Tome L l
i3o Du Sacriftcb
4* Un bénitier à rentrée de la sacristie^afin quelesprétrei
{luissent prendre de rean-bénite en sortant pour aller dire a messe • comme les rubriques du missel 1 ordonnent. . 5. 11 faut attacher sur les murailles de la sacristie, en quelque endroit commode, un tableau des fondations qu^on doit acquitter pendant toute Tannée j et un autre tableau qui contienne les cas réservés dans ce diocese«
De V Obligation d'offrir le Sacrifice de la Messe ^ et des dispositions requises pour C offrir dignement,
Un prêtre ne peut, sous mielque prétexte quecesoic^ s'abstenir entièrement d'offrir le saint sacrifice de la messe ^ il ne peut pas même s'en abstenir pendant un temps considérable: si le droit naturel exige que chacun dans son état remplisse son devoir , est-il un devoir plus important pour uu homme qui est élevé à la dignité du sacerdoce, en est-il un qui soit plus spécialement le devoir de Tétat de prêtre, que celui d offrir à Dieu le sacrifice T Tout pontife , dit Tapotre , est établi pour offrir à Dieu des sacrifices pour les péchés. Jésus-Christ, en instituant ce sacrifice, a or^ donné à ses apôtres et à leurs successeurs dans le sa-cerdoce , d'oiïrir son corps et son sang : hoc/acite in meam commemorationem. C'est ainsi que l'Eglise a toujours entendu ces paroles de Jésus— Christ, et qu^eile Ta spécialement enseigné dans le concile de Trentct^ (Sess. 23« Cap. i. de sacrif. missœ. ) C'étoit la pensée* de saint Irénée^ quand il a dit que le Verbe a ordonné au peuple de flaire des offrandes à Dieu ( lib. contr. hœres. c. 34-) te n'est pas que le Seigneur en ait besoin, mais afin que le peuple apprenne à servir Dieu. Ainsi, continue ce Père, Dieu a voulu qve les prêtres lui offrissent souvent et sans discontinuatioa nn sacrifice à l'autel : sic et ideo nos ( sacerdotes ) ' éfuoque vult qfferre munus ad altare ^fréquenter ^ sine intermissione.
DE LÀ Messe. . i3i
' Les prêtres 9 ayant reçu à leur ordination le pouvoir de consacrer et d^ofTrir à Dieu le corps et le sang de Jésus-Christ, qui est la plus noble puissance qu'ils pouvoient jamais avoir , le Seigneur leur demandera compte de celte grâce, dont ils doivent se servir pour la gloire de Dieu , pour leur propre salut et pour celui da peuple, et ne pas la rendre mutile. L^apôtre saint Paol les y exhorle : hortamur x^os^ ne in çacuum
gratiam Dei reeipiatis. Ce qui a donné lieu à cette elle sentence, dont on fait Bède Fauteur: le prètra qui, sans empêchement légitime, omet de célébrer^ prive, autant quMlest en lui, la sainte Trinité de louanges et de gloire ^ les anges, de joie; les pécheurs, da pardon^ les justes, de secours et de grâces; les âmes dn purgatoire, de rafraîchissement; llËglise, du bien« fait particulier de Jésus; et soi-même, de médecine et de remède. Sacerdos non légitimé impeditus^ c^— lebrare omittens. quantum in eo est^ privât sanctam Trinitatem lauae et gloriâ \ angelos^ lœtilid^ peceatores^ venidy justos^ siibsidio et gratid; in pur-* gatorià existantes refrigeriOy Ecclesiam^ speciali be^ neficio y seipsum , medicinâ et remedio.
Le cardinal Cajetan, ayant enseigné en ses corn— meotarîres sur saint Thomas, qu^on pouvoit excuser de péché mortel un prêtre qui ne ccléhroil jamais la messe, ou qui célébroit rarement, ordonna qu^on rayât de ses écrits cette proposition.
U seroit difÛcile cependant de déterminer combien àe fois un simple prêtre , qui n^est point chargé du soin des âmes , ou qui n^a aucun bénéfice qui l'oblige de célébrer la messe , est tenu de célébrer par chaque année* L^glise n^a fait aucun règlement précis sur ce point. Le concile de Trente s'est contente dVnjoindre aax évèques de veiller à ce que les prêtres célèbrent la lûesse, au moins les dimanches et les fêtes solennelles^ [Stss. a3. cap. 2^. de reformât) : Ciirct episcopus ^ iisaltem diebus domùticiset/estis solemnibiis.-*
i3s Du 5ac»t?zce
misses célèbrent. Le pape Innocent II* tvoit déjà fort blâmé les préires qui ne célèbrent la messe que quatre fois l^année^ et les aroit menacés de suspense dans le cbap. dolentes de célébrât ione nUssarum.
Le premier concile de Milan, sous saint Charles} ceux oe Rheims et de fiordeaui, en i583 , d'Aîx en t585, de Toulouse en i49^) exhortent les prètrea à célébrer la messe plus souvent que les jours de dt«manches et fiâtes.
Presque tous les docteurs sont d'avis qu^un prêtre qui n'a point d'empêchement légitime, p^ohe mortellement, s'il passe une année entière sans célébrer la messe ^ parce qu'une si longue omission d'un devoir aussi essentiel, est assurément griève et criminelle.
A l'yard de ceux qui sont chargés du soin des Amei|. ou qui ont un bénéfice, il est'évident qu'ils sont obligé» de célébrer toutes les fois que les peuples commis. i leur charge, sont obligés d j assbter, ou que la fondation du bénéfice Texige.
C'est principalement dans l'action du sacrifice que les prêtres sont, pour ainsi dire, entre Dieu et les hommes, afin d'intercéder pour eux. Qu'ils pensent donc sérieusement à ces paroles de saint Grégoire, dans son pastoral (Lib. i. C€^. ii. ) : Qud mente apud J)pum intercessionis locum pro populo arripit , qui familiarem se ejus gratiœ esse per yitœ meritum nescit ; €mt à Diso quomodo aliis çeniam postulat qui utriim sibi placatus ignorât?
Il sera aisé à chacun de juger ^ dit le concile de* Tr>.*iite ( Sess. a2. in décret, de obsen^. et "vitand. in celrhrat. Miss, ), quel soin il f cuit apporter pour crflébrer le très-saint sacrifice de la messe^ avec tout U respect et toute la vénération dont on doit user dans les choses de la Religion , si on considère que celui qui fait Vœuvre de Dieu avec négligence ^ est traité de maudit dnn.s les saintes lettres. Car^ si tious sommes nçcessairemeni obligés davouer que les fidèles ne
JDB Xi Messe. i33
peuvent exercer aucune œui^re si sainte ni si divine que ce mystère terrible^ dans lequel cette hostie s^i^ vifiante^ par laquelle nous avons été réconciliés à Dieu le Père^ est tous les jours immolée sur l'autel par les prêtres^ ilparott assez clairement quilfaut mettre tout son soin et toute son application^ pour faire cette action avec la plus grande netteté et pureté in^ îérieure de cœur ^et la plus grande piété et dévotion extérieure qiûil est possible.
Avec quelles dispositions les prêtres ne doivent-ils doue pas se préparer à la célébration des divins mystères? Car quelle intégrité ^ quelle religion doit être celle d'un prêtre ) dit saint Chrysostôme \de sacerd. A 6. c. 3. ) P QueUes doivent être les mains qui opèrent dépareilles merreilles , et teuchent le souverain seigneur ae toutes choses? Quelle doit être la langue qui profère ces paroles? Quelle sainteté doit être comparable à celle de Tâme qui est remplie de ce divin Esprit f Les aoges sont autour du prêtre quand il sacrifie ^ les espriui célestes applaudissent à ce divin mystère ^ les chœurs des toges sont assemblés auprès de Tautel, s'anéantissant pour rendre leurs hommages à la victime immolée. Il est aisé de s'en persuader, si l'on pense à la grandeur et à la dignité du sacrifice qu'on oflre. U faut qu'un prêtre a!t les mêmes sentimens que le Fils de Dieu ; qu il s'anéantisse par une profonde humilité^ que représentant sou crucifîement^ il porte les marques de ses plaies comme gravées dans son cœur, et que son cœur soit liQ autel sar lequel il se sacrifie lui-même à Dieu. Va saint Père ajoute , que ces mystères si augustes ne de— broient être opérés que par ceux qui sont, en quelaue manière, semblables à Dieu par la fermeté immuable dans le bien, et par la sainteté de leurs actions ^ et qui , D'étant attachés qu'à Dieu seul , sont entièrement irrém prochables et sans aucune tache.
Il semble qu'on ne peut cxag'-'rer sur ce point , et que totti ce que Ton pourroit dire ^ur la :^iiiteié avec
i34 Du Sacrifice
laquelle les prêtres doivent vivre, et sur la pureté qu'il faut avoir pour offrir le saint sacrifice, est encore audessous de la vérité'.
Néanmoins comme ce ministère, quelque grand qu^il soit, doit être exercé par des hommes sujets à la mort et au péclic , que nul ne peut se flatter d'être parvenu au degré d'une sainteté angélique^ que les prêtres se souviennent au moins que TÈglise^dans les siècles passés, excluoit ou bannissoit pour toujours des saints autels ceux qui étoient tombés dans certains crimes ^ et qu^elle a toujours eu en horreur les dispositions des prêtres qui célèbrent la messe par respect humain^ par coutume, ou par esprit d avarice. Tenet nec immerito sermo Dominicas^ dit un synode de Cologne en i536, qui çetaù nos sanctum aare canihus , et margaritas nos^ iras projicere ante porcos \ dùm quosdam leviculos sacerdotes illautis manibus pedihusque^ \iU in pro^ verbîo est^ audacihs in hœc sacral issima mrsteria
Îjiiàm in profana erumpere comperimus. Quaies sunt li qui humano affecta tantàm et poliiis ex more quàm ex dévot ionis ardore ad ait are accedunt , quorum polluta est mens et conscientia.
Les prêtres devroient méditer continuellement ce
3ue les saints docteurs et les conciles disent sur le sacer* oce, et sur le saint sacrifice de la messe. Ils y trou-^ veroient tous les sentjmens nécessaires pour nourrir leur foi et leur piété j ils y apprendroient comment ils doivent regarder et oflTrir nos redoutables mystères^ ils y verroient qu'un prêtre est un homme tout aa-r
§uste , tout divin ; que le sacerdoce est une dignité an-? . essus de toutes les grandeurs de la |(erre^ que cW aux prêtres qu'a été confiée la dispensation des chosef mêmes qui sont dans le ciel \ qu'ils ont reçu une puis-sance dont les anges et les arcauges n'ont jamais été honorés^ puissance des prêtres, ajoute saint Chry-» sostôme, qui est celle que le Fils de Dieuarcçu6
t>B LÀ Messb. i35
de son père, et qn*il a mise entre leurs mains. Pater omnem potesiatem dédit Filio : cœteriim video eam^ dent potestatem^ à Deo Filio sacerdotibus traditam. Si nous cousuhoiis là -dessus saint Augustin , il nous répondra que la dignité des prêtres est Tenérable : que le Fils de Dieu est tous les jours incarné daus leurs mains, comme il Ta été une fois dans le sein de la très-* saiute Vierge^ que la sainteté de leurs mains estdignt de respect ^ que, tandis que le prêtre offre les divins mystères, les anges y assistent pour le servir, tout le ciel est dans Tctonnement, de voir tant de grandeur et d autorité dans un homme mortel; que la terre en est &ap|H*e d'admiration, Tenler tremble de frajreur, et toutes les piiissaitces du ciel regardent cette merveille avec b plus profonde vénération.
Ce détail nous mcueroil trop loin; nous renvoyons
à la lecture des ouvrages des Pères, de tous les saints
docteurs et des décrets des conciles, pour s'instruira
pleinement sur celte importante matière, et pour s'y
convaincre que, puisque les prêtres ont, selon 1 exprès*
sion de saint Laurent Justinien, l'honneur d'aider Dieu :
même dans Taugiisle sacrifice de nos autels, de le tenir
dans leurs mains, de le donner eux-mêmes aux peuples^
leur vie doit être plus angéliqiie qu'humaine. Il faut^
ajoute ce saint évêque, qu'tm prêtre monte au tribimal
de l'autel, comme Jésus-l^hrist ; qu'il y assiste comme
un ange; qu'il y serve comme un saint; qu'il y offre
les vœux et les prières du fieuple, comme pontife j
qui! y demande la paix, comme médiateur; qu'il y
prie pour lui-même, comme étant sujet aux infirmités
bumaiues. Il faut qu'il soit zélé pour la gloire de Dieu^
^ligieux dans toute sa conduite, humble de cœur^
plein de compassion pour les fautes et les foiblesses
de ses frères. Accédât sacerdos ad altaris tribunal^
ttt Christus^ assistât ut angélus^ ministret ut sanctus^
populorum of/érat vota^ ut pontifex ^ interpellet
pro voce, ut mediator; pro se exoret^ ut homo^
l3d Du SACBIFtCt
huic expédie^ Ut dmnœ sit laudis amator^ religiosus in se^ humilis corde ^ et erga proximornm errata^ compossione compunctus.
De la Préparation éloignée^ pour se disposer à offrit
le saint Sacrifice de la Messe^
J JE prêtre qui veut cëlëbrer^ doiti avant que de se re-» Têtir des h biu sacerdotaux ^ se recueillir , pour penseir k la grandeur du sacrifice qu'il va o&ir.
Il doit s'y disposer avec toute Fattentiop , toute h pureté 9 tout le resoeét qu'exige une si auguste fouclîoB: et, pour cet effe^ u doit s'éprouver et s'examiner soimême , comme ait l'apôtre saint Paul, pour ne pas sa rendre coupable du crime que commettent ceux qui osent s'approcher de l'autel, et offrir la victime sans Uche, avec une conscience souillée, et pour se mettre en état de mériter les grâces préparées a ceux qui s'acquittent dignement de ce redoutable mihistère.
C'est pourquoi, ce prêtre doit alors considérer que,
5ar le sacrifice de la messe, il est ministre de l'Eglise ans la plus excellente fonction qu^elle puisse exercer pour rendre à Dieu l'honneur qui lui est dû; qu'il représente Jésus— Christ dans la plus grande oeuvre de ce Dieu rédempteur, pour le salut de tous les hommes; et qu'il va faire l'action la plus excelUnte qui puisse être confiée à un membre do corps de l'Eglise dont Jésus-Christ est le chef.
Qu'il se souvienne qu*en qualité de ministre de l'Eglise, il est chargé en son nom comme média-» teur, de réeoncilier les hommes avec Dieu, afin que ceux qui assisteront au sacrifice de la Messe , reçoivent une plus grande abondance de grâces par le secmm des prières que le prêtre offre alors, au nom de l'Eglise^
!)our le salut de tous les fidèles. C'est pourquoi, comme 'enseigne saint Augustin ^ il y a daHs le sacrifice de Im
quatre sortes d'oraisons, que saint Paul marque^ lorsqu'il dit à Timothëe : fe vou$ prie donc (ju^ayani toutes choses on fasse des supplications^ des prières^ des denumdes ^ des actions de grâces , pour tous les hommes» Ce sont ces oraisons ordonnées par TEgUse toujours inspirée de Dieu, quelle veut que le prêtre ofiire au Seigneur eu sou nom, et dans le même esprit qu elle les a prescrites.
Le prêtre qui va célébrer, doit encore faire attention qa^il est ministre de lIEçlise, pour rendre à Diea Créateur et souverain Seigneur de toutes choses, le coite que les théologiens appellent de latrie ^ lequel , oomme le remarque saint Augustin , demande les actes intérieurs de foi , d'espérance et de charité : vertus doni doit être plus particulièrement orné un ministre des sânis autels: et c'est pour exprimer plus sensiblement cette adoration et cette protestation solennelles de la souveraineté de Dieu, et de notre dépendance de lui, que se font, durant la célébration du saint sacrifice de la messe, toutes les cérémonies qui marquent extérieurement le respect le plus profond ^ comme sont les in— dioations ou corps, les génuflexions, les élévations des yeux et des mains, les coups que le prêtre se donne, en frappant sa poitrine ^ il doit s occuper de Thonneur qu'il a, commeministre de Jésus-Christ, de renouveler en sa propre personne la mémoire de la passion et de la mort de ce divin Sauveur, qu'il représente dansses habits et dans ses actions, lorsqu'il offre cet auguste sacrifice propitiatoire, sacrifice qui est le même que celui que J.C., souverain pontife, a offert sur 1 arbre de la croix, en répandant tout sou précieux sang, et pour lequel le prêtre emploie les mêmes espèces et les mêmes m^êres dont Jésus-Christ se servit au dernier repas qu'il fit avec ses apôtres, lorsqu'il leur ordonna et à leurs successeurs, de faire la même chose ^ en leur disant \ faites ceci en mémoire de moL Le prêtre } par cette puissance qu'il a reçue de
i38 Du Sàckifick
changer lë pain et le vin, au corps et au sans de J&as« Christ, et d'offrir ce corps et ce sang, est ëlevë nonseulement au-dessus des autres honinies, mais encore au-dessus des anges, qui le regardent avec respect ^ tandis qu'il célèbre ces divins mystères, et qui eii sont saisis d'étonnement et d'admiration. Ces esprits célestes qui assistent à cet adorable sacrifice, non seulement y adorent Jésus -Christ réellement présent, dit saint Chrjsostôme. ils y aident encore le prélre cëlébraut j ils proiitcnt oe ces momens favorables et de celte obla-» tion agréable à Dieu , pour prier pour nous : et ainsi que les hommes qui veulent porter les princes* de U terre à la miséricorde, leur présentent comme symbolei de la clémence et de la paix, des branches d'olivienf do même, dit encore ce saint docteur, les anges, pen-» dant le saint sacrifice de la messe, offi'ent à Dieu la Père, le corps^de son Fils; ils sollicitent Jésus-Christ pour le salut du genre humain, en lui disant: nooi vous prions, Seigneur, pour ces hommes que vous avez tellement aimés , qne vous avez consenti â^ être attaché à la croix et à mourir pour eux. Nous vous supplions d avoir pitié de ceux pour lesquels vousavei répandu tout votre sang ^ nous vous conjurons de Taira miséricorde à ceux pour lesquels vous avez donné votre corps, en le livrant à la mort , pour leur donner la vw
Enfin) le prêtre qui se prépare pour célébrer la messeï doit penser que, comme membre de Jésus^-Christ, il doit recevoir la même hostie qu il va offrir à Dieu^ et aue par-là il deviendra la demeure et le temple de la divinité et de Thumanité de Jésus-Christ. Yoili la précis des fonctions du prêtre dans la célébralioD delà messe. Ces réflexions suffisent pour le convaincre db respect et de la pureté qu'exige de lui un sacrifice si terrible, çt si digne de tous nos hommages.
Et comment pourroit-on ne pas conclure de' rim-poriance de cette divine action, que tous ceux qui sont honorés du sacerdoce de Jésus**Chcist , oe peuvent
DE LÀ Messe. iSg
assez craindre qu'une tiédeur coupable dans la célébration des saints mystères, n'afToiblisse et n^ëteigne en eux les seutimens de religion et de ferveur qui doivent les y disposer? Malheur à ceux qui ne regardent qn avec indifrérence le privilège inestimable de pouvoir célébrer tous les jours! malbeur à ceux qui ont perdu, ou qui n^ont jamais connu la haute idée qu'ils doivent avoir dVn ministère, qui, leur donnant la liberté de converser plus familièrement avec Dieu, ne devroit produire en eux que des sentimens toujours plus vifs de reconnoissance, de respect, d'une tendre dévotion , d'tne crainte vraiment filiale, d'empressement et d'à— monr! sentimens que la fréquentation du Sacrement adorable de nos autek rendroit toujours plus parfaits, si Von B^en approchoit pas avec une négligence qui marque au moins une foi languissante et stérile. Quelle douleur pour l'Eglise, lorsqu'elle voit des prêtres qui^ uniquement occupes des soins et des sollicitudes qu^ar— rache de leur cœur, l'amour des choses de la terre ; et, oubliant toutes leurs obligations , poussent enfin la témérité , ce qu'on ne peut dire sans horreur , jusqu'à monter au saint autel avec une conscience souillée de crimes, toujours plus méchans, toujours plus impies; et dans des dispositions qui les conduisent enfin à cet état déplorable oii, plus ils exercent les sublimes foncti(H)s ou sacré ministère, plus ils les profanent et s'en rendent indignes \
Le prêtre qui va célébrer, doit donc demander instamment à Dieu, avec tout le recueillement et toute la ferveur dont il est capable, la grâce d'offrir ce ter«« rible sacrifice avec la piété qui doit ly préparer et ranimer pendant qu'il l'offre. Il demandera la pureté dont doit être orné celui que l'Eglise présente à Dieu comme son ministre : car, quoique ses péchés, quelle
digne ministre, tout cdiiveit de crimes et d'iniquités ^
Chri
l4o Dt7 Sacrifice
ose paroitre k ses yeux, comme charge des vcrax ei des larmes de TEpouse sainte et toute pure de Jésus- Christ.
ËD effet^ si FEsprit saint nous ordonne de préparer notre âme aidant la prière et nous d*:fend a être du nombre de ceux qui tentent Dieu^ en croj^ant mériter la grftce du recueillement par leur dissipation ^ si nos prières ordinaires et particulières demandent les dis*
B>sitions d'une âme qui désire de s^lnir intimement k ieu, quelle doit être la pureté de celles qu'exige one prière aus^i solenœlle et aussi précieuse, devant les
Ïeux du Seigneur^ que Tauguste sacri6ce de nos autelsP Ist-il besoin dViitrer dans de grands raisonnemens, our prouver que la divine offrande qui présente Jésus* ist à Dieu, demande des sentimeus plus parfaits et plos profonds d^attention et de respect , que toutes les autres prières?
Un moyeu très-utile pour aider Fattention du prêtrs cnii célèbre la messe , est Thabitude de garder avec 1 exactitude et la modestie requise, tous les rils prescrits par les rubriques , et d'observer toutes les céretnouies qu'elles enjoignent, comme sont les géniK* flexions, les élévations des mains et des yeux, et antre^ en pendant qu^eiies sont faites en présence de Dieu , et quVIIes ne doivent avoir pour objet que de lui rendre les hommages du cœur. Si ces cérémonies sont faites sans attention, elles ne seront plus qtie comme un corps sans Ame , et que des protestations vaines et illusoires des seutimens avec lesquels on paroît s''offrir k la mijesté divine, eu Jésus- Christ et par Jésus-Christ Aussi nous vojons ( et comment peut-on n^en être pas affligé ) que Tair irréligieux des prêtres qui célèbrent ta messe négligemment, et par manière d^acquit, cause Tindévotion des peuples^ lorsqu'ils assistera à nos saints mystères , et les porte a des irrévérences , qui n^abon^ lissent que trop souvent , à une impiété consommée.
Toutes ces vérikés doivent apprendre aux prêtres qtu
DE LA MbSSE. i4i
se pteprenf pour dire la messe , quel est le respect ^ quelle est FattentioD , quelle est Texcellence des dis^ positions que demaiide d eux le sacrifice qu'ils vont offrir^ puisque les prières et les cér<^inonies que FEglise a ordonnées pour cette céleste action^ supposent daus celui qui doit la faire, toute la dévotion dont peut être capable un cœur qui désire ardemment de s'offrir à Bien , comme une nostie vivante, sainte et agréable à ses jeux*
Pour en être encoreplus pleinemen t convaincu, le prêtre qui est sur le point de célébrer, doit considérer qu'il njr a point de prière plus excellente, point d'acte qiu honore davantage la dTivine majesté, rien de plus grand dans la Religion, que le sacrifice de la messe, par lequel , ainsi que nous Tavons déjà dit, ou reconnuit le souverain domaine de Dieu , dont la libéralité nous a donné tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes^ dont la puissance et la bonté nous délivrent d'une infinité de maux. C est pourquoi , riuteution de l'Eglise a toujours été, de ne choisir pour ministres du sanctuaire, que ceux que la vertu et la piété rendent particulièrement recommandables.
En tout tem|)S Die» a voulu que ceux qui désiroient lui oflfrir des sacrifices^ s'^ préparassent par une plus
favorablement Abel et ses présens ^ mais qu'il ne regarda point Caïn, ni ce qu il lui avoit oflèrt^ comme $i le Seigneur, pour agréer ou rejeter ces sarrifidces, n'avoit eu égard qu'à la puhé de ce^ix qui les («fTroieut. Telle est Texpiication q >e nous en donne Tapôtre saint Paul, lorsqu il dit, écrivant aux Hébreux, que c^est par la foi quAbel offrit à Dieu unp plus excrltfnte victime que Cain ; et qu'il fut déclaré justf" . Dieu rendant témoignage quil acceptoit ses présens. L'apotre saint Jeau dit aussi dans sa première épitre,
14^ Du Sacrifice
que les œuvres d^Abel éloient justes , et que celles âe Caïn ëtoîent mauvaises.
Aussi Noé^ que le Seigneur déclare avoir été un homme Juste et parfait au milieu des hommes de son temps , at^oir mardié avec fidélité en sa présence de Dieu ) dans tous les diflférens âges de la vie j el qui connut que le monde alloit être comme punfié aes iniquités dont les hommes a voient rempli toute la terre, par les eaux dn déluge qui les 6t tous périr, ofifrit à bieu un sacriBce, que le Seigneur, qui voyoît les dispositioDS de son cœur , reçut comme on reçoit une odeur très-^agréable.
Abraham ne dressa un autel , et n offrit un sacrifice à Dieu, qifaprès avoir abandonné son pays, sa parenté, et la maisou de sou père^ aprè^ avoir quitté tout commerce avec les pécheurs^ après avoir renoncé à toute affection pour les choses de la terre ; après son arrivée dans la terre que le Seigneur lui avoit montrée.
Telles furent encore les précautions que prirent les patriarches, lorsqu'ils offrirent des sacrifices au Sei* gneur: ils s'y prcparoient, en tâchant de se rendre agréables à Dieu, et en purifiant avec eux tout ce qui leur appartenoit.
La loi donnée par Moïse , exigea de plus grando dispositions encore, pour le culte divin , qu'elle rendit plus parfait qu'il ne Ta voit etc. Les sacrifices ordonna par le Seigneur, quoique simples figiu*es de celui que Jésus- Christ a offert sur la croix à Dieu son Père , et que les prêtres offrent tous les jours avec Jésus-Chrût) exigeoient néanmoins une plus grande préparation- C'est pourquoi il est dit, dans Fcxode, qne les prêtres
3ui s approchent du Seigneur, doivent se sancufier, e peur qu'il ne les frappe de mort : sacerdotes que* <fue^ qui accedunt ad Dominum , sanctiJtcentuTy ne percutiat eos* C'est pour cela que Dieu ordonnait continuellement aux prêtres d'être saints, parce qu'ils étoicnt chargés de lui offrir l'encens qui lui est dû.
DE LA Messe. 1^3
Sancti erunt Deo suo , et non polluent nomen ejus ^ incens uni enim Domini^ et panes Dei sui offerent ^ et ideo sanctificentur.
TaDt d^ablutioQs, d'onctions, de purifications or-« données aux prêtres de Fancienne loi; l'éclat, la ma-^ gnificence, les omemens des habits dont ils étoient retèius^ l'usage du vin interdit, la fuite et l'éloignement de tout ce que la loi jugeoit impur et immonde pour eux \ Texclusion des fonctions du sacerdoce , ordonnée pour des défauts et des difformités qui nintéressoient que le corps: en un motj, toute cette pureté, qui n'étoit ^'extérieure, mais proportionnée à Tintelligeuce du peuple Juif, à un temps où toutes les choses qui arrivoient, étoient des figures de la vérité que nous pos^ lédons aujourd'hui, cette pureté, dis- je, qui ne r^loil et ne sauctifioit que Textérieùr , nous apprend ce qu'exige de nous rexcellence du sacrifice qu'il nous est permis d'off'^ir aujourd'hui, et dont ceux de Tan* tienne loi n'étoient que Torabi e : ce qui fait dire à saint Basile, que Moise, par les règles qu'il a prescrites aux prêtres de la première alliance, apprend à ceux qui ont Thonneur u être associés au sacerdoce étemel ^
Ju'^autant que le corps du Fils unique de Dieu estaufssns des béliers et des taureaux, autant est plus énorme Timpiété de ceux qui osent offrir, avec une conscience souillée, le corps du Seigneur qui s'est offert lui-même Il Dieu pour nous en sacrifice, comme une victime de très-agréable odeur : victime dont lexcellence ne souffre aucune comparaison. Moses equidem formant dans his^ qui tune erant^ ad nostrain commoncfactionem in lege à Deo data erudit nos^ quod tanto magis impius est^ qui cum macula audet trac tare corpus DonUni^ qui dédit semetipsum ohlationem et hostian^ in odorem siuivitatis^ quantum corpus unigeniti Filii Deieoccedit arietes et tauro , non in comparât ione : mcomparabilis est enim excellentia.
Cest ce^'a voulu encore nous apprendre Jésua-Chrbt
i44 ^^ Sacrificb
lesouverain prêtre ^ lorsque, voulant instituer et oflfrir eel adorable sacrifice , au dernier repas ou^il fit avec ses apôtres 9 il leur lava les pieds , en leur disant : celui aui est Uwé^ fia besoin que de se laver les pieds ^ mais il est d'ailleurs entièrement pur : et par-là, ce Dieu sau^ veur nous enseigne que tous ceux qui se préparent k ^offrir son corps et son sang, doivent être purs de corpa et d^espril \ linres et exempts de tout appétit dérégie ; saints dans toutes leurs démarches , et détachés de tout ce qui appartient à la terre. Geai pourquoi, selon qntt nous le lait entendre saint Denb, le prêtre, avant cme de commencer le sacrifice, lave Texlrémité de ses maniai
Î^our signifier la pureté qu'exige une action aussi sainte 1 est difficile de ne pas sentir combien est néceaiairâ cette grande pureté , si Ton réfléchit sérieusement su? ces paroles terribles de Tapôtre saint Paul: que chacun donc s^ éprouve soi-même^ avant d'approcner de celle table sacrée ^ qu'il examine sa conscience \ et si elle m lui reproche rien, qu'il mange ainsi de ce pain, et qu'il boive de ce calice ^ mais si elle ne lui rend pas ce bon témoignage, qu'il prenne bien garde de s'en approcher j car quiconque en mange et en boit indignemati^ boit et mange sa condamnation^ ne discernant pa$ le corps du Seigneur^
Si nous représentons à l'Âutel Jésus-Christ lôihverain Pontife, nous devons travailler i être les inii^ tateurs de Jésus-Christ. Or, nous avons en Jésus- Christ un Pontife saint , innocent , pur , séparé des {fécheurs^ et élevé au-dessus des deux ; et puisque e pouvoir qui est accordé au prêtre , de changer par les paroles de la consécration le pain au corps, et le vin au sang de Notre-Seigneur , est supérieur de beai^ coup à tous ceux qu'ont reçu les anges, la vie du prêtre doit être toute céleste et tonte angélique. C'est la con» séquence qu'en tire saint Basile, avec l'apôtre saint Paul.
' U est donc nécessaire, dit ce saint docteur ^ ^oh^-^
sen^er
SB CA MeSSK. 14s
server en tout temps^ mais principalement pour se met^ tre en état decélebrer dignement les saints mystères^ ce précepte de l'apôtre saiot Paul * puisque Dieu bous a fait de telles promesses , purifions-nous de loul ce qui souille le corps et Tesprit^et achevons dausb crainte de Dieo^ Toeuvre de notre sanctification. Evitons de donner aucun sujet de scandale à personne ^ de peuc que Ton ne blâine notre ministère.
Si le prêtre veut encore faire aiiention qu^en qualilâ de meniore de Jàus-^Christ, il a le bonheur de participer i son corps et ii son sang, et que cette partie dpation demanoe une sainteté touu» particulière ^ ainsi que nous Tapprenoos^ et de ce qui est et étoH ordonné aux prêtres ae Tanfienue loi, pour des choses qui netoient que b figure de Toblation toute pure qui devoit être sacrifiée i Dieu , depuis le lever du soleil JQsqn au couchant ^ et de ce quVn dit encore plus clairement FEvangile; si le prêtre, dis-je, veut y ré-^ fléchir sérieusement , il sera toujours plus convaincu de la perfection et de lexcelience des dispositions que demande le sacrîfiire adorable de nos autels , dans ceux qui doivent Toffirir. Parlez à Aaron et à ses fils , dit te Seigneur à JUnise^ afin qu'ils prennent garde , lors^ qu'ils ne sont pas purs , de toucher auoo ablations sacrées des enfans d Israël^ pour ne pas souiller ce qu'ils ns affrétât et ce qui nCest consacré. Je suis le Seigneur^ h Stwit d Israël^ dites- leur ceci^ pour eux et p€mr leur postérité : tout homme de i^otré race qui^ étant deuenu impur ^ s^ approchera des choses qui auront été consacrées ^ et que les en/ans ^Israël auront certes au Seigneur , périra devant le Sei^ gneur ; /e suis le Seigneur , et je Vor donne ainst^ Si les menaces de Dieu ont été aussi terribles contre ceux qui, étant impurs, s^approcboient des choses qui H^éloient consacrées que par des hommes, quelle doit kre la vengeance réserrée pour punir les profanateurs^ Tome L K
i46 Bu Sacrifice
et surtoutles prêtres profanateurs de la divine EucharistiéT C^estla remarque de saiut Basile^ sur ces paroles du Lévitique: taies minœ propositœ sunt contraeos^quisimpWciter accedunt ad ea ^ quœ ab hominijbus sanctificata sunt: quid vero quis dixerit contra eum^ qui in fantum ac taie mjsterium audet : quanta enim hoc plus temph est , juxta ipsam Domini tHKem , tante grai^iùs et horribiliàs est^ in inquirutmento animœ 4iudere contingere corpus Christi^ quàm aitingere arietes et tauros. Rappelons encore ici la puniliea de celui qui entra dans la salle du festin^ rCajfont pas de robe nuptiale.
Jésus-Christ fait ses principales délices de la poret^^ un cœur infecté par le péché, est-il bien digaede loif Ce Dieu, source inépuisable de toute sainteté, n\ voulu s^incamer que aans le sein très-pur de la bien* heureuse Vierge Marie: il a voulu que son corps sacré ne fut déposé que dans un sépulcre neuf, où Ton n'avoit encore mis personne : peut-il choisir une tmê impure pour sa demeure f
' Mais nous sommes trop foibles pour nous rendre jamais dignes d^oflrir et de recevoir cette hostie sainte^ quand nous y travaillerions toute notre vie : c^est pour* quoi TEglise, avant notre communion, veut nous faire avouer notre indignité à Jésus-Christ , par ces parola 4u centenier: Seigneur^ je ne suis pas digne ^ etCi Cependant nous devons nous y préparer, de maniért quen approchant de ces redoutables mystères, nous n'ayons pas à nous reprocher ce qui doit faire craindre d'être du nombre de ces indignes communians, oonM lesquels Fapôtre saint Paul a prononcé anatbéme Et c'est ce qui doit engager le prêtre, qui se dbpose k dire la messe, à ajouter à Texamen exact de sa conscience*, la considération des motifs les plus propres & exciter en lui la foi , le respect,, la dévotion, une sainte ferveuf, Tespérance, Tamour, le désir , la reconnoissance, la
DE lÀ Me^SE. l^l
crainte filiale , l'humilité , ei tous les sentimens de dé*^ votion et de ferveur, qui procurent à Tâme les avantages ineslimables d^uuc bonne communion. AJou-^ tons à ce que saint Charles vient de nous dire ^ sur les sentimens qui doivent préparer les pritres à la célébration du saint sacrifice de la mes$e, que^ selon la pensée de saint Thomas, le propre effet de TÉucharistie, étant de transformer Inomme en Dieu, on ne peut qn^en conclure, que la vie des prêtres, qui ont le bonheur de se nourrir plus fréquemment, et mâme tous les jours, de ce pain descendu du ciel^ pour pré^ server de la mort ceux qui en mangeront , doit être plus qu'humaine, et en cruelque sorte divine. Il leur est plus spécialement oraonné de ne s'attacher qu^à Dieu, de ne penser qu'à Dieu, de ne vouloir que Dieu^ de ne parler due de Dieu, de n'agir que pour Diou^ d'être animé de Tesprit de Jésu«-Christ , u en être une vive image, de faire leur plaisir du soin de lui plaire ^ de ne s'occuper que de sa parole , de son Evangile , de sa doctrine céleste, de ses vérités saintes, de ses exemples^ de son obéissance, de sa charité infinie* Ils doivent offrir continuellement à ce Dieu Sauveur, des dispositions de victimes toutes dévouées à sa gloire^ et au salut des âmes.
Le Seigneur menaçoit de mort le grand prêtre de l'ancienne loi , qui oseroit exercer devant lui les fonc^ tions du sacerdoce , et entrer dans le sanctuaire sans avoir les habits pontificaux ,et tous les saints vètemens ordonnés pour la gloire et le cérémonial du culte divin. Quels plus grands supplices ne mérite pas le prêtre de la loi nouvelle, qui s approche, non d'une arche fi-» garative , mais de Dieu même , pour lui offrir Notre-^
pas des sentimens dignes de son ministèref Malheur, die saint Thomas de Villeneuve) malheur aux prêtres
i48 Du Sacrifice
qui ont Taudace de toucher le sacré corps de J^os** Cfirist avec des mains sacrilrges, et de le recevoir avec une conscience impure ! yœ sacrilegis numibiis! "vœ immiindis pectoribus impiorumsacerdoium^ à quibus tam insolenter quotidie tangitur ^ et suscipUwr ! Si la vengeance a ëté si terrible pour Tombre, combien le sera-t-elle davantage pour la vérité P«$ï talis uUioin umbrâ , qualis fiet in veritateF
Un prêtre, qui veut se préparer à dire la messe, doit donc premièrement examiner sa conscience , avec toute Taitention dont il est capable, pour voir s'il est lié de quelques empôchemens, donl il ait besoin d'être absous avant que d'offrir le saint sacrifice* On compte, au nombre de ces empécliemens , les censures ecclésias* tiques et les irrognlarités. Celui qui s'en trouve lié, ne peut célébrer eu cet état, sans se rendre coupable d'ua très- grand péché.
Lorsque le prêtre qui veut célébrer la messe, se sent coupable d'un péché mortel, ou justement stispecl de Fêtre , il est indispeusablemeni obligé de ;se confesser auparavant, s'il ne veut pas s'attirer la colère de Dieu: ce que saint Charles exprime par l'exemple du superbe Aman , qui, après s''étre glorifié de 1 honneur d'être in*. vite au festin que la reine Eslher avoit préparé, n^en sortit que pour être attaché à un gibeuCe saint cardinal ajoute que leprëtre qui, coupable de péché mortel, ose ccltfbrer dans cet état , mérite la malédictionprononcée par le prophète ijiat mrnsa eorum coroM ipsîs , in laqueum , et in retributiones , et in scan^ dalum.
Telle est encore la décision du concile de Trente {scss. iZ^cap. 7, de Eucharist.) Ce saint concile ajoute q'te, quelque contrition que croie avoir celui qui sent sa conscience chargée d'un péché mortel^ il ne doit point s^ approcher de la sainte Eucharistie^ sans avoir fait précéder la confession sacramentelle^ Décret qui oblige perpétueUemeat, non-seulemeiU tous
t>E LA MeSSC. itlg
les chrrtien^, mais même les prêtres^ qui se tronvent dans lobligatioD de célébrer par le devoir de leur emploij doctrine contre laquelle cecoiiciIe(^^^\y. i^^can. \ï ^de EucharUt. ) a détendu d'enseigner et de prêcher. Si (fuis auiem contrarium docere^prœdicare^ vclper^^ tinaciter asserere^ seu et tant publiée disputando defetu dere prœsumpserit^ eo ipso excommunicatus eœistat. A regard aes prêtres q^ii se trouvent obligés de célébrer par le devoir de leur emploi , le concile ajoute pour eux cette exce;ption : pourvu qu^ils ne manquent point de confesseur^ modo non desit illis copia cort/esso" rû; mais alors ils sont obligés de s'excîier de tout leur cœur ila plus vive iPt à la plus parfaite contrition dont ils sont capables ^ priant Dieu instamment delà leur accorder; irec une extrême confusion cependant de Tétat criminel (^fiik se voient, et dans Tcspérance que Dieu leur fera miséricorde, parce qiie ce n'est que par nécessiié qu'ils célèbrent alors. Dans ce cas, le même concile (sess. i3, cap. 7, de Eucharist.) prescrit au prêtre qui n'a pu se confesser auparavant^ de le faire ensuite le [)liilôt qu'il pourra; quod si nccessitate urgente^ sacerdos absque pr(v\*iâ confessionecelebraverit ^ quumprimuin conjiteatur.
Il faut donc^ suivant le décret du concile de Trente^ pour qu'un prêtre, qui est coupable de péché mortel, puisse célébrer la messe, sans avoir fait précéder la confession sacramentelle, il faut absolument que ces deux conditions se rencontrent ensemble; savoir, qu'il}' ail pour ce prêtre une véritable et pressante nécessité de célchrer , qu'il n'y ail aucun confesseur à qui il puisse recourir. A regard de la nécessité véritable et pressante de célébrer, L on en donne communément un exemple, celle de dire ; UQ jour de dimanche ou de feie, la messe paroissiale^ dont l'heure est venue, et qui ne peut être difTérce davantage, parce que le peuple attend. Il y a des ihéo-* logiens qui mettent encore au nombre des cas, où celte nécessite vérîuble et pressante a lieu, robli^ation de
JV ô
nSo Du Saceificb
consacrer des hosties pour donner le saint vialique ades moribonds ; et celle où est un corë de célébrer pour un mariage ou pour des funérailles. Un ancien sjiiode de Nîmes approuve ce dernier cas.
En expliquant ce que dit le concile de Trente, que, si par une nécessité pressante, un prêtre célèbre sans s'être confessé auparavant, il doit le (aire au plutôt, quelques casuistes ajant pris pour un simple conseil ces paroles: quampiimîim confiteatur ^ et n'ajant pas voulu les re- ;arder comme un précepte rigoureux, le pape Alexandre ^11. condamna leur commentaire en 1 666. Cesouverain pontife condamna encore par le même décret , le sen-* liment de ceux quisoutenoient que ce terme, au plutôt^ quamprimum^ ne devoit s'entendre que du lempt auquel ce prêire a coutume de le faire. Le clergé de France, dans rassemblée de 1700, a aussi jugé la doc-*' trinede ces casuistes, fausse, pernicieuse, et entière-' ment contraire à un décret clair et formel du concile de Trente.
Saint Charles recommande encore aux prêtres qui se préparent à célébrer, la confession des péchés véniels dont ils sont coupables. Car, quoique ces sortes de pé"* chés,dit cesaiut cardinal, n'empêchent pas pareux-mèmea de dire la messe , ils afToimissent cependant Tardeur de la charité qui doit embraser le cœur du prêtre ;ili diminuent le goût et la consolation que ressentent lei Ames justes , purifiées de ces soi tes de fautes : et il est i craindre , ajoute-t-il, que ceux qui, peu touchés dese voircoupables depéctiés véniels , négligent de s'en coih fesser avant la célébration des saints mystères, ne soient, sans le savoir, odieux aux yeux de Dieu par quelque pdché mortel , où ne conduit que trop souvent l'aflEoc* lion pour les fautes légères.
Ces vérités donnent lieu a saint Charles de rappeler aux prêtres ces effrayantes paroles de saint Basile: non solàm horrendam hahet conJitionem^ is qui inqid* namento carnis et spiritw indigné accedit ; acceden
BB Ll Me5SE. iSi
autemjît reus corporis et sanguinis Domnv^sedetiam^ qui otiosè et inutiliter manducat et hibit ^ ptopterea quod non per memoriam Domininostri Jesu Christij quîpro nobis mortuus est et resurrexit^ manducat^ et bUrit. C'est pourquoi et saint archevêque de Milan conclut du sentiment du saint docteur, que le prêlre qui va célébrer doit s'appliquer ^autant qu'il est en lai, a purifier sa conscience ; employant à cet examen tout le temps dont il a besoin pour le bien faire, et y apportant toute Tattention qu'il mérite.
Le premierconcile de Milan recommande aux prêtres d'approcher du Sacrement de pénit/ence au moins une fob la semaine : ut quo puriores ad diuinam rem Jacien'^. iam accédant j saltem singulis hehdomadis peccata sua oonfiteantur*^ nisi eosobmortalispeccati culpam frtquerUiîis idfacere oportuerit. Saint Charles , dans d'autres instructions qu^il donne ailleurs sur la célébration du saint sacrifice , témoigne la douleur quMl res^r smtoit du scandale causé par quelques prêtres qui di-» soient souvent la messe, et qui se confessoient rarement Il désirait même que les prêtres fussent dans l'usage de se confesser plus d'une fois la semaine ^ ufî par esset^ dit-il, ejc major i pro missœ mjrsterio reveren-^ tiâ , major is pie tôt is ergo.
Le prêtre, qui veut se confesser avant la célébration de la messe , doit le faire avant que de prendre les or^ Démens sacerdotaux ^ sans excepter même l'aube et ramict
Enfin , pour sentir quelle doit être la pureté des dispositions on prêtre qui se prépare à dire la messe , il suffit d'exammer encore ce que dit le concile de Trente {Ses$. 1 3, cap. 7 , de Eucharist. ): Si personne ne doit s'exposer à Cexercice d aucune fonction sainte , sans, me sainte préparation ^ il est certain que plus ce Sacrement céleste ( de r Eucharistie) est reconnu saint et dii^in par un chrétien , plus il doit prendre garda ^ec soin de ri m approcher et dtwle recevoir qu^ayea
iSn Do SACtllFICl
vn grand respect et une grande sainteté , princ^PéP^ lement après ces paroles pleines de terreur , ifue nous lisons dans l'épitre de C apôtre : quiconque mange ce corps ^ et boit ce sang indignement ^ mange et boit sa propre condamnation^ ne faisant pas le discer^ nement quil doit faire du corps du Seigneur.
Telles suDt les dispositions qae TElglise deniaude du simple Bdèle qui se prépare à communier^ quelle doit doue être rexcellence de celles qu'elle exige du prêtre qui va monter à Pautel , pour y être son députe, son auge, sou médiateur, le dépositaire de ses plus secrets sentimens , Tinterprète de ses gémissemens et de ses larmes, le ministre et le pontife de sa Religion et de son cultef Le prêtre lui-même peut-il alors se cacher,
Ju'en «ntrant dans le sanctuaire avec Jésus -• Christ, il oit être dans les dispositions et dans les sentimens de Jésus-Christ f Peut-il ignorer qu'on doit être victime avec son Sauveur, lorsqu'on est prêtre avec lui î que c'est déshonorer la sainteté du sacrifice de Jésus-Christ si ou lui refuse le cœur, taudis qu'on lui prête le ministère des mains? Conuneut peut— il oublier, dans des jnomens qui devroient donuer k sa foi de nouvelles forces , qui devroient le remplir d'admiration et d'é* tonuement, de reconnoissance et d'amour, à quoi Toblîge le privilège d'être plus près du trône de Dieu? N'est-il pas indigue de ce glorieux et céleste avantage, s'il ne le comjpreud pas ? et ne mérite-t-il pas d'en être privé , en refusant de reconnoStre que, comme le dit un ancieii auteur ecclésiastique, pour être en état dt célébrer les saints mystères , il doit être uni à Dieu , participer à sa vie toute divine, être entièrement irrépréhensible et sans tache ? Ideo his demiim tam au^ fusta patere mjrsteria , qui ad divini ac deifici ha" itûs immobilitatem ^ anmque actuosam pervenére^ qui soli Deo unicè adhœrcant ^ quique omnino irre^ prekensibiles sint atque immaculati.
Ce n'est donc pas tans raison que saint Bonaven-
pi jjk Mesbi. iS3
tnre dit au prêtre qui se p répare à dire la méfie : proba teipsum^ eac quanta cnaritate^ et qttali /ervore ac^ cedis^ Ideo C€tve ne nimis tepidus et inordinatiis ^ atque inconsideratus accédas^ quia indigné sumis^ sinon accedis reverenter^ circumspectè et conside-* raté y de auibus ait apostolus : /udicium sibi man-^ ducat et oibit.
Outre la pureté du coeur et du corps, le prêtre doit porter à l'autel une ardente dévotion^ les dispositiona aun sacri&ce universel, un grand désir de glorifier Dieu et d^apaiser sa colère^ eu un œot, il doit entrer intérieuremeut dans les sentimens de Jésus-Christ prêtre eiviclime tout ensemble.
Le prêtre doit être à jeun , d'un jeune naturel, quand il célèbre la messe. Cest un précepte important , ob«* lervé étroitement et universellement dans TEglise ; cette loi veut que depuis minuit du jour où Ton se proposo de dire la messe ou de communier, on n'ait priscnofd quelconque , par manière d alimens , ou de boisson j oode médecine, ou de toute autre substance qui puisse se digérer à l'ordinaire ; eu quelque petite quantité que ce puisse être, et encore qu'on ne Teût fait que par mégirde.
Toutce qui passe dans l'estomac par manière de salive ou de simple respiration n'empêche point le jeûne naturel^ainsi la pituite, lesang qui coule des gencives, ou du €€rveau; ce que l'on avalé par inadvertance , et contre son intention^ du vin ou del'eau, qui ont servi à laver la bou* che^ce qui seroit resté entre les dents de la nourrit ure prise le soir précédent , et qui, sans y penser et contre la volonté, seroit avalé avec la salive, ne doivent point empêcher de célébrer et de communier. Il en est de même, et poiur la même raison du cas, où celui qui devant dire la messe, ou communier, auroit goûté du vin ou du bouillon , ou auroit mordu un fruit ou quel* qu'autre chose semblable , et qui nonobstant la précaution de rejeter aussitôt ce qu'il en avoit dam la
i54 Du SicKiFia
bouche , en auroit avale, contre son intention, quelque reste qui auroil passé avec la salive. Il paroit ceprândant nécessaire d observer, sur ce dernier cas^qu^on doit conseiller de s'abstenir de ces sortes d^épreuves, lorsqu'il ny a point de raison légitime de lesfiiire^ parlà on évite tout danger d'accident : car^ si alors on avaloit quelque chose de ce qu^on auroit goûté, en quelque petite quantité que ce fut , le jeûne naturel seroit rompu. 11 y a des docteurs qui croient que celui qui aTafe— roit volontairement le sang qui lui découleroit des gen^ cives , romproit le jeûne natureL
Ce qui ne passe dans l'estomac que par le moyen de la respiration , comme la poussière, la pluie, la neige^ un moucheron , la fumée , et qu^on avale malgré soi| ne doit pas empêcher la célébration de la messe et la communion. D'habiles théologiens disent qu^on nepeat permettre de dire la messe , et la c ommunion , à celui qui, de plein gré ou par le moyen de quelqu'instru— ment ^ auroit avalé la fumeé des viandes ou du tabac
Ce qui peut passer par l'estomac, des eaux que Ton prend par le nez , n y va que par manière de salive ^ et ne doit pas empêcher de célébrer ou de commit^ nier, à moins qu'il n'y eût quelque chose de volon* taire.
• Celui qui , avant que de se coucher, auroit mis dans sa bouche du sucre , ou du suc de réglisse , on quel-^ qu^une de ces choses qui peu à peu se fondent et se résolvent , ne pourroit célébrer ni communier le Ien«« demain , s'il n'ëtoit pas moralement sûr qu'il n'en a rien avalé depuis minuit^ ce qui en seroit entré dans l'estomac depuis ce temps^là,ne pourroit être r^ardé que comme ces parcelles d aiimens qui s^arrètent entre les dents y sans qu'on s'en aperçoive; mais ce seroit en effet par-v lie d'un aliment qui se prend , à mesure quUl se dissout dans la bouche.
. Il n'est pas nécessaire, pour pouvoir célébrer ou communier^ d'avoir dqrmi depuis la der^ière nourri*^'»
BB Là MCSSB. l55
lure prise avant minuit ; il n est pas même necessaini d'en avoir (ait la digestion; mab si cet état troubla in dévotion que demandent des actions aussi saîauii ^ 9 est convenable de les différer^ en les remeilaeC aux momens qui laisseront la téie et Tespriipius libres, et de s'en abstenir pour ce jour^là y si le ^nnhle continue.
Il y a plusieurs cas ou il n^est pas absolument né— cesaire qu'on prêtre soit à jeun potir célébrer ou communier: le premier est celui où il (aut continuer la messe d'un prêtre mort ^n Jonibé en défaillance sans pouvoir revenir à luî^ apràsla consécration. Si l'on ne peut avoir alors un piiètre qui soit à jeun^ un autre qui a mangé ou b« ^ peut et doit adieier le sacrifice, parce Wil y a <Alîgation de droit divin , de ne pas laisser le caorittce imparfait.
Le aMOnd cas tu celui où un prêtre, en buvant ce «mi #itdans le calice , s^aperçoit, après en avoir goùlé, ^fntCy a que deTeau au lieu de vin; alors il ne doit m en prendre davantage, dès qu'il a connu la méprise, ni Je rejeter , parce qu'il pourroit rejeter en même temps quelque particule de la sainte hostie^ mais il faut qu^il demande du vin pour le consacrer, et ensuite prendre le précieux sang, quoiqu'il ait avalé leaa sor laquelle il avoît prononcé les paroles de la consécration : la raison en est que le sacrifice doit être entier. Le troisième cas est celui où un prêtre se souvient, après la consécration d^une des espèces ou de toutes les deux, qu'il n^est pas à jeun^ il aoit alors continuer la messe, après s'être profondément humilié devant Dieu^ s'il s^en souvient avant la consécration , il doit se re^ tirer , s'il le pent^ sans scandale, dit saint Thomas ^ s'il se le peut pas, il doit continuer.
Le quatrième cas est celui où le prêtre célébrant s'aperçoit , après avoir pris les ablutions, qu'il y a sur le corporal ou ailleurs, quelques particule ne Inostie, Oa desnosties qu'il a consacrées^ grandes ou petites, il doit^
■50 Du Sacrificb
les prendre, quoiqu'il ne soit plus àjeuo, parce qn'ellef apparlieuneiit au même sacrifice. Il pccheroit sll y mauquoit; et son péchë pourroit devenir mortel, s'il en résultoit f|uelque profanalion de ces mêmes particules: ce qai peut arriver en bien des occasions \ et sur-tout quand on célèbre sur un autel on il nV a point de labeniacle , et sur lequel on ne célébrera de rongteni|)s. S'il resluitune hostie tnure entière, la rubrique veut qu'on ta mette dans le ciboire, ou qu'on la laisse au prêtre qui doit c^lrbrer ensuite sur le même autel , atio qu'il b prenne avec celle qu'il consacrera ; en ajoutaut la précaution de la laisser décemment couverte sur lecorporal, jusqu'à ce que la seconde messe commeace. Que si l'oo ne peut faire ni l'un, ni l'autre, on doit couservcr cette hostie df'cemmcnl dans lecalieeou sur la patène , jusqu'à ce qu'elle puisse être mise dans le tabernacle, ou consommée par un autre prêtre; mais sire dernier parti n'est pas possible, ainsi qu'il peut très-aiscment arriver dans les petites chapelles où il n'jr a qu'une messe, le célébrant peut la prendre.
Ou diemande ici, jusqu'à quel temps le prêtre c^ lébraui peut prendre les parcelles de la sainte hostie j qu'il ii'avoit pas aperçues, lors de la communion. Il le peut tant qu'il est à t'amel , parce que sa fonction n'est censée Unie qu'après qu'il est sorti; et cela est vraîj quelque iem|» qu'il passe k donner ta communion; mais lorsqu'il est rentré dans la sacristie, il nous pareil qu'on ne pourroit lui conseilterde prendre les fragmens qu'il apercevrait alors être restés sur ta patène, parce que ce seroit véritablement une nouvelle communion, qui lui est sévèiement défendue. Il fàot en excepter le cas oîi il ne pourroit conserver ces précieuses particules sans un danger évident ; car alors il peut les prendre, même quand il aurait qniité les habits sacerdotaux. Tune, dit le pape BenoîtXIV (eommentar. de sacrificio miss., art. 1 4^ • ) func si in templo sU tabernaculuntj aat sacerdos aliquis existât , <jui mis-
DE LÀ Mssse» 157
sam celebratwrus sit , quidquid superfuit è sacrificio
reliquiarum^ in tabemaculo est lecondendum ^ aut
decenter reservandum ^ ut ab eo qui tnissam cete^
brabit absumatur : si vero labernaculum ibi non sit ^
nec uUus sacerdos missam celebraturus^ quidquid e
sacrificio supetfuit ^ absumendum est j idque etiam
faciendum , si prudentûm virorum Judicio periculo^
sum esset à sacristiâ ad altare sacramentum aspor^
tare. £t|, rapporlaut daus I article iui\aiit9 Fusage de
rJEgUse de Gonstanuiiople , qui distribuoit autrefois aux
ce qui étoit reslé après le saint sacrifice ^ du pain
consacré ^ ce savant pape en tire cette conseqnencet
si enim ad arcendum omne periculum irreçerentiœ^
Eucharistia^quœsuperfuisset^ ab innocent ibus pueris
sumebaturj multo potiori ratione reliquias sacrificii
sumere poterit sacerdos^ iicet sacris depositis vesii*
bus ^ ubi ) nisi absumerentur , periculum esset irre^^
verentiœ.
Cette raison du danger d'irrévérence) si le prêtre ne prenoit pas alors les participes restées sur la patène ^ aéride ce qu'ildevroit faire ^ dans le cas où, aj^ant été obligé de prendre après les ablutions, qiielqu'autre chose pour sefortitier, parce qu'il lomboiten loiblesse, il veqoit à apercevoir ensuite ces parcelles sur la patène.
Lorsque dans ime incursion imprévue d'ennemis infidèles ou hérétiques , on a lieu de craindre qu'ils ne foulent aux pieds la sainte Eucharistie , ou ne la pro-« fanent en quelque manière, un prêtre qui n'est pas k jeun, peut consommer les hosties consacrées : un laïque même qui n^est pas à jeun, le peut aussi, lorsqu'ils Dont pas Tun et Taulre d autres moyens d en empêcher la profanation. La loi du jeûne n'a été établie que par respect pour le Sacrement de nos autels ^ on n est donc pas obligé de l'observer dans \e& cas, où loin de procurer du respect au corps de Jésus-Cbri^i) elle Texposeroil
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à des outrpges, à des sacrilc'ges, à des irrévérences. Cest sur ce principe qu'est foiiaëe la décision [qui dit, que dans le cas , où un prêtre disant la messe , tomberoit eu défaillance après la consécration des espèces, de manière i ne pouvoir achever le sacrifice ^ et où, faute d^autre prêtre qui pût suppléer pour lui , il y auroit un danger réel d'irrévérence pour ces espèces, tout homme pourroît les consommer , quoique u^étant pas à jeun. Ce cas n^esl pas impossible dans un lieu écarté, et dans un pays infidèle où il n'y a qu^un prêtre. Nous croyons nécessaire d observer en passant que , dans ces cas pressans qui obligeroient un laïque à défaut de prêtres , et dans Tim* possibilité d'en avoir aucun , de consommer les hosties consacrées , pour empêcher la profanation , et éviter les irrévérences auxquelles la sainte Eucharistie seroit exposée, ce laïque devroit auparavant s^ezciter à Pacte de la contrition la plus parraite dont il seroit capable , 5nr-tout s'il voyoit sa conscience souillée par le pèche mortel ; et de faire en cette occasion, ce que le concile de Trente recommande au prêtre qui , se voyant coupable d'un péché mortel, au moment qu'il est obligé de célébrer , ne trouve aucun confesseurpour l'entendréi Lorsqu'un prêtre doute s'il a mangé depuis minuit, ou si minuit étoit passé quand il a mangé, d doit s^abs' tenir de célébrer et de communier- Un prêtre qui n^est pas à jeun , ne peut pas célébrer^, quand même ce seroit pour donner le saint viatique k un moribond. Le précepte divin qui oblige un mo-* ribond à recevoir la sainte Eucharistie, ne roblige qiue quand il peut communier; or, ce malade est censé ne pouvoir recevoir le saint viatique, quand il ne peut le fiiire avec révérence , et selon les rits que lIE&lise a établis. C'est à l'Eglise que Jésus- Christ a donnéfe pouvoir de régler ce qui doit s'obser\'er dans l'administration des Sacremens: or,elle a ordonné que les prêtret ne célébreroient qu'à jeun 3 on ne voit par aucune loi
>B Là Messb. i^g
qa^elle ait compris la nécessité de donner la commit nion i an malade en danger , dans le cas doni nous tenons de faire le détail.
Le prêtre qui , en célébrant k noël , a pris par tnad- Tertance l'ablution â une messe, ne peut pins dire les deux autres, si c'est à la première qu'il a &it cette fitate; ni la troisième, s'il ne Ta faite au'à la seconde* On ne peut approuver la conduite atm prêtre qui^ ayant commb un péché mortel , sur-tout si c'étoit un crime d^mpureté , ou un autre péché énorme , oseroit , hors le cas d'une extrême nécessité, dire aussitôt après; 00 le même jour, la sainte messe, sons prétexte qu'il croiroit avoir la contrition , et avoir fiiit une bonne confession. C*est la doctrine de saint Thomas : dicendum , quod non esset consuUndum alicui^ quod statim post peccatum mortale , eiiam contrit us et eonfessus ad Eacharistiam aocederet^ seddebtret^ nisi magna necessitas urgeret , per aÛquot tempus , propter reve-^ rentiam^ aostinere {^Idb. If^ de sent. Dist. 9, art. 4^ guœst* 2. )•
Cest donc manquer an respect dû à l^ucharistie, que d'offriralorslesaintsacrifice,sur-tout, comme nous ve^ nonsde l'observer, lorsqu'on est coupable de péchés d'im«
1)Qreté qui souillent l'ftme et le corps , et laissent dans 'imagination des fantômes qui distraient Tesprît , etsoU licitent le cœur. Telle est encore la doctrine du pape Benoit XIV , dans son ouvrage sur le sacriBce de la messe , où il rapporte ces paroles de Covaruvias ^ célèbre canoniste , qui dit : ex contraria sentent id sequi passe sacerdoten^i qui nocte prœteritd dormierit cum Jœmind^ prœmissd confessione et contrit ione^ statim celebrare^ quod impium censeri solet , et jure cen^ setur.
L'impnreté corporelle, qui vient pendant le som«meild^ime illusion nocturne, doit empêcher de célébref €t de communier, si elle est péché mortel, ou en sa iatise, ou en fUe-même : quoiqu'on s'en soit confessé,
l66 Du Sacrifice
et qu^on en ail conçu une véritable douleur : le respect qui esl du i la sainte Eucharistie , demande que celui qui est tombé dans une telle faute, s'abstienne au moint ce jour- là de célébrer , à moins qn^une nécesitë pressante ne Vy oblige.
Lorsque cette impureté n^est que péché véniel , ou en elle-même, ou aaus sa cause, elle n'est quW eoir pèchemeut de bienséance à la célébration delà messe ^ et à la communion^ c^est-à-dire , qu'il est convenable ce jour-là de s'abstenir de célébrer ou de communier| k moins que la soleonité d'une fète^ ou quelque iiëces<« $ité pressante n'y oblige.
Lorsqu'on doute si cette impureté est péché mortel, ou en elle-même, ou en sa cause, il est plus sûr dea^abt* teuir de célébrer et de communier \ consulitur absti^ nendum , dit la rubrique , qui ajoute cette exception • extra tanien casumnecessitatis yxn^is on suppose toujours que, même daiis ce cas de nécessité, le prêtre ne se déterminera point à célébrer^ sans avoir reçu auparavant conseil et absolution de sou confesseur.
Si l'impureté corporelle n'a point été volontaire , ni daussa cause, ni en elle-même ^ on peut célébrer C4 jour-Ià; pour recevoir l'Eucharistie, on doit avoir pltti d'égard à la disposition de l'âme, qu'à celle du corps: or, ces sortes de souillures ne deviennent péché que par le consentement.£'f^MX£2^in, dit saint Grégoire ,( /i6f ja , 6/7. 64) alias Zi.) cùm cçc naturœ superJluUate^ • n)el ùifirmUate evenerit , omnimodo hœc illusio non est timenda^ quia hanc animas nesciens , pertuliss^ magis dolendus est^ quàmfecisse. Il peut cependant se faire que l'illusion ait produit un assoupissement d'entendement, et que l'eiiprît soit distrait par les pensée^ qui suivent cette souillure , sur— tout quand elle est accompagnée d'une imagination déshonuète^ alors, à cause du respect dû au Sacrement , il est de la bien*^ séance, et on doit conseiller de s'éloigner de la sainte table, et de s'abstenir de célébrer^ excepte dws le caf
où
DE LA Messe. i63
iàils continuels de la miséricorde inûnie du Seigneur pour tons les hommes, mais particulièrement dans Tins^ titutionde TEucharistie , où, afin de gagner notre cœur^ cet adorable Sauveur a voulu se donner à aous y pour être la nourriture spirituelle de nos âmes^ pour les en-^ tretenir, pour les fortifier, pour les faire vivre de sa vie. £t comment un prêtre qui se considère comme le ministre et le dispensateur aun Sacrement, dans lequel J&os^Christ a répandu, pour ainsi dire, les ri-^ chasses de son amour , y renfermant le souvenir de toutes les merveilles , pourroit-il ne pas dire aveo saint Augustin: da mifU te^ Deus meus^ redda te mihi ^ tû enim amo y et , si pariim est , amem vatldiîis.
A ces sentimens de foi, d^espérance, de charité, un prêtre qui se prépare à dire la messe , doit joindre ceux dVine profonde humilité, en considérant d'abord la majesté suprême de celui qui est contmiu sons les espèces eucharistiques, et en jetant ensuite les jeux sur la bas* sesse et le uéant de l'homme qui va lui servir de mt« nistre, sur la multitude de ses péchés , sur son ingratitude, sur ses négligences, sur sa lâcheté et sa tiédeur , sur son penchant aux vanités, aux dissolutions , à la sensualité, aux plaisirs et aux futilités du siècle, taudis qu'il est froid et rnsensibie pour la vertu, pour la piété, pour les biens éternels ; ce qui ne peut que le pénétrer de confusion aux pieds du Seigneur , et rex-citera une vive douleur d'avoir, par sa làute^si peu pro« fitë d'une nourriture aussi salutaire et aussi e(ficace par elle-même.
Rien n'est plus propre à entretenir et à augmentée ces dispositions, que le souvenir de la passion de notre Sauveur. Car, puisque Jésus-Christ a institué le sacrifice adorable de nos autels, pour représenter^ pour conserver jusqu^à la fin des siècles , la mémoire du sacrifice sanglant accompli une fois sur la croix :^ combien seroit horrible la négligence d'un prêtre qiiji ^auroit oublia j?
l64 ^^ SACKlFïtnK
Ainsi l'ont pensé les saints docteurs, qui nous oïlC dit avec l'apôtre saint Panl: toutes les J'ois que vous mangerez ce pain , et que vous boirez ce calice ^ w>us annoncerez la mort du Seigneur^ jusqu'à ce qiCil vienne^ et tel a été le précepte de Jésus-Christ eo instituant ce Sacrement : yîîiYc;^ ceci en mémoire de moi. Mémoire de la passion de notre Sauveur, qui doit oc-* cuper un prêtre ,noo-seulemeni lorsquHI est à Tautel ^ mais encore dans tous les momens de sa vie. Quid est proprium illorum qui mandncant , et bibunt poculum Domini? demande saint Basile; à quoi il répond x servare perpetuam memoriam illius , qui pro nobis mortuus est et surrexit.
Parmi les prières que le prêtre, qui se prépare k cé^ lébrer , peut dire , saint Charles conseille celles que plusieurs Saints ont composées, et pardculièremeot celles de saint Ambroise, en y ajoutant les pieuses at^ fections que le Seigneur inspirera alors* Il conseille en* core d entrer dans Icssentimensdecettebelle prière que rapporte saint Jean VévsD^éVisle (Joan* cap» i^.)) et que Jésus-Christ fit pour lui et pour les siens ^aprei s'être offert au dernier souper avec ses apôtres ^ sous les espèces du pain et du vin, étant prêt à immoler son corps sacré, et à répandre son sang sur la croix» Dans cette prière de notre adorable Sauveur^ dit saint Charles , nous trouvons un excellent modèle de ce qoe^ nous devons alors dire à Dieu ^ nous apprenons ce que nous devons demander. Le prêtre y verra comment^ à l'exemple de Jésus-*Christ , il doit élever les yeux de Tesprit et du corps vers le ciel, pour prier le Père céleste, avec une confiance filiale, de répandre sor lot et sur cenx au salut desquels il doit travailler, les dons que sa miséricorde réserve à ses élus^ de loi accorder spécialement les grâces et les lumières nécessaires pour les former à la piété , et par ses instructions et par ses exemples, d'une manière utile pour etix et filorieose :' pour le Seigneur j de les préserver du mal ^ de les sano*' ^
AE LA Messe. i6d
tifier dans la vérité; de les rendre victorieux du monde et du démon , au milieu des tentations et des persecu*tioDs^ enfin le prêtre, par cette prière, demandera, et pour lui, et pour eux, qu'avant part à la divinité de Jésus— Christ , par le mystère de son corps et de sen sang, ils soient unis au Père par le Fils, et consom^ mes dans cette unité, qui doit les mettre en possession du royaume qtri leur a été préparé dès la création du monde.
En se préparant à dire la messe, de la manière que nous venons de marquer, les prêtres, comme dit saint Charles, obtiendront du Seigneur, et sentiront croitie en eux par son secours, les dons que sa miséricorde verse sur ceux qui offrent dignement ce saint sacrifice. Il dut lire ce que nous dirons ci-aprés des dispositions nécessaires pour bien communier; et de la prudence des confesseurs , pour bien régler les communions des pénitens. On y trouvera des instructions qui conviennent encore plus aux prêtres qu'aux simples laïques, parce
Îu^ils communient plus fréquemment, et que Texcellence e leur état demande d'eux des dispositions encore plus parfaites.
Il est à propos, mais il n^y a point d'obligation , que le prêtre, avant que de dire la messe, récite les prières qui sont au commencement du missel ^ sous ce litre : orationes pro opportunikiCe sacerdotis , antç celebrationem dicendœ.
Des Dispositions prochaines du prêtre qui va offrir le saint Sacrifice de la messe.
d^iL y a des prêtres en qui les sentimens de Religion p^roissent languissans et presque éteints à Tautel, c'est f oH y eo a qui connoissent peu , et qui ignorent même ^lîèremenl ce qu'ils y font : est-il rare d^en voir qai
«atreot dans une lacristie % pour la célébration des sainu»
If n
iG6 Du SACRiricB
mystères 9 avec le même maintien^ et la même dfssî* pation que s'il s^agissoit d'une action profane ^ pour laquelle ils n^auroient que derindiflférenceetdu mépris? est-il rare d^en voir qui ne se connoissent pas asses pour se dite a eux-mêmes^ en rougissant de la témérité qui ies conduit au sanctuaire: corde immundus accéda ad altare^ Chris ti corpus manibus meis pertractare non pertimesco : accéda elatus ad humilem; iratus ad mitem^ crudelis ^ ad misericordem^ et tamen par titur humilis clatum ; mitis , irattim ; crudelem ^ misericors ; accéda serviis ad Dominum , non amore^ sed timoré ; non devotione^ std usu : accéda ad Dominum , cu/us occidi Filium , pcr— aussi verho^ occidi exempta '^ nec tamen pertimesco Dominum^ nec reverear Patrem. (•S. Bernard, de in^ ieriori dama Cap^ ai.). Sentimens que rhumilité et la foi inspirent aux saints prêtres \ mais reproches que la vérité et la conscience feroient à ceux dont nous parlons ici, s'ils vouloieut les écouter.
Il est donc important qu un prêtre, qui Ta célébrer le saint sacriBce Je la messe, fasse tous ses efforts pour ranimer la grâce de Dieu qu^il a dû recevoir par Vimposition des mains, lorsqu^il a été consacré pour offrir roblation touie pure de la nouvelle alliance. Malbeur à celui qui n^èst pas saisi de frayeur, quand il pense k rhonneur quHl a de s'approcher si près de Diea ; qui n'est pas conduit et soutenu à Tautel par la foi ^ qui ne rcconnoit pas la suprême majesté et l'humilité sans borne de celui qui s^iramole entre ses mains ^ dont le cœur muet aux pieds de Jésus-Christ ou ne supporte qu^aveç ennui sa présence , ou ne le connoit même pas !
Nous ne finirions point , s'il falloit rappeler toutes les réflexions que les Saints , et tous les maîtres de la vie spirituelle ont faites sur les dispositions héroïques que le saint sacrifice demande de celui qui va roftrin Il faut les lire dans leurs ouvrages , pour apprendre quelles sont les merveilles dont le prêtre est alors le témoin^, et quels doivent être ses sentimens»
DE LA Messe. 167
Nous avons cru cependani nécessaire, pour aider la piété des nouveaux prêtres , d'ajouter ici quelques réflexions sur ce qui doit les occuper, en prenant les kibîts sacerdotaux , et même dans le temps du saint sacxifice.
La Religion divine, dit saint Jérôme, exige dans le ministère un extérieur différent de celui qui est en usage dans la société civile: Religio divina alterura habitum hahet in ministerio , alterum in usu vitdque communu Quoique nos saints mystères, infiniment grands par eux-mêmes, n'aient besoin aaucuu éclat extérieur , TEglise, afin d'imprimer un plus grand respect, a cru devoir choisir des vétemens particuliers, qu'elle a voulu être nécessaires pour le temps de leur celébraiioD. Les pontifes et les prêtres de la loi mosaïque exercèrent le sacerdoce propnétique , avec des habile lemens tout particuliers, par Tordre exprès qu'ils en svoient reçu de Dieu j l'Eglise a voulu aussi revêtir le sacerdoce de la loi nouvelle de quelques ornemens pariicnliers qui en fissent révérer la sainteté : car^ quoique ce sacerdoce soit élevé au— dessus des ombres et des i^ures de Fancienne alliance , il ne possède néan* moins,. et ne représente encore la vérité que sous des sigoes sensibles. Les hommes ont souvent besoin de signes extérieurs, qui les rappellent intérieurement aux grandeurs invisibles des mystères.
Ces habits et ornemens particuliers diffèrent de ceux que portent dans la vie civile et ordinaire les prèir es et les ministres destinés au service des saints autels^ ils les avertissent encore que , s'A y a un temps où un prêtre doit n'avoir rien de commun avec la terre ^ et être uo homme tout céleste, ut si in ipsis cœlis collocaius inter cœlestes uirtutes médius staret ^ comme le remarque saint Chrysostôme, c'est sur-tout dans le lemp» du redoutable sacrifice ; habits, ornemens , qui doivent renouveler en lui le souvenir et Tamour des
108 Du SACRIfiCB
véritables richesses de la piété intérienre; quLrappelbîit à un prêtre l'éminente pureté qu^exige de luil aonntfnr de tenir entre ses maius son Sauveur et son Dieu. C^esc kt conséquence que tire saint Jérôme de la distincttoa des babils communs et ordinaires, et des habits sacerdotaux. Per quœ discimus , dii ce Père , non quo» tidianis , et quibuslibet^ vro usa vitœ communis^ poUutis vestibus ingredi dchere in Sancta Sanctorumf sed mundâ conscientiâ , et mundU vestibus tenere Dommi Sacramenta. Les habits que Dieu donna au premier homme, pour se couvrir après son péché, marquent sa honte, et la pénitence à laquelle il a été conclamné, avec toute sa postérité. Les habits que prend le prêtre pour célébrer les saints mystères , et donc il couvre ses habits ordinaires, signifient que, ponr participer aux dons célestes, que ponr exercer les fonctions sacrées, il faut se dépouiller du i^ieil homme ^ et se rei^êtir du nous^eau , qui a été créé selon Dieu dans la justice^ et dans la vraie sainteté. Vestes enim sa-' cerdotales^ dit le pape Innocent IIL , virtutes signi-^ Jvoant , quibus debcnt sacer dotes omari^ secundùm illud proplieticum : sacer dotes tui induantur /ustiiiâj et sancti tui exultent ( de myst. miss. lib. /. c. lo. ). L^amict représente le voile dont les impies couvrirent le visage de Jésufr-Christ , en lui disant : prophétise, Christ, qui Oa frappé P Ce premier ornement apprend au prêtre qn^ doit se couvrir de toutes les armes de Dieu, pour pouvoir se défendre des embûches du démon ; qo^il doit toujours porter le casque de Tespé* Tance , s'il veut avoir toujours Favantage sur Tennemi àe son salut et du salut de ses frères, attendant avec confiance les secours du Seigneur, qui sera sa force,
aui mettra sa tète à couvert dans les combats qu^ oit soutenir contre le prince des ténèbres» L^amict est mn signe de la retenue de la voix ; il avertit le prêtre quMl doit mettre un frein à sa langue,
se plus ou?rir la bouche que pour le saint sacrinee |
SB LA MeSSB. 109
pour chanter les louanges de Dieu, pour annoncer aux peuples TEvangile de Jésus-Christ, pour publier hautement, et pour confesser la vérité. C'est aussi Tins» tructioD que donne Tévéque dans Tordination du sousdiacre, lorsqu'il lui dit, en co«\Tant sa tête avec Tamict: accipe amictum , per quem designatur castigatia vocis*
Enfin Famict rappelle au prêtre qu'il doit supporter avec courage, avec force et avec joie^ les travaux et les peines attachées au saint ministère; lotis itaque manibus sacerdos accipit amictum qui super humeros circumquàque diffunditur ^ per quem operumforti^ tudo designatur , dit le pape Innocent III. ( de mjrst. miss. L 1. c. i*)? ^' ^'^ ^" prêtre, qu'il doit vivre de la (bi ; demeurer sans cesse aux pieds du Seigneur , pour apprendre à instruire ceux dont le salut lui est conCé: ne rien désirer sur la terre, que ce qui peut eohtfîbuer à la gloire de Dieu , l'exécution des ordres de sa divine volonté , et ne s'embarrasser jamais dans les affaires séculières, pour ne s'occuper qu'à plaire à celui à qui il s'est engagé.
L*aube représente la robe blanche dont Hérode fit par dérisiou vêtir Jésus— Christ. Sa couleur est d'autant lus propre à ceux qui servent à l'autel où s'immole 'Agneau sans tache , que tous les esprits bienheureux sont représentés revêtus de robes blanches, pour mar« quer leur pureté; c'est pourquoi TElglise veut que le prêtre, en se revêtant de l'aube, demande à Dieu ^ quil puisse être blanchi dans le sang de tJgneau^ et mériter par-^là d'avoir part aux Joies célestes.
L'aube couvre tout le corps du prêtre, et marque l'innocence ^ la simplicité, la candeur d'âme, dont toutes ses actions doivent donner l'exemple continuel aux fidèles : elle est le symbole de réininenté? sainteté qui doit le rendre digne d'offrir et de recevoir tous les jours l'Agneau qui ôte les péchés du monde.
La ceinture est, comme l'aube^ uu atertissement
t^ô Du SAtRiPice
de conserver avec soin la pureté : aussi TEglIse veut qu'en la prenant^ le prêtre demande à Dieu de mtttre à ses reins une ceinture de pureté • pour conserver là chasteté. Le ministre des autels est encore plus étroitement obligé que le simple fidèle^ île se tenir debout^ de porter sur les reins la ceinture de la vérité^ de se rei^ëtir de la cuirasse de justice. Albâ circa lumbos zond prœcingitur ^ dit le pape Innocent IIL, ui cas-' titas sacerdotalis nullis incentii^orum stimulis dis^ solvatur^ undè sint lumbivestri prcecincti^ et lu-» cernœ ardentes in manibus vestris ; in lumbis enim luoouria dominatur»». debent ergo lumbi prœcingi per continentiam ^ et succingi per abstinentiam : i/uonicun hoc genus dœmonii non ejicitur^ nisi in oratione et jejunio. Hinc etiam apostolus ait : state succincti lumbos "vestros in veritate ( de mjst. miss. c. 5i.).
La ceinture représente les fouets qui servirent à la flagellation.
Le manipule représente les cordes qui lièrent les' mains de Jésus-Christ comme celles d^un scélérat \ il. montre au prêtre ce qu'exigé un ministère qui TobUge d'ajouter à la pénitence que demandent ses propres péchés ^ des larmes continuelles, pour pleurer ceux de ses frères^ qui le destine à intercéder pour le peuple, à arrêter la vengeance de Dieu , à opposer au Seigneur le bçuclier de ses saintes fonctions , pour faire cesser les dures plaies qui affligent la terre*
Le manipule n'est plus aujourd'hui qu^un mouchoir figiu'atif, qui annonce que Tesprit et le cœur doivent être purifies de toutes souillures; qu'il faut en écarter la paresse et la tiédeur pour y faire naître l'activité dans les bonnes œuvres. C'est la réflexion du pape Innocent UL In sinistré manu quœdam ponitur mappuloj quœ manipulus vel sudarium appeUatur^ quo suda^ rem mentis abstergat^ et soporem cor dis excutiat\ ut depuko tœdio çelsopore bonis operibus^diligentep
HE JLk Mes». ii^l
vwi^ilei. C'est ce qu appread P^vêque au sous^diacre^ dans son ordination ^ lorsqu'^atiachant le manipule i soa bras gauche, il lui dit: accipenumipulum^per queni desigtumtur fructus bonorum operum ( de mjst* rms.Ub. i. c. 59.).
Le manipule servoit aux prêtres dans la primitive Eglise, pour essuyer les larmes qu^ils rëpandoxent pour les péchés du peuple ^ et la sueur qui s'ecouloit de leur front pendant les fonctions pénibles du saint ministère» U se oaet au bras gauche qui signifie la vie présente , pour apprendre au prêtre , que sa vie sur la terre doit être une vie toute de travail et de douleur. Cest ce que rEelise a voulu inspirer i tous les prêtres , en leur nisant aire, lorsqu'ils prennent cet ornement: merear^ DonUne , portare manipulumjletûs et doloris f pour BOUS faire souvenir qu u faut travailler et soufirir en ce inonde, afin d'avoir part aux récompenses éternelles.
L'étole rappelle au prêtre les humiliations de Jésus* Christ obéissant jusques à la mort ^ et à la mort de la Croùv^ portant sa croix jusqu'au calvaire^ où il devoît consommer son sacrifice. Elle avertit le prêtre de Tobligation plus étI^oite qu'il a contractée par le sacerdoce, de porter le joug du Seigneur, de vivre dans des dispositions continuelles de charité , d'obéissance y de sacrifice sans réserve : dispositions sans lesquelles il ne peut remplir dignement les devoirs de son ministère^ L evêque l'en a averti dans son ordination, lorsque, lui donnant l'étole , il lui a dit : accipe jugum DominL Noire premier père perdit par sa désobéissance , l'iu"nocence et l'immortalité dont Dieu Tavoit orné en lu créant; le prêtre demande au Seigneur, prenant Fétole, de loi rendre cette robe précieuse dont il a été dépouillé par le péché d*Adam, en lui donnant toutes les vertus qui doivent le rendre agréable à se& yeux.
L'étole entoure les épaules des prêtres, et pend également de part et d'autre, dit le concile de Brague en 1675, pour marquer leur constance et leur fermeté
172 DtJ S^ACRIFICE
inébranlable dans la pratique des vertus sacerdotales^' parmi les adversités et les prospérités du siècle. Vt qui ùnperturhatus prœcipiCur \oonsistere , inter prospéra et adi^crsa virtutum semper omamento utrobiquû circumseptus apparent. Cest encore la pensée da célèbre Yves de Chartres. Hœc ( stola ) à coUo per anteriora descaidens ^ dextrum latus omat et sinis" trum^ ut doceat sacerdotem^ per arma justitiœ^ à deactris et àsinistris^ id est^ in prosperis etadu^ersis dcbere esse munitum y quod adfortudinem pertineiy sine qud cœterœ virtutes facile expugnîmtw et minime coronantur. Le prêtre attache i'étole avec la ceinture, ajoute ce savant évéqne; quia wrtutes fv^ tutibus aajuvantur , ne aliquo tentationis impulsa moi^eantur. LVtole^ croisée sur Testomac des prêtres | leur apprend à porter la croix profondément gravée dans le cœur.
La chasuble représente la robe de pourpre dont les soldats vêtirent Jé5t>s-*Christ après la flagellation. Le croix qui est mise sur la chasuble, apprend au prêtre qu'il doit se souvenir continuellement de la passion de Jésus-Christ; quil ne^ doit point perdre oe vue les traces de Jésus-Christ, aûn de s'attacher à les suivre avec ardeur , de soiifiPrir avec une douceur inaltérable tous les maux de cette vie , de pleurer non-seulement ses péchés , mais encore ceux des autres , puisqu^ii est chargé de traTailler au salut de ses frères , et qu'il est iftabn médiateur entre Dieu et le pécheur.
L'évêque, donnant la chasuble aa prêtre dans Tordinatiou, lui dit: accipe çestem sacerdotalem ^ per quain charitas intelligitutj pour marquer que cet ornement est le symbole de la charité qui doit en-* flammer un prêtre. La chasuble est composée de deux parties , pour l'avertir de ramour qu'il aoit à Dieu et au prochain : on la met sur les autres omemens, parce que la charité est au-dessus de toutes les vertus, qu'elle est la plus paifaite , et que les autres jie peuvent ^ êSjfis
la charité qui les perfeciionne ^ conduire au salut ëtemcL
Le prétrC) en prenant la chasuble ^ dît à Dieu: Sei«-
Soeur, qui avez dit, moB joug est doux, et mon fareau e^ • léger, faites que je le porte avec une fidélité qui puisse me mériter votre grâce^ et, par cette prière, il demande une charité toujours plus abondante , puisque c'est la charité qui rend le joug du Seigneur doux et i^er : car notre amour envers Dieu consiste k garder ses commandemens , et ses commandemens ne sont point difficiles.
Voilà quelles sont les vertus dont les omemens sacerdotaux sont le symbole. La piété du prêtre demande qn^en disant les oraisons k chacun de ses omemens y brsmi^il les prend pour dire la messe, il sVxcite aux sentimens de ces mêmes vertus ; c'est un excellent moyen pour se préparer toujours davantage à offrir dignement ce saint sacrifice. Les omemens extérieurs se doivent être qu'un signe sensible des vertus , dont doit être intérieurement ornée Fâme de celui qui veut paroitre devant le Seigneur , d^une manière agréable à ses jeux. Cest-là l'impression que doit faire dans Tesprit des fidèles, le prêtre revêtu des omemens sacer— GOtaux , lorsquHl va de la sacristie à Tautel.
Le prêtre doit alors marcher d'un pas grave , le corps droit et les jeux baisssés , dit la rubrique , pour annoncer la grande action qu'il va faire \ il doit être précédé d'un ministre , parce qu'il est plus décent qu'il ne marche pas seul, tanais qu'U est revêtu des habits sacrés. Les conciles veulent qu'il j ait au moins une personne avec lui, pour représenter le peuple qui^ avec (e prêtre^ forme l'assemblée des fidèles.
176 Du Sacrifice
au Seigneur^ qu^il regarde comme sa force et ion n&iqM ressource , de se voir sans cesse exposé k leur fureur ] il lui représente Tagitaiion ^ le trouble ^ la douleur , où ses misères le jettent ^ il est confus de se voir si faible avec une nourriture qui donne aux âmes bien préparées^ une vigueur toujours nouvelle j il rougit delà facilité avec laquelle il succombe honteusement aux moindres tentations, tandis que par ce Sacrement il reçoit le plul puissant secours contre toute la rage de Satan } maiS| persuadé qu'il est sous la protection d'un Dieu bon qui s^'est déclaré son protecteur et qui ne Fabandonnera pas , il n'a besoin pour calmer ses alarmes , que d'apercevoir la divine lumière qui le conduirai Tautel^ d'où lui viendra toute la joie, toute la consolation ^ toute la force qu'il désire. 11 demande la lumièra n^ essaire pour connoitre avec tous les Saints la charilj de Jésus-Christ pour les hommes, et l'immensité du mystère de sa bonté pour eux , dans l'institution d'an Sacrement où il a répandu^ pour ainsi dire^ les ricliesses de son amour pournous ; oie il a renfermé le soutenir de toutes ses merveilles , et qui est le bienfait le plus eaccellent que V Eglise ait reçu de ce Dieu Sauveur* Quoi de plus propre, que cette céleste connoissance , à exciter, dans le cœur du prêtre, les sentimens d^admiraiion, d'amour de recounoissance ^ à nourrir, i augmenter sa foi, sa dévotion , tandis qu'il offre un sa» crijice qui représente le sacrifice sanglant de Jésus^ Christ , accompli sur la croix j qui doit en conserver la mémoire /jusqu'à la fin des siècles^ et en appliquer la vertu salutaire pour la rémission des péchés P Sentimens qui ne peuvent que rendre toujours plus vif , le désir ardent d'entrer jusqu^à tautd de Dieu^ pour y célébrer la mémoire des mystères d« Jésus-' Christ, pour s y remplir de grâces, pour, y recevoir un gage de la gloire future, pour s'y renouveler , poiff y trouver la vraie joie , qui ra/eunit Vâme JweU^ pour s'y unir à Jésus-CIiti^l 9 qui eai Qieu^ qui est en
même
DE Lk MCSSB. fjn
même temps- Tautel, le prêtre et la viciitne. Mon diM languit et se consume au désir d^ approcher de cotre autel ^ dit alors intérieuremeni à Diea le prêtre té^ Ithisni^ mon cœur et ma chair tressaillent de joie^ de pouvoir se présenter à vous^ mon Dieu , qui me donnerez la "vie : il loue, il bénit lÀ Seigneur, et il ▼eut chanter ses louanges, par ses pensées , par ^es paroles, par ses actions et de tout son cœur. Daas ce^ dbposiuons il reproche à son âme de se laisser ahattre par la douleur , a la vue du houbeur qu'elle a de s'ap-* procher de son Dieu, Qiiare tristis es , anima mea P £spér€ en Dieu, lui dit-il, ojBr&--lui ta prière, rends^ lui des actions de grâces, et souviens- toi que tu ne dois jamais cesser de le regarder comme ton refuge et ton Sanvenr.
S^ii n^est pas possible de faire toutes ces réflexions^ en récitant alors ce psaume, il faut du moins entrer dans les sentimcns de crainte, de dcsir, de confiance^ qa^il inspire. Sentiment de crainte, d être confondu avec les médians, de suivre leurs exemples et leurs maximes: discerne causam meam^ etc. Sentiment de désir de connoitre tout ce qui peut, en offrant ce saini sacriGce, en faire goûter toutes les merveilles, aider et augmenter la foi et \di^\éié\emittelucemtuam^ etc. Sentiment de conliaucc eu la protection de Dieu, à la vue de son infinie miséricorde, qui doit être le sujet continuel de nos louanges : spera in Deo , etc.
Le prêtre, tout occupé de la grandeur des miséri*^ cordes de Dieu et des merveilles dont il va être le témoin et le ministre dans le sacrifice d'une victime | seule capable de glorifier le Seigneur et de purifier les hommes , finit le psaume Judica , en glorifiant la trif-Sainte Trinité. Gloire au Père, de qui nous viennent tous les dons et toutes les grâces ^ gloire au Fils , par qoi nous les recevons j gloire au Saint-Esprit, qui nous les fait demander et obtenir. En disant Gloria Patri ^ etc. le prêtre fait une inclination de tête ^ Tome L ]VJ
1^8 Du Sacrifice
pour s^oflfrir en sacrifice ^ uni à celui de Jésus-Christ ,
eu acceptant tout ce qu'il aura a souffrir pour la glt>ire
de Dieu et pour Taccomplisseinent de sa sainte volonté*
H ne peut se lasser de publier la grâce que le Sei-
Sieur lui fait de lui permetire d'entrer à fautel de ieu . d'approcher de son trône , comme son ministre ; et il dit encore : Introibo^ etc. mais , toujours pénétré du sentiment de sou indignité , il a besoin de soutenir de plus en plus sa confiance et son espérance dans le secours du Seigneur ^ pour offrir dignement ce sacrifice, et pour obtenir tout ce qu'il doit demander par ce sacrifice, il Fait en même temps le signe de la croiX|
Sour marquer que c'est par les mérites de la croix e Jésus* Christ qu'il espère ce secours. Le prctre, avant les mains jointes et se tenant profbn* clément incline, dit le Confit eor^ etc. Cette postore humiliée convient à un pécheur; il n'ose, à Fesemple du publicain , lever les yeux vers Dieu qu'il a offensé. La confession et la douleur de ses péchés doit précéder le sacrifice, parce que, pour obtenir la rémission de ses fautes , on doit les avouer et en demander pardon* Cette confession doit se faire avec la douleur la plus parfaite que l'on puisse exciter dans son cœur. Le prêtre frappe sa poitrine, pour exprimer cette douleur j pour marquer qu'il voudroit briser son cœur, afin que Dieu créât en lui un cœur pur ^ pour témoigner son indignation contre ce cœur, quina pas craint de dé* plaire à Dieu, Il se confesse à Dieu son créateur , son rédempteur, son juge, qu'il a irrité; à la bienheureuse Marie toujours vierge, dont il a mis le fils à mort par ses péchés } à saint Michel archange, dont il a rejeté les leçons et les secours; à saint Jean-Baptiste el aux autres Saints, dont il a méprisé les exemples^ à ses frères, auxquels il a été un sujet de scandale; el, connoissant sa fragilité, il d**mande, il implore les prières des Saints, il sollicite celles de ses frères et de tous Itf issislai^. Il reconuoit qu'il est très- coupable ^ ^u^ii t
DE LA MESSfi iMQ
pcche pa sa faate, et , qu'étant sans excuse ^ il a besoin de p*jissaus intercesseurs auprès de Dieu. En disant ^ Misèrent ur ^ etc.^ Indulgent iam^ etc.^ le prêtre de-« mande avec de nouvelles instances) et pour lui, et pour le peuple, miséricorde, indulgence, absolution. Il prie Dieu de lui donner, et aux fidèles, la vie qu'ils désirent, en les regardant avec des }'eux de bonté. II demande
rur lui et pour le peuple celte joie qui est le gage de réconciliation des pécheurs avec Dieu: donnez-^nous^ dit-il au Seigneur , votre assistance salutaire que vous nous avez promise : celui que vous avez destmé pour nous sauver , la victifatie sainte de propitiation , Jésus^ Christ Noire-Seigneur. U redouble ses cris, afin qu'ils aillent jusqu'à Dieu; il excite le peuple à être attentif aox saints mystères qui vonts^opererj le peuple par sa réponse fait conuoitre son intention. Ils se souhaitent matuellement les lumières et Tassistaneede TEsprit sainte
Le prêtre dit Oremus , d'une voix inteliiginle, pour avertir les fidèles d'élever leur esprit à Dieu ; et il dit secrètement l'oraison, parce qu'elle le regarde personnellement. Dans cette oraison , Aafer à nobis , pour demander la grâce de monter saintement à i autel , il rie le Seigneur de consumer en lui tout ce qui peut ai déplaire , et Tempécher d'être pleinement uni au cœur de Jésus-Christ*, il fait cette prière par amour pour notre divin Sauveur qui va s y immoler entre ses mains , désirant de se tenir attaché uniquement à Dieu^ et de ne (aire qn'un même esprit avec lui \ il baise encore Tautel , afin d^exprimer sa vénération pour les glorieux membres de Jésus- Christ dont les reliques y sont renfermées, et dont il implore Tintercession pour obtenir par leurs mérites le pardon de tous ses péchés, qu'il ne peut assez demander.
Le prêtre doit lire Tinlroit et tout ce qui suit , attentivement, dévotement, observant exactement tontes les cérémonies prescrites par les rubriques , et de manière à faire voir aux assîstans qu'il est uniquement oc-^ cupé de cette action toute divine. M 2
l8o Du Sacrifice
En disant à Vintroit, Gloria Patri^ etc. il doit ado* rer la très-Sainte Trinité , eo désirant que tous les hommes connoissent, servent et aiment le Seigneur* Il adressa la prière Kjrrie^ eleison^ aux trois personnes de la très-Sainte Trinité j prière qui demande dans le prêtre ^ comme dans les assistans , de grands sentimens d'humiliation ) et toutes les dispositions d'un cœur qui sent sa misère et qui demande miséricorde. Au Glotia in eâ:ce/5i>, le prêtre doit admirer la grâce que le Seigneur lui fait, en le destinant à chanter dans une terre étrangère, dans cette vallée de larmes^ le cantique des anges, sentiment qui doit être accompagné d'actes intérieurs de louanges, d'adoration, d'action de grâces, de foi^ d'espérance, d'amoitr^ de zèle et des demandes que contient cette hjmne. En disant, Tu solus sanctus ^ etc. il doit s'exciter à des sentimens toujours plus vi& d'amour pour Jésus^Christ , désirant de le voir connu, aimé , servi , loué , béni , adoré , glorifié par tous les hommes.
Le prêtre en disant, Dominus 'vohiscum^ souhaite au peuple tous les biens qu'on doit désirer: car ou ar tout , quand on a le Seigneur, toi son cceur laî rap* pellera les vœux quMl doit faire sans cesse poor Texaltation de l'Ëglise, pour le salut de tous les fidèles, et principalement de ceux au salut desquels il doit s intéresser plus particulicreraeiUt« En disant les collectes ou oraisons , il doit se confondre devant le Seigneur ^ se voyant comme médiateur entre Dica et le peuple, quoique coupable lui-«même de péchés et de négligences, qui devroient le réduit*e à la dernière place dans l'assemblée des fidèles. Il doit alors unir ses vœux à ceux de l'Eglise. Cette prière se diversifie, selon la différence des solennités, des mystères et des temps de l'année. Lorsqu'il dit , Per Dominum nostrum , etc. il doit offrir a Dieu avec une grande confiance tons les me* rites de Jésus-Christ , afin d'obtenir ce qu'il demande* Le salut ne peut venir que par Jésus-Cnrist ^eul , dit
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sainf Pierre. Si quid pet ieritis Pair em in nomine meo^ dabit n)ohi$ .nons dii le divia Sauveur: le prêtre doit être d'autant pins attentif au sens de ces prières, quêtant &ites ao nom de TEglise , et dans le temps du saint sacrificei elles ont une eflicace toute particulière. L^ëpitre est destinée à instruire le peuple ^ pour le préparer par-là au «acrifîce. Le prêtre, en la lisant, a de quoi slitimilier par cette réflexion: «comment puîs- ^ je être digne d^annoncer au peuple la dirine pa- » rofe, moi) dont les mœurs ^ les senlimeus, les in-. » dinations ont été si souvent contraires à la loi de f mon Dieu f » 11 doit rendre grâces intérieurement aa Seigneur ) du bonheur deceuzàquiDieu découvre ce qui lui est agréable. Il le remerciera des admirables wcxtu qu^ii nous a rétélés pour sa gloire et pour notre lalot , €n nous expliquant ses volontés , en nous adres* laot sa parole par son Fils dans TEvangile , par les prophètes et par les apôtres dans leurs écrits et dans icors épitres. C'est ce qui doit les faire lire avec la même attention et le même respect que nous aurions^ si nous écoutions Dieu lui-même^ en lui disant avec le roi prophète : juravi , et statut custodire judicia /iistiliœ tuœ. C'est pour signifier cette ferme résolu^ lioQ, que le prêtre tient les deux mains appuyées sur. le missel en lisant répinre^ comme pour dire qu'il est prêt à faire ce qu'il doit enseigner aux autres.
Le prêtre doit s'appliquer ensuite à goûter le sens des versets ou des psaumes que TEglise fait dire après la lecture de Tépitre^ pour joindre la prière à Tins^ iroction.
Ensuite le prêtre, en disant 9 Manda cor meum^ etc.
dnaandeau Seigneur la pureté) avec laquelle son cœur
doit recevoir et conserver la parole sainte qu'il va lire
dans TEvangile: il demande Jes lèvres pures pour fan*
Boncer dignement, et la grâce d'être irréprochable
dans toutes ses paroles et dans toutes ses actions ^ comme
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le doivent être ceux qui ont Thonneur d^ètre Fôif ane de Dieu^ mais il attend tontes ces grâces de la pure mîséricorde du Tout-puisfant.
Le prêtre B\out€i Jubé ^ Domine^ benedicere ^ etc. pour demander encore au Seignear la grâce d'annoncer dignement TEvangile^ et de le prêcher autant par flss actions que par ses paroles, à ceux qu*il sera obligé d'instruire et a ceux qui seront les témoins de sa conduite. Quoique le prêtre, avant que de lire TE van— gile, doive dire, Jube^ Domine^ benedicere^ etc. le diacre, qui chante FEvangile lors de la messe solennelle ^ prononce ces mêmes paroles. La différence est que le prêtre demande alors au Seigneur de le bénir, en lui donnant les grâces nécessaires pour prêcher saintement sa parole divine, et que le diacre demande cette bénédiction au prêtre.
En commençant la lecture de l'Evangile^ le célébrant fait un signe de croix sur le missel , soit pour marquer que c'est*là le livre de Jésus-Chrbt crucifié, dont il doit se rappeler alors avec de nouveaux sentimens de foi et d'amour la passion et la mort; soit afin que par le mérite de la croix, cette lecture fasse eu lui des impressions salutaires. Il fait le signe de la croix sur le front ^ qui est le siège de la pudeur, pour obtenir la grâce de ne jamais rougir de TEvangile et de le regarder toujours comme la force de Dieu^ sur la bouche, parce qu^il faut confesser parla parole , pour obtenir le salut , ce qu^on croit de cœur pour obtenir la justice^ sur la poitrine, pour fimprimer intimement dans le cœur, et si profondément qu^aucune tentation, aticune suggestion du démon ne puisse fen effacer. 11 sait que toutes les paroles de Jésus-Christ sont les paroles de la vie étemelle, qu'elles sont esprit et vie; il les croit ; il désire de profiter de cette doctrine céleste, eh Pannonçiint aux autres. Après la lecture de TEvangile, le prêtre baise le livre, pour marquer le respect, la joi^ et Tamour que les divines paroles lui inspirent ,
DE hk Messe; v83.
en considérant qu'il ne sufBi pas d'écouter ^ de prêcher
la parole du Seigneur^ mais qu'il faut encore raccom-
pUr, et qu'inutilement pour son propre salut^ oo tra«
vaille à conduire les autres dans les voies de la vé^
rite , lorsque, par une vie indigne de son état , on s'ea
écarte soi-même. Le prêtre , après la lecture do P£«
vangile, dit : Per evangelica^ etc. en s' excitant à la.
doulear de wts péchés , et à lamour de Dieu; eoprianl.
que les paroles de TEvangile fasient en lui des im-*
pressions qui effacent toutes celles qu'il pourroit rece*<
voir des objets sensibles^lesqiiels^en fomentant, en irritant
les passions, sont la source et la cause d'une infinité da.
pépnés ^ afpUquez t Evangile sur votre cœur , dit
ssînl Augustin , i^ quille guérisse de ses péchés : il
ne s^agit ici que de péchés véniels et légers, qui peuvent
être âboéê par d'autres mojrens que par le Sacrement
de pénitence.
Lorsque le prêtre récite à la messe le Creio ou la symbole de la foi, il doit renouveler intérieurement tous les actes des vérités que contient ce symbole \ ea. détestant tontes les hérésies qui ont osé les combattre^ U rendra grâces à Jéstis-Chnst i cause de sa grande.
Sloire , de sa résurrection , de sa glorieuse ascension | a souverain pouvoir qu'il a reçu pour juger les vivana et les morts ^ il se réjouira de son règne étemel; il ado^ rera intérieurement et de tout son cœur TEsprit saint ^ en prononçant ces paroles : Qui cum Pâtre ^ et Filio^ fie, il bénira , il glorifiera la très-Sainte Trinité , à cause des bienfiiils de la création, de la rédemption, de tous ceux de la nature, de la grâce et de la gloire^ en faveur des hommes ; du honneur d'être né et de vivre dans le sein de l'Eglise catholiqtie, à laquelle il veut être soumis et attaché jusqu'au dernier soupir^ Enfin, il attend, il désire la résurrection des morts, il j trouve sa consolation dans tous les maux de cettç vie qui pourroient l'affliger ] il attend la résurrection à la vie, mais à la vie de Tâiuei qui consbte essentielle*
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meot à connoitre Diefi te) qu'il est ^ et à Taiiner tfternellement; il fait sur lui le signe de la croix, en pro« nonçant Et vitam ^ etc. pour témoigner qn^il n^attend la résurrection et la fie future^ que par la ▼eKit de la croix de Jésus-Christ, qui est ressuscité a la vie gIo« rieuse pour faire ressusciter de même ses membres, et les faire monter dans le ciel qu'il letn* a ouvert par son ascension.
Âpres le Credo , le prêtre commence Toblation et k célébration du saint sacrifice ^ ce qui doit loi inspirer des sentimens toujours plus vits de ferveiu* et de dévotion ^ pour se préparer à cette grande action. Il baise Tautel oit va se faire TiramolatioD, pour attirer sur lui de nouvelles bénédictions du Seigneur: par ce témoignage d'amour et de respect pour Jésus» Christ, il souhaite au peuple « et le peupledeinande pour lui le secours du Seigneur ^ il salue les assistans en signe d^amitié, et en mémoire du commandement de Jésus- Christ, qui ordonne de se réconcilier avec son frère, avant que d'offrir son présent à Pautel; il les exhorte ji se tenir dans un nouveau recueillement, & adorer, à prier avec une plus grande attention, à se considérer comme devant être tous oflferts & Dieu, et devant aussi s'y offrir eux- mêmes. En disant OremuSj il lève les yeux au ciel , pour demander au Seigneur
3u*il ait pitié de lui et de tous ceux pour lesquels il oit célébrer; il baisse ensuite la vue pour se regarder lui-même, en se considérant comme un pécheur et comme un néant , comme tm serviteur inaigne , par l'infinie disproportion quUl y a entre Itii et la divine victime qu^il doit oflSûr.
liC prêtre, en prenant Phostie avec la patène , doil y placer intérieurement son cœur, celui des assistant et de tous les fidèles , afin de les offrir avec Jésoi* Christ, comme une hostie vivante pour accomplir sa volouté en toutes choses; et que, comme le pain qui est alors sur la paièue va être changé au corps de Jé«
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Jijs-Qhristy tous soient aussi transformés en ce divin SauTeor, par leoramonr pour lui et par Timitation de ses exemples j en sorte qu^ils puissent dire avec saint Paah/e "vis^ non vins moi-même ^ maisc^est Jésus-- Christ qui vit en moL Ce que le prêtre offre, n^est que du pain ; mais c'est un pain qui n'est offert que pour en taira le vrai pain de vie^ Jésus-Christ Notre-Sei-goeur, la seule victime sans tache, hanc immacula^ tam hfàstiam y parce qu'il sait , l'ayant appris de TE-* glise qui lui prescrit cette expression, qu'il faut offrir à Dieu le Père une hostie pure et sans tache • qui soit agréable à ses yeux, qu'il n'y a que Jâus^-Cbrist qui puisse lui plaire, et qu^tl doit tellement avoir en vue d'ofl&îr cette divine victime , qu^en commençant à offirir le pain, il parle déjà comme s'il oV£toii cette hostie sans tache ^ qui est l'unique dont l'o&ande puisse nous laver de nos pèches. Le prêtre l'offre pour obtenir le pardon de toutes ses offenses et négligences \ il offre cette hostie
ture et sans tache, afin qu'elle procure à lui et à tous % fidèles chrétiens, vivans et morts , le salut et la vie éternelle»
Le prêtre, étant ensuite au côté de l'autel, met du vin dans le calice, et après avoir fait un signe de croix sur la burette de l'eau, il dit, en mettant l'eau dans le calice, la prière, Deus^ qui humanœ etc. prière qoi apprend au prêtre à demander d'être tellement uni svec Jésus-Christ, que cette imion ne laisse plus rien paroitre en lui de ce qu'il est, comme il ne paroît plus rien de l'eau mêlée dans le vin ^ que Jésus-Christ seul paroisse dans toutes ses œuvres, que Jésus-Christ le plonge dans son sang , afin que ses péchés ne paroiitsent plus.
Le prêtre parle en son nom, lorsqu'il offre le pata; Biais en offrant k Dieu ce qui est dans le calice, il dit, nous vous of&ons, O^rimus^ parce que le peuple,^ pour qui il a prié en offrant le pam , et qui a été béni et représenté dans le. calice par lemélaoge de l'eau ^