‹ Instructions sur le rituel (volume 4)Chapitre 35 sur 38 · Tome IlL Bbb · texte numérisé non relu

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Et en effet, si nous comprenions bien ce que c'est que Dieu , et par combien de titres nous lui appartenons^ quelque épreuve qu'il voulût faire de nous et de notre fidéliië, notre raison n^auroit rien à répliquer. Ce seul nom d'un Dieu, maître de Tunivers , s'aulorisant de ce suprême domaine pour porter ses lois 5 ne les fondant sur rien autre chose, sinon qu'il est le Seigneur : ego Dominas^ d^un Dieu à qui nous sommes redevables de tout, parce que nous avons tout reçu de lui^ d'un Dieu de qui nous avons une dépendance si universelle, que nous ne pouvons rien sans lui et que par lui : ce nom seul, dis-je,pris dans toute l'étendue de sa signification, répondroit à toutes les difficultés que la prudence humaine ponrroit former, au préjudice de ses droits. A quelque point qu'il pliit à ce saint nom de les étendre, nous conclurions qu^ils vont bien audelà, et que tous les hommages que nous pouvons lui rendre, ne sont que de foibles essais de ceux qui lui sont dus.

Il ny a qu^un Seigneur, dit saint Paul : unus Domî' 71US y et Dieu seul a droit de prendre absolument cette qualité à Tégard de Ihomme. Il ne convient qu'à Dieu d'avoir des créatures qiii, dans le fond de leur être, soient à lui et dépendent de lui ^ et c'est en quoi consiste l'essence de ce souverain domaine qu'il a sur nous. Nous devons donc une obéissance entière et sans réserve à ses volontés ^ et puisqu'on qualité de ses créatures , nous lui appartenons essentiellement, nous devons aimer à dépendre de lui, nous faire une béatitude de nous attacher à lui et d'être entièrement à lui.

Tout est à moi, dit le Seigneur: measunt omnia. Paroles courtes, mais qui, dansleur brièveté, comprennent les devoirs les plus essentiels de Thomme envers Dieu, en nous donnant la plus juste idée du domaine de Dieu sur l'homme ^ et qui, en nous disant que Dieu est le maître, nous apprennent que c'est à lui d'ordonner, sans nous rendre raison de ses ordres j et à nous do-

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béîr, saDS murmurer et sans nous plaindre. Paroles sur lesquelles est appuyée cette admirable leçon de saint Paul, que nul de uousne vit pour soi-mérae,et que nul de nous ne meurt pour soi-même:; mais que, soit que nous mourions, soit que nous vivions, c'est pour le Seigneur quenous devons vivre et mourir* puisque iious sommes toujours à lui , soit dans la vie, soit dans la mort: swe ergo vi^imus ^ swemorimur ^ Domini suwus.

C'est à njous ^ Seigneur^ disoit à Dieu le saint roi David ( 1 . i^rt/\ 29. 11. 12. ). c'est à vous qu'a|»p;H tient la grandeur et la puissance: tout ce qui est dans le ciel et sur la terre est à vous. C'est à \ous qu'il apparlient de régner , c'est vous qui avez la souveraine puissance sur toutes les cre'atures^la force ef rauloriie sont entre vos mains ^ vous possédez la grvr.deur elle commandement sur tous les hommes. Tua est , Domina , magnificentia et gloria : cuncta euim qiur in cœlo sunt^ et in terra», tua siwt • inntn ^ Domine^ regnurn. Tu dominaris omnium j in marin tud ^virtus et po-^ tentia j in manu tua rnagnitudo et imper ium om^ nium.

Ainsi, refuser d'obéir à la loi de Dieu, c'est ne vouloir pas dépendre de Dieu ^ c'est prétendre êtie en droit de limiter le domaine de Dieu^ c'est oser même disputer à Dieu sa souveraine autorité^ c'est méconnoître Dieu^ c'est être dans les mêmes senn'mens que rinseusé , fimpie, qui dit eti son cœur: if n'j a point de Dieu. Quiconque dit qu'il connoît Dieu , et ne garde pas ses commandemens, estun menteur, et la vérité n'est point eu lui , dit l'apotre saint Jean : qui dicit se nosse eum^ et mandata ejus non custodit , mendax est^ et in hoc njcrilas non est.

Refus d'obéir à la loi de Dieu , que le S.rigneur menace de punir par les plus lenibles chûlimens : vous perdrez les pécheurs qui îie veulent pas se soumettre à vos préceptes <, dit à Dieu le prophète-roi j vous f a-

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rez tomber votre malédiction sur ceux qui se dé-* tournent de vos commandemens. Je suis le Seigneur votre Dieu ^ dit le Toui-puissanl ^ le Dieu yort et jaloux^ qui venge Viniquité des pères sur les enfans^ jusquà la troisième et quatrième génération de ceux qui me haïssent. Si vous dédaignez de suivre mes lois^ et que vous méprisiez mes ordonnances , si vous ne faites point ce que je vous ai prescrit , je vous punirai par une ardeur qui vous consumera ; j'arrêterai sur vous tœil de ma colère ^ je multiplierai vos plaies y je marcherai contre vous ,^ et j^ opposer ai ma fureur à la vôtre ^ je vous perdrai entièrement yje répandrai sur vous ma malédiction^ jusquà ce ^qiie je vous aie réduits en poudre.

Peut-on , après cela, regarder comme une faute légère le refus dobeir aux ordonnances du Seigneur? et que ne doivent pas apprf^hender les rebelles trans— gresseurs de sa loi, puisque cest une espèce de magie^ de ne vouloir pas se soumettre à Dieu, et que ne pas se rendre à sa volonté jC est le crime de f idolâtrie.

Pour faire entrer le pécheur dans les sentîmens d^obe'issance et de soumission qu'il doit à la loi de Dieu, il faut s'appliquer, en premier lieu, à combattre les deux principes qui forment dans l'homme une double opposition à celte obéissance. 11 faut ensuite lui faire sentir toute la foiblesse des excuses et des prétextes qu'il imagine pour se décharger de la loi de Dieu.

Les deux principes qui produisent dans Thommesa répugnance pour la loi de Dieu , sont l'orgueil et la lâcheté. L'orgueil lui fait oublier ce qu'il doit à Dieu ^ la lâcheté l'em()èche de voir ce qu'il peut et de quoi il est capable, avec le secours de Dieu. L'orgueil àa rhonime le rend insolent et libertin , et sa lâcbeté le rend foible et pusillanime. Son oigueil lui inspire de la hauteur à l'égard de Dieu même, sa lâcheté Ic^ jt^^^e dans rabattement à l'égard de ses devoirs. Or, pour

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engager un pécheur à éviter ces deux exirémîtés <^galeméat dangereuses, il faut lui faire voir l'obligation de se soumettre avec humilité à ce que la loi ordonne j il faut lui montrer combien il est condamnable de s'effrajer de ce qu'il y a dans la loi de dilTicile.

Le pécheur peut vouloir s'élever au—dessus de la loi de Dieu, de deux manières. La première s'appelle révolte du cœur, lorsque, sans s'expliquer autrement que par ses œuvres, il dit intérieurement , 720^2 serviani : il m'en coùleroit trop pour vivre dans cette servitude^ que Dieu ordonne tout ce qu'il lui [>Iaira , je ne me soumettrai point à sa lui. L'autre manière de s'élever au—dessus de la loi de Dieu, el que Ton doit considérer comme la plus pernicieuse erreur de notre esprit, consiste à se tromper soi-même, à chercher des prétextes, à se former une conscience pour se dispenser des obligations de la loi.

Et comment rhomme,né dépendant et sujet de Dieu, ose-t-il se révolter contre sa loi? Q.iel droit peul-il avoir de vouloir être indépendant de Dieu, quelle que soit sa condition dans le mondef S'il est éhné, par sa grandeur, au-dessus des autres, quel droit a— t-il de se faire deson état un piinci|)e d'indépendariceP Comme si la loi de Dieu nVioit [)as faite aussi pour les grands de la terre; comme si Dieu , en la portant, avoit dû les excepter: comme s'il n'étoit pas au conliaiie, de l'empire de Dieu . qu'il y ait pour eux un législateur el une loi. afin de \tt\\r apprendre qic* ils sont hommes. Au confrr»iie, |)lus on e^t grand el tltsé au-dessus de la multitude, plus spécia-le aussi doit être Tobligation de vivre dans un parf.iit assiq^nissement aux lois de Dieu; parce que ces lois regardent encore plus particnlicrement ceux qi«i sont placés a i-dessus des autres^ que le reste des liomn^es , quoiqu'elles soient pour tous sans exception. On en sera bientôt convaincu , si foa \eut faire attention que plus on a dans le monde, ou «de naissance* ou de pouvoir, plus on est capable de

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rendre à Dieu riiommage qni lui est dû en qualité de souverain l»^gis{aleur. Et comment les grands pourroienlils penser qu'ils ne sont revêtus d'honneur ou pourvus de biens , que pour ctre plus en droit que les autres de ne i'aire que leur propre volonté, et de ne suivre que leurs caprices? Comment peul-on croire que Dieu, dont la toute-puissance est inséparable de sa sagesse et de sa sainteté , s'est proposé une pareille fin dans l'inégalité des conditions humaines f Les rois eux-mêmes tie régnent que pour servir et faire régner le Seigneur sur la terre , et afin que sa loi ait en eux des observateurs plus fidèles et de plus zélés défenseurs. Nous disons, des observateurs plus fidèles ^ parce que Dieu veat^ dit saint Grégoire^ que les petits apprennent des grands à lui obéir 5 et que les grands se considèrent, sur ce point, comme la règle à laquelle les petits doivent se conformer. Ainsi, le Seigneur, en plaçantles grands au~d^ssus du commun des hommes , a prétendu les proposer au monde pour modèles de la dépendance de ses volontés, et comme des exemples d'une plus inviolable fidélité et d'une plus parfaite soumission à sa loi»

Ecoutez, ô rois, leur dit le Saint-Esprit dans le livre fie la Sagesse : «M J/Ye , reges^ et intelligite : recevez rinstruction que je vais vous donner, /w^e^ delà terre. Considérez que vous avez reçu cette puissance du Seigneur^ et cette domination du Très-Haut ^ qui interrogera a)os œuvres , pour vous en faire rendre un compte exact : si^ étant les ministres de son royaume^ ayous navez pas jugé équitahlement y si vous n^avez pas gardé les lois de la justice ^ si^vous n'^avez point marché selon la volonté de Dieu, Dieu», qui est le vSeigneur de tous, n exceptera personne ,^ et il ne respectera la grandeur de qui que ce soit y parce qu^il a J-Ult les grands comme les petits*

Après cela, quel droit ont ceux qui sont nés dans des conditions plus obscures j et dont il semble que la

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vocation se termine à dépendre et à obéir ^ quel droit, dis-je, ont-ils de s'aflfranchir du joug de Tobéissance à la loi de Dieu? Si ceux qui sont plus élevés qu'eux dans le monde , sont également sujets à la loi de Dieu, ainsi que les divines Ecritures nous rapprennent^ s'ils doivent être jugés, aussi bien qu'eux, selon la loi de Dieu^ si aucun mortel, quel qu'il soit, ne pourra jamais éviter le tribunal où tout doit être décidé par la loi de Dieu ^ comment ceux qui n'auront reçu pour partage en naissant que l'obéissance, pourront-ils ne pas rougir de l'extrême et de l'injuste opposition qu'ils témoignent à dépendre de la loi de Dieuf Quoi! ils se font souvent un mérite, ou du moins une politique de dépendre des hommes ^ et ils refusen! de se soumettre à Dieu? Ils n'osent désobéir aux hommes, et ils désobéissent à Dieu : ils sont souples devant les hommes, et orgueilleux devant Dieu : les lois des hommes les contiennent dans le devoir, et ils violent impunément celles de Dieu. Quelle préférence ! quelle irréh'gion !

Ne cherchons la cause de cet étrange et impie cloi— gnemcnl de l'homme pour la loi de Dieu , que dans l'idée qu'il s'est forgée des prétendus inconvéjiicns attaches à Tobéissance qu'elle exige; obéissance qu'il regarde comme trop gênante et trop humiliante, comme ennemie de cette liberté naturelle dont il est si jaloux , et qui n'esit alors autre chose qu'un amour déréglé de finoépendance, et qu'un esprit de libertinage. Car au fond, Tobéissance à la loi de Dieu, bien loin d'humilier 1 homme, fiit sa véritable gloire^ plus on est sujet à celte sainte loi, plus on est heureux, plus on est libre, plus on est maître de soi-même: si vous demeurez fermes dans ma parole^ nous dit Jésus-Christ, vous connoi'trez la vérité^ et la vérité vous rendra libres. L'aiFranchissemcnt (\es lois humauies passe pour un privilège^ mais le grand piivilége de la grâce, est d'être incapable de s'émanciper de la loi du Seigneur, et de

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ne trouver du repos et une paix inalfërabîe , que dans un allachement inviolable à ses admirablesordonnances: paœ rnidta diligerUihus legem tuam , disoit à Dieu le proj>lièîe-roi ^ et non est illis scandalum.

Conicnenl donc Ibomme peui-il mettre le bonheur de sa vie dans une malheureuse possession de ne dépendre d'aucune loi ^ dans une licence criminelle de tout entreprendre , au préjudice de la loi^ dans un oubli de ses devoirs, qui aille jusqu^à méconnoîlre son Dieu, à se le figurer comme fauteur de nos désordres, qui ne connaît point ce qui se passe sur la terre ; qui ne veut point nous contraindre dans nos passions, dans nos d<^sirs , dans nos desseins 5 dont la justice n^est point aussi sévère et les vengeances aussi terribles, pour punir les ennemis de sa loi , que nous le disent les livres saints : et dixerunt , quomodo scit Deus^ et si est scientia in Eoccelso. Car voilà le langage du pécheur ennemi de la loi du Seigiieur^ et ces» où conduit Tcsprit du monde. On n en viewt pas là d'abord , on ne commence pas par dire avec l impie : qui est ce Seigneur dont on me menace et dont on m'oppose la loi, pour que je sois obligé d'écouler sa \ow'^ quis est Dominus , ut audiam ^vocem ejus F mais , par un progrès infaillible de Thabitude du péché , on s'ac— co»jtime^ siaon à parler , du moins à penser et à vivre ain>i. A force de violer la loi, la crainte de Dieu s'affoiblii , le libertinage se fortifie et prend le dessus. Après bien des péchés commis, et bien des transgressions réitp'rées, on se trouve dans Fabominable état de celui qui disoii , en insultant à Dïgu : fai péché^ et que m en est-il arrii^é de mal F De là, cette tranquillité que Ton conserve , même en péchant^ de là cette hauteur et cette fierté avec laquelle on soutient le vice j de là cet endurcissement qui y met le comble. On rejette, sans distinction, toute loi de Dieu qui est incommode^ et si Ton en respecte quelqu'une, ce n'est pas parce qu^clle est la loi de Dieu ç mais parce qu'elle est

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a^iîtorîsee des lois da monde, et que les lois du monde faiceut à la garder. Au commencement on sauve les dehors^ mais à (a ûu on lève le masque, on ne se contraint plus en rieu^on ne ménage pli. s rien, et il n'arrive que trop souvent, qu'on fait même gloire de son impiété et de ses excès.

Outre que nous nous élevons au-dessus de la loi de Dieu, par une révolte de cœur, nous tombons encore dans ce désordre par un aveuglement d'esprit-, c'est-àdire , que nous nous laissons préoccuper de certaines erreurs , que nous cherchons des excuses et des prétextes pour nous décharger du fardeau de la loi de Dieu ^ que, ranonnant selon notre sens , et nous faisant des principes à notre gré , nous adoucissons la sévérité de la loi de Dieu; que, pour parvenir à nos fins, nous interprétons comme il nous plaît \e?i obligations de la loi de Dieu* et que, séduits par les artifices de l'amour de nous-mêmes, dont nous sommes prévenus, nous accommodons la loi de Dieu à nos intérêts, à nos vues, à nos inclinations et à nos passions, au lieu d'accommoder nos intérêts et nos passions , nos inclinations et nos vues , à la rigueur de la loi de Dieu. Et voilà la principale, ou plutôt Tunique source de ces prétendues impossibilités d'accomplir cette sainte loi^ , q-ii sollicitent des dispenses dans les cas où elle nous est à charge , et qui nous portent à nous en accorder nous-mêmes. Yoilà la source de tant de singularités odieuses que nous affectons ^ de tant d'exceptions du droit commun, que nous couvrons du voile d'une prétendue nécessité^ de tant de raisonnemens frivoles et mal fondés , de tant d'opinions hardies et trop larges, de tant de probabilités chimériques, de tant de délours et de raftinemens, où nous altérons la pureté de la loi^ en sorte que, toute étroite qu'elle est, elle ne nous obligeiplus , qu'autant que nous le voulons, et de la manière que nous le voulons. A oilà enfin la source de celte disposition ciiminelle que nous avons à dispu—

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ter avec Dieu , quand il s'agit de sa loi ^ à ne rendre à celte admirable loi, qu'une obéissance forcée, qu'une obéissance iniéressée, qu'une obéissance imparfaite^ et qui se réduit toute à celle rè^ie :f suis-fe obligé dans la rigueur F est-ce un commandement absolue y nja-t-il du salut éternel F Règle trompeuse, et qui nous expose à une réprobation éternelle , puisqu'il est certain qu'entre l'obligation de la loi et le conseil, il n'y a souvent qu'un pas à franchir^ et que, nous conduisant de la sorte, nous marchons toujours sur le bord du précipice.

Tenons-nous donc à ces importantes maximes : que nous devons toujours prendre contre nous-mêmes le parti de la loi de Dieu^ que, sur le sujet de la loi de Dieu , nous devons toujours craindre de nous tromper et de nous faire de fausses consciences 5 que pour décider, en mille occasions, jusqu'où la loi de Dieu s'étend , nous ne devons point consulter les lois du monde ^ qu'en ce qui regarde la loi de Dieu, le seul nom de dispense doit nous faire trembler, et que nous devons nous en déièndre avec tout le zèle que doit inspirer rattachement et le respect dus aux préceptes du Seigneur. Autrement, s'il est permis à chacun de s'écouter , il n y aura personne qui ne se croie fondé en raisons , pour se dispenser des lois de Dieu les plus indispensables. Il est vrai qu'en suivant l'esprit du monde, qui est un esprit de licence, on secouera le joug des plus rigoureuses obligations et des devoirs les plus essentiels; mais, où va une telle conduite, et qu'en peut- on attendre ? Avons-nous à faire à un Dieu qui puisse être surpris , et à qtii nous puissions en imposer ? Lui , qui a fait la loi selon les vues de sa sagesse infinie, et qui ne nous a pas appelés à son conseil, quand il a voulu l'établir, s'en rapporlera-t-il à nous, en passera-t-il par nos avis, s'en liendra-t-il à nos décisions, quand il viendra nous jugerf Heureux, au contraire, dit le prophète royal, heureux, Seigneur, ceux qui s'apphquent à comioîire vos ordonnancis , et

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qui vous cherclient de tout leur cœur: beati qui scrutantur testimonia ejus ; in toto corde exquirunt ewru Car vous Tavez ordonné, n^on Dieu, et il est juste que vos lois soient exactement gardées : tu mandasti mandata tua custodiri nimis. Autrement, elles ne seroient plus vos lois , el elles n'auroient plus ce caractère de souveraineté qui leur est propre, s'il étoit permis à Thomme d'attenter sur elles^ el de les interpréter au gré de ses passions.

L'homme trouve encore souvent , dans les difficultés insurmontables qu'il croit voir à l'observance de la loi de Dieu , un prétexte pour justifier ses lâchetés ei ses infidélités. C'est pourquoi il est nécessaire de lui faire sentir l'injustice de ses frayeurs, en lui démontrant que cette divine loi, quelque parfaite qu'elle puisse être, non-seulement n'est jx)int impossible, mais quelle n'est pas même tellement élevée au-dessus de nous , que nous ayons droit de nous plaindre de ses difficultés.

Ce que je vous prescris aujourd'hui, el que vous devez observer pour être heureux, n'est ni au-dessus de vous, ni loin de vous, disoit Dieu à Israël^ en sorte que vous puissiez dire: qui pourra y arriver f mandat nm lioc^ quod ego prœcipio tibi hodiè^non supra te est^ neque procul positum. Et, pour le garder^ il ne faut ni passer les mers, ni se retirer dans les déserts et les solitudes, comme s'il étoit bien éloigné de vous: neque trans marc positum , ut causeris et dicas : quis coc nobis poterit transjretare mare , et illud ad nos déferre j ut possimus audire et facere quod prœceptum e5f/' C'est un commandement, ajoutoit le Seigneur, que j'ai mis dans vos mains, dans voire bouche et dans votre cœur : dans voire cœur, eu vous le rendant aimable^ dans votre bouche, eu >ous donnant lieu d'avouer qu'il est souverainement jusle^ et dans vos mains, en vous donnant des secours pour faccomplir ^vccï^cWhè, sed juxta te est sermo valdè ^ in ore tua et in corde tuo , ut Jacias illum.

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Que ne devons-nous donc pas dire de laloiévàngrliqne, qui €st une loi de grâce, une loi d'amour, une loi de liberté? les commanâemens de Dieu ne sont point difficiles^ nous dit saint Jean* Aussi le concile de Trf^nle ( Sess, 6. can. 1 8. de Justif, ) prononce-t-il ana-thème contre celui qui dira que les commande mens de Dieu sont impossibles à garder.

Cependant Thomme, qui ne veut pas obéir à Dieu^ établit un principe tout contraire^ ei , pour avoir de quoi se défendre de toutes les accusations que la loi du Seigneur formera un jour contre lui . ou qu'elle forme d^jà devant Dieu, il ose l'accuser elle-même de n'être pas assez proporiionne'e à notre foiblesse. Il se la figure dans un degré de sévérité, où il prélend que nul de nous ne peut atteindre^ et, par une pusillanimité dont il voudroit la rendre responsable , il s'écrie sans cesse : qui pourra parvenir à un point de sainteté si sublime: guis in cœhun ascendet F En un mot, il se persuade que cette loi exige trop de nous, et qu'elle est absolument au-dessus de nous.

Et pourquoi? Parce qu'elle nous engage, dit-il , à nous dépouiller, en mille occasions, de ce que nous avons de plus cber- parce qu'elle contredit cei laines affections tendres de notre cœur, et qu'elle nous oblige à les étouffer ^ parce qu'elle nous prive de certaines joies et de certaines douceurs de la vie, auxqticlles nous sommes attachés j parce qu'elle nous ordonne de renoncer à un certain honneur mondain dont nous nous piquons^ et que souvent elle nous réduit à paroître, de-vant les hommes, dans des étals très- humilians; [)arce qu'elle nous oblige de vivre, jusqu'à la mort, dans une rigoureuse pénitence. Examinons en détail ces raisons, afin de voir ce que nous devons en penser.

1. II est vrai que, pour obéir à la loi de Dieu, il doit nous en coûter quelquefois le sacrifice de ce que nous avons de plus cher- mais, ne nous déguisons rien à nous-mêmes, ce que nous avons alors de plus cher,

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€5l-il assez considérable pour le faire tant valoir à Dieu? Quelque cher qu'il nous soit, dès qu'il répugne à la loi du Seigneur , n'esl-ce pas ce qui nous trouble? n'est-ce pas ce qui nous de'règle ? n'est-ce pas ce qui nous corrompt ? n'est— ce pas ce qui nous décrie? n'est-ce pas ce qui nous damne f Si la loi de Dieu nous retranche un mal aussi pernicieux que celui-là, avons-nous sujet de nous en plaindre? Et la sainte violence qu'elle nous fait, en nous obligeant à un renoncement si salutaire, doit-elle passer pour un excès de rigueur? Par exemple , Dieu nous dit : sacrifiez-moi cette passion dominante qui est dans wotre cœur '^ cela nous semble dur : mais en même temps, faisons un retour sur nous, et nous serons contraints d'avouer que cette passion dominante est un attachement honteux qui nous déshonore, un esclavage des sens qui nous abrutit, une loi de péché qui nous captive et qui nous tyrannise. Mais en même temps, nous serons forcés de reconnoîire que cet attachement, dont nous nous faisons une passion, n'est qu'une fascination d'esprit, qu'une obstination de cœur, qu'une source d'égareraens dans noire conduite, et de dérèglement dans nos affections et dans nos actions. Mais en même temps, nous ne pourrons nous empêcher de convenir, et l'expérience nous l'a appris, que celte passion dont nous sommes possédés , n'a point d'effet plus présent et plus ordinaire , que de remplir notre âme de cliagrins, de jalousies, de remords , de désespoir j que, tandis que cette passion nous dominera , nous n'aurons jamais de paix , ni avec Dieu , ni avec nous— mêmes ^ que notre conscience, notre raison, notre foi, s'élèveront toujours conir'elle^ qu'elle nous exposera même à ia censure du monde, ei qu'ainsi le monde, tout corrompu qu'il est, proviendra, par son jugement, le jugement terrible de Dieu que nous avons à craindre. En un mot, nous sentons bien que celte passion , avec ces prétendus charmes , dès que nous y sommes livrés , est comme un démon qui s'est em-

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paré de nous^ cl qui, malgré nous, nous fait trouver dans nous-mêmes une espèce d'enfer. Or , cela étant, quelle plainte avons-nious droit de former alors contre 3a loi de Dieu , comme si elle nous en demandoit trop ?

Et au fond, si Dieu en usoit avec nous dans toute retendue de sa puissance, et que, sans nul égard au plus et au moins de ce qu'il peut nous en coûter, mesurant les choses par la seule règle de ce qui lui est dû , il nous commandât de lui sacrifier nos inclinations même les plus innocentes et les plus légitimes, nous n'aurions rien à répliquer^ et, pour le seul respect de sa loi , nous devrions être disposés à tout : et pourquoi f parce qu'en matière de loi divine, Tautorité de celui qui commande ne doit point être mise en comparaison avec Futilité de celui qui obéit*

Mais Dieu tient, à notre égard, une conduite bien différente j et, par une condescendance digne de son infinie bonté , il ne nous fait point de loi qui ne nous soit a^i^antageuse. Il nous traite plutôt en père, qu'en souverain et en législateur. Nous sommes donc inexcusables, lorsque, pour autoriser nos lâchetés, noas osons encore alléguer que le joug de sa loi est dur et pesant. Ecoutons, pour nous confondre, ces paroles de Jésus— Christ : prenez mon joug sur i^ous^ et vous trou-itérez le repos de a)OS âmes j car mon joug est douoc^ et mon fardeau est léger,

11 n*'est dur de renoncer à ce qu'on a de plus cher, lorsque c'est Dieu qui le demande, que pour ceux qui ne veulent pas adoucir la douleur que leur cause le sacrifice que le Seigneur exige d'eux , par les grands et puissans motifs que la Religion leur propose. Pourquoi , dans la nécessité ou Ton se trouve quelquefois d'accomplir un précepte qui combat la nature, et à quoi elle répugne, ne pas se soutenir par ces pensées: « il est vrai que ce que le Seigneur me demande, et » ce qu'il faut que je sacrifie , c'est ce que j'aime uni-

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» quemenl ^ mais par- là je donnerai à Dieu cp qu'il » atlend de moi ^ mais par-là je montrerai à Dieu que 9 je veux reconnoîlre ses dons , et les grâces qii il a » répandues sur moi^ mais par-là j'apaiserai Dieujus- » tement courroucé contre moi ^ mais par-là, tout pé- » cheur qr.e je suis, j'engagerai Dieu à avoir compas- » sion de moi^ mais par-là je me rendrai Dien pro- » pice , je le mettrai dans mes intérêts, je le porterai » à user de miséricorde envers moi. Au lieu que celle 9 passion a fait jusqu'à présent tout mou desordre, s> dès que je la sacrifierai, elle sera tout mon mérite.» Si nous avions toujours ces motifs présens à Tespril , quel précepte nous paroîiroit rigoureux? Et si, pour ne nous pas aider de ces motifs, la loi de Dieu nous devient pénible, devons-nousnous en prendre à d'autres qu'à nous— mêmes?

2. Pour garder la loi de Dieu , ajoute— l-on , il y a des douceurs dans la vie, dont il faut se passer^ et cVsl encore ce qui efTraie noire amour-propre. Car, quelque dis[)osilion que l'on ail à vivre dans l'ordre, on se j)ropose toujours, en vivant ainsi , un certain état de douceur , et souvent môme, c'c't celle douceur que Ton cherche en se réduisant à Tordre^ et un des foibles les plus ordinaires des personnes qui veulent se donner à la piété, est de se rebuter de Tordre, dès qu'on ny trouve pas celte douceur. Mais, dit-on, comment se décider à une vie aussi insipide et si ennuyeuse? quel moyen de soutenir cet étal? car voilà le spécieux prétexte dont se couvre la làchelc de tant dames mondaines, lorsqu'on leur paile d'une soumission parfaite à la loi de Dieu.

Mais, si tes chrétiens lâches et pusillanimes agissoient par resj)rit delà loi, on pourroil leur dire que la giâce loule-[)uissanlc sait bien adoucir cet ennui qu'ils craigfienl, et qu'ils croient attaché au service de Dieu. S'ils connoissoienl le don de Dieu, ils confésseroient que CCS joies courtes et passagères, auxquelles on re—

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nonce pour Dieu, sont abondamment compensées paf des consolations bien plus solides et bien plus propres à remplir la capacité de notre cœur. Enfin, s ils vouloieni parler de bonne foi, et convenir de ce qu'ils ont appris par leur propre expérience, nous leur dernanderions s'ils n'ont jamais éprouvé aucun ennui dans le service du monde; monde oii (out est incertain-, à la réserve des peines qu'on est sûr d'y trouver^ et profilant de leurs aveux, nous pourrions fa* cilement les forcer de reconnoîire qu il n y a de véritables consolations que celles que Dieu réser\>e à ceuoc qui le craigne f it ^ et que, lorsqu'on voudra sincèrement demander au Seigneur la grâce de \egoiiter ^ on verra bientôt qu'il ny a rien de comparable anoc douceurs qu'on trouve en lui dans ses peitjes. Au reste, il faut avoir entièrement perdu tout sentiment de religion , pour ne pas voir qu'il est indigne , sur un devoir aussi important que l'observation de la loi de Dieu, dap-* porter une excuse aussi frivole que l'est cet ennui prétendu qui y paroît attaché.

3. Nous nous persuadons qne la loi de Dieu exige trop de nous, lorsqu'elle nous ordonne de renoncer à un certain honneur mondain dont nous nous pi(pjons, et qu'elle notis réduit àparoître devant les hommes dans des étals très-humilians» Et à quoi nous oblige- t-elle donc alors, dont nous ayons droit de nous plaindre? Elle veut, celte divine loi, que noi'S paroissions tels que nous sommes^ qu'étant esseniiellemenl soumis au souverain domauie de Dieu, nous ne rougissions point des sacrifices qu'il nous demande, des services qu'il exi^ ge de nous , des hommages qtie nous devons lui rendre^ sur-^tout, qu'étant véritablement pécheurs, no'JS n'ayons pas honte des pratiques de pénitence, qui doiventservir à nous laver, à nous réconcilier, à nous acquitter auprès de la justice divine. Qu'y a-t-il en cela de rigoureux et d'excessiff Et comment osons-nous prétendre que , pour un vain fantôme qui nous séduit, il nous soit

permis

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permis de refuser au Seigneur tous ses droits, de trahir tous ses intérêts , de lacherderenverser tous ses desseins, de nous opposera ses oidres, de mépriser et de fouler aux pieds toutes ses volontés?

4. A Têtard des frayeurs que cause au pécheur lâche la nécessité de faire pénitence , et qui s'en sert comme d'un prétexte qui doit justifier sa désobéissance à la loi du Seigneur , il suftiroit, pour toute réponse, de lui rappeler ranalhème que le Fils de Dieu a prononcé contre les pécheurs impénitens : si i'ous ne faites pénitence j vous périrez tous. S'il osoit encore y réj>liquer, oa pourroil sans doute lui fermer la bouche , pourvu qu'il lui restât une teinture de religion^ en lui di^^ant: « o homme! s> qui êtes— vous , pour disputer coutie Dieu* et quel » droit avez- vous de lui demander compte de sa conduiîe j» sur vous? » o homo^ tuquis es^ qui respondeas Dno?

C'est ainsi que Tejtullien , répondant au pécheur qui craint de faire pénitence , lui reproche sa répugnance àsy soumettre , après le commandement que Diea lai en a fait. Le Seigneur vous l'ordonne, lui dit-il : n'estce pas assez pour vous obliger à lui obéir? Quand iln^y auroit que le seul respect di!i à son autorité, elle mérite bien que vous Técouiiez préférablement à tout ce que peut dire votre délicatesse , lorsqu'elle appréhende d'eu souffrir. Deus imper at : prior est auctoritas imperan-^ lis quàm utilitas sen^ientis.

Cependant , pour ne pas rebuter le pécheur , il faut lui faire voir que ses alarmes sont vaines ^ en lui montrant, après lui avoir fait sentir la nécessité de la pénitence , quels en sont les avantages , et quelle en est la douceur ^ en lui disant avec Terlullien , que la pénitence est la félicité de Ihomme pécheur : pœnitentia , /^o— mi/ lis reijelicitas.

Et comment se peut-il faire, dira-i-on,querhomme

pécheur trouve sur la terre son bonheur dans ce qui

doit mortifier sou esprit, crucifier sa chajr, combattre

»es passions, rof)liger à se renoncer lui-même? 11 esl

loinc IIL C c c

rjnçf Du Décalogue

facile de le comprendre , si Ton veut faire attention que la pénitence produit dans llioiTime pécheur , la paix et le calme de la conscience ^ qu'elle le remplit de la joie du haiut-Esprii, et qu'elle lui donne celte coijfiance chrétienne qui rassure contre les frayeurs que doit causer à rhomme la vue du jugement de Dieu. Paix que produit la pénitence dans Ihomme pécheur^ paix qui surpasse tout ce qu on peut en penser , qva met 1ère-* pos dans un cœur , qui en fait cesser les troubles , qui en apaise les remords.

pénitence ininnide et decouragi ront , elles lui inspireront la résolution de se soumettre à cette loi, quelque dur que son joug lui paroisse^ elles Fencourageronl même à s'y soumettre de bon cœur, si on lui fait voir que la pénitence apaise Dieu , qu'elle désarme Dieu, qu'elle nous rend amis de Dieu, et que d'un Dieu irrité qui n'avoit pour nous que des rigueurs, qui ne nous préparoîl que des châiimens , elle le force , s'il est permis de le dire , elle le force par une sainte violence, à devenir un Dieu qui n'a pour nous que des pensées de réconcilialion et de paix.

Enfin , la pénitence nous remet bien avec Dieu , et par une suite infaillible, elle nous remet bien avec nous-mêmes: car, comment serons-nous en paix avec nous-mêmes, tandis que nous serons en guerre avec Dieu? Or, quy a-t-il , que peut-il y avoir pour nous dans la vie, de plus avantageux et de plus doux que cette doublepaixF Quoi qu'il nous en coûte pour l'avoir, la pouvons-nous trop acheter? Et quelque austère que nous paroisse , et que soit mrme la pénitence, pouvonsnous ne la pas aimer, quand ils'agir de rentrer en grâce avec le maître de qui dépend tout noue bonheur:, et de rétablir dans nous-mêmes une paix, qui, sur la terre, est le souverain bien, et qui ne peut compatir avec le péché? Il y a bien de la différence, dit saint Paul, entre la tristesse qui porte à la pénitence , et la tris--

EN GÉ>ÉRA.L. 771

tessede ce monde. Celle-ci produit là mort ^ cplîe-là, qui est selon Dieu ^produit une pénitence qui assure le salut.

Delà paix iul^^rieure que donne yne verilable [>eni— lence , naîl celle /oie que donne le Scnnt-E.sprit. Qui peut la counoître, ceiie joie, sans l'avoir seniie P Qui peut comprendre q^ielle est la consolation dont est remplie une ame qni a ctë criminelle, et qui est pénitente , lorsqu''elle est enfin parvenue à remporier sur elle-même, la victoire d'où dependoit sa conversion? lorsnuV.lle a fait à Dieu le sacrifice des passions dont (^lle éioit auparavant esclave^ lorsqiVlIe a enfin rompu ses liens, qu'elle commence à respirer la liberté des enfans de Dieu , et q^j'elle peut lui dire : c'est vous. Seigneur, qui aVez brisé mes cbaînes \ c'est vous qui m'avez tiré de la servitude où le [)éché m'avoit réduit: je vo'is en bénirai , je vous eu louerai . je vous en rer diai dV'ter— ncUes actions de grâces : dirupisti vincula niea^ tihi sacrificabo hostiam laudis.

Quelle paix pour une âme pénitente , lorsq-iVlle réfléchit que , quelque rigoureux que soient les sacritices que le Seigneur exige d'elle ^ ils serviront à expier ses péchés, et seront par-là un motil de consolation pour elle, lorsqu'elle verra approcher son j"ge, darisraitenle de la miséricorde qu'elle aura lieu d'en e>ptrer. Tels seront, dit saint Grégoire, les transports de joie da juste, qui, ap{>uyé sur s« confiance dans les bonnes œuvres que la grâce du Seigneur lui aura fait pratrqut^r , verra avec joie , au moment de sa mort, l'arrivée de son juge dont elle attendra la couronne de justirç que I^ieu réserve à sea fidèles serviteurs ; qui antein de sud spc et operatio7ie securus est^pulsanti con/estim aperit, quia lœtus judicem sustinet ; e^ , cum tempus propiriquœ luortis adi'enerit , de glorid rctributionis hiUirescit, Nous avons dit que les sacrifices auxquels la p<»nilence nous condamne , servent à expier uok |>éches. La raison «n est évidente. La pénitence doit faire en noiiS 1.» func^

^7^ Du Décalogue

tion de la justice deDieu,el de la colère de Dieu : de la justice de Dieu, pour nous condamner; ei de la colère de Dieu, pour nous punir. Pœnitentia Dei indignatione /i/7?g^zYi/r,diiTertulIien.EIledoit prendre contre nous les intérêts de Dieu; elle doit re'parer en nous les injures faites à Dieu * elle doit , aux dépens de nos personnes , venger et apaiser Dieu ^ elle doit, à mesure que nous sommes plus ou moins coupables, nous faire plus ou moins sentir Findignation et la haine de Dieu ^ c'est-à-dire, autant que de foibles mortels en sont capables, cette haine parfaite que Dieu a du péché ; cette sainte indignation qu'il ne peut s'empêcher, parce qu'il est Dieu, de concevoir contre le pécheur. Voilà le caractère de la vraie pénitence : car il faut qu'il y ait delà proportion entre la pénitence du pécheur, et la justice vindicative de Dieu,

Ainsi, Ja fin de la vraie pénitence, est de condamner, de punir le péché. Il faut que l'homme pécheur, ou se juge lui-môme volontairement dans cette vie , ou que malgré lui , il soit jugé après la mort : il est impossible qu'il évite l'un et l'autre; parce que tout péché attire un jugement après soi; et par conséquent, si nous ne nous jugeons pas nous-mêmes, tandis que nous sommes sur la terre, ou si nous nous jugeons mal , le Seigneur nous jugera lui-même. Vérité que saint Paul nous enseigne, lorsqu'il dit que Dieu nous juge, parce que nous ne nous sommes pas jugés nousmêmes : quod si nosmetipsos dijudicaremus y non utiijue judicaremur.

C'est pour cela que les saints docteurs ont si hautement exalté le mérite de la pénitence, en disant qu'elle a le pouvoir de nous affranchir , en quelque sorte^ de la jurisdiction de Dieu. Que ce jugement que je fais de moi-même, m'est avantageux ! disoit saint Bernard, puisqu'il me soustrait au jugement de mon Dieu, qui est si terrible : quàm bonum pœniteniiœ jadicium , quod districto Deijudicio me suhducitl Oui, ajoute ce saint abbé , je veux , quoique pécheur , quoique

EN Général. "j-^S

chargé d'iniquité, me présenter devant ce formidable juge ^ mais je veux m'y présenter déjà tout jugé, afin qti'il ne trouve plus rien à juger en moi , parce que je sais bien, et qu'il m'a lui-même assuré , qu'il ne jugera jamais ce qui aura une fois été jugé : v^'olo {^iiltui irœ judicatus prœscntnri^ non judicatiâus j quia bis non judicat in idipsiitn. Nous nous jugeons exactement et sévèrement , disoit Teriullien , parce que nous sommes assurés que la justice rigoureuse de Dieu nous attend : npiid nos districtè judicatur ^ tanquam apud certos de diiino jiidicio.

Nous avons donc eu raison de dire que la vraie pénitence donne au pécheur celte confiance chrétienne qui le rassure contre les frayeurs du jugement de Dieu, puisqu'elle est pour lui un moyen eflicace et puissant d'expier toutes ses iniquités. Nous ajoutons que la {véritable pénitence est la seule qui puisse avoir cet effetj parce que , si en faisant pénitence , nous nous flattons nous-mêmes ^ si nous usons de dissimulation avec nous-mêmes ^ si nous sommes d'intelligence avec nos passions ^ si nous nous prévalons contre Dieu de notre fragilité; si nous qualifions nos péchés de la manière qu'il nous plaît, adoucissant les uns , déguisant les autres , donnant à ceux— ci une droite intention , couvrant ceux-là du prétexte d'une malheureuse nécessité; si nous décidons toujours en notre faveur; enfin si , pour ne pas nous engai^er dans un examen qui nous causeroit un trouble fâcheux, mais un trouble salutaire, mais un trouble nécessaire , nous nous contentons d'une revue précipitée : alors nous nous étouidironssur les diflicultes de notre conscience, et nous ne les éclairriions pas; alors notre pénitence ne sera [)lus qu'une pemience chimérique et réprouvée de Dieu, parce qu'elln r\e sera pas.comme elle doit i'étre, conforme au jugement de Dieu.

Quand on veut sincèrement satisfaire â la justice divine, on est bien éloigné de se conleufer d'une pareille pcnilence. Lue âme véritablement pénitente craint

774 ^^ IDécalogue

toujours de n'en pas faire assez pour apaiser lè Seî— giuMus et quelque rigotireuses que soient les peines quVIle souiïre pour expier ses iniquités, elles ne servent q ."'à la consoler. Je soufre .(lit— elle alors , mais je nen roulais point , parce que je s<iis quel est celui à qui je confie l^ ihpôt de mes larmes ^ et je suis assurée quil est assez puissant pour me le conserver j'usqu au derjiier jour , et que. sa colère ne tiendra point contre ce sacrifice d'un cœur contrit et humilié,

G est donc en vain, et ce sera toujours à sa condamnation , que le pécheur cherche des excuses, pour jiislilier sh désobéissance à la loi de Dieu. S'A irouve des difficultés insurmontables dans Tobservance de celte loi sainte , qu'il s'en prenne à son orgueil et à sa lâcheté. Dieu est fidèle, dit saint Paul, et il ne permettra point que nous soyons tentés au-dessus de nos forces^ viais il nous fera même tirer ai^'antage de la tentation, en sorte que nous la puissions soutenir.

Dieu ne commande pas des choses impossibles ^ nous dit le concile de Trente ( Sess. 6, C. 1 1 . de Justif. ) ; mais en commaîidaïit ^ il a\^ertit défaire ce que l'on peut , et de demander ce quon ne peut faire^ et il aide , afm qu'on le puisse.

En apprenant à ceux que Ton est chargé d'instruire , qnelle esi l'obéissance qu'ils doivent à la loi de Dieu , il est important de leur recommander de n'oublier jamais qu'il est infiniment dangereux de négliger, dans la voie d« salut, les devoirs qu'on croit de peu d'importance^ et qu'en tout ce qui louche l'observation de la loi , la Religion et la conscience, il n'y arien de si léger qui ne mérite nos soins, et qui ne demande «ne fidélité par— fai'e et une eniière soumission.

Manquer volontairement et habituellement aux moindies devoirs, c'est s'exposer à violer bientôt eu mille rencontres les plus grands préceptes, et ce que la loi nous ordonne sous les plus giièves peines. Si l'on de-^ inaiide ce q^e fait dans l'homme celle liberté présomp-

«N Général. 77^

tueuse qui le porte à négliger certaines obligations de con<*cience moins rigoureuses et moins étroiies , il est facile de faire voir qu elle produit en lui les plus funestes effeis ^ qu'elle lui fait perdre insensiblement le res[)ect et l'obéissance qu'il doit à Dieu ^ quelle étoufle peu à peu dans lui la crainte des jugemens de Dieu ^ qu'elle le rend hardi à tout entreprendre contre la lui de Dieu^ qu'après lui avoir fait contracter l'habitude des petits péchés, et lui en avoir ôté la honte, elle lui donne bientôt celle audace qu'un prophète apj)elle un front de prosiiiuée, qui ne veut rougir de rien ^ et qui se fait gloire des plus grands crimes.

Et en effet, Texpérience apprend qu'un pécheur qui suit le cours et les mouvemeos de sa passion , à force de franchir le pas dans les moindres occasions , en vient enfin jusqu'au point de ne troux'cr plus rien qtu l'arrête dans la voie de l'iniquité ; parce que le comble du péché exclut alors les remords et la ciainte, dit saint Bernard ( Tract, de grad. humil. et siipcrb, 61 21.) : consummata iniquitas Joràs mitlit timcreni. C'est la vérité qui rassure le juste dans le chemin de la vertu ^ c'est l'aveuglement qui tranquillise le j:)écheur dans la voie du désordre ^ ajoute ce saint aLbi' : illi "veritas ^ liuic cœ citas dat sccuritatem. C'est ainsi que l'impie qui n'écoute plus la raison, et qui ne craint [)lus Di^u, court hardiment à la mort éternellti : impius pro malo usu^non ratione scgabcrnans^ non ainoj isjrcno retentans ^ intrcpidus festinat ad morlem.

Mais avant que le pécheur en soit venu là, n'a-l-il rien à souffrir i^ reprend saint Bernard. Il y en a qui sowff'ont, répond il- et ce sont ceux qui voudioient tenir U' milieu, c'est-à-dire, ces âmes imparfaites qui vondroient secouer le jou^ de la conscience cl de la Religion dans les petites choses, et qui ne voudioient poini le rompre dans les grandes : medii surit , qui falignntur et angustiantur. Car ceux-là, dit-il, soufflent de tous les côlés^el du coté de la grâce, à laquelle

ijfrô Du Décalogue

ils résistent; et du côté de leurs passions^ auxquelles ils ne satisfont pas pleinement : la grâce les trouble, et leurs passions les irrilent:Ia grâce hîiir reproche d'avoir fait telles démarches, et leurs [tassions, au contraire, de Ti'êlre pas encore allé plus avant. La îi;râce leur dit , falloit-il mépriser Dieu pour si peu de chose f et la passion, falloit-il ne faire les choses qu'à demi? Ainsi ils demeurent tout à la fois exposés à la peine intérieure de Tune et de l'autre; ils coûtent tout à la fois, et les amertumes du vice, et celles delà vertu, sans en goiiter la douceur.

Mais cet état de violence ne peut pas durer; et il faut, ou que de la négligence des petites choses, Thomme passe au mépris des grandes; ou qu'il rentre dans Torore dont il s'est écarté, qui est celui d'une entière souïnission à Dieu. Et, parce qu^en matière de péché, le retour est aussi difficile que le progrès est naturel , s'il se trouve nn pécheur qui revienne de cet égarement présomptueux, on en voit nombre d'autres qu'il conduit à la perdition : c'est pourquoi saint Bernard en fait tin degré d'orgueil si dangereux pour Icsaîui!

De là cette licence si funeste et si contagieuse qui s'^est glissée dans le christianisme. Pourquoi tant de relâchemens que nous déplorons f où ont-ils pris leur origine, sinon dans la liberté démesurée avec laquelle les chrétiens lâches et les mondains, n'écoutant que leur amour-propre et leur orgueil, ont négligé premièrement les petites observances, et ont ensuite méprisé les grandes? Ces relàchemens se sont— ils jamais introduits par îm soulèvement général des fidèles et par une rébellion formée de leur part, contre les saintes lois que l'Eglise leur prescrivoit? Non^ mais ils ont toujours commencé par des exemptions en apparence respectueuses. q\ie chacun, sous divers prétexies,a voulu s'accorder au pr^^'judice du droit commun; prétendant qu'en telle et telle circonstance la loi n'étoit pas faite pour lui , et se soiicîant peu âe'i conséquences que son mauvais exemple devoit produire dans les autres.

EN Général. 777

Pourquoi le monde chrétien s'est-il vu quelquefois arec élounereent plongé dans des désordres presque universels, sans qu'on pût dire, ni qnaiid . ni comment il y éioit tombé? iN'en cherchons point la cause ailleurs que dans des chutes presque insensibles qui l'avoient

conduit par desjrés à ce déplorable éïat : dépravation

J • • • • ui

énorme dans ses accroissemens , mais si imperceptioie

dans sa naissance, qu'à peine Tavoit-on pu remarquer.

Que n'auroit-on pas à dire, s'il falloii examiner en détail d'où vient la réprobation particulière de tant d âmes qui périssent, et qui suivant le cours du monde^ sVgarent de la voie dii saint? N'est-ce pas ordinairement des moindres péchés, et des légères transgressions de la loi de Dieu ? Car, voit-on des justesse pervertir dans un moment ? Voit— on des pécheurs commencer à se déclarer par les derniers scandales? Non, disoit saint Grégoire- il y a \\n apprentissage pour le vice aussi bien que pour la vertu : quelque disposition que nous ayons au mal, il faut même livrer des combats avant que d'être lOit à-fait méchant. C'est par la vanité, ajoute ce saint docteur, qne nous parvenons à l'iniquité: et nous y parvenons infailliblement, lorsque notre volonté, accoutumée â de petits péchés, n'est plus touchée de I horreur des crimes^ tellement que, par cette habitude dont elle s'est en quelque façon nourrie et fortifiée, elle acqtuert enfin dans sa malice une espèce d'autorité: à vcniitate ad iniquitatem mens nostra ducitur : si assueta nialis Ipvihiis , i^raviora non perhorrescat j et ad cjuaiudam auctoritatem nequi— tiœ per cul pas nutritn perveniat.

II est vrai qu'une parfaite observance de toute la loi, et des moindres devoirs qu'elle nous impose, a ses peines, et qu'il faut savoir pour cela prendre sur soi-même, et se contraindre en beaucoup d'occasions : mais l'Evangile ne nousenst'igup point une autre voie pour le salut, que la voie élroiu\ Qne la porte est petite! nous dit Jésus-Christ ^ que le chemin quij mcne^ est étroit ; et

«y^S Du Décalogue

quilf et pni de personnes qui le trouvent ! Et voilà pourquoi Jésus-Christ noi^s a laiil a\eriis de nous faire violenceà nous-mêmes:^ parce que le rojaume duciel doit èlre attaqué par la forée j ei que cest la a^io-^ lence quiVemporte. Efforcez -vous, nous dit encore ce Diea Sauveur, efforcez-vous d'entrer par la porte étroite : car je vous déclare, que plusieurs chercheront à y entrer, et ils ne le ]^ouvvou\.: contenait e intrare per angustam portam : quia multi^ dico vohis^ quœrent intrare^ et non poterunt, CVsl donc une erreur grossière, et contraire à la parole de Jésus—Christ, de croire que la porte du ciel sVlargisse ou qu'elle se rétrécisse à notre gré. Prenons telles libertés qu'il nous plaira^ accordons-nous à nous— mêmes tels privilèges que nous voudrons, jamais la loi de Dieu ne changea, ni ne pliera ; et tous les adoucissemens dont nous userons, ne la feront pas relâcher d'un seul point : au contraire, plus nous entreprendrons sTir elle , et plus elle deviendra redoutable : car alors elle s'élèvera contre nous, et nous condamnera. Je vous dis en vérité^ nous assure le Fils de Dieu, que le ciel et la terre passeront^ plutôt qu un seul point de la loi ne soit accompli»

Or, cela supposé, comment devons— nous agir ^ si nous sommes sages? comment devons-nous raisonner? Le chemin du salul est étroit, devons-nous dire, il faut donc aussi resserrer notre conscience: car il n y a point de danger pour nous à nous restreindre dans les bornes du devoir^ mais nous devons tout craindre, si nous venons à les franchir. IN ous ne pouvons èire irop^ioumisà Uieuj mais nous courons risque de nous perdre, si nous ne le sommes pas assez : et cet esprit d'indépendance, qui pourroil peut-être nous réussir en traitant avec les hommes, ne sauroit nous attirer que la malédiction de Dieu , et notre perte éternelle.

Etre exacts et religieux, jusques dans les plus petites choses, c'est donc le seul parti que nous ayons à prendre, et l'unique moyen de réparer notre ignorance j en

ïN Général. 779

ce quî concerne la conduite da salul : point d'autre voie, en effet, pour éviter les suites funestes de cette ignorance, que d'êfre ôdèles à Dieu darjs les plus légères obligations, et dans Taccomplissement de nos moindres devoirs. Sans cela il est impossible que nous ne nous égarions pas, et que nous n^ tombions pas dansdes abîmes dont peut-être nous ne pourrions jamais nous retirer: car il n'^ a rien où l'homme soit plus siijet à se tromper, et où les erreurs soient plus dangereuses qu'eu ce qui regarde ia conscience et la Pieligion. Il n'est qiiC trop aisé d'eu avofr des preuves convaincantes par Texpf'rience journalière que nous en faisons.

Faiit-il donc être étonné que son aveuglement le prrcipite dans toutes sortes d'illusions? En cette matière, faut-il être surpris qu'il suppose pour légères àes fautes qui sont eu elht importantes* qu'il traite de bagatelles, en matière de conscience et de Religion, des choses où la lleligion néanmoins et la conscience se trouvent notablement intéressées; qu'il ne compte pour rien ce qui, devant Dieu, doit être censé pour beaucoup; qu'il juge pardonnable et véniel, ce qui de soi-même est criminel et mortel* qu'il diminue, par de fausses opinions, la rigueur des plus étroites obligations: car ce sonl-là autant d'effets de faveuglement de l'homme. E'. parce que cet avetjglement ne Je justifie pas, parce que c'est un aveuglement, ou affecté par malice, ou formé par négligence, ou fomenté par passion , qu'arrive-t il encore? ce que nous éprouvons tous les jours: que, pour connoître mal les petites choses , l'homme est exposé à manquer dans les plus assenlielles ; qne, suivant les erreurs dont il se prévient sur ces fautes prélend'ies légères , il est eu danger de commettre de véritables crimes 5 et que, pensant ne faire qu'un pas dont les suites sont peu importantes, il court risque de se précipiter et de se perdre, sM ne s'impose cette loi, d'avoir pour Dieu une fidélité entière . et de ne pas négliger même les

^8o Du Décalogue

plus petiîes choses. Car celle loi , bien observée, le mer à convert de tout, et lui servira de guide dans des cas où, sans elle , il seroit fort embarrassé.

II esî donc d'une importance extrême de se resserrer toujours dans ce qui louche la Relit;; ion et la conscience, plutôt que de se'carter ou de se relâcher. Jugeons-en par les exemples qui sont continuellement sous nos yeux. îNe vojons-nous pas tous les jours, que le relâchement sur certains points qu'on estime peu nécessaires, est un des pièges les plus dangereux, et par lequel nous sommes conduits aux plus grands désordres? Nous ne parlons ici que de ce qui regarde les mœurs et la conscience : ra[)plication de cette vérité à la foi et à la Religion, demanderoit un détail qui nous mèneroit trop loin.

Combien de péchés toujours griefs en certaines matières, dès qu'ils sont volontaires, mais qu'une infinité de chrétiens mettent au nombre des petits péchés ! L'impureté, par exemple, est du nombre de ces péchés sur lesquels nous nous trompons toujours, lorsque nous les supposons légers^ parce qu'ils ne sont jamais tels aux veux de Dieu. En cette matière rien de lé— ger, rien de véniel , lorsqu'il y a nn consentement volonlaire^ c'est une doctrine constante et si autorisée parmi les théologiens, qu'on ne pourroit la contredire sans témérité et sans scandale. Cependant, tous les chrétiens en sont-ils persuadés? toDs prenner\t~ils la peine de s'en instruire? Combien y a-l-il là— dessus d'err{3«rs dans le monde? Et, par une suite nécessaire, combien de crimes se commettent tous les jours, dans la fausse et honteuse prévention que ce ne sont point des fautes qui attirent la haine de Dieu?

Combien pourrions-nous encore compter d'autres péchés, dont nous mesurons soiivenl la grièvelé ou la légèreté, non suivant ce qu'ils sont en effet, et eu égard aux circonstances , mais selon nos idées , selon les désirs de noire cœur, et les divers intérêts qui

nous crouverncnt? Par exemple, avons-nons fait au prochain 1 mjure la plus atroce i ce n esi rien, a nous en croire: mais, s'il nous a offensés, la moindre injure que nous en avons reçue, est toujours extrême à nos yeux. Jamais l'agresseur a-t-il reconnu tout le tort cju'il a r et jamais roOensé est-il convenu du peu de tort qu'on lui a fait 1' L'un faugmenle , Taulre le diminue, chacun comme l'amour-propre et la passion Finspirem. Jusque dans le tribunal de la Pénitence, où nous prétendons a^ir avec Dieu de bonne foi, combieri de railleries et de médisances, combien de paroles piquantes, que Ton compte pour des b;igatelles, et sur quoi Ton ne daigne pas même s'expliquer? Estce qu'elles sont lotîtes légères en effet , et qu'il n'y en. ait aucune qui doive nous causer de justes remords? Est-ce que nous voulons mentir au Saint-Esprit , et les dissimuler malgré les remords de la conscience T non mais c'est que nous sommes aveugles, et que notre aveuglement nous empêche de les apercevoir et d'eu être touchés.

Quel remède et quel parti prendre pour se garantir des suites d'un aveuglement si pernicieux? C'est de se contenir dans les bornes d'une exacte et entière soumission à la loi de Dieu: c'est de ne se permettre quoique ce soit qui puisse en quelque sorte blesser la loi de Dieu ; c'est de ne se livrer jamais à celle fausse liberté qui, lors même qu'on l'ignore, et parce qu'on l'ignore, rend si souvent prévaricateur delà loi de Dieu. Yoilà les mo3<'ens que l'on doit mettre en œuvre, et sans lesquels nous sommes en danger de périr : car il faudroil , pour que notre aveuglement cessât, qu'une étude constante et assidue de nos devoirs , stjj){)léài aux lumières qui nous manquent. Or, il est ^ rai que nous pouvons combattre notre ignorance par des réflexions continuelles sur le nombre et la qualité de nos devoirs: mais le ferons-nous toujours^ et quand nous le (èrions, aurons-nous toujours assez de lumières pour y réussir , c'esl-à^dircj

nB2 Du DÉCALOGUE en GÈaiLKAt.

pour connoître clairement et distiiicfement ce qui esl d'une obligation rigoureuse, et ce qui ne lest pas? Et quand enfin nous le connoîuions, aurous-nous toujours assez de force et assez de résolution pour agir selon nos conuoissancesf

11 est donc bien plus court et bien plus sûr de s^in— lerdirelout péché, de quelque nature qu'il puisse être. Outre qu'on aura l'avantage d en être plus agréable aux yeux de Dieu poutre qu'on aura le mérite de vivre dans un plus parfait attachement aux volontés de Dieu j outre que c'est une consolation de lâcher d'être dti nombre des fidèles serviteurs de Dieu , on n'a plus besoin alors, quand il s'agit de la loi de Dieu , de l'examiner de si près, ni de chercher tant d'éclair— cissemcns, et d'aller à tant de conseils, qui souvent nous flattent au lieu de nous instruire , ou qui nous embarrassent au lieu de nous calmer. Cette exactitude, cette régularité dans les plus petites choses , tient lieu de tout le reste.

N'oublions donc jamais que nous sommes foibles, et que nous ne pouvons mieux nous precautionner contre le ])éché, qu'en évitant jusqu'à l'ombre même du péché. Méditons bien cette maxime de saint Bernard, que ce seroit un miracle, si celui qui se permet tout ce qui lui est permis, ne se laissoii pas emporter à ce qui lui est d^-fëndu. Et pensons continuellement à cet oracle du Saint-Fsprit, que quiconque méprise les petites choses, tombe peu à peu, et même sans y prendre garde, jusqu à se rendre coupable des pli^ grandes : qui spernit modica^ paidatim décidée ,

Fin du Tome troisième.

Table. 783

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