioc , dit alors ce divin Sauveur à ses disciples qui les rebutaient ^ ne les empêchez pas de ^enir à moi : car le royaume du ciel est pour eux et pour ceux qui leur ressemblent. Enfin, si celui qui reçoit un petit enfant au nçm de Jésus-' Christ^ reçoit Jésus Christ ^ rebuter les petits enfans, auxqv>els on est obligé de faire connoître Jésus- Christ, n'est-ce pas rebuter Jésus- Christ même ?

Il faut cependant en convenir ^ quelqu'attentif que soit un catéchiste, quelque soin qu'il prenne pour bien instruire les enfans dont il esl chargé, il arrive tous les jours qtie tous ne portent pas le f mit qu'on avoit lieu d'en attendre. Les uns ne s'appliquent point à

tu Général. 717

conserver la doctrine qu'ils ont apprise: le malin es^ prit vient , et etilève ce qui avoit été semé dans leur cœur» D'aiitres avoi^nt dabord reçu avec joie ladi-* vine parole^ mais leurs bonnes dispositions n'ont duré quun temps , et comme la divine semence navoit point pris de racine en eux .les traverses et les per~ sécutions quil a fallu essuyer pour vivre dans la piété, les railleries des libenius, la crainte de déplaire au monde, dont il est difficile, à cet âge sur-lout, de ne pas appréhender les rebuts, et de ne pas désirer les caresses et les applaudissemens, les ont forcés de se scandaliser de ce qu'ils avoient appris sur la Religion, et qu'ils avoient même goùlé. Enfin, il y en a qui avoient écoutf^ très-alteniivemenl, pendant un certain temps , les instructions qu'ils avoient reçues ,. qui avoient même commencé de les mettre en pratique ; mais les passions qui se font sentir de bonne heure, et qui se jouent encore plus aisément d'une jeunesse bouillante et sans expérience, en lui persuadant à leur gré tout ce qui la flatte^ les occasions dangereuses qui la tentent et qui la perdent; les excès, Iç libertinage qui la corrompent; les soins de ce monde^ les sollicitudes du siècle, l'illusion des richesses, les occupations extérieures, les affaires temporelles et les embarras qui commencent alors à remplir l'esprit des choses de la terre, et à y attacher le cœur : tous ces embarras ont étouffé les insiruciions salutaires qu'oa leur avoit données, et ont rendu infructueuse l'éducation chrétienne qu'ils a* oient reçue.

Il y a encore un moyen de les rappeler les uns et les autres à la connoissancc de la vérité, et de les engager à rentrer dans leur cœur : c'est de faire après les vêpres , dans l'église paroissiale , ce qu'on appelle le grand cal -chismc. Ce sage établissement, fait dar>s plusieurs diocèses , y procure des biens merveilleux , et l'expérience ea wil sentir tous Us avantages.

ni8 Du Dé<;alocue

Non-senlement ce grand caléchisnie sert à ovivrir les yeux de la jeunesse qui, après avoir secoué le jong du Seigneur, a méprisé les prom{.^sses soleinielles qi/elle avoit faites de lui être toujours fidèle^ mais il esi encore extrêmement utile, et aux jeunes gcrîs à q-ii il inculque encore plus fortement ce qu/ilssavoieni dr'jà, et aux personnes d'un â^^e plus avancé, à qui il rappelle bien des choses qu'ils ne vojoient plus que d'r-ne manière très-confuse^ à qui il en apprend même souvent beaucoup qu''ils ignoroient profondément, en leur épargnant la honte de paroître publiquement ne les avoir jamais sues.

Dans le grand catéchisme , on explique les raèmes matières que dans le petit ; mais sans couper son discours par des interrogations, si ce n'est rarement, et lorsqu'on a lieu de croire que cette méthode sera plus utile, soit pour animer les enfans à mieux retenir les explications qu'ils eulenderit; soit pour engager les pères et mères à leur répéter à la maison ce qu ils doivent dire en public, aiiri qu'ils n'aient pas la houle de répondre comme des ignorans, quand ils seront interroges. Mais si l'on s'aperçoit que ces interrogations fatiguent, dégoûtent les aisistans, et en éloigîient plusieurs de ceux sur-tout qtii auroient plus besoin d'être assidus à ce catéchisme, il faut les supprimer et s'en tenir à une instruciion , dont les explications doivent ctre faites d^une manière simple et familière, et toujours proportionnée au caractère d'esprit , à la capacité et au besoin des auditeurs. En un mot, on doit s'y attacher non— seulement à les instruire des vérités qu'ils doivent savoir , mais encot e à leur ins[ irer le goût pour finstruction , et à les mettre en état de profiler de toutes celles qu'ils recevront dans la suite.

Ce que nous avons dit de futilité des histoires, lorsqu'on instruit les enfans, convient encore j^lus particulièrement au grand catéchisme; el elles y sont d autant plus efficaces, que ceux qui les écoi.lenl ayant

EN GÉKÉU^VL. 719

r€sprit plus formé que des eiifaiis , sont plus en eiat d en comprendre loule la force . et par conséquent d'en profiler. L'inslruction qui se fait par les exenjples est bien plus uiile que celle qiâ se fuit par les paroles; sur-lo«:t pour certaines j>eisonnes,que les exem[)les convainquent presque toujours miefix que les préceptes: on ne croit pas dillicile, dit saint Ambroise, ce qui a dfjà été pratiqué^ l'on juge même utile ce qui a mérité l'approbation des autres^ et Ion rej^arde avec respect et avec religion, ce qui est veuu jusqu'à nous par une espèce d héritaj^e et de succession de nos pères. Les instructions, fondées sur de grands raisonnemens, ne sont pas à la porlée de tout le monde^ mais celles qu'on tire des exemples rendent bien plus palpables et plus sensibles les vérités cjue Ton prêche : tous sont capables de les enlt'ndre. Il faut, dii saint Grégoire le grand, employer les raisonnemens pour conNcriir les sages du siècle: mais les personnes sin^ples sont plutôt touchées [)ar des exemjJe.s. 1! esta pro[)Os de confondre les premiers, et de les réduiie à Tinipossibilité de prouver et de so^itenir ce qu'ils avanceiit: niais c'est assez, pour h s sinples, de leur iâire voir ce qî/on exige d'eux, dans les exemples dos gens de bien.

De la Nécessité du Prône^ et de son Utilité pour L instructioti des Fidèles,

^PîiÈs le catéchisme, le prône est l instruction la plus importante que puissent recevoir les fidèles: l'obligation que 1(^ concile de Trente impose au\ curés , de le faire exactcfuent les jours de dimanche, en fait sentir louie la néces^ité. T.n \ain s'ap[)hqueroit- on à ap~ ])rendre aux entans les piemiers élément de la doctrine chrétienne , si , lorsqtrili sont parvenus à un âge ])bis avajicé,et devenus capables d'instriiciions plus solides, ou liéî'liî'eok du leur en làiie voir toute» les

; Du

f^20 I3u Décaloguë

conséquences, el de les instruire plus à fond de ce (Ju% doivent croire et pratiquer. Un jardinier habile et at-^ tentif n'a pas besoi i qu'on lui dise que, s'il n*arrose pa» ce qu'il a planta, el s'il manque à le cultiver autant qu'il est nécessaire pour en retirer le fruit qu'il en espère, inutilement en atlendroil-il aucun.

Ainsi, il ne suffit pas d'avoir appris le catéchisme auxenfans,on doit encore nourrir leur foi el leurs bonnes dispositions par la prédication; e; voilà ce qui rend indispensable l'obligation de faire le prône. Que diroiton d'une mère qui, lorsque son enfant a aileinl l'âge où il lui fa\U des alimens plus solides, pour commencer à prendre des forces , ne le nourrirait cependant que de lait? Que doit^on donc penser d'un curé^ d'un prêtre charge du soin des âmes , qui négligeroil le prône aux jours que 1 Eglise lui ordonne de le faire? Que ne devroii-on pas appréhender pour le salut de ceux qui seroient confiés à sa conduite^ s'il se contenloil, pour toute instruction, de leur avoir appris les premiers élémens de la parole de Dieu F Comment pourront-ils discerner le bien et le mal ^ s'ils n'ont pas reçu une nourriture plus solide que celle que donne le catéchisme? Comment pourront-ib comprendre les sermons el les autres instructions, s'ils ne savent que ce qu'on leur a appris dans leur enfance^ et que peut-être ils auront déjà oublié, au moins en partie: quiconque est nourri de lait ^ dit saint Paui^ est incapable d'entendre des discours plus relevés sur la justice^ parce quil est encore enjant»

Il est donc difficile, pour ne pas dire impossible^ que le catéchisme produise le fruit qu'on a lieu d'en attendre, si ses instructions ne sont pas soutenues, expliquées , confirmées par celles du prône; c'est ce qu'il est facile de démontrer. Il suffit pour cela d'entrer, pour un moment, dans le détail des instructions qu'il est important que le prône donne aux fidèles.

On leur a dit, dans le catéchisme , que FafFaire la

plus

EN Général. 721

plus importante qu'ils aient sur la terre, est leursalul^ mais à quoi Itiur servira celle grande vérité, si, lorsqu'ils sont dans un âge plus avancé, et capables de 1 entendre, on ne leur apprend pas quelles conséquences ils doivent en tirer ?

Suftiiil de leur avoir dit, lorsqu'ils éloienl encore enfans , qu'ily a un Dieu, si on ne leur apprend pas ensuite quelles sont leurs obligations envers cet Etre suprême, et si on ne leur explique ce qu'ils doivent croire de lui ?

Suffu-il de leur avoir fait apprendre par cœur le symbole, lorsqu'ils étoient encore eiifans, si on ne leur explique pas ensuite la doclriuede TEglise, sur tous les articles de ce symbole!'

Suftil-il de leur avoir appris, lorsqu'ils ëloient encore enfans, qu'il y a dix commandemens de Dieu, si on ne leur a pas expliqué tous les devoirs renfermés dans ces divins préceptes , si on ne leur en a pas fait voir toute l'étendue , si on ne leur a pas fait sentir la nécessité d'en étudier l'esprit j si on n'a pas lâché de les bien convaincre que Dieu ne ni»us a donné ces commandemens que pour êlre la règle de notre cnhe, de notre cœur et de toute notre conduite; si on ne leur montre pas les récompenses que le Seigneur a attachées à noire obéissance, et les châtimens qu'il a préparés aux pré\aricateurs de sa loi?

Suf(il-il de leur avoir fait apj>reudre par cœur l'oraison dominicale , lorsqu'ils eioieni encore enlans , si ou ne leur en explique [las toutes les demandes, pour leur apprendre à réciter celle excellente prière avec la foi, la piéié , la ferveur, la contiance , le respect et tous les senlimens qu'elle exige de nous?

SuOit-il de leur avoir dit , lorsqu'ils éloienl enfans, que nous devons prier dans tous nos besoins , sans leur apj)rendre jamais sur quoi est iond<»e la nécessité de. la f)iière;à qui il faut adresser ses pri<.'res, pour qui il tà'.t [)rier, quels synt les eifels de f» [)iicrc j 2 o flic IIL L L

"^22 Du Decalogue

quelles soîtl les dispositions où doit être celui qui ])rie . quelles S.011I les choses qu'il faut demander à Dieu ^ quelles sont les conditions de la prière, par qui il faut prier , comment Dieu exauce ceux qui prient^ dans quelle posture il convient d'êire pottrprier^ quels sont les temps, les jours, les heures, qui doivent être emploje's à la prière: quels sont les lieux quiy sont destinés? Si les peuples chrétiens éioient plus souvent et plus exactement instruits du respect qui est du aux églises, on iieverroit pas le temple du Seigneur continuellement et si audacieusement déshonoré et profané.

Que sert aux fidèles d'avoir dit, lorsqu'ils récitoicnl le symhole, étant encore enfans : je crois la sainte Eglise catholique^ s'ils ne connoissent pas cette Eglise, s'ils ignorent pourquoi on Tappelle catholique ^ s'ils n'ont jamais entendu parler des caractères qui lui sont propres, s'ils n'ont jamais ouï dire pourquoi elle est une, sainte, apostolique? Comment obéiront-ils à tous ses jngemens et à ses commandemens , s'ils ignorent quel est le fondement de Tohéissance qtn lui est due , du respect et de la soumission qu'exigent ses décisions, et pourquoi , hors de l'Eglise de Jésus-Christ, il Tj j a point de salut ^ pourquoi il faut croire tout ce qu'elle enseigne, et comment il faut regarder ceux qui rejettent ses décisions? Comment observeront-ils sas commandemens, si on ne leur en fait pas sentir la nécessité, si on ne leur explique pas la force et toute l'étendue des obligations que ces commandemens imposent, et quelles sont les vues de l'Eglise, lorsqu'elle les prescrit à ses enfans?

Que leur sert d'avoir appris, étant encore enfans, Je nombre et les noms des Sacremcns, s'ils ignorent par qui et pourquoi ils ont été institués, et à quoi ils nous sont nécessaires-, si on no les instruit jamais de leur excellence et de leurs effeis : si on ne leur dit point quels soniccuxqu'ilssont obligés de recevoir, dans quelles disqosiiions ils doivent s*en approcher, en quels temps il faut les demander? Avec quel respect verront- iU ad-

LN Général. ^23

ihinistrer les Sacremens,si on ne lenr a jamais dit pourquoi l'Eglise a joint à cette adminisiralion plusieurs cérémonies et prières^ si on ne leur a jamais exfîiiqué ce que signifient toutes ces cérémonies , et ce que FEglise demande à Dieu par ces prières ?

L'Eglise auroit-elle la douleur de voir, durant ses offices et prières publiques, les abus et les irrévérences qu y commeitenl journellement la plupart de ceux qui y assistent, si Ton apprenoit aux peuples pourquoi elle accompagne son service public de toutes les céré— tnonios dont nous sommes les lémoinsT Quelle seroit alors Tattenrion, la piété, la dévotion, la consolation des assistans , si on leur avoit appris quelle est la fm de Tinslitution de ces cérémonies- si on leur expliqîioit ce qu'elles signifient, ce que veiit dire tout cet appareil extérieur et cetto magnificence dont on se sert dans les ornemons de ll'^glise, dans les vases sacrés, dans la décoration des temples; jiourqnoi TEglise se sert de cierges allumés et de l;nn[)es, dans les prières publiques 5 pourquoi des cierges allumés devant le célébrant, et quand on va chanter l Evangile^ pourquoi ceux qui vont à TofTiande portent un cierge allumé qi'ils donnent au prêtre; pourquoi l'on place ordinairement un grand nombre de cierges autour des cf)rr)s morts, à la cérémonie de leurs funérailles; pourquoi v.ue lami)e toujours allumée devant le très-saint Sacrement^ pourquoi l'Eglise offre de Fencens à Die«ï ; pourquoi elle encense les autels, les croix, les irr.ages, le livre de5 Evangiles, les offrandes faites au Seigneur; pourquoi, en [plusieurs diocèses, h la messe solennel!»^ à laudes et à vêpres . elle encense les fidèles^ pouiq'.'oi on encense en particulier les évoques, \ts prêtres. K s roi<c , les princes, les princesses et autres personnes de distinction; pourquoi on encense les reliques des Saints, les corps morts et les tombeaux des fidèles. Enfin, il seroit important, j^oiir éviter l«^s fréquentes indécences que commettent les fidèles à foccasic!! du rhant, dans

^24 Du Décalogtje

l'office public , de leur apprendie quand ils peuvent cbajiLer, (pjand ils doivent se taire, tl à quoi ils sont oblige> pai rap|)ort à ce cbant dans Tegiise : il seroit encore à propos de les inslri.iie sur lusaj^e qu'on doit faire , dans It j^lise , d^s orgues et des autres instrument de niûiique^ par— la loul s'y feroil avec ordre et avec édification, ainsi que le prescrit saint Paul.

Yerroil-on tant d'irrévérences, d'impiété, d'irréligion, dans la plupart de ceux qui assistent au saint sacrifice de la messe, si ceux qui sont chargés de faire le prône avoient soin d'apprendre aux fidèles ce que c'est que ce redoutable sacrifice^ pour quelles fins, pour quelles raisons il est offert^ à qui il est offert , pour qui il est oifert^ quelle est la victime qui y est offerte, et quel est le prêtre qui loffre ^ quelles sont les dispositions avec lesquelles nous devons y assister: quelle est la meilleure manière dj assister^ quand on manque de respect en y assistant^ quelle posture il convient de tenir en y assistant^ ce que nous devons apprendre par ce sacrifice , pour la règle inviolable de nos dispositions et de nos sentimens?

Les cérémonies qui s'observent dans le sacrifice de la messe, sont très-remarquables et très-utiles, soit pour faire éclater davantage la majesté d'un si auguste sacrifice, soit pour porter les fidèles, par la vue de ces mystères si salutaires , à la contemplation des vérités divines qui y sont cachées. Aussi le concile de Trente, en ordonnant aux pasteurs et à tous ceux quionl charge d'âmes, d'expliquer souvent, au milieu de la célébration de la messe, ou de faire expliquer par d'autres , quelque chose de ce qui se lit à la messe, leur enjoint partiel. lièremcnt de s' attachera/a ire entendre quelque mystère de ce très- saint sacrifice , les fours de dimanche et de fête. Cependant il est rare d'entendre faire au prône fexplicalion des cérémonies et des prières de la messe, selon rinlenlion de TEglise. Aussi n'estil que trop ordinaire de voir des fidèles qui ne con— noissent ni l'esprit de ces prières ci de ces céiémouies^

EN Général. ' 7^5

ni ce qiî^il faiU faire pour y entrer ; et que Ton a accoutumes, par cette i^noraîice grossière, à ne les regarder qiiC comme des céremoines ordinaires, qui ne demandent rien de noire esprit et de notre cœur.

On parle souvent aux fidèles, en faisant le prône, de la vie chrétienne^ mais s'applique-t-on, autant qu'on le doit, à leur bien expliquer ce qu'on doit entendre par une vie chrétienne P leur fait-on bien connoître quelles sont les maximes de Jésus-Christ^ ce qu'il faut faire pour être attaché à Dieu j en quoi consiste le détachement du monde ?

On leur a parlé du péché, lorsqu'ils étoient encore enfans,en leur en donnant seulement la définition^ mais, lorsqu'ils ont atteint un Age plus avancé, et qu'ils ont été plus capables de comprendre, s'est-on appliqué, avec toute ralteî)lion, lV>tendue et l'exactitude que demande celte matière, à leur exjiliquer en quoi consiste la désobéissance à la loi de Uieuf* leur a-t-on a[)prij ce qu'on doit entendre par le nnm de péchv^ mortel^ en quels cas on pèche luortelloment , et quels sont les efifeis du péché mortel? leur a-ton appris ce qu'on doit entendre par le nom de péché véniel , quels sont les effets du péché véniel, à quoi l'on s'expose en faisant peu de cas du péché véniel? leur a-l— on fait distinguer le péché d'omission et le péché de commi>sion ? les a-i-on instruits de ce qu'ils doivent savoir sur les péchés, par pensées, par paroles, par actions^ de ce qu'on entend par les p**'chés spirituels et les péchés charnels^ par les péchés contre IJieu, ou contre le prochain, ou contre nous-mômes ^ par les péchés de fragilité, par les péchés d'ignorance, parles [)échés de malice, parles péchés dhibiludeP letir a-t-on ex[)liquc en quel cas on est coupable des péchés d'autrui ?

On a fait dire aux fidèles, lorsqti'ils étoient encore enff^ns, les noms des péchés cajjitaux. Mais , lorsqu'ils ont été plus ca[)ables de comprendre , leur a-t-on appris à les reconnoître et à en craindre tous les mauvais effets^

Zz 3

ro^, > Du DÉfcAtOGTJE

par exemple, lenra-l-on expliqtië ceqiie c'est que For— giieil, à quels dangers il nous expose, pourquoi il est rei^ardé comtr^e un signe ordinaire de rf?probalion ^ quelles sont les difïéfcnîes espèces dorgueil, quels sont les pèches ifué l'orgueil produit ordinairement, quel est le reïiièiie de Torgueil?*

Lotir a-t-onexpliqjie ceque c'est que Ta varice , quels sont leîi pêches qu'elle produit le plus souvent ^ quand Favarice est un péché moriel, en quel cas on pèche vé- Diellemenî par avarice, quels sOul les remèdes de ce vice?

A regard de Timpurelé, c'est un pe'ché dont on ne doit jamais parler en public qu'avec les plus grandes precaulious. Il faut renvoyer aux confesseurs les ins— irociioiis qu'il est nécessaire de dunner là-dessus ^ ils doivent connoître les précautions qu'on doit prendre pour en donner, et quand ils sont oblige's d'en donner sur une matière aussi délicate, qui demande une grande sag^^sse et nne extiême prudence.

Les instruclions sur le péché de gourmandise , sont nécessaires à une infinité de personnes; et cependant il est rare de voir expliquer au prône ce que c'est que ce péché, les cas où on le commet* quelle est la gourmandise la plus dangereuse^ ce que c'est que Fivro— guérie, et quelles en sont les malheureuses suites^ quelles sont les suites de la gourmandise en général, et quel en est le remède.

On enlendsouveni déclamer en chaire contre l'envie : mais dit- on iouvent au prône quelles en sont les causes, quelles en sont les suites , quels sont les motifs les plus propres à nous en donner de Téloignement , quels en sont les remèdes?

La colère est un des péchés les plus communs dans le monde ^ cependant il est rare que le prône apprenne à ceux qui y asïiislent , en queb cas la colère est juste et raisonnable, et en quels cas elle est déréglée et est nn péclié^ quelles sont les passions qui la produisent^ si ou peut sans péché s'emportor contre ceux qui s'op-

EN Général. 72'^

posent à nos désirs justes et raisonnaLles ^ en quels cas il y a nécessité de se mettre en colère , de quelle prudence il faut user dans ces occasions ; quelles sont les suites de la colère^ en quel cas la colère est un peclië mortel ou un péché véniel ^ ce qu'il faut faire pour éviter le péché de colère.

La paresse est un péché sur lequel on e.'t malheureusement trop peu instruit^ et cependant le [)rône apprend rarement à ceux qui y assistent, ce qu'ils doivent savoir sur ce sujet. Les fidèles ne connoissent , pour l'ordinaire, que fort imparfaitemeni , et souvent même ignorent entièrement ce que c'est que ce péclié : on ne leur aj)prend presque jamais quand est-ce qu'on en est coupable, quelles en sont les causes , quellt's en sont les suites , ce qu il faut faire pour l'éviter , quels en sont les remèdes.

On nomme tons les Jours la vertu dans les chaire» chrétiennes. Mais le commun des fidèles comprend- il bien ce que c'est que la vertu 1' le prône le leur a-l-il apprisf leur a-t-on expliqué d'une manière intelligible, quelles sont les vertus qu'on appelle théologales^ quelles sont celles qu'on appelle morales , et pourquoi on lei nomme ainsi?

A-t-on soin de leur apprendre ce que c'est que la foi , quel est le fondement de notre foi . pourquoi nous devons croire fermement tout ce que Dieu nous a révélé, et comment nous connoissons ce que Dieu nous a révélé? Leur fait-on connoître rautorilédelli^glise pour les choses de la foi ? leur fait-on voir la nécessité de la foi pour être sauvé? leur apprend— on quels sont les articles que tous les chrétiens doivent jiaruc.ilièrement savoir et croire, ei comment ils doivent savoir .1 croire les autres!^ Leur prêche-i-on dans le prone la nf cessité d'une foi vive, en leur ex[)liquant ce que c'est qu'une foi vive, et ce que c'est qu'une foi morte? leur fait-on connoître quels sont ceux qui pèchent contre la foi ? leur explique-t-on pourquoi il ne suffit pas de croire

^28 Du Décalogue

intërieuremeni ce que TEglise croit, et comment on doit faire connoîlre sa foi aux hommes P

Il l'an apprendre aux fidèles que nous devons mettre notre espérance en Dieu , sur quoi est fondée noire espérance, en quel sens on dit qu'elle doit être mêlée de crainte : il faut leur faire connoîlre ce que Dieu nous a promis ^ quels sont les moyens nécessaires pour parvenir ail bonheur que Dieu nous a promis. Il faut leur apprendre comment ils peuvent attendre les biens de ce monde, de quelle manière , et à qui ils doivent les demander ^ pourquoi on ne doit espérer qu'en Dieu. Il faut leur faire connoîlre en combien de manières on pèche contre Tespérance ^ ce que c'est que pécher contre celle vertu, par présomption ^ ce que c'est que tenter Diea^ en combien de manières on peut pécher par désespoir. Voit— on cependant beaucoup de prônes qui instruisent, auianl qu'ils doivent le faire, les peuples chrétiens sur celle imporiante matière P

Laisser ignorer au chrétien le précepte de l'amour de Dieu, c'est lui cacher le grand et le premier comviandement de la loi. Ne point avertir le chrétien des obligations que lui impose la charité , c'est l'exposer à violer les devoirs importans que lui prescrit une venu, sans laquelle Thommc n'est rien ^ dit saint Paul. Il est donc indispensablemeai nécessaire de lui apprendre ce que c'est que la charité, ce que c'est qu'aimer Dieu pour lui-même, ce que c'est qu'aimer Dieu par-dessus toutes choses , quand est-ce que nous aimons Dieu par-dessus toutes choses^ la nécessité d'aimer mieux renoncer à ce que nous avons de plus cher au monde, que de l'offenser ^ quel est le sens de ces paroles : J^ous aimerez Dieu de tout "votre cœur , de tout votre esprit , de toutes vos forces ^ ce que nous devons faire pour aimer Dieu , en la manière qu'il l'ordonne^ quel est le péché que commet celui qui viole le précepte de Ta— mour de Dieu ^ s'il suffit, pour aimer Dieu , de lui dire qu'on l'aime: si c'est aimer \y\Q\\ comme il faut, que

KN GÉNÉJIAL. 729

de ne l'aimer qu'à cause des biens lefTiporels qu'on attend de lui; qui sont ceux qui pèchent contre l'amour qu'on doit à Dieu^ à quelles marques nous connoîtrons si nous aimons Dieu.

La charité nous oi)lige encore à aimer notre prochain. T^ous aimerez votre prochain Gomme vous-même ^ nous dit Jésus-Christ, et cest ici le second commandement de la loi^ qui est semblable au premier. Il faut donc apprendre au chrétien quel est son prochain^ ce que c'est qu'aimer son prochain comme soi-même; sur quoi est fondée l'obligation que nous avons d'aimer notre prochain comme nous-mêmes^ quel bien on doit souhaiter indifféremment à tout le monde, comme à soi-même^ si on doit procurer indifféremment à tout le monde, ce qu'on doit se procurer à soi-même^ quel est l'ordre de la charité, dans les secours qu'on procure au prochain • comment on peut connoîlre si on aime son prochain ^ quels sont les secours qu'on peut pro— curer au prochain : quelles sont les œuvres spirituelles de miséricorde : quelles sont les œuvres corporelles de miséricorde.

Les fidèles ont grand besoin d'être instruits sur le pardon des offenses ef sur l'aumône. On doit leur montrer que le pardon des offenses est un devoir indispensable à tous les chr^'tiens; en q'ioi consiste ce pardon^ ce que doit faire celui qui a offensé • ce que doit faire celui qui est ofïénsé^ ce qu'ils doivent faire lorsque l'un et fauire ont tort et qu'ils se sont réciproquement offenst's; ce que doit faire v\n supérieur qui a offensé sans raison son inférieur 5 ce que doit faire ceh.i (\vâ a été offensé, lorsque celui qui Ta ofïensé refuse de s'humilier et de demander excuse^ quelles sont les règles qu''on doit suivre, quand on croit devoir poursuivre en justice la réjKiraliun des injures.

Le précepte de l'aiimône est communément inconnu aux fidèles , parce que ceux qui sont chargés de les instruire^ ne leur eu parlent pas avec toute Téteudue

n3o Du Décalogue

et rcxaclitude- que le demande celte matière. On voit une infinité de personnes qui ignorent ce qu'on doit entendre par I aumône , qui ne la croient pas d'une ob'igaiioa indispensable , qui ne savent pas sur quoi celte obligation est fondée, qui n'en connoissent pas tous les avantages; à qui on n'a jamais dit ce qu'ils sont obhi^ës de donner pour satisfaire au précepte de Faumône ; à qui on n'a jamais bien expliqué ce qu'on doit entendre en celte matière, ])ar le nécessaire, par le superflu , par les difFérens degrés de nécessité qui obligent de donner. On voit une infinité do personnes à qui on n'a jaîTiais appris de quelles conditions Taumône doit être accompagnée pour êlre utile et méritoire. On voit presque tous les pauvres, persuadés, parce qvj'on ne leur en a jamais pailé, qu'il n'est aucune espèce d'aumône à laquelle ils soient obligés.

Le précepte qui nous ordonne d'aimer notre prochain , nous oblige de l'aimer comme nous-mêmes. Il faut donc que nous sachions comment nous devons nous aimer* ce que nous devons faire pour rapporter à Dieu Tamour de nous-mêmes^ pourquoi nous devons rapporter à Dieu l'amour de nous-mêmes: quels sont ceux qui s'aiment eux-mêmes d'une manière déréglée et criminella; comment s'appelle Tamour criminel de nous-mêmes^ en quoi Tamour-propre est injurieux à Dieu; en quoi Tamour-propre nous est préjudiciable^ coniment s'appelle l'amour réglé de nous-mêmes^ en quels cas on pèche mortellement, et en quels cas on pèche vénicllement , par amour-propre.

II y a encore plusieurs instructions sur les vertus morales, qiie l'on doit donner aux fidèles. Il faut leur îi|;prendre, pourquoi ces vertus sont nommées morales, fpielles sont celles qu'on nomme communément cardinales ^ comment elles rendent nos mœurs réglées: ce que c'est que la prudence chrétienne: quelles sont les venus qui en sont une suite et quiy ont rappori,et quels senties vices qui lui sont opposés: ce que c'est que la

EN Général. 781

tempérance chrétienne: quelles sont Ie> venus qui en sont une suite ei qui y ont rapport, el quels sont les vices qui lui sont opposés: ce que c'est que la force cbréiienne; quelles sont les vertus qui en sont une suite cl qui y ont rapport, el quels sont les vices qui lui sont opposés : ce que c'est que la justice^ comment elle notis assujettit à Dieu* comment elle nous lient dans régalité avec le prochain*, comment elle nous élève au-dessus des autres créatures; comment elle nous fait rendre au prochain ce que nous lui devons; comment elle fail que nous nous rendons à nous-mêmes ce que nous nous devons. Enfin . il faut apprendre aux fidèles, quelles sont les venus qui sont une suite de la Justice et qui y ont rapport, et quels soûl les vices qui lui sont opposés, non-seulement à la prendre dans sa signification générale, mais encore à la considérer selon lidée précise qui la distingue de toutes les autres vertus; soit qu'on la regarde comme justice distribulive, soit qu'on Teavisage comme justice commiUaiive.

Enfin, on proche souvent en général aux fidèles, l'obligation de remplir exactcmenl tous leuis devoirs; mais leur apprend- on en môme temps, à distinguer exactement leurs diflérens devoirs, à connotire quels sont leurs devoirs généraux, quels sont leurs devoirs particuliers , quels sont leurs devoirs personnels ?

Quel fonds abondant d'instructions pour \ti fidèlrs! quelle gloire pour Dieu! quels avantages pour les peuples chrétiens! quels fiuits pour le salut des âmes ! quelle consolation pour TEglise ! quel bonheur, même pour les royaumes et les étals! si tous les curés et les ouvriers évangéliques, chargés du prone dans les paroisses, vouloient suivre ce détail, pour apprendre à ceux auxquels ils sont chargés de montrer la voie di; ciel, ce qu'ils doivent savoir.

Nous disons, (/we/ bonïicur^ même pour les royaumes et les états ! Eh ! quiconque voudra y faire une sérieuse alteniioDj et parler de bonne foi, ne sera-l-il pas obligé

733 Du Décalogue

de reconiîoîire qu'il ny a que la Pieligion chrétienne connue et pratiquée comme elle doit Têlre, qui puisse établir et conserver le bon ordre et la paix parmi les hommes. En effet, à quoi doit— on le plus souvent la mauvaise foi et les fraudes dans le commerce, Tinfi— délité dans le^ mariages, les querelles, les dissensions, les guerres, les vols, les rapines, les injustices dans la vie civi^e^ la mauvaise éducation des enfans, les superstitions dans le culte, les excès des libertins, la multitude des impies et des ennemis de la Religion ^ en un mol, les crimes, les di^^solutions, les abominations de loaie espèce, si ce n'est à lignorance dans laquelle on a élevé et laissé la plupart des hommes?

II est vrai que tous ne répondent pas à l'éducation chrétienne qu'ils ont reçue ^ que tous n'obéissent pas à TEvangile, quoiqu'il leur ait été prêché comme il devoit Fêlre^ que tous ne profitent pas des secours abondans qu'ils ont reçus, pour marcher dans les voies du Seigneur, et qui les auroient sanctifiés s'ils y avoient répondu comme ils le dévoient, et s'ils n'en avoient pas arrêté la vertu par leur ingratitude et par leurs infidélités. Mais a!»ssi, faut-il avouer que la [)lupartdes hommes qui sont nés dans le sein du christianisme, ne se perdent et ne se damnent, que faute des instructions nécessaires y ou lorqu'ils étoient encore dans les premières c^nnée^ de leur vie, ou lorsqu'ils sont devenus capables de comprendre les leçons de la doctrine chrétienne. Nous l'avons suffisamment prouvé, en parlant de la manière dont se fait le plus souvent Je catéchisme. Voyons à présent quelle utilité les peuples chrétiens peuvent retirer des prônes qui se font communément.

Pour nous convaincre du peu de fruit qu'on doit en attendre, laissons parler les paroissiens sur les ins— Iructi )ns qu'ils entendent à la messe paroissiale. Il ne s'agit pas ici de ceux qui répondront, que leur pasteur Cl ceux qiii doivent leur enseigner la Religion, ne

EN Général. 733

leur en parlent jamais, ou la leur prêchent si rarement, qu'ils senieut fort bien n'être pas in^lruils comme ils devroienl 1 être: mais écoutons ceux qui sont assidus aux prônes dans les paroisses même où ils se font exactement : que nous diront-ils, et principalement ceux qui, s'appliquanl eu leur particulier à éuidier la loi de Dieu, sont plus capables de connoîlre la force et les défaiils des prônes ? Ils nous diront quecesiosiruciions sont le plus souvent si superficielles, qu il n'est pas possible que des paroissiens y trouvent jamais tout ce qu'ils devroient savoir^ qu'il n'est pas rare de voir que les pasteurs et les prêtres chargés de faire le prône, n'en n'ont qu'un petit nombre qu^ils ne cessent de redire, en sorte que le peuple entend toujours les mêmes : ce qui nbuie tellement les paroissiens, et faiigue si fort les auditeurs, que plusieurs se retirent à fécari, pour ne pas les écouter. Il y en a même parmi eux, à qui la continuelle répétition de ces prônes les a fait apprendre par cœur, de manière qu'ils pourroienl les réciter mot à mot avec le prédicateur, qui est le seul qui n'en soit pas fatigué et ennuyé. lis nous diront que les vérités qu'on leur prêche au prône, n'y sont jamais dévelop[)ées comme elles devroient l'être^ qu'il s'en faut bien qu'on y apprenne aux fidèles louies^ celles qui leur sont nécessaires, et qu'on leur y explique la loi du Seigneiir dans toute son étendue.

Comment doit-on à plus (oite raison regaider ces prônes, qui n'offrent qu'un verbiage , sans ordie, sans onction, sans dessein, sans étude ^ qui ne peuvent ni éclairer Tesprit, ni toucher le cœur de ceux qu'on prétend instruire , et qui n'ap[)rennenl jamais ri.^n à ceux qui viennent les entendre!' C est ce qu'on doit attendre sur-tout de ces ministres qui, pour avoir paru .-iOu vent en public, ont la témérité de se croire capablt's déparier sur-le-cham|) ^ qui ne rougissent point de dcbiler hardiment dans la chaire de vérité tout ce qui leur vient àfespritj qui suppuicnl la vérité de ce qu'ils avancent,

734 Du Décalogue

sans en donner aucunes preuves , ou ne les présentent qn'à demi^ qui se perdent dans les détails , qui se repaient, qui sVgarenl dans des digressions ennuyeuses, et qui s'iraaginent bien prêcher , parce qu'ils crient de toute leur force, et qu'ils parlent beaucoup.

En vain dita-t-on que les sermons suppîe'ent, pour Tinslruciion des peuples , aux défauts des prônes : car la plupart des sermons supposent les auditeurs instruits, et ne les instruisent pas. D'à illeurs est- il bien siln'cpîe tous ceux qui assistent aux sermons les comprennent toujours, principalement dans un temps où Téloquence n'est plus à la portée du commun des auditeurs^ où Ton rougiroit de penser avec saint Paul, que notre foi ne doit pas être étahliesurla sagesse des hommes ^mais sur la puissance de Dieii^ où Ton auroit honte âe ne sai^oir autre chose parmi ceuK que Ton doit instruire, que Jésus- Christ ^ et Jésus— Christ crucifié j temps où \s plupart des prédicateurs ne veulent ^\ns ^ ^om annoncer la doctrine de Jésus-* Chr is t . que les discours élevés de léloqueTice et de la sagesse humaine. Ce grand apôtre nous enseigne que celui qui instruit les autres, soit en leur expliquant les obscurités de l'Ecriture, soit en leiir développant les mystères delà foi, soit en leur apprenant ce qu'ils doivent à la loi du Seigneur, ne peut chercher qu'à les édifier^ à les eochorter ^ aies consoler. Que personne necherche ses intérêt s propres^ nous ditil mais ceuoc des autres. Cette doctrine ne peut êire du goûlde notre siècle*, il la méprise, il la rejette: celui qui a le talent de la parole , dit-il à un grand nombi e de prédicateurs , doit chercher à paroître dans le public ^^ et à se faire connoitre au monde. Et voilà ce qui produit tant de ministres de l'Evangile, ^wi^ûrr/^77^ d^eujc-mêmes .j et qui ne cherchent que leur propre g"Zoire. Heureux les peuples qui ne sont insiruifs que par des pasteurs et des prêtres qui craignent d^anéantir la croix de Jésus- Christ en annonçant l Evangile avec des paroles étudiées .^ et qui savent qu'on altère la pa^

r.N Général. ^35

rol'i de Dieu , dès quon ne la prêche pas comme ve^ liant de Dieu^ devant Dieu^ et au num de Jésus- Chris t.

La prédication viainieiil chrétienne n'a pas besoin de rortiemenl fastueux et de Téclal des paroles , dit saint Anibroi^e: prœdicatio christîana non indiget pompa et cultu sermonis.KWe porte avec soi <^a recoonmandation. C'est par elle que d'igtiorans p(*cheiirs ont coii^ verii le monde. S'ils avoient ëlé orateurs , on auroit attribué à leur éloquence la ruine de 1 idolâtrie.

liOrsque vous instriiisez, dit saint Jérôme , ne cher-" chez pas des applaudissemens , mais des larmes ^ il ne vous faut d'autre éloge que celui des [)ieurs de voire auditoire: lacryniœ auditorum landes tuœsint. Un prédicateur ne doit donc chercher , dans son ministère , qu'à louchi^r, q'.rà convertir les âmes. Malheur à ceux qui ne pensent qu'à se prêcher cuoc-mcmes ^ et qui ne sont pas persuades qu'ils doivent ua prêcher que Jésus-Christ Notre-Seignew l^ldXheuv h ceux qui ne regardent pas des yeux de la loi , le ministère de la chaire , qnisepressent de S(' produire en public, et de j)rècher la parolcdeDieu , sans s'y être préparés par l'intelligotice des divines Ecritures, par une étude sérieuse et réfléchie de la doctrine des saints Pères , de celle de l'Eglise, et d^s ouvrages des théologiens catholiques, par la méditation continuelle des mystères et des vérités de la Religion j et surtout des vérités de la morale. Malheur à ceux qui ignorent que c'est de Dieu seul qu'ils doivent attendre cette sagesse qui a ouvert la bouche des muets ^ quia rendu éloquentes les langues des petits enfans! xMa l'heur à ceux qui ne veulent pas demander au Seigneur ce cœur docile ^ nécessaire [)Oiir discerner entre le bien et le mal , ces paroles propres à enseigner utilement aux hommes ce qui doit les conduire dans la voie du salut ^ ces discours pleins de droiture et de vérité, ^ans, lesquels on ne peut annoncer dignement les volontés du vSeigueur! Malheureux les peuples instruits par ces niinislres, (iwï veulent être les docteurs de la loi ^ sans

^36 Du Décalogui:

entendre ni ce quils disent , ni ce qu^ils assurent» Plût à Dieu que de pareils apôires fussent plus rai es, et qu'on les éloignât , dès qu'ils sont connus , de Texercice du saint ministère ! TJlglise n'auroil pas la douleur de voir un si grand nombre de ses enfans , croupir dans la plus profonde ignorance de ce que Dieu demande d'eax. Etau fond, comment le sauroient-ils, puisqu'ils n'en entendent jamais parler 't quomodo audient sine prœdicante F Gomment leur prêchera-ton , si ceux qui, par le devoir de leur charge sont obligés de les éclairer et de les conduire peu à peu jusqu'à la connoissance du fond de la Religion, ou négligent de leur donner toutes les instructions qu'ils leur doivent , ou n'ont pas toujours les talens et les lumières nécessaires pour les instruire?

Combien y a-l-il de choses , par exemple, dans la morale , dans les dogmes , dans le service divin et les prières publiques , dans les usages et les cérémonies de la Religion, dont on ne dit jamais rien aux peuples^ et dontfignorance fait commettre tous les jours à la plupart des chrétiens, sans qu'ils s'en aperçoivent , des fautes considérables, qui sont cause que le nom de Dieu est blasphémé parmi les infidèles , les hérétiques , les impies et les libertins.

Nous avons donc eu raison de dire qu'il est facile de connoître la source de cette famine spirituelle dont nous parle rEcriture,etquesoufrrentlesf]dèlesau milieu même des instructions continuelles qu'ils entendent. Famine, non de pain , ni soif d'eau , mais famine et soif de la parole de Dieu : nonfamempanis , neqiie sitim aquœ^ sed audiendi i^erbum Domini, C'est de celte famine que Dieu menaçoit les Juifs par le prophète Amos, Plaise à son infinie miséricorde nous en préserver, en donnant à son Eglise la consolation de n'avoir que des ministres dignes, parleurs lumières, par leur piété , par leur zèle pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes,

dannoncer

d^ annoncer ^ comme ils le doivent ^ le mj stère de VE-* i^augile.

Des autres Instructions nécessaires au Peuple

chrétien.

Il ne suflit pas d'annoncer aux fidèles la parole de Dieu, si on ne leur appiend en même terrips ce qu'elle attend d'eux, et qnel esllelrnit qu'ils doivejil en retirer. Dieu veut des œuvres, et non des paroles : c'est donc en vain qu'on reçoiî de> insfructions, si on ne l«s met pas eu pratique. Cest celui ijuifait la volonté de mon Père qui est dans le cioL dit J si'.s-dhrist, qui entrera dans le rojaunie du ciel. Celui qui entend ce que je dis ^ ajoute ce divin Sauveur » ^r qui ne leœécute pas j est semblable à un homme qui a bâti sa maison sur la terre sans lui donner de Joiulcment j aussitôt que lejlcuve s'est débordé, et quil s^eH porté con^ tre cette maison , il Va renversée , et la ruine en a été grande*

C'est ce que cet adorable Maître a ordonné à ses disciples, d'enseigner à tons ceux qu'ils instruiroient. Mes chers frères^ disoii l'apôtre saint Jacques, recelez avec douceur et avec docilité la parole qui a été entée en vous . rt qui peut sauver vos âmes. Mais accomplissez cette parole^ et ne vous contentez pas de l écouter, en vous trompant vous-mêmes. Car celui qui ne fait qu^écouter la parole de Dieu,^ sans r accomplir ,^ est semblable à un homme ,^ qui , jetant les yeux sur un miroir ^ j voit son visage naturel couvert de taches, 4^1 qui à peine ^y est vu,, qu'il s'en va sans les avoir olées, oubliant aussitôt quel il étoit.

Dans cette comparaison , le miroir est la parole de Dieu, qui nous représente à nous-mêmes ce que nous sommes et ce q te nous devons être : le visage il<^ l'homme Tome I1L A a a

"^38 Du Dêcalogue

est rëtat intérieur de sa conscience : les taches du visage sont les péchés qui souillent Târne : se regarder dans le miroir , c'est écouter la parole de Dieu , et y remarquer la différence de ce que nous sommes, et de ce que TEvangile veut que nous soyons ^ oublier l étal ou la disposition de son visage, c'est mettre en oubli les vérités qui nous ont été prêchées, et négliger d'effacer par les larmes de la pénitence les souillures de notre âme. Or, comme le rapport du miroir est inutile à celui qui n'ôte pas les taches q[u'il y a vues sur son visage : aussi la parole de Dieu ne sert de rien à ceux qui Técoutenl , et qui ne font pas ce qu'elle leur en-seigne. Cependant il n'est que trop vrai que la plupart de ceux qui entendent prêcher TEvangile , après y avoir vu, comme dans un miroir , combien leur vie est éloignée de la pureté de la morale chrétienne, oublient, aussitôt après la prédication, tout ce qu'on leur a dit et les réflexions qu'ils y ont faites : la vérité s''efface de leur mémoire, et ils sont les mêmes qu'auparavant.

C'esi donc en vain qu'on entend la parole de Dieu , si Ton néglige de considérer attentivement les vérités qu'on a apprises; si l'on n'a pas soin de demeurer ferme dans' celte méditation^ d'observer continuellement la loi sans la perdre jamais de vue, et d'assurer par la pratique la connoissance des obligations qu'elle impose. C'esi ce que nous enseigne encore l'apôtre saint Jacques, lorsqu'il nous dit que celui qui^ après avoir con^ sidéré attentivement la loi parfaite de l'Evangile, qui nous donne la liberté des enfans de Dieu, laura ob^ servée constamment^ neVajant point entendue pour V oublier ^ mais pour l'accomplir^ trouvera son bonheur dans la fidélité avec laquelle il aura co7?/br/72e ses mœurs çt sa vie aux préceptes de celle divine loi.

Ypilà ce que Moïse ordonnoit de la part de Dieu aux Israélites. Ecoutez^ Israël^ leur dit-il {Deuter. G. Q), 6-9 )/ ces commandemens que je vous donne aur^

EN Générai. "jSp

four(Thul au nom du Seigneur, seront graines dons "votrii cœur. Vous en instruirez vos enfansj vous les méditerez assis dans votre maison,, en marchant dans le chemin j la nuit ,^ dans les inten^alles du sommeilj le matin à votre réveil: vous les lierez^ comme une marque ,1 dans votre main- vous les porterez sur le front entre vos jrux^ vous les écrirez sur le seuil et sur les poteaux de la porte de votre maison,.

Ecoutez mes instructions ,^ nous dit la sagesse (Pro^, 4. 20.2 1 .),* prêtez l'oreille à mes paroles j quelles soient sans cesse devant vos yeux ^ conservez- les au milieu de votre cœur. Tenez sans cesse mes préceptes liés à votre cœur , par une méditation coiiiinuelle ( Ibid. C, 6. V. 21. 22. )/ attachez- les à votre cou^ afin qu ils soient Ja règle de vos actions et de vos paroles ^ lorsque vous marchez^ qu'ils vous accompagnent j lorsque vous dormez ,^qu ils vous gardent , et en ç^ous réveillant ,^ entretenez-vous avec eux,

Appliquez toute votre pensée à ce que Dieu vous ordonne ,^ nous dit encore l'Esprit saint ( Eccli. 6. 3'] ). Méditez sans cesse ses commandemens ^ il vous donnera lui-^méme un cœur docile^ et la sagesse que vous désirez,^ vous sera donnée.

Or, puisque Dieu veut que nous méditions sans cesse ses commandemens , il s'ensuit, par une consé— queuce nécessaire, que tout minisire de TEvangile qui laisse ceux qu'il est chargé d'insiruire, dans l'ignorance de cette imporlanie obligation^ neremplit pas son devoir comme il le doit, ptiisqu'il omet par celle négligence, une instruction sans laquelle toutes les aiitres sont inulileà. Par— là , il se rend responsable au tribunal de Dieu, du salut des âmes qui lui ont été confi'^'es. Saint Paul proteste à ^IWex ^ qu'il est innocent du sang de tons les fidèles auxquels il avoit annoncé TEvangilt' en Asie, parce quil ne leur a caché aucune des choses qui leur étoient utiles,, et qu il devoit leur prêcher , \)3irce qti il n^a point évité de leur déclarer toutes les volontés de Dieu. A a a 2

^4o Du Décalogue

Tous les ouvriers évangeliques poiirroient-ils se rendre le même témoignage r toiis peuveni-ils se glorifier de n'avoir jamais omis aucune des vérités qu^ils dévoient annoncer à ceux dont ils ont été établis les docteurs ? Et , pour revenir à notre sujet , que répondront au tribunal de Dieu, ces minisires de Jésus-Christ qui n'auront pas fait connoître aux fidèles confiés a leurs soins, Tobligation indispensable d'étudier et de méditer sans relâche la loi du Seigneur^ élude sans laquelle toutes les autres instructions sont inutiles, ainsi que nous Favons déjà observé.

En effet, quel fruit rapportèrent à cet homme dont nous parle TEvangile, le grain qui a voit été semé sur le bord du chemin , et quij ut foulé auoc pieds et mangé par les oiseaux j celui qui lieut pas plutôt poussé^ quil se sécha j et celui qui fut étouffé par les épines dans lesquelles il étoit tombé F Et lelle est, nous dit Jésus-Christ, la stérilité de la parole de Dieu, lorsque le démon la ravit du milieu du cœur de ceux qui font écoutée^ lorsqu'on ne la croit que pour un temps j lorsqu'on la laisse étouffer parles soins, par les richesses et par les plaisirs de la vie^ eu un mot, lorsqu'on ne fait jamais aucune réflexion sur ce qu'elle nous enseigne^ lorsqMorj n'en occupe jamais son esprit^ lorsqu'on ne prend jamais les mesures nécessaires pour pratiquer fidèlement et constamment ce qu'elle nous ordonne.

Or, quelle sera la malédiction de ces terres arides et ingrates , q'ii n'auront rapporté aucun fruit de la parole de Dieu? Saint Paul nous l'apprend, par une comparaison qui doit faire trembh^r tous les coopérateurs de Jésus-Christ, qui ne les auront pas cultivées comme ils le dévoient- puisqu^étani la causp de cette malédiction, ils mériteront celle qu'ils auront aitiréesur elles: lorsqu'une terre ne porte que des épines et des chardons , dit ce grand apôtre , elle est haïe de son maître et toute prête détre maudite^ et enfin on jr met le feu. Mais elle reçoit la bénédiction de Dieu , lors-^

EN Général. 'j^i

quêtant bien humectée par des pluies fréquentes ^ elle produit des herbes utiles à ceux qui la cultis^ent. Heureux^ dit le prophète, celui qui na d^atta-^ cheinent dans la vie^ que pour la loi du Seigneur^ ni d^ autre étude que de la méditer jour et nuit! il sera comme un arbre planté sur le bord d*un ruisseau^ qui porte toujours du fruit dans son temps. Heureucc celui qui s^applique à connoîtrc les ordonnances du Seigneur^ et qui règle .^ sur sa divine loi^ tous les moui^emens de son esprit et de son cœur ! Heureuûc celui qui s'exerce dans la méditation des divins commandemens ^ avec une ferveur toujours nouvelle^ et qui étudie sans cesse la voie qui conduit à Dieu!

Voilà ce qu'un dispensateur des vëriiës de la doctrine chrétienne, qui veut les enseigner d'une manière profitable à ceux qu'il doit instruire , ne se lasse point de leur inculquer avec force ^ persuadé que ce qu'ils recevront sans réflexion et sans méditation, ne produira jamais rien pour leur salut. Lorsque Testomac ne peut ])lus recevoir ni digérer aucune nourriture, on désespère de la vie du malade. Comment donc peut-on ne pas craindre la perfe éternelle de l'âme, lorsque la parole de Dieu ne fait aucune impression dans Tesprit et dans le cœur de celui qui Técoute^ qui la méprise jusqu'à Toublier, ei ne plus y penser, a[)rès Tavoir entendue? Le serviteur qui négligea de faire valoir V argent de son maître .j fut jeté dans les ténèbres : là il j aura des pleurs et des grinceniens de dents.

Si nous consultons encore les divines Ecritures , nous y trouverons de nouvelles preuves de l'obligation de faire continuellement sentir à ceux que Ton instruit, la nécessité et les avantages d'étudier et de méditer les vérités de la lleligion ^ nous y apprendrons de l'Esprit saint, que tous les désordres qui corrompent la terre, et tous les maux qui rafïligenl, ne vieinienl que de ce que les hommes ne font aucune réflexion sérieuse sur les vérités dont ils devroienl toujotirs être occupés,

A aa 3

•y43 Du Décalogue

La terre est dans une extrême désolation, dit un prophète ( Jerem, 12. 11. ), parce qu'il ny a personne qui pense à Dieu, et qui veuille s'occuper de sa loi: desolatione désolât a est omnis terra ^ quia nullus est qui recogite t corde. Appliquez vos cœurs à considérer vos voies pour les corriger , disoii a«»x Juifs le prophète Aggée ^ et voyez quels sont les châtimens que vous ont attirés I indifférence pour le culte du Seigneur, et Toubli de sa loi : ponite corda vestra super vias "vestras.

C'est à rignorance de la loi de Dieu, et à Tindifférence pour ce qu'elle ordonne, que le prophète-roi aittibue l'impiété, les débordemens , les abominations et tous les crimes du monde. Le Seigneur , dit-il , a jeté les yeux du haut du ciel sur les enfans des hommes, pour voir s'il y a quelqu'un qui ait rinlelligence de ses commandemens , et qui cherche Dieu. Mais non. ils s'éloignent toujours de plus en plus du sentier de la justice^ tousse sont mutuellement infectés^ ils ont tous conspiré contre la vertu pour le vice ^ tout est estimé parmi eux, excepté la Religion et la piété ^ ils ferment opiniâtrement les yeux à la lumière ] ils vivent dans un oubli de Dieu si profond , qu'ils ne pensent ni à l'écouter, ni à l'invoquer , ni à le consulter , ni à lui donner quelque part dans leurs desseins et leurs actions. Ils s'affermissent dans leur irréligion , en écartant toutes les réflexions et toutes les frayeurs que la justice d'un Dieu oublié et m^'prisé devroit leur inspirer. Ils sont esclaves des plus iiifàmes et des plus abominables désirs^ il n'en est pas un seul qui fasse le bien : aussi ces insensés et ces impies ont-ils dit dans leur cœur qu'il n'y a point de Dieu. Dominas de coelo prospeocit , ut vident si est intelligens, aut requirens Deunu Omnes declinoverunt , sirnul inutiles s un t. Deurn non im^oca^^erunt ; corrupti sunt et abominahiles Jacti swit in studiis suis: non est quifaciat bonum^non est us que ad ununu

Heureux^ djt dau3 un autre psaume ce saint roi,

EN Général. 743

heureux , Seigneur , celi>i que vous daignez instruire par vous-même , et former dans la science de voira loi! il y trouve de quoi adoucir ses peines, au temps de Taffliction et du mal. Beatus homo quem tu erudleris ^ Domine^ et de, lege tua docueris eum : ut mitigés ei à diebus malis. Heureux celui qui vous écoule en secret , avec un cœur docile , et qui conserve sous vos yeux une profonde paix, dans les tentations publiques et générales! Heureux celui qui apprend de vous , ô mon Dieu , à profiter de tout et à ne s'éloigner de rien! Heureux celui qui remet entre vos mains son repos, sa sùrelé , son salut ) et qui , au mijieu des tempêtes et de Tobscuriié que les opinions et les passions des hommes excitent, attend à vos pieds que l'orag^e finisse, et se tient très-assuré qu'il finira quand vous le voudrez !

Quels sentimens pour Dieu, quel goût pour sa sainte loi, produiroient ces vérités dans le cœur des fidèles, si elles éloienl bien développées par ceux qui sont chargés de les instruire! Seroit-il diflicile, après cela, de leur persuader l'obligation de méditer la loi, et les avantages qu'ils eu retireroient ?

Enfin, pour réveiller de leur assoupissement les fidèles qui négligent de faire fructifier dans leur esprit et dans leur cœur , par la méditation , les vérités qu'ils ont apprises, il est important de leur rappeler la punition terrible de ce serviteur paresseux qui ne voulut pas faire valoir l'argent de son maître.

c Vous voyez, mes frères, dit saiul Grégoire le Grand, :> expliquant cette parabole à son peuple^ vous vo}ez 3^ le péril quenouscouroiis, si nous retenons inutilement 3> les talens que nous a confiés notre Maître. C est à vous » aussi de faire réflexion sur ce que vous aurez à craindre, » lorsqu^un jour ou vous redemandera avec usure, les » vérités que vous entendez maintenant de uous. Car, » dans Tusure, l'un reçoit l'argent même qu'il n'a poiul 5> donné , et l'autre rend non- seulement celui qu'il a 3 reçu 5 mais encore plus qu'il n'a reçu.

«744 ^^ Décalooue

'» Considérez donc que vous paierez Tusure dé ces 9 paroles que nous vous disons 5 et a) ez soin que les 9 vérités que vous entendez, vous servent à découvrir » celles que vous n'a\ez pas entendues :; afin que , tirant » des conséquences des unes et des autres^ vous ap- 5> preniez à faire aussi de vous-mêmes , ce dont vous :» n'aurez pas été instruits par les prédicateurs. !>

On doit donc réfléchir sur les vérilés c\uq Ton a en— tendues^ pour en tirer les conséquences nécessaires à son avancement dans la piété^ on doit s'en occuper par une sérieuse médijation, pour n*en ptis perdre le fruit. Par la méditation , on augmente de plus en plus en science ^ et en toute sorte de sagesse. Par cette méditation on s'accoutume insensiblement à n'entretenir son esprit et son cœur , que de tout ce qui est vrai^ de tout ce qui est honnête ^ de tout ce qui est juste .j de tout ce qui est saint ^ de tout ce qui est édifiant .^ de tout ce qui est vertueux <^ de tout ce qui est\digne de louan* ges dans la règle des mœurs ( Phil, 4« 8. ), Par la méditation on consente la parole de 'vie^ et ceux qui l'annoncent a uront la gloire^ au jour de Jésus- Christ , de nai^oir point travaillé en vain au salut de ceux qu'ils agiront instruits. Par la médiialion on apprend à se conduire ai^ec sagesse , à racheter prudemment le temps ^ en ménageant tous les momens de la vie , pour opérer son salut ; parce que les jours sont mauvais y pleins de tentations et de périls, qui nous exposent à toute heure au danger de motirir à la grâce, et de nous perdre pour une éternité. Par la méditation enfin, on apprendra à n'être pas imprudent et insensé.^ mais à savoir discerner quelle est la volonté de Dleu^ et ce quil désire de nous,

w; Faites, Seigneur, disoîi continuellement le prophète- » roi, faites que j'aime de plus en plus votre loi sainte; » qtiVIIesoit le sujet de mes méditations dans tous les » momens de ma vie. Rendez-moi ^ par vos préceptes, » ^ilus sage que me^» emiemiîîj faites que ces préceptes

EN Général 74^

» me soient toujours présens , et que je m y attache » pov.r jamais. Rendez- mu i plus inlelligenl que lous » mes maîues parla médiiaiion coulinuelle de votre loi. » Kctidez-moi plus prudent que les vieillards, par la » recherche de vos volontés. Failes que je ne m'écarie j.i- » mais des règles que vous m'avez prescrites, et gravezs» les profondement dans mon cœur. Que je médite sans » cesse votre sainte loi, et que je ne consulte qu'elle, » pour apprendre comment je dois me comporter dans » les différens états où je me trouverai. Faites que je ^ recherche sans cesse vos commandemens , que je les » aime-, que j'en parle avec une sainte liberté et avec ^ coniàance devant les grands de la terre, et que je ne » rougi:sse jamais de m'en déclarer le défenseur. Faites » que je les médite iians cesse , pour en nourrir mon » esprit, pour en rassasier ma faim spirituelle, pour » enflammer de plus en plus Fardeur de mon amour. » Faites que j'élève sans cesse mes mains vers vous , ô » mou Dieu , pour obtenir la grâce de les observer fi- » dèlcment ^ et qu'en les aimant avec un cœur droit et » docile, je règle toutes mes actions sur ces excellentes » et admirables maximes. »

Si lous ceux qui travaillent a Tœuvre de Dieu , éloient bien pénétrés des sentimens du cœur de ce saint roi , il neseroit pas nécessaire de les exhorter à ne rien oublier pour allumer et pour entretenir ce feu sacré dans le cœur de ceux qu'ils instruisent. Et comment pourroitil se faire que lous leurs soins fussent inutiles , s ils s'appliquoieni à bien convaincre ceux qui viennent les entendre, de toutes les raisons que nous avons d'admirer la beauté , la justice, la sainteté de la loi de Dieu ^ s'ils leur en montroienl l'excellence et tous les avantages^ s'ils leurapnrenoient à y chercher leur bonheur, leur trésor, leurs délices^ et à la chérir, comme la source de Tiiniocence , du salut et de la vief

11 est important d'observer ici , qu'en s'allachanl à fairo voir aux fidèles l'obligation de méditer la loi de

«746 Du Décalogtje

Dieu , on doit leur expliquer ce que le Seigneur demande de nous , quand il nous ordonne de la méditer nuit et jour. Ce n'est pas d'être sans cesse occupés à réfl'^'chir sur cette loi sublime: une si sainte occupation, si elle étoit continuelle, seroit trop au-dessus des forces accordées à Thomme dans ce lieu de privation et d'exil^ mais Dieu veut que nous agissions toujours par l'impression de sa loi , que notre cœur en soit plein et pénétré , afm qu'en toute occasion elle puisse nous servir de guide, et que nous soyons toujours disposés à ne rien faire contre ce qu'elle nous prescrit. Pour cela , il faut penser très souvent à ce que Dieu nous ordonne, et nous en occ.iper, pour ainsi dire, dans toutes les circonstances de notre vie.

Il faut encore apprendre aux fidèles , que le matin est le temps le pliis propre à méditer la loi de Dieu, pour y conformer les actions de la journée ^ et le soir , pour examiner en quoi on a manqué pendant le jour. Quiconque veut sincèrement se sauver, trouvera toujours assez de temps pour faire colle méditation , quel— qu'occupé qu'il soit d'ailleurs par les affaires et les devoirs de son étal et de sa profession. Est-il impossible , par exemple, aprèj^ avoir fait sa prière du m.atin , de penser, quand ce ne seroit qu'un instant , à quelqu'une des vérités qu'on a apprises dans les instructions qu'on a reçues sur la Relij^ion : ou , si Ton sait lire, de chercher quelque règle de coud ;iie dans tin livre de piété 5 de prendre alors une résolution se rieuse de la pratiquer fidèlî-meni: de se la rappeler dans la journée, en certains momens où Ton est plus libre , en se mettant intérieurement, si on ne peut pas être seul , en la présence de Dieu ^ d'examiner enfin à la prière du soir , si on a exécuté, comme on le devoit, la promesse faite à Dieu le maiini*

C'est sur-tout parmi les vérités pratiques, qu'on doit engager les simples fidèles à choisir celles qu'ils veulent méditer : telles que sont les commandemens de Dieu ,

EN Général. 747

les maximes de TEvangile, les remèdes contre le péché, €l la iiécesite d'en faire pénitence; les devoirs de son état, etc. On doit les exhorter à se rappeler souvent ce que la Religion nous enseii^ne sur la mort, le jugement, le paradis et Tenfer. Il est important encore de leur bien inculquer, qu'ils doivent prendre j^arde à ne passe contenter d'une méditation et de réflexions stériles ^ qu'il faut examiner son cœjr, sur les vérités qu'on lit ou qu'on entend^ gémir sur sa pro[)re corruption , sur sa foiblesse, sur sa misère ^ implorer le secours de Dieu , prendre des résolutions convenables, veiller à l'exécution de ces résolutions.

Telle est la méditation que tous les chrétiens sont obligés de faire ^ personne n'en peut être dispensé, et celte obligation regarde quiconque est en état de fiire usage de sa raison ; parce qu'il n'y a personne qui ne doive se remplir delà loi deDieu, examiner sa conduite sur cette loi, gémir intérieurement des péchés parlésquels on a violé ses préceptes, en demander pardon à Dieu , former dans son cœur la résolution de s'en corriger, et prendre les mesures nécessaires pour y parvenir.

Nous avons dit qu'un d^es meilleurs moyens pour inspirer à ceux que Ton instruit le goût qu'ils doivent avoir pour la méditation de la loi de Dieu, est de leur faire voir quelle en est Texcellence. Or, il sera facile de les en convaincre, en les rendant attentifs aux réflexions suivantes.

De VEjccellence de la loi de Dieu.

Jl our montrer aux chrétiens Texcellence de la loi de Dieu, il suflit de leur en prouver la sainteté, la sagesse, la vérité.

1. Cinnment celte loi ne seroit-elle pas sainte, dès qne Dieu , qui est saint par essence , et la sainteté même, «n est l'auteur f loi qui ordonne la venu, et qui cou-

745 Du Décaloguè

damne le vîce^ loi qui recommande à Thomme tout ce qui peut le rendre digne de Dieu , utile el agréable à la sociëtë; qui lui interdit el lui défend tout ce qui peut le souiller, le dr-'grader, et le rendre misérable. Dans la pratique de celte loi est renfermé tout ce qui peut noijs rendre heureux sur la terre : elle règle le cœur , elle en corrige les alïeciions vicieuses ^ elle nous change réellement , et nous rend tels au dedans , que nous devons paroître au dehors ^ elle nous oblige de nous élever jusqu'à Dieu, sans quitter la terre et rompre avec les ho; n mes ] elle nous ordonne d'aimer notre prochain, malgré ses défauts^ de vouloir el de faire du bien à nos ennemis^ de combattre nos inclinations et nos penchans; d'aimer notre âme, et de hair notre chair ^ de nous détacher du monde que nous voyons ^ et de désirer le ciel que nous ne voyons pas. Elle nous défend non-seulement les actions criminelles , mais encore les désirs el les pensées qui favorisent et persuadent le crime. C'est une spurce féconde de sainteté , d'où coulent avec abondance ces eaux salutaires qui désaltèrent ceux qui ont soi/ de la justice.

La loi de Dieu^ peut seule former des hommes vraiment justes et vertueux ^ elle seule per.t former des hommes dignes du ciel el de la société^ elle serile peut former une société ptjre, innocente et utile. Il ne faut que de la raison , dir TertuUien , pour en découvrir Tex— cellence : ratio legeni commendat. Et en effet, la raison respectera toujours une loi qui attache, avec amour et soumission, Phomme à Dieu; qui exige de lui un Culte pur et digne de Dieu^qni lui recommande le respect et Tobéi^sance envers ses supérieurs, la donceur et la charité envers ses inférieurs; les égards, les mé— nagemens, les déférences eiiversses égaux. Loi de Dieu, dont la sainteté est inséparable; elle désapprouve et condamne tout ce qui n'est pas pureiinnocent.Elleseuîe est l'ennemie de tous les penchans crimiitels, et de toutes les inclinations corrompues : maliliœ hostis est ^ dit saint Chrjsostôme.

EN Général. ^49

La loi du Seigneur est sainte, dit le prophète, et dier ne s'altérera jamais : Lex Domini immaculata. Elle ne ressemble point à celles que les hommes établissent, quelle que puisse être la réputaiion de leur sagesse. Cette loi, comme nous croyons l'avoir déjà observé ailleurs, ne favorise eu rien, ni nos passions, ni nos préjugés : elle ne dissimule aticun vice, elle ne permet, ni n'excusi, ni ne tolère rien d'itjjuste : elle condamne jusqu'aux plus secreLs désirs, jusqu'aux pensées qui demeurent sans exécution: elle est contraire en tout à la cupidité^ incapable d'adoucissemens et de mitigalion; inflexible , incorruptible ^ aussi pure après plusieurs siècles, qu'au premier jour qu'elle a été publiée ^ aussi sévère contre la multitude des pécheurs, que contre un seul* aussi parfaite et aussi entière, quoique tout le monde l'abandonne, que si tous y éloient fidèles.

La loi d« Dieu est sainte, elle convertit les âmes y elle est la règle, et rien ne peut la fléchir. L'on ne peut devenir juste, qu'en lui devenant conforme; et ce sera toujours inutilement qii'on entreprendra delà courber, et de diminuer la distance qui est enir'elle et nous, en la rendant plus iftdulgenle à nos foijDlesses. Notre premier devoir est le repentir de nous en être écartés : elle nous reproche nos égaremens, il faut respecter ses reproches : elle nous montre le rruil que nous avons fait, il faut en faire l'aveu : elle parle contre nous, il faut r<îConnoure et répéter avec humilité tout ce qu'elle en dit; et quelle que soit la sévérité avex laquelle elle nous condamne, il ne nous est jamais permis d'en murmurer , ni d'y être moins fidèlement attachés.

Quel seroit \% bonheur , quelle seroit la sainteté des hommes sur la terre, s'il< etoient tous fidèles obsertateurs de la loi de Dieu ! Pour s eu convaincre , il sufllt de se représenter une société d hommes purs et innocens, pénétrés du néant de la créature, et de la grandeur du Créateur; détachés de la terre, et ne désirant q«e le ciel : société où règut«roi^^nl la probité . la vérité 5 la justice, la douceur, la Religion, TEvan-

*jSo Du Décalogué

gile de Jesùs— Christ ; où chacun posséderoîl paisible-^ ment ses héritages , sa re'puiation^ où les inféiievirs se-^ roienl soumis, les supérieurs , tendres et compatissans^ où les uns obéiroient sans murmure , et les autres cornmauderoieni sans fierté ^ où les misères seroieni soulagées, les défauts excusés ^ les offenses pardonnées^ Peut-on douter du bonheur de cette société ? peut-on douter de sa sainteté! Or , telle seroit la société que la loi de Dieu formeroii de tous les hommes , si tous les hommes Taccomplissoient , et la prenoicnl pour Tunique règle de leur conduite et de leurs senlimens^ La loi de Dieu ne peut donc que rendre Thcmme heureux sur la terre, puisqu'elle ne veut que le rendre saint ^ elle ne peut que le rendre heureux dans le ciel ^ puisqu'elle n'a pour fin que son salut. En faut-il davantage pour nous déiermirer à en faire le sujet continuel de nos méditations, et pour nous faire sentir combien nous sommes à plaindre , de n j pas trouver notre trésor et nos délices f

2. Au caractère de sainteté inséparable de la loi de Dieu, est encore réuni le caractère de sagesse. Il suffit^ pour le reconnoître , de Hre , d etîïdier , de méditer cette divine loi. On y verra qu'elle règle les penchans et les inclinations de Thomme^ qu'elle le précautionne contre toutes les illusions , les séductions et les égare-^ mens de Tespril humain ^ qu'elle prévoit toutes les circonstances, les objets, les évènemens, les obstacles, qui pourroient le troubler et le séduire^ qu'elle assure à chacun des jours doux et tranquilles 3 qu'elle forme une société aimable et un gouvernement pacifique. Sans elle , comment trouveroit-on la sagesse parmi les hommes ? et d'où pourroit-on l'avoir? sapicntia vero^ iihi inçenitur ? L'homme n'en connoit pas le prix ^ elle ne se trouve point dans la terre où nous vivons : nescit homo pretium ejus. Dieu seul connoÎ! le chemin pour arriver jusqu'à elle *, lui seul connoît le lieu où 1 1!£ réside : Deus intelligit viam ejus , et ipse novit locum

«N Général. ^Si

ilUus. Et il a dit à Thomme : la crainte du Seigneur est la sagesse *, et riuielligence consiste à s'éloigner du mal , à obéir par conséquent à celte sainte loi ; et dixit hoinini : ecce timor Domini ^ ipsa est sapientiay et recéder e à malo , intelligentia,

La véritable sagesse ne se trouve donc que dans l'observance de la loi de Dieu. Ce ne sont paslessavans seuls et les génies sublimes qui ont droit d j prétendre ^ elle devient le partage des simples et des ignorans, comme des plus doctes^ elle est communiquée aux petits comme aux grands. Elle rend témoignage à la fidélité des promesses du Seigneur et de son amonr pour les hommes^ et, loin que les sciences et les dignités y donnent plus de droit, il faut devenir humble et petit, pour parvenir à cette sublime sagesse, et en être lin disciple accompli. Les doctrines purement humaines laisseut loiijours des doutes et des ténèbres dans l'esprit^ elles laisseut au cœur ses inquiétudes et sa tristesse, parce quVIlesy laissent toutes ses passions. Mais la loi du Soigneur, en bannissant du cœur toutes les affections criminelles, en bannit le trouble, ety rétablit la tranquillité. L'homme livré à ses passions, est en proie à mille ennemis secrets qui le tourmentent et qui ledéchirent^son âme est le séjour affreux de Tennui, des remords cruels, des plus tristes agitations. La paix est le fruit de Tinnoceuce seule ^ et finnocence est un bienfait que Ihomme ne peut devoir qu'à Famour et à la pratique de la loi de Dieu. C'est elle qui fait tout noire bonheur sur la lerre^ parce que c'est elle qui rétablit Tordre dans nos cœurs ^ et avec Tordre, la paix et la joie qui en sont inséparables.

3. Non-seulement nous devons remarquer, dans la loi de j^ieu , les caractères de sainteté et de sagesse qui y brillent de toutes parts , mais encore elle l'emporie sur toutes les lois humaines par un caractère de vérité, dont il ne nous est pas permis de nous écarter. Tous vos commandemens sont la vérité même, disoit

^02 Du DécALOGUE

à Dieu ie prophèie-roi : omnia mandata tua^ Veritas. Vous perdrez tous ceux qui disent des paroles de mensonge, qui s'éloignent de vosre loi sainte^ qui la défigurent, en la rendant impraticable, ou en raccommodant aux passions des horvimes : perdes omnes qui lo— quuntur mendacium. C'est votre vérité sainte qui les condamnera ^ cVst en la comparant avec leurs senlimens et leur cotid* iie, que vous leur ferez sentir toute la fausseté de leurs maximes, et que vous les convaiî»crez, en les immolant à votre juste vengeance, de la vérité de votre parole, qui annonce des malheurs éternels à ceux qui oseront la mépriser: et in veritate tua dis perde itlos.

Le témoignage du Seigneur est fidèle, dit encore ce saint roi : testimonium Domini Jidele. Il appelle la loi du Seigneur un témoignage ^ parce qu'elle nous apprend les volontés de Dieu et nos devoirs. Témoignage qui dépose en notre faveur, si nous sommes fidèles, ou contre nous, quand nous n'obéissons j;)as^ qui est une protestation publique contre les vices^ donné par un témoin que nous ne pouvons corrompre, et auquel nous ne pouvons éviter d'être confrontés. Témoignage fidèle, c'est-à-dire, véritable, sincère, exact, sans exagération , sans excès ; dès qu'on y ajoute ou qu'on en retranche, on le falsifie. Tout y doit être pris à la lettre ^ il n'a besoin , ni d'interprétation , ni de glose ^ les promesses et les menaces sont exactement conformes à la réalité des biens et des maux. Les règles pour la vertu , sont précises et mest^rées : on ne peut aller au-delà, ni en faire moins ^ il faut les embrasser également, et Ton ne peut choisir entr'elles. Tous les vices sont également réprimés, et un seul qu'on \oudroit réserver, ne pourroit trouver d'indulgence. Quiconque, ayant gardé toute la loi, en viole un seul précepte, est coupable comme Tajant toute violée : quicumque autem totam legem servaverit . qffmdat autem in uno ^factus est omnium reus» Ce n'est point

EN Général. ^53,

ici une règle dont la sagesse humaine soit maîtresse^ elle doit écouter, obéir ei se taire.

Les doctrines humaines varient sans cesse : les disciples ajoutent aux découvertes de leurs maîtres ; mais la loi du Seigneur est toujours la même. Le cul et la terre passeront^ les siècles et les mœirs chaugerout, les raonumens de l'orgueil seront détruits , on en élèvera d'autres sur leurs ruines; la révolution des temps effacera les titres et les inscriptions les plus superbes , mais elle n'effacera jamais un seul point de la divine loi. Mes paroles ne passeront point, dit le Seigneur: Cœluui et terra transibunt ^ verba aiitem mea non prœteribunt. C'est le caractère de la soûle vérité, de demeurer toujours la même. Cette immutabilité fa toujours justifiée , et la défend contre toutes les cntre[)rises de Terreur el de la nouveauté ^ elle rend et e,\\ii rendra toujours inexcusables les enfans de rébellion el d'iudocilité, qui ont abandonné et qui abandoinieront la stabilité de sa doctrine , et tous ceux qui $e laissent entraîner à tout vent des doctrines flottantes et étrangères.

Il ne suffit pas d'apprendre aux fidèles l'obligation de méditer la loi de Dieu , et de leur en faire voir l'excellence, il faut encore s'appliquer à les convaincre de l'obéissance qu^ils doivent à cette règle souveraine de notre conduite et de nos sentimens.

De l Obéissance à la Loi de Dieu*

Jl ouR faire connoîire à ceux que Ton est chargé d'ins* Iruire, quelle est l'obéissance que l'homme doit à la loi de Dieu, il faut s'attacher à leur fiire bien sentir l'étendue du domainedc Dieu. Domaine de Dieu, quij étant aussi infini que lui-même, exi^e de l'homme une obéissance sans humes à ses volontés, el lui de'moniie ladépendnnce entière et parfaite ou il doit viMeenvei* Ce souvcrniit Etre.

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