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DES SACREMENS EN GÉNÉRAL

Les nr«ires, élant en cette qualité les ministres et les dis pensa leurs des Sacrcmens , doivent en counoîlre la nature : sans ta connoissance exacte de ces salutaires remèdes, ils sont exposés à donner ce qui est saint au^ indignes'^ s'ils ignorent l'excellence et Vetficare de ces moyens que le Seigneur a préparés pour noire sanctiHcalion, iU n'auront pas pour eux la \énéralîon qu'ils ini'ritenl j i!s u'inspircronl pas aux peuples le dessein de s'en appiorher avec les dispositions convenables ]»our eu j»)otlier; ils «'exposeront tux-inèmes à luire des sacrilt'ges.

Cest pour cela qu'avant de prescrire l'ordre et les

lotne. /. A

a Des SicitEMEBs

cérémonies des Sacremeiu dans le Rituel, et d'ensei-

fer la maiiière de les adminûtrer , nous avons jugé propos de doimer quelques instructions ^ tant sur les Sacremens en géuéral , que sur chacun en particulier.

De rHxcellence et de Ut Nature des Sacremens.

JLjzs Sacremens de la loi nouvelle sont des signes sensibles de la gr&ce invisible, institués par Jésus- Christ pour la sanctification de nos âmes. Ils ont la vertu de donner la sainteté intérieure et sumaturelle, par les mérites de Jésus— Christ qu'ib contiennent et qalb nous appliquent. C^est par les Sacremens, comme dit le concile de Trente , que toute vraie justice, ou prend son commencement, ou s'augmente lorsqu'elle est commencée , ou se répare quand elle est perdue. Ils produisent la grâce, comme sVxprime l'Eglise, ex opère operato^ c est-à-dire, précisément par l'application légitime du Sacrement, ou du signe extérieur auquel Jésus— Christ a bien voulu Tatlacher ^ non en vertu des mérites de celui qui les administre^ ou de celui qui les reçoit , mab par les mérites de Jésus-Christ qui leur a communiqué cett" vertu.

Ce n'est pas que pour recevoir cette grâce , il ne faille certaines dispositions dans les adultes ^ mais eilet ne sont que des conditions, sans lesquelles les Sacremens ne la produiroient pas, et avec lesquelles ils la produisent toujours inEailliblemtnL Nous disoni dans les adultes: car pour les enfàns, ils sont sanctifiés par la seule appucation du Sacrement de Baptême, sans aucune disposition de leur part.

Ces signes mystiques, que Dieu a institués, n'onl pas été destinés à signifier une seule chose, mail même plusieurs ensemble, comme on peut le remarquer dsûis chaque Sacrement. Car ils ne signifient pas

EN Gévéràl. 3

seuldtaeiil la sainteté et la Justice qui nous sont com-* muniquées , mais encore deux choses qui son insépa« râbles de notre sanctification : i ^ la passion de Notre— Seigneur Jésus-C!hrist , qui en est la cause et le prin-» dpe : a^ la vie et la béatitude étemelle , à laquelle notre sainteté doit se rapporter, comme à son unique fin.

C'est Jésus-Christ qui est l'auteur de nos Sacre^ mens ^ parce que c'est lui qui , comme Homme-DieU| et médiiateur enure Dieu et les hommes^ a attache k certains signes sensibles , la vertu de produire la grâce par les mérites de sa morL U en a fait dans son Eglise des fontaines publiques , où nous devons puiser avec joie cette eau salutaire qui rejaillit jusquo dans la vie étemelle.

Ces signes sacrés ont été établis pour plusietnrs principales raisons, i ^ Jésus*Chrîst en cela s'est ac— commode à la nature et aux besoins de rhomine. Si vous étiez un pur esprit , dit saint Chrysostôme^ Dieo se seroit contente de vous faire des dons purement spirituels ] mais , parce que votre ame est unie a un corps , il vous donne sa grâce qui est toute spirituelle^ sous des signes sensibles et corporels, a^ Il iâlloit nécessairement qu'il y eût de certaines marques qui pussent faire reconnoiire et distinguer les fidèles } et c^est ce qui se fait parfaitement par les Sacremens de la loi nouvelle : car ils distinguent les fidèles des infidèles^ et ils unissent les fidèles entr'eux par un lieu tout divin. 3^ C'est proprement par Tusage des Sa^ cremens, que nous faisons une profession publique de la foi. 4^ Les Sacremeus étant <fomme les remèdes salutaires du Samaritain de l'Evangile ^ Dieu a voulu que nous puissions toujours y avoir recours, ou pour rétablir la santé de nos âmes, ou pour la conserver. Car^ si la vertu de la passion de Jésus- Clirist, c'est^ à-dire, la grâce qu'il nous a méritée sur Tarbre de la ■roix, ne coule oans nous par le moyeu des Sacremens,

4 Des Sacremers

comme par autant de canaux, il n'y a aucune espérance de satut pour nous. C'est pourquoi, Notre Seigneur, par un elfet de sa charité infinie, a laissé dans rE> gtise des Sacremens établis sur sa parole et sur sa

f)romesse, afin que nous ne pubsions douter que le ruit de sa passion nous est communiqué , pourvu que chacun de nous use de ces souverains remèdes avec piété et religion.

Ainsi, il n*y a rien dans l'Eglise de plus excellent, de plus saint, de plus utile que nos Sacremens: ils sont le fruit précieux de la passion et de la mort de Jésus-Christ. Il n'est rien aussi de plus nécessaire; puisque c'est par eux que nous sont appliqués les mérites de Jésus-Christ, sans lesquels il n'y a point de salut à espérer.

JLes prêtres auront soin d'expliquer ces vérités aux peuples, afin de leur donner une haute idée des Sacremens qu'ils ont à recevoir. En leur enseignant ce qui regarde la nature , l'excellence, les effets et les cérémonies des Sacremens, on doit s'appliquer surtout à leur bien faire comprendre quel usage ils doivent faire des vérités qu'ils apprendront sur celte impor- Unte matière. En leur expliquant ces vérités, on doit tâcher principalement de leur faire sentir^ i** Tbonneur,le respect, la profonde vénération que mériteni ces dons célestes et divins ; a^ que , puisque Dieu a établi les Sacremens pour noire salut , nous devons y avoir recours avec piété et avec religion ; désirantavec tant d'ardeur la perfection chrétienne qu'ils communiquent, que nous regardions comme une perte digue de nos larmes et de tous nos regrets, la privation des Sacremens de Pénitence et d'Ëucfaarbiie : c'est ce qu'il sera très facile de persuader aux fidèles, si en lenr parlant souvent de (a dignité des Sacremens, et des fruits qu'ils produisent , on leur représente que c'est Notre Seigneur Jésus-Christ , de qui il ne peut venir rieo qiie de très par&it , qui les a institués ; que le

EN GÉHÉRAL. s

h Saînt-Espnt pr&ent, lorsqu'on les administre, pé— néirc par sa vertu toute-^puissante et efficace, le cœur de^ ceux qui les reçoivent dignement; qu'ils renferment une vertu admirable et divine , qui guérit alors infailliblement les maladies de Tame^ que c'est par eux que nous avons part aux trésors infinis de la passion de Jésus* Christ ; et que, si ledifîce de notre salut n'est soutenu par le fréquent usage des Sacremens^ il est très à craindre qu étant affoibli de tous côtés , il ne se ruine peu à peu, et ne tombe enfin entièrement.

De la Matière et de la Forme des Sacremens.

1 jes Sacremens sont composés essentiellement de matière et de forme. Les théologiens ont nommé Ma^ iiere^ les choses ou les aclions sensibles qui font partie des Sacremens 5 ils ont nommé Forme ^ les paroles que prononce le ministre en appliquant la matière. La chose sensible qui est appliquée, s'appelle matière éloignée ; et fusage ou l'application' qui s'en fait, se nomme matière prochaine. Dans le Baptême, par exemple, leau est la matière éloignée, et l'efTu^ sion sur le corps du baptisé , la matière prochaine. Les choses qui ne peuvent être aperçues par les sens, et qui entrent dans la composition des Sacremens, n'en sont la matière que lorsqu'elles sont jointes à qnelque signe extérieur qui les rend sensibles et les fait apercevoir^ par exemple, la contrition qui d^ soi est insensible, étant spirituelle, devient la matière du Sacrement de Pénitence , en tant qu'elle est manifestée et rendue sensible par quelque signe ex— téricur.

Le Sacrement étant une espèce de tout moral j composé de matière et de forme , il faut nécessairement qu'elles soient unies ensemble : Tune sans Tauire ne fait point le Sacrement. Elles doivent cire unies ^ A3

8 Des SACRCnERs

de telle sorte, que l'applicalion de la matière et b pronoDciation de la forme concoureuten m£me temps, moralemeut parlant; c'est-à-dire, qu'il jr ait si peu de distance entre l'application de Tune et la prononciation de l'autre, que, selon U manière ordinaire d*agir , un homme raisonnable juge que le ministre qui prononce la forme et applique la matière , a inlenlioo de faire un tout composé de Tune et de rautre. S'il y a nne dbtauce ou une interruption si notable entre Tapplication de la matière et la prononciation des paroles de la forme, quelles ne soient pas ceoséei se rapporter à une même cérémonie , 4>ii ue fait point de Sacrement.

Gomme la matière et la forme sont de Tessence du Sacrement , on ne peut les changer essentiellement sans rendre le Sacrement nul. Dans la matière, le chan— élément est essentiel , quand elle est d'une espèce dif^ férente , suivant l'usage commun et le sentiment dei hommes, de celle que Jésus-Gbrist a déterminée , et dont TEglise a coutume de se servir; comme si, pour baptiser, on prenoit du vin, ou une autre liqueur qui ne fut pas de l'eau naturelle.

On a dit : selon l'usage commun et le sentiment des hommes , parce que le changement de la matière est jugé être substantiel , non-seulement lorsque la matière dont on se sert est daus ses qualités essentielles, d'une espèce diBërente de celle que Jésus— Ghrbt a prescrite, mais encore lorsqu'elle n'a plus le même nsage pour lequel Jésus-Christ a destiné celle qu'il a établie, lorsqu'elle ne conserve plus Is même nom, et que, selon le seadment commun des hommes , elle ne passe plus pour une matière de même espèce que celle que Jésus-Christ a déterminée ; "par cette rabou b glace, quoiqu'elle ne soil que de l'eau gelée, ne peut être la matière du Baptême, à moins qu'on ne la fasse résoudre en eau qui pujise hver.

£Br GéNÉRAL. f

Le chaDgement de la matière est accidentel , quand la chose déterminée par Jésus--Ciirtst pour la matière du Sacrement, et dont TEglise a coutume de seservir^ est altérée, mais si légèrement, qu'elle ne change pas d^espèce ^ comme si on se servoit pour baptiser y d*eau chaude ou froide, d'eau de mer ou d'eau de fontaine.

Dans la forme du Sacrement, le changement est essentiel , quand les paroles ont un autre seus que celui qu'elles doivent avoir par Tinstitution de Jésus— Christ, ou quelles en ont un contraire, ou un qui ne con-. vient pas avec celui que TEgiise leur attribue* Le changement est accidentel , lorsqu'il n'empêche pas que les paroles de la forme n'aient le même sens et leur véritable signification ordinaire.

Le changement accideuipl de la forme ne rend pas nul le Sacrement , parce qu'il u'ôte rien à la forme du Sacrement qui soit de sou esëcnce, notant pas aux paroles le seus qu'elles doiveut avoir. Cependant un changement dans les paroles de la forme qui ne seroit qu'accidentel d'ailleurs, peut devenir substanliet parla mauvaise intention du ministre qui le fait ^ cela arrive quand ce chanf^ement ihit un double sens , dont l'un est véritable, et le même que celui que les paroles ont par leur institution^ Tautre est faux, et clifTèrent de celui que les paroles ont par leur institution, , ou y est contraire. Alors, la mauvaise intention du ministre en prononçant les paroles de la forme du Sacrement, détermine le sens qui étoit équivoque, à celui qui est faux et différent de celui de rinstitution : ce qui rend le changement essentiel et le Sacrement nul. C'est sur ce principe que le pape Zatharie décida valide le baptême qu'un prêtre , qui ne savoit pas la langue latine , avoil conféré en disant : baptizo te in naniine Patria et Filia et Spiritua Sancta y parce que ce prêtre avoit prononcé les paroles de la forme du Baptême de cette manière^ par pure ignorance , et sans

8 Des Sacremens

aucune mauvaise intenttan. Si, en pareil cas, on ne pouvoit s'assurer de rintention du ministre, il faudroit r^ilërer le baptême sous condition^ parce qu'il ne seroil pas certain qu'il fut valide. Lorsque le changement accidentel delà ibrme d'un Sacrement, quoique tait par un ministre infecté d'erreur , n'altère en aucune ma-* nière le sens véritable et ordinaire de la forme, lequel demeure le même, Ja mauvaise intention du ministre se rend pas le changement essentiel ^ parce que le ^ens des paroles ne dépend pas de la seule intention du ministre qui les profère, mais de Tusage ordinaire que tout le monde a coutume d'en faire*, et que l'intention particulière du ministre ne peut nuire à Tin— tention générale de l'Eglise, par laquelle il est présumé vouloir faire ce que fait TEglise.

On peut encore faire du changement dans la forme des Sacremens, par addition, par omission, par trans^ position, par interruption, ou par corruption. Le chancément par addition est essentiel , lorsqu'on ajoute à la forme du Sacrement, soit au commencement, soit à la fin, soit au milieu, quelque mot qui détruit le vériloble liens , dans lequel l'Église entend les paroles sacramentelles. Saint Thomas en donne cet exemple : puta^ si pliquis dicat : ego te haptizo in nomme Patris ma--' loris ^ et Filii minoriSy sicut Àriani baptizahant.\à^ changement sera accidentel, par addition, si on ajoute des paroles qui ne détruisent point le véritable sens de la forme. Cest pourquoi le pape Etienne II déclara valide le baptême qu''un prêtre avoit administré en disant par ignorance : In nomine Patris mergo , et Filii mergo , et Spiritiis sancti mergo.

L^omisssion cause un changement substantiel dans la forme d'un Sacrement, quand on retranche quelque parole essentielle à la forme, de sorte qu'elle n'a plus |e même sens qu'elle avoit; par exemple, si en bapti- ^nt on omettoit le nom d^une des Personnes de la

Sainte ïrmit^f Mî^w i?i le rçtraucbemcnt d'une parole

' S9 Généril» g

noie pas à la forme son sens ordinaire, comme si eu baptisant ou n'ometioit que le pronom £go^ le chan* gement ne seroit qu^acciueutei.

Si on transpose de telle manière les paroles de la forme d^un Sacrement, qu'elles n aient plus le sens qo'-elles doivent avoir, le changement est essentiel; par exemple, celui qui baptiseroit ainsi: /7/iï, ego te haptiso in nomine Patris et Spiritûs sancti^ ne bap^ tiseroit pas validemem. Au contraire celui qui baptiseroit ainsi : Jn nomine Patris et FUiiet Spiritiis sanctij ego te baptizo^ donneroit on baptême valide^ parce que cette transposition ne change pas la signification essentielle de la ibrme.

Lorsque rintemiplion , dans la prononciation des paroles de la forme a un Sacrement, est si considérable

Sue ces paroles ne paroissent plus, en jugeant pru^ emment, faire une même proposition, ou une même snite de discours \ que faction ne peut être censée mo« ralement la même, et que fintention de celui qui prononce doit être r^ardée comme interrompue, le chcingement doit être jugé essentiel : par exemple, si entre les paroles il s'écoule beaucoup de temps, ou qu'on tienne quelques discours. Mais si le ministre ne iaisoit qu'une petite pause entre les paroles, comme pour respirer, pour tousser, pour cracher, pour éternner^ Fioterruption ne seroit pas considérable. On remarquera que si finterruption se faisoit entre deux syllabes d^m même mot, il faudroit bien moins de temps pour quVIle produisît un changemeut substantiel, que si elle se trouvoit entre deux mots.

On peut corrompre en différentes manières les pa-» rôles sacramentelles : i*' En les prononçant en une autre langue que celle qui est en usage dans rK£»lise^ Quoique ce changement ne soit qu'accidentel, il T)Vst permis que dans fadministration du Baptême donné dans le cas de nécessité, pour éviter le dânj^rr de manquer dans ce qui est essentiel à un Sacrcmcui si

10 Des s Sacremens

nécessaire au saluu II faut avertir les laïques qui ne savent pas le lalin, de prononcer la forme du Baptême en langue vulgaire, lorsqu'ils se trouveront obligés d^administrer ce Sacrement dans le cas de nécessité. a^ En changeant les paroles ordinaires de la forme^ en d^autres synonjmes de la même langue dont TEglîse se sert* Si les paroles substituées ont le même sens dans Tusage commun et ordinaire , ce changement n^est qu'accidentel ; par exemple , si quelqu'un en baptisant disoit: ego te abluo^ ^^go^ las^o^ le baptême seroil valide ) comme s'il disoit: ego te baptizo. Il n'enseroii pas de même si Ton substituoit des paroles d'une signification différente^ ou qui ne fut pas aussi distincte et aussi claire que Test celle des paroles dont TEglbe se sert ^ par exemple, si en baptisant on disoit : te mundo^ purgo^ r^rigero 5 parce que TeSet du Baptême, qui est de purifier des péchés, doit être exprimé par des termes qui signifient laver. Il eu faut juger de même , si on disoit : je te baptise au nom de la très-^ sainte Trinité'^ parce que Jésus-Christ a ordonné Tin vocation claire, distincte et expresse, du Père, du Fils et du Saint«Elsprit, en baptisant. Le changement seroit pareillement essentiel par corruption, si Ton disoit en baptisant : in nomine Matris , au lien de Pat ris y ou baptizor^ au lieu de baptizo. Toutes les fois qu'on change de propos délibéré les paroles usitées par TEglisè, en d'autres qui n'ontpaseutièrementlemême sens , on doit juger que le Sacrement ne se fait point; parce que le sens des paroles ne subsiste plus , et qu'il y a lieu de croire que le ministre qui fait ce changement, n'a point intention de faire ce que fait TEglise, mais d'introduire quelque erreur. 3^ En ne prononçant pas bien les paroles par inadvertance , ou par iguo^ rance, ou par un défaut de langue, comme il arrive à ceux qui sont bègues. Quand cette corruption allère le commencement d'un mot delà forme, elle est plus sujette a causer un changement substantiel que quand

EN €rÉNÉmAL. 1 1

tlle tombe sur la fin du mot ; parce que dans le premier cas^ le sens desparoles demeure rarement le même.

Hie changement n'est qu'accidentel , lorsque les paroles prononcées par un ministre qui articule mal les mots , impriment le même sens dans Tesprit des audlteoTs et selon le jugement commun, que si elles ëtoient bien prononcées 3 et que, par la manière avec laquelle il les prononce, dans telle circonstance, et pour iàire une telle action, on voit qu'il veut et entend dire la même chose que dit la forme du Sacrement.

On doit, dans l'administration des Sacremens, faire une attention particulière à n'apporter aucun changement ni dans la matière, ni dans la forme, ni même dans les rits ou manières avec lesquels on les joint ensemble* H n'est jamais permis à aucun particulier de clianger volontairement la matière ou la forme des Sacremens: quelque peu considérable que soit cechan^ gement, s'il est volontaire, il est toujours péché.

Le péché est mortel et un sacrilège, si l'on fait par mépris, par une négligence grossière, ou par une ignorance criminelle, un changement à la matière ou à la forme, qui rende le Sacrement nul. L'ignorance des ministres des Sacremens sur ce point est censée volontaire, et ne peut les excuser de péché mortel devant Dieu^ parce qu'elle regarde une matière très-importante, qui est la validité ou la nullité d'un Sacrement, et qu'ils sont tenus par le devoir de leur charge, d'être pleinement instruits de ce qu'il est nécessaire d observer pour l'administration des Sacremens. Pour un laïque qui manqueroit dans la matière ou dans la forme du baptême, l'ignorance le pourroit excuser de pcché^ à moins que, par sa profession , il ne fut obligé de savoir la manière d'administrer ce Sacrement, comme sont les sages-femmes.

Le péché seroit pareillement mortel , si hors du cas d'une extrême nécessité, on se servoit d'une matière douteuse et incertaine, quand même il seroit probable

ta Des SACitEHENS

que cette matière est valable ^ parce que, dans Tadministralion des Sacremens , il ne sufut pas de suivre une opinion probable , il faut encore qu'elle soit la plus sûre ^ autrement on traileroit ÎDdigocinent un Sacrement, en Texposant à être nul: car il est toujours à craindre qu'on ne faste pas ce que Jésus- Christ a institué. lorsqu'il est seolemenl probable qu'on emploie ce qui a été fixé et déterminé par Jésus— Christ. 11 n'est pas permis de laisser le certain poursuivre des opinions probables, touchant la valiaité des Sacremens, comme il paroît par la censure qu'Innocent XI et l'assemblée du cierge de 1700 ont fait de celle proposition : non est illicitum^ in sacramentis conferendis ^ sequi opinionem pr.obahilem de validitate Sacramenti^ relictd tuliore.

Cela n'empêche pas que, dans le cas d\me extrême nécessité, lorsqu'il s agit de donner un Sacrement absolument nécessaire au salut, comme le Baptême et la Pénitence, on ne doive se servir d'une matière douteuse quand on n'en a point de certaine ^ parce qu'il vaut mieux exposer un Sacrement à être nul. qu'un homme à la damnation éternelle.

Celui-là pécbe aussi mortellement, qui, par mépris, fait dans la lorme ou dans, la matière, un changement, même accidentel; il faut en dire de même de celui qui fait un changement un peu considérable dans la manière dont l'Ëglise applique la forme à la matière. Par exemple , celui qui, par mépris, ne met pas de l'eau avec le vin dans le calice; qui, dans la conséciation du vin, omet ces paroles: novi et œterni Testamenti. Il n'est pas nécessaire que le mépris soit formel et actuel, pour rendre mortel ce pêche \ il suffit que ce changement soit fait de propos délibéré et volontairement. Néanmoins un cbaugement très léger, de peu de con- ^qiience, auquel le mépris n'auroit aucune part, et qui ne causeroit aucun scandale, ne serait qu'un péché véniel.

EH Général. i3

Un prêtre doit suivre exactement, dans radministration des Sacremens, ce qui est marque par le Rituel de son église^ sans y rien ajouter, ou eu rien retrancher. S'it oy trouve point de forme conditionnelle prescrite pour a autres Sacremens que pour le Baptême , il ce doit pas de son chef ajouter une condition dans la forme ordinaire. S'il réitère un Sacrement, parce qull est en doute de la validité de l'administration qu'il ea a faite ^ par exemple, quand il doute s'il a prononcé ou non en entier, ou dans les règles, la forme d^un Sa* crement; ou quand il doute s'il Ta prononcée, oa quand il doute si un moribond qui a perdu Tusage de tous les sens, est capable d^absolution ^ alors il suffit qu'il ait intention oe ne faire ou de u^administrèr ce Sacrement que sous condition.

11 est important de remarquer^ que lorsqu^'on réitère en certains cas un Sacrement, il est nécessaire d^exa— miner s'il y a un juste sujet de douter : Texamen doit être encore plus exact , quand il s'agit d'un Sacrement qui imprime caractère.

Du Nombre et des Effets des Sacremens.

L y a sept Sacremens dans la loi nouvelle, savoir: le Baptême, la Confirmation, TEucharistie, la Pénitence, lExirême-onction, rOrdre et le Mariage. Aiusi on ne doit pas mettre au nombre des Sacremens, plusieurs choses qui sont en usage dans TEgli^e , quoiqu'elles soient pour le bien sj)irituel des fidèles ^ comme le signe de la croix, Teau bénite, le pain béni, les cendres, les rameaux, etc. L'Eglise les sanctifie par des prièi*es, et Dieu accorde sonvr.nt des grâces aux fidèles par ces moyens^ mais il n'y a nulle promesse spéciale, nul engagement de sa part , nul ordre fixe et invariable , nulle loi divine qui en prescrive l'observation : e e sont des pratiques d'inslitaliou ecclésiastique, que tout fidèle

i4 Des Sacusmens

doit respecter «t ohierver dans le méâie esprit de religion qui les a &it établir. A. T^ard du lavement des pieds dont Jésus-Christ a fait un commandement à ses disciples, on ne doit pas le regarder comme un Sacrement : TEglise a toujours entendu ces paroles du Sauveur, de ladisposition où Ton doit être à son exemple, de rendre à ses Irèl-es les services les plus bas , dans la Toe de leur salut

Tous les Sacremens contiennent, la grtce qu'ib si— ^ificnt, et la coDËrcDt à ceux qui n^ metteot point cTobstacIe. Cette gHkee qu'on iivsunehabituelle et sanctifiante,' et qui est commune à tous les Sacremens, a ses degrés de perfection j elle est plus ou moins grandef et peut augmenter de plus en plus.

Les Sacremens institués pour eHkcer le pécbé mortel, savoir: le Baptême et ta Pénitence, produisent par euxmêmes le piernier degré de ta grâce sanctifiante ou la première grâce : on les appelle pour cela Sacremens des morts, parce qu'ils donnent ou rendent la vie spirituelle à ceux qui ne l'ont pas, étant motta par le péché originel} ou par le pécné actuel.

Les cinq autres Sacremens^ qui sont nommés Sacre* mens des vivans, donnent la seconde grâce, parce qu''ils supposent en ceux qui les reçoivent, la vie spirituelle qu'ils augmentent et fortifient. On ne doit donc les recevoir qu'en état de grftce: c'est de quoi les prêtres auront soîn d'avenir ceux qui s^^ présentent.

Chaque Sacremenl,outre la grAcesanctifianie qu'il produit , donne en même temps aroit à certaines grâces ac-> tuelles, queDieu s'engage de donner en temps et lieu k celui qui le reçoit avec les dispositions requises. C'est cQ qu'onappellegr&ces sacramentelles, parcequ'elles correspondent à la nature de chaque Sacrement, et en sont les effets propres et spécifiques. Ce sont des secours qoe Diei) donne à ceux qui reçoivent les Sacremens dans les dis-r posiliqns requises, pour parvenir à la fin du Sacrement ^u'oa a reÇD , pour f'acquitur dignement et avec bén^

diction^ des obligatioDs auxquelles le Sacrement eogage^ et pour surmonter tous les obstacles qui pourroient sV trouver. Ainsi, le Baptême donne droit aux grâces n^ cessaires pour vivre en enfant de Difsu , et conformément & 1 jEvangile; il nous donne une nouvelle naissance et une nouvelle vie :1a Confirmation, pour professer et défendre la foi dans les occasions; elle nous remplit de force et de courage: TEucharistie, pour se nourrir et croître dans la vie spirituelle ; par elle nous deneiiroiis en Jésus-Christ et Jésus*Christ demeure en nom : la Pénitence , pour se purifier du péché et éviter la rechutes elle nous fait recouvrer la vie que le péché nous a&'t perœ-e: rExtrème-Onction, pour se fortifier contre les douleurs de la maladie , les craintes de la mort, et les tentations du démon en ce dernier passage; elle achève de nous purifier pour paroître devant Dieu : rOrdre, pour s'acquitter dignement des fonctions sa— crées , et travailler avec zèle au salut des âmes ; il consacre les ministres de TEglise : le Mariage, pour purifier Tamour conjugal , [porter chrétiennement les charges de cette société, et élever saintement les enfkns; il sanctifie Tunion de Thomme et de la femme.

Des sept Sacremens, il y en a trois, savoir le Baptêmey la Confirmation et TOrdre, qui impriment dans Tame un caractère ou une marque spirituelle qui (ait qu^oa ne peut les réitérer : cette marque ne s efface jamais ; elle distingue des autres tons ceux qui ont reçu le Sa« crement qui la produit, et les consacre d'une façon particulière an service de Dieu , et à certains devoirs de la Religion* Un baptisé , par le caractère du Baptême, devient Tenfanl et le temple de Dieu, et capable de recevoir les auti^es Sacremens. Un confirmé, ar la confimatîon , est mis en état de combattre ennemis de la foi et de TEglise. Un ministre qui a reçu le Sacrement de l'Ordre, est consacré au service des aut^b , et a le pouvoir d'administrer les Sacremensr

iS Des SACKEntËKfi

id>Xi

Du Ministre des Sacremens.

JLIiEU pouvoit par lui— même sauver les hommes^ sans employer aucune créature aux merveilles qu'il a voulu opérer en notre faveur ^ cependant il a mieux aimé se servir ,pour leur salut ^ des hommes mêmeç^ et cela^ par un effet admirable de sa puissance et de sa Bonté ^ de sa puissance ^ en produisant par la foiblesse humaine des chefs- d'oeuvre de la force de son bras ^ et de sa bonië, en associant aux fonctions sacrées, des hommes semblables à nous, auxquels nous pussions avoir recours avec facilité et avec confiance.

Tous les hommes indifféremment ne sont pas ministres de tous les Sacremens. Il y en a que les évê— Îues seub peuvent conférer ^ d'autres , les seuls prêtres, 'out le monde peut en cas de nécessité administrer le Baptême. On expliquera ceci davantage, dans le détail de chaque Sacrement.

Pour administrer validement un Sacrement, il faut avoir au moins l'intention de faire ce que fait l'Eglise : pour avoir cette intention , il n'est })as nécessaire de dire intérieurement ou extéiîeuremeut , je veux conférer un tel Sacrement j mais il suffit, avec la volonté de faire un tel Sacrement ou de faire ce que fait l^Eglise, d'avoir l'esprit appliqué et attentif à l'action qu'on fait< On doit tâcher d'éloigner les distractions: si néanmoins^ par infirmité , on se irouvoit distrait eu appliquant la matière et prononçant les paroles, le Sacrement ne laisseroit pas d'être valide \ pourvu que TintentioB qu'on a eue au commencement , soit la cause de ce que l'on fait dans la suite. On ne peut pas dire la même chose de celui qui dans le délire, dans un rêve, ou dans l'ivresse , aamiuistreroit un Sacrement par habitude^ car, n'ayant pas en cet état l'usage de la raison, il ne pourroit avoir Tintention suffisante 3 et en

cas

CD GÉltÉAÂL. ir^

cas qu'il y eût dd doole bieu fondé al la ratson étoit éteinte, il faudroît sur-tout dans les Sacremens néces— latres au salot, recommencer sous condition. On n« pourroit pas dire que celui qui, en administrant un aacreineot, agiroit par inadvertance et sans de'tibérationy ne faisant aMCune reflexion & {'aaion qu'il fait, n'ajant point formé le dessein de la faire , eût l'intention nécessaire pour la validité du Sacrement. II n^est pas nécessaireque le ministre des Sacremens ait inteniion d'ea

Eroduire Teffet^ autrement l'Eglise n'approuveroit pas ! Baptême donné par des hérétiques, qui ne croient pas que ce Sacrement confire la grâce, et remette I9 péché originel.

La foi et la sainteté sont fort à désirer dans le ministre du Sacrement \ cependant ni son indignité , ni sb mauvaise disposition n'empêchant pas qu^un Sacrement ne soit valide, quand ce ministre iromet rieu de tout ce qui est essentiel; et elles ne peuvent nuire à ceux qui reçoivent le Sacrement de sa main, s'ils ne coanoissenl pas son crime; ou si, le connoissant, ils ont droit de s'adresser à lui, sur-tout dans le cas de nécessité, et s'ils n'ont pas la commodité de s'adresser à UD autre. Ce n'est pas en vertu des mérites du ministre, mais par ceux de Jésus— Christ, que les Sacremens produisent leurs effets \ le Sacrement est toujours le mêmej il tire sa vertu et sa force uniquement de IVotre-Seigoeur Jésus-Christ j soit que le ministre soit catholique ou hérétique, soit qu'il soit un saint ou un impre, pourru qu'il fasse ce que Jésus-Christ a iiisritué. C'est pourtant un grand sacrilégeà un minislredes Sacremens, d'en administrer quelqu'un avec la conscience chargée de quelque péché mortel; puisque par-là il traite iiv-* dignement ce qu'il y a de plus sacré dans la Religion, les canaux de la grâce, et les insirumens par lesquels le saog et les mérites de Jésus— Christ sont appliqués aux hommes , et dont il est le ministre et le dispeu— iiiCQr>

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