‹ Instructions sur le rituelChapitre 10 sur 25 · Du Sàcrifick · texte numérisé non relu

Du Sàcrifick

prie présentement et offre avec lui. G^eH pourquoi danf* les messes solennelles, le diacre qni tient la place de tout le peuple 9 s'unit au prêtre ^ pour faire avec lui. cette offrandfe du vin mêlé d'eau ; le calice est alora appelé calice du salut^ quoiqu'il n j ait encore que du vin, en vue du sang de Jésus-*Christ dans lequel ce vin doit bienlôt être change. Le prêtre avec les assi^tans implore la divine miséricorde , dans la crainte que rinoignité de ceux qui sont présens au sacrifice ^ ce mêle dans Toblation quelque ^chose qui soit désagréable à Dieu: il offre avec eux , pour leur salut el pour celui de tout le monde. Il n'est point de prièrea plus efficaces pour le salut, que cette qui se làit en offrant le sacrifice, que sain tEpipbane appelle lesahu continuel de t Eglise. Jésus-Christ, dit Tapôtre saini Jean , est la victime de propitiation pour nos péchés^ et non-seulement pour les nôtres y mais encore pour ceujc de tout le monde.

Le prêtre s'incline, et tenant les mains jointes sur Pautel, dit à Dieu avec tous les assistans : In spiritu humilitatis ^ etc. et ensuite, Veni^ sanctijicator ^ etc. Les dons offerts, c'est-à-dire^ le pain et le vin qui doivent être changés au corps et au sang de Jésus— Qirist , sont préparés à ce changement , par la bénédiction de l'Eglise : le prêtre et les assistans doivent aussi, à leur manière, être changés en Jésus— Christ avec ces dons , et se préparer à ce changement , en entrant dans l'esprit de ces prières, et ajoutant intérieurement: c Seigneur , à qui, par un efiet de votre toutes-puissance, devez » changer ce pain et ce vin au corps et au sang de » votre Fils Jésus- Christ, nous nous of&ons nous-- » mêmes à vous, avec un cœur contrit et humilié y afin » que, changés par votre Esprit saint, au-dedansdu cœur 9 » nous vivions en Jésus-Christ , et que Jésus-ChrisI » vive en nous. »

Dans les messes solennelles, après que le célébrant t àxii p'^eni^sanctijicator^ etc. le diacre lui présente

DE tk Mes se. 187

Ja' navette pour mettre Fencens dans Fencensoîr , et le

E riant de le b^nir. Le prèlre répoud, eu priant que s Seigneur daigue bénir cet encens , et le recevoir comme un doux parfum^ par Tintercession du bienlieureiuc archange Michel^ et de tousses élus^ par Jésus-Christ Notre- Seigneur. Il demande cette faveur ^ en faisant le signe de la croix ^ parce que la croix est notre ressource ordinaire pour obtenir des grâces. L^encens, dans TEcriture, signifie les prières des Saints. L'ange les présente dans Tapocalypse , et ce parfum s'élève de sa main devant la face de Dieu. Ainsi, 1 encens dont 00 parfume le pain et le vin^ représente qu avec ces dons, ou plutôt avcc Jésus-Christ , dont ils vont de* venir le corps et le sang, nous devons faire monter il Dieo nos prières.

Le prêtre , après avoir encensé les oblations , encense foutTautel:} il marque par-là, quelles doivent être nos prières. Si nous voulons que nos prières s'élèvent vers te Seigneur comme l'enciens , soyons dans les dispo-» sitions qu'il demande ^ que tous les sentimens qu'il éïige de nous , les fassent monter jusqu'à son trône. Prions, les mains étendues , sans nous lasser jamais , et comme des coupables qui demandent grâce : quelque rigoureuse que puisse être la situation où Dieu vent que nous sojous^ quelque douloureux que soient les sacrifices qu'il exige de nous, prions toujours avec confiance jusqu'à ce que nous soyons exaucés , sans ouvrir la bouche pour nous plaindre. Ne cherchons point à couvrir, à diminuer , à excuser nos iniquités et nos foiblesses ; ne les rejetons que sur notre malice ^ avouons* nous coupables, autant que nous le sommes, si nous voulons obtenir miséricorde ; confessons contre nous-* mêmes notre injustice^ déclarons-la au Seigneur, si nous vouhms qu'il nous remette nos péchés. En6n, demandons sans cesse à Dieu qu'il allume en nous le feu de son amour , et qu^il nous enflamme d'une

i88 Du Sacrifice

charité qui nous mérite le bonheur de Faimer él lement.

Le lavement des doigts est une image de la grande pureté au^ii faut avoir pour offrir le saint sacrifice. Le prêtre aoit alors demander à Dieu de le purifier des moindres taches, et réciter dans cet esprit le psanme ja5) psaume où il est averti qu'il doit craindre et fuir toutes les liaisons^quipourroientlempècher de conserver rînnocence et la vertu \ qu'associé aux serviteurs de Dieu j il doit continuellement ^ dans le saint ministère^ demander d*étre du nombre des dispensateurs qui seront trouvés fidèles ) que toute sa consolation doît être de se tenir aux pieds des autels du Seigneur, pour y apprendre à le louer, à publier ses merveilles, à annoncer ses saintes volontés; que son cœur doit être, embrasé d^un saint zèle pour sa gloire , et que le désir de la procurer doit continuellement et nniqnemeni l'occuper ; qu'il doit ne penser qu'à plaire à Dieu , et n^oublier jamais quel est le bonheur de lui appar-* tenir.

Après que le prêtre, au nom de l'Eglise, a offert le pain et le vin , et que lui et les fidèles se sont offerts eux-mêmes pour reconnohre le souverain domaine de Dieu, et pour l'expiation de leurs péchés, il présente cette obbtion à la Trinité sainte, en mémoire aes mjs* tères de Jésus-Christ et en l'honneur des Saints; ce qui doit produire alors dans le cœur du prêtre, de nouveaux seutimeus d'une vive reconnoissance, à la vue des divines miséricordes, du bienfait de notre rédemption , et de l'honneur qu'il a d^offrir à Dieu une victime d'une dignité infinie : pour s^en acquitter dignement , il a besoin de l'intercession de la Sainte Vierge et de tous les Saints; il demande leurs prières, afin que ce sacrifice, qui procure tant d'honneur aux Saints^ nous procure aussi la grâce de marcher sur leurs traces, de vivre et mourir comme eux.

Le prêtre dit qu'il oSre ce sacrifice en mémoire de

BE LA Messe. ifig

la passion, delà résurrecûon et de Fascensidn de Jésus* Christ 9 afia d'exprimer toute rëiendue dû sacrifice da Sauveur. Dans les sacrifices des Juifs, il y a voit le choix; delà victime pour lofirir à Dieu, et par ce choix elle ëtoii comme sanctifiée ^ rofirande de cette victime, soa immolation, sa consommation , la communion du peuple k cette victime: nous trouvons tout cela dans les mys—. teces de la vie de Jésus-Christ. Son incarnation a été le choix et la sanctification de la victime : c'est par Tiocamation que la nature humaine a été rendue digne, en vertu de son union au Yerbe, d'être offerte à Dieu) la première offirande de la victime a été faite au mo-« ment de la naissance de Jésus-Christ : saint Paul nous, apprend, dans son épitre aux Hébreux , que Jésti»- Christ^ en entrant dms le monde , s^offnt à Dieu son Père, et se substitua à toutes les anciennes victimes qui n^avoient lait -que le représenter ^ cette divine victime a été immolée sur la croix \ elle a été consommée, pourainsi dire, par la résurrection et par Pascension de Jésa»-Ghrist : car , par la résurrection, tout cequ^il y avoit de mortel et de corruptible en Jésus-Christ a été détruit, et a été absorbé par la vie \ c'est alors que son corps a, été revêtu de l'immortalité, et^ par l'ascension, cette, victime a été présentée devant la fa ce de Dieu et placée, à la droite de Dieu le Père. Enfin, nous trouvons, au }our de la Pentecôte , nne espèce de communion à la ^ciime : car c'est en ce jour que les fidèles ont été , pour ainsi dire, incorporés à Jésus- Christ , étant de«. venus participans de son esprit et les membres de son corps, oomme le dit saint raul.

Si , dans la prière dont nous donnons ici l'explica-» tioQ, l'Eglise ne fait mémoire que de la passion, de b résurrection et de Tasceosion de Jésus-Christ , c'est Qoe ces trois mystères ont été l'accomplissement de ^immolation et de la consommation du sacri6ce duSau^ Teur \ et, puisque le sacrifice de la messe n'est que la COAiinoation et la .mémoire du sacrifice de Jé«u»*Christ,

1^0 Du Sacrtficë

il est vrai de dire que nous l'offrons en mémoire Je sa passion ^ de sa résurrection et de son ascension i faites ceci en mémoire de moi^ dit Jésus-Christ.

Non-seulement nous faisons mémoire à la messe des cinq parties du sacrifice de Jésus-Christ ci-dessus ex-> pliquces^ mais aussi nous les représentons en quelque manière dans l'action du sacrifice de la messe.

Le choix et la sanctification de la victime sonl représentés par le choix et la préparation qui se fait du pain et du vin offerts pour être changés au corps et au sang de Jésus*Christ , et par le mélange de Teau avec le vin , comme il paroît par la prière mystérieuse qui se dit pendant ce mélange.

L'offrande préparatoire de la viclime avant son immolation^ est .représentée par l'offrande du pain et dii vin avant la consécration.

L'immolation de la victime est représentée par la consécration du corps et du sang de Jésus-Christ, sous les espèces séparées du pain et du vin.

La consommation de la victime , qui, après son im** molation, est offerte devant le trône de Dieu exempte de toute corruption, est représentée par l'offrande faite à Dieu , du corps et du sang de Jésus— Christ, aussitôt après la consécration.

Enfin, la communion au peuple à la victime est représentée par la communion des fidèles à la messe. C^est ;)insi que nous trouvons tous les mystères de Jésus-Christ réunis dans ce saint sacrifice.

Lorsque nous demandons que ce sacrifice agréable k Dieu par sa propre institution et par son auteur, lui soit encore plus agréable par les prières de ses Saints, nous ne demandons autre chose , si ce nW que les Saints se joignent à nous, pour rendre gloire à Dieu , en lui offrant la victime pure et sans tache: ce que Ton conclut encore par Jésus- Christ Kotre-Seigneur. afin que nous entendions qu'à la vérité il j a au ciel des intercesseurs qui prient et offrent avec nous } mais

BE L^ Messe. i^i

<piMs ne sont eux-mêmes ëcoutës que par le grand intercesseur et médiateur Jésus— Christ, par qui seul tous ont accès, et autant les anges que les hommes , autant les Saints qui régnent , que ceux qui cotn— battenL Pour bien comprendre quel est l'esprit de l'Eglbe, dans cette intercession des anges et des Saints, il faut savoir qu'elle prie le Père des miséricordes, dlnspirer h ses Saints n'intercéder pour nous auprès de lui, afin qve les ayant affermis dans leur propre félicité, 3s pilissent nous aider à y parvenir, et se joindre à nous , pour rendre notre eblation , en tant qu'elle vient de nous, plus sainte et plus agréable. Il est encore nécessaire de remarquer, que cest toujours par Jésus* Christ que nous demandous i Dieu non-seulement ^*il exauce les prières que les Saints font pour nous, mais encore qull leur inspire de les faire , parce que c'est par Jésus-Christ seul , que tout bien doit nous arriver.

Trouver étrange que nous offrions Jésus-Christ eu rhonneur des Saints, c'est-à-dire, pour honorer leur mémoire et remercier Dieu de la gloire qu^il leur a donnée , ce n'est pas faire réflexion sur la nature de ce sacrifice : car Jésus-Christ s'est offert pour nous mérite!: la gloire ^ nous ne pouvons donc offrir à Dieu en actions de grâces pour les Saints , que la même victime par laquelle ils ont été sanctifiés. Vérité que l'Eglise nous explique dans la secrète, où elle dit (^Fer. 5. post dont. 3. Çuadr. ) : nous vous offrons , 6 Sei-^ gneur ^ dans la mort précieuse de i^os saints martyrs^ et saint sacrifice d^oîi le martyre même a pris sa source. C^est en effet, en célébrant dans ce sacrifice, la mémoire de la mort de Jésus-Christ, que les martyrs ont appris à mépriser leur vie , et à se rendre avec lui les victimes du Père éternel. Il n'y a donc rien de plus convenable que d'honorer dans ce sacrifice les vertus qui en sont l'effet et le fruit. L'honneur qu'on y rend aux Saints, est d'y être uommés devant Dieu à soa

^9^ Du SAcMncE

saint autel) en action de grâces et en éternelle comme* moration des merveilles qu'il a opérées en eux.

Aussi nous invoquons en l'honneur des Saints^ parce ue Dieu est glorifie par eux^ aussi ne cessent- ils point e le bénir et de lui chanter quil est leur gloire^ leur salut , leur espérance , la gloire de leur î^ertu , celui d^oîi leur vient toute leur force ^ et le seul qui les élèpe. jiussi le Seigneur est^il glorifié dans Vas-^ semblée des Saints : c^est en lui seul qu^ils se ré-^ fouissent^ parce que c^est le Seigneur qui les Orélus^ c'est le Dieu d'Israël qui est leur Roi. L'Eglise repète sans cesse ces passages de TEcriture ;el c'est Dieu oublie loue dans ses serviteurs. Il est donc certain qu ofirir pour les Saints^ c^est célébrer la grandeur et la puissance de Dieu dans les grâces qu^ils en ont reçues. LTglise ne se lasse point d'inculquer cette vérité| toutes les fois qull est nécessaire qu'elle explique sa doctrine sur cet article.

On peut encore ajouter qu'on offre le saint sacrifice de la messe pour la gloire des Saints} parce que Jésus* Christ est glorifié par ce sacrifice , et que les Saints^ étant les membres de Jésus-Christ unis inséparablement & leur clief , la gloire du chef réjaillit nécessairement sur ses membres; parce que les Saints trouvent leur gloire et leur honneur à s'offrir avec Jésus-nChrist leur chef) avec qui ils sont unis inséparablemet ^ et c^est ce qu'ils font au sacrifice de la messe , qui est le sacrifice de toute f Eglise de Jésus^Christ , du chef et des membres.

Enfin ^ à rhonnetu* des Saints qui ont consommé leur vie pour Dieu, nous of&ons la divine Victime qui s**est immolée pour rendre tous ces Saints des victimes agréables â Dieu. Nous l'offroa^ pour honorer leurs victoires, qui sont celles de Jésus-Chi^ist, et par conséquent pour honorer Jésus-Qirist dans ses Saints « et les Saints dans Jésus- Christ , dont lis ont l'honneur d'être les mifimbres.

Nous

us LÀ MtSSE« %q5

Nous n^adressons le sacrifice de J&us-Chrkt it Dieu^ que pour (aire honorer Dieu par Jësus-^Christ et par les SainU qui se sont sacrifiés avec loi, et qui, par I u— nion au sacrifice du Sauveur, ont eu la force et I^onneur de triompher du monde et du dëmon, honneur que toute I^Use ne cesse jamais de célébrer.

Le sacrifice 9 qui a procuré tant dlionneur aux Saints^ àck être la source de notre salut, pour nous reudre saints comme eux. Cest ce que le prêtre demande avec le peuple, lorsqu^après avoir dit : ut UUs prqficiat ad honorem^ il ajoute, nobis autem ad salutemf et noua le demanaons ici, ann d^entrer dans une parfaite cornsuinion avec les Saints* Nous avons Fhonneur d^être imis intimement aux Saints et d^être leurs firéres, par la communion de tous ceux qui croient en Jésus-Ghrist «t qui sont dans son Eglise ^ c^est pourquoi nous es— jpfrons qa*ils intercéderont pour nous dans les cieux ^ tandis que nous célébrons leur mémoire sur la terre ^ intercession que nous demandons par Jésuf-Christ : parce que ce n^est qu^en lui et par lui, comme unique mWateur, que les Saints peuvent être nos intercesseurs. Le prêtre, après avoir dii : suscipe^ sancta Trinitas^ ttc baise Fautel, qui représente Jésus*Ghrbt, pour le tailler^ avant que de saluer le peuple, vers lequel il n se tourner. Plus le moment do sacrifice approche | plus il sent toute sa foiblesse et le besoin quil a des prières des assistans, quMl leur demande, en disant^ Orate^fratres ^ il les exhorte encore par-là , à prier aiisn pour eux et i un recueillement plus profond^ pour aemander à Dieu d^agréer le sacrifice qu^ls offrent. U étend les mains, en signe de charité , comme pour leur ouvrir son cœur ; il les rejoint pour leur témoigner quHl désire les y renfermer , afin cle s^of&ir uni à eux par Jésus-Christ et avec Jésus-Christ. On peut aussi dire que le prêtre, eu se tournant vers lepeup le , prend, pour ainsi dire , congé des assistans qu'il ne verra plus, )osqtt*& ce qu^il ait consommé le sacrifice. Durant ce Tome L N

1^4 Dv SicRiricB

temps , il ne ^e tournera pas vers eux^ non pas mSine lorsqu'il dira : Dominus vobiscum f mais alors, tout occupa du grand mystère qui va s'opërer, il demeure tourné vers Tautel, et comme s'il étoit renfermé dans le Saint des Saints ^ bien éloigné du peuple.

Pour aider le prêtre à entrer dans ce recueillement < il est nécessaire d écarter les laïques , et sur-tout les femmes, qui viennent se placer jusqu^au pied de Tauteli et de se conformer aux lois qui ont défendu si longtemps cet usage indécent et téméraire.

Le prêtre , après avoir dit, Om/e ,yr<?fre5 , poursuit le reste secrètement , et retourné du côté de lautel , il dit Toraison ou les oraisons appelées secrètes, poor prier le Seigneur de recevoir favorablement les offrandes des fidèles. L'Eglise nous expliaue quel est Fesprit de cette prière , lorsqu'elle dit , aans la secrète qn^elle récite ati cinquième dimanche après la pentecôte : Sei* gneur , rendez-vous Javorable à nos très-humbks prières , et agréez avec bonté ces offrandes de vos serviteurs , aj^n que ce que chacun d'eux a offert , -pour la gloire de votre nom , soit utile à tous pour leur salut. La secrète diffère selon la diversité des ofiices et solennités. Le prêtre, dans cette oraison, en priant Dieu d'accepter les dons qui lui sont offerts , rendordinairement grâces dans les fètes particulières , on pour les mystères accomplis en Jésus-Christ , ou pour les merveilles opérées dans les Saints.

Après la prière secrète, le prêire élève sa voix et dit: Per omnia sœcula sœculorum , pour demander le consentement du peuple qui répond , jimen. 11 salue ensuite les assistans , il réitère les souhaits qu'il a déjà faits , que le Seigueiir soit avec eux , en disant : Dominus vobiscum. Ces nouveaux souhaits d'un nouveau secours du Seigneur , que le prêtre et les fidèles présens sefonlmutuellement,ont pour objet la uécessitédes'élever au-dessus des sens , pour ne plus voir dans ce mystère ce qu'ils nous suggèrent , mais ce qui va être opéré psir

DE LA. Mes SI. ip5

J^sus-Christ ; et d^ètre en esprit dans le ciel ^ pour pouvoir se joindre ao chœur aes anges. Cest ravertissement que donne encore le prêtre^ lorsqu'il dii : Sur^ sian corda , ëlevez vos cœurs ; non- seulement, parce qu'il faut s^élever au-dessus des sens et de toute la nature, pour concevoir Jësus-Ghrist présent, sous des apparences vulgaires , mais a cause principalement qtfe Jésus-Christ ne s*y offre pour nous et ne $*y donne à BOUS , que pour exciter notre désir d^ètre bientôt dans sa gloire.

Ge que nous avons sur Tautel par les paroles de la consécration, c^est Jésus-Christ, la vérité même, mais la vérité cachée et enveloppée sous des signes , suivant la condition de cette vie : il ne convient pas ii FétaC de pèlerinage où nous sommes , de voir Jésus— Christ £ice à face.

Gomme nous ne voyo<is ces vérités que par la foi et i travers les nuaçes , nous ne possédons aussi Jésus- Christ que sous des figures. Il esf présent sur fautef ?éritablement , réellement et substantiellement ^ mais it 7 est caché a notre vue, il n'y paroit qu^à notre foi« Nous demandons donc qu'il se manifeste , que la foi devienne vue , et que le Sacrement soit enfin change eu la claire apparition de sa gloire. .ÇTest ce que TEgUse demande dans la post-communfon d'une des messes' de Tannée : « Seigneur, nous fait-elle dire à Dieu, que » vos Sacremens opèrent en nous ce quits contiennent, > afin que ce que nous célébrons en espèces, en appa- » rence : quod nunc specie geritur^ nous le recevions' » dans la vérité même, rerum veritate capiamus' t ( Dom. 17. post Pentec. ). »

Dans cette prière nous ne demandons pas d'avoir iQtre chose dans la gloire , que ce que nous avons id— bas : car nous avons tout , puisque nous avons Jésus-Christ où tout se trouve: mais nous demandons que tout se manifeste , qùè les voiles qui nous le cachent soienixiîssipés^ et que noni voyions en effet Jésus-ChrUit.

196 Du Sacrifice

Elevons donc notre cœur dans le saini sàcriSce de la messe. G^est déjà Tëlever beaucoup , que de croire Jésus-*Christ présent , quoiqu^invisible à nos jreax cor-

}>orels } mais il faut s'e'lever encore , jusqu'à désirer de e voir , et de le voir dans sa gloire : car ^ si sa présenc^^ visible ) durant les Jours de sa chair ^ étoit si désirable et si consolante, que sera-ce de le voir tel qo'il est, et de lui devenir semblablef

Le peuple avant répondu qu'il veut £tre dans les sentimens que le prêtre lui inspire : Hahemm adDo^: Dominum , le prêtre Texhorte k rendre cràces au Seî- Çueur : Oraiias agamus , etc. parce qu'élever son cœar a Dieu , ne chercher, ne goûter que les biens ëtemelS| soupirer après le bonheur d'être présent à Jésus-Ghrist, d'aller haoiter avec Jésus*Ghrist , est un efiet de la grâce de Dieu, dont il faut le remercier. Quelles grftcei. ne devons^nous pas lui rendre encore de toutes ses miséricordes, et principalement du bienfait de Tincar*. nation , qui nous donne lieu de lui ollrir le corps de Jésus^Christ en sacrifice* pour la rédemption de nos péchés P Le peuple chrétien doit être trop touché de toutes ces merveilles opérées en sa faveur, pour ne pas répondre avec empressement , Dignum et justum est. Le prêtre approuva, et ratifie ce qu'a dit le peuple, qfuM est vraiment digne et juste de remercier Dieu^ il ajonte qu'il est équitable de rendre par l'action de

?*Aces ou saint sacrifice , ce qui est dû à la três-Sainte rinilé} qu'il est même salutaire de le faire ^ parce Sue Dieu se plait à prévenir et à combler de ses plus ouces bénéaictions ceux qui le remercient des grftces qu'il leur a déjà fiiites : rien de plus avantageux pour nous , qui subsistons à chaque moment , par les bienfaits du Dieu tout-puissant , du vrai Dieu étemel | que de lui rendre en tout temps, en tous lieux, nos trèsbumbles actions de grftces de tant de biens que nous avons reçus et cpie nous recevons continuellemenl de sa bonté. U est digne^ jus|e) équitable et salutair» d'en

rendre grâces au Dieo tout-pQiiiant. Jéiui-Christ Notre Seigneur , par qoi les anges même et tons les esprits cëmtes louent et glorifient sa sainte et redoutable ma« jest^^ d^unir avec eux nos cœurs et nos voix ^ pour chanter de tontes nos forces ^ saint jSaint ^ elc Nous louons 9 nous remercions par Jésus -Christ Notre-Seignenr : car comment pourrions-nous louer Dieu dignement , si nos louanges , nos actions de grâces , ne re— cevoient pas leur dienité et fasur mérite de notre chef^ de notre médiateur* Kaction de grâces doit aller â Dien par la même voie, par laquelle les grâces nous sont venues } et, comme tous les niens nous viennent par Jésoi-Christ, nos actions de grâces doivent aller a Dieu par Jésns--Ghrist Tous les saints anges joignent leur voix poiur louer et pour adorer Dieu ; ils louenC , ib bénissent j en admirant continuellement les grandeurs ioeflybles de Dieu, qu^ib célèbrent d^nne commune joie; Louons Dieo comme eux, par nos admirations, par nou« joie intérieture, par nos désirs, par notre amour. Si nos esprits et nos cœurs n^accompagnent pas notre voix, lorsque nous prononçons les samts cantiques, nous demeurerons mueut, tandis que nous croirons parler l)ien haut. Quel avantage pour nous , d^être unis aux: saints anges, pour louer Dieu avec eux! Mais quel rapport entre des esprits si purs et nous malheureux {bêcheurs F Qndle proportion entre leurs adorations continuelles et nos prières, dont les défauts sont si souvent pom* nous des sujets de gémissement et de larmes ? non est spedosa laut in ore peccatoris , dit i'Esprit saint. C'est pourquoi nous devons demander i Dien la grâce de nous rendre dignes d'être unis, dans nos adorations et nos louanges, â cesespritsbienheureux. Néanmoins, quelque glorieuse que noiu soit cette union^ elle ne doit point nous &ire perdre de vue notre bassesse et notre néant, elle ne aoit pas nous faire oublier fhumilité qui convient â des pécheurs suppibns. Si les puissances célestes adorent le Mîgneur en

kg$ X)v Sâcrificb

tremblant) comment les hommes, cendre et poussière ^ pourront- ils ne pas s'abaisser, ne pas se confondre en 9a présence P Comment des pécheurs pourront-ils ne pas être intimidés , en se voj'ant si près du trône de la divine majesté ? et quelle innocence pourra soutenir les regards d'un Dieu , sans être saisie d'une religieuse frajreor à la vue d'une telle sainteté.

Sanctus^ Sanctus^ etc. Cest le cantique que le prophète Isaïe entendit chanter par les séraphins ^ c^est celui que les Saints, dit lapôtre saint Jean , chanteront éternellement. L'Eglise, en l'empruntant du ciel pour le chanter durant la célébration des saints mystères, veut nous en inspirer les sentimens ; mais Tamour qu^elle a pour Jésus-Christ, ne lui permet pas de chanter mi cantique en Thonneur de la Trinité sainte, sansy joindre ce qu elle doit à Jésus-Christ son rédempteur. L^éTangile lui fournit pour ce sujet les louanges qui lui furent solennellement données, peu de jours avant la consommation de sou sacrifice.

Par le premier Hosanna que les Juifi adressoient à Dieu, pour le prier de les sauver, nous demandons au Seigneur la force et le secours nécessaires pour chanter dignement le saint cantique, avec les esprits célestes , et pour célébrer dignement les saints mystères. Par le second Hosanna , qui fut adressé à Jésus-Christ à son entrée dans Jérusalem , nous demandons ce secours par Jésus-Christ , en bénissant ce divin Sauveur, qui est venu dans ce monde au nom et avec toute Tautorité de Dieu son Père , et qui vient actuellement se rendre présent sur lautel ^ pour nous combler des bénédictions célestes et pour notis mettre en état de louer dignement la divine Majesté.

Après la préface commence Faction du sacrifice, qui s'appelle aussi, dans' le style ecclésiastique , F^c^ioii , comme étant la plus grande action et la plus divine qui

i)uisse se faire dans 1 Eglise. On appelle la prière que e prêtre récite alers^ canon^ c'est-a-^dire, regle^ pour

DB LÀ Messe. im

eiprimef qn^on va offrir à Dieu^ selon la règle de son £vansUe, le sacrifice inslitué par J<^us-Christ , avec la prière qui n est composée que des paroles même de NoireSeigwur j dit le saint concile de Trente, des traditions des a^tres^ et des pieuses institutions des saints papes } ou il nW a rien^ ajoute ce concile^ qui ne ressente tout^-à-fait la sainteté et la piété j et qui nélèî^ à Dieu f esprit de ceux qui offrent le sa^ •crifice.

Le prêtre ^lève les mains et les yeux au ciel , parce oull va s*adresser au père cëleste^ il baisse aussitôl aëvotement les yeux^ joint les mains et se tient incline pour entrer dans la posture de suppliant. Il baise raulet, pour donner un nouveau aigne de respect el d'amour ) en voyaut approcher le moment où cet aaiel va être le si^ge du corps et da sang de Jësus«> Christ.

Te igitur^ etc. De tout ce qui a été dit dans la pré« &ce, de la déclaration que les assistans ont faite d'avoir leurs esprits élevés au Seigneur, le prêtre conclut, qu'il est temps de demander & Dieu la bénédiction et la coDsécraiion du sacrifice. Assisté des saints anges , dont il a réclamé le ministère et le secours en demandant à Dieu la grâce de pouvoir se joindre à eux, il s'approche avec confiance du trône de Dieu.

Le prêtre préparé, avec les assistans , par tout ce qui a précédé, s'unissant aux soumissions profondes , aux adorations que rendent à Dieu les saints anges ^ commence l'action du sacrifice; et s'approcbant avec confiance du trône de FEternel , il lève les mains et les yeox au ciel, il supplie très* humblement^ il demande an Père des miséricordes par Notrc-Seigneur Jésus- Christ , d'avoir pour agréable et de bénir ces dons que nous tenons de sa main libérale , ces présens que nous loi oflTrons , et qui sont appelés sacrifice saint et sans tache ^ parce qu'étant déjà choisis et séparés pour être consacrés à Dieu , Us attendent une consécration plus

soo Dv Sacrivick

parfaite^ lonqp^ils seront changés au eor|»s et lu sang de Jésus— Christ^ qui est Tunique hostie sainte et sans tache, offerte pour nos péchés.

xifice est offert , premièrement poar

toute pure, sanctaf qui est répandue par toute la terre, cathoUcu. Dieu ne peut manquer de b protéger, elle 0st son oovrage \ mais Dieu veut que noui montrions Tamour que nous avons pour elle «en demandant qu'il

Custodire^ qu'il la conserve, qu'il la soutienne contre la malice et la fureur des héréuques et contre tons ses ennemis visibles et invisibles, et que les portes de Teofer ne prévalent jamais contre elle. Jtdunare^ qu'il la préserve des schismes , qu'il Caisse cesser ceux ^i la déchirent, qu'il réunisse tous ses enfans, en In maintenaot dans nne par&ite unanimité } de sorte qu'ils ne parlent tous qu'un m£me langage, qa% ne soient point divisés entr'eux , qu'ils vivent dans une parfaite unité de sentiment et d'affection. /Ze* ^ere , nous devons enfin demander que Dieu daigne conduire et gouverner l'Eglise par toute la terre, en lui donnant de bons pasteurs , en la défendant contre les mauvais , en la soutenant contre les dér^lemens de ses enfans, en donnant à tous les pasteurs le swie, h$ lumières et la sagesse nécessaires pour faire mardur leurs brebis dans la voie de la vérité f en inspirant s tous les fidèles une entière soumission aux pasteurs que le Saint-Esprit a établis pour gouverner l'Eglise.

Le prêtre prie pour le pape, chef de l'Ednei vicaire de Jésus-Christ, qu'on appelle seul, par lioiineur et par disdnction , notre Père , qui préside au liége apostolique, centre de l'unité catholique. On doit prier ensuite pour l'évèque diocésain: les nesoins du troU'peau autant que ceux du pasteur le demandent j fou

»B Là Mesic. aot

^ok priar pour Viwéane da liea ou Ton câèbre la mcMei quand même le prèire <nii la dit, ne seroit que pamnt el Aranger^ ce qui fait voir que c'est au nom da peuple , que le prêtre célâ>raDt parle , et non en son propre nom* Les religieux même et tous ceux qui sont goutremés par des supérieurs ayant jurisdio*» lion oonmie épiscopale , avec territoire , sont obligés de nommer lévêque diocésain.

Ei /»t> rege nosiro. Nous devons prier pour les rob y 4^ 4fue nous vivions tranquilles et en paix\ ivec une piété et une régularité parfaite. La piiissince leur est principalement donnée pour la défense de l^Eglise, dit saint Léon , afin qu'ils empêchent les eotrqirises des méchaos , qu'ils soutiennent ce qui est iMen établi « et qu^ils ramènent la paix où Ton avoit mis le Crouole.

Pro omnibus orthodoxis. Ici le prêtre prie pour tous les fidèles en général , le Mémento éunt parti— coUèrement réservé pour ceux qui assistent i la messe ei pour ceux auxquels s'applique le fruit du saint sacrifice. Atque cathoUcœ et apostoUcœ fidei auUoribus : ce qui comprend tous ceux qui travaillent à la conservailion et è Faccroissemeut de la foi, que les apôtres nous aot laissée et qu'enseigne l'Eglise catholique.

Mémento Domine^ etc. Le prêtre prie alors pour tous ceux, en faveur desquels il veut et doit appliquer le frnil du saint sacrifice. Il n'est point tenu de prononcer leurs noms, il suffit ^qu'il se les rappelle intérieurement.

Ainrès avoir satisfait à sa dévotion et & ses intentions particulières^ il continue les prières de TEglise pour les asHstans et pour ceux qui ofirent avec lui ^ en demandant pour eux la rédemption de leurs âmes , c'estè-dire^ la rémission de leurs péchés; tespérance de leur salut et leur conserwuion^ c'est«a->dire , tous les biens qui leur sont nécessaires et pour l'autre vie et pou celle-ci ; et il les recommande k la divine bonté,

303 Du Sacrificb

en présentant au Dieu éternel^ wvant et véritable^ les vœuac qu^ils lui rendent en s^offraut eux-mêmes*

Le prêtre, après avoir dit k Dieu quMl offre le sacrifice pour toute l'Eglise de la terre et pour tous les assistans qui TofFrentpar lui, ajoute, qu'ils entrent tons eu communion avec les Saints, et qu^ils honorent leur mémoire. Ici l'Eglise de la terre s'unit à celle do del^ pour offrir le saint sacrifice, et afin que Dieu luiaccorde^ jiar les prières et Imtercessiou des Saints, les secours dont elle a besoin. Il est bien juste que la mère de Jésus-Christ notre Sauveur soit nommée avant tons les Saints : c'est principalemeut au saint sacrifice que TEglise en doit faire mémoire, puisque la divine victime de nos autels, est la chair de sa cluiir, sanctior Cherubùn^ sanctior seraphim,^ et nulld comparatione omnibus superis exercitihiis gloriosior ^ dit saint Ephrem^ parlant de la bienheureuse Vierge Marie. Apres elle^ nous faisons mention des douze apôtres, qm sont les colonnes de l'Eglise , et les premiers qui out eu le bonheur de participer au saint sacrifice et le pouvoir de l'offrir pour renouveler la méifaoire de Jâus-Christ. On leur joint saint Paul , que FEglise romaine ne sépare jamais de saint Pierre , et qui , n'ayant été apôtre u'après la mort de Jésus-Chrbt , apprit néanmoins e Jésus-Christ l'institution de ce saint sacrifice. Aux douze apôtres , on joint douze autres martyrs célèbres a Rome^ enfin, on fait mémoire de tous les Saints en général, en demandant à Dieu qu'il lui plaise, par leurs mérites et par leurs prières , oe nous faire sentir les effets de sa protection ^ mais comme les Saints ne prient que par Jésus- C^hrist, et quils n^ont démérite que par Jésus-Christ , c'est toujours à la médiation de Jésus-* Christ que nous avons recours, et nous ne regardons les mérites et les prières des Saints, que comme des moyens pour obtenir plus facilement grâce par Jésus- Christ ; aussi cette prière finit comme toutes les autres prières de rËglise,;ier Chi'istumj Dominùm nostrunu

DE LA Messe. 2o3

Ilanc igiiur^ etc. Après que le prêtre, de sa part et de la part des assistans , a représente à Uieii qu^il lui offre le sacrifice en union, ou entrant en communion avec toute TEglise de la terre et du ciel, il représente ici qoe cette union avec toute TEglise excite sa confiance en sa divine bonté, et lui (ait espérer qu'il cevra favorablement cette oblation.

Le prêtre, à Texemple de Jésus-Christ, qui a tout ensemble le sacrificateur et la victime, s'offre luimême avec son oblation : c^est ce que signifie la cérémooie détendre les mains sur les dons sacrés, comme on &it un peu avant la consécration. Autrefois, dans Fancienne toi, on mettoit la main sur la victime, en s^ioe qu'on s'y unissoit et qu'on se dévouoit à Dien ivecelie; c'est ce que témoigne le prêtre, en tenant ses mains sur le don qu'il va consacrer. Tout le peuple poar qui il agit entre dans son sentiment, et le prêtre dit alors au nom de tous : nous i^ous prions^ Seigneur ^ de recet^ir cette oblation de notre servitude et de toute votre famille ^ on nous apprenons, nou-^seiw lement & offrir avec le prêtre les dons proposés , mats encore i nous offrir nous-mêmes avec eux.

L'Eglise explique cette oblation par ces paroles: nous vous prions^ Seigneur^ qu'en recevant cette oblation spirituelle , vous nous fassiez devenir nouS" mêmes un présent éternel qui vous soit offert : nos^ metipsos tihi perfice munus œternum ( Dom. 2. post Pent.)\y ce que l'Eglise répète souvent en d'antres paroles, et c'est aussi la doctrine de saint Augustin, en plusieurs endroits, lorsqu'il enseigne que l'Eglise apprend tous les jours à s offrir elle-même à Dieu, dans Je sacrifice qu'elle lui offre.

L'ancienne cérémonie, où chacun portoit lui-même non oblation, c'est-à-dire^ son pain et son vin , pour être offert i l'autel^ confirme celte vérité. Les saints Pères ont remarqué, dans le pain et dans le vin, un 49oaiposé de plusieurs grains de. blé réduits en un^ et

so4 Dtr Sacrifice

de la liqueur de plusieurs raisins fondus eosemblè) et

en, unité d esprit: ce qui a tait dire à sainl .. ^

que toute la cité rachetée était le sacrifice étemel

de la Trinité sainte.

Quoique cette cérémonie d'offrir en particulier soa pain et son vin ne subsiste plus, le fond en est immuable; et nous devons entendre, que ce sacrifice doit en effet être offert par tous les fidèles à Tau tel, puisque c'est toujours pour eux tous, que le prAtre y assiste ; qu'ils y offrent par son ministère, et qu'ils joignent leur intention k la sienne*

Nous vous prions , dit le prêtre au Seigneur, d'agréer cette ofli'ande de notre servitude \ c'est-à-dire, de nous qui sommes vos serviteurs qui appartenons i Jésus-Christ votre Fils , comme rachetés par son sang ; qui venons ici pour lui donner des marques de notre entière dépendance , et pour adorer votre souverain domaine sur nous, par Toblation de ce sacrifice qui est aussi celui de toute votre Eglise.

Le prêtre tenant toujours Tes mains étendues sur Tobiation , demande â Dieu la paix, durant le cours de cette vie} c'est-à-dire, la paix de Dieu, la paix de Jésus-Christ, qui consiste aans la possession de sa grâce et de ses autres dons : paix qui seule remplit k cœur d'une joie solide, que les plus grandes afflictions ne peuvent troubler, parce qu'elle nous tient unis i notre souverain bien. II demande en second lieu, qn'O nous préserve de la mort étemelle , en nous accordant le don de la persévérance, et la grâce d'être du nombre de ceux qui le béniront éternellement.

(^uam oblationem , etc. Pour comprendre toute la sigmfication de cette prière, il faut se souvenir que rËglise a en vue, non-seulement Toblation du pain^^ du vin , qui vont devenir le corps et le sang de Jésos* Cbrbt , mais encore Toblation d'elle-même , celle d^

rj

DE t.L MfiSSl. 2oS

urètre et des assistaus, qui se joignent à Toblaliou des Maints du ciel et de la terre*

Tï^ Deus^ in omnibus^ quœsumus hene^tam^etc.

Nous demandons que Dieu, par sa toute*puissauce^

répande sa bénédiction sur le pain et sur le vin, pour

le changer au corps et au sang de Jésus* Chrbt,

et qu^aprèi ce changement Toblation de nous— mêmes

soit aussi bénie par la bonté infinie de Dieu, et par

les mérites de la divine victime que nous lui offrirons.

Tu^ Deus^ in omnibus^ quœsumus benedictam^ etc.

Lorsque Jésus-Chrbt bénit le pain , en instituant FEur

charistie. il le changea en son corps: par cette prière |

FEglise aemaude à Dieu de bénir par sa toute-puissance

le pain et le m\u^ pour les changer ao corps et au sang

de Jésus-Christ , et que , par cette divine victime , nous

soyons remplis des nénédictions célestes ; beneâictam.

Qoe Toblation qui eft sur Tautel^ soit admise pour le

changement que nous demandons, et que Toblation

Μ nous faisons de nous-mêmes, soit reçue avec celle e Jésus-Christ , adscriptam. Que Toblation qui est sor Faotel, devienne cette divine victime , qui s'offrira et qui intercédera toujours pour nous} et que Toblaiioa de nous-mêmes soit aussi stable et irrévocable, en nous attachant à Dieu de telle manière, que nous n'avons jamais le malheur de nous en séparer \ ratam. ^Que Toblation qui est sur Fautel devienne cette divine vic*time, seule digne de nous réconcilier à Dieu et de Tadorer comme il le mérite , et que nous devenions des victimes raisonnables et sans déguisement ; c'est-à-dire, que notre esprit, notre cœur et tout ce qu'il y a eu nous, soit parfaitement soumis et assujetti à Dieu, pour lui rendre un culte raisonnable et spirituel^ rationa^ hilem. Que Toblation qui est sur fautel, devienne celte divine Yictime, seule digne d'être infiniment sgréable à Dieu par elle-même , Tunique objet de se& complaisances, et que Toblaiion que nous faisons de nooi-mémes devienne de jour tu jour plus agréable

âo6 Du Sàcrificc

aux yeux du Seigneur, par rapplication continuelle k accomplir loujogirs avec plus d^amour ses saintes volontés^ acceptabÙemquefacere digneris. Nous demandons toutes ces grâces, par le mëritC) et en considération de Toblaiion du corps et du sang de Jésus-Christ, à laquelle nous joignons celle' de nous-mêmes.

Par cette prière, dit le canon, ( Utrum de consecr. dist. 2. ) Rogamus hanc ohlationem benedictam , per quam nos bencdicamur ; adscriptam^ per quam nos omnes in cœlo conscribamur f ratam , per quam m visceribus Christi censeamur ^ rationabilem ^ per auam à bestiali sensu exuamur ; acceptabilemque jacert dignetur , quatenîis et nos^ per quod in nobis displi^ cuimus , acceptabiles in ejus unico Filiojimus.

Ut nobis corpus et sanguis fiât , etc. Par cette prière TEglise demande, non^seulement le grand miracle de la transubstantiation, et que Toblation du pain et du vin, qui est sur Tautel, devienne le corps et le sang de Jésus- Christ ; mais encore qu^elle devienne

Î>our nous, nobis^ c'est-à-dire, pour nous communiquei es dons que Jésus-Christ nous a mérites par le sacriBcs de son corps et de son sang, la grâce du pardon entie de nos péchés, et tous les secours dont nous avov besoin pour Touvrage de notre salut. Nous demandoK que celte oblation devienne le corps et le sang de Jésa Christ pour notre sanctification et pour notre perfèctic3 Âpres la prière qui vient d^ètre expliquée, le pr&t fait rimmolation. mj^stique de la victime, par la cou sécration séparée du corps de Jésus— Christ sous TespèeiE du pain; et du sang de Jésus— Christ sous l'espèce iu vin^ qui pridie quàm pateretur^ etc. Il fait cette coq* sécration au nom et en la personne de Jésus-Christ dont il emprunte les paroles, oti plutôt, il nVstqiiè Torgane de Jésus-Christ qui parle et qui consacve par sa bouche. II raconte et dit ce que Jésus-Christ fitd dit; mais il le raconte d'une manière efficace, et i)fiiil tout ce que Jésus-Christ fit alors. Les actions ao prêtn

n Li Messe* 907

tlpondentic! an sens des paroles quMI recite, et il imite^ aulanl qu'il lui est possible , les actions de Jésus-Christ qui dit à ses apôtres : faites ceci\ U prend le pain en disant, accepit:^ il lève les yeux au ciel comme Jésus* Chrisl les leva ; il bénit le pain en rendant gr&ces y comme Jésus-Christ le bénit en rendant grâces; il pro'* nonce les paroles que Jésus— Christ prononça , et par ces paroles il change, comme fit Jésus-Christ, le pain au corps de Jésus-Christ. Le prêtre en use de même dans la consécration du calice: il prend cette coupe comme Jéius-Christ la prit, il la bénit, en rendant gricei , <3omme Jàus-Chrbt } il prononce les paroles que Jésus— Christ prononça, et par ces paroles , il change le vin an sang de Jésus-CnrisL

Le prêtre ne peut pas manquer de prononcer distinctement et avec révérence les paroles sacrées de la consécration , lorsqu'il (ait réflexion , qu'il les profère eik la personne de Jésus— Christ , paroles qu'on ne peut trop recommander aux prêtres , de prononcer de suite, d*an ton simple et uni , sans faire des aspirations et des éhns, dont 1 indécence scandalise toujours les assistans. Ici le prêtre doit ranimer tous les sentimens que là fin et la piété lui inspireront, pour s'unir au cœur de Jésus— Christ , afin d'entrer dans tous les sentimens de ce Dieu Sauveur, s'ofirarit et s'immolant pour tous les hommes; en fléchissant le genou , il doit regarder des yeux de la foi , les chœurs des anges qui adorent et qoi tremblent, en s'abaissant profondément devant la victime sainte immolée entre ses mains. U se prosternera avec les vertus des cieux, devant VJgneau mis à mort pour nous racheter et nous acquérir à Dieu par son sang^ en disant comme ces esprits bienheureux: à celui qui est assis sur le trône , et a V Agneau , héné^ diction , honneur , gloire et puissance danf les siècles ie$ siècles. Agneau qui s'offre lui-même dans Tobiaiiou que nous faisons de son corps , qui s'ofite continuée Jemeat pour nooi, ^m taerce par cette oblattou cou--'

sto8 Du SACBincB

tÎQuelIe h fonction de notre avocat^ qui vit loujonn pour être toujours immole par les hommes*

Hœc quotiescumauefeceritis ^ etc. Lliomme n^'eftt jamais pu, sans la plus impie témérité, approcher de lautel du Seigneur pour cel&rer ces diTins nijsières ^ si Jésus-'Christ n'woit pas ordonné à ses môtres ^ et à leurs successeurs dans le sacerdoce^ dcffirir son corps et son sang à Dieu le Pére^ sous les espèces du pain et du vin ; un sacerdoce ne devant pas être éteint par la mort^ il voulut laisser à son J^flisCy sa chère épouse , un sacrifice visible^ tel que la nature des hommes le requéroit ^ par lequel ce sacrifice san^ glant qui devoit s'accomplir une /bis en la croix . fût représenté^ la mémoire enfbt conserva jusque la fin des siècles^ et la vertu si salutaire en fût e^ pUquée pour la rémission des péchés ( Cane. TrUL Sess. an. cap. i . de sacrif. miss. )•

Cest en exécution do commandement que Jésas- Christ a &it à TEglise^ de célébrer ce sacrifice en sw nom ) qu^après avoir récité les saintes paroles par lesquelles se tait la consécration ^ le prêtre dit: c^est pour cela Seigneur , que nous^ qui sommes tos senritenrs et vos ministres , et tout votre saint peuple , nous re»souvenant de la bienheureuse passion , de la dorieaie résurrection ^ et de l'ascension triomphante du même J&us-Xlirist votre Fils , Notre-Seigneor , nous ofirosi à votre suprême et incomparable Ma)esté ce présent formé de vos dons et de vos bienfaits , une hostie sainte j uni hostie pure et une hostie sans tache , le saint pain dt la vie étemelle^ et le calice du salut perpétuel : Uhde^ et memores ^ etc.

L*oblation actuelle faite à Dieu du corps présent da Sauveur ^ après la consécration des dons , est une nouvelle raison de lui offrir de nouveau lIÉglise ^ oui crt en on autre sens le corps de Jésus-Chri^^ et les ndiUv qui en sont les membres. Il sort du corps naturel da notre Sauveur | une impression d'unité , pour esscmr

bler

HE LA MESSI. StOg

Mer el réduire en un ^ tout le corps mjstique , et on tccompUt le mystère du corps de Jésus- Christ, quand on unit cous ses membres pour s'oflfnr en lui ei avec lui. La mémoire de la jpassion, de la résurrection, de rasoension de Jésus-Christ doit exciter de nouveaux lentimeos de foi et d^espérance dans le prêtre qui cé-^ lèbre^etdans ce«x qui sont présens à ce saint sacrifice. Sa passioA est dfevenue la source de tous les vrais biens 9 puisqu^en nous délivrant de nos péchés, elle nous a mérite la vie étemelle. Passion qui a fait et qui fera toajonrs trouver de la joie aux martjrs, au milieu des plus terribles supplices; et aux âmes fidèles, de la consolation dans les plus rudes épreuves de la vie. Pas*^ non de Jésus-Christ, par les mérites de laquelle nous devons espérer que nous participerons un jour à la gloire de sa résurrection , et que nous lui serons en— arite réunis dans le cieh

Quelle consolation pour lIEglise ! elle offre Thostie pure, sainte, sans tache, qui a réconcilié le moude avec lui ; elle offre ce saint pain de la vie éteruelle , et ce calice du salut étemel, que Dieu lui-même nous a donné par un pur effet de son ineffable et infinie miléricorae.

Sacrifice toujours agréable à Dieu , du coté de Jésus- Christ qui est offert^ mais il pourroit ne fêtre pas Umjours du côté de lliomme qui Toffre; le don qui Cit snrTaotel, est Tobjet de la eomplatsance du Père Elerael ; mais il est offert par les mains des hommes [ péchears, qui peuvent déplaire, et qui ne peuvent r roffrir dignement, sans être eux-mêmes assez purs pour , kre oflferts avec Jésus-Christ.

\ Ceit évidemment le sens de cette prière: Supra quœ

' propiiio ac sereno 9ulta^ etc. Pour mieux entendre

oecî, il &ut savoir que Tesprit de ce sacrifice est,

qn^ayani Jésus-Christ présent, nous le chargions de

nos vœux \ ce que saint Cyrille de Jérusalem exprime,

en disant^ que nom faisons à Dieu toutes nos de^

Tqvm L O

910 Du Sacrifice

mandes sur cette hostie propitiatoire. (Test aussi que TEglise nous enseigne par cette secrète, ii pàqu Seigneur^ recevez les prières de cotre peuple^ ai Vohlation de ces hosties. Ainsi elle demande 9 c comme les dons sont agréables, les prières qu'on ol avec eux, et pour ainsi dire sur eux, le soient aussi, comi Tëtoient celles d'Abel et des autres Saints, qui ontk vers Dieu des mains innocentes, et lui ont offert Jei dons avec une conscience pure : car la per&ctiou ce sacrifice n'est pas seulement que nous oflriona recevions des choses saintes, mais encore que nous, < les offrons, et qui y participons, soyons saints. Decetle célèbre proclamation, avant la réception < mystères : les choses saintes sont pour les Sain Selon la eoutume de l'Eglise, on n'admettoit à les i ce voir, que ceux qui étoient admis à les offrir^ c^ei à' dire, ceux dont la charité t^enoit d'un cœur pu d^une bonne conscience et dune foi sincère. ( i^. Ji 1 5. )• Enfin TEglise, dans cette prière demande epoc à Dieu , de nous être propice et favorable, à la vue corps et du sang de Jésus-Christ qu'elle lui ofiVé.

Lorsque TEglise prie le Seigneur de recevoir lejpd de vie dit salut ^ comme il a reçu les présens d'Âb les sacrifices d'Abraham et de Melchisédech, elle ne v( pas comparer le don avec le don, puisque TEucharis est infiniment au-dessus des sacrifices anciens ^ mais i personnes avec les personnes : les prêtres par les mai desquels elle offre, et les fidèles qui ofli^eot avec e et avec les prêtres, avec Abel, Abraham et Melchîsédec

Elle nomme leurs sacrifices, plutôt que ceux d'Aan parce que ces trois sainL« ont été en eux-mêmes^ dans leurs sacrifices , une figure de Jésus-Christ et son sacrifice, plus expresse que tous les autres de l'ai cien Testament. Abel , par son innocence, par le gec de sa mort, par Tardent et la fidélité avec laquelle offrit les premiers nés de ses troupeaux, a été ta figi de Jésus-Christ inaocent, mis à 'inort par Tonvit <

9B t,K Messe* st\i

Jn!(s, tt qui sVst offert lui-même à Diea en sacrifice ^ dès le moment de sa naissance. L'Ëglbe marque assez^ combien Àbel a été agréable aux yeux de Dieu , en Tappeliuit juste 9 et par excellence le serviteur deDieui pœri tuL

Le sacrifice d^Abraham ^ que TËglise a en Tue dans la prière que nous expliquons ici ^ est le grand eC admirable sacrifice qu^il fit de son fik Isaac^ en le liant^ en le mettant sur rautel, en levant le glaive , pour obéiràDieu^ sans raisonner sur les promesses qui lui avoient été faites touchant son fils^ et sans s^ébranler dans la foi, contre tout sujet humain d'espérer et do croire. Isaac immolé, sans perdre la vie^ étoit la figure de Jésus-C^hrist mourant pour reprendre une nouvelle vie» Bfelchisédech a été la figure de Jésus-Christ par sa

riité de prêtre, roi de paix et de justice, de prêtre Dieu très— haut , de prêtre plus grand qu'Abraham^ de prêtre qui sacrifie après la victoire , de prêtre qui demeure éternellement , ayant été /'ait semblable au Fils de Dieu ; de prêtre qbi Ojffre à Dieu du pain et du i'in.

On trouve ainsi dans ces trois sacrifices, dans celui d^ Abel 9 dans celui d'Abraham, dans celui de Melchi-^ sedech^ la figure du sacrifice que Jésus-Christ acom-^ mencé dès sa naissance , ofT^prt sur la croix , consommé dans le ciel , et qu'il continue snr nos aiiteb*

Si ces saints ont offert avec de grands sentimens de foi et d*amour, des sacrifices qui n'étoient que des figures de celui de Jésus-Christ, quelle doit être la sainteté des dispositions de cenx qui offrent la divine victime qui s^est lis^rée elle^-m^me pour nos péchés ^ à l'agneau pur et sans tache ^ qui nous a rachetés et acquis à Dieu par son sang?

Dans les sacrifices de fancienne alliance, il falloit qoe la victime fut brûlée après son immolation , afia que la fumée de cette victime s^élevant en haut , elle mt I pour ainsi dire , portée devant le trône de Dieu )

9iâ Du Sacrifice

que Dieu la reçut comme une oflfrande cPagréable odenr^ el qu^en conséquence il répandît sa bénëdiction et ses grâces sur ceux qui Favoicnt offerte*

Jésus-Christ a accompli cette 6gure ^ il a été immole sur la croix ^ il est devenu, immortel par sa résnrreclion , laquelle , comme un feu , a détruit tout ce qu'il j aToit en lui de mortel et de corruptible ; il s'est élevé jusqu'au trône de Dieu par son ascension ^ et il a été par-»là la source des bénédictious et des grftcei de Dieu répandues sur les hommes.

Nous représentons ces grands mystères à la messe | et les y renouvelons. C^ettpour cela que non-seuk>ment nous disons à Dieu que nous lui offrons le sacrifice en mémoire de la passion ^ de la résurrection ^ de l'ascension de Jésus-^Christ ^ non-seulement nous lui demandons de l'avoir pour agréable et de Taccepter , comme il a eu pour agréable et accepté lei sacrifices figuratifs de celui«*ci ; mais aussi nous lui demandons que cette victime qui est immolée mystique— ment sur l'Autel^ soit présentée devant son trône ^ afin que nous puissions en conséquence y participer, el être remplis par elle de toutes les grâces et bteédic— )ions qu'elle nous aura rapportées du cieL C'est le sens de cette belle prière : Supplices te rogamus , omnipa» tens DeuSy etc.

Cette prière ne doit pas être prisé à la lettre , comme si Jésus-Christ pouvoit être porté de nouveau de la lerre au ciel : l'Eglise sait que Jésus-Christ ne quitta plus le ciel ^ mais elle se sert de cette expression mé^ taphorique, uniquement pour faire allusion aux anciens sacrifices, où la victime étoit portée , pour ainsi dire, de la terre au ciel , et présentée à Dieu. Car il pafoît

{)ar TEcriture que ce sont les anges qui offrent sur 'autel^ qui est devant le trône Dieu^ les prières^ lei voeux et les sacrifices des hommes.

Nous nou^ sommes joints avec les saints anges, ea

BB LÀ MbsSS» il'3

&ant la préface^ la saite de cette prière demande que noas désîrîoBs de les joindre arec nous dans notrei oblatioB , ne doutant point qu'elle ne soit d autant plus agréable j qa elle sera encore offerte par leurs mains.

Porter jusqu'à Dieu nos oblations, les ëlerer jusqu'au

del^ où il les reçoit, les faire parvenir jusqu'à son

trône, c'e^t, dans le langage commun des Ecritures^

les lui présenter de telle sorte, et avec une conscience

si pare , qu*elles lui soient agréables. Cette façon da

parler est tirée du rit des anciens sacrifices. L'on y

élevoit la victime ] c'étoit en quelque sorte Tenvojer

i Diea et le prier de la recevoir: ce qui paroit plus

sensible dans les holocaustes , dont la fumée se portoit

jusqu^en haut, alloit se mêler avec les nues, et sembloit

vouloir s'élever jusqu'au trône de Dieu. Les prières

qu'ony joignoit, serobloient aussi aller avec elle \ et c'est

ce qui faisoit dire à David : que ma priera , Seigneur^

sqU dirigée fusquà vous comme V encens , comme la

fumée de la victime brûlée.

Cest poor cela que l'ange de l'apocalypse paroit avec un encensoir à la main; et il est dit, que ïafu^ mée de son encens , c*est-à<^re , les saintes prières qoi panoient d'un cœur embrasé du Saint-Esprit^ s'é-* levant de sa main^ mentent devant Dieu, (j^doc. 8,4)9 cWà-dire, qu'elles lui étoient agréables* C'est ausst ce qu^on appelle dans l'Ecriture, Te sacrifice de bonne odeur devant le Seigneur, lorsque Toblation se faisoit avec on cœur pur ; et que la prière , parlant d'une conscience innocente , s'élevoit a Dieu avec la fumée de l'holocauste.

n ne faat donc pas s'étonner si l'Eglise , accoutumée aa langage de l'Ecriture, en élevant le calice avant ta coQsémition , fait cette prière : nous vous V offrons , Seigneur^ afin qu'il monte devant vous^ comme une f^réable odeur -^ c est-à-dire, que Toblation lui en soit

Ji4 Du SÀcnina

agréable ; et c*est encore ce qa'elle demande dans la prière dont il s^agit : Supplices te rogamus , eic. io

3 u Vile sopplie que ces choses, c'est^à dire, que ons sacrés soient portes au ciel par les auges. Mais, pour entendre le ibud de cette prière, lelon le sens que nous expliquons ici, il faut loujoars se souvenir, que ces choses dont ont y parle, sont, à la vérité, le corps et le sang de Jésus-Ghrist, mais qu'elles sont ce corps et ce sang avec nous totis^ et avec nos vœux et nos prières; et que tout cela ensemble compose une même oblation que nous voulons rendre en tous points agréable à Dieu , et du cAlé de Jcsus-Chrisi qui est offert , et du côté de ceux qui Foffrent et qui s'offrent avec lui. Dans ce dessein ^ que pouvons-nous faire de mieux, que de demander de Douvegu la société du saint auge qui préside à Toraisim; 4t en lui tous les compagnons de sa béatitude, afin que notre oblation monte plus promptement et plus agréablement devant Tantel céleste , lorsqu'il sera pré^ seule eu cette bienheureuse compagnie? Quoique le eanon ne parle que d'un ange, il faut rentenare de tous , à cause de la sainte union de ces bienheureux esprits, qui en effet font tous par consentement, ce qu^un d'eux est préposé i faire par une destination particulière^ et, parce que l'esprit de ce sacrifice eil d'unir à Dieu toutes les créatures , et sur-tout les plos saintes , pour lui rendre en commun la reconnoissance de leur servitude, il ne faut pas s^étonnersi l'on prie les saints anges d'y intervenir. Nous devons doncnoitf unir avec eux tous , avec eux nous élever au sublime autel de Dieu : car, dans la vérité , c'est nous qui devosf J monter en esprit. Nous nousy élevons, nons y portoDi) pour ainsi dire, Jésus-*Christ avec nos vœux , et nooimêmes , lorsqu'élevés au-dessus du monde, et unis sus bienheureux esprits , nous ne respirons que les ohoss* célestes : car il faut encore entendre ici , que Jésiis^ Christ ne vient à nous , qu'afin de nous ramener s \<^

DE LA Messe« aiS

dans la gloire. Nous le regardons sur Taulel, noaisce n'esl pas en lui comme sur lautel, que notre foi $9 repose entièrement : nous le contemplons dans sa gloire, d'où il vient à nous, sans la quitter, et ou aussi il nous ëlève ^ afin qu'étant avec lui à Taulel cé^ leste 9 nous en sentions découler sur nous toutes les bénëoictions et grâces spiritueites; par le mêmeJéius^ Christ Notre - Seigneur , ainsi que porte la fin de cette prière.

Il paroit donc clairement que cette élévation que Doas souhaitons de notre sainte victime jusqu'au su« Uime autel de Dieu , n'est pas ici demandée par rapport i Jàuf-Ghrist , qui est déjà au plus haut des cieux, niais plutôt par rapport à nous ^ et aux bénédictions que nous devons recevoir, en nous élevant avec Jésus^r Christ m cet autel invisible.

Et lorsque nous demandons l'intercession du saint toge, ce n'est pas un médiateur que nous cherchons, poisque Jésus-^Christ seul est notre médiateur : encore nioins la demandons-nous pour la sainte victime que nous ofFrons, qui par elle-même est très-agréable à Dieu ; mais ce qui est saint par soi-même , ainsi qu'il t été dit, est encore plus agréablement reçu , lorsqu'il Qt oflGert par des Saints ; c'est pourquoi l'Eglise implore Paoge pour l'ofFrir à Dieu avec elle ^ mais toujours par Jttus-Chrjst, par lequel elle a déjà reconnu, dans la préface de ce sacrifice, que les anges adorent Dieu, et louent sa majesté sainte.

Quoique le sens que nous avons d'abord donné à cette prière^ Supplices te rogamus^ etc. soit trèspropre à exciter la dévotion et la confiance du prêtre Qui célèbre , et des assistans , il faut observer cepenuant, qoe plusieurs auteurs estimés ont cru très-dif— iciie de développer le sens des admirables paroles <(uelle renCerine. U vaudroit bien mieux en effet ne pas ^Q entendre le sens , que de risquer de parler peu t&aciemeut de ce grand mj^stère. O 4

910 Du SicBiricE

Les uns ont dit que les paroles qiii composent cette prière, sont ai profondes^ si aamirahks^ si éion^ nantes qiCon ne peut en parler dignement j qoerentendement humain peut à peine en pénétrer le sens^ qu'il y a dans cette oblation de la consécration quelque chose d'incompréhensible , d^ineffable et de plus merveilleux que tout ce quW peut en dire.

Selon 1 interprétation de plusieurs autres auteurs ^ on

5 eut dire encore , que cet ange , par qui nous deman— ons que Jésus-Christ soit présenté derant le trône de Dieu , c'est Jésus-Christ lui-même , Fangu du grand conseil , le messie et Tunique médiateur , par qui nous pouvons avoir accès auprès du Père. Il est Tantel ^ le sacrificateur , le médiateur et la victime , et, selon cette interprétation , voici le sens de cette admirable prière : c Nous vous supplions , Dieu tout-puissant | ^ d'agréer que Jésus-Cnrist , que nous vous oflfrons » sur cet autel matériel pour nous «que Jésns-Christ| » seul digne de vous présenter des don» si saints, vous » présente lui— même aans le ciel TofFrande de son corps » et de son sang, que nous vous faisons sur fai terre, » et la disposition du cœur avec laquelle nous vous » faisons par lui cette offrande, afin que lorsque parti- » ticipant à cet autel , nous recevrons ce corps et os » sang sacrés , nous soyons remplis des bénédictioDi » et des grâces du ciel , par le mfcne Jésus-CihrisiNoirs » Seigneiu*.»

Le pape Innocent IIL, craignant au^on ne se laisie éblouir par la profi^ndeur du mystère ^ ajoute que, sans toucher au secret du céleste oracle : S€diin> tmmm ' occuUo cœlestis oraculi Sacramento^ ou peut entendre ces paroles / jube hœc perferri , plus simplement et plus sûrement , de cette manière : « Gomnuindes que » ces choses j c^est-ii-dire . les vœux des fidèles, leurs » supplications , leurs prières , soient portées par Is » ministère de vos saints anges» ^

Ces deux explications peuvent encore inspirer ë

DE lA Messe. «17

prilre qui ottce le saint sacrifice, et aux asiistam, des sentimens intérieurs de piëtë , qui pourroient être ainsi exprimés : « faites, ô Dieu tout-puissant, que ce corps » et ce sang de Jésus-Christ vous soient offerts par

> lui-même, comme étant seul digne de tous offrir » ces sacrés dons. N^ajrez aucun égard à notre indi- » gnité, ne regardez que la dignité infinie de cê mé-

> diateur, notre souTerain pontife , afin que rien n'emt pêche que son sacrifice soit accepté par votre di— » vine majesté, en faveur de ceux qui désirent d^ea

> recevoir le fruit. Faites encore que les saints auget

> présentent à votre divine majesté nos vœux , nos

> prières , nous-mêmes , qui avons llionneur de vous

> être offerts avec notre Sauveur^ afin qu'en partici- » pant à Tautel visible, par la réception du corps de

> Jésus-Christ votre Fils , nous ne sojons pas rejetés » de votre autel invisible , mais que nous sojons com* » blés de vos célestes bénédictions. >

Mémento etUim^ Domine ^ etc. Avant la consécra*tion , TEglise demande le secours divin pour les personnes vivantes, parce qu'elles peuvent s'unir an prêtre^ pour offrir avec lui et par lui la victime sainte, et se ^préparer par sa grAce à y participer dans la sainte ^rommunion ; mais à l'égard des morts qui ne sont

Îlus dans le même état, on n'implore le secours de Heu qu'après la consécration^ ils ne peuvent que par* Uiciper au fruit du sacrifice^ et c'est cette participation que l'Eglise demande pour eux, lorsque Jésus«- Christ €st présent sur l'autel.

L JËglise , dans le saint sacrifice , ne prie pas généralement pour tous les morts , mais seulement pour ceux qui sont morts avec le Sacrement de la foi, et dans la paix de Dieu. Elle ne prie pas pour les Saints qui jouissent de la gloire du Seigneur ^ ils sojtt aa terme, et au comble de leurs désirs \ notis ne prions pas pour eux : nous demandons au contraire leur intercession et leurs prières. L'Eglise ne prie pas pour

si8 Du Sacrifick

reu qui sont morts dans la disgrâce de Diea : en Tam vottdroitr-oQ ^ dit saint Augustin ^ leur procurer iesse-i cours de la Religion dont ils n'ont pas eu le gage i tandis qu'ils vivoient ^ ou parce qu^ils n^ont pas reçu .. la grâce des Sacremens, ou parce qu^ils Font reçuo inutilement et qu^ils se sont amassé un trésor de co-> 1ère. II est écrit d'euzjdans le texte sacré, qu'en quelque lieu quMIs seront tombés, ils y demeureront : in (juo^ CfAnique loco ceciderit , ibi erit ( EccL 1 1 , 3. )• Mais nous pouvons , nous devons prier pour tous ceux qui sont morts fidèles dans l'amour de Dieu, et dans la com» muuion des Saints^ et que nous considérons comme membres de Jésus-Christ , qui sont en Jésus-Christ ^ mais qui ont encore besoin des prières de TËglise) parce que n'ayant pas satisfait avant que de mourir, î toutes les peines nues à leurs péchés , ou se trouvani encore coupables de quelques fautes vénielles, qui doivent être expiées, leurs œuvres ont besoin d'être purifiées, avant que n'entrer dans la demeure étemelle, qui n'est ouverte qu'à ceux qui sont purs , et qui ont acquitté toutes les dettes dont la justice divine les ren« doit responsables*

Outre la prière particulière qui se fait à La messe , pour ceux qu'on veut etqu'on doit nommémentrecommander, l'Eglise prie en général pour toutes les âmes qui sont en purgatoire; supplicationes pro omnibus in christ iand et Catholicâ sooietate defunctis , etiam tacitis nomi^ nibus eorum , sub generali commémorât ione suscipit Ecclesia^ dit saint Augustin, ut quibus ad ista desunt parentes , autjilii^ aut quicumque cognati^vel amici^ ab und eis exhibeantur piâ matre communi ( De Car. pro mort. cap. 4* )

L'Eglise demande pour ces âmes le rcifraîchissement^ â cause des peines qu'elles endurent ; la lumière , i cause des ténèbres où elles sont ; la paix , à cause des agiiatious qu'elles éprouvent»

JNous devons admirer ici ce concert de l'Eglise 4e

Bfr lA Messs» 219-

la terre ) qtn s^ofire avec Jësus-Chrkt i, Dieu eh sacn6ce« qoîs^unit à TEglise du ciel pour faire cette oflfraQoe j et qui demande à Dieu le soulagement et la d«flivrance de l'Eglise du purgatoire , afin que ces trois Eglises se trouvant réunies ensemble dans le ciel , sous leur chef commun Jésus-Christ , elles niaient toutes qu^uo cœur et qu^une voix, pour louer, bénir et glorifier Dieu pendant toute Tétemité. Cest la fin du saint sacrifice de la messe.

Quoique nous ne devions Toffrir, ni pour les Saints, ni pour les âmes condamnées k un feu étemel; cependant, comme il ne nous est pas donné de discerner quelles sont les âmes qui peuvent être soulagées par ks sofirages des fidèles, et par le saint sacrifice de l'aatel, nous devons toujours l'ofifrir, et prier pour toos ceux qui sont régénérés , et qui sont du nombre de ceux pour lesquels FEglise nous permet de le faire : (juanu^is altaris , dit saint Augustin , swe orationum , sive eleemosinarum sacrificia , non pro quitus Jiunt^ omnibus prosint , sed iis tantkm ( qui suffragiorum capaces sunt) , quia tamen non discernimus qui sint^ oportet eapro régénérât is omnibus Jacere ^ ut nuilus eorum prœmittatur , ad quos hœc bénéficia possint^ tt debeant pen^nire : meliiis enim supererunt ista iis (juibus nec obsunt^ nec prosunt^ quàm eis deerunt^ (juibus prosunt ( In Enchirid^ c. 108. ).

Après avoir demandé à Dieu d^accorder aux âmes du purgatoire le bienheureux séjour de la lumière éternelle , le prêtre demande la même grâce pour lui et pour tous ceux qui sont présens au sacrifice , au nom <lesquels il parle. Touché ae son indignité , il demande celte grâce en frappant sa poitrine^ il élève un peu sa voix, en disant, Nobis quoquepeccatoribus'^^ûu que les assistans puissent Fentendre , s'unir à lui pour s'hurailier à la vue de leurs péchés , implorer tous ensemble les grandes miséricordes du Seigneur, et s'exciter aux ^CDiimens de componction du publicain de TEvan—

âao Dv SicKifiai

île. Avant la consécration , le prêtre a fait mânoire e ia communion des Saints, pour ofl&*ir, uni âvee eux, le sacrifice uniTersel du ciel et de la terre} pour obtenir , par leurs mérites et par leurs prières , d'être en toutes choses munis des secours et ae la protection du Seigneur. Ici il demande d'avoir part à leur éternelle félicite, d'être reçus dans leur compagnie, non en considérant le mérite des supplians , mais par grftce et par miséricorde ; parce que si Dieu exammoit à la rigueur nos œuvres , qui pourroit soutenir son jugement. qui oseroit se flatter de paroître innocent k ses yeuxi € Malheur, dit saint Augustin parlant à DieU| » malheur à ceux— mêmes qui ont mené une vie louable » et réglée , si vous veniez à les juger sans miséri^ » corde : vœ laudahili vitœ hcminum^ si seclusd m^- » sericordid discutias eam. Ce n'est donc que sur » le fondement que vous ne discuterez pas nos actions » avec la dernière sévérité , que nous pouvons espérer » de trouver grâce devant vos jeux» Car, s'il y a des. » mérites en nous , que nous poissions mettre en » compte, que sont-*ils autre chose que des bienfidis » de votre libéralité ( S. jiug, coryfess. ^ 9> Mip. 1 3. ^ f » Mais nous ne pouvons ni demander « ni espérer la aivine miséricorde que par Jésus - C3irist Notre- Seigneur.

Per quem omnia honft créas , etc. GesX par J&us- Christ , dit ici le prêtre à Dieu ,* c^est par Jesos-Christ Notre-Seigneur que vous produisez tous les jours le pain et le vin , dons nous nous servons dans ce sacrifice , créas. C'est en Jésus-Christ que ces dons ofiÎNrts à lautel deviennent des dons sacrés , séparés de l'usage commun , sanctificas. C'est en Jésus-Christ que Din les vivifie , en les dbiaogeant au corps et au sang précieux , qui sont la vraie nourriture de vie; parce que personne ne vient au Père que par le Fils ; parce qu^en demandant au Père, nous devons demander au nom du Fiisj parce que le Père doit être glorifié

BEtk MiSSB. 2S1

dans le Fîls ; parce qu'il faut êcre uni k Jésns-Ghrisr, pour pouvoir rendre à Dieu tout llionneur qui lui appartient ^ vivificas : ce qui fait que ces dons deviennent une source de bénédictions et de grâces pour BOUS , qui les recevons de la main de JJieu , afin qu'ils soient notre véritable vie ^ Benedicis et prœstas nohis.

GeA aussi par Jésus- Christ ^ en lui et m^ec lui ^ que tout honneur et toute gloire sont rendus à Dieu^ Père tout-^puissant ^1 cW- à-dire^ qu'ail n'y a que le lacriioe de Jésus^-Christ qui nuisse rendre pour nous à Dieu rhonnenr qui lui est au. On ne peut honorer Dieu , que par Jésus-Christ ^ avec Jésus-Christ et en Jèus-Ghrist : par Jésus- Christ^ parce qu^il est le vrai médiateur entre Dieu et les hommes ^ avec Jésus- Christ, parce que^ pour rendre à Dieu tout Thonueur qu loi appartient, il faut être uni à Jésus— Christ ;

Eirce que , pour servir à la louange et à la gloire de ieU) il faut entrer dans les dispositions de Jésus- Chrisi, et dépendre de lui en tout ce que l'ou fait ^ en Jésos-Christ , parce que nous ne pouvons Parler i DieU) que quand nous somnes unis à Jésus-Clirist | comme ses membres j parce qu'on ne peut puber que dans Jésus— Christ la sagesse , la justice et la sainteté qui rendent agréable à Dieu.

Nous observons ici, quil faut bien distinguer les ngnes de croix qui se font après la consécration, d'avec ^euz qui se font avant la consécration : lorsqu'on bénit les dons, c'est-i-dire, le pain et le vin avant la Consécration^ c'est pour consacrer le Sacrement ^ mais^ après la consécration , la bénédiction déjà consommée , par rapport ao Sacrement, ne subsiste que par rapport \ l'homme qu'il faut sanctifier par le Sacrement. Ce n'est point une bénédiction que 1 on fasse sur les choses dqi consacrées, mais une pnère où l'on demande qu'é-^ tant saintes par elles-mêmes , elles portent la bénedic-^ •ion «i la grâce iur coa qui en seront par4tcipanjit

^2a , Du Sackifici?

cette prière ne tend pas à sanctifier les dons ^ qi )Uge oéjà pleins de toute sniiitetë et dignes des grands respects , mais a sanctifier ceux qui les reçoiv Par les bénédictions faites après la consécration prêtre bénit en Jésus^Christ tous les fidèles qu^il a ferts dans le sacrifice^ comme faisant un même a avec le Sauveur, afin que la grâce du chef se répa abondamment sur eux. L'on accompagne ordinai ment ces bénédictions du signe de la croix , en tét gnage que c^est par la croix de Jésus-Christ que n bénédiction spirituelle descend sur nous.

Nous ne bénissons donc plus les dons de Tan après la consécration , parce qu^alors ils .font béi nous les offrons seulement Nous ne faisons plus signes de croix sur ces dons, que pour montrer qi sont le corps même et le sang de Jàus-ChrisL L glise n'oublie rien pour imprimer dans fesprit

{)rètre qui célèbre et des assislans , que le sacrifie autel est le même que celui de la croix. Elle voue 3ue les prêtres , surtout depuis la consécration,. fus ans les senti mens que devroit exciter dans eux la de Jésus-'Ghrist crucifié à leurs yeux ; et, pour v dnire cet effet, elle ordonne que tous les mots qui signent le corps et le sang de Jésus-Christ soient compagnes d'un signe de croix, qi«i montre que Vht et ce qui est coutenu dans le calice, sont le m corps qui a été crucifié, et le même sang qui a été pandu sur la croix*

Ainsi, les signes de croix que le prêtre fait^ en citant: Unde et memores^ Domitie^ err. marquent nousofii'ous au «Seigneur ïhostie pure^* qai a été tachée à la croix; Vhostie sainte^ (\\i\ s'est offerte la croix ; Yhostie sems taclie , qui a été immolée la croix; le pain saint de la vie éternelle , c'est dire, celui qui a dit qu'il est le vrai pain descendu ciel, et qui est mort sur la croix . pour nous dor JUt vieî le calice du salut perpétuel ^c^eu-i

Que

QOO

Diêtne sang qui a été répandu sur la croix pour le •alut dn inonde, et qui est dans le calice. Ces cinq signes de croix, et les mots auxquels ils sont joûitS| se sont que de vives expressions, qui doivent rappeler à 1 esprit Funité de la victime de Tautei et d# la croix.

On doit regarder les signes de croix faits après la consécration, non comme des bénédictions^ mais comme des signes qui accompagnent les parole, pour faire comprendre que Toffrande du corps et du sang de Jésus^Christ faite k la messe , tire toute sa force et sa vertu du sacrifice de la croix , et en est la continuation et la leprésentation*

Le prêtre fait avec Thostie trois signes de croix sur k calice , en disant : Per ipsum , etc. pour montrer tontes les fois que nous disons lui , nous entendus que rho&tte et le calice contiennent indivisiblement ce même Jésus*Christ qui s^est immolé pour notre salutj et pour faire comprendre par ces signes, que Dieu n'est honoré que par la vertu du sacrifice que Jésus- Christ a offert sur la croix. Le prêtre fait deux signes de croix hors du calice, en disanM Est tihi Deo Fa-^ tri^ etc. parce que, le Père et le saint*Elsprit notant pas unis personnellement au corps et au sang précieux, il suffit d'exprimer que le sacrifice de la croix de Jésus-Christ est tout ce que nous pouvons offrir de plus grand à Thonneur et à la gloire de la très-Sainte Trinité.

Le prêtre , après avoir dit , Per ipsum , etc. élève un peu rhostie et le calice , en disant : Omnis honor et gioria^ afin que Texaltation des dons sacrés accompagne les mots qui expriment llionneur et la gloire que nous devons rendre à Dieu \ et pour protester par cette action , comme on le fait par les paroles et par 1^ signes de croix qui raccompagnent , que la tres-^ Mainte Trinité ne peut être glorifiée que par Jésua^ ^^hrist, avec Jétus-Christ et en Jésus^Qirist.

2^4 Du SiCRIPICK

Après avoir couvert le calice ei fait It génuflaion^ le prêtre dit , à voix intelligible : Per omnia sœcula • Sipculorum , pour demander aux assistans leur consentement à tout ce qui s'est dit dans le canon^ ce que It peuple confirme ) en répondant ^ Amen.

Après les prières de la consécration ^ Foraisun dominicale sert de préparation à la communien.

Rien aussi ne peut mieux disposer à s'unir & Diea et à recevoir ses grâces, que cette prière^ qui contient tout ce que nous pouvons lui demander et tons les motifs de notre amour pour Dieu , pour nous->mêmeS| pour le prochain. L'Eglise , pour obéir à Jésus-Christ^ récite solennellement cette prière } et , afin d*obtenir plus facilement TefTst de ses demandes, elle choisit

i)Our cela le temps auquel elle vient d'offrir à Diea a victime sainte , dont le mérite nous obtient ce que nous demandons ) et sans laquelle noi2s ne pouvons rien obtenir.

Cette prière est précédée de la préface : PrtBceptis salutarious monitij etc. pour faire comprendre qu elle est quelque chose aesi saint et de si grand ^ que nons n'oserions la réciter^ si Jésùs-Christ lui-même ne nous l'avoit ordonné^prière par laquelle nous nous adressons . il Dieu avec tantae connance, quenous l'appelons notre Père: ce qui seroit téméraire, si Jésus-^-Christ ne notisy avoit autorisés; prière qui contient en abrégé tout TEvan* gile j breviarifim totius Ei^angelii ( TertulL ) ; prière ui renferme tout ce que nous pouvons demander* !e doit être une grande consolation pour les fidèles | que l'Elglise nous la fasse faire dans un temps où Jésus-Christ, qui en est l'auteur^ est immolé sur Tauteli pour nous obtenir de son Père totues les demandes qu'elle contient*

Quoique nous ne nommions pas Jésus^Ghrist et récitant Voraison dominicale ^ nous faisons cette prière en son nom ; parce que c'est sa prière y et d'auleoi» nous ne pouvons appeler Dieu ^ notre Père , qnVem*

^ marquant

SB L4 Messe* "ftaS

marquant que nous avons Thonneor d^êlre les frères de Jésus-Christ , et que nous ne prions qu^en celte qualité.

Pater noster ^ qui es in cœlis: notre père, qui êtes le Seigneur du ciel et de la terre ^ dont la majesté , la puissance, la sagesse et la bonté sont infiuies^ qui méritez des adorations et des hommages infinis, qui êtes infiniment aimable, source de tous biens et de tous» les dons de la nature , de la grâce et de la gloire j vous habitez dans le ciel , comme sur le troue de votre gloire. De cette auguste demeure que vous vous êtes bitie, vous considérez tous ceux qui habitent la terre^ vouf regardez les enfans des hommes ^ comme vous avez formé leur cœur, vous distinguez parfaitement ceux qui vous rendent un culte sincère , et qui sont véritablement à vous; on ne sauroit se dérober à vos yeux ; vous considérez avec plaisir l'innocence des démarches du juste; mais vous ne voyez que de loin et avec horreur les esprits superbes. Donnez— nous, Seigneur , ce que vous nous commandez ^ donnez— nous hi grâce de vous aimer , de marcher toujours devant vous, et de travailler sans relâche à acquérir la per-* fection que vous exigez de nous; conduisez nos pas daos le sentier de vos préceptes , afin que nous ne nous écartions jamais du chemin que nous devons tenir* Ûoonez^^nous cette crainte salutaire qui rend Ihomme heureux, lorsqu'il met tout son plaisir à exécuter vos commandemens : non la crainte du coupable qui fuit soDjuge^ mais celle de lenfant bien ne, qui tendre** ment attaché à son père, n'appréhende que le mal-* heur de lai d<*plaire.

Sanctificetur nomen tuum. Etablissez votre empire dans toute la terre ; que tous les hommes vous y glorifient, qu'ils y reconnoissent tous votre grandeur. Faites que nous y adorions et que tous les hommes y adorent vos perfections infinies , votre toute-puissance, votre sagesse^ vo.tr9 boiotté, votre miséricorde^ tome 1. P

S3($ Du SlCRIFICK

votre justice , dans tous vos ouvrages, dans tousvof desseins , dans tous vos décrets, dans tous les ëvéne— mens, soit qu'ils nous intéressent personnellement, soit qu'ik regardent nos frères ; soit dans les maux que vous permettrez , et que vous nous enverrez pour nous punir, pour nous corriger, ponr nous éprouver^ aoit dans les biens et les dons que nous recevrons de votre main libérale^ que nous ne désirions que votre

floire, que nous ne fassions rien que pour votre gloire» 'aites que nos œuvres portent tous ceux qui en seront les témoins, à vous glorifier^ qu'à votre nom tout genou fléchisse dans le ciel , sur la terre et dans les enfers ^ q[ue nous vous jglorifiions, autant que nous pourrona voua glorifier , autant que vous devez être glorifié ^ comme toute sainteté , et toute vérité^ que nous chantions, Seigneur, votre saint nom, maintenant, toujours^ et pendant toute Téternité.

- Adveniat regnum tuum. Régnez en nous , Seigneur ^ et dans le cœur de tous les hommes dès cette vie par votre grâce \ et qu^en Tautre nous régnions avec vous par la possession du royaume que vous nous avez préparé ; soyez notre unique trésor , que rien ne. soit capable de nous séparer de Tamour que nous vous devons; mspirez-nous ces saints désirs qui cherchent premiè-* rement votre royaume et votre justice ; que notre Ame tie recherche que les choses qui sont d'eu haut , qu'elle n^ait de goût et d'affection que pour les choses du ciel, et non pour celles de la terre \ qu'il n'y ail rien en nous qui résiste à votre esprit , et qui ne vous soit parfaitement assujetti. Augmentez chaque jour dans notre cœur le détachement et le mépris que méritent les choses de ce monde ^ faites-nous sentir tous les dangers et toutes les misères de notre exil^ appreneznous à vivre, comme les âmes saintes, dans l'attente de la béatitude que nous devons espérer^ formez et conservez en nous le désir que doivent avoir d'être avec Jësu»*Christ, des créatures rachetées par son précieiut

iftng, clés énfâns destinés à être Vos hi^ritiers ^ et dont

irous êtes le partage , qui ont appris qu'ils n'ont point

ici*-bas de cite permanente, et qu'ils doivent ne cher-«

cher que celle qui leur est promise ^ qui savent qu'ils

sont nés de Dieu^ qui doivent connoitre par leur propre

expérience que, tout dans ce monde étant sous i'em-^

pire du malin esprit, il ne s^j trouve rien qui puisse

être préféré aux tabernacles éternels, où vos élus cxpé*

rimenteront des dt^lices ineffables , et où vous les eni-'

Trerez de Tabondauce de vos douceurs. Heureux ceux

qui habitent dans votre maison^ Seigneur ! ils n'auront

point d'autre occupation que celle de vous louer et de

vous aimer pendant toute 1 éternité.

Fiat ^olunCas tua sicut in cœlo et in terra ^ etCé Que toutes les créatures obéissent à votre voix , que toute votre loi soit observée , et tous vos préceptes fidèlement gardés. Nous vous faisons cette prière , Dieu tout-puissant, et pour nous, et pour tous les hommes qui vivent sur la terre. Que notre obéissance ait la même exactitude ^ la même diligence, la même pureté d'intention , la même ferveur , la même constance ^ ue celle de ces esprits bienheureux dont vous svet ait vos anges et vos ministres». Que de quelque manière qu'il vous plaise disposer de nous en ce monde ^ vous nous trouviez toujours dociles , patiens , résignés , et dans une parfaite conformité de cœur aux desseins de Totre divine providence. Que nous ne résistions jamais aux mouvemens intérieurs, aux inspirations que voud nous donnerez , et lorsque vous nous ferez connoitre ce que vous voudrez de nous. Loin de nous ces réserves et ces négligences qui nous empêcheroieiU d'accomplif ce que' vous nous aurez prescrit , et que nous sau-^ rons vous être agréable. Préservez- nous de ces trou^ blés, de ces révoltes, de ces éclats en plaintes et en murmures , que nous avons à craindre de noire foi-« blesse et de notre sensibilité à la moindre disgrâce qui BOUS arrive, au moindre évënefi^eut qui nous chagrine

328 Du Sacrifice

et qui nous mortifie. Que notre attachement k voire volonté soit notre paix et notre consolation , que notre conduite et nos sentimens ne démentent jamais les promesses que nous vous faisons de demeurer toujours fidèles  accomplir votre sainte loi, de laimer, de la méditer , de ne consulter qu^elle dans toutes nos démarches, d'étudier sans cesse la voie qui conduit à votis. Que tout notre plaisir , toute notre consolation sur la terre soit de vouloir ce que vous voulez. Que nous fassions consister tout notre bonheur à nous attacher k vous, à mettre en vous toute notre espérance. Que nous ne vous refusions jamais Thommage d^une volonté qui ne doit obéir qu*à Jt^ous^ donnez-nous toute Thorreur que mérite l'ingratitude qui craint de vous sacriSer sans réserve un cœur qui n'est fait que pour vous aimer.

Panent nostrum , etc. Nous ne voulons pas ^ gneur , avoir de quoi satisfaire nos sens, de quoi leur procurer toutes leurs commodités et tous leurs aises i| de quoi mener une vie molle et délicieuse^ nous ne vous demandons que le pain d'aujourdliui , nous ne vous demandons que le nécessaire. G^est vous, Dieu de bonté, qui pourvoj'ez à tous les besoins de voi créatures ^ c'est vous qui donnez à chacun la nourriture dans le temps convenable. Vous ouvrez votre main libérale, et vous comblez de biens tous les animaux ; comment pourrions-nous donc ne pas vous demander avec confiance des secours que vous voulex que nous n'attendions que de votisf Vous nous défendez de nous mettre en peine pour notre vêtement, pour notre nourriture , de nous inquiéter pour le lendemain. Nous vous abandonnons , ô mon Dieu ! le soin de tout ce qui nous regarde ^ nous nous reposons sur votre miséricordieuse providence. Délivrezp-nous di's pièges et des tentations où tombent ceux qui veulent devenir riches ; préservez— nous de ces désirs vains et nuisibles . qui les précipitent dans la mort et dans \m^ perdition j ae l'abondance qui nous rendroit indociles

BB LA Messe. â:2p

et qui nous porteroit à nous éloigner de vous et à TOUS abandonner. Nous n^avons rien apporté en ce monde , nous n'en pouvons rien emporter 3 donneznous la grâce de nous contenter aavoir de quoi nous nourrir et de quoi nous vâtir ^ et de n'oublier jamais que la piété est une grande richesse pour qui^ conque sait se contenter de ce qui lui sufBt. Mais , Seigueur, nous ne répondrions pas à vos bontés, comme nous le devons , et nous serions indignes des biens que vous préparez dans le ciel à vos enfans , si nous ne vous parlions que des besoins du corps ^ sans penser aux biens spirituels , qui doivent nourrir notre âme pour la vie éternelle. Conservez-la dans Tunion qu elle doit avoir avec vous , puisqu'elle n'est faite que pour vous. Soyez le principe de toutes nos pensées ^ de tous nos désirs ^ de toutes nos actions. Detachez-nous de tout ce qui peut donner la mort à notre âme. Comblezla de vos dons , nourrissez— la de votre sainte parole ^ quelle soit éprise de la beauté de votre loi , qu'elle la inédite continuellement , qu'elle y trouve son soutien ei sa vie. Eclairez-nous de la lumière de votre {jrâce , aiiu que nous puissions connoitre ce que nous devons faire, et que nous ayons la force de faire ce qui est juste. Que votre grâce nous prévienne et nous accompagne toujours , et qu'elle nous applique sans cesse à la |>i a— tique des bonnes œuvres. Donnez— nous, Seigneur, reudez—nous dignes de recevoir ce pain par excellence, ce pain descendu du ciel, qui donne la vie au monde, qui nourrit nos âmes, qui les eniretionl, qui les fortifie, qui les fait vivre de la propre vie de Jésus-Chrisi même. Faites-nous la grâce de révérer de telle sorte les sacrés î mystères de son corps et de sou sang, que nous ressentions continuellement en nous le fruit de la rédemption qu'il nous a méritée.

Et dimitte nobis , etc. Vous nous menacez, Seigneur, ûon traitement rigoureux, si nous ne pardonnons pas du foud du cœur à nos frères. Vous voulez que , lorsque

dSo Du Sacrifice

nous nous présentons pour prier, si nonii avons quel* que chobe contre quelqu'un ) nous lui pardonnions, afin que vous nous pardonniez aussi nos péchés. Vous nous avez dit que, si nous ne pardonnons pas , vous ne nous pardonnerez pas nos offenses^ vous voulez même que^ si nous nous souvenons, lorsque nous offrons notre présent à I autel, que notre irère a quelque chose contre nous, nous allions nous réconcillier premièremeut avec lui, avant que de faire notre offrande.

Quelle bonté pour nous , Sei{;neur, de nous donner vous-même un moyen si facile de nous assurer, autant qu'il est possible^ vos miséricordes; de nous faire parla, les arbitres de notre destinée éternelle! Donnes* nous ces entrailles de bonté, de douceur, d*humilité| de modestie et de patience , qui rendent si précieux i vos yeux, vos Saints et vos chers élus. Faites que nouf supportions nos frères^ que uousoubliions les sujets que nous aurions de notis en plaindre, que nos propres misères et nos besoins nous engagent a lindulgeiice pour les autres. Faites- nous estimer la gloire qu'il y a pour nous à imiter votre clémence ; arrachez de notre cœur^ toute aigreur, toute animosité, tout ressentiment, toutes plaintes, tout des>ein de nuire, toute malice. Donnei* nous la ^râce de n'oublier jamais que nous renouvel* 1er ions, pour notre condamnation . la mémoire des hu* miliations. des douleurs, des souffrances et de la mort de Jésus-Christ, si nous demeurions ennemis de son humilité et de sa patience, et si nous refusions i nos ficres Tamour que nous témoignons avoir pour vons. Que dans toutes les occasions où l'on nous offenserai le sacrifice que nous vous aurons fait de notre cœur et de toute sa sensibilité , nous obtienne la grftce de pouvoir vous dire toujours avec confiance : pardonnez* nous , Seigneur, parce que nous avons paraonué. Di^ mitf(*^ Domine^ quia dimisL

lit ne nos hviucas^ etc. Vous le voyez. Seigneur^

mm vous voulez c|ue nos prières ^ nos gémissemeni cf

BK LA MEf SI. S9l

nos. laimes tous en parlent sans cesse; nos dangers seul coulinuels^ nos combats sont inéviiables ^ nos soins^ nos travaux sont sans relâche^ aussi nous avez- vous or* doiiné de veiller toujours. Nous achetons chèrement dos Tictoires^ et quelquefois par de grandes blessures; et nous ne pou\ons espëier de paix que, lorsqu'à la mort| tous nous accorderez Thonueur du triomphe ; notre ?iesur la terre est une guerre coulinuelle, tout ce qui est dans le monde, n^est que concupiscence de la chair | concupiscence des yeux et orgueil de la vie ; le dëmon notre ennemi , est sans cesse autour de nous , comme QQ lion rugissant , pour nous dévorer ; il redouble ses efforts, il emploie tous ses artifices, pour surprendre tos plus fidèles servitenrs. Notre foiblesse et notre inclination au mal augmentent nos frayeurs. Nous sentons ea nous une loi qui résiste à la vôtre , ô mon Dieu ! qui Doas assujettit & la concupiscence, qui est notre plus grand ennemi , qui est au dedans de nous-mêmes , et nous fait une guerre perpétuelle. La chair combat par ses désirs contre Ter^prit. C'est à vous, Seigneur, de juger ce que nous sommes: car, quoique cnacun de BOUS voie ce qui* se passe en lui, et que le secret de notre cœur vous soit aussi connu qu'il est inconnu aux autres hommes , il y a des choses en nous que nous ne conooissons pas nous-mêmes; mais il ny en a aucune que vous ne connoissiez , â mon Dieu , parce que c^est vous qui nous avez faits. Toute notre espérance est dans la grandeur de vos miséricordes. Ayes puif de nous : nous vous découvrons nos plaies, nous i^courons à vous dans nos périls. Nous sommes malades) n^ais vous êtes le souverain médecin. Nous sommes durgés de misères; mais vous êtes le Père des miséricordes. Uaflliction nous presse; bâtez-vous de nous ^ucer, délivrez— nous , humiliez nos etmemis, tireznous de Tabime de boue où ils s'efforcent de nous en- *^Qcer. Que la tempête ne nous submerge pas ^ que ^out ne soyons point engloutis dans Tabime des maux

93s Du SACKincr

que nous tous exposons. Nous savons , 6 mon Dîeb 9 que vous êtes 6déle , que vous ne permettrez pas que nous soj/oris teiit<^s au-dessus de nos forces ^ que vous êtes toujours près de ceux qui vous invoquent ^ qui vous craignent^ qui désirent de vous être .fidèles^ que vous leur faites même tirer avautage de la tentation ^ en sorte qu'ils la puissent soutenir. JNe nous abandonnes pas à nous-mêmes ,et comment pourrious-nous n'être pas vaincus 9 si vous ne nous assistez pas F Yous êtes toute iiotre espérance^ Seigneur^ vous êtes notre protecteur et notre refuge. Nous ne pouvons rien faire sans vo«s) mais nous pouvons tout en vous. Vous êtes toute noUne force ^ avec vous, nous serons sans crainte au milieu des plus fvidens dangers. Nous vous laissons tout le soin de notre salut. Quelque terribles que puissent êCK les entreprises de no» ennemis pour nous perdre , nous leur opposerons toujours notre espérance en vous. Yoos êtes notre Dieu , noire sort est entre vos mains. Que l'étal où nous sommes , intéresse votre miséricorde. Faitiesnous la grâce de nous attacher inviolablement à garder votre loi. Apprenex-nous à marcher dans vos voies^ prenez soin de nous conduire; continuez de nous secourir. Poiirriez*vous nous rejeter , lorsque nous meltODl en vous seul Fespérance de notre salut i Convaincus de votre bonté, Seigneur, par le^ bienfaits sans nonJire que nous avons reçus de vous, nous en attendons encore la gr&ce de vous louer sur la terre et dans le ciel^ comme notre libérateur.

Sed libéra nos à malo. Vous ne nous défendez pas^ Seigneur , de vous demander la délivrance des maux, temporels, de Pinfirmite, de la pauvreté, de la douleur^ de tous les revers^ de tous les accidens qui peuvea^ survenir et troublrr le repos de notre vie; mais vom^ voulez que nous vous demandions en même temps 1^ grâce d en faire un saint usage. Vous nous défend^?^ de mépriser votre correction, et de nous dccoura^^^ lorsque vous nous reprenez. Nous savons que vow*

SE lA MeS5K. â33

éKàdez eeuit qae vous aimez, que vous frappez de verges tous ceux que vous recevez au nombre de vos enfaos ^ que vos châtimens sont pour notre sanctiâ— catîoQ , et pour nous apprendre ce qui peut nous la procurer. Nous savons que tout conspire an bien da ceux qui vous aiment ^ que nous ne serons cohéritiers de Jésus-Christ , qu'en souffrant avec lui , pour être glorifiés aveciui^ mais^ connoissant notre foiblesse^ nous vous demandons la force et la patience nécessaiies pour souffrir, comme nous le devons , tous les maux que vous nous enverrez ^ nous vous prions que ces maux ne nous séparent jamais de vous : car c'est de tous les maux le plus grand , et celui dont nous vous conjurons prin-* cipalement de nous préserver.

Après que le peuple a dit, Sed libéra nos à nuiloAe prêtre répond , Amen , à voix basse , comme s'il disoK : oui^ Seigneur, nous sentons la grandeur et l'étendue des maux qui nous détournent du bien, délivrez-nouâen. Il ét^^nd ensuite celle demande par la prière suivante: Libcranos ^nc^ pour oblcuir de Dieu la déli— vrauce des maux que nous nous sommes faits à nousmêmes par le prché; des maux dont nous sommes ac-^câblés dans celle malheureuse vie, et de^maux que nous méritons en punition de nos crimes. Les maux passés sont le péché et tous ses mauvais efTels , ce sont nos propres prévarications ^ nous devons en demander le. pardon et la grâce de ne les plus commettre. Monfits , dit TEsprit saint, ai^ez-çous péché F ne péchez plus^ mais priez pour vos fautes passées^ afin qu^ elles i^ous soient pardonnées. Ne soyez point sans crainte de V offense ijui vous a été remise^ et n^ ajoutez pas péché sur péché. Les maux présens sont les péchés journaliers } ^cs maux qui nous affligent actuellement, soit dans Writ^ soit dans le corps, comme les tentations, les maladies, les disgrâces ^ et généralement toutes les souffrances qui nous viennent du dedans et du dehors, ^ tout ce qui nous dclouine de Dieu 3 soit que nous

ô36 Du Sacrifice

t'e&i par ce sang répandu sur la croix ^ qu& la paix a été faite entre ce qui est dans le ciel et ce qui est sur la terre. Ëiifia , le prêtre fait trois signes de croix en Thonneur des trois personnes divines qui nous donnent b paix en vue des mérites de la croix. Il fait ces signes de croix dans le calice d'un bord h l'autre , pour empêcher qu'il ne tombe quelques fragmens au dehors.

Jusqu'à cette partie de la messe , l'Eglise , par la consécration séparément faite du corps de Jésus-Ghrbi sous Tespèce du pain ^ et de son sang sous Tespèce du vin , n'a exprimé que la passion et la mort de Jésus- Christ. Quoique cette séparation du corps et du sang de Jésus-Clirist ne soit que mystique, le corps n^étant

Î)as rceilemeut sans le sang, ni le sang sans le corps, e corps de Jésus-Christ étant en même temps sous Fespcce du vin, et son sang sous Pespèce du pain, et son âme sous Tune et sous l'autre \ cependant il est certain que, par la vertu des paroles sacramentelles prononcées sur le pain, le corps de Jésus-Ghrist.est consacré seul , et que par la vertu des paroles sacramentelles prononcées sur le vin, le sang de Jésus-* Christ est consacré seul.

Pendant qu'on répond au prêtre , JSt cum spiriîu tuo , il laisse tomber dans le calice , la portion de l'hostie sainte qu'il tenoit de la main droite, en disanf tout bas : Hœc commixtio et consecratio , etc. Ici TE* glise , après nous avoir exprimé par la consécration la mort et la passion de notre Rédempteur, veut eo core nous marquer par la réunion de l'espèce du pa et de l'espèce du vin dans le calice , la réunion i corps et du sang de Jésus— Christ , et la vie qu'il ai prise en ressuscitant: et c'est ce qu'ont voulu nous ù entendre de célèbres auteurs, lorsqu'ils ont dit qu met la particule de l'hostie , après la fraction , dan calice, afin qiCil contienne toute la plénitude Sacrement.

Par cette prière : Hœc commixtio^ etc. TEglise

DE LA Messe 237

mande que ce mélange, qui est le symbole de Tunion du corps et du sang de Jésus— Christ, et qui marque sa vie glorieuse , soit uu signe et un gage de notre unioa avec Jésus-Christ pour la vie étemelle 5 qu'en man-» géant sa chair et buvant son sang nous demeurions en loi el que nous vivions par lui, afin qui! de-« meure en nous.

Après avoir mis la particule dans le calice ^ le prêtre dit trois fois, en se frappant la poitrine, Agnus Dei^ etc. pour se préparer à la sainte communion. 11 ne peut voir approdier le moment de la réception du corps et du sang de Jésus-Christ, sans implorer la mtsé^ ricorde de son Sauveur. En disant la première fois cette prière , il doit , après avoir fait un acte de foi sur la présence de Jésus-Christ, demander la délivrance de toutes ses misères spirituelles, la destruction de toutes les mauvaises habitudes , la guérison de sa tiédeur dans le service de Dieu , et de son inconstance dans ia voie de la vertu et de la piété. La seconde fois , il doit de* mander d'être préservé de toutes les misères tempo— felles , de la peste , de la guerre , de la famine et de toutes les calamités capables de le détourner du service et du culte de Dieu. La troisième fois, il doit demander la paix que produit une bonne conscience, la victoire sur ses passions , le mépris du monde et de tous les biens qu'il nous promet.

Ici Jdsiis— Christ est appelé V Agneau de Dieit^ parce <|u'il est la seule victime qui puisse plaire à Dieu, et lions tirer de la captivité du démon, pour nous faire entrer dans la liberté des enfans de Dieu. // a 6té les pèches du monde '^ c^est par le sang précieux de Jésus- Christ, comme de Fagnean pur et sans tache, que nous *vons été affranchis de la manière de vivre pleine de yanité que nous tenions de nos pères : il nous a aimés, jusqaà nous laver de nos péchés dans son sang^ il ^ pris véritablement nos langueurs sur lui ^ il s'est chargé lui-même de nos douleurs 3 il a été percé de

a38 Du Sackt^ice

1)laies ponr nos iniquités^ il a été brisé pour nos crimel} e châiiineni est tombé sur lui ^ uotis avons été guéris par ses meurtrissures^ il nous a rachetés par son sangj il a été immolé dès Torigine du monde.

Le protre se frappe trois fois la poitrine, en disant t jégniis Dei^ pour témoigner la douleur de ses péch>^s et pour avertir les assistans d'entrer dans les mémet seniimens. Au troisième ^g'fiitf Dei^ le prêtre dit ^ Dona nobis pacem^ pour demander à Dieu la paix de FE^ glise, la paix entre les princes chrétiens^ pour de— mauder pour lui et pour tous les fidèles la paix du Seigneur, qui ne nous est donnée que lorsque les péchés nous sont remis.

Aux messes de morts, au liea de dire ^ayez pitié de nous, ou dit deux fois, donnez-leur le repos: et an troisième Agnus Dei^ on ajoute, donnez-leur le repos éternel^ parce que FEglise n'est occupée dans ^cetle

ririère^ que du aésir qu'elle a de procurer le repos et 'éternelle félicité aux &mes qui souffrent dans le purgatoire. Elle demande deux fois pour elles le repos^ c'est-à-dire, la fin de leurs peines^ et à la troisième^ elle demande le comble de la félicité, ce repos étemel dont les Saints )ouif:sent pour jamais dans le ciel.

Le prêtre toujours incliné , tenant les mainsjonitai sur lautel, dit à voix basse: Domine ^Jesu Cariste^ etc. On ne dit pas cette prière aux messes de niortS| comme on ne dit pas , Dona nobis pacem f parce que la paix que nous demandons pour TEglise , ne convient pas aux morts.

Domine^ Jesu Christe. qui dixisti apostoUs tuiSf etc. Le prêtre, qui vient ae dire à Jéstis- Christ , pour lui et pour tous les fidèles , Agneau de Dieu , ajres pitié de nous ^ donnez-nous la paix^ ex|>ose i w divin Sauveur qu'il a voulu nous recommander de garder cette paix comme notre plus grand bien , disant à ses apôtres, la veille de sa mort, Je vous iaisse ta paix , je vous donne ma foix. La paix qa^

DB LA MeSS«. sS^

JfÀat*Chrisl nous a laissée ^ dit saint Augustin , esc celle que nous pouvons avoir parlagr&ce en cette vie; paix qui vient de la bonne conscience, et de la joie que l'homme intérieur trouve dans la loi de Dieu ; mab ce n'est qu'un commencement de paix ; c'est une paix qui n empêche pas tous les troubles \ c^esc une paix qui ne nous délivre pas de la nécessité de combattre , et qui ne nous exempte pas de Tobligatioa de dire à Dieu : Remettez-nous nos dettes. Sojons fidèles à conserver cette paix jusqu^au dernier moment de notre vie, telle que nous l'avons reçue de Jésus-Christ; et il nous donnera celle qu'il appelle sa paix^ et quMl assure i ses apôtres pour Téternité : paix qui exclut tout trouble^ paix stable, parfaite et • étemelle, dont Jésus-Christ jouit lui-même^ paix qu'il destine aux âmes fidèles après la mort, pour en jouir ' dans le ciel, et qu'il veut que nous lui demandions sans cesse: on est censé ne rien demander, quand on ne demande pas cette paix qui rendra notre joie pleine et parfaite. La paix que Jésus-Christ nous a laissée en ce monde , nous fera triompher de nos ennemis ^ tant que nous la conserverons fidèlement : la paix qu'il nous donnera dans l'autre , nous fera régner avec lui , sans avoir plus aucun ennemi à combattre. Le prêtre demande 1 une et l'autre par la prière que nous expliquons ici : nous ne pouvons les avoir qu eu Iésus*Christ et par Jésus- Christ.

Ne respicias peccata mea. Les prières de la messe

sont ordinairement communes au prêtre qui célèbre^

Ci aux fidèles ^ mais cette expression , mes péchés^ fait

voir que c'est ici une oraison que TEgltse veut que le

pritre fasse pour .lui personnellement, puisqu'il ne

p»le que de ses péchés , et ne dit rien de ceux des

^istans : c'est ce qui doit faire distinguer les prières

<lm ne regardent que le prêtre , d'avec celles qu'il fait

au nom des fidèles. Le prêtre à Tautel parle toujours

delai-ooiême avec des seatimens et dans des termes humi«

aijo Du Sacrifick

lians; il parle an contraire des fidèles avec respect. Le prêtre se traite de serviteur indigne, il se dît charge de péchés sans nombre ^ dUdquitcs et de crimes^ il ne parle de sa personne, qu'eu disant, ma servitude'^ il appelle au contraire les assistans, enfans de la famille de Dieii^ famille quMl homme le peuple saint ^ et, si dans xm seul endroit le prêtre les met au nombre des pécheurs, en disant; Nobis quoque peC" catoribus^ il se fiappe la }>oitrine, comme s'il ëtoit le seul coupable de foute rassemblée \ rhumilité le porte à ne s^occuper que de ses fautes. Telle doit être la disposition du cœur du prêtre, lorsqu^il dit : Ne reS" picias pcccata mea^ sedfidem Ecctesiœ tuœ y il doit craindre que ses péchés ne mettent quelque obstacle à la grâce qu il demande , et c'est ce qui l'engage & ne -

{)résenter au Seigneur pour l'obtenir, que les vœux, es gémissemens et la foi de l'Eglise, dont il est le ministre , cette épouse sainte et toute pure , pour la-

3uelle Jésus-Christ s'est lui-même livré ^ afin qu'il lui onne la paix qu'elle désire continuellement avec tant d'ardeur ; qu'il la délivre de tout schisme , des fureun de rhérésie et de l'impiété , des persécutions de ses ennemis, de toute oppression et de tout mai^ qu'il fasse vivre ses enfans dans une charité que rien oe puisse altérer, en sorte qu'ils ne soient tous qu^on cœur et qu'une âme, et, que dans cet esprit d'union, ib puissent tous participer au corps de Jésus<^Christ.

Comment en effet recevoir le Sacrement d'union et d'amour, sans conserver Fimité d'esprit dans le liende la paix que notre divin maître nous a si souvent et li étroitemeut recommandée f Et c'est pour faire voir h nécessité de cette disposition pour. ceux qui désirentde communier, que dans les messes solennelles on donne la paix avant la communion. '^'

Le prêtre, avant que de donner la paix anTminiitt?* assistans, baise l'autel , pour faire voir qu'il ne Ja donntt qu'après Tavoir reçue de Jésus-Chiisi.

DE LA Messe* ^4^

Domine Jesu Christe , Fili Dei vivi^ etc. Le prêtre^

après cette oraison que nous venons d expliquer, en

ajoute une seconde, uour demander à Dieu la rémission

de ses péchés et le don de la persévérance. Il s'adresse

à Jésus-Christ ^f qui par sa mort a donné la vie au

inonde , et il prie avec confiance ce miséricordieux

Rédempteur, par son sacré corps et son précieux sang

offerts sur Tautcl pour nous appliquer les mérites de sa

mort, de le délivrer de tout ce qui peut nuire à la vie

de Tâme et de tout ce qui est capable de le détourner

de Dieu, c Uélivrez-moi, Seigneur, dit— il à Jésus*-

> Christ, de toutes mes iniquités, de tout ce qui vient

> de la malice de mon esprit et de mon cœur, de tout

> ce qui peut me porter au péché, de tous les dangers

> qui m^environnent, de mes infidélités sans nombre^

> de faut de péchés que je commets par erreur, par

> ignorance, par précipitation, d'une infinité d'autres

* dlont je puis cire coupable à vos yeux, tandis que ) je me uatte d'une innocence que mon seul amour-* » propre voit en moi. Faites- moi la grâce de ne m'é-

> carter jamais de la voie de vos préceptes , de faire

> toujours votre sainte volonté ^ ne permettez pas que

> je sois jamais séparé de. vous ^ fortifiez -moi contre les ^ tentations, ne m'abandonnez pas à ma (biblesse, éloi* ^ gnez tellement de moi tout ce qui peut vous être ^ opposé , que je ne veuille^ que je ne désire que vous

* sur la terre ^ soyez tous les momens de ma vie le Dieu

* de mon cœur 5 et comment pourrois-je, Seigneur,

* ne pas vous le céder sans réserve, lorsque vous en ^ venez prendre possession, puisqu'il vous est dû à tant

* de titres P »

Ptrceptio Corporis tui^ etc. Enfin, par la troisième

oraison, le prêtre témoigne à Jésus-Christ la crainte <l^'il a que ses dispositions ne le rendent indij^ne de « grâce qu'il va recevoir. Quelque attention que l'on *ïl à s'éprouver, à s'examiner soi-même, pour éviter u condamnation de ceux qui ne discernent pas le corpff Tome L Q

a.J2 Du SACRiriCR

^u Seigneur, on doit , en se trouvant si près du trône de Dieu, être saisi d\iue crainte respectueuse, ei d'une sainte horreur , à la vue de la distance intiuîe qui est entre sa saiutetc ei les pécliës que nous avons comnits. QIous pouvons tous lui dire avec saint Pierre : eœi à me^ quia homo peccator suniy Domine ^ nous devons nous allliger de nos misères, gémir de nos ingratitades, avouer nos infidélités^ mais si nous ne pouvons, sans être saisis de frayeur , considérer la grandeur de Dieu et notre bas^iesse , nous devons nous rassurer et uotis consoler , en copsidérant sa bonté et sa miséricordej Et c'est ce qui inspire au prêtre la confiance avec la-»' quelle, reconnoissant humblement son indignité^ aprci avoir demandé à Jésiis*Christ^ que la communion de son corps, qu'il est sur le point Je recevoir, ne tourne point à son jugement et à sa condamnation, il sol-» licite sa bonté, afin que cette divine nourriture lof serve de défense pour 1 ame et pour le corps. » Ayef pitié de moi , dit-il avec saint A^tigustin , ipôu voyez que je ne vous cache point mes plaies. Je su malade, mais vous êtes le souverain médecin ^ je su chargé de misères , mais vous êtes le Dieu de m' séricorde. Mon âme est une maison bien étroite po vous receveur, mais c'est à vous à l'agrandir ; elle toute en ruine, niaii c'est à vous à la réparer. Vi y trouverez bien des choses capables de blesser yeux , je le sais, je le confesse^ mais qui peut la rifier que vous ? ^t à qui puis-je recourir qu'à v€ en vous disant ^ avi.^ vutre prophète : purifiez i âme des péchés que je n y aperçob pas, élu puiez poiuf ceux ae nialice à votre serviieun Eî dans mon âme, vous qui êtes toute sa force, ef dez'la si pure par votre souveraine pureté, q n'ait plus ni tache, ni souillure. Voilà Tuniqu de mes désirs et de mon espérance ^ le set anime mes sentimens et mes paroles. Hœc ei « mea) ideo loquor. Dites à mon âme, Sei/

DE LA Messe. ^^43

t^ dites-lui, je suis ton salut -^ mais dites-le lui dételle 1 sorte qu'elle le comprenne; ouvrez roreille secièie 1 de mon cœur, et dites-lui que vous êtes mon salut. » Je viens à vous pour chercher du remcde ; je m'a-- 9 dresse à vous pour trouver de la consolation et du

> soulagement Je parle à celui qui sait tout, et qui t voit à découvert , tout ce qui est au-dedans de moi ^ » à vous qui pouvez seul essuyer mes larmes et me 1 secourir. Vous savez quels biens sur-tout me sont

> nécessaires, et combien je suis pauvre en vertu. Me f voilà devant vous, dans la plus grande indigence ^

> vous demandant grâce, et implorant miséricorde, f Rassasiez ma faim, échauffez ma froideur, par le feu

> de votre amour, éclairez mon aveuglement, par la P clarté de votre présence. Je me remets, je m'aban-^ » donne entre vos mains ^ traitez-moi selon votre

> bonté , et non selon tnon iniquité et ma malice. » Après avoir dit les trois oraisons que nous venons

^expliquer, le prêtre fait une génuflexion, et dit : panem celestem^ etc. Il adore Jésus- Christ, et il doit alors s^efforcer de redoubler les désirs ardeus rju'il a de le recevoir^ son cœur et sa chair doivent être irans—

1)orlés de joie, en voyant approcher le momcii auqi^el e Dieu vivant veut se donner à lui. « Quand sera-ce, » ô mon Dieu, doit-il dire à Jésus-Christ, quand

* sera-ce que vous viendrez dans mon cœur, ei que ^ vous me transporterez hors de moi— même, par une

> sainte ivresse, qui me fasse oublier tons mçs maux,

> pour ne plus me souvenir que de vous, et pour

* m'attacher à vous seul? car que n'êtes-vous point

* pour moi? rendez-moi capable, par votre sainie mi-

* séricorde, de le comprendre et de le dire.» Cest en supposant le prêtre animé de ces dispositions, que l'Église lui fa^it dire: fe prendrai le pain céleste^ etc. paroles qui ne conviennent qu'à une âme qui sent le besoin qu elle a de Jésus-Christ, à une âme qui, en— iummce du diviiit amour, soupire après Jésus-Christ^

^44 ^^ Sacrifice

a une âme afTamce du paiu céleste ^ et qui se trouve comblée de joie, à la vue de celte divine nourriture. T invoquerai le nom de Dieii^ ajoute le prêtre ifap--

{ relierai Dieu dans mon cœur, pour en être la force, ' e soutien et la vie. En disant ces paroles, il prend les deux parties de Thostie sainte, et toujours plus touché de Téloignement infini qui se trouve entre un pécheur et la sainteté même, il avoue hautement son indignité, en disant à Jésus- Christ : Domine^ non sum dignus^ etc. Il se reconnoît indigne du bonheur de recevoir son Dieu dans un cœur coupable de tant de péchés, esclave de tant de passions, corrompu par tant de vices, si froid pour Dieu , si attaché à la terre et au monde ^ si ardent pour le mal, si languissant, si foible, quana il s'agit de faire le bien^ si inconstant, si léger, si pusillanime, quand il faut marcher dans la voie de la vertu^ quand il faut porter sa croix. « Ayez pitié de nioi : » mUs ego ^ et qualis ego F quid non mali egot » Comment un pccbeur ose-t-il paroître devant vousF

> comment daignez-vous vous approcher d^un pé« » cheurf » Soutenant cependant son humilité, par sa confiance dans la bonté et la touter-puissance oe son Sauveur ; attiré par les tendres in\itations de ce pasteur étemel, qui veut nourrir ses brebis de son corps et de son précieux sang, qui promet la vie étemelle à ceux qui mangeront sa chair et qui boiront son sang, le prêtre ajoute en même temps : < vous m'avez conH« » mandé de vous recevoir. Seigneur, vous pouvez me » purifier et me préparer dans un moment; fespère

> qu'après avoir guéri mon âme, vous la connrmercs » en grâce, vous la ferez persévérer dans la justice: » corpus Domini nos tri Jesu ChrLsti ^ etc. » Eu ^ disant ces dernières paroles, le prêne fait le signe dek ' j croix avec Thoslie sainte, pour exprimer que ce sacra j corps qu^l va recevoir, est le corps même de Jésus- * J Christ qui a été immolé sur la croix. ^ A

Après que le prêtre a reçu la sainte hostie, 3 clo^ . 7

DB Li Messe. a45

méditer sur la grandeur du mystère : méditation qui doit être fort courte : car la messe n'est qu'une action qui doit toujours être remplie , ou par ce qu'il faut faire, ou par ce qu'il faut réciter. L'Eglise ne permet pas au prêtre de faire alors des prières particulières, autres que celles l{uVlIe prescrit ] mais, comme il faut un moment pour avaler la sainte hostie, on doit l'employer, en soccupant du don ineffable qu'on vient de recevoir, jusqu'à ce q*ronsoit en état de parler et de réciter les paroles suivantes.

Le prêtre dit : quid rétribuant Domino ; et en même temps il découvre le calice , fait la génuflexion , ramasse avecla patène les fragmeus qui peuvent être restés sur lecorporal, pour les mettre dans le calice, afin qu'aucône parcelle ne se perde ou ne tombe à terre, il dit, (juid retribuam Domino^ ne pouvant contenir les sçQtimens de sa reconnoissance pour un don aussi grand, aussi excellent que celui que le Seigneur vient Qe lui faire: son étoonement l'empêche presque d'apercevoir les moyens de remercier son Dieu ^ il emprunte, pour rendre grâces, ces paroles du psaiime ii5,/e prendrai le calice du salut \ calice de Jésus-Christ Nou*e— Seigneur, avec lequel nous avons tout ce qu'il nous faut pour louer Dieu et le remercier : calice du sang de Jésus^Christ , calice de bénédiction, qui a été offert par ce divin Rédempteur, et dans lequel le prêire Irouve de quoi rendre dignement ce qu'il doit à Jésus- Christ , par des actions de grâces et par des louanges qui n'aient ni bornes , ni mesures, et qui aient par-là <)uelque proportion avec les biens qu'il en a reçus. ^%voqu€rai le nom du Seigneur^ dit-il, en le béîiissant, en le remerciant, en le louant, sans demander ^'autres secours que Dieu même, que j'appellerai continuellement : si la vue de ma foiblesse m'alarme, celle ^ sa protection me rassure^ si Dieu est pour moi^ Visera contre moi^ et qui pourra m'intimider ? tjuels ennemis puis-ie craindre, si Dieu est mon dé- ^i 0 3

ii(5 Du Sacrifice

feoscur? quand donc }e serois exposé à tous leurft traits, quand ils m'environueroieut de toutes parts, yt n'eu seruis que nitis intrépide, parce que Dieu est mou salut Armé par la protection toute-puissante du corps eidu sang de Jésus-Christ, quand je devrois mourir avec mou divin Sauveur, je ne le renoncerai point \ car je puis tout dans celui qui me fortifie.

Plein de confiance, le prêtre demande que le sanfi de Jésos- Christ raffermisse dans tous les biens qu'il va recevoir, et qu*il lui serve de viatique jusqu'à II vie éternelle. Sanguis Domini nostri^ etc. il tient de II main gauche la patène sous le calice, de peur que pendant qu'il boit le précieux sang, il n^en tombe quelques gouttes. 11 le prend ,tout, avec la particule Aé 1 hostie qu'il y a mise, parce qu'il doit consommer k sacrifice sous les deux espèces.

Après la réception du précieux sang, le prêtre dil secrètement, à la première ablution: quod ore sumfH simus^ etc. Par celte prière, il demande que la divin nourriture qu'il vient de recevoir, soit pour lui et pov tous ceux qui y ont participé, un remède qui les sot tienne durant cette vie jusqu'à l'éternité.

En prenant du vin et de Teau pour ta dernière abl tion, le prêtre ajoute: corpus tuum. Domine^ qu sumpsi^ etc. Il ne parle que de lui clans cette prie parce que lui seul a reçu la sainte Eucharistie sous deux espèces. Il y demande à Jésus-Christ le rétaJ sèment de toutes ses forces, la destruction de tou? mauvais peuchans^ la délivrance de toutes ses mis la vie de la grâce, II demande enfin que^ par la ' des Sacremenssi purs et si saints qu'il vient de recf il ne reste plus en lui aucune tache, aucune marc ses pérhés.

Pendant que le prêtre essuie et couvre le i il doit être tout orrn|)é de sentimens intérieurs de f dotation , d'admiration^ de respect, de reconnoî de louanges, à la vue de la suprême majesté, c

DE LÀ Messt. :iJ(j

milité sans borhes^ de la charité incompréhensible de Jésus-^Christ qui habite en lui. Il doit lui oITr ir soà cœur^ les désirs qu'il a de lui plaire^ sa douleur de lavoir ofFensé, sa résoliUioti d'être à lavenir entière^ ment k lui, el prier ce divin Sauveur de suppléer à ce c|ut lui manque j et de lui donner tout ce qu'il devroit lui demander.

Enfin Faction de grâces termine la messe. Après le plus grand de tons les mystères^ et ie témoignage le plus éclatant de la miséricorde divine envers les hommes^ ous pouvons-nous faire, si ce n'est de remercier Dieu dans la plus profonde humilité. Si nous devons célébrer h magnificence de Diea^ à la vue de la perfection de les ouvrages* quelle doit être notre reconnoissance^ pour le bienfait le plus excellent que TEgiise ait reçu de Jésus«»Christ, et qui renferme le souvenir de toutes ses merveilles T

• Le prêtre lit Tantîenne appelée communion^ et alors i( doit entrer dans les sentimens que les paroles de cette antienne lui inspirent. Il se tourne vers les assistans, pour les avertir de remercier dignement avec lui le Seigneur des dons ineffables qu^ls viennent de recevoir, en loi demandant par les oraisons appelées post-comdilution ^ la grâce d'en conserver les fruits, el que ces fruits demeurent pour Téternité.

Ensuite, le prêtre voulant congédier le peuple, va »«i milieu de Tautet, qu'il baise, pour^n tirer en qnelqne manière, les bénédictions et les grâoes qu'il veut souhaiter aux assistans, en leur disant : Dominas vo-^ biscum. Le prêtée toujours tourné vers eux, leur dit: Jte^ missa est 5 non^seuleraent pour leur annoncer la fin de la messe , mais encore pour les exhorter à re— Nmer en paix dans leurs maisons, attendant de la miséricorde de Dieu, par les mérites de la victime qu'ils ^tettnent d'offrir et qui s'est offerte à Dieu pour eux, ^otilcequHIsdoivenldésirer et demander^ victime de pro- Viùaiion pour les péchés de tout le monde 5 victime

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