‹ Instructions sur le rituelChapitre 11 sur 25 · Du Sacmfici · texte numérisé non relu

Du Sacmfici

qui apaise le Seigneur, qui nous obtient la gr&ceet le (ion de pénitence^ la rémission de nos crimes et des plus grands péchés ; viclime offerte non^seulement pour les péchés, les peines et les satisfactions des fi-* ilèles, mais aussi pour toutes leurs nécessités^ viclime qui petit sauver en tout tem|i6, tous ceux qui s'approchent de Dieu par son entremise ^ victime toujours -vivante, afin de pouvoir toujours intercéder pour nous. Qu'avons-uous donc à craindre, et que ne devons-noiis pas espérer f pouvons-nous avoir auprès de Dieo une iitercessLon plus puissanteP Si Dieu a livré son Fîk pour nous tous , te peut-il faire qu'il ne nous donne pas aussi toutes choses, quand nous les lui demandons parla médiation de Jésus- Christ, et lorsque Jésus-Christ les demande pour nonsP En vérité^ disoil Jésûs-Christ à ses apôlres, en 'vérité je vous dis Cfue^ si vous de^ m andcz quelque chose à mon Père en mon nom ^ il vous le donnera. Les apôtres , après avoir reçu la bénédiction de Jésus-Christ et l'avoir adoré montant au ciel, retournèrent remplis de joie à Jérusalem, louant, bénissant et remerciant Dieu sans cesse* Telles doivent être les dispositions des fidèleis, après avoir assisté à la célébration de nos saints m)^stères : ils y ont vu Jésos- Christ s'immoler pour cux^ ils savent que leurs prières ont été présentées à Dieu , par Jésus-Christ qui est monté au ciel pour y préparer leur place, qui est leur avocat envers le Père céleste. Quel motif de consolation pour eux ! peuvent-ils assez louer, remercier eC bénir le Seigneur f aussi répondent-ils au prêtre, De<^ gracias ^Qvkces à Dieu, que Dieu soit remercié. Yoilâ^ dit saint \ugustin, ce que nous pouvons et penser, et dire, et écrire de meilleur^ et cette action de grâces si courte renferme ce qu'on peut entendre de plus coo.-: solant, ce qu'on peut concevoir de plus grande et ^ qu'on peut faire de plus utile. Les assistans font 1< même réponse, lorsque le prêtre dit: lîenedicam*^ Domino^ au lieu d'//t?, missa est. Rien n'est plus just.6)

SE Là Messe. a49

m pluis à propos, ni plus instructif que ces paroles par lesquelles les fidèles louent et bénissent le Seigneur, du bonheur qu'ils ont eu d assister et de participer aur saints mystères, qui doivent être pour eux une source inépuisable de grâces^ s'ils y ont assisté et participé avec les dispositions requises.

Aux messes des morts, au lieu d'/fe, missa est^ le prêtre dit : Requiescant in pace^ei le peuple répond y amen. Ou est alors tout occupé du désir de procurer aux morts le soulagement dont ils ont besoin , pendant <{u'ils achèvent d'expier leurs fautes et de se puriâer pour jouir du repos éternel.

Après avoir dit, /te, missa est^ ou BenedicamiiS Domino^ le prêtre tenant les mains jointes sur lautel et la tète inclinée^ dit secrètement: Placeat tibi^ Sancta Trinitas^ etc. Ici le prêtre fait une espèce de récapitulation des prières ae la messe, et renouvelle Pinteniion qu'il a dû avoir en offrant ce redoutable sacrifice, soit pour lui-même et ses propres besoins, soit pour répondre à Tespritei aux désirs de l'Ej^lise triomphante et militante. Il demande que Thommage de sa servitude et de sa dépendance qu'il a voulu rendre à la très— Sainte Trinité, soit un sacrifice agréable aux yeux de Dieu, nonobstant findignité du ministre, et ^ue ce sacrifice soit propitiatoire pour lui et pour tous ceux en faveur de qui il Ta offert.

Le prêtre ayant dit, Placeat^ baise l'autel, élève au ciel les yeux et les mains, qu'il étend et qu'il joint; et, inclinant la tête a la croix, il dit : Benedicat vos^ etc. Par cette bénédiction, il prie Oieu de bénir lui-même les assistans, de les combler de ses grâces, de remplir tous leurs besoins selon les richesses de sa bonté. Il se tient tourné vers l'autel, en commençant la bénédiction^ parce qu'il implore la toute-puissance et la miséricorde ^e Dieu en faveur de ceux pour qui il prie, et il achève en se tournant vers eux, pour faire stir eux le signe de ta croix et leur dire de recevoir humblement dans cette

f5a Du Sa'crificb

bénédiction , celle du Père, du Fils et du Saint-Esprit i par Timpression de la croix de J&us-ChrisL

Nous ajouterons ici une observation qu'il seroit à propos défaire faire aux personnes aui ne se déterminent à aller à ia messe , que par le motif qu^on y donnera à la fm, la bcnédlction du saint^Sacrement^ et quimanqnei'oient plutôt la messe | que cette bënédiction. Ces personnes ont besoin d'être instruites par leurs curés et par leurs confesseurs. EJles sont, à la vérité, louables d'aller arec empressement dans les églises où le saint*- Sacrement est exposé, et où s'en donne la bénédiction^ par laquelle Dieu bénit c^ux qui adorent Jésus«-Chris( en esprit et en vérité ; il est même déplorable qu'on Fexpose pour être adoré, sans qu'il ait aes adorateurs} mais on ne doit pas confondre la bénédiction qu'oa donne à un saint, avec celles qui sont attachées au saint sacrifice: il faut du discernement dans les diverse pratiques de piété. Le sacrifice de la messe est le prto cipal moyen pour obtenir des grâces^ il a été instito pour les conférer, il est efficace par lui— même; Jésu Christ s'y offre potir la sanctification des fidèles; prêtre y demande pour eux, toutes les bénédictin ct^lestes; il y offre Thostie pour tous les assistans, aj qa^elle leur procure le scdut et la vie éternelle prie le Seigneur de nousjcdre jouir de sa paix el nous mettre au nombre de ses élus. Cette paix e vraie source des bénédictions : le prêtre la dem? de nouveau à la fin du Pater , et , faisant un sign croix avec la particule de l'hostie qu'il tient, il ' haute voix a tous les fidèles : que la paiœ du Seig soit toujours avec vous. Voilà la bénédiction du 5 Sacrement, à laquelle on doit avoir le plus de dév comme faisant partie du sacrifice d'où découlent les grAces,

Aux messes des morts , le prêtre , selon l'tisagf munément pratiqué , ne donne pas la béuéd parce qu'on y omet les solennités, et que^ Tf

DB LÀ Messe. a^t

lyant principalement en vue de procurer du soulage— meut aux morts, cette béne'dicdon ue peut leur servir^ u^étaBt que pour les assistans.

Le prêtre, après avoir donne la bénédiction , ou après le placeat ^ s'il dit une messe des morts, lit l'Evangile selon saint Jean , ou un autre, selon Poccurrence.

En lisant TEvangile selon saint Jean, le prêtre doit témoigner intérieurement à Dieu sa reconnoissance du bienfait de Pincarnation et de la vocation dos hommes à la foi, et le désir qu'il a de le voir connu, adoré^ sw^î et glorifié par toute la terre. Les instructions renfermées dans cet Evangile, sont bien propres à soutenir la piété du prêtre aux pieds de Jésus— Christ : il y ^prendra quelle est la grandeur de la victime qu'il Tient d'offrir , le Verbe éternel , qui est la parole du Père, la sagesse de Dieu; par qui toutes choses ont Ai faites; qui est Dieu consubslantiel à son Père, une tnême chose avec son Père, et le même Dieu que le Père. De-là , quris senlimens d'admiration, de respect, tfadoration, d'anéaiilissemeul de soi-même, en présence de Jésus-Chrisi !

Cette vie essentielle , cette sagesse virante , cette Tenté éternelle, celte justice souveraine a [iris un corps TÎsible, pour faire voir aux hommes airelle est leur lumière^ comme elle est leur vie, pour leur donner la connoissance de la vérité et l'amour pour la justice. Cette lumière a paru au milieu des ténèbres, aux yeux des hommes aveuglés par leurs passions , ensevelis dans tes ombres de la mort, dans la nuit des erreurs et des péchés^ elle y a jeté des rayons de toutes parts, par t>Be doctrine pure, par des exemples de la plus admirable saintet*» , par des miracles bienfaisans; mais ces ^^uèbrcs ne l'ont point comprise, ou elles ne l'ont point reconnue sous ces infirmités de la nature humaine qui lacachoicnt; ou en s'épaississant, elles se sont défendues contre elle, et n'ont daij^né, ni la recevoir, ni *en labser pénétrer. En faut-il davantage pour dé—

aS2 Du Sacrifice

montrer gu^un cœur esclave de ses passions , esdave de riuiquité , est indigne d'être offert à Jésus-Christ^ de devenir le temnle de Jésus-Christ.

Pour prévenir i ingratitude, la malice et Tendorcissemeut clés hommes , Dieu , qui les prévojoit, envoja avant lui un homme qui s'appeloit Jean: il étoit charge de marcher devant le Seigneur pour lui préparer ses. voies , de découvrir aux hommes cette lumière éclipsée sous les voiles de notre chair , et de lui rendre témoi«gnage^ afin de lever Téteudard pour le messie^ de se mettre à la tête de ceux qui le recevroient, et afin de rendre ceux qui rejetteroient la mission de Jean^ d'autant plus inexcusables, que c'étoit mépriser en sa, personne, un prophète envoyé de Dieu qui relevoit k. grandeur du messie , de tout le poids de son autorité. L'éclat de la sainteté de Jean-Baptiste lui ayant attiré une réputation qui fit douter s'il n'étoit point la lumière qui de voit éclairer les hommes , il confessa et ne le nia point, il confessa qu'il n'étoit pas le Christ, qu'il n'étoit pas la lumière^ et ne voulut être regardé que comme la voie qui crioit dans le désert, appla-^ nissez le chemin du Seigneur^ et qui devoit rendre témoignage à la lumière. Quel modèle d'humilité, de désintéressement, de fidélité à Jésus-Christ, proposé., à tous les ministres de Jésus-Christ !

Cependant la mission de ce prophète, de ce saint qui . étoit |)lus qu'un prophète, n'eut pas tout le succès qu'elle auroit dû avoir: l'ouvrage méconnut son ouvrier^ les serviteurs renoncèrent leur maître , la lumière in-— carnée fui rejetée du corps de la synagogue; peu d^s

Î)ersonnes voulurent suivre Jésus-Christ qui étoit dan e monde, et que le monde ne connut point; qui s-< présenta en sa propre maison, où les siens ne voulure pas le recevoir. Si l'ami de IVpoux ne lui gagna qu^ petit nombre de disciples, si Jésus-Christ lui— mém« venu pour sauver le monde , et qui n'a fait que cMt bion par-tout où il a passé , a été rebuté par ce«^ même qu'il avoit comblés de sas bienfaits, pourqu»^'

DE LÀ Messk. aS3

les prédicateurs de TEvangile se laisseront-ils abattre dans les contradictions, les obstacles et les persécutions? ' QVils n oublient donc jamais que noire divin Sauveur ne peut souffrir que ses disciples cherchent leur consolation dans un autre exemple que le sien.

Enfin, le saint Evangile, en nous parlant de la récompense de tous ceux qui ont reçu Jésus-Christ et qui ont cru eu son nom, veut animer notre foi à la vue des avantages inestimables que nous en devous recevoir^ p'uisqu'après avoir reçu de Dieu le pouvoir de devenir ses enf'ans , nous avons lieu d'espérer de sa miséricorde , qu'il nous fera vivre d'une manière digue de cette auguste qualité : vie qui distingue ceux qui sont nés de Dieu , de ceux qui sont esclaves de la volonté de la chair et de la volonté de fhomme j vie qui seroit au-dessus de nos forces, si Dieu ne nous enrendoit pas capables par les mérites de Jésus- Christ. Cest pour nous obtenir la grâce, que le Verbe s'est fait chair et qu'il a habité parmi nous^ et, comme il est la source et le principe de tous les dons et de toutes les grâces de Dieu, nous avons tout reçu de sa pléuitcde. Cest de son abondance que nous tenons tout ce que Uous possédons ^ c'est par lui que la grâce et la vérité nous ont été apportées. Quel sujet de confiance pour hons ! mais aussi quels engagemens à la sainteté ! car, si la grâce de Dieu notre Sauveur s'est fait voir à tous les hommes, c'est pour nous apprendre à renoocer à l^impiété, aux désirs du siècle, et à toutes les passions XDondaines, pour vivre en ce monde avec tempérance, selon la justice et avec piété, en attendant la béatitude C[ue nous espérons, et l'avènement glorieux de notre Sauveur Jésus-Christ qui s'est livré lui-même pour nous, ^fiu de nous racheter de tout péché , et de se former , ^û nous purifiant, un peuple chéri et fervent dans la pratique des bonnes œuvres. Or, si telles sont les obli-^ gâtions de tous les chrétiens et des simples fidèles, quelles âoiveht être celles des prêtres destinés à oiFrir , comme

^54 Du Sackifics

ministres de Jésiis*Christ et de TEglise, la viciine saTiite dont le sang répandu sur la croix a fait la paix entre ce <}ui est dans le ciel et ce qui est sur la terre ^ qui nous a rachetés et nous a acquis la rémission de nos péchés ! Quid intéressât inter populum et sacerdoles ^si iisdem as tr ingèrent lû' legihus^ dit saint Ambroise^ Débet prœponderare vita Sacerdotis^ sicut prœponderat gratia dignitatis. Fide quid agas^sacerdos ! dit encore ailleurs ce saint docteur, nec J'ebrienti inanu corpus Cliristi attingas.

De r Action de grâce après la Messe.

N prêtre, que la piété ne conduit pas à Fautel^ qui lie connoit pas ce qu'il y fait; qui aussitôt, lors même qu^il en est descendu, oublie les merveilles qui s y son| opérées sous ses yeux, est indigne du sacerdoce* Pour^ quoi voit*on un si grand nombre de prêtres qui célèbrent fréquemment et même tous les jours, ne retirer aucun fruit des saints mystères f Pourquoi les voit-on peu touchés , peu attendris par la piété , peu occupés de rhonneur qu'ils ont eu ae s'approcher si près de Dieu; et peu frappés de ce qu'ils ont vu dans un lieu d'eu ils devroient revenir toujours plus terribles au démoD; et ne respirant qu^un feu toujours plus ardent de ramottr divin f Pourquoi sont- ils si indifférens pour leur propre perfection et pour leur salut f Pourquoi n'aperçoit-ca en eux presque aucun sentiment de religion f Notre Diev est un teu pénétrant , et cependant leur cœur est MA et glacé pour Jésus- Christ. Ne regarde-t-on pas comiB^ le signe d'une mort prochaine dans un malade , ou » moins comme la preuve évidente du danger de sonétih Finipossibilité de le réchauffer par les remèdes les dktf actifs. Dagon ne put soutenir la présence de raroK? pourquoi la présence de JésBs- Christ ne reDYerse»*t-*eIk pas , ne rédiût-eUe pas en poudre , Tidole de

DE LA Messe. aS5

propre dans le cœur du prêtre qui en est Tesclave ? Pourquoi celui qui est le ministre des humiliations du Fils de Dieu, et qui est si souvent à TauteL le te'moia privilégié du profond abaissement de Jésus-Qirist et de son anéantissement devant son Père, n'en devienf-il pas plus humble? Pourquoi toute la douceur de cet Agneau de Dieu, qui s'abandonne entre ses mains, ^(iu d'y être immolé pour les hommes , ne guérit-elle point sa colère et son emportement ?

Le feu de l'amour divin , lorsqu'il est dans notre cœur, consume tout ce qui lui est étranger; il nous détache de nous-mêmes et de toutes les créatures, il nous unit à Dieu pour lui rapporter tout ce qne nous avons , tout ce qne nous faisons , tout ce que nous sommes. 11 est ennemi de Famour-'propre, d'une (ausse paix, d'une molle oisiveté, d'une prudence timide, qui ne counoil et n'aime q^e des devoirs aisés etsou vent compatibles avec la cupidité. Il porte le caractère de Dieu tnêroe, qui s'appelle daus l'Ecriture un feu brûlant, un Dieu jaloux ^ il ne peut souffrir ni partage , ni rival , ni concurrent^ il veut être l'unique maître du cœur, il veut y dominer avec empire. Jugeons par-là si tous les ministres des autels en sont remplis.

Pourquoi voit-on des prêtres dominés par les mêmes passions , sujets aux mêmes défauts, entraînés par les nièmes erreurs que le peuple le plus grossier qiii est presque sans reli^on, et que les partisans du monde f pourquoi en voit-on . qui, consens de s'abstenir de cer- Uius vices d'éclat qui les d^crieroient , s'imaginent sa- ^faire aux devoirs de leur état et entrer dans les vues de Dieu par une vie tiède , laquelle n'est , à le bien prendre , ni ecclésiastique , ni laïque , et qui gardent une espèce de neutralité entre l'autel et le monde. Ils sont ennemis de la retraite , ils ne goûtent point les choses de Dieu , ils ne connoissent point Tesprit de l^ieu y \l$ ne s'acquittent qu'avec un mortel dégoût du ^vice de Dieu , ils parlent a Dieu sans l'écouter, ils

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Toffrent sans lui être unis , ils le reçoivent sans iioîlre; leurs fautes et leur indi<^nité n'ont rien qi: les effrayer ; le |>o\Jvoir qu'ils ont de s appro< Tautel ^ leur tient lieu de la sainteté qu^ils d< avoir pour exercer dignement cette redoutable fb appvopinquare Deo volant , quasi gens quœ/u fecerit. Us jugent d'eux-mêmes par leur état, et vertu, par leur devoir; loin de prier J.G de leur fa noitre ce qui lui déplaît eu eux , ils craignent cett arce qu'ils ne veulent rien changer dans leiir et 'huniilitéprodigieusede Jésus-Christ dans FEucI diminue leur respect, disons plus, non-seulen Taffolblit,, mais encore elle Téteint^ parce qu'i pas assez de lumière et de piété pour en sentir

Erofoudcur \ loin de trembler à Tautel durant 1 ration des saints mj^stères, ils sont distraits, dans une action commune, parce quMIs njr voî qui puisse étonner leur incrédulité^ ou, s'il le une étincelle de foi , elle ne produit en eux foibles pensées et de foibles scntimens \ leur 1 languissante, si stérile, qu'elle ne peut ni éclai esprit , ni animer leur cœup.

Il est difficile quNm pareil état ne deviei toujours pire, et que, les sentimens de la f presque éteints, plus on est long-temps prêtr on ne soit indigne de Pêtre. Un prêtre ne regar son ministère qu^avec des yeux qui n'en décou la sainteté, ni la grandeur. L'idée de ^es devoîn peu à peu : il ne mesure plus ses actions sur s cience : sa conscience parle peu , ou se tait toujours, parce qu'elle n'est ni suivie, ni écoi son silence inspire à ce prêtre malheureux la se la paix, parce qu'il n'en comprend pas les suites t Malheur aux prêtres qui offrent et reçoivenl Christ à fantel, sans savoir quel est le don d qui ne connoissent pas ce qu'ils présentent à ce qu'ib portent dans leur cœur \ qui , assis i

DE Ll MesSK. 357

de Jésus-Christ ^ distribuant ses biens et TaDiionçant

aax autres^ lui sont cependant toujours étrangers ; et

oui sont m'enacés de cet accablant reproche que Jésus-

Chrm fera à ses ministres in&déles inescioi^os undè sitist

reproche qu'ils méritent justement^ puisqu'ils n^étudient

jamais ^ pour leur propre perfection , les mj^stéres , la

doctrine et les exemples de Jésus-Christ. Us n'ont pas

compris 9 ce que Jésus— Christ a fait sous leurs }eux, et

entre leurs mains à Tautel ; est-il surprenant qu'ils ne

comprennent pas ce qu'ils doivent faire en conséquence

pour imiter Jésus-^Christ ^ et qu'ils oublient à quelle

condition ils font reçu ?

L'Eucharistie , comme nous l'observerons encore ailleurs ^ est la nourriture spirituelle de Tâme ; elle entretient sa vie, elle augmente la grâce en elle ^ elle nous donne de nouvelles forces ^ elle répare ce que notre tmt peut perdre de la vie de la grâce ^ elle sert de remèae aux iufirmités que Ton contracte chaque jour, par des péchés auxquels on ne se porte pas avec plaisir et avec attache^ elle efface les fautes légères; c'est un puissant secours contre le péché mortel^ elle a la vf*rtu et la force de nous conserver purs et exempts de crimes^ de nous fortifier contre les attaques et les tentations^ de servir à notre âme comme d'un céleste antidote y pour Tempêcher d*êlre corrompue et infectée du vciiia mortel des passions. Elle réprime les ai deurs de la chairj et, à proportion qu'elle allume de plus en plus le feu delà charité dans le cœur ^ elle y éteint Tardeur de la concupiscence. Elle diminue notre penchant au mal ^ elle affermit toutes les vertijs chrétiennes, elle nous détache de toutes les créatures , elle nous dégoûte de tout ce qui est sur la terre . pour ne nous faire aimer <p)e ce qui est au ciel ; elle purifie fâme et le corps , elle nous remplit de consolations et de paix , en nous hissant k Dieu.

Pourquoi donc ne remarque-t-on pas ces fruits et ^avantages précieu;c de la divine Eucharbtie, dans un

358 Du Sacrifice

grand nombre de prêtres qui disent souvénl et tous les jours la messe f Pourquoi les vojrons-noi une langueur mortelle ^ qui les rend dignes du rc que fiiisoil un prophète aux Juifs affligés de pi fléaux , en punition de leurs crimes : comediSi non estis satiatiy bibistis , et non estis inehriati quoi le pain , descendu du ciel pour donner la monde, les laisse- t-il dans une déplorable défail Qu^ils ne s'en prennent pas au défaut de vert cette divine nourriture : ils ne peuvent , ni le | ni le dire, sans la dernière impiété. S'ils ne conn pas la cause de leur malheureux état, nous le verrons à Taveu qu'ils devroient faire de leurs ma dispositions et de leurs infidélités^ et nous leur encore avec le même prophète : ponite corda super i^ias vestras : voilà une des causes de leurs Le cœur leur soulève à la vue dû pain des ai ils ne veulent que ce qui nourrit les plus vils an Dispositions plus détestables encore que celles de lites, qui rejetoient la manne, en regrettant les i de TEgypte. Ils ne coniioissent pas le prix du sac€ ils ne découvrent rien que d'indilFérent dans c< s'il ne les rend pas grands devant le monde , leur est pas utile dans leurs besoins profanes ^ considèrent que les revenus qu'il peut leur prc ou la distinction qu'il peut leur attirer aux jfei hommes. La piété , si elle est seule , la prière , I veor, sont des choses sans méiite pour eux, si ivantage temporel ne les accompagne. Ils n'ont * )asse idée de leurs augustes fonctions^ ils les reg :omme une servitude onéreuse , lorsqu'elles n )roduisent point ce qu'ils attendent des homme olidemeni numble, profondément pénétré de I •gion , préparé à tous les mépris , consacré à la •ence, mort à tons les désirs et à toutes les espe Cw siècle, plein en tout de l'esprit et desse&am Jésus-Christ crucifié ^ n'est pour eux que la v^J

DE LA MeSSË. 259

petits esprits et des âmes basses ^ ils craignent ^ ils dédaignent une peifeciion qui leur couteroit cher. En vain se plaindront-^ils^ après cela, de ce que leur font souffrir^ pendant la prière et la célébration de nos redoutables mystères , une indocilité d'un esprit que tout amuse et dissipe, une légèreté que rien ne peut fixer, un dégoût que les réflexions et les efforts ne sauroient vaincre^ et comment l'esprit ne sVgareroit>il pas durant le saint sacrifice et la prière , lorsqu'on ne porte a Tautel et aux pieds du Seigneur, qu'un cœur qui n^a rien à lui dire, rien à lui demander, qui s'ennuie quand il est avec Dieu^ qni trouve ailleurs sa satis— Uiction, sa joie et son bonhei.r; qui, loin d'examiner sérieusement s'il n^^ a rien dans son cœur qui puisse blesser les yeux du Seigneur et lui déplaire , aime encore son indolence, disons mieux, son indévotion P Boit-OR, après cela, être étonné qu'un piètre, avec de pareilles dispositions , ne voie ni la majesté , ni la sainteté redoutable de celui qui s'immole entre ses mains r qu'il soit sans crainte et sans respect^ dans un lieu où il devroii êire pénétré des sentimens que demandent de lui la Religion et la foi , et où tremblent les anges même? Doit-on être surpris qu'un prêtre, qui neconnoit pas toute sa misère, qui n'expose jamais ses véritables besoins , demeure toujours aans findigencef Si, avec cela, il aime encore ses maladies, s'il hait les remèdes, & il craint son libérateur , comment we-l-il se flatter d'êire écoulé du Seigneur? Sur qui jeuerai— je les yeux , dit Dieu par un de sej? prophètes, sinon sur le pauvre, qui a le cœur brisé et humilié, ^aai écoute mes paroles avec crainte et tremblementT ^i quem autem respiciam , nisi ad pduperculum et ^ontritumspiritu^ et trementem sermones meosP Dieu ^(mplit de biens ceux qui à ses pieds gémissent de leur indigence^ mais il refuse ses grâces à ceux qui se croient tiches. Jésus -Christ n'accorde rien à un cœur déjà ^^ttasié, qui n^a ni faim, ai soif de la justice | qui ne

d6o Du Sacrifice

veut) qui n^attend rien que des hommes, qui ne soupire et qui ira de goât que pour les biens de la terre. Jâus- Chrits refuse ses consolations a ceux qui n'en connoissenc pas tout le prix , qui ne les désirent jamaif. Jésua-ChrisI ne guérit que ceux qui lui demandent les remèdes k leurs maux \ il ne délivre que ceux qui Tinvoquent dans leurs dangers ; il laisse dans la pauvreté , dans U misère et dans Taveuglement ceux qui , semblables k cet ëvêque dont Tapôtre saint Jean nous parle dans Tapocalypse, se croient assez riches pour n'avoir besoiu de rien* Dicis : divessumet locuplttatus ^ et nnllius egeoj et nescis quia tu es miser ^ et miserabilis^ et pauperj et cœcus ^ et nudus.

Ije défaut des dispositions nécessaires qui doivent préparer à célébrer dignement les saints mystères ^ est une autre cause de Tinutilité du saint sacrifice pour un grand nombre de prêtres. Combien en voit-on^ qui apportent à cette redoutable action la même négligence , la même précipitation , la même dissipation ^ la même indifférence, disons plus, le même dédain que s'il s'agisspit d'une action des plus communes de la vie civile, 'pour laquelle ils n'auroient même que dn mépris r Combien y en a-t*il qui ne célèbrent que

Ear coutume, par intérêt, par bienséance, par respect umain , par force • ou par quelqu'autre motif coih damnable aux jeux ne Dieu? Combien en voit-on qai| près de monter à lautel ^ ne donnent à ceux qui peuvent les observer , aucune marque des sentimeo» de religion , de ferveur et de piété dont ils devroienl être animés? Si l'on vouloit examiner de près leoft xno^irs et leur conduite, quelle raison n'auroir— on psi de pleurer sur leur témérité ? (Combien en voit-on qot se fout un devoir de dire fréqTJcmmcnt et même lo<* les jours la me^se , sans prendre les précautions nécessaires pour la dire bien F combien en voîi«on qw fcnl consister toute leur préparation à suspendre po*^ un moment leurs soins , leurs emprcssemens et leu^

DB lÀ Mes 91. a6l

inquiétodes pour des affaires purement temporelles ^

conduits même très--souyent par la passion qui les

domine , et qui leur laissent à peine le temps de reciter

à ta bÂte^ quelques-unes des prières marquées pour

servir de préparation au prêtre qui va célébrer r Et

comment osent-ils se flatter que le sacrifice qu'ils \ont

offrir^ touchera le cœur de Dieu en leur faveur P Jésus*

Christ^ dans la divine Eucharistie,, donne ses grâces k

ceux qui le reçoivent dignement ; mais ceux qui s eu ap^

procbent avec les disposiiious qu^il réprouve, ne

trouvent dans ce Sacrement que leur supplice et leur

perte. Les choses excellentes, dit saint Cnrysostôme ^

ne profitent qu^à ceux qui sont dignes de les recevoir j

mais elles ne servent à ceux qui en sont indignes ,

qua attirer sur eux une plus sévère condamnation.

Quœ enirn pretiosa sunt , dignis prosuni ,• eos vero

^ui indigne percipiunt ^ in majorent condemnationem

venant. ( Deprodit. Jud. tom. 5. ) El comme , ajoute

ce Père, lorsque les viandes ordinaires que nous man-

eeons, trouvent notre estomac plein de mauvaises

humeurs, elles augmentent notre mal au lieu de le

soulager , non par elles-mêmes , mais à cause de la

foiblesse de cette partie qui les reçoit^ ainsi, lorsque

ces mystères tout aivins rencontrent une âme remplie

d'iniquités et mal disposée , ils la corrompent encore

davantage et la font périr , non par eux-mêmes , mais

à cause de la foiblesse et de la dépravation de Tàme

<{ui les reçoit Etenim et ipsa cîinh ih animam iui-^

(juitate plenam inciderint , magis illam corrumpunù

ion ex ipsorum naturd , sed ex injirmitate ipsius

<luœ recipit animai. Telle est la doctrine de saint Paul |

qui ordonne à Tbomme de s'éprouver soi-même , avant

que de manger de ce pain et de boire de ce calice.

Si le prêtre, qui va dire la messe, a perdu la vie delà grâce par le péché mortel, il n'est pas difljcile de ^outrer Tetendue du crime qu'il commet par Tau- ^ce qui le conduit à lautei ; mais il faut admirer la

l2 Du Sàchifiqk

^ande bont^ de Dieu qui souffre la présomption et , tëmérité d'un prêtre, lorsqu'il 02»e dans cet affreux Uat, célébrer nos saints et sacres ni} stères; prêtre pire que ces Juifs impies et ces cmcU bourreaux qui, en adorant Jésus— (^b^i^l par dérision , le couvroieut en même temps d'opprobres et d'ignominie': nous disons , pire que ces Juiîk et ces cruels boiirreidux, qui ne connoissoient pas le mal q^TiU C()mmettoient:f/ir^ s^ils uvoient connu la sagesse de Dwu caihée dans le mystère de l* incarnat ion et de la mort de son Fils , dit saint Paul , Us fiauroient jamais crucifié le Seigneur de la gloire f mais un prêtre^ qui ciMèbie en état de péché mortel, conuoit toute lénormilé de son ciime et toute la force des rircon^^iances qui le rendent plus inexcusable, yéudet . dit saint Denis, audf^t.... scelestas hlasphemins suas ( nequo cnim preces dixerim ) in divinis mjrsteriis Chriàtiformiter pronuntiare. Non est iste sacrrdos ^ non est f sed inimicus dolosus , illusor sui ^ et lupus in gregem domitncum ovinâ pelle armntus ( Ep. 8. ad JJcmoph. ).

A Tégatd du prêtre qui, quoique purifié des péobés mortels, ne porte à 1 autel qu'une piélé foible et languissante, un cœtir atiaché à des pochés véniels^ qui zje respire que. pour les choses de la terre ^ qui ne peut souflrir tout ce qui le mortifie et qui le gêne ^ qui aime sa volonté et tout ce qui nourrit certaines pabsi >ns; qui néglige de \eiller à la garde de son Ame et d'avancer dâtis la voie de la periëction de sou état \ dont la tiédeur marque le peu de goût qu'il a pour la nourriture célesie qu'il va recevoir ; dont la aissipatioQ montre à tous ceux qui en sont témoins , qu'il ne connoît pas ce qu'il va faire à l'autel: ou ne doit pas être surpris que, célébrant fréquenmient et même tous les jours, il fds^e peu de prr^grès dans la vertu^ qu'il ait toujours les m^mes impeiiërhons, les mêmes UiHladies; et que, par nii ceux qui lui ressemblent^ il y eu ait même beaucoup qui meurent daus cet état.

DE LA MeSSB* d63

On en trouyera les preuves dans ce que nous dirons ci-après de la prudence des confesseurs , pour régler les communions des pënitens^ et de raltention avec laquelle ils doivent s*appliquer à purifier les âmes des péchés légers, et ce qu'on doit penser des dispositions d'un prêtre qui monte fréquemment et même tous les jours à Taulel, sans pureté d'intention, sans attention, sans respect intérieur et extérieur, sans dévotion, sans la faim spirituelle et le goût pour la divine Eucharistie , qui doivent nous faire désirer ardemment de nous nourrir de ce pain céleste. S'il n'a qu'une piété foible et languissante ^ s'il ne veille avec circonspection à la garde de son âme et au règlement de ses mœurs ^ s'il conserve l'affection au péché véniel ; s'il entretient dans son cœur certaines attaches qui déplaisent à Dieu, quoiqu'elles ne soient pas criminelles; s'il craint la mortification de ses passions, de ses affections et de sa volonté ^ s'il ménage son amour-propre; s'il ne pense qu'à lui-même, à ses commodités, à ce qtii peut lui plaire et le contenter; s'il appréhende de porter sa croix ; s'il ne travaille qu'avec nonchalance à acquérir la perfection que Dieu demande de lui^ s'il porte de mauvaise grâce le joug de son état , et s'il tâche autant qu'il peut d'eu secouer ou d'en diminuer la charge; s'il se dispense de ses devoirs , quand il en trouve l'occasion favorable; s'il n'a pas un grand désir déplaire à Dieu; s'il ne peut se résoudre à tous les efforts qu'il doit faire pour conserver et , accroître la justice en lui; s'il néglige l'exercice de la lecture, de W prière et des bonnes œuvres ; s'il est lâche et inconstant dans la pratique de la vertu ; s'il se répand volontiers au dehors; s'il vit dans l'oisiveté et la uissipation; si le monde n'est pas crucifié à son égard; i\\ n'est pas crucifié à l'égard du monde ; s'il ne s'ap— pliqoe point à conserver la ^râce de sa vocation ; s'il t^« vit, s'il n'agit pas par l'esprit, peut^oii croire qu'il regarde comme une œuvre de religion , la célébra-

^64 ^^ Sackificb

tioQ de nos^ saints mystères, sur-tout s^il remplit $eé foDctions 9 comme il arrive aordinaire à un prêtre qui est dans ce déplorable état, avec indécence , avec ennui, sans dignité , sans bienséance et avec un air de pré*cipitation, qu^il n'oseroit montrer dans les devoirs de pure société envers les bommes. Est-ce-là remplir saintement, à la place de Jésus-Christ ^ les fonctions de son sacerdoce éternel P est-ce* là célébrer le sacri^ fice de la messe comme une action qui honore Dieu, comme Faction par excellence. Faction la plus sainte et la plus auguste de la Religion , le sacrifice du vrai Dieu , comme un sacrifice offert à Dieu , comme un sacrifice où Dieu est offert f Et que peut— on penser du prêtre qui s y prifpare sans modestie , sans recueillemeul , par coutume, par pure cérémonie , sans y appliquer ni son esprit ni son cœur? Avec de telles dis- Sositious, comment peut il espérer d'obtenir les bénéiclions et les grâces préparées à ceux qui auront offert et reçu dignement le corps et le sang de Jésus-Christ? Celui qui s'approche des divins mystères avec négligence, dit saint Chrysostôme , se rend digne d'un terrible supplice : ad divina mysteria negligenter ac^ cedens^ supplicium intolerabile meretur ( Jïôm. 3i , ad Pop. Antioch.). Ne savez-vous pas , ajoute ce Père, ne savez- vous pas qu'il sort de cette table sacrée, des flammes secrètes et spirituelles P N'y portez donc pas de la paille , du bois et du foin , de peur d augmenter l'embrasement et de brûler votre âme, en approchant de laulel pour communier. iVe i^/far accesseris sti^ pulam afferens^ non ligna ^ nonfœnum^ne augeas incendium , exurasque arrimam ad cornmunionern accédons.

Ce saint docteur croit donc que la seule négligence, la tiédeur, le défaut de ferveur et de dévotion dans un prêtre qui célèbre , ei dans un fidèle qui commu* nie , est un péché digne d^un teirible châtiment , et cela sur ce principe qu'il enseigoe ailleurs ^ que ne pas

i)B LÀ Messs. a65

apporter, pour recevoir Jésus- Christ , toute la pureté| toute ta préparation, toutes les dii^positions que le Seigneur exige de nous, c est se rendre indigne de ce Sacrement, c'est le mépriser; et que ne pas le recevoir assez dignement , c'est mériter d'en être privé, c^est outrager, c^est déshonorer Jésus- Christ, autant qu'il est eu notre pouvoir. Si Christus nos atten-^ deret , et non infinitam suam bonitatem , jàm à nobis absiulisset divina Sacramenta. Dignos enim nos hdc pœnd efficimiis^ et indignos ipsis Sacra^^ meruis , dàm ea siiscipientes minus digne ^ et illa , et Christum traducimus^ et^ quuntîim in nobis est^famd tt honore prii^amus ( ffom. 60 ad Pop. Antioch. ).

Eprouvez-vous donc vous-même , ajoute saint Bo- Dtventure ( Tract, de prœp. ad Miss. ) parlant au préire qui se prépare à dire la messe, et examinez <|uelle est la ferveur qui vous approche du Fils de Uieu. Car il ne faut pas seulement éviter les péchés mortels, mais aussi les pécliés véniels : les péchés véniels venant à se multiplier par notre négligence et par notre paresse , ou même par les inconsidérations ti les distractions d'une vie relâchée et d'une mauvaise habitude, ne donnent pas, à la vérité, par euxmêmes à Tàme , le coup de la mort , mais ils la rendent tiède et pesante; ib la remplissent de nuages, et la mettent dans un état qui empêche les dispositions dans lesquelles elle doit être pour célébrer dignement les saints mystères, à moins que le sou(ile de TEsprit ^int ne dissipe toute cette poussière et toutes ces pailles, et que la flamme de l'amour divin ne l'embrasedWe sainte ardeur, qui, la portant à admirer et ^ teconuoitre la bonté de son Dieu , la remplit des ^timens d'une profonde humilité à la vue de son indignité et de son néant. C'est pourquoi, poursuit ce ^ût docteur, prenez garde de ne pas monter à l'autel >vec tiédeur, et sans être pénétré de la grandeur du >2cnfice que vous allez ofirir : car vous recevrez Jésus-

s66 Du Sacrifice

Christ indignement, si vous ne vous en approdies pas avec respect, avec attention et avec les seutimens qu^il demande de votre cœur. Ce qui a fait dire à Ta-* poire saint Paul, que Ton mange el que Ton boit sa condamnation.

Enfin , une troisième cause qui empêche les eflfets du saint sacrifice, c'est la nf'gligence avec laquelle un prêtre fait son action de gràcci , après la célébration de la messe Combien voit-on de prêtres qui abrègent , qui diflfe'rent, q*ji omettent alors cet important devoir ^ par légèreté^ par indévotion, par esprit de dissipation, par empressement pour Tétude, ou pour quelque autre occupation qu'ils ont plus à cœur^ qui cèdeni alors aux égaremens de leur esprit ^ qui pensent à toute autre chose qu'à ce que demande la présence de Jésus*Christ dans leur cœur ^ qui interrompent cette action trop facilement , et sous le moindre prétexte , peu Aches qu'il s'en soit présenté quelque occasion; qui donnent lieu par leur faute à des distractions, à des sécheresses et à des dégoûts sans nombre. Us ne pensent pas a recueillir les fruits de cet auguste sacrifice , ils ont pris le calice du Seigneur, ils ont pris le sang qui germe les vierges, mais ils ne se sont pas résolus d'en être plus purs. Us viennent d'offrir et de recevoir un Dieo d'amour, humilié, anéanti, mais quoiqu'ils Talent vu dans un état de victime de mort , ils n'en aiment pas moins les choses de la terre , ils n^en sont pas plus humbles, plus modérés, plusaétachés d'eux-mêmes et du monde , leur ambition n'en a rien perdu , les désirs qu'ils ont de s'élever n'en sont pas moins violens, ils n'en sont pas plus mortifiés , la dissipation n'en maîtrise pas moins leur esprit Jeur cœur el leurs sens; ib oublient la grandeur des sacrés mystères ; un monirat j après les avoir célébrés, ils courent aux affaires sécurlicres , pour se délasser de la gène où les a tenus une action dont ils ne comprennent pas, et dont ils ont oublié tout le prix ; et, à les voir, on diroit qu'ib

DB LÀ Messe. sSj

viennent d^un spectacle profane qui leur a eausé un ennui) dont ils ireulenl se dédommager par quelque occupation qui leur plaise davantage. Il est nécessaire de leur rappeler ou de leur apprendre ici, quels senties sentimens qui doivent uniquement les occuperj au sortir de l'autel. *

Sentimens dun Prêtre après la Messe.

iLii'est pas nécessaire d'enseigner à on prêtre persuadé des merveilles qui se sont opérées entre ses mains sur l'autel, et qui sait quel est le don que Jésus* Christ vient de lui faire, comment il doit rendre grâces après la célébration de la messe. On n^auroit rien à lui dire sur les sentimens dont il doit être alors pénétré, s'il crojoit en Jésus-Christ, s'il aimoit Jésus-Clirist. On D^auroit pas besoin de l'avertir de ce qu'il doit demander dans ces précieux momcns , s il connoissoit toute sa misère, tous ses maux, toute sa pauvreté et ses véritables intérêts. S'il écoutoit ce que la foi lui apprend, pourroit-il se lasser de dire, que Tagneau

3ui est mort et qui vient de s'immoler à ses jeux^ est igné de recevoir la puissance^ la divinité^ la sa-^ gesse . la force , Chonneur , la gloire et la benédic^ tionp II seroit dans l'admiration des mystères humilians , dont TEucharisiie est la continuation ; il dési-* Teroitde pouvoir rendre, par ses profondes adorations, i ce Dieu caché , ce Dieu d'Israël , ce Dieu Sauveur, ce que sa bonté et sa tendresse ôtent pour nous à sa graodetir^ il jouiroit intérieurement de la présence de Îésus-Christ , pour écouter ce que lui diroit au fond du cœur cet adorable maître ^ il goûleroit intérieuretDeni Jésus- Christ , en le priant de se faire goûter à lui, d'une mauière à lui faipe perdre le goût de toute *uire chose.

368 Du Sacrific0

Il Tiy a point de meilleures acûons de gr&oei qaa celles d'un cœur rempli des bontés de Dieu ^ el touché de ses infinies miséricordes. L'âme qui po»^ sède son Dieu et qui sent son bonheur^ um peut retenir les seutimens dont elle est animée ; elle suit avec docilité Cous ceux que le Saint-Esprit lui inspire^ et -elle s'y abandonne avec une joie et une consolation inexprimable^ pénétrée de sa bassesse , elle s'abime dans son néant, à la vue de la grandeur de celui qui s'est donné à elle , et auquel elle désire uniquemeul de plaire^ elle sait que sou bien-aimé est a elle, et elle ne veut être qu'à lui; elle s'ofiEre à lui sans réserve et sans partage , elle ne veut que sa volonté; elle a trouvé celui qu^elle aime, et elle est ré» solue de ne le quitter jamais. « Seigneur, dit un prêtre » qui vient de célébrer la messe, et qui est transporté » d'amour et de reconnoissance , par le sentiment dei » bontés de son Dieu, Seigneur, que mon cœur ait » toujours faim de vous ; qu'il se nourrisse sans cessa » de vous,ô pain désirable! qu^il ait soif de vous, 9 » fontaine de vie ! vive source de sagesse et de 5cience| » torrent de volupté, qui réjouissez et arrosez la mai- » son de Dieu: que je ne cesse point de vous désireri » vous que les anges désirent de voir, et qu'ils voient » toujours avec un nouveau goût; que mon &me vous » souhaite , qu'elle vous cherche, qu^elle vous trouve^ u'elie tende à vous, qu'elle y arrive; soyes Tobjet e mon cœur, le sujet de mes méditations et de » mes entretiens ; que je fasse tout pour votre gloire^ » avec humilité , avec considération , avec prudence et » discrétion, avec amour, avec joie, et avec une per- » sévérance qui dure jusqu'à la fin; que vous soyei » seul mon espérance, ma confiance , mes richesseSf » mes plaisirs , ma joie , mon repos , ma tranquillité, h » paix de mon âme. Soyez-moi une douceur toujotur^ » attirante, une bonne odeur, un bon goût, une nourri: » ture solide et toujours agréable^ que jevous aime, f^^

9É LA Mes6E. ù6g

» je TOUS serVc sans tiédeur et sans relâchement. Soyez » mon refuge, ma consolalion • mon secours , mes » forces, ma sagesse, mon partage, mon bien, mou » trésor; que mon cœur soit tout à vous pour jamais;

> que mon âme demeure éternellement, fixement et

> immuablement enracinée en vous seul. »

Les autres prières marquées pour être récitées après la célébration de la messe, contiennent différens sentimens qui peuvent beaucoup aider la piété du prêtre, lorsqu^il entre sincèrement dans Tesprit de ces prières. En vain les réciteroit-il , s'il njr trouvoit rien qui pût le remuer, Fattendrir , le consoler; s'il rendoit grâces uns être touché des miséricordes de son Dieu , s'il le loDoit sans penser à lui ; s'il demandoit au Seigneur «qu^il ne désire pas on ce qu'il craint d'obtenir; s'il leprioild^eflTacer en lui des péchés qu'il ne pleure pas , de corrif^er en lui des vices qu'il aime encore, d'éteindre en lui des désirs auxquels il ne veut pas renoncer , de mortifier en lui une concupiscence dont le joug lui plaît, de le détacher d'un monde au service duquel il est résolu de se consacrer pour toute sa vie ; de faire croître en lui des vertus qui l'incommodent, et ^'il seroit même le phjs souvent fâché d'avoir; en nn mot, s'il disoit tout le contraire de ce qu'il pense: de pareilles prières ne serviroient qu'à attirer la colère du Seigneur sur celui qui les feroit. Qui déclinât aurrs suas ne audiat legem , oratio cjiis erit execrabilis.

Mais si la reconnoissance du prêtre qui vient de célébrer, ne dure qu'un instant, s'il ne pense qti'à finir bientôt son action de grâces • s'il craint de converser trop long-temps avec son Dieu, si la compagnie de ^Q Créateur n'a rien pour lui que de désagréable et d'ennuyeux , quelles grâces doit-il attendre d'une in- Çralitude qui arrête le cours des divines miséricordes. ingratUuao ^entus urcns , dit saint Bernard , siccans ^SnfonUtn pietatis , rorem misericordiœ fitjluenta Sratiœ.

570 Du Sacbifice

Ne pouvoir soutenir un seul instant la présence de Jésus-Christ , cVst se rendre indigne de la grftce que Jésus- Christ promet h ceux qui auront le bunheur de le recevoir dans la divine Eucharbtie : celui qui mange macliairet boit mon sang^ nous dit ce divin rédempteur, demeure en moi et je demeure en lui : la gr&ce de la communion n^est pas une grâce passagère , c^est une grâce de |)crsévërance et de force , qui doit nous unir à Jésus-** Christ d'une manière stable et permanente. Il faut demeurer en lui par Tobéissance a ses préceptes, afu) qu'il demeure eu nous , par le continuel épan^ chement de ses grâces.

La force de cette viande céleste doit tellement prendre le dessus en nous, q^i^elle nous conforme tout* à-fait à Jésus-Christ, en sorte que Jésus*Christ paroisse dans toute notre conduite, c'est-â-dire , que nous vi- \ioT)s selon ses préceptes et ses exemples.

Quiconque mange le pain céleste doit être tellement rempli de ce divin goût^ qu'il soit sans cesse attiré â la table de Noire-Seigneur, et qu'il se dise souvent à soi-incme : mon dme^ goûte et ressens combien le Sei^ gncnv est doux !

Le propre effet de la communion est de nous faire aimorJrsus-Cbristtout entier, cVst-à-dire sa personne adorablo, sa parole, son Evangile, sa doctrine céleste, ses v(irii(is saintes, ses exemples^ son obéissance et si charité infinie. Il faut prendre dans la communion, le goût de toutes ces choses; il faut que Jesus-f hrist nous plaise, que nous l'imprimions en nous— mêmes, que nous eu soj^ons une vive image , et que nons fassions notre plaisir de nous conformer à ses volontés*

Ainsi nous accomplirons cette parole de Jésus-Cbrist: sicut misit me %H\fens Pater ^ et ego vivo proptet Pat rem ; et qui manducat me^ et ipse vii^et propttr me-^ {Joan.y 6. 58.) c^est-à-dire, que celui qui reçoit dignement le corps de Jésus-Christ, accomplit les volouics du Fils, comme ce divin Sauveur a lui-mêmi

DE LA Messe. a^i

accompli celles de son Père. C'est ici la comommatioa du mystère du Fils, où par lui et en tiiî nous aimons le Père; c'est ici que le Sauveur Dieu et Imrome est le parfait médiateur ei le lien ëiieruel de Tliomme avec Dieu.

Il faut donc, lorsque nous avons communié ^ prendre garde de ne plus tomber dans les péchés qui nous séparent d'avec Jésus-Christ et qui nous excluent de sa communion. Malheur à celui qui se laisse emporter à ses passions, après avoir goûté ce don céleste!

(^ue Jésus-(Jhrist vive donc éternellement dans nos cœurs ^ que le péché y meure, que les mauvais désirs s^y éteignent peu à peu^ que Jésus-Christ prenne le dessus , qu'il demeure en nous, et nous en lui, et que rien ne soit capable de nous séparer de son amour. Heureux le prêtre qui vent vivre et mourir dans ces semimens ^ heureux le prêtre qui ne se contente pas d'une action de grâces de quelques momens , après la célébration de la messe, et qui croit ne pouvoir remercier dignement Jésus-Chrisi que par une vie toujours plus pure, toujours plus sainte, qui le loue, ni le bénisse jusqu'au dernier soupir. F^itd sic canta^ it saint Augustin , ut nunquàm sileas.

Des i^rémonies du saint Sacrifice de la Messe.

iJE concile de Trente (Sess. 22. Décret^ de absent, ^i vitand in celebr. Miss.)^ dit qu'on doit juger du 'cspect, de la piété, de la dévoiion, qu'exige du prêtre

3>û célèbre la messe, une œuvre aussi sainte et aussi ivioe, par la malédiction que le Seigneur prononce contre ceux qui feront son œuvre avec négligence, ^concile ordonne «nsuiie auxévêques de veiller exac*» ^tûent à c^ qu'aucun prêtre n introduise dans la celé'- ^^ation de la messe , d'autres rits , d'autres cérémo^

37^ Du SACniFTCE

nies^ et autres prières que celles qui sont approuva par V Eglise^ et établies par un long et louable usagé: cërémonies toutes très-retnarquables, et/ même trèsutiles, soit pour faire éclater davanlage la majesté d^un si auguste Sacrement, soit pour élever par ces signes sensibles, Tesprit des fidèles à la contemplation des vérités divines cachées dans ce sacrifice non sanglant.

Le sacrifice de la loi nouvelle est grand , par la sainteté de la victime qui est immolée, et par la dignité du prêtre qui Timmole , Jésus-Christ lui-même , hostie et sacrificateur tout ensemble. Ce sacrifice est si grand , qu'il semblerait inutile d y ajouter des céré^ monies religieuses , pour le rendre plus auguste à nos yeux j mais, comme la remarqué le concile de Trente, la nature de l homme est telle ^ qu^elle a besoin de secours pour i^fre soutenue par les sens dans la méditation des choses divines. C'est dans cette vue que FEglise, comme une bonne mère, a établi diverses cérémonies dont elle a orné TobUtion de ce sacrifice , non pour le rendre pins saint, mais pour rendre plus saints ceux qui TofFrent, et ceux qui y assistent.

Ces pieuses cérémonies, instituées pour un motif aussi juste, et pai une autorité aussi sainte que celle de rKglise , doivent ♦•ire conservées avec soin , et observées avec religion. Les omettre , c^est un péché; 1» mépriser, c'est une espèce d'impiété ; les changer sauf autorité ou sans raison , c'est une témérité orgueilleuse: telle est la dérision du concile de Trente, qui frappe d'anaihême celui quidira queles cérémonies re^ eues et approuvées dans V Eglise^ et usitées dans V administrai ion solennelle des Sacremens ^ peuvent fifre méprisées ou omises^ selon qu'il piaf t aux mi^ Tfistres^on être changées en d'autres nouvelles y pn^ tout pasteur quel quHl soit ( Sess. 7, can. i3 de Sacram.).

Quelle présomption dans ceux qui se flattent ^

penser et ce faire mieux qu^elle ! et peut-on regarder

coniin6

Dfi LA MêSSIS» !ï^i

tomnie digiiei d'être ses enfans et ses miutstres ^ ceu^ qui ne craignant pas^ qni se font même gloire de lui dàobéir. Aussi les conciles de Milan ^ en i565 et en 1576) ordonnent-ils aux prêtres d'observer ces céré'« mooies aî^ec la dernière exactitude , en leur défen«« dant la plus légère faute. Exacte ac religiosè ob^ serventur « nullis prœtermissis , nullisque omnino ad^ junctis^ ait le concile de Bordeaux^ en i583. Quas ceremonias innoi^are ^ aut aliis ab Ecclesid minime receptis et approhatis uti non permit timus , dit la concile de Tours, en i585. Le concile de Bourses , eo i584) s^exnlique là-dessus comme le concile de Bordeaux, et le concile d'Aauilëe en iSpô, et comme le concile de Trente. Ce dernier prescrit aux e'vêques d employer telles peines qu'ils jugeront à propos, contra ceux qui ne s j conformeront pas.

On ne peut trop exhorter les prêtres à conserver , dorant le saint sacriâce, beaucoup de modestie, de révérence et de gravité, pour inspirer aux peuples tout le respect qu'ils doivent avoir pour nos saints mystères^ Ils doivent également éviter , et une longueur excessive qui, en fatiguant les assistans, troubleroit leur dévotion ^ et les empecheroit d'assister à la messe, et une précipitauon irréligieuse qui les scandalisaroit. Ils doivent prendre garde , en célébrant la messe , dVviter tout moaTement de tête, tout ton de voix extraordinaire^ et toute posture du corps où il y auroit de l'indécence* Ils doivent être attentifs à faire, sans smgulariié, sans tffisctation, tout ce qui est requis dans Faction du saint saaifice. Hes cérémonies faites avec affectation , pourvoient paroitre ridicules aux yeux du peuple, qui n'ea iogeroit que par la contenance du prêtre«

On doit encore recommander aux prêtres d^éviter, dans la célébration de la messe, les répétitions des paroles do canon ^ tout ce qui tient du scrupule, comme tout ^ qui sent la dissipation. Ils doivent prononcer les (irolc3 de b consécration^ sagement, distinctement ^ Xome L S

2'j4' Du Sacrifice

secrèternent , comme Tordonnent les rulmqiiesf mais éviter la méthode indécente de fàire^ dans cette pro* nonciatiou^ des efforts qui ne sont propres qu'^â détourner Tattentiou des assistans ^ et même à troubler Tesprit du célébrant. Il doivent encore prendre garde de ne pas toucher Thostie ou le calice du bout des lèvres, et à ne pas remuer la tète à chaque parole de la consécration, comme s'ils vouloient, par ce mouvement^ former un signe de croix. Il est essentiel sur— tout que les prêtres nouvellement ordonnés sV)bservent pour éviter tous ces défauts, dont on ne peut que difficilement se défaire ^ lorsqu'on en a contracté Thabitade.

Le prêtre, en disant la messe, doit particulièrement prendre garde de ne pas prononcer ce qoUl doit dire î haute voix ^ trop vile ou trop lentement , ni d'un ton trop élevé et capable d'interrompre les autres prêtres qui célèbrent eu même temps dans Téglise , principalement si féglise est petite ^ sa voix doit être modérée, grave, uniforme et distincte, pour être entendue de ceDX qui ne sont pas fort éloignés de l'autel, et les exciter à la dévotion. Pour les i hoses qu'on doit dire tout bas, le prêtre doit les prononcer en telle sorte qu^il n^ ait, autant qu'il est possible, que lui qui les entende. S^il lit avec précipitation , il ne pourra pas réfléchir sur ce qu'il dit; s'il lit trop lentement, il fatiguera et ennuiera les assbtans ; s'il ht d'une voix trop basse ^ ceux qni sont le plus près de l'autel ^ ne pourront i entendre-

Il est nécessaire que le prêtre fasse une grande aiteiH tion i ce que prescrit la rubrique sur ce qui se doit dire à haute voix , et à voix basses Voici ce qui doit se prononcer à haute voix dans la messe basse : Tantiennei introibo , et le psaume judica ; le confiieor , et tout ce qui suit^ jusques k ces oraisons ^ aufer à nohis^ ^^ oramus te , Domine , etc. Il doit dire tout haut Tintrolti le kj-rie^ le gloria in excelsis^ Dominus vobiscum^ oremus ^ Jlectnmus genua^ levait^ les oraisons, k^ prophéties , l'épîtro , le graduel , le verset 9 le iniii

t>E LA Messe. s^5

rEranglIe^ le credo ^ rofferioire^ Vorate^fratres^ pour

ces deux mots seulement^ la préface, nobis quoquê

peccatoribus ^ pour ces trois mots seulement ^ per omnia

sœcula sœcuiorum ^ zv^ni ForaisoD dominicale, qu^il

récite pareillement tout haut; paac Domini^ etc. Jignus

Dei^ etc.^ Domine^ non sum dignits^ pour ces quatre

mots seulement; la communion, Toraison, ou les oraisons

après la communion; humiliate capiia ^estra Deoj

ite , missa est , ou benedicamus Domino , ou requieS'*

cant in paccf la bénédiction; PEvangile selon saine

Jean, o« un autre selon Toccurrence des temps. Toutes

les autres paroles de la messe doivent être prononcées

iToix basse.

Il est à propos de faire remarquer ans prêtres la différence des expressions dont se sert la rubrique, pour marquer comment ont doit prononcer ce qui se dit à la messe, et ce que signifient ces mots : clarâ^ altd^ can^enienti , intelligivili , mediocri , submissâ , a)el aUquantuUim ele^atâ voce. Lorsqu'elle dit , cïarâ^ con^ 9enienti et intelligibili voce^ elle entend que le prêtre doit parler de manière qu'il puisse être entendu de tous ceux des assistans qui ne sont pas fort éloignés de Tautel» Mediocri^ siibmUsd et aliquantuliim elei^atd voccj signifient ce que le prêtre doit dire, tion entièrement à haute voix ou à voix basse, mais d'un ton de voix mé<diocre , et de manière qu'il puisse être entendu de ceux seolemenl qui sont le plus près de lui. A legard de ce qui doit être dit tout bas , et secreto , comme l'exprioie là rubrique, le prêtre doit le prononcer distinctement, <it de telle sorte, qu'autant qu'il sera possible, il soit le seul qui l'entende, et qu'il ne soii point entendu de ceaiméme qi^i sont à ses côtés. Dans la messe solennelle , le célébrant entonne le gloria in excelsis^ et le credo ^ dont le chant se poursuit par le chœur ; Dominus vo^ ^cum , oremus , les oraisons et Tofiertoire qui suivent ^ préface, per omnia swcula sœculorum , et l'oraison dominicale qui suit , per omnia sœcula sœculorum |

976 Dû Sacrifictr

pcuc Domini^ etc. , qui suit; les oraisons marcfoëes aptes la communion. Alla quœ in missd privatâ dicuntur • clard voce ni ajoute la rubrique, in missâ solemni^ a célébrante dicuntur submisàâ voce.

Voilà ce que prescrit la rubrique , à laquelle on ne peut désobéir sans péché. C'est ia conclusion qu*OD doit nécessairement tirer de la doctrine du concile de Trente ( Sess* 7* Can. t3. de Sacrant. ). Ce concile déclare ^ ( Sess. 22. Cap. 5. de Sacrif. Miss. ) que Tusage de prononcer à voix basse une partie des prières de la messe, a été établi par TEglise; il prononce anathème| dans la même session ( Can. 9. de Sacrif. Miss. ) | contre celui qui dira que Tusage de F Elglise romaine de prononcer à voix basse une partie du canon de la messe| et les paroles de la consécration , doit être condamné.

N'en est- ce pas assez pour engager tout prêtre qm respecte les lois de FEglise, à suivre exactement les nts marqués dans le missel, et à ne pas suivre de nouvelles rubriques suggérées par un orgueil qui refuse de recoin noître l'autorité de réponse de Jésus- Christ P Quand on est enfant de FEglise , et à plus forte raison, quand on a rhonneur d être du nombre de ses ministres , on doit avoir ce respect pour elle de ne la condamner jamaiS| mais de s'efforcer de connoître son esprit , afin a'j goih former son jugement et sa conduite; on doit s'instruire des vues et des raisons pour lesquelles elle a fait ses règlemens , non pour s'attribuer 1 audacieuse et Timpie autorité de les censurer et de les condamner , mais pour obéir à ses ordonnances , avec plus d'exactitude et de fidélité \ et , quoiqu'on ne voie pas pourquoi elle les a faites , on ne doit pas laisser d'être persuadé qu'elle les a faites très-^sagement.

Et à quels troubles , à quels scandales , k quels excJS| a quels abus, à quels schismes les peuples catholiquea ne seroient-ils pas exposés, si la discipline de l'Eglise étoit abandonnée au caprice de chaque particulier, st tout prêtre pouvoit changer les rubriques^ et inurodoire

DE LÀ Messe. ^77

m rit nouveau dans la célébration de la messe ? Tout prêtre doit donc s'en tenir à ce que PEglise a ordonné: elle a reçu de Dieu la lumière et Tautorilé nécessaires pour nous prescrire tout ce qui peut relever la majesté du culte du Seigneur , et conserver l'uniformité de notre sainte Religion. Puisque les prêtres savent quelles sont les prières qu'elle veut être prononcées à voix basse | ils doivent aussi être persuadés qu'ils ne peuvent , sans lui désobéir, dire à naute voix ce qui doit être dit secrètement) et qiraucune raison ne peut les eu dispenser. Le rit que FËglise prescrit, touchant la récitation secrète de ces prières, e&t d'autant plus respectable ^ qu'indépendamment da ce qu'en dit le concile de Trente| u est autorisé dans l'Eglise romaine par la pitis haute antiquité. Depuis le commencement de Tbglise , dit saint Basile, les apôtres et les prêtres ont conservé aux mystères , leur dignité , dans le secret et dans le silence j et, en effets ce qu'on (ait passer aux oreilles du peuple, n'est plus tout-a-fait un mystère. Qui in primordiis Ecclesiœ certes ritus prœscripserunt , apostoli , et Paires , in occulta , siientioque , mysteriis snam ser-^ vare dignitatem. Neque enim omniuo mjsterium eU ^ quod ad populares , ac bulgares aures ejffertur ( de Spir, Sonet. C. 37. ).

(Test une maxime assez souvent répétée par saint Ambroise, qu^on doit conserver les mystères clans quelque obscurité : mysteriorum piemendam esse doc^ trinam^ qu'il faut les tenir voilés sous un fidèle silence: ^t quasi operirijido silentio^ et qu'on na doit les découvrir qu'avec beaucoup de réserve : ut non divul-gemus orationem^sedabbcondita tennamus mjrsteriay (t la raison que ce saint docteur en dmiue, c'est la crainte qu'en exposant de grands mystères à des oreilles infidèles ou infirmes, on ne leur fasse mépriser des vérités quiseroient pour elles une nourriture délicieuse, 'i elle leur avoit été donnée avec les préparations nécessaires.

2'j6 Du SAcniFicB

La principale raison da sileDce^ pendant que le prêtfa rëcite le canon de la messe ^ est tirée de la sublimité du mystère de l'Eucharistie, et de la profondeur même des prières de la consécration ou du canon.

Il est rare de voir, parmi les fidèles, des personnes en état de pénétrer daus tout ce qu'il y a de plus grand dans ces prières. D'ailleurs , les Pères de TEglise ont cru qu'il est juste de mettre de la différence entre le sacrificateur et les assistans , entre, les ministres sacrés et le peuple , entre celui qui préside k l'assemblée pour consacrer le corps adorable ae Notre-Seigneur y et ceux pour qui il Toffre : rien ne peut être caché au premier| et il convient aux autres de n^apercevoir ce qui se dit et ce qui se fait de grand dans les saints mystères, qnV vec une obscurité et un secret qui peut souvent exciter plus efKcacemeut leur crainte , leur respect et leur admiration, que ne pourroient faire les expressions les plus %'ives et les plus touchantes.

Le peuple, qtu assiste à la célébration de nos saints tnystères, ne peut pas, à la vérité, répondre ^/iieii| aux prières que le prêtre récite en secret , avec autant de counoissance qu'il répond aux oraisons que le cé^ lébrant dit à haute voix ^ mais il le fait , dit saint Augustin ( Co(it. Ep. purm. L s. ), de la même manière que les Israélites souscrivoient aux prières du grandprêtre , lorsqu'il étoit seul dans le Saint des Saints , d'oit il ne pou voit être vu ni entendu du peuple, qui étoil dehors , et ainsi que nous souscrivons aux prières de Jésus^Christ qui intercède pour nous dans le ciel.

G^étoit pour marquer aux fidèles ^ par le secret et le silence, la grandeur et Tineffabilité des saints mystères^ que l'Eglise, lorsqu'elle eut la liberté, sous la protec* tion des princes, de crflébrer publiquement les divine offices^ avec toute b décence qiii leur convenoit. 0e permit plus au peuple d'approcher de l'autel, ni dek voir en tout temps ^ elle tira des rideaux sur le saac^ tuaire; elle Teutoura de balustres et de cloisons } ell^

DE Là Messe. 379

en fit fermer les portes saintes pendant les prières de la consécration , et elle ne permit pas aox fidèles d'y entendre ces prières.

Si le secret, dans lequel TEglise vouloit garder aidrs le canon de la messe , ne s^observe plus aujourd hui , sur-tout dans TEglise de France*, si les blasphèmes, que les novateurs osèrent profe'rer contre les prières de la messe, ont déterminé TEglise à laisser paroitre ces prières au grand Jour, elle a espéré que la lecture que les fidèles en feroient, ne serviroit dans ces circonstances qu'à les édifier , en leur montrant la mauvaise foi et 1 impiété de ces hérétiques , et que l'obscurité même que ceux de ses enfans qui lui sont soumis , y trouveroicnt, leur donneroit lieu d'admirer et d'adorer la grandeur incompréhensible de ces mystères ^ elle a vu que ces prières porteroient toujours avec elles la dignité de leur secret, dans la dilBculté d'en pénétrer tout le sens, et qu'elles se feroient rendre le même respect que saint Augustin ne put refuser aux divines Ecritures, lorsqu'il ta eut entendu développer quelques difficultés.

Mais, lorsque TËglise a donné aux fidèles la consolation de pouvoir méditer à loisir les divins mystères que les prières du canon renferment, elle n'a rien voulu changer dans la discipline qu'elle a prescrite toucliant lesilence avec lequel tes prêtres doivent dire ces prières i fautel, parce qu^elle a des raisons de ce silence, tirées du fond même des mystères.

Tout ce qu'il y a de plus grand et de plus auguste dans le saint sacrifice de la messe , se passe en secret ^tdans le silence. L'opération c|ui change le paiu et le ^in au corps et au sang de Jésus-Christ , ne tombe point sous les sens. Ce divin Sauveur , qui s'offre sur 'aaiel, qui y prie, qui s'y immole, n'est ni vu, ni ^^Qteudu de ceux qui assistent à ce sacrifice.

L'Eglise en tirant, pour ainsi dire, un voile sur cette P^iie des prières de la messe , qui nous expose la pro- Wenr des saints mystères, ne fait en cela que suivre

îi8o Du Sacrifice

la conduite de Dieu même ^ qui , nous révélant ce que contient la divine Eucharisiie^ la laisse néanmoins, à regard dé tous nos sens, dans le secret et dans le silence ^ le Verbe j est , mais en silence : f^erbum silens.

L'humanité sainte s'^y trouve, et sy communique comme notre vraie nourriture, comme véritablement viande , et véritablement breuvage ^ mais toujours sous le voile et les apparences du pain et du vin.

N'est-il donc pas bien convenable que, pendant ces saints mystères , TEglise exprime par un profond et religieux silence , son admiration de ce que Dieu y opère secrètement. Par ce silence, elle veut accoutumer ses enfans à croire sans voir, à adorer dans Tobscarité même, la grandeur et Tlneffabilité de ces mystères; elle veut leur apprendre à n^être pas curieux, mais fi* dèles. Et , quand ils parviendroieut à voir et à entendre tout ce que les prêtres font et disent à Tautel , ils ne perceroient pas le voile que Jésus^Christ y a tiré sur son humanité, ils ne feroient point cesser le silence de Jésus-Christ, ils n^entendroient point les prières que le Fils de Dieu fait pour nous à Vautel pendant Tadorable sacri£ce. Il faudra donc toujours ciire aux fidèles, ce que saint Ephrem leur disoit dans le quatrième siècle, qu il faut a)oir par Vœil de lafoi^ sofis vouloir approfondir par une vaine curiosité^ les mystères dune foi qui est toute sainte et toute divine. Ne savez'vous pas , leur dit-il , que si vous entrez avec eu* riosité dans cette recherche , vous ne porterez plus le nom de fidèles^ mais de curieux? Contentez'^'vous de participer^ avec une foi pleine et entière^ au corps et au sang sans tache de votre Maître^ et d*étre ojsures du oonheur que vous ave:^ de manger le divin j4gneau , qui 6te Us péchés du monde.

Le vrai fidèle ne doit donc pas trouver mauvais, que, dans l'opération des plus saints mystères, on dérobe quelque chose à ses yeux et à ses oreilles, parce qu^on

lui laisse encore, par-là, plus lieu de les contempler par

BE LÀ MeSSV. affl

la foi. U doit souffrir avec soumission et avec pieté ^ que Dieu lui cache Quelque chose des prières mystiques^ par le ministère de rEglise ^ il doit animer alors sa foi^ reconnoître qu'il y a beaucoup de choses en Dieu qui goni ine&bles , et qui doivent être adorées dans le secret et dans le silence. Il doit se servir de la variété det cérearooies de la messe ^ de ce qui se dit à voix haute, et de ce qui se dit à voix basse, comme d^un moyen de faire succéder la contemplation à la prière vocale : ce qui a toujours été l'intention de FEglise; il doit enfin ne vouloir pas être plus sage que cette sainte Mère, et aimer un usage si ancien , si conna , si uniforme.

Concluons de cette tradition perpétuelle du secret et du silence, pour la récitation des prières qui doivent se dire à voix basse , dans la célébration du saint sacrifice de la messe , qu'on devroit être plus attentif à ne as mettre le canon, sans aucun ménagement, entre es mains de toutes sortes de personnes \ qu'on doit, à plus forte raison, condamner ceux qui f<>nt imprimer ce canon dans divers petits livres de piété, qu^on voit répandus par-tout avec la dernière indécence. Dans les cas où il pourroit être utile de le donner aux fidèles, ou ne peut le faire, qu'en leur en inspirant un grand respect, et avec des explications qui leur fassent apercevoir, autant qu'ils en sont capables, les sens sublimes qui y sont renfermés.

Si tous les prêtres étoient bien convaincus que la meilleure manière de dire la messe, est celle qui est CQiièrament conforme à l'ordre que FEglise leur a prescrit, on n'en verroit pas un si grand nombre n'avoir

rur règle, dans cette grande action , que l'habitude de &ire, sans égard pour les cérémonies, et très souvent sivec irrévérence. C'est à lIBglisè^ ainsi que nous Tavons ^jà observé , à marquer comment doit être offert le s^int sacrifice, qui est la plus grande action de la Re- %ioiL Ceux qui lui disputeront cette autorité, doivent apprendre de saint Paul , que ce qu'elle ordonne et ce

le

i9i82 Du Sachificb

qu'elle autorise) doit faire taire tous ceux qui voudroienl contester: si TEglise a donné des régies pour dire h' messe y il faut les suivre. Mallieur h ceux qui auront la hardiesse de vouloir instruire TEglise même. S^il n'y avoit aucun prêtre qui osât se tenir à soi-même lieu de la loi) on ne verroit pas, à la honte de la Religion^ au grand scandale des ndèles , dans la même église , si

Eeu d^uniformitë) et tant de différences dans la célé^ ration de nos saints mystères^ introduites par des prêtres qui méprisent hautement ce que leur disent les rubriques. S'il y en a qui prononcent d'une voix haute, claire et distincte, ce qui doit être dit à voix basse, il y en a aussi qui lisent d'une voix si basse, ce qu'il faut

Î>rononcer à voix haute et intelligible, qu'on ne peut es entendre.

Le prêire, lorsqu'il dit la messe, doit savoir que la rubrique, ainsi que nous l'avons déjà observé, lui prescrit de parler distinctement, avec gravité et dignité, de proportionner le ton de sa voix , en sorte qu'il se puisse faire eRtendre des assistans , au moins de ceux qui sont le plus près de l'autel.

Le prêtre, lorsqu'il dit la messe, ne peut ignorer qu'on V loue Dieu, qu'on le prie , qu'on y fait la lecture de TEpitre et de l'Evangile, pour disposer les assistans à ce redoutable mystère. Il faut donc lire d'une manière intelligible, afin que les assistans qui ne sont as éloignés de l'autel, puissent entendre ce que dit e prêtre, et en profiter. Cependant combien y a-f-îl de prêtres qui le fassent , je ne dis pas avec la gravité et la dignité convenables, mais avec quelque décence? On précipite les mots, on parle entre ses dents, on prononce d'une manière si confuse, qu'on ne s'entend pas soi-même : ce qui se tourne pour l'ordinaire tellement en habitude, qu'on ne peut plus s'en corriger. On dira ce que Ton voudra pour s'excuser ^ mais il est bien difficile de se persuader qu'un prêtre ait dans le cœur le respect qui est dû à Dieu , lorsqu'il lui parlç

9Z LA MeSSV. %6i

â^UDe manière qui ue seroit pas supportable vis-à-vig des peisonues même pour qui il auroit les moindres égaids. Ce n'esl pas-là honorer Dieu, mais c'est déshonorer son ministère, et scandaliser les âdeles, au lieu de les édifier. Qui legit Missam^ dit le concile de Cologne en 1 536 , cum reverendd modes tid , clarè , distincte^ etc. Sacerdos aiitem maxime curare debety dit la rubrique, ut quœ clarâ voce dicenda sunt^ distincte et opposite proférât. Voilà la loi, elle est claire , elle est précise \ et ce sera toujours visiblement une illusion qu'on se fera à soi-même, quand on y donnera des explications qui n'aboutiront qu'à la faire mépriser. Plût à Dieu , dii le pape Benoit XIY ( Inst. 34- )) qu'on ne vit jamais des prêtres demeurer une partie de la matinée, ei jusqua l'heure de la messe ^ dans les places publiques , pour y chercher des nouvelles, et s'y entretenir avec des laïques, sur des affaires cjui ne les regardent pas, et même qui ue convienueut point à leur étal 1 Arrivés à l'autel, après une très^ oourte préparation, souvent même sans en avoir fait aucune, ils n'y paroissent qu'un instant, ayant commencé et fini la messe presqu'en un clin d'œil. Sortis de Fautel, ils courent à la sacristie, pour quitter au plutôt les ornemens sacrés^ et après avoir fait une très« courte action de grâces, dont ils se dispensent même fréquemment n ils vont reprendre les conversations, ou travailler aux affain's temporelles, qu'ils avoienl quittées a regret pour aller offrir le saint sacrifice. Plût à Dieu <Iuou ne vit jamais un grand nombre de fid^-los ne Vouloir entendre que des rnesses courtes, et ch«*rcher 1^ églises où les prêtres sont plus expédilifs ! Plûi à Dieu (jîi'on ne vît jamais aucun prêtre se faire un inéi^^ede dire des messes cotirtes, chercher même à plaire P^r-là, aux personnes dont ils sont les aumôniers, et P^ittcipalement lor^qt/iL en attendent leur fortune !

htud igitur certissimum est^ poursin't ce* souverain pûmife^ non déesse qui sacrum négligent issimè/a^

^84 Du Sacrifia

ciunt , verha cumfestinatione proferentes întempes* tiuèj quœ agenda snnt^ properantes^ yel ea simul cum verbix conjungentes ^ ciun tamen verha pronun'cianda non sint , nisi quUibet actus priks absohatwr. Ad altare^ tant exiguo tempore^ adeoqws incompo^ site detinentur^ ut nullam animo Religionem^ nultam i^erbis ac precibus^ quœ ad sacrificium pertinent^ attentionem habere procul diibio videantur. Plût à Diea qu'on ne pût jamais reprocher à aucun prêtre sa négligence, sa dissipation, son air impie à Tautel ! Plût à Dieu qu'on n'en vit aucun mépriser les cérémonies de la messe, ne les faisant ni dans le temps, ni dam Tordre prescrit; prononçant les prières avant les actions pour lesquelles elles sont ordonnées; faisant c^lles*ci avec des prières qni devroient les suivre , en confondant les unes et les autres; agissant, en un mot, comme s'ils ne croyoient pas les grands mystères qui s^opcreat entre leurs mains! Sacerdotibus ejusmodi^ ajoute ce souverain pontife, iltud aptissimè com^enire potest ^ quod olim TertuUianus , ciim diversam rem pertrac^ taret , postulai^it : sacrificat , an insultât F

Les écrivains, dit encore ce saint pape, qui ont expliqué et connu l'esprit des rubriques concernant la célébration du saint sacrifice, distinguent deux sortes de temps qu'un prêtre doit employer à dire la messe: temporis spatium quod in missœ celebratione im^ penditur , duplex constituunt , videlicet : interius et exterius. Le premier appelé, temporis spatium £n— terius^ est celui qui est nécessaire pour prononcer toutes les paroles, pour dire toutes les prières, pour fair^ toutes les cérémonies que prescrivent les sacrés rits avec l'attention, l'exactitude, la décence, le respectas la piété qu'exigent nos redoutables mystères. Or, a^ l'on veut y faire une sérieuse attcnliou , on reconnohr^ qu'il est difficile, nous croyons même pouvoir dixni qu'il est impossible, qu'un prêtre qui dit la messe da l'espace d'un quart-d'heure, et à plus forte raison Ioj

DB LÀ MeSSB. 28$

qu'il la dît en moins d^un quartnd'heure , puisse prononcer toutes ces prières, puisse faire toutes ces cérë-« monies, avec cette attention, cette exactitude, cette décence, ce respect et cette piété, qu'il ne peut mépriser, sans être la douleur oe Jésus-Christ, la honte de TEglise, le scandale des fidèles.

A l'égard du temps appelé , spatiiim temporis eac^ terius^ qui dépend de la (erveur et de la dévotion du prêtre qui célèbre, il doit être réglé par la prudence, pour ne pas fatiguer par une longueur excessive lat— tendon des assistans. La charité du prêtre qui célèbre, doit lui apprendre à n'être point alors à charge, ni ennuyeux aux autres , et à avoir plus d'égard à Tutiliiâ de ses frères, qu'à une dévotion et à une affection particulière : c'est Tinstruclion que donne saint Philippe de Néri, aux prêtres qui croiroient devoir se laisser aller, durant la célébration des saints mystères , aux Saints transports du divin amour , dont ils se seutiroicnt ^lors animés, sans aucun égard à ce que pourroient eu «niffrir les Sissislans: non palam^ disoit-il, has delicias^ ^ed clam in cuhiculo magis optarem.

Le détail de toutes les cérémonies qui doivent être observées durant la célébration de la messe, nous mé- ^leroit trop loin. Il suflit de renvoyer les prêtres aux Rubriques qui prescrivent ces cérémonies et qui les en instruiront à fond. Si elles étoient plus exactement ^t plus souvent consultées, le saint sacrifice ne seroit ^as journellement exposé à des indécences, a des ir- Wvërences qui scandalisent ceux qui en sont témoins, ^t leur donnent lieu de penser que les prêtres qui s'en l^eudent coupables, sont sans religion, ou regardent ^M\e auguste et divine action, comme une action toute profane.

U ne seroit pas nécessaire d'exhorter les prêtres a se

fiûre une loi indispensable d'observer exactement tout

ce qui est marqué dans le missel,. à regarder toujours

^^Hnrne ime grande témérité d'ajouter pu de changer

^96 Du Sâcrifics

dans les actions ^ dans les paroles , on dans Tordre des choses qui j sont prescrites , s'ils étoient tous bien con« vaincus que les cérémonies que TEglise a établies pour la céicbration de la messe^ ont été instituées, comme dit le concile de Trente, pour rendre ptur^là plus recommandabh la majesté dUm si grand sacrhfice^ et pour exciter les esprits des fidèles, par ces signes sensibles de piété et de religion^ à la coniern^ plation des grandes choses oui jr sont cachées* Si tous les prêtres regardoient leur ministère avec les yeux de la foi, s^ilsen connoissoient toutes les profon* deurs<, s'ils comprenoient avec tous les saints, la suprême majesté, rhumilité sans bdrnes de celui qui s'im-» mole sur Tautel entre leurs mains, Téteudue de sa charité, les voies impénétrables de sa sagesse, ils. auroient un respect toujours nouveau, pour des mystères qui sont toujours également saints et terribles*

Tous les prêtres n'ont pas les seuiimens de ferveur et de religion que Dieu demande d'eux. Tous lesjp^^tres ne mesurent pas autant qu'ils le devroient à leurs forces et, jileur vertu, l'honneur et la grâce de monter à Tautel: le sacerdoce en donne à tous le pouvoir, et il impose à tous la nécessité de vivre pour cela dans une grande sainteté ^ mais il ne la donne pas à tous. On ne voil que trop souvent des prêtres qui n'ont pas le courage et la force de se défendre, lorsqu'ils sont à rautd, contre fimpression des sens, de l'exemple et de Tusage} et parce qu'on en voit beaucoup qui offrent le samt sacrifice avec précipitation et dissipation, on crayoït de passer pour singulier, on mesure sa dévotion sur ceUs des autres et non sur les règles que prescrit la loi ^ 00 n'est point frappé de ce qui se passe à l'autel , parce qu'on en voit beaucoup qui ne le sont pas } on se ra»" sure sur ce qui devroit Êiire trembler. C'est parce qo» la foi est languissante et presque éteinte dans un mad nombre de prêtres, que leurs sentimens de religioo sont 4 l'autel si disproportionnés à la majesté des cbois^

PE LÀ Mrssb. ù8j

quils devroîent y révérer : rûïo ne les y soutient^ parce qu^ils ny écouienl que les seiis et leur iudévouoii, ctt que leurs fonctious ne réveillent plus leur foi; comme si ces fouctioiis dévoient perdre, par le long iH frtfquent usage ^ quelque chose de leur sainteté: fonctions qui ne sont plus pour eux une œuvre de religion , mais une servitude de leur état; que rien, par leurs dispo-* sitioos intérieures et extérieures^ ne distingue des autres actions ordinaires qui entrent dans le détail de la vie^ si ce n'^est que Tindécence, Fennui, la précipitation forment la seule différence déplorable qu my mettent: fonctions qu'ils remplissent sans dignité , sans bienséance^ et avec un air qu'ils noseroient montrer dans ks devoirs de pure société qu'ils rendent aux hommes* Ussont partout ailleurs qu'à fautel, plus attentifs, plus réservés; ce n'est qu'en traitant avec un Uieu saint et terrible, qu'ils paroissent sans contrainte^ ce n'est qu'en exerçant les fonctions divines dont le Seigneur les diarge, qu'ils se livrent sans rougir, à des dehors qui avilissent la Religion, et qui accoutument les peuples à oe respecter ni le ministère , ni le ministre.

U n est pas permis de dire la messe sans missel , licet celehrans mentor iter sciret missam^ dit la rubrique. Plusieurs conciles ont défendu de dire la mess« par mémoire, et ordonnent de tout lire dans le misseL Propter erroris casum^ qui in omni parte misàœ gram^ in canone gra^ior^ in ipsâ i^ero consecratione graiissimus est^ misscun legant^ non verb memoriter ^ilcant^ dit le premier concile de Mtlan, en i565» ^eqiie memoriter quidquam^ dit leconcilo de Bordeaux^ *n 1 583. iVb/i memoriter dicatur missa^ dit le concile de Bourges, en 1 584- Quoique ce précepte ecclésiastique Regarde toutes les parties de la messe, il oblige encore plus étroitement le prêtre, lorsqu^il dit le canon, eC principalement les paroles de la consécration , quMl pourra lire plus facilement dans la table des secrètes ^ c'esuà-dire^ dans cette carte qui se met au milieu de

388 Du SÀcntFict

Tautel , afin que le prêtre soit moins gêné dans qtxel^ ques-unes de ses fonctions.

Le missel doit , s'il est possible , être conforme au bréviaire :^iiÛ7, disent les commentateurs des rubriques^ qfficium est prœparatio et dispositio ad missam.

On demande, à cette occasion, ce que doit faire lé prêtre qui dit la messe, ou par dévotion, ou par obli^ gation , dans une église où Ton célèbre uue ftte so^ lennelle différente de celle dont il a dit Toffice , surtout si FofEce est double, ou du dimanche. Un savant rubricaire répond, que ce prêtre doit dire alors la messe de la fête solennelle qu^on célèbre dans cette église ^ mais se servir du missel romain j et s^l n\ a aucune me^e particulière pour cette fête, qu'il doit dire la messe ou commun , en ajoutant Credo , que Ton dit ce jour-là dans l'église ; il dira Toraison de cette fête sans y ajouter celle de la fête dont il a dit TofSce ] mais^ si cet ofBce est du dimanche ou de quelque fête majeorey il en ajoutera la mémoire. Décision conforme k celle de la congrégation des rits du 1 1 juin 1708, et h celle du pape Benoit XIY. ( inst. 34 )• Si c'est le dimanche dans Toctave de cette fête, il dira la messe du dimanche dont il a dit l'office, en se servant des ornemens delà couleur convenable à cette octave dont il pourra ajouter Foraison à celle du dimanche, sans en aire une troisième : décision conforme à celle de la congrégatioa des rits donnée le 11 juin 1701.

Un autre commentateur des rubriques , cité par celai

dont nous parlons, ajoute que, si la fête dont on t

dit Toffice, est aussi solennelle que celle de Téglist

étrangère où Ton veut dire lamesse^ on peut dire, àk

vérité, la messe de la fête de cette église, en fiiissBt

la mémoire de celk dont on a dit TofEce *, mais qw k

sentiment le plus conunun des docteurs, est qa'on doit

dire la messe de la fête dont on dit Torace ^ sans tàt^

mémoire de celle de Téglise où Ton célèbre^ es se serva&t

lotttcfbi» i

»E UL Mes SX* 2l8|jt

toutefois ponr la couleur des oinemens^ de ceux dont se sej't ce jour-là cette église.

Un aumônier de religieuses qui ont leur bréviaire propre, peut dire la messe de la fête du saint dont elles font Toffice, quoiqu'il ne dise pas le même ofBce^ mais seulement en se servant du missel romain , el en di<;ant la messe du commun, quoique Tordre de ces religieuses ait une messe propre pour cette fête. Décision conforme à celles de la congrégation des riis données le 19 novembre i6as, le 9 juin 1668, le 20 novembre 1717. Le pape Benoît XIV, {instit. 34 Ji dit que Clément XI confirma ce dernier décret, en le faisant in-« sererdans le bullaire, où sont recueillies ses constitua- ÙODS^ et que c'est le sentiment de presque tous les lateurs qui ont écrit sur cette matière.

Il n^est pas i)ermis de dire la messe sans répondant. Cest une règle générale marquée par la rubrique j ainsi Font aus^i réglé plusieurs papes et plusieurs conciles, et telle est la pratique uniforme de toute rEglise^ <juia force de loi. Un seul répondant à la messe suflit} inais il est nécessaire que ce soit un homme. Les cannons défendent de laisser approcher les femmes de lauielj elles ne peuvent donc servir la messe ^ même dans un besoin pressant: il y auroit une indécence Notable. Quoique les religieuses puissent chanter aux grand'-messes qui se disent dans leur église , il ne W seroit pas permis de servir le prêtre à fautel, s'il ^t se troAvoit point d*hommes pour le faire.

11 est nécessaire de recommander aux curés d'ap— prendre à leurs paroissiens, que servir le prêtre qui cflèbre la messe, est une action très-relevée et trrs— «ainte^ qu'elle demande qu'on y apporte le respect, ^attention et la dévotion qui conviennent à la grandeur dW tel ministère : car , en répondant au prêtre pen— ^^i le saint sacrifice, on coopère avec lui à Toffrande

Ïi'il en fait, puisque le répondant ne fait pas cette action en son seul et privé nom ) mais en celui de Tome /, ï

^(fo pu Sacrifice

l'Eglise et de tous les fidèles. Si l'on etoit atlentif 4r instruire sur cette (lieuse action les jeunes gens^ en. leur apprenant le catéchisme^ on ëviteroit les scandales journaliers que caus<^i)t tant d'eiiHins et d'autres per^ sonnes, qui s'acquittent de ce saint ministère^ sans aucun sentiment de respect pour le temple du Seigneur| et d'une manière tout^à-faii indécente : bcandale que Dieu punira, mais dont il rendra responsables^ les curés, les vicaires, les prêtres et toutes les personnes chargées spécialement et par état de rinstruction de la jeunesse ] non les enfàns sans éducation et sans con<noi«sance de ce qu^ils doivent à Dieu, trop jeunes pour comprendre le mal qu'ils font, parce qu'on ne les en a ^mais avertis. Le prêtre qui célèbre ne doit pas sou^ frir pour répondans les petits enfàns, qui ne sont occupés qu'à rire et à parler durant le saint sacrifice : si| conformément à ce que lui prescrit le concile de Trentei* il doit veiller à ne souffrir aucune immodestie coDsi-«. dérable dans les personnes qui assistent à la messe, i plus forte raison est-il obligé de ne les pas souffrir dans ceux qui lui servent de ministres.

La rubrique dit qu'on peut célébrer la messe depuis Faurore jusqu^à midi. En se conformant aux règlemensK Êiits par l'évêque diocésain, pour prescrire Theiir^ k laquelle il permet de commencer les messes, et or-« donne de les finir, on ne s'expose point à abuser d^ ces expressions, depuis l'aurore fusqu^à midL Le concile de Trente {sess. 22. in décret, de ohserç. ^tviiand» in celcbr.miss.)^ recommande auxévêquesd'emplo}'er lieur autorité, afin que les prêtres ne disent la mctfd qu'aux heures convenables. On doit voir, sans qu'il 9oit nécessaire de l'observer ici , que notis ne parloof pas ici de la messe qui se dit k minuit, à la fête de noéi»

Il est défendu, dans les diocèses où Ton stiit leril romain, de dire d'autre messe dans chaque église tp^ k conventuelle, les jours du jeudi saint et du samw saiui^ tt d'jr célébrer des messes privées» U n'est j^

BE tk Messes iigi.

permis âe célébrer la messe le jour du jeudi saidt dans les chapelles particulières, ui daus celles des coD(i*érieSé Oq ne peut la dire que dans les églises où le irès-saint Sacrement doit être eu réserve daus le tabernacle*

De la f^aleur et des Effets du Sacrifice de la Messe } de C Intention dans laquelle le PrHre doit t offrir ^ et de ceux pour qui il doit être ojfert. Remarques sur V application du fruit de ce Sacrifice é

Vjl valeur du sacrifice de la messe est la force et lâ pouvoir qu'il a d'obtenir de Dieu les grâces qu'on lui demande. Ce sacrifice vaut beaucoup, pour nous ob^ tenir de Dieu non^seulement les biens spirituels^ mais encore les biens temporels. Le Seigneur , dit le con« cile de Trente, ( Sess. 2j* cap. a. de Sacrif. Alixs.) y est apaisé par cette offrande , et accordant la grâce U le don de pénitence , // remet les crimes et les péchés ynéme les plus grands. Ce n'est que médiatement et par voie d'impétration , que lé sacrifice de la messe produit la rémission des péchés, quant à la conlpe^ c'est-à— dire , que Dieu, apaisée comme dit le concile^ par ce sacrifice , accorde aux pécheurs pour qui on ^\ffre^ des grâces actuelles qui les portent à la pé-* Hience^ et qui les disposent à recourir aux Sa-^ tremens , par la vertu desquels leurs péchés leur iont immédiatement remis ^ mais, à IVgard de la peine temporelle, le sacrifice de la messe la remet immé^ diatement , au moins en partie : car ce sacrifice profite AUX morts pour qui il est offert , et qui cependant sont dans un étal à ne pouvoir plus mérirer. Il est certain ue le sacrifice de la messe nous obtient quelquefois e Dieu , des biens temporels ^ c'est pourquoi , dit ^core le concile de Trente, dans l'endroit que nous tenons de citer, conformément à la tradition des ^tres^ ce sacrifice est oflert pour les péchés^ les P^if^ y les satisfactions et les autres nécessités des,

292 D^ Sacrifice

fidèles. Par ce terme , nécessités ^ le concile entend les biens temporels qui sont pour le bien et rutililé de TEglise, la paix, la tranquillité des fidèles , la ferli— lité de la terre , elc* Biens temporels que la divine providence ne nous accorde que comme des moyens dont nous devons nous servir pour parvenir à notre fin dernière , qui est Dieu.

. Le sacrifice de la messe a son effet et opère , ex opère operato , non pas , à la vérité , comme les Sa— cremens , qui sont des instrumens dont Dieu se sert pour produire infailliblement la grâce en ceux qui n'y mettent point d'obstacles ; mais il opère son principal effet par Toie d'impélralion , cVst*à-dire^ eu fléchissant la miséricorde de Dieu et obtenant de sa bonté infinie ce que Ton demande : et voilà pourquoi il peut être offert pour ceux dans lesquels il n^3( a aucune sainte disposition. Il opère par sa propre vertu ^ et indépendamment de la sainteté du ministre par qui il est offert. Cest cette offrande pure^ comme le dît le concile de Trente , qui ne peut être souillée par V indignité^ ni par la malice de ceux qui V offrent. Sacrifice qui nous procure la rémission des péchés, parce que 6^ est la même et Punique hostie^ le même qui s offrit autrefois sur la croix et qui s^offre encore à présent par le mi-^ nistère des prêtres ^ ny ayant de différence que dans la manière d^offrir : aoù il faut conclure que la force et l'efficacité du sacrifice de la messe vient de Jésus- Christ , qui est tout à la fois victime et principal sacricateur, dont les ministres inférieurs ne peuvent retarder ni empêcher la puissance.

Le prêtre qui veut aire la messe , doit > avant que de célébrer, conformer soa intention à celle de Notrc- Scigneur Jésus-Christ et de TEglise^ dont il est ministre; c^est-à-dîre , avoir intention de consacrer et d'offrir le vrai corps et le sang de Notre-Seigncur Jésus- Christ^ à la gloire et k Thonneur de la très— Sainte Trinité , au profit de TEglise et pogur le salut de tous les

BE LÀ Messe agS

fidèles. Il doit ne se proposer qu^une fin céleste et surnatardle^ avoir en vue a obtenir, par la victime im« molee pour la vie du monde , le pardon de ses péchés, la guérison des maladies de son âme, la pro^ tecliou contre les maux qui le menacent , la délivrance des adversités et des tentations qu'il a lieu de craindre* 11 doit vouloir célébrer, pour remercier Dieu des grâces et de tous les biens qu'il a reçus \ pour lui demander les vertus et les secours dont il a besoin , le progrès dans la perfection que le Seigneur demande de lui , la pureté de corps et d'esprit, le bonheur d'être con-^ sommé dans r unité avec Jésus-Christ , le don de la persévérance» Malheur au prêtre qui est porté à une si grande action par motif d avarice ou de vaine gloire, par respect humain, par la crainte des hommes, par coutume de célébrer , et qui s'approche de l'autel sans application intérieure.

Le prêtre qui va dire la messe, doit avoir intention de représenter ^ de contimter le sacrifice sanglant qui s'est accompli sur la croioc , en mémoire de la passion et de la mort de Jésus«Christ \ d'obéir au précepte de cet adorable Saaveur , qui a dit a ses apôtres et à leurs successeurs dans le sacerdoce : faites ceci en mémoire de moi

A cette inlenlîou doit être jointe , celle d'offrir en

mémoire delà résurrection et de l'ascension de Jésus—

Christ 5 en union de tout ce que ce divin Rédempteur

a faii et mérité pour notre salut ^ à Thonueur de la

Sainte Vierge et des Saints.

La messe étant, comme nous l'avons déjà observé, ^n sacrifice de latrie^ le prêtre doit vouloii IntFiir pour adorer Dieu comme principe et 6u de i«H»ît^s choses^ pour reconnoîirc son souverain donjaine sur toutes les créatures , ses infinies pertèclioHH, sa s*iuvo-rïaine grandeur. 11 doit s'offrir alor<5 avec Jésw-C!>. i-ït, ^n protestant au Seigneur qu'il veut vivre i\ '^.Miiir ^^us l'esprit d'une entière et absolue soum» s v^ n a ses

a94 ^^ Sackifice

ordres ; qn\\ sent toute 1 équité et tout le bonheor de cette dépendance absolue^ s'oflfrant à Dieu ivec Jésus- Christ, comme une hostie vivante, pour accomplir sa sainte volonté en toutes choses ; unissant ces dispositions aux adorations de la Sainte Vierge et de tous les Saints;^ désirant enfin que le saint nom de Dieu soit coium, célf*bré, loué, glorifié dans toute la terre^ que Dieu soit adoré , aimé^ .servi par tous les hommes, et de réparer par cet adorable sacrifice , les outrages^ les blasphèmes, les crimes, les impiétés des infidèles, des Juifs , des hérétiques , des schismatiques , des ennemis de la Religion, des scélérats et de tous les pécheurs*

Le sacrifice de la messe est eucharistique^ il doit donc être offert comme sacrifice d'action de grâces, et dans rintention de remercier Dieu, source de tous biens, toujours en union aux sentimens du cœur de Jésus- Christ, aux louanges, aux hommages, aux adorations de la Sainte Vierge , de tous les anges, de tous les Saints : dans rintention de bénir le Seigneur de toutes ses œuvres pour sa gloire , de toutes ses miséricordes , de toutes les merveilles de sa bonté envers les hommes, des trésors l'mtnenses des grâces dont il a orné la Sainte Vierge , de celles qu'il a répandues sur ses Saints* Il faut alors qu^ le prêtre rende grâces, au nom de l'Eglise, pour tous les biens qu'elle a reçus et qu'elle reçoit continnellemenr de son divin Epoux , de la force invincible qui lui a éi6 donnée contre les portes même de l'enfer» Il faut que le prêtre remercie alors pour lui, pour tous ceux qui l'en ODt chargé, et pour tous les fidèles, de tous bienfaits générant et particuliers , dans Tondre de la grâce et dans l'ordre de la nature, dont ils sont redevables à la misëricor* dieuse toute-puissance de Dieu,

Le sacrifice de la messe est propitiatoire. Le prêtre doit donc se préparer à offrir ThosUe sainte, immolét pour les péchés des hommes, dans fintention d'apaiser la colère de Dieui» de satisfaire à sa justice, d'obteuir

le pardon dc3 crimes et des péchés commis contre ^

•B LÀ MeSSB* OQS

sonreraine majesté ; parlant alors pour loi et pour ceux au profit desquels il doit célébrer ^ et pour tous les fidèles^

Enfin , le sacrifice de la messe est impétratoire» Ce qui apprend au prêtre, qu'il doit vouloir rofTrir pour toutes les nécessités de ceux à qui il doit s'iutéresser^ et pour ses propres besoins ^ demandant tontes ces grâces par Jésus— Christ ^ dont la médiation doit faire notre paix et toute notre consolation^ sans elle nous ne pour^ rions rien espérer^ sans elle nous ne pourrions approcher Ci^eç confiance du trône de la grâce , afin dW recevoir miséricorde et déproui^er au besoin les effets de sa bonté divine.

I^ prêtre ne peut monter à Tautel comme une personne privée: il y paroit au nom de FEglise ^ il doit aonc ti'j parler que conformément à ce qu'elle prescrit , unisteut ses vœux , ses prières , ses larmes , ses gémissemens, ses instances auprès de Dieu ,ses adorations, ses louanges^ Ses actions de grâces, aux vœux, aux gémissemens , aux tarmes, aux prières, aux adorations^ aux louanges, aux jetions de grâces de TEglise. 11 ne peut alors limiter sq& intentions à un petit nombre d*amis , â une famille , à ^)n pays, à an royaume, à un diocèse. Il doit se souvenir de tous les lieux de Tunivers, où la famille de Jésus* Christ est répandue;; où sont les fruits de la fécondité >)iiraculeuse de TEglise^ où le bon grain se nourrit et fructifie, au milieu des ennemis sans nombre qui cher«chentà Tarracher; où TEglise souffre sans aucun relâche les douleurs aiguës de Fenfantement, pour ramener à l)ieu ceux de sesenfans qui Toffement, et jusquUï ce ^iit Jésus^ Christ soit formé en tous ceux que ce divin Hédempteur hii a donnes. En un mot, la compassion et li: cœur du prêtre qui va célébrer, doivent s'étendre > tous ceux pour qui TEglise s'intéresse, en quelque lieu qu'ils habitent, soit qu^il les connoisse, soit qu'il ïie les connoisse pas ^ il doit prendre part avec elle à ^Qus les biens , à tous les maux dont elle le charge de Pwlcr à Dieu.

aQÔ Du Sacrifice

Si l'on considère la valeur du sacrifice de la messe en lui-même, par rapport au principal sacrificateur, qm est Jésus- Christ^ par rapport à la victime offerte, qui est Jésus— Christ , et à la vertu que ce sacrifice peut avoir, le prix en est infini: car le sacrificateur et la victime ont un mérite infini. Le sacrifice de la messe^ dit le concile de Trente, est le même qui s offrit au ire fois i^ur la croix ^n y ayant de dijférenceque dans la manière de t offrir ^ mais, si Ton ciimsidère ce sa— criiice, en tant quil est faction d'un homme , c^est^à* dire, en tant qu'il est offert par le ministère du prêtre^ ^i on la considère par rapport à la volonté que Jésus* Christ a d'( i) a[)piiuuer le fiuit à ceux pour qui il est offert, aux effets qiiil opère et au fi*uit qa"*!! prodiiit| la valeur du )»acrifjre est bornée et limitée : car Jësus«» Christ n'a pas institué le sacrifice de la messe, à dessein de nous appliquer, par s^ori moyen, un mérite infini. La valeur du sacrifice de la croix , quoiqu'elle soit infinie , ne nous est appliquée que d'une manière finie» C'est parce qne Faiiplication du sacrifice de la ne se fait pas d^nie manière infinie* et parce que le fi'ui de ce sacrifice est fini , que TEglise en réitère tons 1 joi^rs l'oblation^ et Toffre souvent plusieurs fois, pour obi^nn'r une seule et même chose.

Pour bien connoitre quelle est l'application que b prêtre doit faire du ti^uit de la messe, il faut considérer^ 1. qu'il offre au nom de Jésus- Christ , premier etprin* cipal «acriticateur, dont les mérites sont la source de II valeur de ce sacrifice; dont la volonté fait la première et principale règle de l'application qui en doit être faite. 3. Au nom de l Eglise, à qui tKésus-Christ a laissé h dLspensation de ses mérites et de ses satisfactions. 3. Le prêtre offre encore ce sacrifice en son propre nom; ^ 00 cette qualité^ il a la liberté de l'offrir et d en appfiguer le ftuit à qui il voudra. 4* H Toffre au nom des fioèles q\)i sont censés vouloir foirrir avec lui, ou parlai' tels que sont ceux qui servent à la célébration de i^ ^

SE LA. McssK, agj

messe 5 ou qaî y assistent ^ ou qui donnent quelques aumônes pour la dire. Jésus-Christ et TEglise renient que tous les fidèles pai tiripeiu au fruit de ce sacrifice ^ toutes les fois qu'il se célèbre^ pourvu toutefois qu'il n y ait rien en eui qui j mette obstacle ^ et ils ont part à ce fruit commun , sans qu'il boit nécessaire que le prêtre qui célèbre leur fasse lui-même cette application générale de la messe; mais il y a une portion des Truits de ce sacrifice dont Jésus— Christ a laissé l'application à U détermination du prêtre célébrant , son ministre^ et dispensateur de ses mystères. U y en a une à laquelle peuTenC participer ceux qui oifrent le sacrifice avec le prêtre; et rE^iise approuve la pratique des fidèles qui demandent que la messe soit oélébrée particulièrement pour eux. L*£criture sainte^ la tradition de TEglise, les conciles et les Pères, n'aj^ant rien dit et décidé sur la quantité da fruit du sacrifice, que Jésus^Clirist veut être appliquée aux fidèles en général, et eu particulier à ceux qui sont compris dans fiutention spéciale du prêtre célébrant , et que Dieu seul connoît, il suffit que le prêtre veiiiilie faire cette application aux personnes pour lesquelles il désire ou est obligé de célébrer, autant que Jcsus- Christ lui en a donné le pouvoir.

Uiutention du prêtre, dans Tapplication qu'il fait da fruit du sacrifice de la messe aux personnes pour lesquelles il veut l'offrir, doit être actuelle ou au moins virtuelle. Cette înlenlion doit acconapaj^ner Faction du sacrifice^ elle doit être certaine et détorniiuée^ elle ne peut laisser en suspens Teffet du sacrifice , et le faire dépendre d'une condition future. Il faut qu elle détermine quelqu'un^ ou quelque fui que le prêtre counoisse, au moins implicitement : par exemple, s'il ne counoît pas en particulier pour qui^ ou pourquoi on lui demande de célébrer , il faut qu'il veuille au moins offrir pour la |>ersonne, ou pour la chose qui lui a été recommandée , sans aucune désignation spéciale* )l 11 y a une portion du fruit du sacrifice de la messe

S98 Du Sacrifice

qui appartient spëcialement au célébrant ^ et qu^ ne peut appliquer à un autre.

L'application spéciale du fruit du sacrifice doit être faite par le prêtre ^ avant que de monter à Tautel ^ ou au moins avant la consécration, même aux messes des morts.

Lorsqu'il a dirigé son intention en faveur de ceux pour qui il veut offrir, il sufRt de la renouveler durant la célébration à chaque prière du canon de la messe^ qui est appelée Mémento: il peut alors nommer tous ceux pour qui il veut prier *, mais cela n^est pas nécessaire, et il sufTit qu^il en fasse mémoire mentalement : il peut même les comprendre tous en général 9 sans s'arrêtera chacun en particulier, pour ne pas fatiguer, par une excessive longueur , ceux qui assistent au sacrifice , et ne pas leur causer de Tindévotion par ce retardement. 11 est vrai que , lorsque le prêtre veut offrir pour plusieurs, de célèbres auteurs lui conseillent d'en faire mémoire spécialement et nommément ; mais cela doit s'entendre de la mémoire qui s^en fait dans la préparation à la messe , et avant que de monter à Tau tel.

Si le prêtre n'applique à personne le fruit du sacrifice ^ si ceux auxquels il l'applique n'en ont pai besoin, ou si leur état les rend indignes et incapables d'y participer, le prêtre peut leur en substituer d'autres, par une seconde uitcntion et qui soit conditionnelle.

On offre le sacrifice de la messe pour tous les fi-* dèles vivans, justes ou pécheurs, à moins qu'ils ne soient retranchés de la communion de l'Eglise par l'excommunication. La raison de cette exception, est que celte censure prive celui qui en est frappé, de tous les suffrages dont le Fils de Dieu a laissé la dîspensalîon à son Eglise; il n'est plus du corps de l'Eglise, et par conséquent il n'a point de droit de participer au fruit du sacrifice de nos autels , ni d'y être nomme. Le nom même d'excommunié est si odieux à r£*

DE LÀ Messe. 399

glîse^ que le jour du vcudredi saint, auquel , pour imiter la charité de sou Epoux priant sur la croix pour SCS ennemis, cette pieuse mère des fidèles, suspend la rigueur de ses lois, en faisant mention ex-« presse des Juifs | des Païens, des hérétiques^ dos schis«> matiques^ elle ne parle point des excommuniés^ néanmoins le prêtre peut diriger secrètement son intention^ et prier en son propre et privé nom, pour demander ï Dieu leur conversion. S'il ne nous est pas permis de prier pour eux publiquement , dit saint Bernard , 'd setu-Xoujours permis à notre cœur de le faire par ses gémissemens et ses soupirs. '

Le sacrifice de Tautel n'est point offert directement )our les hérétiques, ni pour les schismatiques, ni pour les infidèles: fhérétique et le schismatiquene sont point membres de TEglise; ils ne peuvent donc avoir aucune part au fruit du sacrifice propre à TEglise, offert au ûom de TEglise. A fégard des infidèles, ils ne sont point de la famille de Jésus- Christ, qui est fEglise, à laquelle seule ce divin Sauveur a laisse ce sacrifice : Car, pour appartenir à une famille, il faut y être né : or, le Baptême est la seule voie par laquelle on puisse Daître dans l'Eglise. Cependant ce sacrifice est offert pour la tranquillité de fEglise, pour son exaltation ^ pour son triomphe, pour fextirpation des schismes,

four Textinction des erreurs, pour la destruction de idolâtrie: ce qui tend indirectement à la conversion des hérétiques , des schismatiques et des infidèles. Le prêtre peut encore , par une intention secrète et particulière, prier en son propre et privé nom pour eux, ^n demandant qu'ils se réunissent à fEglise, et que liictt leur accorde la grâce de reconnoître et d'embrasser la vérité.

Lorsqu^on offre le sacrifice de la messe pour les fidèles vivans, fesprit de fEglise est de demander à pieu la conversion des pécheurs , la persévérance des )^les et le salut de tous. Sou intention a toujours été

spS 'Dv Sàckifick

qui appartient spëcialement au cél^brant^ et qu*Q ne peut appliquer à un autre.

L'application spéciale du fruit du sacrifice doit être faite par le prêtre ^ avant que de monter à Tautel ^ ou au moins avant la consécration, même aux messes des morts.

Lorsqu'il a dirigé son intention en faveur de ceux pour qui il veut offrir, il sufRt de la renouveler duî'ant la célébration à chaque prièrç du canon de la messe^ qui est appelée Mémento: il peut alors nommer tous ceux pour qui il veut prier *, mais cela n^est pas nécessaire, et il sufTit qu^il en fasse mémoire mentalement : il peut même les comprendre tous en général 9 sans s'arrêtera chacun en particulier, pour ne pas fatiguer, par une excessive longueur , ceux qui assistent au sacrifice , et ne pas leur causer de Tindévotion par ce retardement. 11 est vrai que , lorsque le prêtre veut offrir pour plusieurs , de célèbres auteurs lui conseillent d'en faire mémoire spécialement et nommément ; mais cela doit s'entendre de la mémoire qui s^en fait dans la préparation à la messe , et avant que de monter à Tautel.

Si le prêtre n'applique à personne le fruit du sacrifice ^ si ceux auxquels il l'applique n'en ont paf besoin, ou si leur état les rend indignes et incapables d'y participer, le prêtre peut leur en substituer d'autres, par une seconde intention et qui soit conditionnelle.

On offre le sacrifice de la messe pour tous les fi* dcles vivans, justes ou pécheurs, à moins qu^ils oe soient retranchés de la communion de TEgliso par Tex communication. La raison de celte exception, eJl quecelte censure prive celui qui en est frappé, detoai les suffrages dont le Fils de Dieu a laissé la dîspensalîon à son Eglise 5 il n'est plus du corps de l'Eglise, et par conséquent il n'a point de droit de participer au fruit du sacrifice de nos autels , ni d'y être nomme. Le nom même d'excommunié est si odieux à !'£*

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BE LÀ Messe. ^gg

glîse^ que le jour du vendredi saint, auquel , pour imiter la charité de sou Epoux priant sur la croix pour SCS ennemis, cette pieuse mère des fidèles, suspend la rigueur de ses lois, en faisant mention ex-« prei^e des Juifs | des Païens, des hére'tiques^ des schis«> matiques^ elle ne parle point des excommuniés^ néanmoins le prêtre peut diriger secrètement son intention^ et prier en son propre et privé nom, pour demander à Dieu leur conversion. S'il ne nous est pas permis de prier pour eujc publiquement ^ dit saint Bernard, il sei^^ toujours permis à notre cœur de le faire par ses gémsssemens et ses soupirs. ' Le sacrifice de Tautel n'est point offert directement our les hérétiques, ni pour les scliismatiques, nipour es infidèles: fhérétique et le scliismatiquene sont point membres de TEglise; ils ne peuvent donc avoir aucune part au fruit du sacrifice propre à TEglise, offert au tiom de TEglise. A fégard des infidèles, ils ne sont point de la famille de Jésus- Christ, qui est fFglise^ à laquelle seule ce divin Sauveur a laissé ce sacrifice : Car, pour appartenir à une famille, il faut y être né : Or, le Baptême est la seule voie par laquelle on puisse ïiaître dans TEglise. Cependant ce sacrifice est offert pour la tranquillité de TEglise, pour son exaltation , pour son triomphe, pour l'extirpation des schismes, Pour Fextinction des erreurs, pour la destruction de «idolâtrie: ce qui tend indirectement à la conversion des hérétiques , des schismatiques et des infidèles. Le prêtre peut encore, par une intention secrète et par- Uculière, prier en son propre et privé nom pour eux, ^n demandant qu'ils se réunissent à TEglise, et que l)iett leur accorde la grâce de reconnoître et d'embrasser la vérité.

Lorsqu^on offre le sacrifice de la messe pour les fidèles vivans, lesprit de TEglise est de demander à yieu la conversion des pécheurs , la persévérance des )^Ues et le salut de tous. Sou intention a toujours été

3ao Du Sacrifice

de demander la paix dont elle a besoin'^ pour travailler avec succès à Tagrandissement du rojaume de Dieu sur la terre ^ de prier pour le repos de runivers ^ pour les rois, pour leurs armëes^pour leurs alliés^ pour les malades ) pour les affligés, et pour toutes les nécessités de ses eiiians,

La pratique d'offrir le sacrifice de la messe pour les 6(lèles qui sont morts dans la communion de TElisej est émanée de la tradition établie par les lois qoe es apôtres ont faites, confirmée par la coutume et soigneusement observée sous l'autorité de la foi. Cet usage a été suivi dans tous les siècles et généralemenC ar toutes les Eglises. Voici comme s'explique là-dessus c coucilc de Trente ( Sess. 22. Can. 3. de Sacrif. Miss*)* Si quelqu'un dit que le sacrifice de la messe est seu^ lement un sacrifice de louange et d^ action de grâces^ ou une simple mémoire du sacrifice qui a été accom^ pli sur la croix ^ et au il n'est pas propitiatoire^ ou qu'il n^est profitable qu'à celui qui le reçoit^ et qu'il ne doit point être offert pour les "vivans d pour les morts ^ pour les péchés^ les peines^ les sa* tisf actions , et pour toutes les autres nécessités ^ qui soit anathéme.

Les curés, les prédicateurs et tous les prêtres char" gés de Tinsiruction des peuples, doivent lire ce quek même concile enseigne sur le purgatoire (^Sess. 35* h décret, de Purgat. ). Ils y apprendront ce que TEgILsea toujours cru, et ce quUls doivent par oonséqueot uniquemeut prêcher sur cette importante matière, sa<* voir, qu'il y a un purgatoire, et que les âmes qui y sont détenues, sont soulagées par les suffrages des fir dèles , et particulièrement par le sacrifice de Tautel) si dif^iie d'être agréé de Dieu. Us doivent bannir «< | leurs iiistniclions, devant le peuple ignorant et grossie) les questions difficiles et trop subtiles sur cette malicrt, celles qui sont inutiles , et tout ce qui ne peut p^ contribuer et augmenter la piété des fidcles. Les cuip

BB LA MeSSK. 3oI

doivent atoir soin d'empèclier qu'on ne débite sur ce sujet à leurs paroissiens, des choses incertaiues; qu'on ne publie des visions ^ des miracles faux^ ou qui n^ont pas été approuvés par Tautorité de TEglise. Ils doivent labstenir comme d'un sujet de scandale et de mau— rabe édification pour les fidèles , de tout ce qui tient d\me certaine curiosité, ou manière de superstition ^ ipd ressoit un profit ^ ils doivent tenir la mam à ce que les suffrages des fidèles, comme les messes, les prières, les aumônes et les autres œuvres dt piété, qui ont accoutumé d'être offertes par les fidèles qui sont encore en cette vie , pour les autres fidèles défunts , soient fiiites et accomplies avec piété et dévotion dans leors paroisses, selon 1 usage de TÈglise^ «t c|ue ce que l'on doit aux morts, par fondations testamentaires ou autrement, j soit acquitté avec soin et exactitude , et non par manière de décharge, par les prêtres qui servent l'église et autres qui j sont tenus. Enfin, ils doivent avertir le peuple qu on ne peut demander la célébration des messes des morts , les jours auquels TEglise ne permet pas d eu dire ; mais qii^en disant la messe du )Our , elle est également appliquée pour les morts.

Le prêtre doit observer quatre choses dans Tapplicatiou du sacrifice de la messe qu'il est dispose à eélébrer. Il doit avoir intention de l'appliquer en la meilleure manière qu'il peut : i. en laveur de ceux dont l'Eglise fait une mention particulière dans le canon de la messe, savoir : de toute TEglise, du pape, de révêque diocésain i, du roi et de tous ceux qui assisteront au sacrifice qu'il va offrir. 2. Pour lui-même, selon la part et mesure qu'il platt à Dieu d accorder à celui qui offre le sacrifice. 3. Pour ceux pour qui il doit offrir le sacrifice , soit à cause de l'obéissance , soit ^ cause d'un bénéfice dont il est titulaire, ou d'une fondation dont il est chargé d'acquitter ^ ou d'un legs, <>u de quelque contrat légitime et autorisé, ou d'une Ftomesse, ou d'un vœu, ou d'une aumône reçue lé-<

3oa Du Sacmficc

eitimement , ou de quelqu'autre engagemèDt particn^ lier; et ii doit le faire conformément aux obligaiions que ces différens cas lui imposent, soit qu'il soji engagé à ne dire qu^une messe, soit qu'il doive en dire plusieurs. 4* Sans préjudicier à ceux pour qui il est obligé de célébrer et dont on vient de parler, le prêtre peut encore faire lappiication du sacrifice en faveur des personnes avec lesquelles il a des relations plus particulières, par les liens du sang ou de Tamitié^ ou pour quelqu'autre raison spéciale; il peut la faire en faveur d autres qui luisont recommandées, ou pour qui il croit devoir demander de^ grâces soit spirituelle soit temporelles; il peut la faire enfin, en faveur de ceux qui sont plus agréables à Dieu ; mais il doit toujours se souvenir de conformer et de soumettre dans toutes ces applications, son intention à celle de Jésus-ChrisL

A regard de Tapplication qui doit être faite pour les morts, il convient que le prêtre garde le même ordre^ et qu'il prie, i. pour ceux qu'il doit recommander, selon Tinstituiion et l'intention de l'Eglise ; s. pour ceux en faveur desquris il doit offrir spécialement le sacrifice^ 3. pour ceux dont le souvenir lui est plus cher. Ga— vantus conseille encore de prier pour celle des âmes du purgatoire , qui doit être le plutôt délivrée des peines qu'elle souffre : ce qui l'engagera , après sa délivrance , n solliciter alors le Seigneur en faveur du prêtre qui vient d'offrir pour elle. On ne doit appliquer k saint sacrifice pour les morts, qu'eu tant qui] esisatih J'actoire.

CVst une pratique digne de la piété du prêtrs qui désire d'obtenir la grâce d'une heureuse et saiols mort , d'offrir le saint sacrifice de la messe dans nD* tention (\i\t , s'il plait à Dieu de l'appeler à lui par toM mort subite le jour même auquel il a célébré, 1* bonheur qu'il aura eu de recevoir Jésus-Christ à Tauieif j lui serve de viatique pour le préparer à moorir daPi la paix du Seigneur. Cette pratique est d'autant pi>^

DK LA Messe. 3o3

salutaire^ qu Vile ne peut que rassurer contre les frayeurs que doit causer rincertitude de la vie^ elle est irè»-^ utile pour se rappeler d^lne manière consolante, le souvenir de la mort et de réternit^. On doit au moins tous les mois une fois, user de cette pratique salutaire.

Obligations des Curés sur V application de la

Messe.

JLies curés ne peuvent retirer aucune rétribution pour Inapplication de la messe, aux jours qu'ils sont obligés de 1 appliquer pour leurs paroissiens. Le concile de Trente [Sess. 23^cap. i^deReform.) dit^aV/ est commandé de précepte divin ^ à tous ceux qui sont chargés du soin des âmes , i£c^\ir pour elles le sacrifice. La congrégation, inter[)rète de ce concile, a déclaré que ces paroles, offrir pour elles ^ doivent s'entendre nonseulement de l'obligation de dire la messe, afin que les brebis des pasteurs qui la célèbrent , puissent y assister, mais de l'obligation de leur en appliquer le fruit, aux jours auxquels ils sont tenus de célébrer poar elles. Telle a toujours été la doctrine de cette congrégation sur cette question , dit le pape Bcnoîi XIVdans son ouvrage De sacrif. Missœ. Telle est encore la décision du quatrième concile de Milan, lorsqu'il défend aux curés de se charger d'autres messes, les jours auxquels ils sont obligés d'offrir pour le peuple. Le pape Benoît XIV. , dans sa lettre cîcm semper oblatas , adressée à tous les patriarches ^ archevêques et évêques d'Italie , explique .ces paroles du concile j pro his sacrificium offerre^ comme la congrégaiiou interprète les a toujoursentendues.il appelle, inanes et frivolas interpretationes , tous les commentaires mr ce texte du concile , qui dispensent de cette obli* |Mion, les curés et tous les prêtres chargés du soia w àniesi et qui leur permetieui de recevoir des au—

3d4 Du Sacrifice

mônes cm reiributions pour la messe de paroisse qo^ib doivent dire^ en appliquant le (ruit de cette messe' à lieux qui leur ont donné des honoraires, on i des fondations particulières: commentaires qne ce savant pepe dit être contraires à la doctrine des souverains pontifes ses prédécesseurs , sur cette matière.

Il de'clare que Tobligation d'appliquer le fruit de la messe de paroisse aux paroissiens^ regarde non-seulement les curés en titra, mais encore tous les prêtres envoyés pour gouverner les paroisses en qualité de vice^-gérens ou pro- vicaires , soit pejidant Fabsence des curés de ces paroisses, soit durant la vacance delà cure. Il dit que, dans les diocèses oii ily a des jotn*s de fèies qui obligent les peuples d'entendre la messe , en leur pernieitaiit de vaquer cependant aux œuvres ser^ viles , les curés et tous les prêtres chargés du soin des âmes, sont tenus ces jours-là d'offrir et d'acquiites la messe pour les paroissiens^ mais ce souverain pontife ne décide point ce qu'on doit penser du sentimea ui veut les obliger à cette application tous les joun e la semaine, ou au moins toutes les fois qu'ils aifenl la messe, sur-tout lorsque leurs revénussont abondans- A regard des curés et dès pro-vicaires ou vice-g^ rens, dont le revenu est si modique, qu'ail ne peut fotir^ nir à leur subsistance, il dit que Tévêque peut leor permettre, s'il le juge nécessaire à cause de leur psu* vreté, de recevoir les aumônes ou rétributions qu'on leur offrira les jours de dimanches ou de fèies, et a appliquer alors la messe de paroisse en faveur de ceux qui les lui auront données ; pourvu toutefois qu^ils disent cette messe dans TéglLse paroissiale , à Theure et avec les précautions nécessaires pour la faire entendre, aux paroissiens^ et à condition que^ dans le cours delà semaine , ils offriront et accompliront le saint sacrifier pour les paroissiens , autant de fois qu'il j aura eu ic fètesqui leur auront procuré ces aumôuesou rétributions* On Ut encore dans la même lettre y GÙm semftt^

ohUuas ^

BK Là Messe* 3o5

ohlatas^ des décisions importantes sur rapplicatiou du fruit de la messe conventuelle des églises méiropoli— tames, cathédrales et collégiales. Voici le précis de ces décisions : cette messe doit être célébrée tous les jours dans chacune de ces églises ^ le fruit doit en être nppli-« que tous les jours aux bieufaiteurs en général de Té— glise ) comme celui de la messe paroissiale doit êtr^ appliqué aux paroissiens. Cette obligation ne seroit pas remplie^ si le saint sacrifice étoitalôrs offert à Pintention de quelques bienfaiteurs eu particulier , ou pour satisfaire à quelqu 'autre obligation particulière. Eteniru , dit ce grand pape^ hujusmodi debitum , non quidvm respicit singulares aliqiios bcnefactores y sed oenefac tores in generie cujudioet ecclesiœ^cujus senitio addicti sunt^ quicumque in eddem^ si^e digniiates^ bive canoni-^ catus j sive viansionariatus , sive bénéficia choralia cbtinent ; et missam consent imlem suis respective wibus célébrant. Il ajoute qu'on ne peut acquitter celle obligation par des prières f»iies de temps en temps^ ou par des anniversaires fixés à certains jours pour les bieniàiteurs en général de réj^lise; parce que personne ne peut de son autorité se dispenser d^un devoir qui lui est imposé par plusieurs lois ecclésiastiques : Tautoriti de la coutume ne peut être d'aucune considération eu cette matière : potius abusas^ et corruptela dicenda est. S'il y a quelqu'un des membres de ces églises qui soit tenu d'offrir la messe pour quelqu'autre inleniioa particulière , à cause de quelque cliar}»e spécialement attachée à son canonicat , ou à un bénéfice uni à sa prébende, ou parce qu'étant chanoine et curé en même i^rnps, il est obligé de dire dans le même jour la messe conventuelle et la messe paroissiale , ces différens ongageroens peuvent aisément se concilier, en disant l'une ^t ces deux messes, et faisant suppléer à son défaut pour Tautre, par un prêtre qui la célèbiera à sa place. Il y a des temps où les rubriques prescrivent dans ^églises métropolitaines» cathédrales et collégiales^ '1 Tome I. V

3o6 Du Sacrifice

la célébration de deux messes conventuelles dans nfl seul jour) il y en a même où Ton en célèbre jusqu*i^ trois. La congrégation , interprète du concile , avant été cousuliée par plusieurs évêques pour savoir si ces messes conventuelles , célébrées dans le même jour ^ doivent toutes être appliquées pour les bienfaiteurs en général de réélise ^ voici la décision du pape Benoît Xiy. Celles de ces églises qui ont toujours été dans rusage de faire appliquer pour les bienfaiteurs en général, ces deux ou trois messes conventuelles , dites en un seul jour , sont obligées de conserver cet usage , qui mérite d'être approuvé et confirmé. Celles de ces ^lises, où cette coutume n'a jamais été établie ^ peuvent se maintenir dans la liberté de l'application du fruit de la seconde et de la troisième de ces messes \ pourvu toute-» fois qu'au Mémento pour les morts , on n'y oublie pas les bienfaiteurs en général de Téglise.

Lorsqu'il y a une paroisse unie à Té/glise cathédrale ou collégiale , on doit chaque jour de dimanche et de fête, célébrer dans cette église une messe paroissiale et une messe conventuelle. La première doit être appliquée aux paroissiens, et la seconde aux bien&itenjv en général de l'église , nonobstant toute coutume contraire : nec ulla contraria consuetudo ah hoc onere excusât , dit le pape Benoît XIY. ( de Sacrif, fniss^)j cujusmodi consuetudo^ si qua sit , malus usus estj et corruptela» *

L'usage, de temps immémorial , de ne point appliquer chaque jour de l'année le fruit de la messe omveutuelle aux bienfaiteurs en général de l'église cathé* drale ou collégiale , n'est point un titre suffisant et légitime pour dispenser de cette obligation. Ainsi Ta décidé la congrégation du concile, le 18 mars 1719: respondit , teneri canonicos conventualem missam quotidie benefactoribus generatim appUcare^ wnri exceptione rejectâ.

A l'égard des églises , dont les prébendes sont ^

DE lÀ Me^sC. iof

pauvres quelles ne peuvent fournir la subsistance ne^ Cessaire à ceux qui les possèdent^ voici comment s'ex«< plique la même cougregation consultée sur ce qu^elles ooivem &ire, dans sa réponse du i4 mars i'^22 : res-* pondit , teneri quidem canonicos applicare missam Coni^entualem quotidiepro benefactoribus générât imf sed us remit ti posse e/usmodi onus , pr opter tenui-^ tatem prœbeniiarum} dummodo eam explicarent die^ bus omnibus festis ex prœcepto. Décision qui suppose que le chapitre aura recours, comme il le doit^ à sou évique, pour obtenir cette permission.

Quoique le fondateur d'un bénéfice ^ en chargeant le bénéficier qui en sera le titulaire , de l'acquit d'on certain nombre de messes , n'ait pas ordonné de les £iir« célébrer à son intetition^, cependant le fruit de ces messes doit lui être appliqué. Cest la décision de la congrégation du concile, le id août 1668: respondit^ applicandum esse sacrificium pro anima testatoruu La raison en est^ dit le pape Benoît XIY. ( de Sacrif*. Miss*)^ que , quoiqu'il paroisse d'abord que ces messes paissent ne pas être appliquées au fondateur ^ confor* mément à cette règle du droit : contra eum qui legem dicere potuit apertiàs , est interprétât io jfacienda f Cependant , eu cette matière^ ou doit plutôt écouter cette autre règle du droit : inspicimus in obscuris quod est "verisimilius. Or, il est plus vraisemblable que la fondateur d'un bénéfice, en le chargeant de l'acquit de plusieurs messes , a voulu qu'on lui en appliquât le fruit i Car telle est ordinairement l'inteuiion de toirs les fon-^ dateurs. Ainsi l'a décidé encore la même congrégation| le 12 février 1718.

Mais , ajoute le pape Benoit XIV. , lorsque le fon-^

dateur d'un bénéfice, en ordonnant l'acquit ae plusieurs

messes, ne s'est réservé expressément l'application en'

sa faveur, que d'un certain nombre , et n'a rien dit dd

L Vapplication des autres dont il n'a ordonné que la cclé«

I Wou; il est ceosé avoir laissé la libené de Tipplicaiioa

3o8 Du Sacrifice

de ces dernières à celui qu'il a chargé de les dire on (aire dire toutes; parce que ce^t encore une règle de droit: prœsumptionem à vaïidiore prœsumptione vincL Ori la diderente manière dont ce fondateur a applique ses intentions sur toutes ces messes , donne lieu de présumer qu'il a voulu laisser libre Tapplication de celles pour lesquelles il a seulement ordonné de célébrer.

On demande ce que doit faire un bénéficier , lorsque le fondateur de sou bénéfice Ta seulement chargé de prier pour lui, en disant la messe ^ et si ce moi prier ^ oblige d'appliquer le fruit du sacrifice au fonaateur. Voici la décision de la congrégation du concile sur ce cas proposé : respondit , sacerdotem teneri ad appli-' cationem missœ. Mais si ce fondateur, après avoir déji fondé un ou plusieurs bénéfices^avec obligation d'appli* quer le fruit des messes qu'il a en même temps ordonnées, ou pour le repos de son âme i, ou pour quelqu'autre intention qu'il a fixée , fondoit encore un nouveau bénéfice, en chargeant seulement celui qui en sera ]^ titulaire, de prier pour le repos de son âme; alors W, faudroit conclure de la diflTcrcnce des termes des actes de ces fondations, la difféience des obligations des titulaires de ces bénéfices , et dire que le possesseur du dernier fondé , n'étant expressément chargé que de prier pour le fondateur , ne seroit pas tenu de lui appli* quer le fruit de la messe, puisqu'il n^en doit faire que commémoraison au Mémento. Telle est la décision de la congrégation du concile, donnée le ii juin i^oo»

Lorsqu'un supérieur ordonne à un prêtre qui est obligé de lui obéir en cette occasion , d'appliquer le fruit de la messe qu'il va célébrer, à une telle personne; si ce prêtre fait celte application à une autre, on demande à laquelle des deux le fruit de la messe est appli^ 'quéeP La réponse commime à cette question est que celte application est en faveur de celle à Tintentioa de laquelle le prêtre qui a célébré, a dit la messe « et non dg celle que le supérieur lui avoit recommancK^

DE LÀ Messe. 309

Voîcî la raison quVn donne le pape Benoit XIV. ( De sacrif. miss. ) : non enim saceraos sacrijicii duntaacat minuter est^ scd etiam dispensator ^ vi suœ ordina^ tionis : itaque^ iit^in conjicicndo Sacramento^ ab auc^ toritate non pendet super ioris^ ita poteslatem habet ei sacrificiiim applicundi^ ciii ojoluerit ^ mais on ne peut alors excuser ce prêtre du péché de désobéissance a son supérieur.

Enfin, les prêtres peuvent être obligés d'appliquer le fruit du saint sacrifice à Tintentiou de ceux qui leur ont donne des aumônes pour Toffrir. Cette obligation donne lieu à plusieurs difficultés , qu'il est nécessaire d'expliquer ici.

Des Honoraires.

Xj^usage des honoraires des messes est établi sur des titres très- légitimes et très-anciens ; mab les prêtres ne sauraient trop marquer de désintéressement dans Texercice de leurs fonctions.

Il est vrai que la loi qui consacre les ministres du Seigneur au service des autels pour le salut des peuples, oblige en même temps les peuples a leur entretien , Cl à leur donner ce que saint Augustin appelle ]e tribut que les fidèles doivent a la puissance spirituelle de ceux qui les conduisent : pour ce qui regarde les enfans de Léi'i^ dit Dieu dans Tancienrie loi,/e leur ai donné ^n propre toutes les dîmes d^ Israël ^ pour les services (ju'ils me rendent dans leur ministère au tabernacle \ deVidliance ( Num. 18. 21. ). Jésus-Christ a par^^ille'- : ment accordé aux ministres de la nouvelle loi, le droit de rerevoir la subsistance temporelle de ceux à qui ils prêchent, en ordonnant à ses apôlres, qu'il envojoît annoncer son Evangile, de ne point se mettre en peine iavoir de For ou de l'argent^ ou d'autres monnoies «arw leur bourse^ de ne préparer pour leurs ^'ojYfges^ ^i habits^ ni souliers j de ne rien porter en (lamin qu ufi bâton seulement pour s'appuyer ^ et de nUnoir

5iô Du Sacrifice

ni sac y ni pain^ parce que^ leur ajoute notre divin Sauveur, tout ouvrier mérite détre nourri aux dépens de ceux pour qui il travaille.

Si saint Paul aima mieux se priver d'un droit aussi légitime ) et souffrir tontes sortes d'incommodités ^ plutôt que de ne pas exercer son ministère gratuitement, pour n'apporter aucun obstacle à la propagation deTExangiie de Jésus*Christ ^ pour ôter aux faux apôtres tout sujet de Taccuser de prêcher par intérêt, et pour empêcher les peuples, au salut desquels il travailloit avec tant d'ardeur, de croire que son zèle pour la conversion des âmes, n^étoit dans le fond qu^une affaire d'intérêt eu un commerce d'avarice ; si ce grand apôtre fut tellement jaloux de cet héroïque désintéressement , quMl eût préféré la mort i la douleur d'en perdre la gloire , parce qu'il y trouvoit un grand sujet de récompense pour )ui , iln^oublia rien aussi pour faire sentir aux Corinthiens toute sa générosité, en leur soutenant qu7/ avoit le pouvoir de manger et de boire aux dépens de ceux quil instruisoit , et confirmoit dans la doctrine de Jésus-Christ , qu'i7 ne pouvoit être seul^ ainsi que son collègue Barnabe , privé d'un pouvoir dont les autres apôtres usoient sans opposition. Qui porte jfamais les armes à ses dépens F s'écrioit-il \ qui plante une vigne sans en manger du fruit f Quel est le pas^ trur qui ne mange point du lait de son troupeau? Et de peur que les Corinthiens ne regardassent ce privilège coiiime n'étant autorisé que par une coutume humaine, il ajoutoit : la loi ne le dit-elle pas elle-^même? Car il est écrit dans la loi de Moïse : vous ne lierez point la bouche du bœuf qui foule les grains. Ordonnance qui n'a pas été faite pour les bœufs , disoit cet «pôtre, mais qui a été écrite pour nous^ afin de nous montrer que, comme celui qui laboure la terre ^ doit labour er avec espérance d'en tirer du fruit ^ et comme celui qui foule le grain doit esp'^rer dy avoir part ^ de mhïM un prédicateur, un oiini^tre de TEvaugileit

BE Là Messe. dit

droit d^altendre que son travail lui fournira les choses Becessaires à la vie. Si donc , conclut saint Paul , nous Oisons semé dans "vos âmes des biens spirituels , est-ce une grande chose que nous recueillions un peu de vos biens temporels F II prouve la liberté de vivre du saint ministère ) par Texemple des ministres du temple de Jérusalem , c'est-ii-dire , du pontife , des sacrificateurs et des lévites, qui^ sentant dans le temple^ vitrent des offîrandes qu^ on jr présente^ et partagent avec Vautel tes "victimes qui y sont immolées. Enfin, il prouve ce droit par Tautorité de Jésus— Christ même: ainsi^ dit-it^^ le Seigneur a ordonné à ceuxquiannoncentVEs^aiigile^ de "vivre de V Evangile. En un mot , saint Paul dit ex-« pressément ( Galat. c.6. '^ . 6. ) qu il faut que celui que Von instruit dans les choses de la foi , assiste de ses biens , en toute manière , celui qui r instruit. C'est sur ce fondement que TEglise a appuyé toutes Indécisions, qui ont autorisé les rétributions et honoraires des ministres des autels^ mais il faut écarter les abus qui pourroient s y glisser. L'exercice de ce droit demande des précautions , il est soumis à des règles qu'un prêtre ne peut négliger et mépriser , sans mériter le soupçon de vouloir changer les fonctions sacirées en bureau d'avarice, et de regarder la piété comme un moyen de s'enrichir. S'il est permis de vivre de l'atitel^ <]uaud on sert à l'autel, c'est un crime de servir à l'autel pour vivre. C'est un dérèglement honteux , c'est un sacrilège, de faire servir la dispensation des saints mystères i l'acquisition des biens temporels; c'est, par une horrible dépravation, regarder la Religion comme un métier vil et profane , qui sert à gagner du bien ^ c'est sattirer la malédiction du Seigneur, comme les enfans dogrand-prètreHéli, qui,par leur impie avidité, détour^ noient les hommes du sacrifice du Seigneur. On peut, selon saint Augustin, recevoir du peuple que Ton sert^ de quoi fournir modestement à ses besoins , et c'est ce <pe ce saint docteur appelle le tribut que les fidèles

3 121 Du Sacrifice

doii'ent à la puissance spirituelle de ceux qui les conduisent f mais on ne doit attendre que de Dieu la récompense des travaux et des fonctions du sacré minislère : accipiant ( sacerdotes ) sus t entât ionem ne* ccssitath à populo f mer cèdent dispensai ionisa Domino. Aiusi^ lorsqu'un [irêtre reçoit lliouoraire d'une messe

Ju'ii a célébrée^ il doit iaccepter^ non comme prix Il saint sacrifice, mais comme une aumône , et {M>ur subvenir à ses b'^soins: non quasi pretium consecra^ tiouis EucharLsiiœ ^ aut miysœ decantandœ ^ sed quabistipendiumsuœ sustentât ionis^ dit saintThomas: non tanquàtn pretium mercedis^ sed tanquàin sti^ pendium nécessitât is ( Secundn secundœ ijuœst. loo^ crt. 2). in prêtie ne |)eut donc célébrer la messe ^ evec l'intention principale de gagner de rargentiil pèche alors mortellement , dit saint Thomas: il com* met le crime de celui qui ne prêche l'Evangile que

1)ar intérêt, et qui ne cherche que le temporel, da action qui demande le plus à être faite en esprit en vérité : qui ei'ongrlisat , ut manducet , dit saiall Bernard , perverso nimis ordine cœlestibus terren^t mercatur (De vit. et mor. cleric c. 5 ). Si l'Eglise permet aux prêtres de recevoir des aimiônes lorsqu^ib Ct^'lèbrent la messe, c'est, dit le pape Benoit XIY., ut saceniotes ad vitam sustentandam aliquod eac ipso stipt>7ulio levamen suscipiant . non vero ut divitiis aocumulentur. Aussi le concile de Trente, pour empêcher tous les abus et tous les désordres que Favarice pourroit introduire dans le sanctuaire, rt pour éviter tout ce qui est contraire à la dignité iVun si grand sacrifice .f ordonne aux é>êques if abolir et de défendre absolument toutes sortes de conditions et de pactes^ ptmr quelques récompenses et salaires que ce soit^ comme aussi ces demandes d aumônes si pressantes ff si messéantes , quon les doit plutôt appeler des exac^ lions , et toutes autres choses pareilles ^ qui sontp^ éloignées de la simonie^ ou qui sentent au moins un

hiv'^

HB hk Messb. 3t9

trâftc sordide et honteux ( Sess aa. de ùbserç. et vU. in celehr. miss ).

Cesi pour se conformer h cette ordonnance du concile, que les ëvèqnes ont fait dans leur diocèse divers règlemens sur Thonoraire pour les messes , relatifs à la différence des lieux , et aux diverses circonstances des temps: règlemens nécessaires pour mettre les prêtres k couvert de tout reproche d'avidiié : règlemens né* cessaires pour arrêter celle des ministres du sanctuaire ^ qui,se laiisâut emporter par le désir du gain, donneroient lieu de croire que leur zèle pour le salut des âmes n'est fondé que sur leur propre intérêt : règlemens nécessaires enfin, pour empêcher que le désintéressement des prêtres ne serve de prétexte à la dureté et à Tingratitude des peuples qui refuseroient ce qui est du à leurs travaux, et pour obvier à toutes les contestations qui pourroient naître à ce sujet. C'est à Tévêque seul qu est réservée Tautorité de régler ces honoraires , dit le pape Benoît XIV. ^d solnm spécial Episcopum {De Sjrn. Diœces. l. 5 c. 9. ). Un prêtre ne peut , sans péché , exiger une r^'tributlon plus considérable que celle que Févêque a fixée pour l'honoraire des messes. Si ultra elermosinam ab episcopo taxatam ^plus sa-^ cerdos celcbraturus exignt , delinquit , dit encore ce souverain poiltite \ et non-seulement il pèche contre la loi de TEglise, mais encore contre la justice commutative: non ^o/fV^Ti delinquit conlra legem Ec^ desifP^ veriim eliam justitiam commiUalisani lœdit. U ajoute que les n*guliers eux-mêmes sont obligés dobéirà ces règlemens des évêques. <'t que leurs pri— 'liages ne les rn dispensent pas : jtidiciocpiscopi mis-^ sarum eleemosinam taxantis\ stare debent etiam re- S^dares^ qiiibus suorum priiileginrum obterilu^ neu" ^i(juam licet slip 'm exigere , illd majorem , quant ^piscopus prœscripsit. C'est pourquoi la congréga- W du concile a décidé, le i5 janvier 16^9, que ^tmosinam , pio qudlibel missâ per régulâtes ce-

'3i4 Du Sackificb

Uhrandâ^ in eorum Ecclesus ^ esse iaxandam arhitrio ordinarii^ juxta morem Religionis» Ce-* pendant les prêtres , soit séculiers , soit réguliers ^ peuvent légitimement recevoir les aumônes qu on Teut bien leur offrir au-delà de la taxe faite par Tévêqne : Dummodo ^ dit le pape Benoit XIY., aosit dotas y et ^uodcumque pactum etiam implicUtWL

Le prêtre qui a reçu 1 honoraire d'une messe, est obligé d'en appliquer le fruit à celui de qui il Ta reçu^ s'il ne le fait pas, il pèche contre la justice, el est obligé à le restituer.

Celui qui a reçu des rétributions de différentes per^ sonnes , ou d'une seule, pour dire un certain nombre de messes, pèche pareillement contre la justice , et est obligé à restituer, s'il prétend satisfaire à ces obli-* gâtions en célébrant un moindre nombre de messe* que celui qui a été demandé par ceux qui ont donné leur argent, réunissant plusieurs rétributions qu'il trouve trop modiques, jusqu'à la concurrence de la taxe faite par l'évêque diocésain pour Thonoraire dei messes. La raison est, que chacun de ceux qui donneot l'honoraire pour des messes , a intention qu^on dise b messe pour lui en particulier, et qu'on en dise lenooH bre pour lequel il donne la rétribution : l'acceptation de cet honoraire doit passer pour un consentemeat • qu'on a donné à sa volonté , et pour un engagement pris avec lui, qu'il faut remplir. Ainsi , lorsqu'on a rcça plusieurs rétributions pour célébrer plusieurs messes, on doit en dire autant qu'on a reçu de rétributions à cette fin, quelque moaiques qu'elles soient, même beaucoup au-desfsons de la taxe du diocèse. En un mota il faut s'en tenir à l'intention de celui qui a donne

four faire dire des messes : lui seul est en droit de expliquer et de la restreindre. C est pourquoi, si Ton ne peut la suivre^ il faut le lui faire comioilre ; et si l'on ne la snit pas. on est obligé de restiuier ce qu^il a donné* Si quelqu'un douuoit une certaine somme eo au^

]»E LÀ Messeu 3t5

DdneS) pour faire -dire des messes, sans déterminer le lombrede celles qu'il demanderoit, il faudroit en dire lutant que celte somme Tlndiqueroit , selon Thono— raire de chaque messe, fixé par la taxe qui sert de règlement dans le diocèse. Ainsi Ta décidé la congré* saiioD du concile, sous le pape Urbain YlII. Si tribuens eleemosinas , numerum missarum celebranda^ rum non prœscripserit , tune tôt missas oportebit celebrari^ quot prœscripserit ordinarius secundum morem cUitatis aut provinciœ. S'il reste quelque sujet de doute sur ce qu'il y aura à faire , lorsqu'il n y a

S[>intde règlement sur les honoraires dans le diocèse, il adra cousulter Tévêque diocésain et faire ce qu'il réglera. Un prêtre qui est tenu de ct^lébrer la messe à cause de son bénéfice , d'un legs , ou de quelqu^autre obli* gation , ne peut appliquer le fruit de cette messe à aucune autre personne qui lui en oflriroit la rétribution, parce que, comme nous Tavons déjà observé, on doit présumer que celui qui a chargé un bénéfice de Facquit de tant de messes , ou qui a donné des aumônes par un legs ou par quelqu'autre fondation , pour en £iire célébrer un certain nombre, a voulu que toutes oes messes fussent dites à son intention^ quand même il ne l'auroit pas marqué. La même décision regarde Je prêtre qui seroit obligé de dire la messe à une intention déterminée : il ne peut recevoir un honoraire pour appliquer cette messe à une autre intention. C'est pourquoi nous avons dit que les curé^ ne peuvent ^ aux jours où ils sont obligés d'offrir la messe pour leurs paroissiens, recevoir aucune aumône, afiu d'appliquer cette messe à d'autres personnes.

Un prêtre qui a déjà reçu Thonoraire d'une messe,

ne peut en accepter un second pour la même messe^

dans l'intention d'appliquer à celui qui le lui offre ^

le fruit spécial du sacrifice qui regarae le célébrant :

fruit qui est personnel à ce piètre, et qu'il ne peut

céder à un autre , parce qu'il est incommunicable. Le

3i6 Du Sacrifice

pape Alexandre YII. a condamné la proposition sni* vante : duf/licatum stipendiiun potest sacerdos pro eddem missd licite accipere^ applicando petenti partem etiam specialissimam Jructiis ipsintct celebranti res^ pondentem.

Un prcire ne peut recevoir deux rétributions pour une seule messe, dans le dessein d*appliquer le saint sacrifice à un défunt^ comme satisfactoire^ et à un vivant comme impétratoire^ pour lui obtenir une gr&ce

3u'il demande, la santé, par exemple. La congrégation u concile a condamné une pareille pratique , le i3 décembre 1659.

Un prêtre obligé par un bénéfice, une fondation, nn legs ou une aumône, de célébrer tous les jours la messe, peut qiielquefois ne la pas dire, pourvu qu*il en ait une raison légitime^ mais alors il ne peut célébrer ni pour lui ni pour autres que les fonda teun. S'il n'est pas obligé de célébrer par lui-même, il ne peut avoir aucune raison qui le dispense de faire dire cette messe tous les jours. Ainsi l'a décidé la congrégation du concile, le 18 septembre i683.

Uu prêtre ne peut pas célébrer par avance, à Fin* teniion de ceux qui lui donneront des rélributioDS^ parce que l'intention doit être déterminée: cette pra* tique , qui ne peut être inspirée que par Tesprit d'un sordide intérêt, est très-^condamnable ^ multis nom" nihus est periculosa , dit le savant Sylvius ^fidelium scatidalis et cfffensionihiis ohnoxia^ noi^aet à vetusto £cclcsiœ more abhorrens. Pratique condamnée par la congrégation du concile , sous les papes Clément YIII et Paul y. q\ii en ont confirmé la décision.

Celui qui est obligé par un bénéfice ou par une fondation de dire la messe tous les jours, avec obli** gation d'en appliquer le fruit à l'intention du fondateur, n'est pas tenu à cette application, lorsqu^il dit la seconde et la troisième des messes du jour de la fêle de uoëlj à moins que le fondateur ne Tait ex«

^st pas permis ;nm piiHre cprona chargé de Tarquit isieurs mrssrs ^ de !(\s (iiiiedire a \in autre, en lui lUl seulement une pnrlion de Taumone recjiie , ['hoQoraire de ces messes, cl s'en réservanl l'autre 9 quand même on donneroit à celui aui a ceces messes ^ la rétribution réglée par ordonnance ocèse. Trafic honteux et impie , que la cupidité peut inspirer, que Tirréligion seule ose excuser^ ue condamnée par le pape Urbain YIII, dans le, chmsœpè conliugat ^ et par le pape Alexandre ui a censure celte proposition :^0vS7 ilecretum Ur-^ potest sacerdos , oui missœ cclcbrandœ tra^ tr^ per alium satisfaccre ^ collato illi minore .diOj aliâ parte siipcndii sibi rctetitd. La fade théologie de Paris a condamné aussi cette sition , comme fausse , scandaleuse , favorisant ain honteux , Tin justice et Ta varice. Pratique I qui est injuste, puisqirelle prive le prêtre

célébré ces messes d'une partie de la rétri- 1 qui lui est duc , selon l'intention de la per-

qui a donné cette aumône: ainsi, celui qui eu

3i8 Du SACRiricc

gatîoQ contractée envers le prêtre qui a célâbré cef messes, elle ne l'autorise pas à profiter d*un gain aussi criminel^ et qu'il doit alors, ou rendre ce qu'il s^ëtoit réserva de cetie aumône, à celui qui Ta donnëei en

Srenant toutes les précautions possibles que la pru— tfnce inspire pour lui faire rendre cet argent, sans sç déshonorer; ou le distribuer aux pauvres, si celoiqui l'avoii destiué pour faire dire ces messes, ne vonloit ou ne pouvoit pas le recevoir.

On ne peut donc pas excuser ceux qui attirent a eux , autant qu*ils peuvent , des rétributions de messes beaucoup au-delà de ce qu'ils peuvent en acquitter par eux-mêmes, afin de chercher ensuite des prêtres qui se contentent d'une moindre rétribution que celk qu'ils ont eux-mêmes reçue, et qui disent ces messes i leur place.

On ne peut excuser ceux qui reçoivent des rétributions de messes dans un lieu où elles sont plui fortes, et qui les font acquitter dani un autre, ou lei rétributions sont moindres, afin de profiter par-là da surplus de l'honoraire qui leur a été remis. Pratique détestable , puisqu'elle met aussi à prix le saint sacrifice, comme chose dont on peut faire négoce. Pratique que le pape Benoit XI V. , dans sa constitution, quanta curâ^ appelle execrahilem ahusum ; contraire encore à l'intention de ceux qui ont donné ces aumônes pour la célébration de ces messes , et qui ont voulu qu'elles se célébrassent dans l'église , on au moins dans le diocèse où ils en ont donné la rétribution. Pratique, par conséquent, qui oblige ï restitution ceux qui en sont coupables ^ et qui, en scandalisant les fidèles, ne peut que les aégoùter des offrandes qu^ib vou' droient faire pour faire dire des messes i leur intention. C'est pourquoi ce souverain pontife prononce les censures d'excommunication contre les laïques et de suspense contre les ecclésiastiques encourues i):^5ayîirt(i| par ceux qui seront coupables de cet indigue trsfict

DE tÀ Misse. 3l^

s n^'ést pas permis à ceux qui ont soin des églbes €t des chapelles , de retenir la moindre portion des rétributions de messes , sous prétexte des dépenses né-^ cessaires pour les célébrer. Ainsi Ta déclaré le pape Urbain YIIL , lequel a cependant excepté de cette règie^ les églises pauvres dont les revenus sont si modiques que leor sacristie ne peut fournir à ces dépenses^ maîs^ en ce cas , ajoute ce pape , on ne peut retenir sur les honoraires reçus 9 pour célébrer ces messes , que ce qu'il faut nécessairement donner pour leur seule célébration. Et tune ^ quam pprlionem retinehunt , nulla-^ tenus debere eaccedere ^valorem expensarum , qiue pro ipsomet tantùm missœ sacrificio necessarià sunt subeundœ: néanmoins ^ poursuit ce souverain pontife ^ et nihilhominUs^ eo etiam casu^ curandum esse^ ut ex pecuniis quœ supersunt expensis , ut suprà deductis ahsolutè tôt missœ célèbrent ur ^ quot prœscriptœ fuerint ab qfferentibus eleemosinas. Telle a été encore la décision du pape Clément XL, le ^3 décembre 1 706.

Telle est aussi la doctrine du pape Benoit XIY. {institut SQ)^ç[\ï\ ajoute les observations suivantes. Lorsque les églises sont pauvres , si les messes qui y seront célébrées sont fondées , le meilleur moyen cfe retenir ce qui leur est absolument nécessaire pour la seule célébration du sacrifice, dont elles ne peuvent soutenir la dépense est de se pourvoir devant Tévèque, pour obtenir une réduction de cette fondation^ pourvu toutefois que le fondateur n'ait pas laissé un fonds suffisant pour cette dépense, ou que le fonds qu'il a laissé se soit perdu par la misère des temps , ou que les héritiers du fondateur, à son défant,ne l'aient pas donné. U iaut encore avoir soin , en sollicitant cette réduction, de ne la demander et de n'en profiter que pour la seole et indispensable dépense qu'exige l'acquit de ces messes.

On doit acquitter les messes, non-seulement dans ks lieux de dévotion où ont voulu les faire dire ceux

fui ont domaé les aumônes 9 mab encore aux temps ,

329 Du Sacrifice

aux jours qu^ils ont demandi^s ^ puisqu^on n^a reçu cet honoraires qu^en acceptant celle coudition, ou expressément ou tacitement. CVst pourquoi la congrégation du concile a fait , le 21 juin 1625^ un décret qui défend aux prêtres , aux chapitres , aux confréries^ aux communautés séculières et régulières ^ aux supérieurs des lieux de dévotion ^ et par conséquent aux mar— guiliiers des paroisses , de recevoir aucune rétribution

{)Our de nouvelles messes ^ avant que d avoir acquitté es anciennes , à moins qu'ils ne puissent les acquitter en peu de temps. Cette congrégation ayant été consultée le 17 juillet t655, sur le seus de ces termes, en peu de temps ^ répondit : modicum tempos intelligi infra mensem.

Si cependant, celui qui a donné les aumônes pour faire célébrer des messes , a consenti à un délai plus long que celui d'un mois, on peut en profiter : ceUe exception a été faite par la même congrégation , sous Urbain YIII. le 21 juin i(>25. Si celui qui adonné les aumônes , a voulu faire célébrer ces messes plutôt

3ue dans un mois, par exemple ^ le même jour oo ans la semaine^ on ne peut les différer au-delà \ il fant s^en tenir à fintenlinn des fidèles qui doiment leur argent , et si , on ne jxmu dire 1rs messes au temps qu'ils ont demandé, on doit les en avertir^ ou avoir leur conseutemcnt pour en diffi-rer la célébration : ainsi it décision de la congrégation du 17 juillet 16^55, qui donne un mois de temps pour facquit des messes , dont on a vécu la rétribution , ne doit s'entendre que de celles d>nt les fldèh^s. qui en ontdonué riionoraire^ n'ont pas presciil et fixé le temps: triles que sont or- ^ dinairement les messes demandées dans tous les lieut de pèlerinage et de dévotion.

On ne peut donc excuser de péché, et même At péché mortel, suivant des auteurs célèbres, ceux qui) dans la crainte d'en manquer, prennent les honoraires d'un si grand nombre de messes à célébrer , <\uhi p^ii^

pourroiefli

DE LA iVlESSE. S^l

ppurroient-ils lés acquitter dans le cours duoc aunée, a moins que les personnes qui les chargent de les dire^ ne consentent à un si long délai. Lorsque celui qui a donné un grand nombre de messes à célébrer, n'a pas expliqué son intention , on doit présumer qu'il a donné un terme beaucoup plus long pour les acquitter , s'il n'en a chargé qu'un seul prêtre, que s'il en avoit donné le soin à une communauté: la raison en est évidente 7 il a voulu donner à ce prêtre tout le temps nécessaire pour dire ces messes^ et une communauté^ où il y a plusieurs prêtres, peut les acquitter beaucoup pltiiôt.

Non-seulement on pèche, en n'acquittant pas les messes aux jours et dans le temps fixés par ceux qui eu ont donné la rétribution , mais encore il peut ar-* ri?er qu^on soit tenu à leur restituer Targenl qu'ils ont donné , parce qu'on a frustré leur intention. Par exemple, si une personne donne une aumône pour la célébration d'une messe, dans une urgente nécessité, comme seroit une maladie dangereuse, un danger pressant, on la trompe, si Ton a diiféré à dire la messe après le besoin passé.

On est obligé de célébrer les messes fondées, dans les églises et aux autels qui sont marqués par les fondations^ si on les dit ailleurs sans permission de l'évêque, on pèche, et on doit les faire célébrer de nouveau dans le lieu déterminé par la fondation , quoique les héritiers des fondateurs aient consenti qu'on les dît ailleurs. L'obligation qui naît des fondaiions est de droit étroit: le fondateur a pu apposer telle condition qu'il a voulu , pourvu qu'elle fut licite et honnête : on ne doit pas frauder son intention ^ et le consentement de ses héritiers ne peut l'emporter sur sa volonté qui est connue.

Un curé ne peut, de son autorité particulière, transférer en son église, les messes fondées pour être diies eu des chapelles particulières. Dans le cas même oà Tome I. X

323 Du Sacrifice

ces chapelles seroieiit profanées , ou mal — propres jusqu'à 1 uidccence, ou dépourvues dornemens, il doit s'adresser à Tcvêque pour obtenir la permission de transférer ces messes.

Lorsque quelque personne a donné de Targent pour faire célébrer des messes , ou a ordonné par son testament qu'on en célébreroit à son intention , sans en avoir prescrit le nombre, il faut s'adresser à Tévêque pour le faire régler.

Les curés et les autres prêtres ne peuvent de leur jpropre autorité , et sans avoir recours à Tévêquc, réduire les messes fondées , quelque modiqrue que soit le revenu des fondations. S'ils osent faire d eux-mêmes ces sortes de réductions, ils pèchent grièvement, u?urpant une autorité qui ne leur appartient point; et ib ne sont pas dispensés de Tobligation de célébrer les messes qu'ils ont supprimées.

Lorsqu'on trouve écrit sur de vieux registres des églises, qu'une chapelle ou une fondation est chargée d'uH nombre de messes moindre que celui qui est porté par les actes de fondation, et qu'il n^est fait sur ces registres aucune mention de la réduction faite ptf l'autorité de Tévêque, ou qu'on n'en a aucune preuve^ on doit présumer que la réduction a été faite sans b participation de révêque; et l'on doit s'adresser au plutôt à lui , afin qu'il l'ordonne quand il en aura connu b nécessité.

De la Messe des Morts ; en quels jours on peut l^

dire.

JLj^on ne peut que condamner les prêtres qui, parle seul motif d'avoir plutôt fmi, et de dire une messe pluS courte, affectent de dire des messes de morts, aux jours où la messe de l'office leur paroîl trop longue. Utt pareil motif ne marque pas qu'ils soient bien pénétréi

DE LA Messe. $23

[Tândeur d'une action si sainte, m qu^ils sachent b font en célébrant.

3611 1 dire des messes basses de morts (ainsi que lei i) toiisles jouiisde Tannée, excepté les dimanches^ i doubles, et les jours auxquels il nVst pas permis e un ofTice double, les octaves de IVpiphauie^ lies, de la pentecôte, et de la fète-Dîeu, le merdes cendres, toute la semaine sainte, et les vie la nativité de Nolre-^Seiyneur , de l'épiphanie a pentecôte.

ne peut point dire des messes basses de mofts^ vs où Ton fait TdAice double d'un saint transféra • de la congrég. des rits\ du 3i Juillet i665. )prêtres qui font rofiice d'une ft*te semi-double^ célèbrent ce jour là dans une église où Ton fait

d'une fète double, ne peuvent point y dire la des morts. Ainsi décidé par la même congrcgale 2 juin i6oi ^ mais elle a déclaré, le 2 juin

que les prêtres, môme régiJiers, peuvent, leà ]u'ils font un office double, dire la messe des aans une é<^lise où l'ofKce n'est que semi-double^ peut dire une messe haute de morts , aux jours tes doubles non chômées, lorsque c'est celui lépositiofi ou sépulture d'un défunt ( Déct. de ne congrégation^ du 19 septembre i654- Si le du défunt est présent dans l'Eglise sans y être é, il est permis par le Rituel romain et par dé-^ }e la même congrégation, du 23 mai i6o3, et juillet 1698, de célébrer une messe haute de I même aux jours de dimanches et de fêtes d'o-^ on ^ pourvu qu'elles ne soient pas de la première ) et que l'on n'omette point pour cela la messe pale, ou paroissiale, ou conventuelle.

!>ique le corps du défunt soit présent dans l'église^ l jamais permis de dire des messes basses de morisf *tes doubles , même non chômées ( Déct. d0 grég. des rits^ du lo janv^ier 1693).

324 I5u Sacrifîck

Les messes marquées daiib le missel , pour être dliei le 3, le 7) et le 3o^ jour après celui du décès ^ ne peuTent se dire que les jours aus^queis il est permis de ceflébrcr des messes basses de morts. C'est la dëcisidu du pape Benoit XIV. ( inslit. 34)-

Lfl premier jour de chaque mois (excepté TavcDl, le carême nt le temps pascal) , s''il n^est point empêché ar un oflice double ou semi-double , on doit dire dans es églises catbcdiales, ot dans les églises collégiales, la messe conventuelle des morts, savoir: la quotidienne, avec les trois oraisons ordinaires. S^il se rencontre ce jour*là une fêle simple , ou une férié qui ait une messe propre^ ou s'il faut reprendre la messe do dimanche précédent, qui n'a pu être dite, ni ne le peut être en aucun jour do la semaine , alors on doit dire deux messes hautes. Tune des morts, et l'autre de la f^te simple, ou de la susdite férié ^ mais dans les églises, qui ne sont ni calhcdrales , ni collégiales, on doit dire la messe du jour, avec Vov^hon JiJeiium pour la com— mémoraison générale des défunts.

On peut aussi dire la messe conventuelle des morts, le lundi de chaque semaine, auquel on fait TolBce de la férié, même au temps de Favent^ mais non dans le carême, ni au temps pascal. Et s'il arrive ce jour - lâ nne fête simple, ou s il y a une messe propre de la férié ou du dimanche précédent, qu'il faille reprendre, on doit dire la messe au jour, avec mémoire des dé-^ funts. Pour les messes basses, qu'on dit aux premiers jours du mois, et au lundi de cnaque se^maine il suffit dy faire mémoire des défunts par l'oraison Jidelium^ dans les cas ci-dessus marqués.

Les anniversaires et les messes de morts qu^on célèbre tous les ans an jour de leur décès , pour accomplir leur dernière volonté , peuvent se chanter , même un jour de fête double majeure, non chômée. (Décr. delà congreg. des rit s du 22 novembre 1664 ^ et du 20 juillet 1669 ). Si le jour auquel ces anniversaires

Dfe LA MrSSC 325

lont 6xh , arrive un dimanche oa une fête de commandement, on peut les remettre au jo\)r suivant. (Décr. de la congreg. des rit s , du liy septembre 1 608). Ce oui a aussi lieu pour le 3 , le 7 et le 3o^ jour après lé^ décès, auxquels oertaînes messes de morts ont été assignées par les fundatious \ on peut les transférer au jour suivant, ainsi que les anniversaires, avec la même foUnniié {Décr. de la congr. desrits^ du 2Z mai i6o3 ). Lorsque lanniversaire est transféré au jour suivant, ou au jour précédent, il faut également dire & Toraison, ces paroles : cujus anniversarium depositionis diem commemoramus ; il en e^i de même des messei dont nous venons de parler, quand même ces messes auroient été transférées à quelques jours de là. {Décr. de la congr. des rits^ du 4 mai 168G, et 5 juiUet 1698 ).

Les anniversaires, ou autres messes fondées, trans^ férées , à cause du dimanche, ou d'une fète d'obligation, au jour suivant ou au jour précédent, peuvent y être diautées, quoiqu'on y fasse une fête double majeure, non chômée.^ (Z?ecr. de la congr. des rits ^ du 4 viai 1 686 )•

Si Tannivcrsaire fondé, arrive le jour d'une fêle double de la seconde classe, on ne peut pas le chanter ce jour-là ( Déor. de la congr. des rits^ du ^juillet

Lorsque le corps du dwfunt est présent, on peut dianter la messe des morts dans l'octave dn très-saint Sacrement ( Décr. de la congr. des rits^ du 1 2 sept. 1671 ). C'est le seul cas où iï soil permis de dire celle to^e pendant celte octave ; toutefois on ne pourroit la chanter à un autel ou le très^saint Sacrement seroit tiposé.

Uans les églises de la campagne , pour satisfaire à la dévotion des paroissiens qui demandent souvent dans k oours de l'année, des anniversaires pour leurs parens décédés, on peut chanter des messes de morb^^ un jour

3^6 Du Sacrifice

de fô(e double mineure, pourvu que ce soit le véritable jour annuel, depuis le décès. (Decr. de lacongr. des rits^du iQ Juin l'yoo).

On ne peut pas chanter la messe des morts, aux

1*our$ de ft*tes doubles de la première classe^ quoique e corps du défunt soit présent (Décr. de la congr. des rits^ du 5 juilht 1698).

On ne peut pas dirc^ même en présence du corps du défunt^ les messes basses de morts fondées aux jours de fêtes doublas : on ne peut pas les transférer à un autre jour suivant non empêché^ mais on doit appliquer la messe du jour, pour les fondateurs, ou pour ceux eii faveur desquels on doit les célébrer. ( Décr. de la congr. des rits^ du 5 août 1662, et i5 sept. 1714 )•

La même congrégation a décidé, le :) décembre 1684^ qu'on ne peut pas régulièrement dire des messes )>asses de morts, tandis que le très-saint Sacrement est exposé. Elle a décidé le 27 avril 1697, qu'il est plus convenable de s'abstenir alors de dire des messes hautes de morts, quoique demandées par testament. Le pape Benoit Xiy. ajoute {instit. 34) qu'il est absolument défendu de célébrer les unes et les autres, ctimsacto^ sancta mjrsteria palàm exposita adorantur,

La messe des morts chantée pour un anniversaire, ou pour la sépulture d'un défunt, ne peut servir de messe conventuelle {Décr. de lacongr. des rits^ du 5 juillet 1698).

Lorsqu'un anniversaire, ou la messe du 3, du 7 ou du 3o^ jour après le décès, arrive le dimanche des rameaux , il faut tranNférer cette messe jusqu^au lundi, après le dimanche in albis. s il est libre, et ou la célébrera avec la mi*nie soitiinité qu'elle devoil Têlre, ^i on ne l'avoit pas remise à un autre jour. Si le lundi pprès le diuianchf^ in albis , n'est pas un jour libre poui célébrer ceilo messe, ou doit la renvoyer au premie; jour libre, en observant toujours de la dire avec 1 mèmç soleuuiié.

DE LA Me^SE. 3^7

Lorsqu'il y a des fondations de messes qui paroissent demander quelque changement pour toujours, il faut avoir recours à Tévêque, qui peut commuer les dernières volontés.

On ne dit qu'une oraison au jour de la commémoration des morts le 2 novembre, au jour du décès et de l'enterrement d'un défunt^ et au jour de Tanniver^' saire, ce qui s^eutend seulement de celui de la première année et non pas des années suivantes : il en est de même les 3, 7 et 3o® jours après le décès, et enfin toutes les fois qu'on célèbre solennellement pour les défunts, c'est-à-dire, avec quelque appareil extraordinaire, ou avec convoi et concours de peuple. Hors ces cas, il faut dire plusieurs oraisons dans les messes de morts, soit hautes, soit basses, comme aux fêtes simples et aux fériés.

Toutes les oraisons qu'on dît aux messes de morts, doivent être propres des défunts, il n'est jamais permis d'en dire aucune des vivans. Quand on dit plusieurs oraisons, la dernière doit toujours tire Jidelium '^ et il tti à la liberté du prêtre de dire la prose dics irœ^ ou de lomettre ^ mais quand on ne dit qu'une oraison , il 7 a obligation de dire la prose.

t^ES défauts qui peuvent arrwer dans la célébration

de la Messe.

JuEs défauts qui peuvent arriver dans la célébration de la messe, regardent 1. les choses substantielles, c'est- Mire, celles qui sont requises pour la validité d(j Sagement ou du sacrifice, savoir : la matière, la forme^ liniention et l'ordre sacerdotal dans le ministre. 2. Celles qui ne sont pas substantielles, mais qui néan— 'ïïoius sont nécessaires pour Tinlégrilé du sacrifice, ^mme de consumer les deux espèces consacrées , dV chever la messe qu'un prêtre par maladie ou par cause

323 Du Sacrifice

de mort n^auroit pas pu achever. 3. Celles qui ne sont ni substantielles^ ni nécessaires pour rintégrité, mais seuiemeni de précepte ecclésiastique et de pure dis-cipline.

Les choses substantielles doirent nécessairement être suppléées: car, s^il en manquoit quelqu^une^ il n'y auroit ni Sacrement, ni sacrifice. Celles qui sont requises, tion pour Fessence, mais pour Tintégriié du sacrifice , doivent p'ireillement être suppléées lorsqu'elles ont été omises, parce qu'il est de droit divin que le sacrifice ne demeure pas imparfait. Enfin, pour ce qui regarde les choses qui, quoiqu'elles ne soient requises ni pour l'ossence ou la substance, ni pour Finté^^rilé du sacrifice^ sont néanmoins, en qualité de simples cérémonies.. prescrites par TEglisc, lorsqu'il y eu a eu quelquesunes d'omises, ou par négligence ou autrement, quel quefois le prêtre doit les suppléer ^ d'autres fois il n. « doit pas le faire. Les exemples qui vont être rapporté^ appliqueront ces principes.

Si le pain a commencé à se corrompre, quoiqiiMIne soit pas entièrement corrompu, ou s'il n'est pas azyrne et sans levain, comme l'ordonne l'Eglise latine, on consacre validement ^ mais celui qui consacre, pecbe grièvement. La nécessité même urgente ne peut jamaif autoriser dans FEglise latine à consacrer avec du pain levé. Si le pain est corrompu, il ne peut être consacré, parce que ce n'est plus du pain quant à la substance.

Lorsque le prêtre est obligé de prendre une nouvelle hostie, parce qu'il s'aperçoit que celle qu'il avoit,est corrompue, ou n'est pas de froment, si c'est avant la consécration, il doit mettre à part celte dernière, cl faire une oblation au moins mentale de la nouvelle, c'est-à-dire, dresser intérieurement son intention poQf l'offrir: car il n^est pas obligé d'offrir de nouveau celte seconde hostie en la mettant sur la patène et disant Toraiion suscipe^ sancte Pater ^ etc. Il sufiîra qu'il I* tnelie simplement sur le corporal en luffraut meutale*

DE LA Messïu iag

ERTil^ après mîoi il continuera la messe où !1 Tavoit lûterrompue. Celte règle doit avoir lieu même à Fcgard le la matière dooteuse.

Si le prêtre ne s'aperçoit de ce défaut essentiel de rhostie qu'après la consécration^ après TaToir mise à part, il en prendra une autre ^ dont il fera Toblation Dieotalement, comme il a été dit ci-dessus^ après quoi il reprendra la liturgie, en commençant par ces paroles: qui pridiè quàm pateretur^ etc. Il ne consumera la première hostie qu'il a )ugée défectueuse, qu^après avoir pris le corps et le sang de Jésus-^Christ^ on s'il ne la pr«nd pas, il la déposera en quelque endroit pour la conserver respectueusement, jusqu'à ce qu'elle soit corrompue. S'il ne s'aperçoit de ce défaut qu'après avoir pris cette hostie, cela ne doit pas l'empêcher d'en prendre une antre, pour la consacrer après l'oblation au moins mentale, et d^en communier après la consécration, parce que le précepte de la perfection et de 1 mtégrîté du Sacrement comme sacrifice, est préférable i celui qui ordonne de communier à jeun.

Si le prêtre ne s'aperçoit de son erreur, qu'après îi^oir pris le précieux sang, il consacrera une autre Wie^ il mettra dans le calice du vin et de l'eau, qu'il Consacrera aussi après avoir fait Toblalion au moins JHentale de Tun et de Tautre; il commencera la consécration par ces paroles: qui pridiè quàm pateretur^ ^c II consumera ensuite ces deux espèces consacrées^ Jaas faire IVlévalion pour l'adoration du peuple, et ^Drès cela il achèvera la messe. Les rubriques ordonnent Oe garder dans celle consécration Torare requis , en Consacrant l'hostie avant que de consacrer le vin. Ont •«rcndroit coupable d'un grand péché, si on consa- ^oiiunc des espèces, sans consacrer aussi l'autre.

Si rhostie consacrée disparoissoit par quelque acci- ^W, ayant été emportée, par exemple, par le vent, ^u doit eu consacrer une autre ^ après en avoir fait

33o Pu Sacrifice

l'oblation au moins mentale, en commençant par paroles : quipridiè qiiàm pateretur^ tic.

Si le vin qui est dans le calice est devenu entièrement aigre ou corrompu, ou si c'est du verjus, ou si Teau est mêlée en si grande quantité, qu'elle Temporle sur le vin, il \\y a point de consécration.

Si le vin commence à s'aigrir ou à se corrompre, si Ton ny a pas mêlé de Teau, ou si c'est de l'eau de rose, ou une autre liqueur distillée qu'on y a mis, on consacre véritablement ^ mais le prêtre qui consacre ,| pèche mortellement.

Si le prêtre s'aperçoit avant ou après la consécration du corps de Jésus-Christ, mais avant la consécration da sang, qu'il n*y a dans le calice, ni vin , ni eau , ou que l'un ou l'autre y manque, il doit sur-le-champ mettre du vin et de l'eau dans le calice^ et après avoir fait l'oblation au moins mentale, il doit consacrer ce via mêlé d'eau, en commençant par ces paroles de la liturgie : simili modo , etc.

Si le prêtre, après les paroles de la consécration^ s'aperçoit qu'au lieu de vin, il n'a mis que de l'eau dans le calice, et si c'est avant d'avoir consumé l'hostie consacrée, il mettra dans quelque vase, l'eau qui étoit dans le calice, où il versera ensuite du vin et ne Featt dont il fera l'oblation au moins mentale, et qu'il consacrera en commençant par ces paroles: simili modo^ etc. Mais si le prêtre ne reconnoît cette erreur qu'après avoir pris le corps de Jésus<Christ, ou l'eau qui étoit dans le calice, il doit se faire apporter une nouvelle hostie, mettre du vin et de l'eau dans le calice, consacrer l'un et l'autre, après en avoir fait l'oblation au moins dans son esprit, et ensuite prendre ces espèces Consacrées, quoiqu'il ne soit plus à jeun. Cependant) dit la rubrique, si le cas dont il s'agit arrivoit dans une messe publique, c'est-à-dire, où il y eût beaucoup «• monde et ou par conséquent la consécration d'une nouvelle hostie causât quelque scandale^ parce qu v

DE Li Mfssb. 33 1

fiiudroit attendre quelque temps avant qn^on IVùt apportée au prêtre célebiani, il sufiîroît de mettre dans le calice, du viuavec de Teau, d'en faire roblation au moins mentale, de le consacrer, de le prendre en* suite , et de poursuivre le reste de la liturgie.

Si le prêtre, avant ou après la consécration, re— connoît que ce qui est dans le calice est ou du verjus, ou du vinaigre, ou du vin entièrement corrompu ^ ou plutôt de Teau que du vin , il doit faire la même chose aue s'il n'y avoit pas de vin , ou s'il n'y avoit que de leau dans le calice.

S'il se ressouvient avant la consécration qu^il n^a point mis deau dans le calice, il doit s*en faire apporter, et en mêler sur-le-champ avec le vin dans le calice, après l'avoir béni à l'ordinaire; s'il ne s'en aperçoit qu'après la consécration, il ne doit pas mêler de l'eau avec de l'espèce du vin consacrée, parce que l'eau n'est pas nécesaire pour la validité du Sacrement. S'il n'est pas possible d'avoir la matière que le prêtre aperçoit manquer dans la suite de la messe, soit le ain, ou le vin, et que ce soii avant la consécration, c prêtre doit quitter l'autel, et ne pas poursuivre la ^^e : car il est défendu par le droit divin de consacrer une espèce sans consacrer l'autre 5 mais s'il ne l'econnoît ce défaut de la mafiére, qui ne [)eul être Suppléée en aucune manière, qu'après avoir consacré Ou le pain ou le vin, il doit continuer et achever la ^esse, en prenant néanmoins la précaution d'omettre l<îs paroles et les signes qui regardent l'espèce qui ïïîan<]ue. Si, en attendant quelque temps, on espéroil de pouvoir suppléer la matière qui manque , on doit attendre et ne pa^ continuer la messe, afin que le sacrifice ne demeure pas imparfait. Si, en aliendant quelque temps^ une demi-heure, par exemple, ou une «^ure au plus, on nVspère pas de pouvoir a\oir fe^ipèce <î^>i manque, il semble que selon lexpression de la ruwi^uequi dit : (judd^ si expcctando aliijuamlm haberi

33a Du Sàckifice

possîi^ expectandum erU^ on peut continuer et achever la messe.

Nous arons dit ci-dessus que le pain dont on vent se servir pour le sacrifice, ddit être de blé fromenL On ne doit poiut se servira i^autel du pain fait avec du bU seigle ) tel qu'est celui qui est commun parmi nous, qui est d'une espèce entièrement diflTéreule de celle do véritable froment^ et qui tout au pitis ne [lent être regardé ue comme matière doultnise : or^dans Padministration es Sacremens qui ne sont pas nécessaires de nécessité de m'ijren, il n*est jamais permis de se servir d^ine man tière douteuse, et de suivre une opinion probable eo abandonnant la plus sûre.

S'il nVtoit entré dans le pain que très-pen de farine d'autres grains que de froment, on pourroit s^eu servir à Tautel \ parce que Tespcce du pain ne seroit pas changée; mais si Ion avoit mêlé avec le froment li même quantité, puta eoc œqno vel quasi ^ dit saÎDt Thomas ( 3. p. q. 74* ^- 3. ad 3.), ou une plus grande quantité d'autres grains, on ne pouiToit se servir de ce pain pour la consécration, ajrinte ce saint docte«n On doit observer qu'il est très rare qu'on puisse sans pèche faire une pareille mixtion, quelque légère qu^ellesoit) dans le pain que l'on veut consacrer.

Si l'on avoit pétri de la farine de froment avec une autre liqueur que de l'eau naturelle, on ne pourroit se servir de cette matière pour consacrer , parce que ce ne seroit pas proprement dti pain. Il faut en dire de même de la pâte qtii ne seroit pas cuite, quand elk ne seroit faite que de farine de froment pétrie avec de l'eau.

Le pain quW veut consacrer doit être propre ^ net et pur, fait avec grand soin, être entier, d une médiocre grandeur, et n'être pas cuit depuis trop long temp^

Il n'y a que le vin qui provient de la vigne, qui puisse être la m.ntièrc de rÊucharistie , parce qu'il n'y a qt>^ celui-là qui soit proprement et absolument du vin. "

DK LA Me S SB. 333

n'importe pour la conserratiou de quelle couleur il soit. Ou doit regarder le vin gelé comme une^maiière douteuse pour la consécratiou , à cause de la diversité des opinions des théologiens là-dessus^ ainsi il fàudroil le faire dégeler ^ et le faire goûter pour savoir s'il uauroic potot perdu sa vertu*

Le moût étant un vin qui n'est pas encore purifié^ il Qu'est pas permis d'en user, à cause de la révérence due au sacrement, que lorsqu'on ne peut avoir dautre vin. Ou pourrolt, daus une pressante nécessité, consa* crtr du vin nouvellement exprimé d'une grappe de raisin , pourvu que ce raisin fû| parvenu à une maturité suffisante.

Le concile de Trente (Sess. aa, cap. 7. de Sacrif. Miss.) diique f Eglise a ordonné aujc prêtres de mêler de [eau au i^in qui doit être offert dans le calice , tant parce quil est à croire quelSotre Se* igneur Jésus- Christ en a usé de la sorte , que parce quil sortit de son côté de Venu a\*ec le sang ^ et que , par le me- Unge que Von fait dans le calice ^ on renoui^'elle la ^moire de ce-mjstére ; outre que par-là même , on Représente encore V union du peuple fidèle a^'ec Jésus- Christ qui en est le chtf.

Ce mélango de Teau avec le vin n'est pas absolument nécesaire pour la validité de la consécration du vin. L'eau doit être mêlée daus le calice avec le vin en irès-

Swile quantité : aqua modicissima admisceri débet y it Eugène lY. daus le décret aux Arméniens. U est ^ojours plus sûr , dit saint Thomas , de meure peu d'ean, sur— tout si le yfiu est foible; quia^ ajoute ce saioi docteur (3./?. q 74* ^ 8. ) ^£ tantajieret appo^ sitio aquœ y ut solveretur species i^ini^ non posset perfici Sacramentum. Ce scroit un péché mortel d'oïûeure volontairement de verser de leau dans le via

3ui doit être consacré , parce que ce seroit un violement UQ précepte de TEglise dans une matière importanti». Si le prêtre change essentiellement les paroles dq

334 Du Sacaipigr

la consécration , il ne consacre pas, parce qu^alors !fl forme du Sacrement manque. Il faut se rappeler ladessus ce que nous avons dit en parlant de la forme des Sacremens en gênerai, que tout changement, qui ôte aux paroles de la forme le sens et la signification qu'elles doivent avoir selon l'institution de Jésus- Christ^ annulle la forme. Si le prêtre ne change qu'accidentellement les paroles de la consécration, en ne leur ôtant pas le sens et la i^i^jnification qu'elles doivent avoir^ il consacre validement , mais il pèche très-grièvement. Quoique l'on puisse dire que toutes les paroles de b consécration du calice ne soient pas essentielles , et que^ si un prêtre en otnettoit certaines, il consacreroit néanmoins le vin en le changeant au sang de Jésus— Christ^ il fatil tenir pour constant, qu'il n'est pas permis d'omettre ou de changer aucune des paroles, dont FEglise se sert pour consacrer le pain et le vin: un prêtre aui en oroettroit sciemment quelques — unes , ou qui les changeroit, ne peut être excusé de péché mortel: car|

3uoi qu'il en soit de la vérité spéculative des opinions es théologiens , l'on doit toujours, dans la pratique, s'en tenir aux règles de l'Eglise et suivre ses rits. C'est une témérité bien grande, de s^en écarter dans une matière aussi importante qu'est un Sacrement.

Saint Thomas ( 3. p. q. 83. art. 6. ad 5. ) dit que, si un prêtre est en doute de n'avoir pas récite quelques-unes des prières marquées dans le canon de la messe , parce qu'il ne se souvient pas de les avoir dites^ il ne doit pas se troubler pour cela , mais continuer sans changer l'ordre de la messe : car l'application qu*s nn ministre à faire ce qu'il doit, l'empêche souvent de se souvenir de ce qu'il a fait et qu'il a dit^ de ce qu'il devoit faire ou de ce qu'il devoit dire. Que s'il a quelque certitude d'avoir omis des paroles qui ne soient pas nécessaires pour la validité du Sacrement, it ne doit point reprendre ce qu'il a omis , ni changer Tordre du sacrilice y mais il doit continuer d ou il M

BÊ LA Messe. 335

est, et passer outre. Que s'il est certain d^avoir omis

Suëlques paroles qui soient ne'cessaires pour la validité u Sacrement ^ comme sont certaines paroles de la forme de la consécration , il doit prononcer de nouveau la forme de la consécration, et continuer le reste de la messe , sans en changer Tordre. La rubrique ajoute que, si le prêtre douie avec fondement avoir omis des paroles essentielles, il doit répéter la forme, au moins sous la condition tacite : la raison en est qu'un ministre ne peut pas s'exposer à offrir un sacrifice, ou nul, ou imparfait. Ces règles cependant n'autorisent point les vaines inquiétudes, ni les appréhensions des scrupuleux. II faut que la matière qui doit être consacrée , soit déterminée en particulier par l'intention du prêtre. C'est pourquoi, comme il est dit dans les rubriques, si un prêtre, qui auroil devant lui sur le corporal onze hosties, tfavoil intention d'en consacrer que dix , sans déler— ininer en particulier lesquelles, aucune ne seroit consacrée 5 au lieu que , si croyant qu'il n'y en eût que dix, Undis qu'il y en auroit onze , il avoit eu intention de consacrer toutes les hosties qui étoîent présentes devant lui sur le corporal , elles seroient toutes consacrées. La rubrique avertit à ce sujet les prêtres, qu'ils doivent toujours dans la pratique avoir intention de consacrer toutes les hosties qui ont été mises devant eux pour être consacrées : elles sont censées avoir été mises à cette fin , quand elles sont posées sur le corporal , suivant la coutume de TEglise. Par le même principe il faut dire que , si un prêtre a prononcé les paroles de la consécration sur deux hosties qui étoient attachées l'une à l'autre, croyant qu'il n y en eût qu\!ne, elles seroient toutes deux consacrées, s'il a eu intention de consacrer le pain qu'il tenoit entre ses mains, comme Tont ordinairement les prêtres.

Quant aux gouttes de vin qui se trouvent sur le dehors de la coupe du calice , on ne doit pas les regarder comiBie consacrées , à moins ^ue le prêtre n'ait eu in-

336 Du Sackificb

tention parlictilière de les eonsacrer^ quant à celles qui se trouvent séparées au dedans du calice^ la plus com-* mune opinion des théologiens est qu^elles ne sont pas consacrées , parce que Tintention du prêtre est de consacrer le vin qui forme un tout dans le calice : or, ces gouttes sont séparées du tout^ cependant un prêtre doil les prendre toutes à la première, ou au moins à la seconde ablution. Pour n'avoir point de scrupules à ce sujet , on doit essuyer les gouttes de vin qui se trouvent dispersées cu divers endroits du calice , quand le fia y est versé.

11 faut nécessairement que le pain et le vin, pour être consacres , soient presens moralement devant fe prêtre qui célèbre , c'est- à— dire que, selon le jugemeni des hommes, ils soient réputés présens devant IuL S^il arrivoit que le prêtre ne les vit pas effectivement , parce que, par exemple, le pain seroit renfermé dans le ciboire , ou que le calice seroit couvert , ils seroieot néanmoins consacrés selon fintention do prêtre, poorvo qu'il sût qu'on les eût mis devant lui , et qu'il pût la apercevoir en eux-mêmes ou en ce qui le$ renferme^ et qu'ainsi on pût dire, selon la manière ordinaire à^ parler des hommes , qu'ils sont présens devant lui*

Ainsi, si un prêtre a mis sur le corporal un ciboijre plein d'hosties, à dessein de les consacrer, et qu^il ait oublié d'en ôter le couvercle avant de prononcer les

{)aroles do la consécration , comme il doit le faire selon a rubrique du missel , ces hosties seroient cependant consacrées , après la consécration , parce qu^elles sont moralement présentes.

Il suit encore de ces principes que, si le prêtre Ignore qu'on ait mis devant lui des bosties pour être consacrées , elles ne sont pas censées présentes moralement, et ne seroient pas censées consacrées après la consécration; à moins que le prêtre n'eût intention en général de consacrer toutes les hosties qui sont devant lui , quand même il ne le sauroit pas , ainsi qu il a

été

DE ti Mkssé. 3^7

El^ dît cî-dessns d'un prêtre qui tiendroit deux bosties :royanr n'en avoir qu'une.

On doit distinguer deux présences , Tune appelée

yfysique^VsiiiXTe appelée morale. La présence physique

SI la proximité d'une chose aune autre ^ la présence

tnoraU^ outre cette proximité , dit encore une con-*

Doissance et une adveriance actuelle ou virtuelle

Gjue la chose est présente : la présence physique est

nécessaire pour rendre la consécration valide j mais

elle n'est pas suffisante , parce que le pronom hocj

étant démonstratif ^ suppose que le prAre s'aperçoit

ou actuellement ou virtuellement , que la chose qu'il

démontre, n'est pas beaucoup éloignée; c'est pourquoi,

si le ciboire a été laissé au coin de Tautcl , ou si on

Ta mis hors de dessus l'autel , par exemple sur les

gradins, les hosties qu'il contiendroit ne seroient pas

consacrées , par le défaut d'intention du prêtre qui

n'est pas censé avoir voulu , contre les règles de TE-

glisC) consacrer ces hosties, lesquelles n^ctoieut pas sur le

corporal , quoiqu'elles fussent pre'senles physiquement.

Si Ion trouvoit sur l'autel une hostie dont on auroit

un sujet raisonnable de douter si elle est consacrée

OQ non , il faudroit la consumer après avoir pris le

précieux sang.

Si le prêtre avoît mis sur le corporal plusieurs petites hosties pour les consacrer , et qu'il les eût oubliées iu moment de la consécration , ces petites hosties seroient cependant consacrées après la consécration ,

f)arce que le prêtre seroit censé avoir eu intention de es consacrer avec l'hostie qu'il tenoit entre ses mains. On ne doit jamais mettre dans le même ciboire avec d'autres hosiîes consacrées, celles qui ne le sont pas et que Ton donne à consacrer.

Lorsqu'un prêtre, avant la consécration* s'aperçoit

qa^une mouche ou quelque insecte est tombé dans le

talice, il doit répandre dans quelque vase qui soit

Propre ^ le vin qui est dans le calice, où il en versera

ToîM I. Y

•338 Dv Sacrifici

d'autre avec de Peau dont il fera loblation^ comme il a été dit ci-dessus , et continuera la messe. S'il ne s^en aperçoit qu'après la consécration , et qu'il ait de la répugnance, il doit, après avoir tiré cet animal hors du calice, le laver avec du vin ^ et après la messe finie, il doit le brûler, et jeter les cendres et le vin qui aura servi à le laver, dans la piscine. Si néanmoins le prêtre n'avoit pas de répugnance , et qu^il ne s'exposât à aucun danger de vomir en le prenant, il pourroit le prendre avec le précieux sang.

Si quelque chose de venimeux , ou qui puisse exciter le vomissement, tombe dans le calice après la consécration, le prêtre mettra dans un autre calice de l'eau et du vin , qu'il consacrera de nouveau , comme il a été dit ci-dessus^ et , après la messe, il fera imbiber dans du linge ou dans Jes étoupes , les espèces du premier calice, conservera ce linge ou ces étoupes dans un lieu décent séparé du tabernacle, jusqu'à ce que ces mêmes espèces soient entièrement desséchées, et après avoir brûlé ce linge ou ces étoupes desséchées , il jettera les cendres dans la piscine.

Si un animal venimeux a touché l'hostie consacrée) le prêtre en prendra une autre pour la consacrer ea la manière qu'il a été dit ci-dessus^ il conservera la première hostie consacrée dans un lieu séparé du ta^ fcernacleit jusqu'à ce que les espèces soient corrompues^ et pour lors il jettera cesespèces corrompues dans la piscine.

Si, en prenant le précieux sang, la |>articule demeure dans le calice , le prêtre Tavaucera avec le doigt sur le bord du calice, et la prendra avant la purificatioDf ou il fera verser du vin dans le calice pour la prendre^ ce qui convient mieux.

Si un prêtre, après avoir commencé la messe, vient à tomber en défaillance , ou même à mourir avant d'avoir achevé le sacrifice, et que ce soit avant la consécration, la messe doit finir dans l'endroit où cette ibiblesse ou la mort ont surpris le célébrant. Si, as

kVJ

BE LA MeSSC. 339

contraire^ ces accidens arrivent après I3 consecratiDn j oit de Tune , soit de toutes les deux espèces , Ton doit aire suppléer et achever la messe par un autre prêtre, {uand même le prêtre qui suppléera ne seroit |)as à euQ ; parce que le précepte ecclésiastique de ne dird la messe qu'à jeun, doit céder au précepte divin , qui )rdonne de ne pas laisser le sacrifice imparfait. Si le prêtre qui a commencé le sacrifice, n'avoit fait que commencer à prononcer la forme de la consécration du calice, celui qui suppléera, la prononcera toute entière , en commençant par ces paroles : Simili modo , etc. ou il pourra se faire apporter un autre calice, y verser du vin avec de Teau , en faire Toblation au moins mentale, le consacrer, et le prendre avec Tbostie consacrée par le premier prêtre^ et aussi- tôt après il

5 rendra ce qui est dans le premier calice , ce qu'il oit faire avant la purification et Tablulion^ car la rubrique appelle ce premier calice, demi consacré ^ pour marquer le doute sur la consécration des espèces qu'il renferme. Si Ton ignore où a fini, pour la consécration du calice, le prêtre quia été obligé de quitter, celui qui suppléera , commencera par ces paroles de la liturgie : Simili modo^etc . Si les deux espèces sont consacrées , il commencera à Unde et memores. Si Ton 4oute de la consécration de Thostie, il en prendra une autre qu'il consacrera , et prendra la première après avoir pris le précieux sang.

Si le premier prêtre ne meurt pas,etquMl soit seulement tombé en quelque foiblesse qui ne lui permet pas d'achever la messe , mais qui ne le met pas hors tfélat de communier , le prêtre suppléeant , s'il n y a

t?s d^autres hosties consacrée en reserve dans le ta— ernacle ^ doit diviser Thostie consacrée , lui en donner tiQe partie, et prendre l'autre.

Si le prêtre qui . célèbre venoit à mourir après avoir

Cis le précieux corps , alors le suppléant prendra seu— ^.nént le précieux sang qui reste à consumer, pour achever le sacrifice , et fiiiira la me^se* Y a

S4o Dv Sacrificc

- Si le prfilr^ qui célèbre, s'aperçoit , aranC la C6n^ sécratiou , que Thostie est rompue^ à moins que le peuple ne puisse ^Vmpècber de la remarquer en cei état, il la consacrera ^ mais si le peuple peut la Toir rompue et sVn scandaliser, il faudra en prendre une auire pour le sacrifice^ et alors si Toblation de lliostie avoit dé}à été faite lorsque le prêtre a reconnu qu^elle ^toit rompue, illa prendra après Tablution. S'^il la voit rompue avant ToblatioB , il en prendra une autre y s^il le peut sans scandale et sans un notable retardement- Si l'hostie consacrée tombe dans le calice , ou par la négligence du pr6tre, ou à cause du froid qui Temp^choit de la tenir, il ne faut pas pour cela rien réitérer ^ mais le prèire doit continuer la messe en faisant les cérémonies et signes ordinaires avec la partie de rhostie qui n'est pas mouillée , si elle ne Test pas toute entière , et si cela se peut conmaodément. Si lliostie est toute mouillée, le prêtre ne la retirera pas du calice ^ mais il dira tout ce qu'il doit dire en omettanl les signes^ et il prendra tout ensemble le précieux corpf et le précieux sang , en faisant le signe de la croix sur lui avec le calice, et disant: corpus et sanguis Do^ mini nostri^ etc.

Si , dans un biver fort rude , les espèces do via consacré venoient à geler dans le calice , il faadroit envelopper le calice de quelque linge chaud. Que si cela ne suffisoit pas , il faudroit mettre le calice au*près de Tautel dans de Teau chaude, jusqu'à ce quil ^X dégelé , en prenant néanmoins la pi^cautiou que 1 eau chaude n'entrât point dans le calice.

Lorsque parla négligence du prêtre ^ ou par quelqne accident , quelques gouttes du précieux sang tombeoC à terre ou sur le. bois de l'autel, le prêtre doillavc^ cet endroit avec ta langue, et le racler autant qu'il sera nérossaire^ il brûlera ensuite ce qui a étérackT dont il jettera les cendres dans la piscine. Si le précieut fiimg est tombé sur les nappes et les a pénétrées touM

DE LA MkSSB. 3^1

les Croîs ) il faut les laver trois fois aux endroits ou sont loinhées ces gouttes^ en mettant un vase propre et net par-dessous, pour faire tomber Teau qaî servira à laver ces nappes, laquelle sera jetée ensuite dans La piscine. Le vase dans lequel sera tombée cette eau . doit être bien lavé ensuite avec une autre eau , qut sera pareillement jetée dans la piscine. Si les gouttes du précieux sang sont tombées sur le corporal seulement, ou sur les oruemens sacerdotaux j il faudra les laver de la même manière^ si c^est sur le tapis di| marche-pied déTautel, ii faudra le bien laver et faire comme ci-dessus. On observera cependant que le prêtre seul doit faire tout ce qui vient d'être dit. Le prêtre aui, par sa négligence, est cause de cet accident, doi( taire pénitence de sa faute devant Dieu , et satisfaire k celle que son supérieur lui imposera ^ selon que ce supérieur le jugera à propos. IjCs saints canons font ordonnée autrefois de quarante jours, si le précieux sang étoit tombé sur le marche-pied de lautel^ s'il éioit répandu sur faute!, de trois jours*, si c'étoit sur le premier des linges de fautel, de quatre jours ^ de nesf jours s'il avoit pénétré la troisième nappe ^ et de vingt jours, s'il avoit pénétré la quatrième.

Si le précieux sang n'est pas enlicrement répandu^ le prêtre prendra le peu qui reste, cl fi?ra, pour ce qui eu est tombé, ce que nous venons de marquer* S'il ucn reste plus dans le calice, il y versera du via et de feau , qu'il ofiVira au moins inentalemenl , et qu^il consacxera ensuite , en commençant par ces paroles : Simili modo , etc.

Si le prêtre vomit la sainte Eucharistie, et qtie lei espèces paroissent entières , il les reprendra respectueusement, dit la rubrique, s'il peut le faiie sans soulèvement de cœur ^ s'il y a de la répugnance, il doit les séparer et les déposer dans un lieu sacré jusqu'à ce qu'elles soient corrompues ;; alors il les jettera dans la piscioe* Si les espèces ue paroissent pas , il faudra

34^ Du Sacrifice

brûler ce que le prêtre a vomi , et en jeter les cendres dans la piscine.

Si rhostie consacrée ou quelque particule de cette hostie est tombée à terre, il faut la reprendre avec respect, nettoyer Tendroit où elle est tombée , et même le racler, en jetant ensuite dans la piscine ce qui a été raclé. Si elle est tombée bors du corporal, sur la nappe de l'autel ou sur quelque linge, il faudra bien laver cette nappe, ou ce linge, et jeter Teaa de cette ablution dans la piscine*

Lorsque le prêtre omet quelque chose des rubriqua de la première partie de la messe, comme de dire le Gloria in excelsis , le Credo , ou la commémoration d'un Saint , dout on fait mémoire à roflice , et qu il s'en souvient pendant la messe , il doit continuer sans rien répéter; quant à la commémoration oubliée, il en dira la secrète et la post-communion.

Si Ton apporte au prêtre qui célèbre , une hostie à consacrer pour communier quelqu^un , et que ce soit après Toblation, il peut la recevoir et en faire Toblation mentale, pourvu toutefois que ce soit peu après Toblation : car si c''étoit , par exemple, après avoir commencé la préface ou le canon, il ne devroit pas la recevoir pour la consacrer.

Nous renvoyons les prêtres à la lecture des rubriques et des auteurs qui en ont traité, pour s^'nstruire à fond des règles qui regardent les rits et les cérémonies de la messe ^ ils doivent étudier ces rubriques avec grande attention^ pour éviter beaucoup de fautes et d'irrévérences que plusieurs prêtres commettent tous les jours en disant la messe.

Sans vouloir entrer dans les differens sentimens des docteurs sur la nature du péché que commet un prêtre qui n'observe pas toutes les rubtiques, après ce que rons en avons dit ci-devant , nous nous contenterons d'exposer les règles suivantes.

Lorsqu'on lit dans les rubriques ces expressions gre^

BB "Lk MeSSB. 343

çissime OU graviter peccat ^ elles imposent obligation sous peiue de péché mortel. Ainsi, selon les rubriques qui regardent les défauts qui peuvent arriver dans la célébration de la messe, on tie peut, sans péché mortel : 1 . consacrer dans TEglise latine du pain fait avec du levain ^ 3. consacrer du vin qui a commencé à s'aigrir , à se corrompre, ou qui est tant soit peu aigre, ou du raout Douvellement fait 5 ou consacrer sans eau , ou avec de l'eau artificielle; 3. ajouter quelque chose à la forme, quoiqu'il n'en change pas le sens 5 4* célébrer, étant ué d'une excommunication , d'une suspense, d'une ir« régularité, ou avec quelqu'aulre empêchement canonique ^ 5. célébrer en état de péché mortel , sans se confesser , le pouvant faire ; 6. célébrer en état de péché mortel sans s'être excité à la contrition, ne pou-^ vant se confesser 5 7. Célébrer sans recevoir les deux «spcces , hors le cas de nécessité où l'on scroit obligé de continuer la messe qu'auroît commencé un prêtre ^ui, ayant reçu le précieux corps, seroit mort sans avoir pris le précieux sang, qu'il auroit laissé sur l'auttl; ainsi qu'il a été dit ci— dessus. Le prêtre célébrant doit communier sous les espèces même du pain et du vin qu'il a consacrés : ce seroit un péché mortel d'agir autrement.

Lorsque les rubriques parlent de ce qui appartient i lesseuce ou à l'intégrité du Sacrement ou du sacrifice . telles que sont celles qui parlent dn pain et du ^in. delà forme , de l'intention du ministre , de la consécration et de la consommation des deux espèces^ ou lie peut les omettre volontairement sans péché mortel. Les docteurs regardent encore com m unénien'f comme obligeant sous peiue de péché mortel, les rubriques qui défeadentde célébrer dans un lieu prohibé ^ celles qui Concernent la pierre sacrée sans laquelle on ne peut célébrer, la lumière qui doit être sur Tautel pendant '^ messe, Theure à laquelle on peut la dire, le jeûne ^Vam de célébrer, le servant qui doit assister le

344 ^^ Sackifice

prêtre à la messe, le missel, le calice, la- patène, le corporal et la palle , dans lesquels oa ne peut célébrer ; la récitatioa entière et secrète du canon , la pre« mière purification avec le vin, le nombre, la propreté , la forme entière et la bénédiction des orDemons sacerdotaux dont ou doit être revêtu en célébrant* Pour connoître tout ce que les théologiens regardent comxnunéiùent dans les rubriques, comme obligeant sous peine de péché mortel , il faudroit lire les auteurs qui ont écrit sur ce sujet, et tenir un juste miliea entre ceux qui ont outré la matière et ceux qni Font traitée trop légèrement.

C'est un précepte formel de se servir du ^via s la messe pour la première ablution ou purification ; on y est encore obligé par la coutume générale de TEglise. S'il n'y a pas aussi un précepte dair el formel de se servir de vin dans la seconde ablution , on y est au moins obligé par la coutume générale de l'Eglise, contre laquelle il n'est pas permis à aucun prêtre d'agir: elle a force de loi.

Ou ne peut, sans se rendre coupable d^un grand péchf^ omettre volontairement les choses qui ne sont quaccidentelles au saint sacrifice. Cela doit s'entendre àt la célébration ordinaire, et hors certains cas d'uuené cessitQ extraordinaire, où il a été dit ci-dessus qu'un prêtre peut laisser la messe sans l'achever.

Enfin, on doit encore observer cette règle générale sur les rubriques qui regardent les cérémonies de la messe : que quand elles n obligeroient que par voie da simple direction, il est plus^ùr de s y assujettir et d< les suivre; qu'il ne faut pas les négliger î et quec^ seroit un péché grief de les omettre par mépris :ory Il est dilËcile de ne pas regarder comme mépris, ïor mission volontaire et continuelle, ou même fréquente et ordinaire de ce qui est prebCiit par les rubrique) sur-tout di Ton a heu d'eu craiudie du :»caadalet

DE LA Messe. i^S

De la Messe de Paroisse , et de Vobligation dy

assister.

\J^ appelle messe de paroisse, celle qui se célèbre chaque dimanche ei chaque fête par le pasteur ou auire prêtre en sa place, dans Vëglise de la paroisse^ pour et au nom de toute la paroisse assemhice. Cest le peuple qui s'unit à son pasteur pour rendre à Dieu ses hommages, pour offrir Jesus^Christ, et s'offrir avec Jésus-Christ en sacritice. C'est- là que se font les ins<tructions publiques^ c'est «là qu^on publie tout ce qui est à publier \ c'est-Ià qu'on apprend des choses qu'il faut savoir, et qu'on n'apprend presque jamais ailleurs. Rieu n'est recommandé plus souvent, et avec plus de soin dans chaque siècle de r£glise,que fassislance assidue à ces saintes assemblées.

L'institution de la messe paroissiale est aussi ancienne que les apôtres : car nous iisons, au second chapitre de leurs actes , que les premiers chrétiens s'assembloient souvent pour prier, entendre la parole de Dieu^ et rompre le pain; c'est-à-dire, pour offrir le saint sacrifice, et j participera la divine Eucharistie» Saint Ignace, martyr et contemporain des apôtres ^ nous apprend dans sa lettre à saint Polycarpe , que tous \^^ fidèles y étoient appelés ^ de quelque condition qu'ils fussent. Saint- Justin, qui vivoit au second siècle, nous dit, dans sa seconde apologie, que le jour du soleil, c'est^'à-dire, le dimanche, tous les fidèles,, soit de la ville , soit de la campagne , s'assembloient en même lieu \ qu'on y lisoit a abord les écrits des apôtres et des prophètes^ que celui qui présidoit, faisoit ensuite un discours pour instruire le peuple et l'exhorter à pratiquer ce qu'il venoit d'entenare , après lequel tous se levoient et prioieni ; que, la prière finie^ OA oilroit du pain j du viu et de l'eau \ que celui qui

346 Du Sacrifice

présidoit faisoit endore des prières et dès actions' de grâces, auxquelles le peuple s'unissoit en disant. Amen. Après quoi Ton disiribuoit *à tous ceux qui étoient pre'sens, ce qui a voit été consacré pour y participer ) on en envoyoil aux absens par des diacres^ on fai-^ soit une quête , chacun donnoit selon son moyen \ on remettoit ces aumônes enlre les mains de celui qui présidoit, et il a voit soin de les employer pour secourir les orphelins, les veuves, les prisonniers^ et tous ceux qui étoient dans la nécessité.

Tertullien , dans son apologie de la Religion chrétienne, rapporte la même chose des «assemblées des rremiers chrétiens ; à l'exception de la célébration de Eucharistie et de la communion des fidèles ^ dont on ne partoit presque jamais ouvertement aux Païens. U est aisé de recounoitre dans ces précieux monumens de l'antiquité , une description assez exacte de la messe de paroisse.

Ces saintes assemblées entretenoient la ferveur des premiers chrétiens 5 ils y v^noient avec empressement , et y prenoient des forces ponr le martyre \ ib en sortoieut comme des lions pleins de feu , devesns plus terribles à leurs ennemis par une vertu toute divine qu'ils y puisoient.

Mais cette première ferveur ne subsista pas long* temps dans tous les fidèles. Le nombre des chrétiens s'augmenta prodigieusement ^ dans cette grande multitude il y eut beaucoup de tièdes et de lâches. Pour arrêter le cours de ce relâchement, TEglise se crut obligée d'user de son autorité et de faire des ordonnances fort sévères, pour empêcher qu'ion ne s^absentât sans nécessité de ces assemblées où Ton célébroit iei saints mystères.

Le concile d*EIvire, en 3o5, et celui de Sardique, ea 347, ordonnèrent que ceux qui manqueroient pendant trois dimanches à venir à l'église et à se trouver à rassemblée des fidèles , seroient excommimiés» Ce derûicc

DE LA Messe. 347

rapporte son décret comme déjà fait par le concile de Nicee. Celui de Gangres, (can, 6.), celui de Laodicéé {c€m. 19) ont établi la même obt^ation, ainsi qu6 celai d'Agde, en 5o6 (caru 21 ).

Le concile de Constaniinople, tenu en 69a dans le palais de Tempereur, (m Trullo)^ s'explique ainsi làdessus. ( Can. 80 ). Un laïque^ qui sans aucune néces* site considérable on a//aire importante^ qui puissent FexciÂser dune longue absence de son église^ mais (jui demeure en ville , et ne vient point à rassemblée \ par trois /ours de dimanches en trois semaines , quil soit excommunié.

L'obligation d'assister à la messe de paroisse se trouve encore établie par un concile de Nantes, que l'on croît tenu en 896 ^ et qui porte l'exactitude jusqu'à vouloir que le curé avant de commencer la messe, preiuie garde s'il n'y a point dans l'église quelque personne dune antre paroisse, pour la renvoyer à son propre pasteur, à moins qu'elle ne soit en voyage ou arrùlée par quelque procès.

Le concile de Ravenne, en i3i i, ordonne à tous les fidèles d'assister chaque dimanche à la messe de pait)isse entière; et que ceux qui y manqueront, après trois monitions, soient excommuniés.

Le pape Sixte IV, en 14^4^ ^ Toccasion du différend survenu entre quelques curés et des réguliers, regarde la discipline d'aller à sa paroisse, comme une ancienne pratique deTEglise; il défend aux religieux de prêcher contre l'obligation d'assister à la messe de paroisse : cette défense est insérée dans le corps du droit canonique. Pratres mendicantes , dit ce pape , non prœdicent , populos christianos non teneri missam in parochiis diebus/estis et dominicis audire 5 càm jure cautum ^it ilUs diebus. parochianos audire missam in eorum parochiali ecclesiâ , nisiforsan ex honestd causa ab ipsd ecclesid se absen tarent.

Lorsque ce souverain pontife ajoute qu'on peut uéan«

348 Du S\cKiFïctî

moins s^en dispenser, lorsqu'on a une cause bonnéle^ on ne doit pas prendre ces paroles dans uu sens étendu et sans restrictiouj eu sorte que toutes sortes de causci honnêtes soient une excuse logilime pour ne point assister à la messe de paroisse^ autrement il auroît donne aux fidèles, dans la pratique ei dans Texécution de la loi, un moyen pour n'aller que rarement à leurs paroisses; et il auroit rendu inutile ce qu^il dit, que cette obligation est de droit commun. Ces termes donc ex honestâ causâ^ sjîjuifient qu'on peut se dispenser d'assister les dimanches à sa paroisse, quand on en a ufl empêchement honuêle et légitime.

Le concile de Sens, en 15^4) ordonne de dénoncer au promoteur, pour être punis, ceux qui manqueront pendant trois dimanches consécutifs, à assister à la messe de paroisse.

Le concile de Chartres, en i5a6, ordonne U même chose.

Le concile de Narbonne, en i55i ^ ordonne quetoui les cures avertissent au prône leurs paroissiens, d'as^ sister chacun d*eux , avec toute leur famille et leun domestiques, à la messe de paroisse, au moins les diman^ ches; et, que s'ils y manquent, ils seront excommuniés-

Le concile de Bordeaux, en i5d3, veut quelescoréf avertissent leurs paroissiens d^assister à la messe de pa* roisse, leur disant que suivant les anciens canons os mérite Texcommunication , quand on s'^en absente pendant trois dimanches consécutifs. Et, afin que ce règlement soit observé partout avec plus d^exactitude , ce concile veut que les confesseurs interrogent leurs pénitens, pour savoir s'ils ont manqué à cette obligation, afin qu'ils s'acquittent sur cela de leur devoir plus exac* tement, quand le confesseur leur représentera la grié-- Teté du péché que commettent ceux qui s^absentent de la messe de paroisse sans nécessité.

Le concile de la même province, en 1624^ ordoDD^ la publication de cet ancien décret tous les dimaucbe^i

HE Là. Messe* 3^9

i , sur pcÎDe de su^peuse ipso facto , et d'ih- IX confesseurs, aux piedicateurs, cl aux pro« n théologie, d'enseigner, ou de conseiller rien aire à ce même dtfcret, eu public ou ea

icile de Tours en 1 583, renouvelant les anciens es saints Pères, commande étroitement à totis cun des fidèles chrétiens, d'assister tous les limancbeset de fêtes à leurs messes paroissiales ^ SjS^ilss^absentent par troisdimanches consécutifs^ èchement légitime, il déclare qu'ils encourent I portées par les saints canons, dont les curés jueront pas de les avertir souvent, icile de Bourges, en 1584) ^^"^ 9"^ ^^ fidèles ertis par leurs curés et par les prédicateurs^ gation qu'ik ont de se trouver souvent aux t aux instructions publiques dans leurs pa^ ur-tout les dimancbes et les grandes fêtes. >eut ajouter à ces conciles, ceux de Rheims, ea e Rouen en i58i , de Toulouse en iSpo^ ; en 1596, qui tons ont recommandé comme t principal de la discipline ecclésiastique, la

des fidèles à la messe paroissiale.

1 est sur-toot nécessaire de faire quelques ob-

s sur ce que le concile de Trente a ordonné

Gomme ce concile est reçu en celle matière, loit servir de rcgle en celte occasion, il esi it, d'en connoître parfaitement fesprit, ei de laUté est Tobligatiou d^assister à la messe de

nt concile parle, en plusieurs endroits, de la paroisse. Voici ce qu'il ordonne aux évequcs: j. in décret, de observ. et vit. in cclebr. mis). iront les peuples d'aller souvent à leurs pa-^ au moins les dimanches et Jours de grandes ?55. 24. cap. 4* de reform. ). Uévéque avertira ?c soin le peuple que chacun est obligé daf'^

35o Du Sacrifick

sis ter à sa paroisse^ si cela se peut faire cômmo* dément^ pour y entendre La parole Ae Dieu. Ce concile enjoint aux curés d'expliquer aux peuples en langue vulgaire, au milieu de la grand'messe ou du service divin... tous les jours de fêtes ou solennels ^ le texte sacré et les avertissemens salutaires Quijr sont €on* tenus ^ tâchant de les imprimer dans le cœur de tous les fidèles , et de les instruire solidement dans la loi de Notre-Seigneur (Sess. 24. cap. 7. de reform.). Le même concile avoit dit auparavant {Sess. aa. cap» 8. de sacrif. ) que les cures et autres ayant charge d*âmes expliqueroient ou feroient expliquer par d'autres^ au milieu de la célébration de la messe, quelque chose de ce qu'on y auroit lu.

On doit unir et joindre ensemble ces textes de ce concile, pour en mieux comprendre la pensée. Saiot Charles, qui a possédé parfaitement Tesprit du concile de Trenie, et qu'on peut regarder comme en étant le véritable interprète, les a unis dans son sixième concile de Milan. De tous ces textes, on doit conclure avec ce saint cardinal, que le concile de Trente a voulu que les fidèles fussent non-seulement avertis par les évéqoes de fréquenter leur propre église paroissiale, au moins les dimanches et jours solennels, mais il a fait voir encore soigneusement que chaque chrétien est oblige^ lorsqu'il le peut cominodément, d'assister à sa paroisse pour y entendre la parole de Dieu^ c'est pourquoi ce saint concile a de plus ordonné aux pasteurs , et à tous ceux qui ont charge d'âmes , d'exposer au peuple, durant la solennité de la messe, quelque chose de ce qui s'y lit j d'expliquer quelques-^uns des mystères de cet adorable sacrifice ^ d'y repaître les fidèles commis à leun soins de la parole de Dieu, et de les instruire de tout ce qui est nécessaire au salut \ de leur enseigner la loi du Seigneur, de leur expliquer les saintes Ecritures; et d'apprendre aux enfans les pj^incipes de la foi ^> christianisme.

BE LA MiSSH. 35l

Uon ne peut pas dire que le concile de Trente n'impose point une obligation véritable aux fidèles d^assiiter à leur messe de paroisse, et qu'il veut seulement qu'ion les y exhorte et qu'on les avertisse: car le terme moneant^ dont il se sert, ne signifie pas toujours ua simple avertissement, mais suppose souvent une véritable obligation et un devoir, dont on avertit les per« lounes de s'acquitter. La raison pour laquelle il s'est jcrvi du mot iï avertissement^ et non d'un autre qui tnarqiieroit davantage robligatiou d'assister à la messe de paroisse, est qu'il a voulu faire voir qu'il ne fiisoit point une loi nouvelle, puisqu'il la trouvoii établie par les conciles, confirmée par un usage de tout temps , depuis le commencement de l'Eglise. Le concile de Trente a donc voulu seulement recommander la pratique ^e cette loi, et enjoindre aux évéques d'y veiller avec soin et diligence.

Comment croire que ce concile, auquel le Saint—

^prit a présidé, ordonne que les évoques avertissent

» fidèles d'une chose qu'ils peuvent omettre, et qu'il

lisse à leur volonté de faire ou de ne pas faire P Si

Ja étoit, les évêques ne pourroieut pas les y con—

liodre par voie de censures: c'est néanmoins le pou—

îr que le concile leur donne, {sess. 22. in décret.

obs. et vit. in celebr. miss. ) pour obliger les fidèles

îur messe de paroisse : censuris ecelesiasticis , aliis-

'pœnisquœillorum arbitrio constituentur^fidelem

ulum compeltant. Elle est donc d'obligation.

orsque ce concile a dit qu'on étoit obligé d'assister

!nesse de paroisse quand on le pcMt commodément^

pas voulu dire que , s'il étoit plus commode à un

ssicn d'entendre la messe ailleurs, il le pourroit,

te si l'on de voit regarder l'Eglise de la paroisse

le comme une église indifférente, dont on eût la

de s'absenter, pour en choisir une autre quand

t plus commode d'y aller. Le concile de Trente

Il institué de comparaison ^ il s'est expliqué d'une

35a Du Sacripicc

manière pasîiîve î ubi commode fieri potêrit j t^esC-4^ dire, quand un paroissien ne sera point légitiuiemenl cmpe cné ^ comme s'il avoil quelque ^ovBge pressé et nécessaire, que les chemins tussent difficiles poor se rendre à rëglise paroissiale; en un mot, qu'il neseroit point oblige au préjudice notable de sa santé, de ses afiaircs et même des devoirs pressans de charité , ou de justice envers le prochain. Quand le concile n^aoroit pas mis celle exception y on Tauroit toujours soQs-entendue, vu qu'ordinairement les lois ecclésiastiques n'o* Ltigent point dans ces occasions^ à moins qu^il ne se re?)contrât quelque circonstance qui en renaît robli* galion plus indispensable. C'est donc à chaque fidèle à se juger soi-m^'^me sur les raisons qui Tempêchenl dW sister à la messe de paroisse, sans se flatter, agissant sincèrement et avec une conscience droite*

L'ordonnance du concile de Trente sur l'obligation d'assister à la messe de paroisse, regarde et la messe et les instructions qui s'y font. La messe de paroisse est comme un tout composé du prône et du sacrifice, lequel est la principale partie de la messe, comme étant la source de toutes les erâces que reçoivent les fidèles, et ce que nous avons ae plus grand dans la Religion: d'où il suit que l'obligation ne tombe pas moins, pour ne pas dire davantage, sur l'assistance à la messe de paroisse, qui est un sacrifice qu'on offre en commtniy que sur la parole de Dieu qu'on y explique. G^est ainsi que saint Charles interprète les intentions du concilfr

En ed'et, selon Tuncienne discipline, la prédication se faisoit après l'Evangile : la prédication finie, Ton continuoil la messe ^ et cela pour obliger les fidèitf d'entendre Tune et l'autre. Le concile de Trente {sess* 32.) suppose cet usage, qui se pratique encore aujou^ d'hui dans plusieurs diocèses, et singulièrement dattf celui-ci. Il suit de-l^, i. que, comme le dit saint Charles, être obligé d'assister les dimanches à sa pt'

roisse , c'est être obligé d y entendre la sainte mess^ ^

DB Là Messe. 393

la parole de Dieu ^ de sorle que ce sont deux choses qu^on suppose ordinairemeot joinies. 3. Que cette pasple de Dieu s^entend proprement des instructions qui se font inter missarum solemnia^ selon le concile, et noo dans un autre temps qui ne seroit point à peuples celui de la messe. .

II doit donc demeurer pour constant que, par le cODcile de Trente, il y a obligation d'assister à la messa de paroisse. Il est vrai que le concise ne marque point combien il faut avoir manqué de dimanches à la messe de paroisse, pour que les évêqnes puissent y contraindre \es fidèles par censures^ mais Ton ne peut pas conclure de-*là que les anciens conciles, avant le concile de Trente , et que les conciles particuliers qui se sont tenus depuis , n'aient pas pu fixer cette absence à trois di** manches. Il suflisoit à ce concile de marquer qu^oa étoit obligé d'assister tous les dimanches à la messe de \ paroisse, en laissant aux évêques, soit dans les conciles

Provinciaux, soit dans les Rituels, à d<îterminer le nomredes absences pour être punis de cemitires, ou autres peines qu^ils jugeroient à propos. Ainsi, il ne faut pas s^étonner si les conciles particuliers qui ont suivi le concile de Trente, comme plusieurs de ceux qui Tont précédé, marquent de cette manière l'obligation d'as— <iâter à la messe de paroisse.

En réfléchissant attentivement sur ce qti^ont dit les

conciles et saint Charles sur cette question , on ne

croir apas aisément , que toutes ces autorités ne tendent

fik exhorter seulement les fidèles d'assister à leur messe

e paroisse^ on doit au contraire légitimement inférer^

3uil y a une véritable obligation fondée sur une traition ancienne de TEglise.

Ce qui confirme encore ce devoir des paroissiens à l'igard de leur messe de paroisse, est Tobligalion naturelle do pasteur envers ses ouailles: car, si c'est un devoir au pasteur de les connoitre,et une obligation ^ui lui est recommandée par tant de conciles tit da Tomel. Z

354 Du Saciiific£

stattits, par J^sus-Christ lui-même) il ne peut satisfaire à cette obligalion qu'on n^en suppose une autre de la part des ouailles, de se joindre à leur pasteur et d*en venir recevoir la pâture spirituelle. S*il j a tin jour où elles doivent s'assembler pour apprendre les moyensde leur salut, c'est le jnur de dimanche, suivant Tordre saintement observé depuis les apôtres jusqu'à nous.

Il est nécessaire d'obseiTer, que l'obligation d'assister à la messe de paroisse est une chose grave et trèsMin* portante, et par conséquent que djr manquer n^estpas un péchc loger. Saint Charles , dans le sixième concile de Milan, dit) que d'assister à sa paroisse , et à la messe qui s'y dit les dimanches et aux jours de fètes^ a ete estime autrefois par les anciens Pères de TEglise une chose si considérable et si utile pour le peuple chrétien, qu'on examinoit, avant de commencer la messe paroissiale, s'il n'y avoit point de paroissien étranger pour le renvoyer à sa paroisse.

Il est vrai que cela ne se pratique plus aujourd'hui; mais ce qui est encore en usage en plusieurs endroitSf est que, quand on dit la grand'messe et le prône, i( est du bon ordre de ne point célébrer de messes particulières, atin, disent les conciles, et, comme portent aussi plusieurs statuts synodaux , qu'on ne soit point détourné de la messe paroissiale : cela fait voir qu'on a cru dans TEglise^ que l'obligation d'assister à la messe de paroisse n'étoit pas de peu de conséquence. Cest

Êour ne point détourner le peuple des solennités puliques des paroisses , que le concile de Sens de l'anuée iSaS, ordonne que personne ne présume de célébrer la messe les dimanches, avant la messe paroissiale et avant le prône. Le concile de Cologne, en i556, dîlh même chose. Saint Charles ordonne dans le premieî concile de Milan qiie, si les messes qu'on célèbre aviot la messe de paroisse, empêchent de l'entendre, on n^ les dise qu'après. On trouve la même ordonnance daoi plusieurs statuts synodaux. En plusieurs diocèses , lorf

DE LA Messe. 355

qi/on accorde des permissions dç célébrer dans d(^ chapelles privées^ il y esl réj^lé^ comme dans celui de Toulon, qu'on ny dira la messe les dimanches et les fèces qu'après la messe de paroisse ^ et si les évoques accordent ces permissions, ce n'est ordinairement que quand on ne peut pas commodément aller à la paroisse, et sous des conditions qui n'exemptent point entièrement les particuliers de Tassisiance à la messe parois-. sîale. On cite même une bulle du pape Innocent lY , qui défend aux réguliers de prêcher dans leurs églises, les jours de dimanches et fêtes, avant que les grand* messes soient achevées dans les paroissses.

Mais pour montrer par des raisons essentielles et fondamentales, prises, pour amsi dire, de lanature ou plu« tôt de riustitution de la messe de paroisse, l'importance de l'obligation d'y assister, il faut examiner quelles sont celles qui ont donné lieu à son institution , quelle est Tiitilité de la messe de paroisse, quels sont ses avantages par rapport aux fidèles. Saint Charles, qui avoit ce devoir de la paroi&se extrêmement à cœur, comme étant une chose conforme, disoit-il, aux décrets des anciens conciles et à celui du concile de Trente, con- )nreses suflfragans, par tout ce qu'il y a de plus sacré et de plus saint dans la Religion, de soutenir cette pratique dans leurs diocèses^ il supplie les fidèles de wn diocèse et de sa province de Milan, par les entrailles de la miséricorde de Jésus-Christ, de se rendre fréquemment eu leurs églises paroissiales ^ au moins les jours de dimanches et de fèics solennelles, quoi— ^a'ily ait dans leur voisinage des oratoires, des chapelles et autres églises où ils puissent assister au saint sacrifice de la messe. Il falloit donc que saint Charles Regardât l'assistance à la messe de paroisse comme Pol>ligation en matière importante , puisqu'il se servoii, . pour y exhorter, de termes aussi forts : per i^iscera ^isericordiœ Jesu Chrisli obsecramus atque ohtes^

356 Du Sacrifice:

Cest dans les paroisses^ selon ce saint cardinal ^ qn€ les peuples sont nourris de la parole de Dieoy des principes de la foi chrétienne, et qu'ils sont instruit! des autres choses nécessaires au salut , par le curé chargé de leur conduite ^ là ils apprendront les dispo^ sitions pour recevoir les Sacremens avec plus de frail et de piété ^ et ils seront encore excités de jour en joui par les exhortations paternelles de leur pasteur , den approcher fréquemment. On leur apprendra de plus les fêtes qu'il faudra solenniser^ s'il s'en rencontre dans la semaine^ s'il y a des jeûnes à garder^ quek sont les devoirs que la piété chrétienne demande d'eux \ quelles

Processions ou stations, quelles prières, quelles publications de mariages, etc. s'il y a par rapport aux occasions présentes et du temps, quelque chose dont l'évèque veuille les avertir, ou qu'il commande, qui soit plus utile et plus salutaire pour letir conduite et kui instruction.

Saint Charles, dans le sixième concile de Milan, ùAt

le détail des maux qui arrivent de la négligence de

la messe de paroisse ^ il dit qu'elle est la canse qu^on

i^^Dore souvent les devoirs les plus essentiels de la piéit

ciirélienue^ et c'est pour remédier à tous ces mauï

considérables et à de si grands inconvéniens, qu'il ai

qu'il faut qu'un chacun ait grand soin de les p^

venir ^ en suivant ce que V autorité des saints Pèrts

nous recommande^ et ce dont le concile de Trente

a voulu que nos pasteurs^ qui doivent avoir soind»

salut de ceux qui leur sont confiés , les avertissent

La seule instruction touchant la doctrine chrëtienne

que les curés doivent faire à la messe de paroisse^

suffît pour montrer qu'il est très-important aux paroif*

siens d'y assister. En effet, une des plus utiles cbos^

que l'Eglise ait faite, ou que les apôtres aient institaé^j

est la messe de paroisse : car, par ce moyen, qui paroi|

irès-eflicace , nen-seulement l'on unit les ouailte*

leur pasteur, mais encore on donne au pasteur oc-

DE LA Messe. 357

casîon de leur enseigner les vériie's de la foi , el de préserver par-là leur esprit de Terreur et de ce qui pourroit être opposé à la Religion. C'est dans Téglise

1>aroissiale, disoii un saint archevêque de L^oq, dans e çf siècle, quil est recommandé au peuple chrétien^ ^offrir une partie de ses biens ^ comme décimes et prémices ; c^est dans ce lieu que le fidèle entend assidûment la parole de Dieu, quil apprend ce quil doit faire et ce qu'il doit omettre ^ c'est l'endroit choisi où il doitjaire ses vœux et ses offrandes^ répandre son cœur devant Dieu^ et chercher Us suffrages des Saints-.. Ce règlement ecclésiastique^ qui Tenferme le devoir à sa paroisse et les avantages (ju'on en reçoit , est légitime et selon l'esprit de la Religion} cest une coutume ancienne des fidèles ^ par ou l'on se défend de la vanité des nouveautés , et Von en coupe la racine ; c'est l'ancien et le droit chemin pour conserver la doctrine évangélique et apostolique^ dans laquelle on a été instruit.

Cest donc nn moyen sûr pour conserver la foi dans 'esp/ii des fidèles, que de les obliger d'êlre assidus à la ^esse de paroisse j aussi voil-on par ex])érience, que les familles dont les chefs au moins assistent ordinai— ''ement à leur paroisse, sont mieux instruites dos vé— rtiés de noire Religion , et d'ailleurs plus ré{;lécs. Il est Vrai que cela oblige d'un autre côlc les qwvô.s à fairo <|ue leurs prônes so?fent (\qs insîruciions solides, qui «contiennent les vérités de la foi et de la morale chrétienne, et non des discours polis el ornés qui sont peu Utiles aux fidèles; et que souvent ils comprennent moins, que si c'étoient des instructions paieruelles et plus familières.

Il ne faut pas dire qu'un paroissien qui n'ignore pas les vérités de notre Religion, n'est point obligé d'asrister à la messe de paroisse. Le concile de Trente (se55. 34. c. 4- de réform.) ne fait point d'exception^

358 Du Sacrifice

ei parle ^inérBlemeni: uniimquemque teneri parochîa suer intéresse^ ad audiendum verbum DeL

D'aiiienrs. il y a d'autres choses qu^un paroissien doit savoir, que ceux même qui savent les vérités de la Religion ignorent, et qu'oa apprend en assistant à la messe ae paroisse, comme sont les annonces, et les dillcrenies publications. Ajoutez à cela, que la messe de paroisse est une prière commune des fidèles réunis sons un irK* me [>;)sieur , laquelle en cette qualité est plus caprihle dobienir de Dieu ce qu'on lui demande, non— seulement parce quVlle est laite en corps, et conime pour faire violence au ciel, violence qui est agréable à Dieu, dit TerluIIien^ mais encore parce que ces |>iières, étant faites dans loidre de TEglise, qui a as^ij^ti^ à chaque troupeau son pasteur, et le jour où il doit s y réunir ordin;iii ement, méritent que Dieu exauce robéissance que les fidèles rendent en cela a leur MèrCr Knfin, pour convaincre davantage ceux qui prétend<Mit n'être point obligés d'assister à la messe de paroisse, parce qu'ils n'ont pas besoin d'être instruits des vérités chrétiennes qu'ils savent d'ailleurs , oo dort considérer que, sans parler de l'obligation qu'ils ont d'assister à la mçssit de j croisse pour rédification des autres^ ces vérités chrétiennes qui sont nécessaires a» sah't , font toute une autre impression dans fâm^) uand elles sont annoncées et expliquées par la toit 'un pasteur légitime, dont le zèie jointà la bounevie^ anime le discours, que ne fait une simple connoissauce et une vue spéculative de ces mêmes vérités qu'on aura apprises dans les hvres ou d'autie part. Un pasteur qui connoit son troupeau , et les engagemens de chacun de ses paroissiens, peut bien plus facilement, dans ^ instructions paternelles et familières, descendre, sans désigner néanmoins personne, dans un détail desobli* gâtions de chaque étal, et marquera ses paroissiens ce q-n est à faire ou à éviter dans chaque condition, qu^ les autres prédicateurs ordinaires , dont les discours sont

; font à la messe paroissiale, est uiui dos rai.uMis porlé TEglise à IcHiblir, cv>{ une pieiivc ai::.; i uitc que ce iiesl pas une Ijîite lir^cre dy niaiifjucr. m n'est plus pro()re à couiiimer tout ce qui vient dit sur l'importance de I ohligatiou de la messe roisse, que les peines ordonnées contre ceux qui [uenl d'obéir à ce commandement. Pourquoi pluconciles de ceux qui ont été cités ci— dessus ^ soit le concile de 1 rente, soit aprcs^ ont-ils ordonné ioe d*6XCommunication contre ceux qui manque— t trois dimanches de suite ^ sans aucune excuse lé- 6} à la messe da paroisse f Pourquoi voit— on une grande partie des Rituels de difTérens diocèses, ter quelque peine griève , ou donner lieu de conide la manière dont ils s'expliquent, que ceux qui, ^cuse légitime, s'absentent tiois dimanches de la i de paroisse^ commettent un grand péché F ins le grand nombre de Rituclb ou de statuts sy ux, particulièrement de TEglise de France, soit ,j soit après le concile de Trente ^ on \oii, ou e:icommunient ipso facto , les paroissiens qui , excuse légitime, manquent trois dimanches con— lÊ à leur messe de paroisse; ou qu'ils menacent ommunication ^ ou qu'ils parlent eu général des is portées par les canons, contre ceux qui ne sait pas à ce devoir ; ou qu'ils font connoitre suffi-* lent, que labsence de la messe de paroisse pen— trob dimanchei , est une matière nécessaire de ission.

r, les conciles et les Rituels condamnent la déso«»

36o Du Sacrifice

béissante au commandement de TEglise^ sur l'assistance à la messe de paroisse, comme une transgression, qui par elle-même est une faute notable^ car ces censures et peines ecclésiastiques que Ton impose, Ou que les évéques ont droit d'imposer^ supposent ordinairement des fautes mortelles.

On ne peut pas dire qu^il n y a péché mortel de manquer à la messe de paroisse, que quand il y a du mépris ou du scandale: car ,ni les conciles, ni les Ri* tuels ne parlent de mé[)iis formel ni de scandale, en condamnant ceux qui manquent trois dimanches de suite h la messe de paroisse. Lorsqu^on ne pèche jamais contre une loi^ que quand c'est par mépris ou à cause du scandale, Ton peut conclure que la transgression de cette loi n'est jamais par elle-même une faute mor«telle, et par conséquent ne peut être pour lors punie de censure^ quand on la r^^itéreroit trois fois de suite; comme il peut arriver qu'on la réitère par une pure négligence, ou par on mauvais usage de sa liberté : ce qui peut se faire sans un mépris spécial et formel. Il

Saroit cependant qu'on excommunie, ou qu'on donne roit de punir de censures ou autres peines, ceux qui manquent trois dimanches consécutifs à la messe de

})aroisse. Nous disons même plus : Ton rendroit inutile e pouvoir qu'ont les évêques de punir par censures ceux qui manqijent à ce devoir, parce que leur mépris étant souvent intérieur et par conséquent caché, I on ne pourroit pas les punir, quoiqu'ils n'assistassent point à leur paroisse. De plus, à moins de vouloir que les lois ecclésiastiques n'ooligent que quand il jr a du mépris et du scandale, qui est l'erreur des hérétiques, on ne voit pas sur quel fondement on met de la différence entre les autres commandemens de l'Eglise, et celui d'asssister à la messe de paroisse. Car, si Ton peut pécher dans la transgression des premiers^ indépendamment du nu*pris et du scandale, on peut dire la même chose lie ce dernier^ si ce nest ^u'on veuille soutenir , que

BB lA Messi. 36i

)a madère du eommandement de la messe de paroisse est de peu de consëquence : ce qu^on ne peut avancer après tout ce qui a été dit ci-^dessus.

Si l'Eglise dans les conciles, ou les évêques dans dans leurs Ritoels, n'imposent des peines qu'à l'égard deceux qui manquent trois dimanches de suite à b messe de paroisse , ce n'est pas qu'il n^ ait point de péché dj manquer , quand on peut commodément y assister; cela prouve seulement la bonté et l'indulgence de FEgiise , qui ne punit pas dès la première fois la désobéissance de ses enfans , mais qui attend qo'ib soient tout-à-(àit rebelles: car. dès lors queTEglise impose la peine à raison de trois absences | comme étant la preuve de leur contumace, il est clair qu'il y a une transgression de précepte de TEglise en chacune de ces abstences.II ne faut aonc pas s'étonner si les évêques se sont si fortement opposés à ceux qui ont voulu détourner les fidèles d'assister à la messe de paroisse.

Les assemblées du clergé de France se sont en différens

temps expliquées solennellement sur cette question : on

peut voir les déclarations des assemblées de 1625^ de

i635 et de i645. Voici comme parle cette dernière.

La nécessité qu^ont les ouailles d'entendre la ^oiac

de leur pasteur ^ et le.pastenr de voir et de connoitre

son troupeau , ajant donné lieu à l Eglise dordonner

(jue les fidèles assisteront ^au moins de trois dimarwhes

tun^à leur messe paroissiale^ avec poussoir aux prélats

de les y contraindre par censures ecclésiastiques f

cette ordonnance doit être gardée soigneusement ,

tant pour rendre ce qu^on doit à sa propre église^

(jue pour y entendre le prône , la publication des

fêtes ^ des jeûnes , des monitoires et autres choses

(ju^on est obligé de savoir , et qui y sont enseignées.

Oest pourquoi il est défendu aux religieux d'en^

soigner aucune doctrine , de prêcher ni donner aucun

(conseil contre cela : et^ afin que le peuple n'ait aucun

tujet ni prétexte de n'assister point à la messe de pa-

36a Du Sacrifice

roisse , il est défendu aux religieux de prêcher ^ de faire des processions^ tenir des congrégations et des assemblées publiques en leurs monastères^ durant que se dit la messe de paroisse.

L'^asseuiblét; de 1 635 coudamna plusieurs propositions coutraires à roblijjalioii de la messe de paroisse, au pouvoir des conciles nationaux cl provinciaux, el à celui des ëvêques d'ordonner des peines ou censures ecclésiastiques contre ceux qui ne satisfont pas à ce devoir. Voici ces proposiiions ( Prop. 77. ). Personne îCest obligé en conscience d assister à sa paroisse^ dy faire sa confession annuelle , d'aller aux messes de paroisse , d'entendre la parole de Dieu , la loi diuine , les élémcns de la foi , et les règles de la morale (pion y expose et quon y enseigne dans les catéchismes ( Prop. 'jS. ). Dans cette matière^ ni les éi*éques , ni les corœiles , soit provinciaux , ^it na* tionaux , ne peui^ent porter une telle loi , ni punir ceux quijr manqueroient .^ d^ aucune peine ni d aucune censure ecclésiastique ( Prop. 79 )• On ne smiroit , en ^ertu du concile de Trente , obliger k peuple par des peines et des censures ecclésiastiques ^ daller à sa paroisse les jours de dimanches pourf entendre la messe ^ c est- à-dire y la messe de paroisse^ L'assemblée de 1700 a confirmé la censure de celle de i655,en condamnant de nouveau la doctrine de ces pro* positions comme fausse ^ téméraire^ scandaleuse^ conr traire aux saints canons^ au concile de TrerUe^ et à la tradition apostolique.

La faculté de théologie de Paris avoil dit à peu près la même chose, lorsque, par sa censure du a4 mai io64) elle condamna comme fausse et contraire au concile de Trente, cette proposition de Vernant: € Le peuple^ » en vertu du concile, ne peut être contraint par » censures et peines ecclésiastiques d'aller à sa paroisse » aux jours de dimanches 'pour y entendre la messe *

Oq auroit tort d'objecter que la coutume u'est plu^

DE LÀ Messe. 363

d*assister i la messe de paroisse , que la plus grande partie dcsfidèles ny assislenlpas, et qiïe par conséquent celte obligation n'a pas lieu aujourdoui: car le concile de Trente^ Ç^Sess. :22. Décret, de observ. et vit. et Sess. 24. ^. 4 ^^ Reform. ) en renouvelant lobliga-» tion d'assister tous les dimanches à la messe de paroisse^ a révoqua tous les privilèges et toutes les coutumes contraires : non obstantibus eocemptionibus ^ prwilegiis et quibuscumque consuetudinibus. Les raisons et les moti&qui ont portérEgliseà instituer la messede paroisse, et à en faire un commandement aux fidèles 9 sont trop considérables ) ainsi qu'on Ta expliqué^ pour ne pas regarder le motif de la coutume^ quelle qu'elle soit , comme un véritable abus et très- préjudiciable à Téglise*

D'ailleurs, Ton ne peut pas dire que celte discipline , qui est une des plus anciennes de TEglise, et que FEglise a renouvelée de siècle en siècle , ail cessé aujourd'hui d'obliger, puisque les Rituels marquent cette obligation, et ordonnent aux curés de la rappeler tous les dimanches dans leurs prônes. L'Eglise est donc censée réclamer contre celte prétendue coutume qui s'introduit, de ne plus assister les dimanches à la messe de paroisse. En effet , pour qu'un usage prescrive contre une loi , et en fasse cesser Tobligaliou , il faut qu'il soit l^ilime et raisonnable : c'est ce qui ne se rencontre point dans celte prétendue coutume : elle n'est pas raisonnable, parce qu'elle est préjudiciable au bien des fidèles^ elle n'est pas légitime, parce que les évêques s'y opposent par leurs statuts synodaux et dans leurs Rituels.

11 est difficile de ne pas reconnoître que , dans ce royanme, on a conservé l'observance de la discipline qui exige l'assistance à la messe paroissiale , et qu'on la regardée comme étant de tradition apostolique , et une des plus salutaires lois de l'église. Et, en eflîel, où il y a du danger pour les mœurs , et où il y a lieu que Terreur et la corruption n'infectent l'esprit

364 Du Sacrificb

et ne gâtent le cœur ^ rassistance à la messe de paroisse est un grand remède pour guërir le mal ou un bon moyen

{>our le prévenir ^ car on a vu que quand les peuples 'ont Dégligé, ils se sont abandonnés à se faire une piété ou une religion particulière, ou à n^en avoir aucune. C est ce qui fait dire à Hugues, évcque de Paris . dans ses statuts, en i326, que, de la négligence des fidèles à fi*équenter leur paroisse , les jours de dimanches et de (êtes solennelles , croit Vindévotiçn des peuples^ naissent les hérésies , s^étahlissent des péchés sans nombre^ per^ nicieujc et dangereux au salut des âmes , et aue c'est pour cela que ton voit tant de scandales publics.

On peut ajouter à tous ces maux et à l'ignorance des mystères et des devoirs de la Religion , dont il faut regarder le défaut d'assistance à la messe de paroisse comme la principale source^ on peut, dis-je , y ajouter encore la profanation des fêtes, Tinobservance des jeunes et des abstiuences,rittvaliditéde plusieurs mariages.

On s'est attaché de tout temps en France à cette discipline; parce qu'on a regardé comme une marque de catholicité ou ae profession de la foi catholique ,0 cette assiduité à la messe de paroisse, de la même manière qu'on regarderoil une personne qui fréquenteroi^ souvent les synagogues des Juifs ou les temples de^ hérétiques , comme faisant profession du judaïsme ols de rhérésie : car, comme Ton ne connoit point ce que chacun a dans le cœur , c'est par cette assiduité ï la paroisse, qu'on rend témoignage, comme par une action publique, qu'on croit ce que la Religion catholique

enseigne.

Il paroît en effet assez naturel que, dans les paroisses ou l'on a été fait chrétien en recevant le Baptême, 00 y aille^ et qu'on continue d'y aller pour se faire instruire (b ce qu'on doit croire et de ce qu'on doit pratiquer. C'est peut-être sous ce point de vue, que dans les capitulaires d'un de nos rois, les paroisses sont appelées baptismales ou oracles par excellence, pour nous insinuer, comme 1ère-

DE LA Messe. 365

marque un auteur qui a traité expressément cette ques* tion, que c^est dans ces lieux que l'on entend non^ seulement la voix d'un homme, mais celle de Dieu, en la personne du pasteur légitime, dont les instructions et les paroles doivent être respectées comme autant d'oracles. On est plus dans Tordre de TEglise eu demeurant dans sa paroisse ^ et dans cette occasion nous pouvons nous servir de la pensée de saint Cyprien , que TEglise n'est autre chose qu^un peuple réuni sous un pasteur, et un troupeau qui y demeure attaché. EccUsia est plehs sacerdoti adunata , et pastori suo gréa: adhœrens.

Les églises paroissiales sont plus recommandables que toutes les autres. C'est dans I église paroissiale qu'on administre le Baptême, qu'on fait la communion pas* cale 9 qu'on prend FEucharistie et l'huile des inSrmcs^ pour porter le viatiqueet administrer TExtrâme-Onction aux malades , qu'on bénit les mariages , et qu'on fait les principales et plus nécessaires instructions.

Si les confesseurs étoient plus exacts à instruire leurs pénitens sur l'assistance à la messe de paroisse, les lois de l'Eglise sur ce point , les ordonnances des évêques dans leurs Rituels, les avertissemens des curés dans leurs

Erônes seroient moins négligés. L'exécution de cette n si importante sur la messe paroissiale, regarde proprement les confesseurs^ ils doivent en avertir ceux qui se présentent à eux dans le sacré tribunal \ il n'y a guère qu'eux qui puissent entrer dans le détail des excuses que les paroissiens peuvent avoir , pour ne poiùt assister à la messe de paroisse. Un pénitent avoue plus sincèrement à son confesseur ses motifs et ses raisons , qu'à son évêque qui le poursuivroit 5 le confesseur peut aussi bien mieux juger de la validité ou de l'invalidité des excuses de son pénitent : il y en a qui sont légitimes et qu'il faut recevoir 5 il y en a , *w contraire , qu'un confesseur ne peut admettre. Il &y a, comme U a été dit ci* dessus, d'excuse raison—

366 Du SAcnincE

nable, selon Tesprit du concile de Trente, que celle qui vient d'un empêchement légitime d^uD paroissien, qui le met hors dëiat d'aller et dWister à la messe de paroisse.

Comme les pères et mères de famille, et tous autres qui sont chargés du soin de quelques personnes, sont obh'gcs principalement d'assister à la messe de paroisse les dimanches , afm qu ils puissent instruire ceux qui sont commis à leur conduite ^ les confesseurs doivl^nt être encore plus exacts à leur égard , pour les engager à ne pas manquer à ce devoir; étant chargés du salut de leurs pénitens , ils ne doivent pas par une I&che condescendance leur dissimuler ce qui est de leur devoir sur ce sujet; ils doivent se souvenir de ces paroles du concile de Bordeaux à cette occasion , que le pape Grégoire XIII. a confirmées. Sciscitentur confessariiZL à pœnitentibiis , an huic officia saiisfccerint / et gro"^ vitatem peccati^ ut ab eo arceantur ^ proponant.

En conséquence de ce que nous venons de dire su^ Tobligation d'assister à la messe paroissiale , ou nmm peut douter, suivant Tesprit des saints canons et d^^ concile de Trente, que les fidèles ne soient oblig&5 d'assister a leur paroisse les jours de dimanches et die fêles , lorsqu'ils le peuvent commodément , c'est-àdir^; lorsqu'ils n'ont aucun empêchement légitime; et l'on doit en conclure que ceux qui assistent aux messes des confi'éries ou des congrégations dont ils sont membres , ne sont pas pour cela exempts d'assister à leur messe paroissiale et à Tinstruction qui s'y fait.

Il est enjoint dans ce diocèse aux curés, d'instruire souvent leurs paroissiens sur cette obligation, d'exhoricr sur-tout les chefs de famille à y faire venir avec eux ceux qui la confiposent *, ou , s'ils ne le peuvent , à tâcher j du moins que tous y assistent alternativement d'un dimanche à Tautre. Ils représenteront à tous ceux cf\^ sont confiés à leurs soins, que celte obligation regarde encore plus en un sens les personnes d'une conuiûo^

DE LA Messe. . 36j

(liliis relevée, et qui sont au-dessus des autres, parce quVIIes sont plus obligées à donner bon exemple. Et^ afin que les curés aient lieu de rappeler souvent à leurs peuples Timporlance de cette obligation, il en est (ait menûon dans la formule ordinaire du prône, que Ton trouvera dans le Rituel du diocèse*

Il est encore défendu dans ce diocèse, à tous confes^ seurs, prédicateurs et professeurs, de prêcher, d'en-^ seigner aucune doctrine , ni de donner aucun conseil^ contre Tobligation qu'ont les ûdèles d'assister à la messe de paroisse.

Il est enfm ordonné à tous les confesseurs de ce diocèse , d'interroger leurs pénitens pour savoir s'ils ont satisfait à cette obligation, et de leur représenter la grièveté du péché de ceux qui s'absentent sans raison l^kime de la messe paroissiale*

Pour ne point donner occasion aux peuples de s^ab-

senter de la messe de paroisse , les fêles et les di-

D^anches^ on doit avoir soin que les messes basses y

qnand il y en a , ne se disent qu'à des heures conve-

iiables. Il est défendu dans ce diocèse d'en célébrer

*ucnne en ces jours dans les chapelles domestiques ^

pendant la grand'mcsse de la paroisse; comme aussi

de dire aucune messe basse dans l'église paroissiale ,

depuis qne la grand'messe aura été sonnée jusqu'a-

Pî^ès la communion.

Ordre pour la célébration de la Messe de Paroisse.

X ouR ne pas exposer les paroissiens, sur-tout à la ^mpagne à perdre la messe les fêles et les dimanches, ^û doit la dire exactement à l'heure marqtice par les ordonnances du diocèse. Dans le diocèse de Toulon^ 'orsqu^il y a deux messes à célébrer, on doit dire la Première à six heures au plus lard, depuis pâques jus- S^ï'à la toussaint, et à sept heures depuis la loussaint I j^qu a pâques : on pourra y faire une briève insti uc-

368 Du Sackificr

tion arec la prière du malin et la publication des fètflf et des jeûnes^ ou , lorsque Tinstruetiou ne se fera pas^ on y lira tout haut et distinctement la formule entière du prône, selon ce qui est marqué dans le Rituel , en sorte que les assislans puissent suivre le prêtre qui lira, et apprendre par ce moyen les principes de la foi el des bonnes mœurs. La graad'messe paroissiale doit être c^'léhiée à huit heures , depuis pâques jusqu^à la toussalnt ^ c( o neuf heures, depuis la loussaint jusqu^à pâqî)e5. Ofî iit: pouria changer cette heure, à moins q .;\ni ne iiil cLIigd de Ij difiiérer pour administrer quelque S^ii('riio;;i eu cas de nécessite.

il y aura !i';j.>urs deux heures d'intervalle entre les deux mess :>. ctIJit de donner à ceux qui seront venus à la première k* i ^^i : :ms de retourner chez eux, el de faire venir à la s(.'C(ith]p c tîxqtuserontrestésdansleurs maisons. G^esC ce que les curés de ce diocèse doivent observer exactement^ en évitant toute iàciie condescendance pour aucune personne particulière, de quelque considération et qualité qu'elle soit^ qui les (croit attendre un temps considérables commeurer la messe ^ au préjudice de toute une paroisseï Dans les villes où il y a, dans la même église, une mesie paroisïiali* et une messe canoniale, la grand 'messe, ea tout temps, doit se commencer à une heure fixe, r^lto par Tusn^e et la commodité des lieux, mais qui soit connue de tout le monde.

Les curés ne doivent pas souffrir que Ton dise aucuns messe dans leur église pendant celle de la paroisse, avaat le temps que nous avons marqué ci^dessus.

On doit sonner trois coups pour chacune des detix messes qui doivent se dire chaque jour de dimanche et de fête , avec une distance suffisante pour donner lieu au peuple de se rendre à Téglise ; et le dernier étant sonné , le prêtre doit quitter tout pour s^habiUer et commencer, afin de ne pas impatienter les paroissiens) qui se lasseroient d'attendre trop long-temps. On doit avoir soin de disposer d'avance, tout ce qu'il faudra pour célébrer le saint sacrifice. L<^

DE lA Messe* 36$

Les curés doivent instruire le* peuples, delà modestie t de Tattention avec laquelle il iàut assister à la messe ^ es avertir de ne point y parler , ni regarder de côté et [autre, et desy tenir toujours dans une posture couve'* lable. Durant les messes basses , on doit être à genoux^ ixcepté durant Thlvangile qu'on doit être debout^ il le convient point desy asseoir sans une véritable nécesîlé. Pour les grand^messes, le clergé observera ce qui ïst marqué dans le cérémonial. Les laïques peuvent i^asseoir après que le prêtre a dit Tintroït jusqu^aux >raisons , durant lesquelles ils seront à genoux. Quand >n dit répitre, fe graduel , Yalleluia et la prose, tous 3cuvent être assis. À TEvangile, tous se lèvent^ etaprcs^ >n peut s'asseoir jusqu^à la préface, excepté qu'à ces laots du Credo : rt incarnatus est , etc. Ton se met i geuoux. Durant la préface, tous sont debout j quand elle est finie, ils doivent se mettre à genoux , et y de^ tueurer jusqu'à la tin de la messe, excepté qu'ils peuvent s asseoir pendant qu'on chante la post-communion. Jl ^t d'autant plus nécessaire que les curés instruisent fàdessus leurs paroissiens, que l'on ne peut souffrir l'indécence avec laquelle on voit assister à la mes^e la plu- Part des fidèles, q;ii se tiennent presque toujours debout on assis. On en voit même qui , à la honre de U Religion , ont peine à fléchir le genou au temps de lelévation de la sainte hostie. Les curés doivent encore prêcher contre fabus de ne se mettre à genoux que sur des chaises, sur lesquelles on ne fait souvent qu'être légèrement appuyé, et sur-iout pour les femmes, qui *ont encore plus sujettes à commettre celte indécence.

Quand on est à l'Eglise, on doit éviter toute posture ^W ne se permettroit pas devant les grands de la ^erre. II seroit à souhaiter que les femmes y fussent •éparées des hommes. Saint Paul ( i. Cor. ii. J*» ^'^^^ ^ue les hommes y aient la tête nue, et que les femmes ^soient voilées. Tout le monde n'y doit paroitre qu'avec

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