Que de telles âmes sont aussi rares aujourd'hui
So8 Dr Sàckbment
quelles l'ëtoient du temps de saiot Bonaventtire , et qu'il y a bien peu de personnes qui aient les disposi^ lions requises pour un si fréquent usage de la communion.
3. Qu'il est évident qu^on ne peut arriver à la haute disposition nécessaire pour être admis à la communion journalière^ que par une grande vigilance et une continuelle auenlion sur soi-même; et qu'on doit par con-séquent regarder comme un empêchement à la communion de tous les jours^ tout ce qui est incompatihie avec cette attention et cette vigilance, tout ce qui la trouble et qui la rompt, comme les compagnies , 1 Vtat et les occupations du dehors, les embarras et lesdis-* sipations du dedans.
4* Q^'® pour ne pas se tromper en ce point, il sera bon , avant que de se déterminer k permettre la communion {ournalière, d'essayer durant un temps suffisant, quel profit fera le pénitent des fréquentes communions qu^on lui permettra. Celle épreuve fera connoître au confesseur, s'il peut lui accorder de communier tous les jours.
5. Si , non content de ces règles générales de prudence, on en demande une particulière pour permettre la communion quotidienne, il faut s'en tenir à la règle que doune saint François de Sales, et n^admettre à cette fréquentation, que les personnes qui ont surmonte la plupart de leurs mauvaises inclinations. Si donc un pénitent , naturellement enclin à la colère, à la paresse, î l'orgueil, à l'avarice, à la sensualité, etc. ou qui auroil contracté quelque mauvaise habitude, surmonte toutes, ou presque toutes ces mauvaises inclinations) et qu'il joigne à cette victoire la pratique des bonnes œuvres, l'union avec Dieu , un grand désir, une grande ferveur, une sincère soumission à son directeur, enuo mot, la mort au péché ^ au monde ^ à soUmême^tt la vie pour Dieu^ par Jésus-Christ^ dont parle saint Basile, l'état élevé et sublime qu exige saint Ghiysos-
D£ l'Evcbakistie. Sog
tômC) la force que demande saiul Jërôme, on peut lui permettre la communion journalière.
Concluons de tout ce que nous avons dit sur cette matière , qu'on ne peut faire une règle commune pour tous les fidèles au s\ijet de la fréquente communion; que c'est au confesseur d^en juger par fétat, le besoia et les dispositions de ceux qu'il dirige ^ qu^un confesseur doit se proposer pour permettre la communion^ non une règle uniforme pour tous ceux qu'il conduit, pour tous les étals, pour toutes les conditions^ mais en descendant dans tous les détails et dans l'examen de ce qui convient aux particuliers, suivre pour chaque âme le véritable attrait de Fesprit de Dieu , attrait qui se fait connoiire par les circonstances diffétenies ou elle se trouve , par la nature de sa profession, par le progrès qu^'elle a fait dans la piété et dans la justice chrétienne. On ne doit pas appeler un confesseur bon'directeur ^ parce qu'il fait communier souvent ^ ni regarder un confesseur comme un mauvais directeur, parce qu^il fait communier rarement. Ce qui fait en cette matière^ comme en toute autre, le bon ou le mauvais directeur^ est de suivre les lois de TEglise, ou de les blesser. Mauvais directeurs par cette raison, les confesseurs qui éloignent sans sujet de la communion fréquente ceux qu'ils conduisent, et qui les en séparent inaiscrètement et sans examiner leurs dispositions et leur avancement dans la vertu. Mauvais directeurs pareillement, ceux qui la permettent indifféremment à tous sans discernement et sans faire une attention sérieuse sur leur état , sur la sainteté de leur vie , et sur le bon ou mauvais usa^e qu'ils en peuvent faire.
Tout excès est ici q'une dan(;erense conséquence , et pour les confesseurs et pour les pénitens. On doit condamner et l'empressement aveugle pour communier, et la négligence ou plutôt l'indilFérence inexcusable pour la communion. Quelque différence qu'il y ait entre communier indignement, et renoncer à la com^
5 là Du SACREHfinr
d^adtnirer et de reconnoiire Texcès de Tamonr de J^ sus-Christ pour nous, lorsqu'il nous a fait un commandement exprès de recevoir ce pain cëleste. Notre ftme, pour conserver la vie de la grâce, a besoin d^une nourriture qui répare des forces qui s'épubent peu i peu, et qui entretienne une santé toujours exposée a de grands affoiblissemens. Car nous portons au de* dans de nous un principe d^afToibiissement et de mort, que les tentations du dehors augmentent, et qui, venant
{>eu à peu à gagner, deviendroit à la fin incurable, si 'âme n'étoit puissamment secourue. Or, Jésus^Christ nous offre, dans le Sacrement de son corps et de son sang, un remède^ une nourriture, un antidote et un préservatif capable d'affoiblir ce principe de Gomiption et de mort, qui est la concupiscence^ il nousoffit une viande et un breuvage, qui nous inspirent la ibrce et le courage dont nous avons besoin pour combatfrt les ennemis de notre salut. Qu'avons-nous à attendre qu^une mort certaine , si nous refusons ce remède et ce puissant secours que la bonté divine nous a préparésF
Enfin, si l'Eucharistie est le gage de la vie étemetle, de quel droit peut prétendre à cette vie , celui qui ne veut pas en recevoir le gage ? N'est-ce pas li en quek que façon renoncer aux promesses , sur-tout lorsqoe celui qui nous offre ce précieux gage, fait dépendre de là Teffel de ces promesses T
Aussi TEglise a-t*elle toujours reconnu un précepie divin qui oblige à la sainte communion les adultes qui ont assez de raison pour discerner cette sacrée nourriture. Pour mettre un frein à Tindolence de ceux qui en différeroient trop long-temps raccomplissemeDtf elle ordonne, dans te concile de Latran, à tous les fidèles qui sont parvenus k Fâge de discrétion, decom* munier au moins une fois Tan à la (èie de pâques.
Ce précepte oblige encore aux approches de la mtntj et c'est pour cela que TEglise a toujours été irès^uen-
lire
PB lIEuchabistis. 5iS
tive à faire admiDistrer le viatique k cenx qni ^toieot attaques de maladies daugereuses.
On n'est pas obligé de recevoir rEucharistie sous les deux espèces; il stiDit^ pour satisfaire au précepte divia et ecclésiastique , de la recevoir sous Tespèce du pain. Le coucile de Trente (Sess. tit. de commun, suh utrâq. spec. cap. i.) a déclaré que les laïques ^^ ni les ecclésiastiques ^ quand ils ne consacrent pas ^ ne sont tenus par aucun précepte divin de recevoir le Sacre^ ment de V Eucharistie sous les deux espèces ^ et qu'on ne peut en aucune manière douter.^ sans blesser la foi , que la communion sous Fune des espèces ne soit suffisante au salut^ Ce concile, dans la même session | { Can. 1 • a et Z. de commun, sub utrdq. spec. ) prononce anaihème contre ceux qui soutiendront le contraire, contre ceux qui diront, que la sainte Eglist catholique ri a pas eu des causes justes et raison-^ nables pour donner la communion sous la seule «— pèce du pain aux laïques et même aux ecclésiastiques^ ^uand ils ne consacrent pas , ou qu'en cela elle a erréf et contre ceux qui nieront que Jésus-- Christ^ fauteur et la source de toutes les grâces^ soit reçu tout entier sous la seule espèce du pain. Il enseigne encore que ceux qui nr reçoivent quune des espèces ne sont privés ^ quant à t effet ^ d'aucune grâce né'* cessaire au salut ( Ibid. cap. 3. ).
De la Communion Pascale.
Xjes premiers chrétiens recevoient très-souvent la sainte Eucharistie, ainsi que nous Tavons déjà reraar-> qoé, parce qu^iLs menoient une vie qui'étoit une préparation continuelle à la réception de ce grand Sacre* ment. Avec le temps les mœurs des chrétiens s étant corrompues, on s^éloigna de la communion , parce qu'on ne s'en sen toit pas dl^kiet^ plus on s'en éloignoit^ Tome I. Kl
5i4 Bu Sachiïiiient
tDoioi on iravailloit à se purifier ^ pour en approcher dn gnement. De-là vint, daus la plupart des chrctieos, imeiiH sensibilité élonnaole, qui alloit jusqu'à les faire demeurer
Plusieurs années sans s'approcher de la sainte table. l'Eglise se vit donc obligée de déterminer certains )Ours dans Tannée, auxquels elle ordonnoit aux fidèles de recevoir ce Sacrement» Plusieurs conciles réglèrent qu'on communieroit trois fois l'année , savoir : k pàqueS) à la pentecôte et à noëL Depuis , le concile de Latran ^ sous le pape Innocent III, ordonna ^ ( Can. ai. omnis utriusque ftxûs^ ) que tout fidèle de l'un et de l'autre sexe qui a atleint lage de discrétion , reçoive avec respect le saint-Sacrement de TEucbarislie poor le moins à pÂques^ si ce n'est que par l'ordre de son propre pasteur , il fut jugé plus à propos de différer la communion à un autre temps, pour quelque cause }uste et raisonnable ; que, si quelqu'un vient à manquer a ce devoir, il soit interdit de lentrée de l'Eglise pendant sa vie, et que, s'il meurt en cet état, il soit prive de la sépulture ecclésiastique. On trouve ce décret da concile de Latran rapporté dans le Rituel de ce diocèse^ dans Tinstruction du prône propre pour le dimanche de la passion* Le concile de Trente ( Sess. 1 3. can. 9. de Euchar. ) a renouvelé et confirmé cette loi, en
E renonçant anathême contre ceux qui en nieront Fo-» ligation.
Lorsque les curés l'expliqueront à leurs paroissieoSy ils se souviendront de leur faire connoître, que l'Eglise n'a pas prétendu limiter les commtuiioiis des fidèles i une seule pendant l'année, puisqu'elle a souvent déclaré qu'elle souhaiteroit qu'ils se r^^idissent tous dignes de participer chaque jour à la sainte Eucharistie; mais ils leur feront entendre que l'Eglise, en obligeant kf chrétiens à s'approcher de la sainte'table, au moins une ibis l'an , a voulu mettre des bornes à la négligence de plusieurs d'entr^eux, qui, sjans cette obligation, nepeoi aeroieftt presque jamais & Iç^Y salut»
BB L^EuCHAEIStlE. 5l5
Od satisfait à l'obligation de la coromunion pascale^ en communiant pendant la quinzaine de pâques, c'est-? à-dire, depuis le dimanche des rameaux, jusqu'à celui de Quasimodo inclusivement. Lorsque les curés croieal qu'il fàudroit un temps plus long que cette quinzaine y pour donner à leurs paroissiens le moyen de satisfaire à ce devoir, ils doivent consulter là-dessus leur évéque^ et lui faire part de leurs raisons.
La communion pascale n'est pas tellement attachée à cette quinzaine , qu'un chrétien ne puisse , pour des causes raisonnables, par l'avis de son curé ou de soa confesseur, différer à communier à un autre temps j parce que le commandement de l'Eglise , qui oblige les fidèles à communier, suppose qu'ils soient bien disposés pour une si sainte action \ mais c'est aux fidèles à se mettre en état de satisfaire à ce devoir au plutôt : car, si parleur faute ils difleroient trop long-temps, ils se rendroient coupables de péché, en se mettant volon* tairement hors d'état d'accomplir le précepte de rEglise.
Un ne satisfait point à ce précepte par une communion sacrilège^ il seroit horrible de le penser. L'Eglise a les sacrilèges en abomination \ elle n'a voulu obliger les fidèles à manger ce pain céleste, que conformémeuC à la volonté de Jésus-Christ, et avec les dispositions qu'il demande de nous : or , il est certain que le Sauveur a voulu qu'en mangeant le pain des anges, nous fissions un acte de religion et de piété , et non un acte d'ir-* religion et d'impiété, telle qu'est une communion sacri-^ lége. L'Eglise a donc voulu que nous communiassions dignement à pàques. Cest pourquoi le pape Innocent XI, par son bref du mois ae mars 167Q, a condamne cette proposition: prœcepto çommunionis annuœ scuis^ fil per sacrilegam corporis Christi manducationem. lue clergé de France, dans l'assemblée de 1700, l'a jugée téméraire , scandaleuse, erronée, favorisant l'im* piété et le sacrilège, et faisant illusion au précepte de l'£glise« Ceux donc qui, à p&queS) auroieni eu le malheuic
Si6 t)v Sacremmt
de communier indignement , seraient f^bligés de s*en confesser , et de communier une autre fois pour s'ac-^ quitter de cette obligation»
Pendant la quinzaine de pàqnes , on doit donner la communion aux malades, même à ceux qui Tauroienc déjà reçue en viatique, pourvu qu*ils soient eu état de communier à jeun, afin de satisfaire au précepte de TEglise. Ou doit pareillement la donner pour via*' tique, pendant la même quinzaine, i ceux qui, après avoir fait leur communion pascale, tomberoient dangereusement malades; parce que ce sont deux obli^tioDS fondées sur deux préceptes. Mais quand un malade mo« ribond a communié en viatique, le samedi de la passion, il n^est point obligé , pour satisfaire au précepte de la communion de pâques , de communier le dimancbe da rameaux , lorsqu'il ne le peut , n'étant pas en ëtat de communier à jeun; il ne peut aussi communier en viatique , parce qu'il faut qu'il y ait l'intervalle de temps tequis par le Rituel du diocèse , entre deux communions en viatique. Cependant , si un moribond , en pareille circonstance, demandoit avant le temps prescrit, à communier une seconde fois en viatique , et à rinteniicm de ses n&ques , le curé doit avoir recours à son évéque, afin qu il soit permis de lui accorder cette consolation.
Si un curé prévoit qu'un malade sera, peu de temps après pâques , en état d'slller à l'Eglise faire la cornmtmion , il pourra la lui faire différer , jusqu'à cequ'il soit relevé de sa maladie
Lorsqu'un fidèle , qui n^a pas communié depuis la dernière pâques , prévoit qu'il ne pourra commuDier dans la quinzaine de pflques , il est obligé de prévenir ce temps, et d'anticiper sa communion, puisqu'il pre-^ voit qu'il ne pourra satisfaire au précepte dails le tfMmns prescrit par l'Eglise \ parce qu en ne prévenant pas le lemps de la communion pascale , il passerait une année sans communier, et violerait par cousf^quent le précepte qui l'y oblige, dans lequqf il faut considérer deux
DE L^EUCH/IRISTIE. Sl^
choses : la première et principale est robligation de communier une fois chaque aiinëe^ la seconde, qui n'est iiaccessoire, est que la communion se fasse en temps e pâqnes. Or , en anticipant le temps pascal dans celte circonstance, ou n'accomplit. pas l'accessoire du pré-^ ccpie^ mais on en accomplit le principal et la substance^ ce qui suffit dans le cas dont il s'agit.
Si au contraire celui qui prévoit ne pouvoir com— munier à pâques , a déjà communié dans Tannée couvrante, plusieurs auteurs soutiennent qu'ayant satisfait au f>rincipal du précepte , il n'est pas obligé de prévenir e temps de pâques pour accomplir l'accessoire. Cepeu* dant un curé ou un confesseur qui seroit consulté dans ce cas , doit représenter à celui qui le consulteroit , " qu'il est plus a propos et plus sûr pour la conscience ^. d'anticiper la communion , et par conséquent doit le lui conseiller.
Celui qui a laisse passer la quinzaine de pâques sans avoir communié, ou parcequ'il n'a pu, ou parcequ'il a négligé de le faire, ou parce que son confesseur ne le lui a pas permis, n'est pas dispensé de l'obligation de communier cette année-là^ i. parce que le temps de
1)âq;tes n'est pas prescrit par TEgiise comme le terme et a tin de fobli^'ation où l'on est de satisfaire au précepte de la communion , mais seulement comme un délai qu'elle accorde : or^ l'obligation d'une dette ne finit pas par un délai, a. Après le temps de pâques, 4e principal du précepte qtû est de communier une fois l'an , subsiste , quoique l'accessoire , qui est de communier k pâques, ail cessé. 3. Celui qui a laissé passer un an sans se confesser^ est certainement obligé à se confesser à la première occasion commode qu'il pourra eu trouver ^ on demeure donc aussi obligé à la communion, lorsqu'on ne l'a pas reçue au temps de pâques^ ainsi celui qui dans ce cas différer oit sa communion jusqu'à l'autre pâques, seroit obligé de s'en accuser dans sa confession. Chaque fidèle est obligé de recevoir la communion
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Si 8 Dit Sacrement
jpascale daus sa paroisse^ «t non ailleurs ] h moins qu'il Xï^en ait une permission expresse. Ceux qui ont communié ailleurs que dans leur paroisse, sans permission, fie sont pas censés avoir satisfait au commandement de l'Eglise. On ne doit donc pas administrer la communion pascbale à ceux d'une autre paroisse; mais il faut les renvoj^er à leur propre curé, excepté les pauvres mendians qui sont sViJis domicile, et ceux qui , pour voyage ou autre raison valable, se trouvent alors de bonne ibi, hors de leur paroisse; pourvu qu'on ait lieu de Juger, par les éclaircissemens qu'ils donneront, qu'ils sont bons chrétiens , dignes de participer aux saints mystères, et qu'ils se sont confessés. Si le euré de la paroisse où ces sortes de personnes communient, avoit lieu de douter s'ils se sont confessés, il doit leur demander une attestation du prêtre qui a reçu leur confession.
Les curés de ce diocèse doivent avertir leurs pa« roissiens que ceux qui, étant en voyage loin de leur -paroisse, auront fait leur communion pascale dans une autre paroisse, doivent en prendre un certificat, qu'ils rapporteront à leur curé dans le mois après leur retour; 'sinon , ils doivent être traités comme n'ayant pas satisfait à leur devoir de pftques. On exifi;era la même cnose de ceux auxquels aura été accordée la permission de recevoir la communion pascale hors de leur paroisse. Un curé, qui remarqueroit que quelqu'un ae ses paroissiens affecte de s'absenter pendant la quinzaine, doit eii donner av» à révêque, pour recevoir de lui conseil sur la con* duite qu'il doit tenir à son égard.
Afia d'ôter aux paroissiens toute occasion de quitter leur paroisse, et d'aller communier à d'autres églises durant la quinzaine, et que les pasteurs puissent mieux connoitre leur troupeau , il est défendu dans ce diocèse à tous prêtres , tant séculiers que réguliers, même mendiaas , d'administrer la sainte Eucharistie durant la i^uinzaine de pâques à aucune personne, quand même elles seroient de leur connoissance, non pas noême
PE lHëuchàkistie. 519
sons prétexte d^aucune confrérie et société, sans per-* mission expresse, et d'éteudre, pendant ce temps dans les ëglises des communautés séculières et régulières^ la nappe de ia communion* Les curés auront soin d'en avertif chaque année leurs paroissiens , et de publier cette dé«fenseà leurs prônes aux jours du dimanche de la passion et du dimanche des rameaux, afin que les fidèles né puissent l'ignorer.
Pour être censé domicilié en une paroisse , par rap«^ port à la communion pascale^ il suffit d'y habiter anima manendi. CVst pourquoi le concile de Milan /sout saint Charles , veut qu^un curé donne à pàques la corn* munion à ceux qui sont venus depuis quelques mois'^ et même depuis quelques jours , demeurer dans Ten^ ceinte de sa paroisse pour y établir leur domicile.
Une personne peut avoir deux domiciles en même temps} ce qui se doit entendre, lorsqu'elle demeure autant de temps dans Tun que dans Tautre. En ce cas elle peut, et elle doit faire sa communion pascale dans celle des deux paroisses où elle se trouve à piques. Mais , si une personne passe la plus grande partie de Tannée dans une paroisse , et qu elle séjourne quelque temps seulement par occasion dans une autre, comme font ceux qui demeurent dans les villes, et vont passer quelque temps à la campagne , pour y prendre l'air ou pour vaquer k leurs affaires , elle est censée n'avoir qu'un domicile , savoir : dans la paroisse où elle passe lus de temps , et où par conséquent elle doit faire a communion pascale.
On ne peut excuser de péché mortel ceux qui ont atteint l'âge de discrétion , lorsque, sans de justes causes^ ils manquent a commmiier à pâques , puisqu'ils violent tm commandement de PEglise dans une manière de conséquence. Si l'Eglise ne jugeoit pas que ce péché est mortel, elle n'auroit pas prononcé contre les fidèles qui manquent dans une année, sans des causes justes et raisonnables, à s'acquitter de ce devoir , une peine
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Si 8 Du SACREMEirr
toascale daus sa paroitse^ %i non ailleurs \ h moins qn^il n^en ait une permission expresse. Ceux qui ont communié ailleurs que dans leur paroisse^ sans permission, fie sont pas censés avoir satisfait au commandement de l'Eglise. On ne doit donc pas administrer la communion pascbaie à ceux d'une autre paroisse; mais il faut les renvoj^er à leur propre curé, excepté les pauvres mendians qui sont sans domicile, et ceux qui, pour voyage ou autre raison valable, se trouvent alors de bonne foi) hors de leur paroisse; pourvu quW ait lieu de juger, par les éclairci^semens qu'ils donneront, qu^ib sont bons chrétiens , dignes die participer aux saints mystères, et qu'ils se sont confessés. Si le euré de la paroisse où ces sortes de personnes communient, avoit lieu de douter s'ils se sont confessa , il doit leur demander une attestation du prêtre qui a reçu leur confession.
Les curés de ce diocèse doivent avertir leurs pa-* roissiens que ceux qui, étant en voyage loin de leur paroisse, auront fait leur communion pascale dans une autre paroisse, doivent en prendre un certificat, qu'ils rapporteront à leur curé dans le mois après leur retour; sinon , ils doivent être traités comme n'ayant pas satisfiiit à leur devoir de pftques. On exigera la même cnosedeceux auxquels aura été accordée la permission de recevoir la communion pascàle hors de leur paroisse. Un cnré, qui remarqueroit que quelqu'un ne ses paroissiens affecte de s'absenter pendant la quinzaine, doit en donner avis à l'évéque, pour recevoir de lui conseil sur la conduite qu'il doit tenir à son égard.
Afin d'ôter aux paroissiens toute occasion de quitter leur paroisse, et d'aller communier à d^autres églbes durant la quinzaine, et que les pasteurs poissent mieux connoitre leur troupeau ^ il est défendu dans ce diocèst à tous prêtres , tant séculiers que réguliers, mêmemendians , d'administrer la sainte Eucharistie durant la quinzaine de pàques à aucune personne, quand même elles seroieut de leur connoissance, non pas même
PE l'Euchakistie. 5ig
sous prclcxlc d^aucune confrérie et socWlë. sans per— mission expresse, et d^éteiidre, pendant ce temps dans les églises des communautés séculières et régulières^ la nappe de la communion. Les curés auront soin d^ea avertir chaque année leurs paroissiens , et de publier cette dé«fenseà leurs prônes aux jours du dimanche delà passion et du dimanche des rameaux, afin que les fidèles ne puissent l'ignorer.
Pour être censé domicilié en une paroisse , par rap«^ port à la communion pascale, il suffit d'y habiter anima manendi. Cest pourquoi le concile de Milan, sous laint Charles, veut qu'un curé donne à pftques la communion à ceux qui sont venus depuis quelques mois y H même depuis quelques jours , aemeurer dans Ten-*ceinte de sa paroisse pour y établir leur domicile.
Une personne peut avoir deux domiciles en même temps; ce qui se doit entendre, lorsqu'elle demeure lutant de temps dans Tun que dans Tautre. En ce cas elle peut, et elle doit faire sa communion pascale dans celle des deux paroisses où elle se trouve à pâques. MLais, si une personne passe la plus grande partie de l'année dans une paroisse , et qu'elle séjourne quelque temps seulement par occasion dans une autre, comme font ceux qui demeurent dans les villes, et vont passer [pielque temps à la campagne , pour y prendre l'air 3u pour vaquer à leurs affaires , elle est censée n'avoir [ju'un domicile , savoir : dans la paroisse où elle passe lus de temps , et où par conséquent elle doit faire
communion pascale.
On ne peut excuser de péché mortel ceux qui ont iltdnt l'âge de discrétion , lorsque, sans de jtistes causes^ Is manquent à commmiier à pâques , puisqu'ils violent m commandement de TEglise dans une manière de u>nséquence. Si l'Eglise ne jugeoit pas que ce péché est nortel, elle n'auroit pas prononcé contre les fidèles pi manquent dans une année, sans des causes justes it raisonnables, à s'acquitter de ce devoir, une peine
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5ao Du Sacremrwt
aussi griève <|u'esl la privation de Tentree dans lIEglise et de la sépuhure ecciédiasiique.
Ces peines oe sont que comminatoires oa ferenddB senientiœ y et ne s'encourent pas par le seul fait. Il s'appartient qu^aux évêqires de les mettre à exécution; les curés ne peuvent, de leur propre autorité ^ défendit l'entrée de TËglise à ceux qui n'eut pas fait leur devoir
I)ascal ou les priver de la sépulture ecclésiastique. Ib es avertiront donc charitablement en parliculier d'y satisfaire au plutôt ; s'ils persistent dans leur désobéiftiance y les cur^s les avertiront en général an prAne, de se soumettre à l'Eglise, comme étant ses enfans^sans les yommep ni les désigner^ ils leur feront entendre que, s'ils ne fout leur devoir, ils seront obligés de se servir coutr^eux des mojrens que l'Eglise leur prescrit; et, s'ils méprisent tous ces avertissemeus particuliers et publics , s'ils demeurent opiniâtres, les curés doivent lo dérérer à Tév^que, auquel, en cas que ces personnes indocile*» viennent à mourir sans avoir satisfait à cette obligation, les curés doivent encore en donner avis surle-cnamp , et refuser de les enterrer jusqu'à ce qu'ils aient reçu ses ordres.
Les curés, au commencement du carême, avertiront leurs paroissiens de se confesser , pour se préparer i approcher plus dignement à pàques de la sainte table. Ils leur expliqueront le décret du concile général de Latran sur la communion pascale. Pour les engager à la pénitence, et leur apprendre oit leur rappeler \f9 choses nécessaires pour bien communier, il^esl bon qse les curé^ choisissent certains jours de la semaine, pen* dant 1q carême , pour faire par eux-mêmes ou llnrp faire par d'autres prêtres en état de s'en bien acquitter des instructions familières, auxquelles ils tâcheront de faire venir sur-tout les jeunes garçons et les jeunes filles en âge de communier, les personnes grossières qu'ils soupçonnent moins instruites ^ en un mot, ik y sp* pelleront tous leurs paroissiens j aTerii;ftSaat eu géoersl
DE L^EuCHiRISTJC, 021
ceux qui en auront besoin^ de s y trouver, les pères et lei mères cJy eiivojrer leurs enfans^ les maîlres el maîtresses d\ faire aller leurs domestiques^ c'est principalement dans les paroisses de la campagne, où les pasteurs doivent s'appliquer à faire ces instructions pen-^ oaut le carême. Lorsqu'on a bien â cœnr la {gloire de Dieu cl le salut des âmes dont on est charge , on ne se lasse jamais de leur rappeler leurs devoirs, et Ton saisit avec empressement tous les mojens que Ton juge les plus propres pour encourager à servir Dieu , ceux que que ToD doit conduire 3 on reprend, on corrigea temps, à contre-temps^ mais ce doit toujours être avec patience et avec sagesse.
Les curés^ pendant la quinzaine de pâques, prendront un jour poiir porter le saint— Sacrement aux malades de l(M)r paroisse, qui ne peuvent aller ou se faire porter à IVj^lise, pour y faire leurs pâques^ ils feront cela avec S')leijui(é^ invitant les principaux de la paroisse à accompagner ce jour-là le saint-Sacrement,
De la Communion des Malades*
XjI^ précepte divin de recevoir TEucharistie. oblige, ainsi que nous Pavons dèya dit, quand on est en danger de mort. Un malade qui se trouve en cet étal, quoi— u'il ait communié quelquefois dans Tannée, est obligé c se procurer, s'il le peut, ce Sacrement; autrement il pécheroit mortellement , car il uy a point de temps dans la vie où TEucharistie soit si nécessaire; puisqu'en ce moment les attaques des ennemis de notre salut sont ilus violentes, les tentations plus fortes, et le danger e la mort éternelle est plus grand ; on a donc un plus grand besoin alors de force et de secours.
L^Eglise a para si pejsuadée de celle obligation^ gue sa disci]){ine univeriielle ei constante a toujours été de conférer rEucharistie aux mouraus , et de ne point
s 20 Du Sacrement
cest pourquoi^ si dans un diocèse il nV a-pn tih-^ssus d'usage uniforme , il faut cousuker 1 ëvéque.
Gomme le préire qui porteroit le saint-Sacrement k un malade qui ne s e seroit pas confessé, pourroitletroo* ver dans quelque engagement criminel public d^on il ne voudroii pas sortir , et seroit obligé de reporter le saint'Sacrement sans l'avoir communié , ce qui ne se pourroit faire sans scandale, les curés doivent commencer par, visiter les malades; et, après qu^ils les auront confessés, ils leur porteront le viatique. Gependantj, dans le cas de nécessité, si le danger de la maladie presse, et que le curé ne connoisse rien d'ailleurs qui rende le malade indigne des Sacremens,il pourra porter le saint viatique aussitôt quHl sera appelé , et avant que ce malade se soit confessé, entenare sa confession quand il sera arrivé chez lui , et lui administrer ensuite TEucharistie et rExtrème— Onction.
Quand même le curé seroit assuré au moment quon Tavertit de porterie saint-Sacrement à un malade, que ce malade s'est coufessé, il aura Fattention, autant que faire se pourra ^ de ne lui point porter le viatique, hors le cas où le danger de la maladie seroit pressant, sans Tavoir auparavant visité lui-même oa fait visiter par un autre prêtre, pour savoir si qsel-
aue accident de la malaaie ne le met pas hors aetat e communier, et pour examiner ses dispositions io* térieures, autant qu il sera possible. S'il sait que leun-lade est prévenu de sentimens contraires à la soumission sincère de cœur et d'esprit, due aux dédsioai de FEgli^e qui concernent la Religion et la toï^ sur quoi même il doit dans le doute le faire expliquer^ oi qu'il soit engagé dans l'obligation de restituer^ de se réconcilier, d'éloigner de chez lui quelque femme oa fille suspecte et avec laquelle le malade auroit eu des liaisons criminelles, de quitter une profession condamnée par TEglise, de réparer un scandale public fdaal
DE l'Ectchâristii:. 52f
tous ces cas , le curé rengagera à se reconnoitre ei & faire ce qu'il doit, pour se mettre en ëtat de recevoir Jësus-Christ.
S'il se trouvoil quelque malade qui refusât de se ranger à son devoir , et qui fût dans des circonstances oa l'on seroit obligé de lui refuser le saint viatique, il ne fàudroit pas l'abandonner, mais redoubler pour luises prières, son assiduité, ses soins ^ le presser avec zèle^ employer ceux qu'on croiroit avoir plus de crédit sur son esprit , et même en donner avis à Tévêque , si ie temps le permettoit.
Lorsque les enfans qui n'ont pas fait leur première communion, sont en péril de mort, le curé aura soin quMIs ne meurent point sans le saint viatique, quoiqu'ils n'aient pas l'âge ordinaire pour la première communion , pourvu qu'ils aient assez de raison et de con— noissance pour discerner le corps du Seigneur; et qu'*après avoir été instruits par lui de la vérité de cet auguste Sacrement, ils témoignent désirer le recevoir.
Il faut prendre garde de ne le point donner aux indignes et aux pécbours publics que nous avons désignés ci— devant; qu'ils n'aient auparavant réparé, autant qu'il est en eux, le scandale; qu'ils n'aient satisfait à l'Eglise et au prochain ; et qu'ils n'aient donné des marques sincères de conversion et de pénitence.
On ne doit' pas non plus l'administrer, quand il y a quelque indécence à craindre contre le respect qui est du au saint-Sacrement, laquelle pourroit être causée par le délire, une toux, un crachement ou vomissement continuel, ou par quelqu'autre accident qui ne permettroit pas au malade de consommer la sainte hostie. Dans le doute s'il peut l'avaler, on pourra en faire l'épreuve avec un pain non consacré , dont on avertira soigneusement le malade. On pourroit aussi le communier avec une partie de Thostie, s'il ne pou— voit l'avaler toute entière ^ ensuite lui faire prendre rablutiojx de yiu ou d'ea^u ^ s^fio qu il pujuse plus «i*
SaS Du SACREMRriT
soment avaler les espèces. Mais ii n'est jamais permis de tremper la sainte hostie dans quoique liqueur que ce soit, sous prétexte de la faire prendre plus facilemeDi au malade.
Le curé doit consoler les malades que les accidens de leur maladie empêchent de recevoir le saint viatique, eu leur représentant que, puisque ce n^est ni par leur faute, ni par leur négligence , qu^ils sont prives de FEucharistle, Dieu aura égard k leur dévotion, et suppircra au Sacrement par sa miséricorde. II les assurera d'ailleurs qu'il leur administrera le saint viatique, aussitôt qu'ils pourront le recevoir. Mais il n'est pas permis de porter le saint-Sacrement à aucun malade, pour le lui faire adorer ou le lui montrer seolement , lorsqu'il ne peut communier, quelque bien disposé qu'il soit pour l'intérieur^ parce qu^on ne pouroit le faire, sans courir risque de quelque indécence. On doit se contenter pour lors d'apprendre à un malade , de quelle manière il peut , dans son lit même, adorer cet auguste Sacrement, quoiqu'il ne soit pas présent, et le recevoir de cœur et en esprit.
11 n'appartient qu'au curé d'administrer ou de Elire administrer le viatique aux malades de sa paroisse j il est défendu à tous prêtres séculiers ou réguliers , de le porter à aucun sans sa permission ou celle de l'évêqoe. Ce n'est qu à IVj^lisc paroissiale que l'on doit prendre le saint-Sacrement pour le porter aux malades, à moins que le curé ne permette de le prendre dans quelque autre église. Hors le cas de nécessité , on ne doit commettre, poor cette fonclion , que des prêtres approuvés pour entendre les confessions , parce que souvent les malades ont encore besoin de se confesser avant de communier.
Si le malade, après avoir communié, paroît avoir envie de vomir, il faudra promptement lui présenler un plat, un bassin on quelqu'antre vase, ou au moins une serviette blanche : s'il vomit ou crache la sainte
hosiie
' DB L^EUCHARISTIE. SiQ
ostie, et que les espèces sacrées paroissent, le prèvrm 'S séparera ^ et ^ les ayant mises dans un vase propra i honnête , a«rre néanmoins que le ciboire , il les ^portera avec respect à Téglise, pour les y conserver ans un lieu décent et fermé, et attendre qu^elles >ient entièrement corrompues, pour bs jeter aans la iscine. Quant au reste de ce que le malade aura laché ou vomi, le prètrd Ressuiera et l'étanchera avec es étoupes ou qiielcpi'autre matière semblable qu'il rûlera , et dont il j«^uera les cendres daps la piscine» Test aussi ce qu'il faut faire , lorsque le malade vo— lit un moment aj^rèsavoir communié, et que les es— èces ne paroissent pas, ou bien qu'il est impossible e les séparer d'avec ce qu^il a vomi.
Si le malade meurt avaut que d'avoiravalé la sainte ostie, et quelle paroisse dans sa bouche, il faudra en tirer et la reporter dans Tégiise pour y être con— ^rvée dans un lieu décent et fermé, jusqu^à ce queler (pècessacrées so.'ont corrompues^ et alors on les jet- Ta dans la piscine. II faudra en user de même si ne hostie vient à tomber dam la boue par quelqi^ :cident.
Le prêtre qui administre le saint viatique, doit avoir rande attention à empêcher que la sainte hostie, ou uelque particule , ne tombe à terre ou sur le lit du lalade ] si cet accident arrivoit , il faudroit la prendre vec respect , la remettre dans le ciboire , purifier enlite le lieu où ^ soit Phostie, soit quelque particule troit tombée ^ si elle étoit tombée à terre, il faudroit icler Tendroit et porter ensuite la raclure à Féglise^ ans un vase propre, pour être jetée dans la piscine^
Iliostie ou la particule étoit tombée sur la nappe de
table où Ton doit mettre le saint-Sacrement, lors— a^on arrive dans la chambre du malade^, ou sur le rap que Ton met sur le lit du malade, ou sur d'auef linges diflférensdu corporal, il faudroit laver Ten-roit de ces linges, et porter la lavure à Téglise dans Tome I. L l
53 ë Du Sacrement
un vase propre, pour être jetée dans la piscme. Si la maison du malade étort trop éloignée derégUse, pour porter k Téglise ce qui a été raclé, côtnme il peut arriver aisémeut dans les paroisses de la campagne, il iàudroit le jeter dans le feu.
' Si le malade avoit rejeté la sainte hostie seulement par Tefibn d'une toux passagère, il faudroit la lui remettre dans la bouche pour la lui faire avaler, racler Fendroit où elle seroit tombée , si c'éioit à terre, oa le laver si c'étoitsur un linge, et faire comme il vient d^ètre dit ci- dessus.
Le saint-Sacrement doit être porté dans les maisons des malades avec toute JU décence possible. Pour cet effet, il y aura un petit dais qui, au défaut des ecclésiastiques, sera porté par les confrères du saint-Sa* crement, ou par ceux qne les parens du malade aur ront soin de faire avertir.
Quand on ne sortira pas de la ville ou du bourg, le curé portera le ciboire couvert î\e son pavillon, où il y aura plus d^bosties consacrées qu^il n^en £iudra pour communier les malades « et le rapportera dans le même ordre. Mais s'il faut aller à la campagn^,il se servira d'une petite custode, ou boite d argent dorée et unie par dedans^ et il ny mettra d'hosties qu'autaut qu'il y aura de malades à communier, pour s'en revenir sans cérémouie. Apres avoir mis ces hosties dans la petite custode , ou aans la boite , il se souviendra de laver aussitôt, dans le petit vase qui est près du tabernacle, les doigts avec lesquels il aura toudié le saint-Sacrement, et de les essuyer à un purificatoire.
Si les chemius étoicnt difficiles, ou le temps fâcheux, ou si le piètre qui doit porter le saint viatique, ne pouyoit aller à pied à cause de son grand ftge ou de quelque infirmité , il pourra monter à cheval, après avoir mis cette boîte ou petite custode avec le corpcH rai plié , dans une bourse de soie qu'il pendra à son
î>t L^EUCHABISTIC. 53 1
COU avec un ruban , et Tattachera devant son estomac avec deux autres rubans ou cordons attachés aux deux côtés de la bourse, lesquels il serrera autour de son corps, afin qu'elle ne soit pas trop secouée par l'agitation du cheval , et qu'elle ne puisse tomber, quelque accident qui puisse arriver. 11 sera toujours revêtu de sa soutane , d'un surplis et d'une étole; et, si le ma»-* Tais temps Vy contraint, il pourra mettre uti manteau par dessus, et se couvrir de son chapeau. Mais dans cette occasion il ne doit saluer qui que ce soit , et il se fera accompagner, s'il le peut, au moins de deux personnes , dont Tune portera un cierge allumé dans une lanterne , Tautre sonnera la clochette pendant tout le chemin, pour avertir ceux qui se rencontreront ^ de suivre le saint-Sacrement, ou de se mettre à genoux pôurTadorer, et portera le Rituel pour servir au prêtre dans l'administration du Sacrement. Si le danger djui malade n'est pas pressant ^ il convient qu^il porte le saint-Sacrement à pied et en procession comme à Tordinaire, jusqu'à la porte de la ville, ou du bourg , ou du village où est Téglise paroissiale, et, après avoir passé la porte, il pourra monter à cheval.
Hors le cas de nécessité^ le prêtre qui porte le saint- Sacrement, doit avoir toujours la tête nue et sansca«« lotte, autant que ses infirmités et la saison le permet-iront, sur-tout lorsqu'il le porte sous un dais et dans le lieu de l'église paroissiale. Il pourra néanmoins se couvrir de son bonnet carré , même à pied , quand il portera le saintSacrement un peu loin à la campagne.
Le curé avertira ou fera avertir ceux qui sont auprès du malade I, de bien nettoyer la chambre et de tenir les autres lieux de la maison par oii le saint- Sacrement doit passer , dans la plus grande pronretéqu'il sera possible, suivant la faculté de chacun^ de couvrir le Ut du malaae d'un linge blanc, d^en mettre un devant sa poitrine, de préparer une table couverte d^une nappe fi»rt propre, de la placer en sorte que le malade puisse laci^
53a Du SAcnEMERT
lement la voir, et de mettre sur cette table deux chamde-liers avec deux cierges allumés, entre lesquels il y aura un crucifix 9 de Feau bénite dans un vase avec un aspersoir , un autre vase dans lequel il y ait un peu d eau et de vin pour purifier les doigts du prélre , après qu^ilaura communié le malade, et donner cette ablution au malade, quand il aura communié^ une aiguière et un bassin ou au moins un pot à eau avec un plat et une serviette blanche, pour donner à laver au prêtre avant qu'il touche le saint-Sacrement, s'il en a besoin. Si Ton ne trouve pas toutes ces choses chez le malade , à cause de sa pauvreté, on priera quelque voisin ou quelque antre personne charitable ay suppléer. On ob^erveni que la chambre du malade soit dans Tétat le plus hoo* néte que sa condition et ses* facultés le permettront, et sur-tout qu'il ne s^y voie rien d'indécent , et qu oo en ôte tout tableau ou toute peinture obscène et déshonnête.
Tout étant disposé, le curé aura soin de faire tinier vingt coups de la grosse cloche de IVglise . pour inviter les fidèles à s y rendre ^ et principalement les confrères du saint — Sacrement , s'il y en a dans la paroisse , afin d'accompagner Notre — Seigneur chez le malade , chacun , s'il est possible , avec un cierge à lajmain. Et, afin qu'il y ait plus de monde en ces occasions, les curés, les prédicateurs et les con^ fe^'scurs auront soin d'exhorter souvent les fidèles à une si sainte action , leur représentant le mérite et les grâces qui y sont attachées^ et ils les porteront iie faire agréger à la confrérie du saint-Sacrement , que tous les curés de ce diocèse sont exhortés à ériger, s^'l se peut, dans leurs paroisses.
Après que le prêtre aura administré le saint viatique au malade, et purifié ses doigts dansTean ou le vin qu'on aura réservé dans un vase à cet effet, il lei essuiera au purificatoire apporté dans la bourse du corporal , ou daus celle de la petite custode»
DE L^EtrCHABISTIK. 533
Lorsq«ri] portera le saint-Sacrement à la campagne, après avoir communié le malade, et avant de purifier ses doigts , il regardera s'il reste quelque fragment de rhostie dans la custode, ft s'il en aperçoit quelques— tins, il lavera la custode avec du viu ou de feau qu'il mêlera , après s'être purifie les doigts , dans Teau ou le vin dont il se sera servi pour cette purification , et il fera avaler le tout au malade^ si le malade y a de la répugnance, ou ne peut avaler ce vin ou cette eau , le prêtre jettera le tout dans le feu, ensuite il essuiera la custode avec le purificatoire.
Si le prêtre qui porte le saint viatique à la campagne, se trouve tout d'un coup frappé de quelque maladie ^ui l'empêche d'aller plus avant, ou s'il vient à mourir, alors quelqu'un de ceux qui l'accompagnent, ira appeler le prêtre le moins éloigné pour venir prendre le saint-Sacrement et le r^orter à l'église parois-* siale, tandis que les autres demeureront pour le garder sur le chemin^ lequel prêtre étant arrivé, après avoir pris le saint— Sacrement , achèvera le chemin qui reste à faire jusqu'à la maison du malade, pour lui donner le saint viatique , avant que de reporter le saint-Sacrement dans l'église paroissiale. Si Ton ne trouve point de prêtre, il faudra chercher quelque clerc pour
Prendre le saint-Sacrement et le porter à l'église ^ si on ne trouve point de clerc, un laïque même pourra le faire dans ce cas de nécessité.
Si le malade meurt pendant qu'on lui apporte le saint-Sacrement, le prêtre reportera le saint-Sacrement à l'église avec la même décence qu'il l'a apporté. Quoique les malades ne soient pas en danger de mort, s'ils ne peuvent aller à l'église, les curés ne laisseront pas de les exhorter à recevoir la sainte communion, sur-tout s'il arrive qoelque fête solennelle qui leur en donne occasion. Et en ce cas, comme ils ne communieront que par dévotion et non par forme
536 Du Sacrement
Les prêtres ) qui en ^ont les miDistres, doivent donc étudier avec soin les règles pour bien administrer ce Sacrement , lire pour cela les bons auteurs qui traitent de ces matières , et sur-tout posséder les instructions que Dons allons donner.
La matière éloiguée du Sacrement de Pénitence ^ ce sont tous les pécbés commis dépuis le Baptême, avec cette différence, que les péchés morlels en sont la matière nécessaire, parce que le péché mortel commis après le Baptême, ne peut être remis que par le Saae- Dient de Pénitence : c'est pourquoi le concile de Trente dit j qu^ii est nécessaire de droit dit^in , pour ta ré^ flussion de ces péchés , de confesser , dire et déclarer tous les péchés mortels dont on peut se sou^enir^ après jr avoir bien et soigneusement pensé ( Sess. i i. cap. 5. et can* 7. )• Mais les péchés véniels sont la matière seulement suffisante du Sacrement de Péuitencf ,
Êarce qu^ils ne sont pas incompatibles avec la grâce de Ueu^ et qu^il v a plusieurs moyens de les effacer sans le ministère des paêtres. C'est toutefois une pratique très-utile et hors de toute présomption, de s'en confesser } elle doit être recommandée par ceux qui ont le soin des âmes. Les péchés mortels déjà pardonnes sont aussi matière suflisante du Sacrement ae Pénitence \ et il est profitable aux âmes d'en réitérer quelquefois la confession.
Les trois actes du pénitent, savoir, la contrition, la confession et la satisfaction, sont comme la matière prochaine de ce Sacrement : quasi matenia , dit le concile de TrentCé JEt ces mêmes actes ^ ajoute le même concile (^^. ii(. cap. 3. dePœnit.)^en tant que par institution dii'ine ils sont requis dans le pénitent pour Vintégrité du Sacrement et pour la rémisfion pleine et parfaite des péchés ^ sont dits aussi en ce sens y les parties de la Pénitence. Ces trois actes du péuitent ne sont pas dans le même degré et de la même manière nécessaires pour la validité du Sacrement de
DE PeMITENCE. 537
Pëniteoce. La contriiion est essentiellement requise pour la validité de ce Sacrement ^ la confession vir-« tiielle suffit^ la satisfaction dans lexercice n'est pas né— ccssairemeui requise. La contrition et la confession sont parties essentielles au Sacrement , mais la satisfaction n'^est que partie intégrante^ et ainsi sans la contrition et la confession , le Sacrement ne subsiste pas î mais sans la satisfaction il subsiste dans son essence, quoiqu'il ne soit pas parfait.
La forme du Sacrement de Pénitence consiste dans les paroles dont TEglise se sert pour exprimer l'absolution : ego te absolvo , etc. Enfin le ministre est l€ prêtre qui les prononce en juge tenant la place de Jésus-Christ.
Le Sacrement de Pénitence est nécessaire de nécessiié de moyen et de droit divin à tous ceux qui ont perdu rinnocence de leur Baptême, en devenant coupables de quelque péché mortel \ il est le seul et unique moyen que le Sauveur a laissé à son Eglise pour les réconcilier avec Dieu 5 il est nécessaire au salut pour ceux {jui sont tombés depuis le Baptême , dit le concile de Trente, comme le Baptême Vest à ceux qui ne sont pas encore régénérés {Sess* i^. cap.de Pcen^). Ainsi, comme dans la loi nouvelle ceux qui peuvent recevoir le Baptême, ne sont pas régénérés s'ils ne reçoivent réellement ce Sacrement , et qu'en cette circonstance le seul dcsir du Baptême ne leur sufGt pas pour être sauvés, de même depuis que le Sacrement de Pénitence a éié institué par Jésus-Christ, il faut, pour obtenir la rémission des péchés mortels commis depuis le Baptême , recevoir effectivement le Sacrement de Pénitence, quand on le peut, la seule volonté ne sufliroit pas en cette circonstance pour être jus*tifié: ce qui doit convaincre les pasteurs de l'obligation qu'ils ont , non-seulement de n^oublier rien pour empêcher que les pénitens ne fassent des confessions sacrilèges , mais encore de porter les fidèles à ne rien
538 Du Sacbement
négliger pour bien faire une action si importante , puis-
2u'on oe sauroit prendre trop de sûreté dans une attire dont dépend l'éternité.
Le Sacrement de Pénitence ne remet point les péchés mortels les uns sans les autres, mais il les eflBice tous : car le pécheur n'obtient point le pardon dé ses péchés qu'il n'en ait un véritable repentir ; Qu'il ne rentre dans l'amitié de Dieu ; qu'il ne reçoive la grftce habituelle sanctifiante, qui efface ses péchés, et qu'il ne recouvre la vie spirituelle que le péché lui avoil fait perdre.
Nous recevons encore par ce Sacrement plusieon autres avantages qu'il est bon que les pasteurs expliquent à leurs peuples , afin de les engager à le fréquenter.
1 . Le Sacrement de Pénitence , en remettant les pèches, remet le pécheur converti dans la possession de la ^râce habituelle sanctifiante ^ la rémission des pécho se faisant par Tinfusion de cette grâce, il lui redonne avec cette grâce les vertus infuses et les dons du Saint- Esprit ^ il lui communique encore des grâces actuelles, qui Taident à vaincre les tentations et à persévérer dans la justice: ainsi il le rétablit dans letat où il étoit auparavant , il lui redonne les droits que le péché lui avoit fait perdre ^ puisque la grâce sanctifiante qu'il reçoit , le rend enfant et ami de Dieu et héritier du ciel.
2. Le Sacreinent de Pénitence remet non— seulement la coulpe qui rend le pécheur ennemi de Dieu , mais encore la peine éternelle qui est le châtiment que le pécheur mérite. II reste néanmoins une peine tenir porelle que le pécheur est obligé de souffrir en cette vie, après avoir obtenu la rémission de ses péchés et de la peine éternelle qui leur étoit due. Quoique nous soyons obligés de croire , suivant la décision du con* cile de Trente ( Sess. 1 4* can. i a. de Pœnit. ), que la peine due au péché n'est pas toujours toute remise dans le Sacrement de Pénitence; il arrive néamnoios
M Péniteuce. 53^
4]uelque(bis que la peine temporelle est entièrement remise quand le pénitent est très-bien disposé ^ il peut se faire, selon saint Thomas (î/i 4* sentent, dist. 18. q. 1. art. 3. quœstiunc. 3. ), que la contrition soit si grande et si parfaite que toute la peine soit remise.
Le Sacrement de Pénitence fait revivre le mérite des bonnes œuvres qui avoient été faites en état de grâce: ces œuvres qui étoient devenues mortes par le péché, reprennent leur première vie par la grâce sanctifiante que le Sacrement confère^ elles reprennent la vertu qu^elles avoient de conduire à la vie éternelle celui qui les a faites. Eu un mot, ce Sacrement, en sanctifiant et renouvelant Tâmedu pécheur converti, lui rend toutes les grâces, les vertus et les mérites même qu'il a voit eu le malheur de perdre par le péché mortel.
La réconciliation avec Dieu dans ce Sacrement , selon le concile de Trente , dans les personnes pieuses qui reçoivent ce Sacrement as^ec dévotion.^ a coutume d^être suivie d^une grande paiœ et tranquillité de conscience , avec une abondante consolation desprit ( Sess. 14. cap, 3. de Pœnit. ).
Nous réduisons à deux chefs les instructions que nous avons à donner sur le Sacrement de Pénitence : les unes regardent les qualités et les obligations du prêtre qui administre ce Sacrement^ les autres, les dispositions qu^il doit trouver ou exciter dans les péui— tens pour qu'ils soient dignes de l'absolution Le misistre doit avoir la jurisdiction , rapprobation de l'é— vêaue, et de plus la probité, la science, la prudence^ il aoit garder un secret inviolable, donner, différer ou refuser Tabsolution suivant les règles de Tllglise. Pour le pénitent, il doit avoir une vraie conti i(ion de ses fautes, les confesser exactement, accepter et accomplir la satisfaction ou pénitence qui lui est imposée.
54o Du Saceement
De la Jurisdiction nécessaire au Ministre de la
Pénitence.
V^uoiQUE Tabsolution du Prêtre soit un€ dbpensation des grâces et des miséricordes de Dieu, elfe n'est pas seulement un simple ministère ^ mais un acte judiciaire par lequel le prêtre , en qualité de ministre et de vicaire de Jésus— Christ, prononce en juge la sen^ tence pour la rémission des péchés.
Il est de Tordre et de Tessence ae tout jugement, que nul ne prononce de sentence que sur ceux qui lui soûl soumis. G^est pourquoi les prêtres qui reçoivent en Tordination le pouvoir de remettre les péchés, ne peuvent Texercer vafidement, si TEglise ne leur assigne des sn- ~etsj et elle a toujours été persuadée de la nullité de
'absolution que donneroit un prêtre à une personne sur laquelle il n^auroit aucune jurisdiction ordinaire ou déléguée. Ceci doit s'entendre du pouvoir d'ab-» soudre de toute sortede péchés, même véniels, et sans aucune distinction.
Il y a deux sortes de puissances requises dans un confesseur. La première est la puissance d'Ordre, qui se donne à tous les prêtres dans leur ordination, et est inséparable du caractère sacerdotal , comme faisant une partie de leur consécration \ tous les prêtres Font , et elle est la même en tous. Elle donne le pouvoir intérieur et surnaturel , qui est nécessaire du c&té du ministre, afin qu'il puisse reoiettre les péchés. La seconde puissance, dans les confesseurs, est celle de jurisdiction , qui donne ce qui est requis du côté des fidèles, savoir, l'autorité de les juger loraquils s'accusent de leurs péchés. Tous les prêtres ne l'ont pas : elle peut être refusée ^ elle est pius grande dans les uns que dans les autres ^ elle peut être augmentée ou diminuée. En vertu de celle puissance que TEglise
DB Pénitence. 54 1
donne au prêtre, en lui sonmeuaut des fidèles, il petit exercer validement et licitement sur ceux qui lui sont sujets , la puissance de' remettre les péchés, qu'il avoit reçue à son ordination. Ces deux puissances sont absolument nécessaires pour la validité du Sa-* crement de Pénitence.
La puissance de jurisdiclion est ou ordinaire , on déléguée : la jurisdiction^ ordinaire est celle qu'on a en vertu d'une charge , d'une dignité, d'un office ou d'uu bénéfice à charge <i'âmes. Le pape a la jurisdiction ordinaire et de droit divin dans toute TËglise et sur tous les fidèles. Il est le seul qui puisse en tout temps, en tout lieu, par son office, absoudre tous les fidèles, de
Îuelque pays qu'ils soient , de toutes sortes de péchés. »es evèques ont la jurisdiction ordinaire sur tous leurs diocésains; les curés, sur leurs paroissiens^ les supérieurs ré&uUers, sur leurs religieux.
La jurisdiction déléguée est celle qui se donne par simple commission à ceux qui n'ont point charge d'âmes , ou k ceux qui ont charge d'âmes sur des personnes qui ne dépendent point de leur jurisdiction ordinaire. Elle s'accorde par celui à qui elle appartient, en vertu d» sa charge ou dignité, ou du bénéfice dont il est pourvu» Telle est la jurisdiction de tous les vicaires amovibles ou secondaires , de tous les prêtres qui ont le pouvoir de confesser sans être pasteurs en titre , de tous les re^ ligieux qui sont approuvés pour confesser les séculiers. La jurisdiction déléguée peut être limitée, non— seulement quant aux personnes et aux cas , comme la jurisdiction ordinaire, mais aussi quant aux lieux et aux temps.
Un prêtre qui n'est point pourvu d'un bénéfice à charge d'âmes , a besoin de Tapprobation de Tévêque, pour entendre les confiassions : /:'est ce qu'ordonne le concile deTrente,( Sess. 23. cap. 1 5. de Reform.): Nul prêtre^ même régulier , ne pourra entendre les con-^ /çssions des séculiers , non pas même des prêtres , ni
54 3 Du SACMKEmr
être tenu capable de le pouvoir faire , ^û n^a uH bénéfice portant titre et Jonction de cure^ ou s'il nest jugé capable par les évéaaes qui s'en seront rendus certains par F examen ^ s ils le troupeni neoessaire ou autrement , et s^il n'a leur approbation,^, nonobstant tous prii^ileges et toute coutume contraire^ même de temps immétnoriaL Ce décret a été reçu en France et s y observe.
Un curé ne peut, sans permission et approbation de révêqiie, confesser validement d'autres personnes que ses
employer n'a éié approuvé par Tëvèque diocésain^ conformément à roruonnance du concile de Trente qui Tient d'être citée. Ainsi un curé ne peut appeler un autre curé du diocèse pour confesser ses paroissiens, à moins que le curé qp il appelle à son secours ^ ne soit approuvé par i'évêque, ou pour confesser dans cette paroisse, ou pour confesser dans tout le diocèse. L^assemblée du clergé, en 1740, a déclaré manifestement fausse , contraire aux premiers principes de Vordrc hiérarchique , et évidemment dîangereuse dans la pratique^ la doctrine qui enseigne que l'évéque, sans priver un curé de son bénéfice, ou le déclarer suspens des fonctions curiales , et par conséquent sans observer les formes canoniques , ne peut le rendre inbabile i entendre les confessions d'autres que deàes paroissiens, ni empêcher à sa volonté ses confrères de le délier pour cet effet. Celte assemblée a regardé comme un droit incontestdhi* ^ le pouvoir qui appartient aux éi^ues^ de restreindre les curés de leurs diocèses à rCentendre que les confessions de leurs propres paroissiens^ lorsquUls le Jugent à propos pour le salut des-dmes^ et d'empêcher que les autres curés ne s'arrogent U prétendu droit de déléguer leurs confrères dont les pouvoirs ont été ainsi restreints , satis qu^on puisse
DE Pénitence. $43
lors assujettir les éi^éques à prendre les Poîes de la procédure juridique ^ ni prétendre qu^ ils soient obligés à rendre compte des motifs de leur conduite.
Ud prêtre , soit séculier , soit régulier, dont 1 approbation est limitée à certaines personnes, à certains lieux, à un certain temps, à certains cas, ne peut aller audelà des limites de son approbation , à peine de nullité des absolutions qu il donneroit. C'est pourquoi les confesseurs doivent s'appliquer exactement â savoir quels sont les cas , quelles sont les censures que les évéques des diocèses où ils sont approuvés, ont réservées, quelles sont les bornes , quelle est l'étendue de leurs pouvoirs, afin de ne point exposer les pénitens qui s'adressent à eux , h recevoir des absolutions nulles et invalides. . PoQf entendre validement les confessions , ce nVsl
f)as assez d'être assuré que Tévêque approuvera Tabsoution qu^on aura donnée , ou au'il donneroit pouvoir de confesser, si on le demanaoit; cela ne suffit pas pour avoir jurisdiction : un prêtre qui confesseroit dans ce cas, usurperoit une autorité qui ne lui appartiendroit point^ et le pouvoir que Tcvêque lui donneroit dansia suite, ne revalideroit point l'absolution qu'il auroit donnée.
Ce n'est pas par des présomptions et des conjectures que la jurisdiction se donne : elle vient, ou de la loi qui la attachée à certains bénéfices ou accordée dans certaines circonstances particulières, ou des supérieurs ecclésiastiques qui ont droit de la communiquer. S'il étoit permis de fonder la validité des Sacremens sur de simples présomptions ou conjectures, on renverseroit les principes de la théologie les mieux établis^ on troubleroit Tordre de la discipline de TEglise la plus autorisée.
Nulle approbation, donnée en termes généraux, ne peut sVtendre aux cas réservés et aux confessions des religieuses , s'il n'en est fait une mention expresse.
Lorsque les bulles de jubilé permettent aux fidèles de se choisir tels confesseurs qu'ils voudront, elles ne doi- Tenti'^n tendre que du choixparmi les prêtresapprouvés.
544 ^^ SACREMEirT
Les cures, comme les autres prêtres, ne peuvent se conièsser à un prêtre non approuvé par l'évéque diocésain. Le sentiment contraire a été condamné par le décret du pape Alexandre VIL , au mois de septembre i665 ^ et l'assemblée du clergé, en 1700, a déclaré la proposition qui le soutenoit, fausse, téméraire et contraire au concile de Trente.
Les confesseurs ne peuvent absoudre , sous prétexte de quelque coutume que ce soit, les habitans d^un autre diocèse, qui viennent exprès in fraudent se confesser, pour eu éluder la discipline, ou pour trouver des confesseurs T:elâchés, afin de persévérer plus fàcilemeut dans rbabitude ou l'occasion prochaine du péché, ou pour se soustraire à la soumission qu'ils doivent & leur évéque qui se seroit réservé des cas ou des censures dans lesquels ils seroient tombés. Tout ce qui se fait potir éluder la jurisdiction de son juge légitime, est réprouvé par les loii ; la mauvaise foi est d'ailleurs un nouveau péché qui met hors d'état de mériter alors le pardon de ceux dont on s'accuse. Les curés avertiront leurs peuples que ces confessions sont nulles et invalido, suivant la loi de ce diocèse.
Quant aux confessions qui se font de bonne foi hors du diocèse par des pèlerins , des vojageurs ^ des mar« chands , elles sont valides , quoique les prêtres i qtii elles se font, ne soient point approuvés par Tévêque diocésain du pénitent. C'est un usage universeliemeul reçu dans TEglise , approuvé par le consentement de tous les évêques.
Les vagabonds qui n'ont point de domicile fixe, peuvent être absous par les curés et les prêtres approuva dans les lieux où ils se trouvent, quoiqu'ils n'aient pal dessein d'y demeurer.
Lorsque les évêques font insérer dans les lettres d'approbation pour confesser, la clause, de consensu w îicentid parochi^ ce n'est pas pour obliger les prétrei k qui ils les accordent, à demander la jurisdiction 4bt
cura
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curés des lieux ^ mais pour les avertir qu^it convient qu'ils n'usent du pouvoir que les évêques leur donnent^ qu'avec ragrément des curés ^ afin d'entretenir la bonne intelligence et l'union entre les curés et les confesseurs* Il faudroit cependant juger difFéremment de cette clause| si un évéque la meitoit dans ses lettres , comme une condition nécessaire pour la validité des confessions: alors un prêtre ne pourroit confesser sans l'agrément du curé , en couséquence de Tordre de Tévêque; mais^ en ce cas , il ne faut pas regarder cet agrément du curé^ comme une concession de jurisdictiou de sa part à ce prêtre : la nécessité imposée de prendre cet agrément ^ est seulement une condition par laquelle Tëvèque sus^ pend l'exercice de la jurisdiction qu il accorde à ce prêtre., et qui vient uniquement de lui.
Un curé qui a fait démission de sa cure et en est dépossédé^ int peut entendre les confessions^ sans avoir* obtenu de l'évéque une nouvelle approbation : car^ n'ayant plus sa cure^ il n'a plus de jurisdiction ordinaire^ il faut donc qu'il en ail une déléguée*
Comme la jurisdiction ordinaire, gracieuse et volon-* taire, n'est point bornée par le territoire , les ourés peuvent validement confesser et absoudre leurs paroissiens en tout lieu, même hors du diocèse. Mais il est du bon ordre et convenable , pour éviter tout trouble et tout scandale, qu'un curé, en pareil cas, obtienne l'agrément ou du supérieur de Téglise oii il veut coU'** fesser , ou de Tévêque diocésain.
Oa juge autrement des confesseurs réguliers, aux<> queb le pape Clément X, en sa bulle superna magni Patris-familias , détend de confesser dans un autre diocèse , les pénitens de celui dans lesqueb ils sont approuvés. Cependant , disent quelques auteurs , ntk régulier auq\iel l'évêqucauroit permis et donné pouvoit spécial et exprès de confesser un de ses diocésains hori de son diocèse, le pourroit faire et absoudroit valide^ ment. A l'égard des confesseurs séculiers qui ne Houl Toim L Mm-
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pas cutis ^ les docteurs disputent entr^eur s^ils peuvent confesser et absoudre validement dans un autre diocèse, les pénitens de celui où ils sont approuvés. IJela est défendu expressément à ceux du diocèse de Toulon , hors duquel leurs pouvoirs sont révoqués.
Les approbations, qui ne sont pas limitées pour un certain temps, subsistent toujours jusqu'à ce qu^elles soient révoquées, et n'expirent pas même par la mort de révêque qui les a accordées.
C'est la coutume que , quand un évêque meurt , les
Î)rêtres qu'il avoit approuvés pour entendre les con-> essions, Continuent de faire cette fonction, jusqu'à ce que leur approbation ait été révoquée : leurs pouvoirs subsistent après la mort de l'évéque qui les a approuvés, Jusqu'à la révocation ^ parce qu il est important au bien de l'Eglise et au salut des fidèles , qu'il y ait en tout temps aes confesseurs qui puissent absoudre les pécheurs. Il faut une approbation spéciale de Févêque pour confesser les religieuses , soit que les confesseurs soient séculiers , soit qu'ils soient réguliers ^ soit comme con-« fesseurs ordinaires , soit comme confesseurs extraordinaires. Les curés même ont besoin de recevoir cette approbation pour pouvoir confesser les religieuses, doot les monastères sont situés dans l'étendue de leur paroisse. Tout prêtre, soit séculier, soit régulier , qui est ap* prouvé pour confesser les religieuses d'un monastère) n*est pas censé pour cela approuvé pour entendre en confession les religieuses d'une autre maison.
Les confesseurs extraordinaires , députés et approuvés par l'évéque pour entendre une fois les confessions des religieuses , ne peuvent, en vertu de cette approbatiooy les confesser plusieurs fois^ mais ils doivent être approuvés de nouveau par l'évéque, pour les entendre encore^ soit en qualité ae confesseurs extraordinaires , srà es qualité ae confesseurs ordinaires.
Quand même un évêque auroit refusé injustenest Tapprobatioxi à uu régulier qui lui auroit été présesio
D£ PÉKITEIfCE. 547
par son supérieur , ce régulier ne pourroit entendre les confessions des personnes séculières dans le diocèse de Tévèque qui lui a refusé son approbation, quoique son supérieur régulier len juge capable.
Les religieux n'ont pas le même pouvoir à Tégard des religieuses, qu'ils ont à Tégard des religieux, soit que les religieuses soient de leur ordre , soit qu^elles soient d'un ordre difiërent. Ils ne peuvent entendre les confessions des religieuses, méine soumises à leur jurisdiction , sans avoir pour cela une approbation spéciale des évêques* C'est la décision du pape Grégoire XY. ( Const. i8. Tom. 4» Bullar. Rom. ) ; Confessores i^ero , ^iVe regulares^ sive seculares , quomodocumque. exempti , tam or dinar ii quant eœt raor dinar ii ^ ad confessiones monialium etiam regularibus subjec-^ tarum audiendas , nullatenàs deputari valeant , nisi priiis ah episcopo diœcesano idonei judicentur , et approhationem quœ gratis concedatur , obtineant. Décision que le pape Benoit XIV. étant alors arche-» vêque de Boulogne, rapporte (^Institut. 29.) en ajoutant que cette constitution du pape Grégoire XV. n'est point abrogée, et qu'elle doit être observée même aujourd'hui à la rigueur. Il le prouve par une autre constitution de Clément X. Clemens X. dit— il , quœ prias à Gre^^ gorio sancita fuerant , plenè confirmavit , ut nempè corifessarii regulares à suis prœfectis ad confessiones monialium audiendas designati^ etiam in monasteriis illorum potestati traditis , episcopi auctoritate ad illudmunus necessario probentur. Ce qu'il assuré avoir encore été confirmé par le pape Clément XII.
La congrégation des cardinaux interprètes du concile de Trente, le déclara aussi en ternies exprès, ayant été consultée là-dessus du temps du pape Grégoire XV. qui Tapprouva : decernimus regulares generaliter ab episcopo approbatos ad confessiones ^personarum secularium audiendas^ nequaquam censeri appro-batos ad audiendus confessiones monialium sibi sub'*
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jectarum^ sed egere quoad hoc speciali episcopi ap* probatione. Cette déclaration fut encore approuvç'e >ar lé pape Urbain VIII. Le pape Benoit XIV. , dans a n^eme institution que nous venons de citer, rapporte plusieurs autres décisions pareilles de la même congrégation, Tune de Tan 1723, autorisée, dit-il^ par la constitution de Clément X. dont il a été parlé cidessus, quia aboli toute coutume contraire^ quoique immémoriale i une autre donnée en réponse au cardinal Peregraj une troisième enfin donnée l'an 1733, en répondant au cardinal Bon-Compagnon sou prédécesseur, auquel cette congrégation fit observer, qu'il ne devoit pas permettre qu'un confesseur, qu''il avoit approuvé une fois, pour confesser les religieuses exemp* tes , les confessât après celte approbation expirée , sans en avoir obtenu de lui une nouvelle. Sacra congregatio censuit requiri ejus (^eminentissimi archie^ piscopi) approbationem in quocumque casu desti-' nationis alicujus pro audiendis conjessionibus dic^ tarum moniaÙum. Les assemblées du clergé en i6a5, i635 et 1645, ont déclaré la même chose. Le même clergé en rassemblée de 1700, a condamné cette pro-
{ position : les religieuses exemptes peuvent recevoir ^absolution d^un prêtre qui n^est pas approuvé par Vévêque^ soit que ce prêtre soit séculier , soit qu"* il soit régulier ^ il Ta jueéc fausse, téméraire, opposée à Tintention du concile de Trente, et contraire à la jurisdiction des évêques et à la discipline ecclésiastique. Le pape Benoît XIV. confirme encore celte doctrine en termes bien exprès dans sa constitution pnstoralis ^ où, parlant des qualités que doit avoir un confesseur extraordinaire des religieuses, il ajoute, ^icut ètiam minime dubitatur quin ab ordinario loci spccialiter pro monialibus approbatus esse debeat-^ quam hujuS" modi approbatio ex apostolicarum constiiuiiomifn lege omnino requiratur , non solîim in omnihus^ taff^ ordinariis quàni extraordmariis confessariis , <l^
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monialïbus , etiam regularibus suhjectis^ ah earum respect ii^è superioribus deputantur \ sed etiam in iisj qui à canlinali mnjori pœnitentiario conceduntur ^ etiam apostolicâ s^le vacante. Ce souverain pontife parie ici du cas où les religieuses, ne pouvant obtenir ae leur supérieur un confesseur extraordinaire, malgré toutes leurs instances, en demanderoient un au Cardinal grand-pénitencier, même durant la vacance du saint siège. 11 paroît encore expliquer ici, ce qu'il observe plus haut dans la même constitution , où, après avoir dit que c'est à Tévêque de donner aux monastères des religieuses qui dépendent d'eux , des confesseurs ^ soit ordinaires, soit extraordinaires, et au supérieur régulier de les établir et les choisir pour les monastères de religieuses qui sont soumises à leur jurisdiction ; ce grand pape ajoute cette condition pour la désignation de ces derniers confesseurs , sen^atd apostoïicarum constitutioniim formâ^ pour marquer par-là la nécessité de l'approbation de Tévêque diocésain, pour les confesseurs de religieuses exemptes.
Lorsque les réguliers, approuvés pour confesser dans ce diocèse , seront appelés pour confesser des malades, il leur est défendu de les entendre en confession, avant d'en avoir averti le curé de la paroisse du malade , afin que le confesseur puisse savoir du curé, s^II ny a lien qui empêche le malade de participer à la grâce des Sacremeus, et s'il est nécessaire de donner à ce pénitent certains avis particuliers sur son salut. Les pasteurs doivent mieux connoiire leurs paroissiens que les religieux, qui, ne sortant de leur retraite que pour s^cmployer aux œuvres de charité, ne peuvent être informés aussi exactement de ce qui se passe dans une paroisse, dont le détail occupe un curé. Si ce règlement étoit bien [observé, on éviteroît des inconvéniens importans pour Thonneur de la Religion et le salut des âmes ^ saint Charles l'avoit établi dans son diocèse. Si la maladie de celui qui appelle un religieux pour se " Mm 3
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confesser , pressoit de façon à ne pas donner au cod«fesseur le temps d'avertir le curé de la paroisse avant de confesser le malade , il Finformera^ aussitôt après la confession ) qu'il a confessé une t^Ue personne.
L'Eglise consent que tout prêtre , même non ap-
5' rouvé , puisse absoudre validement de tout péché et e toutes censures, même réservées, ceux qui sont en Ranger de mort, quand il ne se treiùve point de prêtre approuvé pour les absoudre ^ et par ce consentement elle supplée au défaut de la jurisdiction ordinaire et dé* léguée, à cause du besoin qu'un mourant a du Sacreinenl dé Pénitence. De peur ^ dit le concile deTrenié, (Ses9. i4- cap. 7. de Pœnit.) que quelqu^un ne vînt a périr ^ il a toujours été observé dans la même Eglise de Dieu , par un pieux usage ^ quil rCjr eût aucun cas réservé à Varticle de la mort^ et que tous prêtres pussent absoudre tous les pénitens^ des censures et de quelque péché que ce soit. Cet article de la mort dont parle le concile, ne doit pas s'entendre delà seule agonie, mais on doit le prendre moralement pour le temps qu'une personne est dans un péril évident et dans un danger prorham de mort, ou se trouve dans une conjoncture capable de lui causer la mort, sans pouvoir être secourue par ceux qui ont le pouvoir n'absoudre. Il n'est pas nécessaire que le danger de mort soii toujours certain : dans un doute légitime et bien fondé, tout prêtre même a ce pouvoir^ ce que Pon doit croire erre conforme à l'intention de l'Eglise, laquelle, comme une bonne mère, ne veut pas même que dans li' dofite , Ton expose le salut d'aucun de ses eufans. 11 fatit que ce danger de mort soit procharn. Les théologiens disputent enlr'eux sur le sens de cet endroit du concile de Trente. Il y en a qui soutiennent que le concile, en disant que tous prêtres peuvent absoudre à l'article de la mort au défaut de prêtres approuvés, n'a pas voulu y comprendre les prêtres excommuniés dénoncés^ et que ceux-là, même alors^ne peuveu^
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absoudre validement. D'autres disent au contraire que le concile n'a excepté personne , et que les prêtres excommuniés dénoncés j ont le pouvoir d absoudre à Tarticle de la mort au défaut d'autres approuvés. Les deux opinions sont soutenues par des auteurs très-cé— lèbreS) et les raisons de part et d^autre sont très-fortes. Le sentiment pour la validité de Fabsolution donnée par un prêtre excommunié dénoncé dans le cas dont il s'agit, est plus conforme à la charité que l'Eglise doit exercer envers ses enfans, et au zèle sincère et ardent qu'elle a pour leur salut. Le Sacrement de Pénitence est d'une nécessité absolue pour le salut à ceux qui sont tombés dans le péché mortel depuis le Baptême , comme le Baptême lest k ceux qui n'ont pas été bap» tisés^ et la même raison qui fait permettre à un excommunié dénoncé, de baptiser, en cas de péril de mort, celui qui n'est pas baptise, doit valoir pour accorder à ce même excommunié la permission de confesser dans le même cas de péril de mort : ne aliquis pereat^ dit le concile de Trente ; les termes dont se sert ce concile sont généraux, omnes sacerdotes. Ainsi il semble comprendre tous les prêtres, soit qu'ils soient catholiques ou hérétiques^ dans ta communion de TEglise ou excommuniés, dans Tunité ou dans le schisme, soit qu'ils soient dégradés , soit qu'ils ne le soient pas. Plusieurs des auteurs qui refusent de reconnoitre dans les excommuniés le pouvoir d'absoudre en péril de mort, au défaut d'autres prêtres, ont écrit avant le concile de Trente, et le second sentiment qui reconnoît ce pouvoir dans les excommuniés dénoncés, est aujourd'hui le plus commun. Plusieurs docteurs observent^ en traitant cette question, que si le moribond, en recourant en pareil cas pour se confesser, à un hérétique même non dénoncé, étoit exposé par cette confession au péril de séduction de la part de cet hérétique, il devroit refMser de se confesser à lui, en s'excitant de tout son cœur à uu acte de contrition parfaite, attendant de lamisé^
55a Du Sacremknit
ricorde de Dieu^ les secours et les grâces queluianrok procurés un Sacremeni, dont il ne se priveroit que pour ne pas exposer sa foi. On cite à ce sujet Texemple de saint Hermenegilde.
Lorsqu'un malade , dans le cas de péril de mort tel que nous venons de Texpliquer^ a commencé sa codfession à un prêtre non . approuvé au défaut dé tout autre ayant le pouvoir de Tabsoudre , il peut achever sa confession à ce prêtre et en recevoir TabsoliitioD validement, quand même il seroit arrivé auprès de lui, pendant qu'il se confessoit, un autre prêtre approuvé: cVst le sentiment de plusieurs célèbres théologiens ; parce que le concile de Trente ne met point celte restriction au pouvoir qu'il reconnoit aux prêtres non approuvés, aabsoudre à l'article de la mort. Si cependant, après que le malade a été absous^ il se ressouveooit de quelque péché oublié, il seroit obligé alors, pour le déclarer, de se confesser au prêtre approuvé qui est arrivé pendant qu'il se confessoit à Tautre.
Lorsque le concile de Trente dit que toute réservation cesse pour ceux qui sont à l'article de la mort, de peur qu'ils ne périssent faute de Sacrement, il ne faut pas croire que, par-là, le concile veuille aussi donner pouvoir de dispenser, en sorte que tout prêtre puisse alors accorder toute sorte de dispenses à l'article de It mort ; car tout ce qui peut être l'objet des dispenses, n'est pas pour cela un empêchement à la réception des Sacremens et au salut.
Quand un titre de jurisdiction ordinaire ou une délégation de pouvoir pour confesser, se trouve invalides par quelque défaut caché qui ne vient que du droit ecclésiastique, les absolutions ne laissent pas d'être b'^nnes; parce que l'Eglise supplée alors le défaut de jurisdiction. C'est pourquoi, lorsque plusieurs prêtres sont pourvus canoniquement de la même cure, ils peuvent tous validement confesser, quoiqu'il n'y fD
•Il iju'un, ou pem-clre aucun dont le litre soit vaiaW^»
DE Pénitence. 553
m déIéguoit)pour confesser, un prêtre lié dé quelque fgularilé ou d'une censure cachée, la délégation >it nulle en elle-^mème^ cependant les absolutions i ce prêtre douneroit, seroient valides, jusqu'à ce î la nullité de sa déléguation fut devenue publique. si ce qu'on enseigne ordinairement, in disant que titre coloré avec l'erreur publique suffit pour la dite de l'absolution, lorsque l'Eglise peut suppléer léfaut de puissance.
ii la nullité du titre ou de la délégation venoit du il naturel ou du droit divin, comme si Ton conféroit ! cure à un laique, ou si Ton approuvoit un diacre ir confesser, le croyant prAtre^ les absolutions seroient les, parce que dans ce cas 1 Eglise ne peut suppléer léfaut de puissance. Elle ne suppléeroit pas non s le défaut qui viendroit du droit ecclésiastique, s'il 1 notoire à tout le monde ^ parce que le bien public le demande pas, n y ayant point d'erreur publique. ja jurisdictiou déléguée cesse par quatre moyens : par la révocation, si-lôt qu'elle est venue à la conssance du délégué de la part du déléguant; 2. par aps du tem[)s auquel la délégation a été fixée; 3.
une irrégularité ou par une censure encourue par élégué après qu'il a été dénoncé, ou que la sentence condamnation lui a été dûment signifiée. Les ab— itious qu'il donneroit avant la dénonciation ou la lification de la sentence, seroient seulement illicites; s elles ne seroient pas invalides^ si ce n'est dans le
d^une irrégularité qui rendroit un confesseur incale de faire ce qui est de l'essence du Sacrement , ime, par exemple, la perle de la parole. 4* P^*" 1* rt ou autre cessation de jurisdictiou du déléguant, s ceci n'a lieu qu'à l'égard des prêtres délégués seuenl pour confesser fjuelques personnes en particiilier, ui n'ont pas commencé d'entendre leurs confessions. i c'étoit au pénitent même que la permission eût accordée^ ou de se confesser à un prètrç qui n'eût
554 ^^ Sackrmert
pas d^aîlleurs pouToir de Tentendre^ ou de se faire alv» soudre de quelque cas rëserré, ou dispenser de quelque vœu, krégularité ou empêchement de mariage, cette permission ne finiroit pas par la mort de celui qui Tauroit accordée, quoiqu'elle arrivât avant le commencement de la confession ; parce qu'étant accordée en faveur de celui qui l'a demandée, elle est cenbëeune grâce faite et durable. Par la même raison . lorsque le confesseur a demandé des pouvoirs au nom au pénitent, il peut s'en servir après, la mort du prélat qui les a accordés , parce que c'est au pénitent même qa^ilssont accordés.
La délégation particulière , faite à un prêtre par on grand- vicaire, pour confesser une ou quelques personnes en particulier, ne finiroit pas par sa mort arrivée avant le commencement de la confession ^ parce que son pouvoir subsiste dans le prélat dont il est grandvicaire; mais elle finiroit par la mort du prélat^ ou par la cessation de sa jurisdiction, aussi bien que les pouvoirs du grand- vicaire.
Les brefs de la pénitencerie romaine, portant pouvoir d'absoudre de quelque cas réservé au pape, ou d'accorder quelque dispense, peuvent être mis k exécotiou après la mort du pape, quoiqu'elle soit arrivée avait qu^on ait rien commencé; parce que le tribunal de la pénitencerie subsiste indépendamment de la viedu^apf*
La jurisdiction des inférieurs peut être restreinte par les supérieurs , et c'est effectivement à l'égard de certains crimes qu^on nomme pour ce sujet cas réservés; et de certaines censures , dont nous aonnerons un traité à part.
Des Qualités nécessaires au Ministre du Sacrement
de Pénitence.
Après avoir parlé de la jurisdiction nécessaire aofl"' nistre du Sacrement de Pénitence, il est imporwcde
DE Pénitencb. 555
dire quelles qualités il doit avoir et de donner les règles qu'il doit suivre, pour remplir dignement une fonction aussi sainte.
Les confesseurs* qui ont Thonneur de représenter Jésus— Christ dans le sacré tribunal, doivent en premier lieu considérer , que ce seroit un malheur terrible pour eux , si, travaillant à guérir les blessures des autres , ils négligeoient leurs maux et leurs propres misères; s'ils étoient eux-mêmci» souillés de crimes; s'ils n'éloient attentifs à mener une vie sainte^ afin que leurs exemples puissent contribuer, autant que leurs paroles et leurs exhortations, à engager les personnes qui s'adressent à eux, à mener une vie chrétienne et pénitente,
Diirum e€t^ dit saint Grégoire (hom. 26. in Ei^ang.)^ ut qui nescit tenere moderamina ^vitœ suœ , judex fiât "vitœ alienœ. Ce saint pape ajoute ( de cw\ past. 2. p. c. 3. ) : qui enim locisui necessitate exigitur sum-* ma dicere^ hdc eâdem necessitate compellitur summa monstrare.
C'est pourquoi chaque confesseur doit s'appliquer, comme dites à lui-même, ces paroles de saint Bernard ( L. 3. de consid. ) : à te tua consideratio inchoet , ne frustra extendaris in aliéna : quidquid enim extruxeris extra te ^ si te ipsum rœglexcris ^ erit instar coftgesti puWeris ventorum turbinibus ohnoxium. Monstruosasi quidem res est ^ lingua magnilnqua^et manus otiosa ; sermo multus , et fructus nuilus.
Un confesseur, selon saint Basile, doit être rempli de toutes les vertus, n'avoir aucun affection potir les biens de la terre , ne point s'embarrasser dans les affaires du moTide, chercher la tranquillité, fuir Tinquiétude, aimer les pauvres et la pauvreté, être d'une grande édification à ceux qui le fréquentent, n'avoir aucune vanité pour paroîlre devant les hommes , ne flatter personne, ne point se laisser flatter par les autres, être ferme et inflexible dans le bien, préférer Dieu à toutes choses.
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Et certes, si un confesseur ,n^est pas bien affermi dans la piété ; s'il n'a pas assujetti ses passions par l'exercice de la mortification; s**!! n'est pas uni é(roi(emeut à Dieu par la pratique de roraîson , il sera tous les jours en danger de succomber à mille tentations auxquelles son ministère Texpose. Etabli pour retirer les pécheurs de tous les vices , et pour cpnauire les fidèles dans la voie de la vertu , il doit travailler de toutes ses forces à se purger des moindres vices, et à se perfectionner dans toutes les vertus. Car comment pourra-t-il haïr et reprendre dans les autres, ce qu'il aime et approuve dans lui-même T s'il n'a pas marché dans la voie de la perfection , comment y conduira-t-il ceux qui ne la connoissent pasf pourra-t-il fortement exhorter les autres à (aire ce qu'il ne veut pas pratiquer f s'il est lui*mcme l'esclave du péché, quelle horreur pourra*t-il en inspirer à ceux qui se présenteront à lui? En un mot, un confesseur doit veiller avec d'autant plus de soin à sa propre perfection , qu'il se voit plus appliqué à la conduite des autres; il doit s'avancer chaque jour dans la piété par l'élévation fréquente de ses pensées et de son cœur à Dieu, pour exciter de plus en plus en lui-même l'amour qu'il lui doit.
Quelle grâce un confesseur sans vertu aura*t*il à parhîf des choses de Dieu F II reprendra, il corrigera ^ il instruira au tribunal sans onction, sans zèle, sauf bénédiction ^ il accompagnera les vérités les plus terribles d'un air de sécheresse, de contrainte, d'insensibilité, qui les aflfoiblira et leur ôtera toute leur force. Il ne trouvera plus ces expressions prises dans le cœur et q<)i seules y vont infailliblement^ il manquera de ce caractère de piété qui donne aux discours -les plus simples ^ tant de poids et tant d'énergie^ le froid.de son cœur glacera les paroles sur sa langue, et il ne sera pas possible qu'il fasse passer dans l'âme des fidèles cette ardeur de religion, ce feu divin de l'amour de Dif^^ dont il ne seutira pas uue seule étincelle dans lui-méoie.
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Les principales qualités requises dans nn prêtre pour administrer dignement le Sacrement de Pénitence^ sonr, arec la sainteté, 1. une science suffisante, 2. une grande prudence, 3. une intention pure et droite, avec ua parfait désintéressement.
i. Une science suftîsante. Le pouvoir de lier et de délier est commis aux confesseurs ] ils doivent donc se conduire comme de sages dispensateurs des grâces de Dieu. C'est à eux d'appliquer utilement le remède que le. divin médecin de nos âmes nous a laissé pour les guérir. Ce remède donne non-seulement la guérison aux malades, mais même la vie aux morts : il ressuscite ceux qui pourrissoient déjà dans le tombeau ^ mais il faut pour cela
au'il soit donné à propos, que ceux qui sont chargis e ie distribuer , aient assez de lumière pour connoitre ^and ils doivent fappliquer. Comment en effet ira- 'Vaillcr utilement k la réconciliation des pécheurs , si Ton n'a la lumière nécessaire pour connoitre félat de leurs âmes, pour discerner entre la lèpre et la lèpre? Comment, sans une lumière bien pure, pénétrer dans Fabime du cœur humain , pour y voir ce qu'il n'y voit pas souvent lui-même, pour y découvrir des défauts qu'il a pris pour des vertus, pour connoitre rétendue de ses crimes, et celle qu'il faut mettre à sa pénitence? Comment se défendre des dangereuses subtilités et des doctrines étrangères? Comment démêler tous les artifices dont on se sert pour cacher la vérité,
f)Our fournir des excuses aux pécheurs, et pour leur aisser commettre avec sécurité, ou du moins sans scrupule, les plus grands excès ? Comment, si Ton n'a la science des Saints, confondre ces partisans de la cupidité, qui cherchent toujours de nouveaux rafHnemens {>our la favoriser, qui appellent bien ce qui est mal, umière , ce qui n'est que ténèbres. Saint Jérôme dît qu'un prêtre saint, mais qui est ignorant, ne peut
t profiter qu'à lui seul , et est plus capable de nuire à 'Eglise que de lui servir.
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Les confesseurs doivent conuoitre Tëteddiie de lenn pouvoirs el de leurs devoirs ; savoir ce qui est pcchë et ce qui ne Test pas^ les péchés qui sont morlels de leur nature ) et ceux qui ne sont que véniels^ quand les péchés sont difTérens eu nombre ou en espèce \ la circonstances qu'il faut déclarer^ tous les péchés quon peut commettre^ quand il y a obligation de restituer X>u de réparer le tort fait à la réputation du procbaio^ quels sont les cas réservés^ soit au 2)ape, soit a Té* vêque ^ ceux auxquels il y a une censure ou une irrégularité attachée ^ les remèdes généraux et particuUen propres à prescrire aux pénitens pour guérir leurs péchés , pour détruire leurs mauvaises habitudes ^ et pour éviter les occasions d'offenser Dieu^ quelle est la doctrine derEglise sur les censures, Texcommunication, la suspense, Tinterdit et sur l'irrégularité ; quelles sont les péuitences qu'on imposoit anciennement pour les principaux péchés; quelles sontcellesqu'on doit imposer aujourd'huipourles différentes espèces de péchés^ quel est l'effet des ipdul^ences , et quels sont les principaux abui qu'on peut en faire ^ dans quels cas on doit accorder, refuser, différer l'absolutiou ^ le devoir de Tétat prticulier des personnes qu'ils confessent pour les en iIl^ truire dans le besoin , pour examiner si elles s^eu acquîtent, pour les obliger de le bien rempUr^ quels senties actes propres de chaque vertu, et les conditions requises pour les rendre méritoires , aûn den iustruire les pénitens ; quels sont les exercice de piété propres à prévenir la rechute et à taire avancer les pénitens dans la vertu ^ la manière de conduire ceux qui sont embarrassés de scrupules ou d'autres peines d'esprit, ceux qui sont tombés dans quelque irrégularité ou dnïsàei censures réservées, ceux qui sont liés par quelque voeu ou empêchement de mariage.
Les confesseurs doivent donc sVffbrcer d^acquérir la science qui leur est nécessaire, par des priéresceo' tinuelles , par la méditation de la loi de Dieu, ptf b
DE Pénitence. $Sq
fréquenle lecture de l'Ecriture sainte, des saints canons L*t des règles que les Pères de TEglise nous ont laissées pour la conduite des âmes, par Tétude des auteurs approuvés et sûrs qui traitent des cas de conscience et de la théologie morale , par les conférences, les avis et les bons conseils les hommes doctes et pieux, ^ui joignent une grande expérience à des lumières supérieures. On courroii risque de s'égarer en cherchant la saine doctrine , »elon laquelle les ministres de Jésus- Christ doivent toujours exhorter , dans les maximes de [^rtains auteurs, qui semblent n'avoir eu d autre dessein que daflbiblir les règles de TEvangile, dont ils i>nt t&ché d'éluder la force et la pureté par leurs fausses lubtilités et par leurs molles interprétations.
Il est vrai qu'il ne faut pas toujours une science sgale pour confesser toutes sortes de personnes^ qu'il a^est pas nécessaire que ceux qui commencent à confesser, possèdent la science dans le souverain degré^ H que tout confesseur sache résoudie toutes les dif— Scultés par lui-même. Mais il faut au moins qu'il soit sa état ae guider sûrement les personnes qu'il a à conduire j qu'il sache se déterminer selon les règles dans les cas les plus ordinaires, et douter dans ceux qui lont difficiles et rares \ afin de recourir dans ces occasions lux livres ou à ceux qui ont des lumières supérieures^ st qui joignent l'expérience à l'érudition. Il faut qu'un confesseur s'applique aune lecture continuelle, telle que les fonctions la lui permettent ^ et qu'il ne croie jamais sn savoir assez , pour abandonner entièrement l'étude.
a. Un confesseur doit avoir une grande prudence, sans laquelle , quelque science qu'il ait , il ne réussira jamais 3anssonemploi.Iluyaquelaprudencequipuisseluifaire Bviter les périls qui se renconti ent dans ^exercice de les fonctions, en le mettant souvent en danger de se perdre lui— même dans le temps qu'il veut retirer les lutresdu chemin de la perdition. Sans la prudence, il Kmameitra de grandes fautes dans les conseils et les
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avis quHl donnera à ses pénitens: car^ pour les dotiDtf à propos^ il fant que la prudence en fasse le choix se-« Ion les différentes circonstances qui se présentent. Cest elle qui doit appliquer le:» règles générales à tous les cas particuliers qu'il faut décider. C^est elle qui ap«-
{)rend à traiter les pénitens conformément i leur âge, eur sexe^ leur condition et leurs dispositions. C^est elle qui prescrit la manière de bien interroger et de sonder si adroitement les plaies , q^e Ton fasse avou'er aui coupables le mal qu'ils ont fait, sans leur apprendre celui qu'ils ne connoissent pas. Ùesi elle qui doit appliquer les remèdes convenables à chaque maladie des âmes , lesquels remèdes doivent souvent être différeni les uns des autres à IVgard des mêmes maladies, i cause des dispositions et autres conjonctures parlicu' lières dans lesquelles on trouve les pénitens. C'est elle enfm qui prescrit le sage tempéraments! difficile à trouver, et si nécessaire néanmoins pour la conversion des pécheurs et pour la décharge des ministres ^ qui em^ pêche de tomber dans aucune de ces extrémités dangereuses qui précipitent les âmes dans une fausse sécurité ou dans le désespoir; qui fait distinguer celles qu'il faut consoler et animer parla confiance en Dieu, et celles qu'il faut pénétrer de crainte et humilier par une vive représentation des jugemens divins et de rénormité de leurs crimes.
Sans la prudence, le meilleur zèle devient indiscret, passe les justes bornes ou se change eu aifection naturelle. Sans elle , on fait des interrogations pernicieuses, les corrections sont souvent ou trop douces ou trop sévères, les conseils hors de propos, les remèdes inutiles ou quelquefois nuisibles; les pénitences trop légères ou trop fottes , les absolutions nulles ou refusées sans cause légitime ; les désordres entretenus au lieu d'être corrigés.
Un confesseur, que la prudence ne conduit polu^
jettera la terreur dans les &mes qui n'ont besoin q^^
d'être
DE Pénitejtck. 56ti
STétre rassurées et consolées ; il rassurera celles qu'il ]evroit efirajer^ il traitera avec rigueur celles qu'il fàuc (conduire avec douceur j et il usera au contraire d^une lâche condescendance envers celles qu'il faut traiter ivec rigueur et avec fermeté; il rendra scrupuleuses lés âme« timorées; et il donnera de la confiance à des pêcheurs endurcis, qui avalent l^niquiië comme Teau. 3. Un confesseur doit toujours purifier son inten--« :îon dans un ministère si pur et si saint; il'ny doit chercher autre chose que la gloire de Dieu , la sancjficaiion des âmes et son propre salut ; TEsprit saint ^ lent il exerce le pouvoir , doit seul Tanimer et le con- ]uire. Un confesseur doit éloigner tous ces motifs bas st intéressés qui sôuilleroient son ministère ; craindre es louanges des hommes; ne point regarder la piétQ romme un moyen de s'enrichir ; imiter Tapôtre saint Paul, qui protestoit ne chercher ni les biens de ceu3C lu salut desquels il travailloit, ni sa propre gloire^ ivoir le même désintéressement, pour ne point admettra Il ne point ménager les personnes selon qu'il est utile pour ses propres intérêts. Malheur au confesseur qui ^eroit du nombre de ces âmes basses et intéressées^ |ui ne s'introduisent dans le sanctuaire que pour y rafiquer; qui, par une horrible dépravation, regar— lent la Religion comme un métier vil et profane dont îlles veulent s'enrichir ; qui changent le confessionnal eu m bureau d'avarice. Malheur à ces indignes ministres ^ (Ul j en a: ils périront comme Balaam, en se laissant Tomper comme lui par le désir du gain , et trompant les autres par des conseils pernicieux. Ce sont des ani— Yiaux et non des pasteurs, pour parler le langage de 'Ecriture, qui ,se repaissant eux-mêmes des biens de a terre, au lieu de repaître les âmes de la parole et les biens du ciel, s^engraissent pour être immolés au jour du sacrifice. Malheur , selon le prophète Isaïe^ I ceux qui, toujours favorables aux personnes puislantes, justifient les pécheurs pour les préseps qu ils Tome L Nu
56^ D« Sacremert
en espèrent , et qui toujours dédaigneux i Tégard àêi pauvres ) rebutent le juste, et le traitent comme pécheur quand ils n'attendent rien de lui. 11 iàut lire ee que nous dirons , en parlant du Sacrement de l'Ordre, des devoirs des curés et des mœurs des ecclé^iasiiques. Les confesseursy trouveront des maximes qu'ils doivent prendre pour règles de leur conduite.
De quelle manière les Confesseurs doit^nt se cort" duire pour entendre utilement les confessions.
X^Es confesseurs , pour s'exciter eux-mêmes plus efficacement à agir d'une manière digne du ministère dont ils sont honorés, méditeront souvent qnelle est la grandeur de leurs fonctious^ ils feront réflexion qii'ib tiennent la place de Jésus— Christ même dans le tribunal de la Pénitence , qu'ils y font l'office de juge cl de médecin ^ ils considéreront en même temps qu'ils sont eux-mêmes pleins de foiblesses, qu'ils ont autant besoin de la miséricorde de Dieu , que les pécheurs qui s'adressent à eux.
Ils s'appliqueront à chercher le salutaire tempérament qui fait le succès de b cure des &mes. Il 6ut, selon la maxime de saint Grégoire {de Cur. Past. p» 2^ €.6)^ qu'un confesseur n'ait rien de rude dans sa fermeté, ni rien de relâche dans sa douceur j il faut qu'ion Irouveen lui tout à la fois l'autorité d'un père et la tendresse d^une mère. La discipline et îa bonté ont besoin d^ètre réunies pour se soutenir mutuellement et devenir ulilei» |lia miséricorde doit consoler les pécheurs dans les règUs de la justice^ la justice les doit corriger dans les bornes de la miséricorde : sollicité citcumspectkne proi^idendum^ ajoute saint Grégoire, ne aut district tio rigida , aut pietas sit remissa. Nom discip^ w.l misericordia multîim destituiiur , si una sim^ terd tcneàtur. Sed frga subditos suos inesse rcxAo^,
DE Péwitence* 563
ribus débet , et juste consolans misericordia , et piè sœviens disciplina. Necesse quippe est ut quisquis vuU neribus prœest^ in a)ino morsum doloris adhibeaty in oleo mollit iem pietatis ^ quateniis per vinum mor'^ deantur putrida , per oleumfoveantur sananda. Mis^ cenda est ergo lenitas cum severitatey facicndum €jUoddam temperamentum ex utrâque^ ut neque multd asperitate ulcerentur suhditi , neque nimiâ benigni-^ tate soli^antur....Sit itaque amor^ sed non emoUiens: sit rigor ^ sed non eœaspenms : sit zelus , sed non im-^ modérât è sœvien^\ sit pietas ^ sed non plus quàm expediat parcens.
Pour n'avoir pas allié ees vérités dans Texercice du ministère , on est souvent tombé daas des extrémités opposées et pernicieuses. Les uns , ainsi que les Novatiens tout occupés, pour ainsi dire, de la seule justice de Dieu , ont refusé la réconciliation aux pénitens les mieux disposés. D'autres , tels que ces prêtres qui s^élevèrent contre saint Cyprien , oubliant la justice divine , et ne parlant que de miséricorde , ont accorda la communion aux plus grands pécheurs , sans aucune preuve solide de leur pénitence. L'Eglise, qui a toujours tenu le milieu entre les excès opposés , sur la doctrine et sur la discipline, n^a jamais voulu, ni que la jus«> tice fit oublier la miséricorde, ni que la miséricorde anéantit la justice. L'Eglise ne rejette aucun pénitent , elle n^admet aucun impénitent. Si, à Texemple de Jésus--Cbrist, elle chasse du temple ceux qui le profanent , elle y voit avec joie le publicain humilié ^ elle le renvoie justifié , quoiqu'il fût venu chargé de crimes ; et condamne le pharisien orgueilleux , malgré toutes les bonnes œuvres dont il se vante. Des esprits durs peuvent rebuter les âmes touchées de l'horreur du crimej mais pour les ministres du saint pontife compatissant^ qui est venu pour appeler les pécheurs à la pénitence^ loin de rebuter un pécheur pénitent , ils le consolent| ils le soutiemient , ils le guérissent.
556 Du Sacrement
rite, pour supporter avec patience leur ignorancci leur grossièreté et leurs autres imperfections ; pour leur parler avec bonté , sans néanmoins les flatter} pour encourager par leur douceur les plus timides à leur découvrir avec confiance leurs péciîéblesplosénormesj €n un mot, pour faire en sorte qu'ils s en retournent contens et édifiés. S'ils sont obligés d'avoir desmaqières plus sèches et moins affables , ce doit être à Tégard aes jeuoes personnes du sexe qu'ils verroieot être disposées à s^attacher à eux d'une façon trop humaine, ce qui est très-dangereux pour les confesseurs aussi bien que pour les pénitentes. Ils éviteront avec la même attention l'excessive familiarité avec ceux qu'ib confesseront, soit dans le confessionnal, soit au dehon: cette familiarité a souvent des suites funestes.
Un oonfesseur ne peut être trop attentif a éviter les relations fréquentes avec les personnes du sexe qu'il confesse. Dans les commencemens de la direction^ tout paroît régulier et édifiant ^ les conversations ne font rien appréhender, parce qu'elles paroissent innocenta et ne tendre qu'à la piété ) dans la suite on s^aperçoit que c'est un mal caché sous une belle apparence Plus la familiarité augmente, plus le principal motif qui Fa fait naître, diminue ^ et la pureté de l'un et de 1 autre s^évanouiL S'il se rencontre donc quelque nécessité qui oblige un confesseur à conférer avec sa pénitente , il faut qu'il le fasse bilèvement et avec beaucoup de prudence , de sagesse et de retenue. Il ne doit pas en souffrir les visites inutiles, quelque autorisées qu^elles pa-^ roissent cire du prétexte de la direction. Eu se voyant fréquemment, les cœurs souvent s'attendrissent ^ et l'on n^a vu que trop souvent l'amitié la ptus sainte d^énérer par-là en une affection criminelle. Un confesseur qui veut ne perdre ni son âme, ni sa réputation , doit être dans une défiance continuelle de ce sexe, contre lequel la vertu la plus solide ne peut trop se te* nir en garde , sous quelque apparence de piété qtii
»E Pénitence. ^7
>arobse. Si Ton ne finît pas toujours par le crioie , il !8t difficile de n'en pas venir au moins à une affec* ion sensible et humaine peu épurée, qui ne convient >ointà l esprit de la vraie piéle. Dès qu^un confesseur 'aperçoit ce rallachement de sa pénitente, et qu'il ne >eut s'empêcher de reconnoitre que cet attachement rop humain et sensible , n'a d autre effet qu'une vaine atisfaction, ou ramusement, ou quelque chose de dan- ;ereux, il doit l'abandonner entièrement eila renvoyer
d'autres ^ de la lumière et de la piété desquels il sera ssuré: car elle n'ira se confessera lui que par lattaf^he [u*elleaura pour lui, et, quoiqu'il lui parle d'une ma«^ lière rebutante, son amour— propre se satisfera tou— r)urs, pourvu qu'elle lui parle et qu'il lui parle. Nous re parlons pas ici de la confiance fondée sur le vra{ besoin qu'une pénitente a de son confesseur, et sur les rands biens spirituels qu'elle en retire ; pourvu que l'ailleurs il n'y ait entre le confesseur et la pénitente, ien d'indiscret, de léger et de familier, et que tout e nasse dans le grave et le sérieux convenable.
(^Lielfpie tbîile de pénilens qui puissent se présienter , 3S' confesseurs ne se hâteront jamais d'une manière
les empêcher de dire tout ce qu'ils voudront , u à faire imparfaitement une action de si grande onséquence, de laquelle dépend le repos et la tranuillité des consciences^ mais ils donneront à chacun 3 temps nécessaire.
Ils n'entreprendront point de confesser les personnes [ui seront a'un état ou d'une vocation dont ils ne :onnoîtront pas assez les obligations , sans s'en êtie istruits auparavant.
Lorsqu'il n'auront pas le pouvoir de confesser foutes orlcs de personnes , ils commenceront par examiner i les pénitens qui se présentent , ne seront point de eux qu'il ne leur sera pas permis d'entendre.
Lorsqu'il se présentera à eux des pénitens qu'ils onnoitront engagés dans des aflaires ou dans des prt-
568 ]>u Sa6REment
tiques pour lesquelles ou iie peut leur donner Vabsolution , ils leur en parleront avaut qu'ils commeuceut leur confession , et les obligeront de rentrer dans leur devoir, pour empêcher , s'ils ne le veulent pas faire, qu'ils ne se plaignent qu^on $i entendu leur confession, sans les avertir auparavant des raisons et du dessein de leur refuser Tabsolution*
Si le pénitent déclare dans sa confession un pëcM dont le confesseur n'ait pas le pouvoir d'absoudre , ce dernier ne doit pas entendre le reste de la confession) mais il doit aussitôt avenir le pënitent, qu'il faut recourir au supérieur pour recevoir l'absolution. Cependant , si le pénitent le prie d'achever d'entendre sa confession, avant quMl aille demander au supérieur les pouvoirs nécessaires pour être absous, le confesseur écoutera le reste de la confession»
Les confesseurs éviteront, autant qu'ils le pourront,
de faire par eux-mêmes des aumônes à leurs pénitens
dont ils connoitrout la pauvreté , de crainte qu'ils ne
viennent se confesser à eux que pour s'attirer des dut-
Tités , et sans avoir les dispositions nécessaires.
Et afin qu'aucun motif a intérêt n'empêche les co^ fcsseurs de ce diocèse de faire leur devoir, il leur est défendu de jamais rien exiger pour l'administration de ce Sacrement, comme aussi de s'^appliquer di* rectemexit ni indirectement les restitutions incertaines, les aumônes et les satisfactions pécuniaires auxquelles ils croiront devoir obliger les pénitens. Pour qu'on ne puisse les soupçonner en aucune manière d'en avoir profité , ils ne doivent pas se charger de la distribution des aumônes qu'ils auront oiaonnées, ni même des restitutions un peu considérables^ sinon lorsque le pénitent n'a pas la facilité de s'en acquitter autrement} mais en ce dernier cas, un confesseur ne doit rien fiûre sans avoir consulté son évéque^ et, si l'évêque juge à propos de le charger lui-même de faire cette resûtution, il doit avoir soin d'en tirer une quittance de celui
DE Pénitence. B6g
luquel apparliendra ce qui aura été restitué, pour la lemelire cotre les mains du péiiiteul. Les confesseurs loivent encore se faire une règle inviolable de ne re- :evoir jamais aucun présent, même offert par libéra* ilë, delà part des péniiens et sur-tout des pénitentes. Ils n^imposeront jamais pour pénitence de faire célébrer ies messes, soil par eux-mêmes, soit par les prêtres iéculiers ou réguliers de leur communauté. Il est défendu dans ce diocèse à tous les confesseurs , sans aucune exception , d'entendre dans leurs chambres les confessions, même des hommes et des ecclésiastiques , et dans les maisons et chambres particulières , hors les cas de maladie et du danger de mort. A l'égard des filles et des femmes, il est absolument défendu, hors les cas de maladie et du danger de mort , de les entendre ailleurs que dans Téglise et dans un confessionnal qui soit placé, non dans un lieu secret et écarté, mais à la vue de tout le monde , en un lieu commode, hors du chœur et du sanctuaire, et qui ait un treillis de bois ou de fer, ou de fer blanc troué, entre le confesseur et la pénitente* Il leur est encore défendu d entendre les confessions dans les chapelles champêtres ou domestiques, sans une permission spéciale et expresse.
Us entendront les confessions avec beaucoup de modestie, détournant leur visage de dessus les personnes gu^ils confesseront , principalenient si ce sont des îoimes ou des filles , prêtant seulement Toreille à Tac'* Gusatioo qu'elles feront de leurs péchés.
Pour empêcher que ceux qui sont près du confessionnal n^entendent ce qui s'y dit , les confesseurs doivent les faire tenir dans une distance raisonnable , parler fort bas , et recommander la même chose aux pénitens.
S^il est si matin ou si tard , qu^on ne voie pas facilement dans réglise, ils n'y confesseront point sans avoir au moins une lampe ou un cierge allumé près du confessionnal. L'omission de cette précaution a été
Cpielquefois très-funeste aux confesseurs et anx péni« tens. Les confesseurs qui désireront conserver la pureté de leur âme devant Dieu, et une bonne réputation devant le monde, et en même temps éviter les pièges qu'on pourroit leur dresser^ doiteut être trèsexacts à se conformer à cette règle.
Il nest pas permis dans ce diocèse de confesser avant le jour ou pendant la nuit, même dans les églises, quoiqu'avec les précautions qui viennent d'être marquées , excepté dans les cas de besoin pressant , comme la veille et le matin de noël, au temps du jubilé, ou a Toccdsion de quelqtie grande fête qui atlireroic un grand concours de peuple et un grand nombre de confessions à entendre : encore |faudra-t-il alors qu'il y ait plusieurs personnes dans Téglise, et que les portes n'en soient pas fermées , si ce sont des femmes qui demandent à se confesser.
Les confesseurs ne doivent jamais confesser dans Téglise qu'en surplis et avec le bonnet carré, se tenant toujours assis , et dans une posture modeste et bien^ séante, couvrant leur visage de quelque mouchoir, et s^abstenant de porter les yeux sur ceux qui seront autour du confessionnal.
* Ils doivent prendre garde qu'un trop grand atiachement au confessionnal ne leur fasse négliger des devoirs réels d'état , pour confesser des personnes dont ils ne sont pas chargés , ou pour employer trop de temps à diriger des personnes dévotes. Quand un état impose des obligations , on doit les préférer à sa dévotion particulière.
Les confesseurs ne peuvent être trop attentifs 4 éilter tout mouvement de jalousie les uns contre les autres , et à n'avoir aucune peine lorsque leurs pénitens , surtout si ce sont des filles ou femmes, les quittent pour donner leur confiance à d'autres. Ces senlimens bas , puériles et indccens, ne se font apercevoir que trop souvent dans ceux qui ont oublié le désintéressement
la purelë d^lnteniion qu'exige la grandeur de leur iiiislère^ ils ne sont propres qu a afHi^^er les personnes suses qui en sont les ténioios ^ à scandaliser les foibles, à attirer les railleries des libertins et des gens sans re— ;ion et saos charité.
Les coufêsseiirs doivent se précantionner contre la nation d'euoui, de dc'goûi, d'impatience, qui vient elquefois de la ))eiue qui se trouve dans l'exercice
ce pénible ministère ^ mais elle vient plus ordinal* ment du défaut de zèle ou de rattachement trop md pour d autres occupations. Le remède quWpeut porter à cette tentation ^ c'est de considérer souvent xcellencè, le mérite et Tutilité de cette divine foncu, et de se bien persuader^ qu^en négligeant de la re autant qu'on le doit, on s^attire la même ma-* liction que saint Paul craignoit pour lui, s^il ne prédit pas TEvangile.
[Is éviteront, dans les décisions qu^ils auront h donner Qs le tribunal, d'agir par humeur et par caprice, on leur propre esprit, sans avoir égard au seoti«« nt commun des meilleurs casuistes , et à l'avis des -sonnes les plus sages, sous prétexte que Ton n'est lîgé de rendre compte qu'à Dieu, de ce que l'on : dans son ministère. Il faut plaindre les pénitens [ tombent entre les mains de confesseurs qui s'i— ginent pouvoir tout décider par le bon sens, par ipérience seule^et sans étude; auxquels on doit ap-' Cfuer ce que dit l'Esprit saint ( Proi^. a6. 12.): disti hominem sapienlem sibi vider i P magis iUo m habebit insipiens. La longue expérience dans un ifesseur qui est sans étude et sans science, n'est pro- ^ment qu'une vieille habitude d'erreur; et on doit ins espérer d'un confejjseur ancien et ignorant, que o autre plus jeune qui n'a ni science ni expéice. A la vérité, ni l'un ni l'autre n'est capable de iduire; mais dans celui-ci, il ne faut que semer ou nter^ il craint de manquer , et il consulte^ il a de la
S^JH Du SACREMEirr
docilité ) il pourra devenir maître. Mais dans le con-* fesseur ancien et ignorani, il faut arracher et détruire ce qu^il y a de mauvais, avant que de Tinstruire^ et, comme il présume de sa longue expérience , quoique irrégulière, il est à craindre qu'il ne puisse être ni disciple ni maître.
Lorsque les confesseurs trouvent des pénitens que leur surdité empêche de pouvoir se confesser à 1 église , sans être entendus de ceux qui y seront , ils doivent avoir soin de ne point les confesser ailleurs , sur- tout si ce sont des femmes ou filles, sans avoir eu auparavant recours à leur éféque, pour le consulter, et suivre là- dessus ses avis et ses ordres.
Plaise au Père de miséricorde accorder à tous les confesseurs de ce diocèse ( ce que nous ne cesserons point de demander pour eux ) , qu'ils s'appliquent à conserver le mystère de la foi avec une conscience pure; i se rendre irrépréhensibles, à être en toutes cnoses un exemple de bonnes œuvres par leurs instructions, par leur régularité, par leur modestie^ à se fortifier chaque jour dans la grâce qui leur a été donnée par Jésus-Christ; à s'attacher fortement à la parole de la vérité, telle qu'on doit Tenseigner, pour se rendre capables d'exhorter selon la saine doctrine, et de con« vaincre ceux qui la combattent ; k se conduire d'uue manière à ne tomber ni dans l'opprobre , ni dans le piège du démon ; enfin , à faire tellement profiter le talent du saint ministère jusqu'à ce que Jésus-Christ revienne , qu'ils puissent mériter la récompense pré-» parée aux bons et fidèles serviteurs qui entreront oanf la joie du Seigneur.
DE PÉNITBMCE. 573
t^mm
De la Manière d^ interroger les Pénitens.
\ difierens offices que le confesseur exerce dans le tribunal , font assez connoitre qu'il e^t oblige d'inger le pénitent , quand il a Siijet de croire qu il besoin. Puisque le confesseur est juge, il doit in— ger le criminel , et connoitre son ëtat^ puisqu^l lëdecin , il doit tâcher de découvrir tous les maux )n malade, de reconnoitre ses dispositions, et de ndre Phuile et le vin sur ses plaies \ puisqu'il est , il doit s'informer de tous les besoins de son it ^ en un mot , selon le quatrième concile de m, il doit s'informer avec soin et avec attention de » les circonstances du péché et du pécheur, nand le pénitent qui se confesse est inconnu au >sseur , il est bon de commencer^ avant qu^il s'ac- ^ par lui demander sa profession et son éiat^ par iple, s'il est marié, s'il estyuge, avocat, procu- , marchand^ financier , serviteur, etc. parce que ue condition a ses obligations et ses péchés qui )Dt propres^ c'est sur quoi la plupart des chrétiens un et l'autre sexe sont négligens à s'examiner , et conséquent à s'accuser.
i confesseur demandera encore au pénitent quM onnoîtra pas^ avant de commencer à rentenare, lis quel temps il ne s'est pas confessé ^ s'il a accom- I pénitence ; sMl a reçu l'absolution : car s'il n'avoit hé absous , il faudroit le renvoyer à son premier îsseur ; on s'il avoit des raisons légitimes pour n'y retourner , il faudroit l'obliger à se confesser ouvean des péchés dont il n'auroit pas reçu Tabion.
* confesseur qui n^sitira pas encore entendu up «Ht , et qui croira avoir lieu de douter s'il fait
574 ^^ Sacremewt
ses prières , les lui fera réciter ^ s'il y a sujet de croire
qu^ilue sait pas son catéchisme ^ il Tinterrogera sur ce
qu'il est obligé de savoir, sur les principaux mystères de
la foi, sur les obligations communes des chrétiens ^ sur
les commaudemens de Dieu et de l'Eglise, sur la
Sacremens.
Il commencera aussi par demander à un pénitent inconnu, sHI ne connoit point de défauts dans ses précédentes confessions. S^il en aperçoit quelqu'un, il examinera si ce défaut est essentiel , et s'il oblige i les Recommencer. Après avoir appris un défaut, il &t2t demander s'il n y en a point d'autres : car souvent il s^en trouve plusieurs. S'il y en a d'essentiels , il fiiut avertir le pénitent de la nullité de ses confessions et dei sacrilèges qu'il a commis , quand le défaut est venu de sa faute. Il faut lui dire ensuite qu'il est obligé de recommencer toutes les confessions qu'il a mal faites, 's moins qu'il ne retournât au même confesseur auquel il a fait toutes les mauvaises confessions: car en se confessant à lui , il ne seroit pas obligé de répéter les péchés qu'il lui a déclarés, si ce confesseur se les rappeloit autant qu'il est nécessaire pour connoitre son état , mais seulement de suppléer à ce qui manqueroit à ses confessions.
Quand on trouve des pénitens qui ont besoin de recommencer les confessions faites i d'autres prêures, il est à propos de commencer par les faire accuser des péchés commis depuis leur dernière confession,
Four voir s'ils sont actuellement disposés à recevoir absolution ^ et, lorsqu'ils n'y sont pas disposÀ , il fiiut les y préparer avant que de leur faire répéter kors confessions : car s'ils ne se mettent pas en état d'être absous, il est inutile de recommencer les anciennes confessions.
Ceux qui par leur faute, n'ont pas fait les pénitences qui leur avoient été imposées , ou d'autres dioseï auxquelles on les a obliges dans les confessions pi"
DE Pénitence. 5^5
cédentes , et qu^ils avoient promis de faire , doivent r(re ordinairement différés jusqu'à ce qu^ils aient entièrement satisfait. On peut néanmoins ^ s'ils le désirent^ entendre leurs confessions, après les avoir avertis qu'ils n'auront pas Tabsolution.
Après les interrogations préliminaires, au cas que le confesseur juge devoir en faire quelqu'une , il at(endr« que le pénitent s'accuse lui-même de ses péchés : s'il s'en présente quelqu'un qui le prie de l'iuterroger , dans la vue de ne se confesser que par les réponses qu'il fera aux demandes du confesseur , il ne doit point y consentir , mais il l'obligera de s'accuser lui--même , et lui apprendra la manière de le faire , s'il n'en est pas instruit ^ à moins qu'il ne fût si grossier et si simple que le confesseur le jugeât incapable de se bien confesser, lui— même, ou que la difficulté extrême qu'auroit un pénitentde s'exprimer^ telle qu'elle est dans une personne qui bégaie si (brl qu'à peine peut- elle prononcer deux mots de suite, n'obligeât le confesseur à l'aider par des interrogations à déclarer ce qu'elle a peine à faire entendre.
Lorsque le confesseur connoît déjà les pénitens , et qu'il nya aucune des difficultés précédentes, il commencera d'abord par leur donner la bénédiction, et entendre leur confession , sans prendre garde à autre chose qu'au temps de la dernière confession.
Il faut laisser les pénitens s'accuser eux mêmes à leur manière , quelque grossiers et ignoraus qu'ils paroissent, pour ne pas troubler leur mémoire , pour ne pas déranger Tordre de leurs accusations, et de crainte de les exposer sans nécessité a en omettre quelques-unes. On doit donc écouter avec patience leur confessipn, sans les interrompre pendant qu'ils déclarent leurs péchés^ si ce n'est pour leur donner du courage et de la confiance, en cas qu'ils paroissent avoir de la peine à achever leur confession, et à déclarer tout leur état; pour les exhorter à surmonter la mauvaise honte par laquelle le démon
576 Du Sacremeitt
retient beaucoup de pécheurs dans ses liens ; pour lenr demander, dans le besoin , quelques ëclaircistemens sur les péche's dont ils s'accusent , aiin d'en connoîlre le nombre, Tcspèce , les circonstance, en cas qu'ils ne les expliquent pas ; pouc leur donner quelque avis iinportaot 3u^on craîndbroit d'oublier , s'il s agissoit ^ par exemple, e quelque restitution ou satisfaction à faire : car alors il faut d'abord faire connoitre aux péniteusà quoi ik sont obligés , de peur qu'en différant à leur en parler jusqu'à la fin de la confession ^ les autres péchés ne les fassent oublier, et que le confesseur ne les ayant pas obligés k restituer ou à satisfaire , ils se croient exempts de celte obligation , et ne demeurent dans nne fausse paix. Mais ces sortes d'interrogations qui interrompent le pénitenti doivent être faites le plus brièvement qu'il est possible
Quand on prévoit que la confession ne sera pas longue, on peut attendre jusqu'à la fin pour examiner le nombre et les circonstances que les péniteus peuvent omettre.
Un confesseur doit être très-attentif, tandis qndepénitcsl déclare ses fautes , à s^abstenir de témoigner par aocon mouvement, par aucune parole, par aucun soupir,qu'il est ému de l'énormité de quelque crime qu'il entend, de quelque nature qu'il soit^ de peur de rebuter le pénitent, et que la honte ou la crainte ne Tempèche de confesser le reste de ses péchés.
Il ne représentera pas au pénitent, la grandeor de
1 crimes, avant qu'il se soit accusé de tous ses pécha} sur-tout si c'est une personne timide qui a peine' s s'accuser, et à qui le confesseur voit que la confessioa est pénible.
Lorsque le pénitent a fini, si le confesseur doute
3ue par oubli, par honte, par ignorance ou autrement a omis quelque chose, il Tinterrogera sur ce fa'il croira devoir lui demander.
Si, par la manière dont le pénitent s^accuse, le confesseur a lieu de juger qu'il peut avoir omis voloouî-
rement
ses
DE Pénitence» 577
retnent quelque pëché mortel , il doit user dé beau-* coup de prudence , pour Teugager par ses questions à le lui déclarer. Il doit de même suppléer par ses questions aux péchés qui peuvent avoir été omis de bonne foi , ou point assez circonstanciés dans leur accusation.
Si le confesseur s'aperçoit que la confession que le pénitent vient de faire, est sans ordre et très-défectueuse| il l'interrogera comme 9*il ne s'étoit pas accusé.
Quand on trouve des pénitens qui n'ont point examiné leur conscience, si c'est par simplicité, il faut les examiner avec charité, et ensuite leur proposer quelques motifs de contrition proportionnera leur capacité j et si Ton n'espère pas qu'ib s'examinent mieux en leur
ÎiarUcuIier, et qu'on les voie suffisamment disposés, il aut leur donner l'absolution. Mais pour ceux qui ne se sont pas examinés par leur faute, étant capables de le faire , il faut les renvoyer faire leur examen , et tâcher de les engager à faire tous les soirs l'examen de la journée, pourj remarquer soigneusement les péchés qu'ib auront commis , a6n de ne les pas oublier , et de s^ea accuser lorsqu'ils viennent se confesser. Mais avant que de les renvoyer , il est bon de les interroger sur ce qu'ils peuvent avoir fait de plus considérable, pour voir s'ils ne sont point dans de niauvaises habitudes , dans quelque occasion prochaine , obligés à quelque restitution, etc. afin qu'ils satisfassent à cela, avant que de revenir achever leur confession. Que s'ils ne savent pas s^examiner , il faut leur en apprendre la méthode avec bonté et douceur.
Il faut régulièrement donner quelques jours pour s^examiner et pour entrer dans des sentimens de contrition , à ceux qu'on oblige de recommencer leur confession, à moins qu'ils ne l'aient fait d'avance^ mais quand ils sont en péril de mort, ou sur le point d'y étre^ ou que le confesseur ne doit plus les voir, et
Î|u'il est à craindre que les pénitens n'aient pas assez de iberté avec d'autres confesseurs 3 alors , après les avoir Tome L O o
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examinés du mieux qu'il est possible , si' on les voit suffisamment disposés , on peut leur donner l'absolution , leur enjoignant de tâcher de s'examiner encore Î)lus soigneusement) et de s'accuser à la prochaine couessiou des péchés dont ils se souviendront.
Si un pénitent s'accuse d avoir celé quelque pécbé véniel, ou d'avoir fait quelque faute légère dans uue confession précédente , il faut lui demander s'il croyoil que cela rendit sa confession sacrilège; car, s'il le crojoit, ou même s'il en doutoit, sa confession ayant été véritablement sacrilège, il est obligé de recommencer, i moins que son doute ne vint de scrupules.
La meilleure méthode d'examiner les pénitens qui ne savent ou qui ne peuvent pas s'accuser, et mèoie ceux dont la confession est sans ordre et beaucoup défectueuse, c'est de suivre l'ordre des commandemens de Dieu et de l'Eglise, de venir ensuite aux péchés capitaux et aux sens extérieurs.
Un confesseur, en interrogeant les pénitens, doit avoir égard à Tâge , à la condition et au sexe des personnes. Il doit encore observer de les examiner sur les péchés où ceux de leur condition et de leur profession, tombent ordinairement. L'expérience fait connoicre tous les jours, que beaucoup de désordres qui désho* norent la Religion, viennent, ou de ce que grand nombre de personnes ignorent les devoirs de leur état et les obligations attachées à leur condition , ou parce que, s'ils les savent, ils n'y font aucune attentionnée qui leur fait taire, en se confessant, plusieurs fautes qu'il seroit essentiel de déclarer. Un confesseur doit éviter sur-tout d'apprendre aux pénitens , par son indiscrétion , des crimes qui leur ont été inconnus jusqu'alors; d'instruire les âmes simples et les jeunes personnes de ce qu'elles ignorent heureusement; de s'exprimer avec des termes indécens, ou de faire des demandes curieuses et inutiles. Ces précautions , d»ns les interrogations que les confesseurs doiv wt faire aux
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i>en!tens, sont sur-tout importantes dans ce qui regarde e sixième commandemenL On doit alors commencée à interroger sur les choses moins consid^ ables ; leur demander, par exemple^ s^ils n'ont point eu de mau-« vaises pensées^ s'ils répondent qu'ils en ont eu, on leur demandera s'ils les ont rejetées ^ s'ils disent les avoir rejetées aussitôt , il ne faut pas leur en demander da-; vantagç. S'ils répondent au contraire s'être arrêtés à ces mauvaises pensées, on leur demandera s1ls s'y sont arrêtés long-temps ; s^ils Tont fait plusieurs fois ^ s'il sa trouve qu'ils s'y soient véritablement arrêtés de propos dçiibéré , et que ce soient des personnes d'un âge à être . instruites sur la matière de l'impureté, on pourra leur demander si c'étoient des pensées contraires à la chasteté. Mais si ce sont des jeunes personnes qui puissent n'avoir pas encore l'idée de ce péché , il ne faut pas le nommer 3 mais tâcher de leur faire dire en général ce qu^elles pcnsoient 3 on trouvera quelquefois que ce n'étoient point des pensées contre la chasteté, mais des pensées de murmure, de vanité, ou d'autres semblables.
Lorsque les pénitens ont avoué leurs mauvaises pensées, on peut leur demander an turpia desideria habuerint P S'ils ont fait quelque faute en particulier en celte occasion? An oscula^ vel tactus passi sint aut /ecerint? Si on les trouve innocens sur tout cela, on ne les interrogera pas davantage. Mais si on les trouve coupables, il faudra les interroger de opère consum-^ mato , et specialiter de poilu tione volontariat quam inter opéra carnis comprehendi multi non intelligunt.
A l'égard des personnes mariées, on leur demandera si elles ont eu ensemble quelque différend:; si elles répondent qu'oui, on leur demandera si ce^ dissentions n^ont point été cause que, debitumconjugalesine causa nega^erint^ et en général, an circa usummatrimonii aliquid fecerint minus honestum undè grayetur con* scient ia ?
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liOrsquci la timidité saisit les pénitetis, il faut t&clicr de les rassurer, en leur disant, par exemple, que ce n'est qu'avec peine qu'on les interroge , mais que cela leur est nécessaire pour leur salut, pour obtenir ae Dieu le pardon de leurs péchés , et pour les empêcher de faire une confession sacrilège.
Si le confesseur s'aperçoit que le pénitent s^ennuie de ce qu'on lui parle trop long-lemps sur une matière ui lui fait de la honte, et sur laquelle il y a encore es choses à examiner, il est bon qu'il ne te presse pas long^tempi ni de suite, mais qu'il change quelquefois de matière, et, après quelques interrogations qui n j^ ont nul rapport, qu'il revienne k son sujet. Cet avis est a suivre aans toutes les interrogations qu^on a à faire à un pénitent , mais sur-tout en ce qui regarde les circonstances particulières des péchés contre la pureté, il est, selon saint Thomas, de conséquence pour la sûreté du confesseur, lorsqu'il s'agit de fautes ae cette dernière espèce, et pour donner facilité au pénitent i découvrir ses péchés les plus secrets : par ce moyen b confession sera moins fatigante.
Il est souvent utile d'examiner d'abord les péniteni timides sur les occasions extérieures d'impureté, leur demandant s'ils ne se sont point trouvés en quelque mauvaise compagnie^ s'ils ont pris plaisir au mal qu'ils ont vu faire, et aux mauvaises choses qu'ils ont entendues^ quelles étoient ces mauvaises cnoses, et s'ils ont fait comme les autres, etc.
D'autres fois on commencera par encourager les timides que l'on soupçonne coupables de péchés contre la pureté, en leur disant, par exemple, quel est lavantage de se bien confesser, puisque c'est par-li que lei péchés sont effacés. Après les avoir encouragàpar tous les motifs de confiance et de consolation que Ion «era capable de leur inspirer, au Heu de leur demander s'ils ont fait le péché que Ton craint qu'ils ne cèlent, il faut leur faire dire combien de fois ils Font comaus;
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$^ils hésitent k répondre, on leur demandera un nombre considérable, comme vingt ou trente fois : car cela les enhardit à déclarer un moindre nombre de péchés. En faisant les interrogations dont nous venons de
{>arler sur ce qui regarde le sixième commandement^ e confesseur observera d'élever souvent son esprit et sou cœur à Dieu ^ de se servir de paroles intelligibles ^ mais chastes et honnêtes ^ de ne pas trop approfondir les circonstances de ces sortes de péchés ^ de ne pas entrer dans un trop grand détail, pour ne passVxposer soi-même et le pénitent au danger aotfenser Dieu. G^est
{>ourquoi saint Charles Borromée recommande à tous es confesseurs, de n'exiger autre chose de leurs pénirtens sur ces sortes de péchés , sinon qu^ils s'accusent des circonstances qui en font changer respèce, ou qui Taugmentent considérablement. Ainsi il ne faut jamais interroger les pcniteus sur la manière dont ils ont commis ces crimes, ni ^r ce qui s'est passé devant ou après.
Les confesseurs n'oubllerontdonc jamais qu^ib doivent être forts circonspects dans ces sortes d'interrogations^ que cette matière veut être traitée avec beaucoup de prudence et de retenue, et seulement dans le cas de nécessité. Il est dangereux de faire des questions à ceux qui ne connoissent point ces pochés, on leur fait venir Tenvie de les commettre ^ et, en interrogeant ceux qui
Îf sont tombés, il est à craindre qu'on ne rappelle dans eur imagination des idées affreuses et déshonnètes, qui raniment leur infâme passion*
Quand un pénitent s'accuse d'un péché mortel, il faut examiner s'il en a l'habitude, poury remédier; et^ s'il y a occasion prochaine, pour lôter autant qu'il est possible. On peut connoiire l'habitude parles rechutes^ et par la facilité et Taffection avec laquelle le coupable s'est laissé aller au péché ; et on peut connoître l'occasion, en examinant ce qui a porté le pénitent i corn-
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mettre It péché* Nous en parlerons plus aa long ci-* après.
Si le pénitent a été long-temps dans quelque roau« Taise habiiude^ et qu'il ne se souvienne pas exactement du nombre de péchés qu'ail a commis, pendant qu'il létoit dans celte nabitnde criminelle, le confesseur doit lui faire déclarer combien de temps il a vécu dans cet état, et à peu près combien de fois chaque mois« chaque semaine, chaque jour, il est tombé dans son péché , et s'il s'en est abstenu quelquefob plus longtemps ou plus rarement.
Si le pénitent a été du nombre de ces impies qui vivent sans pf*nser presque jamais à lein* salut, et que, pour cette rai^^on, il ne puisse pas dire combien de {Ibis chaque mois, chaque semaine^ chaque jour, il est tombé dans les actes des mauvaises habitudes, comme d'impureté, de jurement, de pensées criminelles, etc« le confesseur doit Pobligf^r au moins de dire combien de temps il a vécu da[)s la disposition de pécher mortellement to4ites les fois qu'il eu trouveroit le moyen, oa que l'occasion s'en seroit présentée.
Quand on trouve des pénitens qui ne se sont pas confessés depuis long-temps, et qui ne s'accusent que de fautes légères^ il faut d abord examiner si cela ne
vient point du défaut d'examen , en leur demandant uel temps ils ont mis à s'examiner, et s'ils ont coutume e s'examiner tous les jours. Si c'est faute d'examen, il faudra faire ce qui a été dit ci-devant^ s'il ne paroit as que ce soit faute d'examen , il ne faut pas laisser e leur faire quelques interrogations sur la médisance^ la haine du pro(;hain , le jeûne, l'assistance à la meise de paroisse , et sur les devoirs les plus communs du chrétien et' de leur état , et sur ceux que Ton peut juger qu'ils ont violés.
Lorsqu'un pénitent ne veut pas s'avouer coupable d'un péché, et que le confesseur a des preuves qu'^ la commis, si les preuves sont douteuses, le pénitent
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dok être cru , et absous s^il est disposa. Si néanmoins le confesseur avoit lieu de douter de la bonne foi du pénitent, il seroit de la prudence de lui différer l'absolution pour s'éclaircir de la vérité et pour donner au pénitent le temps de rentrer en lui même; à moins que ce ne fut dans un cas où quelque nécessité demandât qu'il finit sa confession. Lorsque les preuves que le confesseur a du péché du pénitent sont certaines , il ne peut fab^ soudre s'il n'avoue son péclié; parce qu'il l'absoudroit contre sa propre conscience ^ et que , daiis le tribunal de la pénitence, où le confesseur juge sans être obligé de rendre compte qu'à Dieu seul de ses jugemens, il doit juger selon la vérité que Dieu connoit.
Nous dirons, en parlant du sceau ou du secret de la confession, ce que le confesseur doit faire, lorsqu'il ne connoit le péché de son pénitent que par la confession d'autres personnes.
Les confesseurs doivent encore particulièrement interroger les pénitens sur certains péchés communs ^ dont on ne se fait ordinairement nul scrupule, comme l'oisiveté, la perte du temps, le soin continuel de mener une vie toute de plaisirs , qui fait toute l'occupation de la plupart des gens du monde^ sur la fuite de la pénitence et de la mortification , dont on ne songe presque jamais à se confesser, quoique souvent on ait commis et fait com-» mettre grand nombre de péchés énormes. Il est important que les confesseurs fassent comprendre à ceux qu'ils conduisent que , pour appartenir à Jésus-Christ , il faut crucifier sa chair avec ses vices et ses désirs déréglés
Ils doivent interroger sur le bon usage des biens, l'obligation d'en user chrétiennement , le détachement qu^on doit en avoir , l'abus qu'on en fait souvent en débauches ou en luxe, 1 obligation de faire l'aumône. En on mot, les confesseurs ne peuvent être trop attentifs à aider les pénitens qui en ont besoin, à faire une coiifesssion entière , et pour connoître leur état , et pour leur donner toutes les instructions qui leur sont nécessaires.
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' Ils doivent interroger les pères et les mères^Ies maitra et les maîtresses s'ils n'ont point fait de pëch^ considérables devant leurs ehfans , leurs serviteurs et domestiques; et, en cecas, les obliger de s'accuser duf mauvais exemple qu ils leur ont donné, comme d'un péché particulier.
U faut qu'ils obligent ceux qui ont fait de mauvaises confessions et de mauvaises communions depuis quelques années, de s'accuser de n'avoir pas satbfait aux préceptes de l'Eglise touchant la confession et la communion.
Les confesseurs sont obligés d'interroger les pénitens sur l'assistance à la messe de paroisse. C'est parce que beaucoup de confesseurs négligent d'instruire les fidâes kuT cette obligation , qu'on voit tant de chrétiens n'y pas satisfaire et ne se le reprocher jamais.
U nesuflit pas d'interroger les pénitens sur les péchés extérieurs, on doit encore les interroger particulièrement sur les péchés du cœur dont on se confesse rarement; parce que beaucoup de chrétiens, et en grand nombre, ne connoissent presque pas d'autres péchés, que ceux des actions extérieures , quoique la principale malice réside dans le cœur. Un péché qui ne sera que véniel, si l'on ne considère que l'extérieur, peut être mortel par la mauvaise disposition du cœur. Vn marchand, par exemple, qui trompe dans une matière qui ne peutfaire que celle d'on péché réniel, peut pécher mortellement par sa mauvaise intention , s'il a eti dessein de tromper toutes les fois qu'il en auroit occasion.
En un mot, les confesseurs interrogeront les pénitens 5ur les péchés pour lesquels ils sauront, croiront ou
S résumeront que ces personnes ont de rinclinatioo ou u penchant, sur les péchés auxquels ils jugeront que ceux qu'ils confèsserout , seront exposés par rapport aux occasions ou circonstances dans lesquelles ils les verront. Us n'oublieront rien enfin pour coimoitrefécat de la conscience des pénitens, autatit qu'il sera nécessaire qu'ils le connoissent) pour leur donner les avis et
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les çcMiseils convenables, et pour appliquer les remèdes les plus propres à guérir les plaies ae leurs âmes. Mais ils doivent toujours se souvenir d'éviter les questions inutiles, indiscrètes, imprudentes, curieuses, et qui n'intéressent point leur ministère. Ils ne doivent pas s'informer de ce qui ne les regarde pas: cette curiosité, qui rebute beaucoup de personnes , est sujette à mille inconvéniens ^ on n'a pas naturellement bonne idée des confesseurs curieux. C'est pourquoi les confesseurs s'abs* tiendront de demander aux péuitens leurs noms, leurs demeures, tout ce qui n'aura aucun rapport avec leur salut éternel. Il doit leur sullire de connoitre les désordres de leur conscience , pour y remédier.
Les confesseurs doivent interroj^er les pénitens, de quelque qualité ou condition qu'ils soient, lorsqu'ils s aperçoivent qu'ils ne s'expliquent pas assez. Il n'est que trop vrai qu'il y a des pénitens qui, tout habiles qu'ils sont, ont autant besoin d'être interroges que les gens les plus grossiers ^ parce que , quoiqu'ils soient remplis d'une infinité de cotiuoissauces séculières et profanes, ils ignorent les mystères de notre foi, ou ne savent pas les obligations de leur état, ou n'y fout pas réflexion, ou qu'ils se (ont une conscience et une religion à leur mode, et qu'il est nécessaire de les dfîsabuser, en les iusinsisaui ou en détruisant leur:» faux principes.
Il est aisé de reconnoîlre, par tout ce que nous venons dédire, que l'obligation où sont les confesseurs d'in— terroger ceux qui se coufes.sent à eux, ne regarde que les pénitens dont la grossièreté, l'ignorance, la malice, les détours, les déguisemcns, la mauvaise foi, la timidité, la honte et la négligence à s'examiner , rendent la déclaration sus})ecie ou impaifaite. Mais lorsqu'ils entendent la confession de personnes dont ils ont lieu de présumer par leur état , qu'elles sont éclaiiéef et qu'elles ont des lumières , qu'il» savent cl qu'ils v<>ient instruites de ce qu'elles dox\eut cioiie et de ce qu'elles doivent
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faire , qtii sVxpIiqaent bien y et dont raccusation est exacte et suflisamment circonsCanciée , il semble inutile de les interroger : il est même de la prudence de ne le as faire , si ce n'est que les confesseurs croient devoir eur demander quelque éclaircissement nécessaire j maû alors ils doivent le faire à propos , avec prudence et avec sagesse.
Le confesseur étant en droit , par les qualités de juge et de médecin qu'il exerce dans le tribunal de la Pénitence, d'interroger le pénitent, et étant oblige de le faire quand il le juge nécessaire, le pénitent est onligé de dire la vérité, non-seulement lorsqu'il est interrogé sur les choses qui regardent la confession qu^il fait, ou sur les pèches que le confesseur a lieu de juger qu'il omet, mais encore lorsqu'il est interrogé sur des choses dont il faut que le confesseur ait connoissance , pour porter nn jugement certain de Tétat de la conscience de celui qui s'accuse, et pour lui donner des remèdes propres à le retirer du poché.
Un péuiient est donc obligé de dire la vérité, Quand le confesseur, voyant qu'il a commis plusieurs fois le même péché, lui demande s'il étoit sujet aux mêmes désordres avant sa dernière confession ^ depuis quel temps il est dans une mauvaise habitude^ s'il n'a fait aucun effort pour la vaincrej s'il croit que ses confessions précédentcsont été valides. Le pape InnoceiitXLa conaamné la doctrine contraire , en censurant par son décret du a mars 1679, cette proposition: non tenemur confessario interroganti fateri peccati alicujus consuC' tudinem. Le clergé de France a condamné pareillement celte doctrine qu'il a déclarée /nM^je, téméraire^ in^ duuant en erreur ^ai^orisant les sacrilèges^ dérogeant à la simplicité chrétienne ^ à la puissance de juger qiCont les ministres de Jésus^ Christ ^ à t intégrité de la confession^ à V institution e( à la fin du Sacrement de Pénitence.
Pour être plus en état de faire aux pénitens toatei
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les interrogations nécessaires , il e$i> bon que les con^ fesseurs s'instruisent dans les livres qui en ont donné un détail particulier^ et dans les ouvrages des casuistes^ des péchés qui peuvent se commettre contre les corn— mandemens de Dieu et de TEglise^ de ceux qui sont renfermés dans les sept péchés capitaux ^ comme aussi de ceux qui se commettent ordinairement dans les différentes conditions des personnes qu'ils sont chargés de confesser, et de ceux qui régnent le plus dans le pays cil ils confessent.
De quelle manière le confesseur doit se comporter à regard des différentes sortes de Pénitens*
JL^E Seigneur envoie, par une providence spéciale, trois sortes de personnes à un confesseur, savoir: des pécheurs, des hommes pénilens, et des âmes innocentes* Comme ces personnes diffèrent enlr'elles par la disposition du cœur, elles demandent aussi d'être différemment conduites par celui qui doit être leur guide.
Il faut, en premier lieu ^ parler des pécheurs et de ceux*mêmes qui sont te moins sensibles à leur propre misère.
Lorsque quelqu'un d'eux vient se jeter aux pieds d'un confesseur, celui-ci doit se persuader que ce pécheur le fait, attiré secrètement par le Seigneur qui veut mettre sa charité à l'épreuve. Ainsi ce confesseur doit se préparer à l'exercice de cette vertu , avec tput le soin dont il est capable. Il doit faire réflexion que les premières paroles qui sortent de la bouche de ce pécheur, sont pour lui donner le nom de père à son égard 3 qu'ainsi il doit se montrer à lui en père plein de tendresse , par la manière dont il le recevra et dont il le traitera.
Le confesseur doit recevoir ce pécheur en père, en ti€ lui donnant aucune marque de chagrin et ae répu^
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gnance ^ pour le temps considérable qu^il doit employer à Peûtendre. Ce seroit être bien difiereot du bon pasteur, si^ loin de chercher la brebis égarée lorsqu'elle fuit, on la mettoit eu fuite lorsqu'elle revient au bercail On ne sauroit offrir au pécheur un accès trop facile, afin qu'il découvre ses foiblesses. Il est déjà assez agité, sans que Ton augmente encore son trouble par un âbordf qui le déconcerte. On doit Tencourager au contraire, faider de tout son pouvoir, Tinterroger avec douceur et discrétion, si Pon voit qu^il manque de s^expliquer suffisamment. Un confesseur doit même, en ces momens, se recommander au Seigneur, par une ardente élévation de cœur, et le conjurer ae lui inspirer famour et la compassion qui sont propres aa saint ministère.
Un confesseur doit sur-tout en ces occasions déli- (:ates et importantes, exercer envers le pécheur toutes les œuvres spirituelles de miséricorde ^ c'est de finstruire, de lui donner des conseils convenables, de lever ses doutes , de le consoler dans ses peines , de le supporter, tout coupable qu'il est, de le recommander instamment au Père des miséricordes.
Il est donc nécessaire que le confesseur ait pour «n pécheur des sentimens de père , en s'intéressant à soa malheur, en s'en aflligeaut, en le déplorant. Pour cela, il doit avoir une charité mêlée de tendresse et d'estime pouf lui : la tendresse le rendra très-sensible au souverain mal de ee pénitent, qui est le péché : l'^lime le lui fera considérer, non pour ce qu'il est actuellement, mais pour ce qu'if peut être: car il peut par sa conversion devenir un saint. Le confesseur doit considérer que c'est pour l'employer dans l'ouvrage de cette conversion , que le Seigneur amène ce pécheur k ses
{)ieds ] ainsi il ne doit rien oublier pour travailler avec e secours de la grâce de Dieu, à un chaugemeot si merveilleux. C'est pourquoi il doit t&cher de s'insiouer
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par M cbàrké dans le cœur de ce pénitent, pour gagner sa confiance.
Par-là y on se met en état de lui parler efllcacement, et de lui être utile. Il faut lui représenter doucement et vivement toute Ténormité de ses crimes , la misère où ils l'ont réduit, le danger où ils Tont mis de se perdre à jamais, son ingratitude extrême envers le Dieu de bonté, Tabus étrange quMl a fait d'une patience infinie ui ne s'est point lassée de Tatlendre. Il faut lui apporter 'antres semblables motifs de terreur ou d'attendris-^ sèment ^ selon qo^on s'aperçoit qu'ils font en lui des impressions plus profondes et plus salutaires. En un mot, on ne doit rien oublier pour engager ce pécheur a ouvrir les ^eux sur ses plaies, à désirer une guérison sure et durable, et à faire tous ses efforts pour mériter, par la sincérité de sa conversion, la grâce de l'absolu tien.
Si le pécheur paroît insensible et rebelle à toute Tindustrie de la charité du confesseur^ s'il refuse de changer de vie, ou qu'il ne le promette que pour obtenir une vaine absolution, sans vouloir d'ailleurs prendre les moyens qu'on lui propose pour parvenir à un véritable amendement , il faut lui parler avec zèle sur le danger où il se met de se damner et do se perdre éternellement, en risquant d'être surpris par la mort dans l'état où il est, en laissant fortifier chaque jour ses mauraises habitudes, augmenter de plus en plus la dureté de son ceeur, et redoubler toujours les ténèbres de son esprit. Mais sur-tout il ne faut pas oublier de chercher à fléchir la colère divine, en ofl'raut pour lui le saint sacrifice, des prières et d'autres bonnes œuvres*, en demandant au Seigneur avec humilité et confiance, de daigner soutenir par le puissant secours de sa grâce, tous les efforts que Ton em[)loie à la conversion de ce pécheur.
Il j a des pécheurs qui d'un côté veulent sortir de. leurs désordres, et qui d'ailleurs y retombent souvent par la force de l'habitude, par Tattrait de l'occasion^ et par la fragilité de la nature. Il faut dans les confesseurs
Sgo Du Sackbment
auxquels ik s^adressent, un grand courage et une grande sagesse: un grand courage, pour ne se rebuter point^ quoique le succès ne réponde que lentement & leur travail^ une grande sagesse, pour chercher tous les moyens d'enlever au démon, des âmes qu^il a déjà comme ravies à Jésus-r Christ.
On doit avec toute Tardeur et toute la lumière du zèle d'un digne ministre du sanctuaire, témoignera ces pécheurs combien on est touché de leur état, et combien on désire de contribuer à les en retirer. Ce
}>rocédé stura deux bons effets : le premier , de eagner eur confiance, par conséquent d'écouter le confesseur et de lui obéir volontiers , sans quoi Ton se fatigueroit vainement pour eux. Le second, c'est que le désir qu^on leur marquera pour leur salut, leur fera plus aisément concevoir à eux-mêmes un Trai désir de se sauver. Cest la première disposition que le Sauveur demanda au malade qui languisssoit depuis trente-huit ans, pour être guéri.
Nous parlerons dans la suite des mesures qu'un confesseur ooit prendre pour faire vaincre à ces pécheurs leurs mauvaises habitudes j pour leur faire quitter les occasions dangereuses ^ pour les aider à faire une confession générale, s'il juge nécessaire de la leur ordonner; {)our s'assurer de la sincérité de leur conversion et de a vérité de leur amendement.
A regard des pécheurs pénitens , il y en a que le regret de leur» égaremens n'abandonne point , qui ne croient pas pouvoir jamais assez s'affliger, assez gémir, assez pleurer. On ne doit point interrompre le cours de ces larmes précieuses et de cette sainte trbtesse, mais il faut prendre garde cependant, que ces pénitens ne poussent pas les cnoscs trop loin ; que leur contri* tion ait toujours son cours, mais qu'ils ne prennent pas le change en y mêlant les scrupules. C'est pourquoi, dès qu'ils ont fait leur confession générale, le confesseur doit leur imposer silence sur le passé 3 il doit leur dire
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de s^occuper à pleurer leurs ingratitudes, et à en demander pardon à Dieu , au lieu de s^examiner de uou-^ veau et de perdre le temps à d'inutiles recherches.
Après cela le confesseur doit s'insruire avec prudence^ sur le motif de la douleur du pêcheur pénitent. GeUe douleur prend quelquefois sa source dans la connoissance de la bonté divine, et alors on se sent comme défaillir d'un doux et vif regret d'avoir offensé un Dieu infiniment aimable. Quelquefois la douleur naît de la connoissance intime des péchés, qui semblent des spectres aussi hideux que les démons : alors la douleur n^est qu^amerlume, que fiel et qn'absinthe. A des dou« leurs si différentes, différentes conduites du confesseur doivent répondre. Si la douleur que les pécheurs pénilens ont de leurs péchés , est en eux douce et consolante, le confesseur étudiera le moment de les humilier, en leur remettant devant les yeux ce qu^ils ont été^ mais il faut qu'il le fasse daus les commencemens avec beaucoup de précaution, de peur qu'en voulant fermer toute entrée à l'esprit d'orgueil, il n'ouvre la
f)orte à la défiance et aux scrupules. Si au contraire eur. douleur n'est qu^amertume, ou leur dira de ne {)oint tellement fixer leurs pensées sur la profondeur de eurs plaies, qu'ils ne les arrêtent aussi sur la profondeur des divines miséricordes. D'un côté, ils s'humilieront, rougissant de honte à la vue d'eux-mêmes^ et d'un autre côté^ conservant toujours la confiance en Dieu, ils ne perdront point courage. C^csl en cela que consiste la force de 1 homme chrétien.
On doit donner le même conseil qu'à ces derniers, à deux autres sortes de péniiens. Les premiers sont les esprits mélancoliques, desquels on ne sauroit assez relever le courage^ mais comme ils ne se repaissent que d'idées tristes et fâcheuses, le poids du tempérament pourroit enfin les entraîner au désepoir. Les seconds sont ceux qui, après avoir long-temps marche dans le chemin de la vertu , viennent à tomber dam le
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précipice^ en punition de quelque secret orgueil, et par une permission de la providence, dont les vues nous sont toujours avantageuses. C'est en ces circonstances , qu'on doit plus que jamais recourir aux moti& de conKance en Dieu. Malheur à Tâmc dirigée par un ministre imprudent qui fremiroit d^abordet se récrie^ roil sur sa chute; qui, bien-loin de mettre avec joie sur ses épaules cette brebis égarée, la maltraiteroit, et la fcroii revenir en colère à la bergerie ! Ce seroit charger un mur du côté qu^il penche déjà, et en hâter la ruine au lieu de le réparer. Au moment donc qu^un juste devenu pécheur s^ouvre au confesseur sur son infi^ délité, celui-ci doit IVcoiiter tranquillement, et être en garde pour ne le point intimider. Il doit même le ras* surer dans sa détresse, et lui répondre qu'il se relèvera avec un nouvel accroissement de mérites ; que toutes choses^ selon lapôtre saint Paul, (Rom. 8. 38.) tourlient à Pai^antage de ceux qui aiment Dieu 5 que Iq^ péchés même y contribuent; parce que la grâce sait exprimer du poison un antidote salutaire.
Il faut cependant observer trois choses à Tégard de ce pénitent : la première, de lui inspirer une grande humilité ; parce que le Seigneur est sévère envers les superbes, et que la secrète estime de nous-mêmes est la cause ordinaire de nos chutes. L'orgueil précède la ruine de Vâme^ dit Fllspril saint, {prou. 16. 18.) et t esprit s'élève avant la chute. En second lieu, il faut faire tirer à ce pénitent de sa chute même, un surcroit de confiance en la boulé divine : car par quel endroit Dieu peut-il mieux marquer combien cette âme lui est chère, qu'en la recherchant encore après qu'elle la si lâchement abandonné ? Enfin , pour affermir ce pénitent dans rhenreuse situation où il est depuis son retour, le confesseur lui donnera tous les préservatifs cootre la rechnte. Nous on parlerons dans la suite.
Il y a des pécheurs pénitens qui n^ont qu^une foibfe
douleur de leurs fautes , ils composent le grand noob'^
S'il
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S'il faut manager la plaie déjà assez ouverte de ceux doal nous venons de parler, ceux-ci ont besoin qu'on élargisse la leur. Cependant il faut remarquer que la contrition peut êire médiocre , ou eu apparence, ou eu effet II est des personnes qui nalurellemenl uesauroient presque verser des larmes, quoi qu'il leur arrive. Delà , il pourroit naître une double erreur au confesseur et au pénitent. Le confesseur pourroit mal à propos juger du cœur par les yeux, et s'imaginer que la contrition manque, parce qu elle n'éclate pas au dehors. Néanmoins il est certain que la contrition est dans Tâme , et non dans les sens ^ et quiconque Texige trop sensible , donne dans une illusion grossière. Le pénitent ne serbit donc pas raisonnable, s'il &'af— jQigeoit de ne se point sentir extérieurement touché de douleur. Qu'il s'en tienne au fruit de la pénitence, lequel est de haïr souverainement le péché comme opposé au souverain bien qu'il aime^ et qu'il ne se trouble point , s'il est sans les sentimens tendres de componction. Chercher à être attendri de douleur, c'est chercher ce que la contrition a de doux ^ et non ce qu'elle a de solide ] c'est se tourmenter vainement^ que de s'efforcer de former des sentimens affectueux que le fond naturel du cœur refuse, et qui ne sont point essentiels à une véritable douleur.
Il y a des pénitens plus tranquilles qui ne se mettent point désormais en peine du passé ^ et qui, oubliant ou ignorant ce que dit l'Esprit saint ( EcclL 5.5.): Ne soyez point sans 'crainte de V offense qui "vous a été remise^ ne pensent pas plus à leurs péchés, que si c'étoit entre Dieu et eux un compte arrêté sans retour* Cependant une des premières maximes de ceux qui pansent des plaies envenimées, est de ne se presser point de les fermer. Pourquoi donc souffrir que des personnes qui ont vieilli dans le désordre, et qui ont été blessées de mille traits empoisonnés, referment si -tôt leurs blessures, en perdaut le souvenir de ce qu'elles étoient Tome L Pp
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il y a peu de jours ^ en traitant mêine familièrement avec Dieu , en se présentant à ses yeux sans rougir eucore de leur vie honteuse!^ Ainsi on doit inspirer à ces pënitens des sentimens humbles, et leur faire naître des occasions de les abaisser, en leur rappelant combien leurs péchés ont coûte à Jésus*Christj il faut leur marquer
1)0ur objet principal de leurs prières, de s^humilier sur eur vie passée, de se confondre , de s\'inéaniir, d'avoir une moaestie même extérieure, semblable à celle d'un homme dont les plus grandes lâchetés seroieut connues de tout le monde. Par-là, on s'assure davantage de la persévérance de ces péuitens, qui, ne perdant' point de vue Tabime dont ils sont sortis, appréhenderont de plus en plus d'y retomber. La grâce de la persévérance est pour les humbles. Sur qui jetterai-je les jeux ^ dit le Seigneur ( Isaïe n6. 2. ) , sinon sur le pauvre qui a le cœur brisé et humilié.
Mais il y a dans cette occasion deux choses que les confesseurs doivent observer: la première, c'est d'inspirer ces sentimens à Ces pénitens avec tant de prudence, sur-tout s'ils sont d'un caractère timide et craintif, qu'ils n'en soient point découragés^ la seconde, c'est qu'il ne faut pas conclure de là, que ces pénitens ne doivent s'occuper le reste de lenrs jours que de l'idée de leurs égaremens, et encore moins qu'ils doivent 'St les représenter en détail. Ils imiteront donc le prophète roi, qui, en disant: {ps. 5o. ) qu il a toujours son pétU devant lesjreua:^ ne parle ni de son adultère, ni de son homicide en particulier^ mais qui en général se reproche sans cesse, et a toujours gravé dans Tesprilt d'avoir violé les divines ordonnances, d'avoir offèu** son Dieu. En effet, il est des péchés dont lesouveuir seul pourroit souiller l'âme , au moment même qu'on ne se les rappelleroit que pour en concevoir plu^ d'horreur. Nous ajoutons que, lorsqu'on conseillerez pt'nitens de s'humilier à la vue de leurs pèches, ce flC doit être que pour les engager à s'en faiie un e^tfcice
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ordinaire au commencement de leur conversion, afin de le faire eusuiie de temps en temps: car s'ils n'avoieiit jamais dans Tesprit tout le temps de leur vie , que le souvenir de leurs fautes, ils s^exposeroiept à ne point avancer dans le nouveau chemin qu'ils ont à faire pour arriver à leur but, qui est la vertu parfaite.
Pour bien conduire les âmes qui ont conservé leur innocence^ et qui ont plus de disposition à la vertu ^ il faut observer qu'il y a deux sortes d'innocences^ dont Tune a sa racine dans la bonté d'un heureux naturel , et l'autre dans une surabondance de grâces ex^ traordinaires.
Il y a des personnes qui ignorent le mal , mais qui ne savent guère non plus ce que c'esl que de faire le bien. Elles ne sont jamais sorties de la voie droite, mais elles n'ont fait aucun pas pour y avancer ^ si elles sont sans crimes, elles sont aussi sans vertus. On conuoit le caractère de ces sortes de justes, particulièrement en deux circonstances: lorsqu'ils parviennent à quelque degré d'autorité sur les autres, et lorsqu'il leur arrive défaire une faute considérable. S'ils ont quelque supériorité , il est rare qn'ils compatissent avec bonté à ceux qui sont sous leur dépenuance. Comme ils n'ont point éprouvé dans eux-mêmes les effets de la foiblesse humaine, ils la voient dans autrui avec étonnement, ils ne conçoivent pas qu'elle puisse mériter autre chose
3ue de l'indignation^ et ils vérifient en eux, par leur ureté, ces paroles de saint Grégoire: la vraie vertiL est compatissante^ mais la fausse s^ irrite aisément. Cet orgueil caché les mène quelquefois sur le penchant du précipice; et, s'ils viennent à y tomber, il est alors difticile de les en tirer et de les remettre dans le bon chemin. Il leur sembloit que leur fragile innocence étoit un bouclier à Tépreuve de tous les traits. Ainsi dans la surprise extrême d'une chute imprévue, ils courent grand risque d'ajouter à ce malheur le dcsesnoir de se relever.
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Mais, supposé qu'ils continuent de vivre dans rin* nocence, on ne peut guère attendre d'eux qu'une vertu assez commune. Ils ne seront pas des hommes mondains, mais ils ne seront pas non plus des hommes intérieurs. Ib se tiendront dans un certain milieu, où Ton est peu propre à recevoir les impressions de TEsprit saint.
Néanmoins , comme l'innocence de mœurs est tou-> jours d'un prix infini , on doit Feslimer dans eux à pro- .portion. On doit les conduire sur-tout avec beaucoup de douceur : car étant pour l'ordinaire d^un naturel timide , la moindre parole rude sufBroit peut-être pour les effrayer elleur ôler laconGance qu'ils doivent avoir en leur confesseur^ au lieu que par des manières insinuantes , on réussira à les conserver dans la pureté, et à les y perfectionner même.
Lorsqu'on conduit des personnes dont Tinoocence a sa source dans une surabondance de grâces extraordinaires, il y a deux inconvéniens à craindre : le pre* mier , de leur ouvrir les yeux sur ce que c'est quelle crime, qui leur fut toujours inconnu : il est souvent arrivé qu'un pénitent aans Theureuse ignorance de certains péchés, interrogé par un confesseur indiscret, en a rapporté la science du mal qu'il n'auroit peutêtre jamais eue d'ailleurs. On doit doit donc bien prenare garde sur quoi on interrogera ces péniteos. Outre cela, on ne doit pas leur permettre aisément de recommencer leur confession générale. Leur état d'un côté les en dispense ^ et , d'un autre côté , on les expose à se tourmenter inutilement : car ne découvrant point de faute considérable dans toutes ces recherches du passé, ilspourroient craindre enfin d'être coupable! de quelque péché secret j cette crainte sans fondement les jetteroit dans un grand embarras, et peut-être aussi leur confesseur.
Uautre inconvénient, ce seroit de faire trop reoarquer à ces âmes leurs richesses» Le meilleur moyen de
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conserver un trésor, est de le cacher en terre; celle précaution seule vaut mieux que toutes les gardes qu'on y meitroit. Il est pourtant à propos , que des personnes si chéries de Dieu, connoissent assez cette prérogative, pour en être reconnoissantes envers leur» bienfaileur.Mais il importe aussi beaucoup, qu^on ne leur témoigne pas qu'on les en estime davantage. Il faudra seulement leur faire sentir que Dieu est l'auteur de tout bien; qu'il demande beaucoup à ceux qui ont beaucoup reçu de lui ; qu'il se trouve sensiblement offensé de la moindre de leurs négligences, après les avoir honorés de ses plus grands dons ; qu'il se re-^ froidit à leur égard , si une haute vertu ne répond pas à ses insignes faveurs. À Taide des petites humiliations qu'on saura ménager à ces personnes , et de Thumilité
3uî en deviendra le fruit, on commencera d'élever l'éifice de leur perfection : étant déjà toutes disposées à recevoir les impressions de la grâce, elles avanceront de plus en plus par-là dans les voies de la sainteté. Une des qualités essentielles à Thabile architecte, c'est de bien observer le terrain où il doit bâtir, afin d'ea corriger les défauts, s'il y en trouve, et de s'en servir même, autant que cela se peut^ à son avantage. Ainsi un confesseur ne peut remplir dignement son ministère, ni réussir dans la conduite des âmes, s'il n'a égard à la disposition des personnes qu'il dirige ; s'il n'examine pas leur humeur , leur naturel , leurs talens , leurs imperfections, pour obvier au mal dont elles sont capables , et le tourner en bien. Il doit user de certains ménagemens pour faciliter et adoucir, autant qu'il est en lui , l'ouvrage de leur sanctification auquel il doit travailler.
Cela suppose que les divers caractères et défauts naturels des hommes, auxquels un confesseur doit assortir sa condiiite, naissent de leurs différentes humeurs^ qui sont ou la mélancolie, ou le phlegme, ou la bile, ou le sang, dont ils sont dominés.
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Les mdancollqnes en général sont renfermes dans eux-mêmes , et n'en sortent presque jamais pour se communiquer. Ils sont taciturnes, et, quand ils parlent, ils le font communément en peu de mots. Ils reçoivent difficilement les impressions ^ mais , après les avoir prises, ris les retiennent opiniâtrement, sur-tout à Tégard do mal , des mauvais soupçons, des jifgemens désavantageux, des antipathies, des aversions. Ils sont profonds dans leurs desseins , cachés dans leurs démarches , secrets pour tout ce qui les concerne , qui leur fait de la peine ou du plaisir. Ils ont Tesprit étroit et le cœur resserré ; peu propres à lier amitié avec qui que ce soit ; enclins à refuser des services, ou à les rendre de mauvaise grâce: ingrats, avides de tout sans se désaisir de rien \ lents à louer, et prompts i blâmer. Dans le commerce des hommes, ils anectent un air grave qu'aucune passion ne déconcerte ^ et, bientôt après, ils se laissent aller à femportement, à la fureur. Ils sont grossiers et rudes dans leurs manières ^ incapables de contribuer a la douceur de la société, et d'y trouver quelque chose qui letir plaise ; incommodes et fâcheux par leurs tristes réflexions 5 sévères à exiger toutes sortes de ménagemens , sans en avoir presque pour personne 5 indifFérens, froids, dédaigneux et toujours prêts à contredire quand ils osent ^ sujets enfin, par un retour d'humeur bizarre, à tenir de longs discours et à rire les premiers de tout ce qu'ils disent.
Le confeseur les doit traiter avec douceur, afin de s'attirer leur affection ^ avec beaucoup d'ouverture, aCn de les engager à s'ouvrir à lui; avec discrétion, pour ne pas leur permettre d'être aussi solitaires qu'ils voudroient, et ne leur pas défendre absolument de l'être. Il faut savoir les occuper saintement, mais sans les iurchitrger, interrompant même leurs exercices pure*ment ititérJeurs par des fonctions extérieures, par des œuvres de charité envers le prochain, ou par quelques autres convenables à leur ctat.
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Le second caractère est celui des phlegEnatlqiies.Ge sont des hommes tout de glace , d'un commerce insipide et fade, d'une indolence que rien ne pique, d'une paresse que rien ne réveille , d'un engourdissement a où la seule nécessité extrême , ou une crainte excessive peut les tirer pour quelques niomcns. Ce sont des esprits irrésolus dans le projet, foibles dans la poursuite, tardifs dans Texécuiion , faciles à se rendre au sentiment d'autriii, presque incapables de se donner aucun mouvement, et ca()ables de se rebuter au moindre obstacle.
Comme ce caractère est moins propre que tout autre pour la vertu, on ne sauroit 1^ manier avec trop d'à— dresse. Il faut bien se garder de leur marquer du mépris, ou de les reprendre avec quelque aigreur: ce procédé Fermeroit d'abord l'entrée de leur cœur à celui qui les conduiroit; au lieu que, par des témoignages d'estimé et de bonté, on les préparera à l'instruction d'une manière à en être écouté j cette instruction doit se faire peu à peu, pour ne les point accabler d'avis qui effraieroicnt leur foiblcsse. Il fjut prendre garde de ne leur pas donner beaucoup de choses à faire, et s'appliquer plutôt à leur retrancher mille bagatelles dont ifs s'huer cupent, mille petites recherches de l'amonr-propre à quoi ils sont plus sujets que les autres: c'est le moyen de les accoutumer sans trop d'efforts à la mortification des sens, et de les amener par degrés à l'abnégation d'eux-mêmes. On doit les porter aussi, et par voie d'insinuation, à avancer dans la vertu, de crainte qu'ils ne demeurent dans une espèce d'assoupissement, où, si Ton ne fait pas de mal, on ne fait guère de bien non plus. Mais, s'ils venoient à tomber en quelques manquemens plus considérables, il sera nécessaire de les en reprendre avec fermeté : car, étant d'une complexion foible et moins susceptibles de violentes passions, ils pourroient se flatter d'avoir une giande vertu, lorsqu'ils n'en ont peut-être que l'ombre. Ainsi , en ces occasions, une remontrance fef'me et capable de les
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frapper , les fera revenir de Tidce avantageuse qu'ib ont d'eux-mêmes ^ elle troublera une tranquillité dont on leur montrera le péril , et les obligera de recourir plus souvent a Dieu, pour 3' trouver leur véritable repos.
On observera enfin à leur égard ces deux maximes en général: i. de ne leur permettre jamais de s^ingérer dans aucune affaire importante^ elle risqueroit trop entre les mains de gens irrésolus et paresseux au point qu^ils le sont. n. Pour ce qui est de leur intérieur , il ne faut point leur proposer des considérations qui la remplissent d'efiroi, si ce n^est en quelque circonstance où ils auroient plus besoin qu^on les reveillât. Mais, pour Tordinaire, on doit leur apporter des rootifis tou<chans , tendres , affectueux ; ces motifs sont plus à leur portée qae tout autre.
Ceux en qui le sang domine ^ sont plus sensibles i Tattrait du vice, mais plus susceptibles aussi des im-^ pressions de la vertu. Ce qui les caractérise proprement, c'est Tamour du plaisir, et Thorreur de la peine. Us sont railleurs, enjoués, vains, faciles, volages, ca-^ pables d'essaj^er de tout le monde afin de s^en faire aimer, prompts à former des liaisons et à les rompre^ amateurs de tous les amusemens de la vie, des parties de divertissement, de la promenade, des entreliens peu sérieux, des compagnies, des spectacles, de la galanterie, de la bonne chère. Aussi les seuls noms de la mortification , du jeûne, de la pénitence et de la retraite leur font-ils peur.
Ces sortes de personnes veulent dans un directeur des manières engageantes et de grandes démonstrations de bienveillance. S'il se montroit à eux, sur-tout au
Premier abord, avec un visage austère et sous l'air d'uo omme tout retiré en lui-même, il les rebuteroit et en seroit abandonné sans retour. Par le même principe, il ne leur représentera pas la vertu comme tres-pénible et très-difficile à acquérir 3 il ne les préviendra point
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sur des obstacles encore éloignés pour eux, et que Fon rencontre dans les voies spirituelles lorsqu'on veut y avancer^ il leur insinuera bien plutôt que tout est facile avec la grâce d'en haut, qui ne nous manque jamais, lorsque nous la demandons comme il faut , et que rétat le plus désirable et le plus heureux en ce monde, est celui où Ton sert Dieu de tout son cœur. Il s'appliquera donc à purifier en eux le cœur, qui est la source de tout le mal, et, pour préparatifà cette grande œuvre, il leur retranchera le commerce trop fréquent avec les hommes; il leur interdira certaines parties oîi nulle bienséance de leur état ne les force de se trouver, et les retirera de cent occasions où leur penchant les emporte trop loin. Qu'il prenne garde aussi de son coté qu'ils ne s'attachent point trop à sa personne ,ce qui arriveroit infailliblement, s'il leur permettoit de pérore avec lui une partie du temps destiné tout entier à leurs besoins spirituels ; s^il consentoit à manger quelquefois chez eux; s'il soufTroit qu'il leur échappât des paroles flatteuses pour lui , et qu'ils eussent à son égard des manières moins graves et moius sérieuses qu'il ne convient pour un ministre de Jésus— Christ. "^
Les gens bilieux demandent de grandes attentions et des soins extrêmes. Ils sont colères, brusques, actifs, fertiles en désirs, opiniâtres à suivre leurs premières idées, mais capables après cela de s'en repentir et de se condamner eux-mêmes. L'ambition et la fierté sont communément en eux les deux ressorts qui donnent le mouvement à tout le reste: de-li l'envie de remporter sur les autres, à quelque prix que ce soit, aux dépens de la charité, de la justice, de la vérité même évidente^ de— là le soin empressé de rapporter tout à leur élévation , le mépris et l'oubli des égards dus à chacun selon son rang, la liberté de blâmer quiconque leur fait ombrage. Deux situations opposées où ils peuvent se trouver, les feront encore mieux connoître : si quelque traverse, quelque obstacle imprévu les arrête tout-
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à'COop, il n'en faut pas davantage pour les déconcerter, ils tombent dans rabattement, ils dessèchent, ils lauguissent faute d'aliment pour entretenir leur haoteuret leur activité. Que s'il s'offre à eux de nouveau Toccasion de se distinguer, ils rentrent aussitôt dans leur génie altier , reprennent leur air hautain et leur ton décisif, parlent en maîtres, vantent leur habileté, racontent leurs succès , interrompent par dédain ou par impatience celui qui parle, et raillent tons ceux quib voient au-dessous d'eux ^ ils inventent, ils exagèrent, ib ^ont hardis à désapprouver tout le monde , et ne peuvent souffrir d'être désapprouvés de personne.
Pour corriger ces défauts presque sans nombre , on doit chercher à réformer en eux TextérJeur et Finiérieur% Pour lextérieur, on fera en sorte qu^ils gagnent au moins sur eux d'être plus modestes dans leurs discours et dans leurs manières; de ne point chercher dans la conversation des sujets de disputer; td'exposer uniment leurs raisons sur des points contestés, et de laisser ensuite aux autres, comme cela se doit, la liberté dy refuser ou d'y donner leur approbation, supposé qu'il ne s'agisse pas de la vérité qu^on doit défendre en toute occasion. Il leur seroit encore trcsniile de converser avec ceux qui sont d^iin esprit pacifique, et d'éviter ceux qui sont de même hooieur qu'etix , autant que la bienséance et la charité le permettent.
A l'égard de l'intérieur dont la réformation est plis essentielle , il faut leur dire de méditer souvent sur la patience du Sauveur dans les injures, sur sa douceur dans sa conversation avec les hommes, sur la modestie avec laquelle il les recevort, sur le désir qu'il a de nous voir tous imiter sa douceur et son' hunr^ilité. S'ils ne perdent point de vue ce divin modèle , il fera à la 6n dans leur cœur de plus fortes impressions que cellesda tempérament.
Au reste, lorsque, malgré les violences que seûi'
Tin pcnitent de ce caractère , il anra cédé k quelques accès d'humeur, il faut lui dire de ne point s'irriter conire lui-même: ce seroit augmenter le mal, au lieu de le diminuer. On doit donc l'exhorter à s*humilier en ces rencontres , à confesser en la présence du Seigneur Fexcès de sa foiblesse, à lui en demander bien pardon, à implorer son secours dont il a besoin pour dompter les saillies d'un naturel violent, à renouveler avec plus de ferveur ses saintes résolutions.
Un confesseur doit lui-même tenir avec ce pénitent, la conduite qu'il lui psescrit ^ cesl-à-dire, qu'en finstruisant, il doit user de beaucoup de modération , parce que sou exemple en obtiendra plus que ne feroient toutes ses raisons. Supposé donc qu'il s'accuse d'une faute, le confesseur doit arrêter d'abord tout sentiment d^impatience contre le coupable , et lui remontrer son devoir avec une tranquillité qui condamne sa violence: nne réprimande sèche et verte aigriroit ce pénitent, et des paroles douces le gagneront.
D ailleurs il ne faut pas le presser trop sur ses exercices de piété , il a plus besoin de fiein que d'aiguillon. Il faut aussi l'empêcher de les multiplier , comme son t(^mpérament de feu le poneroit aie faire^ cette multitude de pratiques^ toutes saintes qu'elles sont en ellesmêmes^ pourroientluiêtrenuisibles, et nourrir une activité qu'il est question de ralentir. On doit régler avec une pareille retenue ses austérités, parce que l'excès, en quelque genre qu'il soit , lui est plus défendu qu'à tout autre. Mais, en le fixant sur ce point , on lui apprendra que l'obéissance vaut infiniment mieux que toutes les mortifications volontaires de la chair, et qu'on acquiert un double mérite a no se pas mortifier de la »orte , dans le temps qu'on souhaiteroit davantage de le faire.
Au surplus, le confesseur mettra tout en usage pour bien convaincre ce pénitent, que son naturel violent u'est point un obstacle à la perfection \ qu'il y parviens
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dra^s^ii persiste quelque temps dans ses généreux efforts; et que plus il aura pris sur son tempéramenl, plus sa vertu deviendra mâle et capable de grandes choses; au lieu que ceux qu'un tempérament de glace laisse presque toujours dans la même assiette, n*ont donii* uaire qu'une très-médiocre vertu, et ne sont guère propres qu'à faire de petites choses pour Dieu.
Cependant , quoiqu'un confesseur doive user de douceur pour ces sortes de pénitens , il faut qu^il se comporte d'uue manière à ne pas leur faire même soupçonner que ces ménagemens sont des effets de sa foiblesse , ou du désir de leur être agréable et de s^attirer leurs bonnes grâces. Au contraire , il doit leUr donner à connoitre , qu'il les traite ainsi par un motif où la nature n'a point de part ; et que Famour de leur salât éternel est Tunique vue qu'il ait. Sans cette précautioo, il ne seroit pas impossible que quelqu'un d^eux n^abuslt d'une douceur qu'il regarderoit comme une condescendance toute naturelle, et qu'il entreprît de gouverner à sa façon, celui dont il doit être gouverné.
II est donc certain qu'un confesseur qui veut travailler utilement au salut des âmes, doit être attentif à diversifier ses instruciions , ses avis, ses corrections) ses remèdes , soit pour la manière de les donner, soit pour le fond des choses^ selon les différens âges , les différentes conditions, les différens caractères, les différens défauts , les différens péchés , les différens besoins des pénitens qu'il conduit. Non una cademque cunctis eachortatio con^ruit , dit saint Grégoire dan« sou pastoral, quia non cunctos par morum qualitas astringit. Un médecin qui n'a qu'un remède contre toutes sortes de maladies, tue plus de malades qu^iln^ guérit. Continuons encore ce détail , pour confirmer cette importante maxime qu'un confesseur ne doit jamais oublier.
Un pénitent est superbe , c'est-à-dire, obstiné ti attaché a son propre jugement^ il est plein de comr
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plaisance en lui-même, il méprise les antres /et les re-* garde toujours du côté de leurs foiblesses pour se pré^ terer à eux^ il est porté à les censurer^ il affecte la singularité et n'aime que le rare^ il est ambitieux, il se confie en ses propres forces , ce qui lui donne de l'empressement pour toutes les choses où il espère de réussir^ il est pusillanime, quand les choses lui pa— roissent difficiles ^ il ne veut pas être repris, et par conséquent il ne convient jamais de ses fautes^ s'il est intérieurement convaincu d'avoir mal fait , il a honte de le paroitre, et se défend contre la vérité connue^ s^il est contraint de se soumettre, il va à Textrémité et au vice opposé à celui dont il est repris. Enfm^ c^est souvent une marque de superbe, dans ceux qui font profession de dévotion, de se laisser accabler de tristesse à la vue de leurs propres défauts.
Gomme le superbe ne se connoît pas, et qu'il ne veut pas se recouuoitrc tel , quand on l'en avertit , uti confesseur doit éviter d'abord de lui dire quel est le mal qui domine en lui, afin de ne pas le choquer^ mais il doit, par une condescendance pleine de charité, paroiire comme s'il entroit dans ses scntimeris, en lui disant, par exemple, que c^est une chose fort louable d'aimer le bon ordre, qu'il est bon d'être zélé pour son caractère et sa dignité, mais qu'il faut sur toutes choses se donner de gai^de de l'esprit de superbe qui corrompt les meilleures actions ^ que les plus .saints l'ont toujours appréhendé^ que ce seroit témérité à nous de ne le point craindre, et qu'une telle présomption seroit même une marque assurée que ce vice domine en nous. Il est bon alors de faire au pénitent le portrait du superbe, en sorte qu'il puisse s'y reconnoitre. S'il se plaint de la conduite des autres envers lui , le confesseur doit être attentif à ne lui pas donner le tort des le commencement, afin'de ne pas l'ai-* grir ^ mais, après lui avoir marqué qu'il est sensible aux chagrins que toutes ces disputes lui causent, il s's^taf*
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chera à lui faire comprendre^ que son ministère d^ mande que, sans entrer dans Texamen de la condtflli. de ceux qui lui sont contraires, il ne s'applique qaV lut faire voir qu'il doit moins penser au mal qu'on Ut fait, qu à la vertu de charité et de douceur qu il doJ|: pratiquer en cette rencontre, afin de ne pas s'expoi# à mépriser les autres, et à trop s'estimer lui-méioé^ qu'il est dangereux d examiner plutôt la conduite dil ceux qui nous offensent, que les points où nous man^
auons^ et que le propre du superbe c'est de s'occuMj es défauts du prochain sans penser aux siens. Il uuA ensuite tâcher de le faire convenir , qu'il se reconnol coupable du défaut qu'on veut lui faire apercevoifi afm de pouvoir lui dire ouvertement et de luimontref par preuves, que la superbe a beaucoup de pari àtodt ce qu'il pense et qu'il fait^ après quoi ^ il sera facile dl lui inspirer le désir d'être guéri.
Pour lui procurer cette guérison , le confesseur àd lui représenter que les inimitiés, les vengeances et plusieurs autres péchés dont il s'accuse, sont des suito ; de cette malheureuse source; que les actions les plus ; éclatantes, faites par cet esprit, n'ont qu'une bonté apparente , et qu'elles sont de véritables péchés. S(^ opus nostrum causa damnationis est , dit saint Gre* ^oire ^ quod prqfectus putatur esse ^virtutis y q^^ selon saint Augustin, la superbe est un signe éfiof^ de réprobation; que, sans 1 humilité, il n'y a poiotdi salut à espérer ; que cette vertu est le fondement de toutes les autres, l'abrégé de la doctrine évangéliqa^ et la disposition propre à recevoir les dons célesiei Le confesseur doit ensuite lui recommander de méditer sur les vérités qui lui ont été représentées, et sur d'au* très semblables. Nous marquerons , en parlant de h satisfaction , les moyens qu'il faut prescrire à ce pâiitent pour acquérir Thumililé.
Si un pénitent a de la vanité, voici comment le confesseur doit se comporter à son égard. Oa confond
souvent la vanilé avec la superbe, quoique ces vices soient diflferens. Il est d'autant plus nécessaire de les savoir distinguer, qu'il arrive assez souvent qne lesrtîmèdes propres pour gue'rir la vanilé , sont inutiles ponr guérir la superbe. La superbe est proprement un amour déréglé de sa propre excellence, qui fait qu'on veut être plus grand et plus parfail que les autres; et d'autant que c'est une peifection de mépriser lesjugemens des hommes, la superbe combat qtielquefbis la vanité^ qui est un désir de paroîlre et d'être estimé. Le superbe qui est sans vanilé, et qui ne cherche pas à paroîlre aux yeux des hommes ce qu'il désire dérèglement d'pire, tire avantage du mépris qu^on fait de lui.
Quand la vanité vient de la bonne estime qu'on a de soi-même, on la peut découvrir et guérir par les mêmes moyens que la superbe. Mais comme il arrive quelquefois que des personnes qui paroisscnt se më— ptiser, veulent néanmoins être estimées , il faut alors d'autres marqiies pour la découvrir, et d'autres remèdes pour la guérir.
Celui qui a de la vanité se vante de tout ce qui lui paroit avantageux, ou qu'il sait être estimé de ceux qui le voient ou qui l'entendent ; il cache ses défauts, il s'excuse, il ment. Si Ton veut le reprendre, pour lui rendre la correction supportable, el lui faire avouer sa faute, il faut le louer. 11 cherche des confesseurs inconnus ; il tâche de déclarer ses péchés de manière à n'en avoir point de confusion j il affecte même de donner à son confesseur de grandes marques de douleur et de pénitence, afin de lui ôter l'idée de ses péchés , et de lui en donner une favorable de ses dispositions, quoique d'ailleurs il soit peu préparé à recevoir les réprimatides qu'il mérite^ il s'humilie même, et parle quelquefois désavantageusement de lui, mais c'est afin d'être estimé humble et modeste.
L'homme vain croit toujours avoir raison , ou au moixis il veut paroîlre Tavoir. Il combat contre la V6«
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rîté connue^ il s'efforce de se persuader que ceux qui le reprennent ont tort, qu'ils sont injustes, et qu'ils sont mal intentionnés contre lui. Il dispute avec cha* leur ) il se pique ^ et souvent s^abandoone à dire des injures. S'il se tait, c'est par une plus grande vanité, affectant un extérieur qui prouve quli nest pas convaincu des raisons des autres, auxquels il ne répond pas par dédain. Comme il soutient opiniâtrement sou opinion, il conçoit de Taversion oii de la haine contre celui qui ne veut pas lui céder^ ce qui lui plairoit dans un autre , lui déplaît dans sa personne. Si c'est son supérieure qui il soit contraint de céder, il trouve à redire à toutes ses ordonnances , ou il les évite, ou il les exécute mal, afm qu'elles paroissent déraisonnables. La vanité rend toujours désobéissans ceux dans qui elle domine^ puisque, pour obéir, il faut déférer aux volontés des autres, préférer leur jugement au sien, et les considérer comme ses supérieurs. L'homme vaio n'obéit volontiers que quand il y a de la gloire à obéir: si celui qui lui commande, par exemple, s'adressoità lui comme à un homme qui a du talent dont on a besoin, ou pour lui confier quelque commission éclatante.
Cependant ceux qui sont animés de Tesprit de vanité, ne manquent pas de raisons pour se justiâer. Les uns disent qu'ils sont obligés d'avoir soin de leur réputation, et osent citer pour eux ces paroles de l'Esprit saint : curant hahe de bono nomine. 11 faut les désabuser par les mêmes artifices dont on se sert pour les superbes ^ entrer d'abord dans leurs sentimcns,et leur dire que c'est une chose permise et louable de conserver sa réputation^ mais que, comme ou peut trop aimer sa vie, on peut aussi trop aimer sa réputation; que, comme on trouve des personnes^ qui , craignant trop d'intéresser leur vie^ n'osent passer sons destoit^ de peur que quelque tuile ne tombe sur leur lèie, il 7 a aussi des personnes idolâtres dç leur réputatfOB
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et trop délicates sur le poiut d'honneur, qui 8^em-« barrassent pour des ba^^aieiles qu'elles devroient négliger. A l'homme vain qui est opiniâtre, et qui se croit animé de zèle pour la vérité, il iàut répondre que les hérésies et les schismes se sont établis sous ce beau prétexte ^ qu'il ny a point d'homme sur la terre ^ quelque saint qu'il soit, qui œ doive craindre la vanité , qui n ait besoin d'examiner si elle ne se glisse point dans ses meilleures actions, et dans ses meUleures intentions ^ et que croire, ou au moins vouloir paroitrii n'en ))oint avoir, est un signe que Ton n'en est pasi exempt. En un mot, un confesseur doit s'appliquer à faire avouer à un péniteiu de ce caractère, qu'il a de la vanité, afin de Tengager plus aisément aux remèdes dont il a besoin..
Ces remèdes sont tous ceux qui peuvent servir non<* seulement à lui faire aimer l'humiliation, mais encore à l'aifermir contre lesjugemens des hommes, et contre le respect humain ^ à lui rendre enfin la vérité si pré-^ cieuse, qu'il soit prêt à lui sacrifier sa réputation et tout ce qu'il a de plus cher.
Nous ajouterons encore quelques remèdes particu'>« liers contre la vanité , en donnant des règles pour im^ poser les pénitences.
Ce détail nous mcneroJt txop loin, si nous voulions rapporter tout ce qui peut se dire sur cette matière. Il prouveroit aussi la nécessité de diversifier les avis selon les différentes conditions des pénitens, puisque les diflPérens états ont didërens devoirs, dont par con-^ scquent un confesseur doit avoir une connoissance suf-« fisante i>our pouvoir instruire les personnes qui ont recours à lui dans le sacré tribunal, et juger da la qualiré et de la grièveté des faïUes dont elles s'accusent| ainsi que nous l'avons déjà remarque^
Les cuiiièsseurs trouveront dans la troisième partie du pastoral de saint Grégoire , des instructions très-* propres à leur faij;^ connoitre celles qu'ils doiveut Tome L Q q
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donner ^ selon la différence des personnes el de leurs besoins* On ne peut trop recommander la lecture de cet ODvrage aux pasteurs et aux prêtres chargés de h conduite des Ames. On peut lire encore ce que nous avons dit en parlant des devoirs des curés, de robligation que leur impose le concile de Trente , de pourvoir à la nourriture spirituelle des peuples qui leur sont commis , selon la portée des esprits.
^ous* croyons devoir marquer en particulier , de quelle manière le confesseur doit se comporter a Té* gard des scrupuleux.
Des Scrupules ^ et du remède quy doit apporter k
Confesseur.
X^Es scrupules nuisent beaucoup pour Fordinaire aux exercices ce piété, et abattent quelquefois jusqu a jelfr presque dans le désespoir. Le scrupule, en matière de morale, est un doute qui n'est pas fondé, ou qui Test très -légèrement, lequel trouble la conscience , et b remplit d'inquiétudes. C'est une vaine frayeur, une crainte outrée que ce qui n'est pas péché, n'en soit un; d'où naît un cbagrin dans l'âme, qui la rend indéterminée et inquiète.
Cest par celte inquiétude et cette peine intérieuret que Ton distingue le scrupule d'avec la conscience ti^ morée. Celle--ci évite les moindres péchés, mais avec jugement et tranquillité^ celui-là au contraire fait agir sans fondement, et avec trouble et inquiétude : car, s'il éloigne de la communion, il fait sentir une peiuc et un trouble , lorsqu'on veut communier; s'il porte k recommencer quelque priète,il excite une agitatioa que l'on ne peut apaiser qu'en la recommençant.
Le scrupule est une maladie plus facile à conooitre qu'à guérir; les suites en sontflicbeuses. 11 est uDob^ lacli à la vertu ; il dessèche le cœur par d'enuujetiscs
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dtscassions, et ne lui laisse ni activité , ni courage pour entreprendre le bien ^ il étouffe les saints moiivetneut dans Tàme j la remplissant de tristesse \ il rend la piét^ odieuse^ et en fait craindre les exerckes , parce qu'ils sont devenus un pénible travail -, i^ éteint la ferveur de la dévotion , en jetant le trouble dans Vhine. C/est pourquoi ou appelle le scrupule, le venin de la dévotion. Un scrupuleux est donc obligé en conscience ) de ne rien oublier pour se guérir de celte maladie, qui 1 empêche de servir Dieu en paix et avec joie.
Deux obstacles rendent ce mal dilHcile à guérir. Le premier vient du confesseur ^ il seroil â souhaiter que ceux qui ont des scrupuleux à conduire, eussent été eux-mêmes affligés de cette cruelle maladie ] leur propre expérience leur auroit appris quelle compassion méritent ceux qui en sofif atteints, et de quelle manière on doit les traiter. Ceux qui, heureusement pour eux, n^ont jamais fait cette malheureuse expérience^ trouveront ici des règles suffisantes pour les conduire. Ils auront se\ilemeut attention , en les observant , de mêler prudemment la fermeté à la douceur, et de ne se départir jamais de Tune ni de Fautre. Le second obstacle à la guérison de ce mal, vient de la part det scrupuleux: il croit avoir Tesprit fort sain, quoiqu^il Tait extrêmement blessé; il se persuade que ses doutes sont bien fondés, c^est pourquoi il ne peut s'en défaire; quoique ce ne soient que de vaines appréhensions d'un esprit inquiet et irrésolu, il les prend pour de grandes difficultés sur lesquelles il n'acquiesce au jugement de personne, et ne peut se résoudre à sui\Te d'autre sentiment que le sien. Ceci doit faire soupçonner qu'ordinairement c'est un fond d'orgueil et aamour-propre qui entretient les scrupules dans une âme; ce qu'il est à propos de faire sentir adroitement au scrupuleux.
Les symptômes de cette maladie se réduisent à quatre plus marqués que les autres : i • changer sans cesse dei 5eDlimeiis sur la plus légère apparence^ jugeant tantôt
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illicite, et tantôt permb ce qu'on va faire on ce qu^oo ^ fait. 2. Se repaitre de réflexions extravagantes sur les plus petites circonstances de ses actions. 3. Agir avec ]e ne sais quel trouble, qui ôte Tattention et embar^ rasse la liberté. 4« Montrer beaucoup d attache à son sens propre, sans vouloir jamais se payer de raison^ et, après avoir consulté bien des gens, ne s'en rapporter enfin qu'à soi-même.
Les scrupuleux sont très-attentifs k éviter toutes sortes de péchés , ce qui leur fait mener une vie fort innocente^ ib sont très-exacts à s'examiner et it se confesser, •ans user d'aucune excuse. Mais d'un autre côté ils ne jugent des choses sur lesquelles ils sont gênés, que par imagination ^ ils se conduisent plus par sentiment que ar raison, et quelquefois leur sentiment l'emporte sur eur propre raison , leur étant comme impossible de le surmonter pour obéir à ce que la raison leur dicte; Bon-aeulement ils sont difHciles à convaincre de la -vérité contraire au penchant auquel le scrupule lei porte, mais ils le sont encore plus à se déterminer k -vaincre ce penchant, quoique souvent ils le désirent; ils oublient fort aisément tout ce qu'on leur a dit pour lever leurs difficultés , et ils reviennent toujours àleur inêmepoint, en sorte que c'est toujoursà recommencer; ils vivent dans un chagrin qui altère la santé de plusieurs. Enfin, ils sontiujets à sentir en eux-mêmes dei jnouvemens ue découragement, de défiance, de murmure, d'impatience et de colère , non-seulement contre le prochain, mais aussi contre Dieu, quoiqu'ils aient ime très-grande crainte d'j consentir.
Quand il se présente à conduire une personne dont l'esprit est agité de peines sur les affaires de la coof* cience, il faut d'abord examiner si c'est la crainte du péché qui est cause de ses peines, et^si elle ne conserve aucune affection volontaire pour le moindre péché: car ceux qui sont livrés à quelque passion déréglée de vanité, de jalousie, de fainéantise, de w
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dtsance on autres semblables , et ne veulent pas y renoncer , doivent moins être regardés comme des scruuleux que comme des hypocrites , quelles que soient es peines intérieures dont ils se disent attaqués.
Comme il y a plusieurs espèces de scrupnleS) et que les caractères des esprits sont différens, il y a aussi diflTérens remèdes à employer pour guérir les scrupuleux. Il y en a de générau]|p, qui sont utiles et salu-taires à tous les scrupuleux j il y en a de particuliers^ pour chaque espèce ae scrupule.
Le premier remède , et sans lequel tous les autres ne servent pas beaucoup ^ est Tobéissance entière et aveugle aux avis du confesseur , qui, pour conduire un scrupuleux , doit avoir une prudence, une science^ une piété et une expérience plus consommées, que s'il s^agissoit de conduire d'autres pénitens. Ainsi le' confesseur du scrupuleux doit exiger de lui une sou— mission sans bornes , et lui faire promettre , avant de commencer à l'entendre, qu'il fera tout ce qu'on lui dira , quelque répugnance qu'il puisse y avoir. Bien loin de permettre à un scrupuleux de se déterminer dans ses doutes, il faut lui faire connoître la néces^ site inévitable où il est, de se soumettre aveuglément aux avis qu'on lui donne; lui défendre de s^en rap—
Fiorter à ses propres lumières; et lui faire sentir que expérience du passé doit l'instruire pour l'avenir, puisque toutes les consultations précédentes ont été inutiles, et n'ont point tranquillisé son esprit, faute de soumission et de confiance.
Un confesseur doit ensuite s^appliquer à connoître la cause qui produit les scrupules ae son pénitent, ou
3ui sert à les entretenir : car,qudnd on connoît la cause 'un mal , on est plus en état d'y apporter remède. Pour parvenir à cette connoissance , le confesseur doit d'abord écouter le scrupuleux avec patience , avec charité et avec compassion pour sa foiblesse , se mettant il la place de celui qui soiiffre. U doit l'entendre, peu-
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dant un certain nombre de fois proporlîonné an génie du pénitent sur chaque point de ses doutes^ et , après que le pénitent lui aura découvert le fond de son cœur ei ses peines , et qne le confesseur en aura porté son jugement) et aura fait part au pénitent de ses ré* flexions , le confesseur doit encore écouter le pénitent dans ses répliques , et profiter de ce qu'il ajoute pour éclaîrcir chaque article ^ afin de se former une idée claire et parfaite de la situation de sa conscience , et d'être en état de lui persuader qu'il a bien compris ses didicultés et ses peines ^ de sorte que lo pénitent soit contraint d'avouer , que le confesseur le connoîi mieux qu'il ne se connoit lui-même^ parce que le sentimeut
J)resque général de tous les scrupuleux, est qu'on ne es entend pas assez pour leur donner un conseil qu'ils puissent suivre avec sûreté ^ ils s'affligent de ce qu'ils ne peuvent se faire entendre , et faire comprendre toat ce qu'ils éprouvent.
Lorsque le confesseur a approfondi d'abord chaqoe article des doutes du pénitent, il lia ôie tout sujet de se plaindre de lui, et de le soupçonner d'être impatient^ il s'épargne bien du temps et bien des discours de part et d^autre; il ne sera dans la suite occupé que des remèdes qu'il aura à conseiller. La charité et b paiience qu'il a euts^ dans le commencement ^ à examiner et à éclaircir la malière des scrupules du pénitent, le met en droit de ne lui pas permettre aaosli suites les redites. Si le confesseur dounoit sur cela licence au scrupuleux « il n epuiseroit jamais la source de ses scrupules; et, au lieu de les diminuer, il lesferoii croître^ il doit di)nc être ferme et à IVpreovede toutes les supplications pour ne ^lus l'écouter là-dessus. Le confesseur ne doit point a<>ir avec le péniteol scrupuleux, comme en craignant : pour peu qu'il paroisse douter ou chanceler , ou qu'il parle d'un air timide , embarrassé , irrésolu, son exemple augmentera plus U crainte et Tinquiétude du pénitent , que f^
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paroles n^en relèveront le courage. Il doit donc lui montrer beaucoup d assurance, et lui parler hardie ment, quand ii a connu la cause et la nature de se$ scrupules, qu'il en a examiné la matière, qu^il a en«tendu les éclaircissemens que le pénitent a voulu lui donner , et qu'il a prié le Seigneur afin d'obtenir les lumières nécessaires pour l'éclairer lui*-même, et guider son péniient avec sagesse et avec discernement.
Le confesseur d'un scrupuleux ne doit point lui permettre de proposer une seconde fois ses doutes, quand il en a porté son jugement et qu'il le lui a déclaré} parce qu'il est très-dangereux Je disputer avec lui ^ de délibérer après avoir décidé , de regarder comme important ce qu'on avoit d'abord méprisé , de varier dans les avis qu'on a donnés, conseillant tantôt une chose et tantôt une autre ^ il faut s'en tenir à ce qu^oa a dit la première fois. Les répétions et les variations ne font qu'imprimer davantage dans l'imagination du scrupuleux , les choses qui lui foqt de la peine: elles remplissent son esprit de perplexités ^ elles lut font juger que te confesseur a décidé avec peu de précaution et peu de lumière, et qu'il en fera de même uue autre fois. Ainsi elles ôtentau pénitent la confiance dans le confesseur. Il est donc de la prudence du confesseur, de ne point se déterminer sur ce qu'il a à répondre à son pénitent, et de ne point lui faire con- Doitre son sentiment, sans s'être mis auparavant en état de lui donner une décision sûre et dans laquelle il ne doive point varier. Il faut qu^l n^oublie rien pour gagner la confiance du scrupuleux, et pour le per*suader qu'il est capable de bien juger de son état, et de le bien conduire^ et, avec cela, qu'il ne le flattera ni épargnera jamais, dans ce qu'il devra faire po ur se sauver.
Le confesseur ne doit avoir aucune complaisance ^ et ne condescendre jamais à rien qui flatte l'humeur d'un scrupuleux : s'il consentoit à quelqu'un de ses scrupules , et s'il lui perméttoit de suivre ses idéti
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iniagioaires^il ouvriroit la porte à une îniioité dVulres. Quoiqu'il doive paroitre ne vouloir pas dominer snr sa conscience, il faut, quand il le voit indocile, quil lui parle d'un ton ferme et imposant, mais toujours avec douceur , pour mettre fin à ses répliques , ou pour lui faire surmonter ses vaines frayeurs, et effacer de son esprit fimpression que les scrupules j ont faite. Il est même expédient quelquefois de lui différer les Sacremens: cette sévérité est plus propre à ouvrir les yeux indociles, et à leur faire connoitre le jugemeot quW fait de leur résistance, que tous les discours qu'on pourroit leur tenir^ mais il faut que celte se- ^vérité soit précédée de tout ce qui est capable delà justifier.
1. Le premier conseil qu'un confesseur doit donner i un scrupuleux, après avoir pris connoissance de son ëlat et des causes de ses scrupules , est de prier Dieu avec persévérance et avec confiance en sa bonté in* £niequi vent sauver tous les hommes. Il doit luirecoqs- Biander de regarder le Seigneur non comme un maiire irrité, mais comme un père doux et miséricordieux, plus porté à pardonner aux pécheurs qu'à les punir; d'interpréter favorablement la loi de Dieu , qui ne commande rien qu'on ne puisse faire avec la grâce qu'if accorde^ de se souvenir que Dieu est son souverain bien et le Dieu de son cœur, qu'il faut le servir par amour, plutôt que par crainte^ il doit lui recommander encore la simplicité de cœur , le renoncement à son amour-propre, et lui faire entendre que, quand on est simple, on obéit sans raisonner et s^ns s'écouter, et que la liberté est où est l'esprit de Dieu.
a. Il faut lui faire bien entendre qu'il est scrapQleux, et que toutes ses inquiétudes sont sans fbnde^ jnent. Cette conviction servira à le rendre docile «l obéissant k ce qu^on lui ordonnera.
3. Il faut lui faire voir qu'il est incapable dejogersai- Bernent des choses sur lesquelles il a des scrupules; ci
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qvtt^ pour en bien juger, il est nécessaire qu^il s^en i*a[)porte au jugement d'un autre, malgré tout ce que sou propre esprit peut lui dire de contraire.
4. On doit bien faire entendre au scrupuleux, et ne rien oublier pour le persuader^ qu'il doit se déterminer hardiment contre ses scrupules^ non qu^il soit permis au scrupuleux d'agir, lorsqu'il juge et croit réellement et sans aucun douta, quoique fondé sur des raisons vaines et frivoles, que faction est mauvaise: car il n est pas plus permis de se déterminer contre la conscience scrupuleuse que l'on n'a pas déposée, que contre ]a conscience erronée. On doit cependant , communément parlant, regarder ce cas comme impossible dans un scrupuleux qui n'est jamais certain sur rien et auquel on ne doit croire que dans des cas bieu extraordinaires. Ainsi, quand nous disons qu^il doit agir hardiment contre les scrupules, nous entendons qu'il doit ne les pas écouter^ les mépriser en ny faisant point réflexion^ ne point s'arrêter à les combattre, à disputer avec eux, à les examiner^ les étouffer, s'il se peut, dans leur naissance, en éloignant son esprit des pensées et des retours qui tendent aux scrupules, et l'appliquant à autre chose. Le remède souverain, quand les scrupules commencent à se faire sentir, est de se tourner d'abord vers Dieu, et de les laisser venir et passer sans s'en occuper volontairement. Un scrupuleux qui s'écoute et réfléchit sur ses scrupules, trouve des tours ingénieux pour se troubler luimême sur des riens ^ il se laisse effrayer par un danger imaginaire de péclié en son action, et il s'accoutume à craindre ce danger qui l'empêche d'agir, quoiqu^il ait reconnu plusieurs fois lui-même que ce n'est qu^une vaine frayeur. 11 doit donc se déterminer à agir suivant les avis de son confesseur, quelqtie appréhension qu^il puisse avoir qu'il y a dti péché daos son action; à moins qu'il n'en (ùt évidemment convaincu. Il £iut sans cesse lui dire que l'avis d'un sage directeur
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est une règle certaine qu il doit suivre en toute occasion , sans crainte d'offenser Dieu , dès que ce direc^ leur passe pour un homme sage, et qu'il n'est point soupçonné 9 ni accusé d'enseigner aucune mauvaise doctrine^ qu'il n'est pas nécessaire que celui qui conduit soit tellement infaillible, qu'il ne puisse se tromper^ et que, quand même le confesseur d'ua scrupuleux se seroit trompé, et auroit ordonné quelque chose à son pénitent qui seroit la matière d'ua péché , le pénitent ne pécneroit pas en l'exécutant^ parce que ^ bonne foi , sa simplicité et sa soumis^ sion 1-excuseraiont devant Dieu^ pourvu quM eût intention de ne le point offenser et qu'il ne s'asit pas d'une chose manifestemeut contraire à la loi da Seigneur, et que chacun doit connoîlre pour tellft Il faut encore apprendre au serupuleux, à se servir des principes qui lui ont déjà été donnés et expliqués par un homme pieux et éclairé daus des cas tout-à-fait ou presque semblables, pour se déterminer lorsqu'il se trouvera daus de nouveaux embarras^ par-là, on l'accoutumera insensiblement à ne pas recourir à son directeur chaque fois qu'il aura un nouveau scrupule.
Lorsqu'un scrupuleux s'accuse d'avoir agi contre sa conscience, et croyant faire «n péché mortel, lecoofesseur doit examiner si ce cas est du nombre de ceux qui ont dcjà été éclaircis une ou plusieurs fois; et alors non-seulement il ne doit pas croire que le pénitent a agi contre sa conscience, mais encore il doit tâcher de lui persuader le contraire, l'obliger d'agrir^ l'avenir dans pareil cas malgré le doute, lui défendre même de s'accuser désormais de ce prétendu péchés et tenir la maiu à l'exécution de cette défense^ cette précaution est un remède comme infaillible.
Si le scrupuleux ne doit pas croire que son directeur se trompe, il a tort aussi d'appréhender qu'il ne connoisse pas suffisamment l'étal de sa conscience; et il Vloit être persuadé que ce directeur a suffira ntintf^
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entendu ce qu'il a voulu lui dire : car il fkudroit que ce confesseur fut bien imprudent , pour répondre avant que d'avoir entendu ce qu'on lui demande; et bien ignorant, pour ne pas savoir quMl ne peut résoudre les diflicultésd'un scrupuleux, sans connoiire la dispo-> sition de sa conscience. Pour ce qui est de la crainte du scrupuleux , de n'avoir pas bien conçu ce que lui a dit son confesseur , il faut l'obliger à croire toujours qu'il a bien entendu , lorsqu^on a plusieurs fois remarqué qu il a pris dans un bon sens les choses qui lui ont été dites.
5. Si un scrupuleux, qui a d'ailleurs la crainte de Dieu , et qiii ne voudroit pas commettre un péché de propos délibéré, dit qu'il ne sait s'il a déposé son scru-* pule et formé sa conscience avant que d'agir; que tan— tôt il se persuadoit qu'il faisoit mal, et que tantôt il corn* battoit cette pensée, de sorte qu'il ne peut assurer s'il a çu la certitude morale qu'il doit avoir en agissant; il faudroit, pour lui répondre, distinguer entre la raison et fimaginaiion, et lui faire remarquer qu'il arrive quelquefois que notre imagination est effrayée, lorsque notre raison est certaine qu'il ny a rien à craindre. S'il s'agit, par exemple, de passer sur une planche au-dessus d'un précipice, quoique l'on juge certainement que la planche est asiicz forte et assejt large pour passer sans danger, l'imagination ne laisse pas de craindre; et elle excite de si grandes frayeurs, que l'esprit est obligé de lui céder , parce qu'il n'a pas un empire despotique ni absolu sur elle. La inême vérité paroit encore plus clairemennt dans ceux qui craignent les spectres et les ombres de la nuit. Ils recounoissent que ces craintes sont déraisonnables; ils les cachent comme de pures foiblesses qu'ils ne voudroient pas que d'autres remarquassent en eux; cependant ils ne les peuvent vaincre sans soutenir de grands combats; et, quand par bravoure ils serésol— veat à demeurer seuls pendant la nuit , ils sont agités
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de frayeurs, comme si quelque speelre devoit à tont moment paroiire devant eux^ ils sont assurés e( trem* blans : assurés selon Tesprit, tremblans seloD la chair; mais enfin Tesprit demeure victorieux, pubqinl ne cède pas aux illusions de Timaginatiou. Voilà ce qui se passe dans le scrupuleux qui a la crainte de Dieu, et qui aimeroit mieux mourir que de ToffeDser. Il est certain, selon Li partie supérieure, qu'iln y a point de mal à faire ou à omettre cette action : car autrement il ne se seroit jamais déterminé à la faire ou à Tomettre. Sa défiance ne vient que d'une imagination effrayée par la erainte d'offenser Dieu , qu'il se représente continuellement; et on peut facilement s'en convaincre: i* parce qu'il éprouve une espèce de home à déclarer ses doutes, de peur de passer pour un petit esprit, et de paroi tre ridicule; ce qui ne seroit pas, s'il étoit assuré d'avoir commis un péché ; 3! parce que ce scrupuleux juge ordinairement bien, et donne ne bons avis aux autres, lorsqu'il n'est point en danger d'offenser Dieu, oa u'il est en présence de personnes habiles ti capables e le reprendre, s'il se trompoit; ce qui est une marque certaine, que la crainte qu'il a d'offenser Dieu dans ses actions, n'a été que aans la partie inférieure, et qu'elle n'a point empêché qu'il n'ait été dans la boDoe foi, et qu'il n'ait eu la bonne conscience en agissant. Ainsi le confesseur qui remarque cette disposition dans le scrupuleux qu'il conduit , non-seulement a lieu de juger dans le cas proposé, qu'il n'a pas péché contre sa conscience, mais il peut encore lui prescrire cette règle générale et certaine pour l'avenir, que» lorsqu'il se présentera une action à faire ou à omet^ tre, il fasse ce qui Itii semblera le plus à propos, hch* nobstant la crainte qu'il pourroit ressentir d'offenser Dieu : car il paroît que cette crainte ne vient qoe de la foiblesse de son imagination, et qu'elle n'em-^ pêche pas la certitude de sa conscience.
Mais , s'il s'agit alors d'un de ces . scrupuleux ^ perdent facilement la patience, et, par une espèce de
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désespoir sabandonnent de temps en temps au dcrèglemeut de leur cœur , la présomption est contre lui^ c'est-à-dire, qu'il est forl probable que clan6 son doute il a agi contre sa conscience , a moins qui! ne prouve le contraire. Ceci doit s'entendre des péchés d action.
6. Il faut éviter avec grande attention de traiter durement les scrupuleux, à cause du peu de profit que Ton fait avec eux ; on doit au contraire tâcher de les animer par la charité et par la douceur , à se défaire de leurs dispositions pusillanimes et craintives.
7« Lorsqu'ils tombent dans quelque faute, il ne faut pas les intimider, car d'eux-*mêmes ils ne sont que trop consternés^ mais il faut les encourager et les exciter à la confiance en Dieu , et à réparer leur faute par une nouvelle ferveur.
8. Il ne faut point user de violence pour les obliger à faire des choses auxquelles ils ont une trop forte répugnance^ à moins qu'on ne remarque que la voie d'autorité soit utile pour calmer leur crainte et pour les tranquilliser : car, lorsque la violence augmente leur trouble , elle aigrit le mal au lieu de le diminuer. Il faut néanmoins s'efforcer, par tous les moyens possibles, de les engager à obéir.
9* Il faut que les scrupuleux évitent le chagrin et la mélancolie; et, pour cet effet, ils doivent avoir toujours quelque occupation extérieure, fréquenter des personnes pieuses qui ne soiieut pas scrupuleuses , prendre librement les récréations honnêtes qui conviennent à leur condition, et éviter dêtre seuls.
lo. Il faut épier le moment où le scrupuleux paroit dans une assiette plus tranquille, pour lui représenter avec bonté et fermeté, quel tort il se fait par ses in«-
i'ustes frayeurs et ses inquiétudes déraisonnables. Il faut ui faire sentir que la vertu, au milieu de ces agitations d'esprit , est étouffée comme le bon grain parmi les épines 3 que lespérance chrétienne est peu à peu renversée* L'homme scrupuleux, craignant toujours où il
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n y ai rien h craindre , tombe dans un ^tat extraordinaire de terreur et de découragement , qui a souvent des suites dangereuses : car la iiatHre ne pouvant souffrir long-temps une situation qui l'importune trop^ cherche bientôt à se mettre au large, quoi qu^il en arri%'e; et elle passe souvent de rextréroitë de la détresse, à Texces da relâchement , dùt-il en coûter la perte de la vertu. Qae si l'on ne pousse pas toujours les choses à ce points du moins n^acquiert-on jamais une vraie conBance en Dieu ^ et on ne le sert que comme un maître redoutabk qui n'inspire que la crainte et Teffroi. La (brce de TAme se perd aussi par les scrupules, parce qu'on se consume i combattre des chimères , et qu'on épuise tous ses efforts contre des ennemis fantastiques , au lieu de les tourner contre nos ennemis réels , qui sont nos appétits désordonnés.
1 1. Il ne faut pas donner aux scrupuleux, de longues prières vocales à réciter , ni de rudes pénitences i faire , pendaut qu'ils sont scrupuleux ; mais il bot leur prescrire beaucoup d'exercices corporels, autant qu'ils pourront, par leur état, y vaquer, et régler lean pratiques de piété.
12. Gomme ils oublient aisément ce qu^on leur éit pour les guérir, et qu'il faut souvent leur répéter les mêmes choses, l'expérience a appris qu'il est fort utile que ceux qui savent écrire , mettent sur un papier leurs difficultés , laissant entre chacune assez d'espace pour y mettre la résolution qu'on leur donnera ; pir ce moyen ils peuvent voir souvent ce qu^ils ont à £iire, sans venir sans cesse à leur directeur.
i3. On peut toujours permettre aux scrupuleuse s'examiner sur les actions extérieures, et de s'en confesser en détail. Mais il y en a auxquels il faut défendre de s'examiner sur les pensées et sur les mauvaises affections qu'ils sentent en eux-mêmes, et les obliger de ne s'en confesser qu'en général , en disant :/e nCacc»se de toutes les pensées et inclinations nuuivais^ 1^^
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fai eues , et auxquelles il y a eu de ma faute. Ce soDl ceux qui ont une grande crainte d'y donner le moindre conseniement, qui les combattent si-tôt qu'ils les aperçoivent , et qui, en s'examinant, tombent dans la perplexité, ne pouvant connoitre s'il y a de leur faute ou non \ et c'est ce qui les jette dans des inquiétudes qui les empêchent de se confesser , ou qui leur font croire qu'ils ne se sont jamais bien expliqués en se confessant^ d'où il arrive que, pour se tirer de peine, ils s'accusent d'avoir consenti à des choses auxquelles ils n'ont donné aucun consentement.
On ne doit pas craindre que des personnes si éloignées de consentir à de mauvaises pensées , et si attentives â ne leur point donner entrée dans leur cœur, manquent, faute d'examen ,de s'accuser d'aucune pensée à laquelle elles auront consenti volontairement : car , si elles avoient consenti à quelqu'une , elles n'auroient pas besoin d'examen pour s'en apercevoir. On ne peut pas donner de preuves plus fortes du défaut de leur consentement à toutes ces mauvaises pensées^ que les impressions qu'elles en souffrent; puisque, loin d'en avoir du plaisir , elles en sont affligées, fatiguées, tour* tnentées. Ou peut s'en assurer en les interrogeant ; elles répondront qu'à la vérité il leur semble avoir eonsenii • mais qu'elles avoient alors lesprit troublé par mille idées différentes, et que, lorsqu'elles ont été plus tranquilles ^ elles n'auroient pas voulu avoir de pareils sentimens.
11 faut dire à ces scrupuleux que, dans les pensées les plus impies et les plus abominables, il n'y a f>oint de péché lorsque la volonté n'y donne aucun consen— lement; qiie, lorsqu'on les ressent avec déplaisir ^ qu'elles donnent du chagrin, et qu'elles causent de fhorreur, - elles purifient l'âme , et la font mériter par la peine et la répugnance qu'elle souffre en les ressentant.
Il faut les enhardir à ne point craindre ces mauvaises pensées. et k ne s'en point. inquiéter, quelle^ quelles
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soient} leur représenter que cest ordinairement la <urainte qiron en a\ qui les fait venir plus souvent, et qui les fait sentir plus vivement^ que la réflexion qu'on y fait, et la contention d'esprit avec laquelle on les combat, eu redoublent la violence , et les impriment de plus en plus dans Tespri t ^ et que, pa r le mépris , ou les reud pltis rares et plus foibles. Ou doit leur défendre de s'^auiu* sera raisonner contre les mauvaises pensées sous prétexte de les rejeter ^ et leur enjoindre de s en retourner doucement, en pensant à quelque autre chose , en continuaut de s'a()pliquer àfaire ce qu'ils auront commencé^ comme s'ils avoient Tesprit libre , et de ne jamais les rappeler pour examiner s'il j^ a eu du consentement , et pour sVn confesser , de crainte qu'en les rappelant| ils ne se jettent dans de nouvelles tentations. Ils doiveol découvrir leur étatà leur confesseur, sans descendre dans le détail de ces pei>sées , et sans les déclarer en particulier ; parée que les choses qu'on appréhende, cl pour lesquelles on a de l'horreur, s'impriment facilement dans l'imaginationr Quand ils jugent y avoir consenti, il siïfïïi qu'ils s'en confessent en géuéral , ainsi qu'il a été dit ci-dessus ; pourvu que le confesseur puisse connoiire leur état.
Un auire moyen pour faire connottre à ces sMtes de scrupuleiix, s'ils n'ont été que tentés, ou s'ils ont couseutià ces mauvaises pensées, c'est de leur demander s'ils seroient prêts à )uier qu'ils ont donné ce consen-temeut^ c'est ce qu'ils se détermineront diflicilement à iaire: car, pour pouvoir jurer eu pareil cas, îl (autquib comparent leurs pensées avec leiirs actions, fimpressiou qu'ont fait ces pensées avec leurs véritables désirs , el u'ils examinent s'ils avoient de la joie ou du clKigrin, e ce que ces pensées leur étoieut venues dans l'espriiî par-là ils démêleront la tentation d'avec le consente.ment. II {aut cependant remarquer que, ce moyenne réussit pas long-temps à la même personne, et qu'A la seconde pu troisième iojs qu on lui fçra cette qucnioi»! . "^ * elle
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elle repondra hardiment qu'elle est prêle à jurer qu'elle a consenti , et alors il faut lui faire sentir qu'on n'ea croit rien.
C'est particulièrement à ces sortes de scrupuleux | qu'il faut ordonner de fuir Foisiveié, el de s'appliquer tantôt à un exercice et tanlôt à un autre, soit du corps^ soit de lesprit. En s'occupant toujours, d'une manière ou d'une autre , on se distrait de ces objets qui nous in-
3uiètent^ on ôie à l'ennemi de notre repos les occasions e nous troubler par de tristes fantômes, et de répandra en nous les ténèbres dont il est appelé le père.
i4* On doit donner les mêmes conseils aux scru-« puleux que les tentations afUigent ^ qui paroissent troublés et inquiets, de crainte de ne pas résister assez fidèlement aux tentations qu'ils sentent au dedans d'eux-mêmes ^
{)arce que quelquefois il leur semble que ces tentations es flattent et leur donnent un attrait sensible. Cependant le sentiment de plaisir et le goût que la tentation cause^ n'est pas ce qui rend coupable ^ mais c'est l'acquies— cernent yolontnirc qtie l'on donne à ce plaisir : ainsi dès qu'ils se détournent des tentations et du plaisir qu'elles font sentir, si-tôt qu'ils s'en aperçoivent j dès qu'ils craignent d'y consentir, c'est une preuve assurée qu'ils ny commettent aucun péché. Si les scru-* puleux répliquent qu'ils seroient en repos, s'ils étoient assurés de ne point consentir aux tentations, mais qu'ils craignent d'y consentir, il faut leur dire que cette crainte est une preuve certaine qu'ils n'y consentent pas quand elles viennent, quoiqu'elles leur fassent sentir quelque plaisir.
Il faut encore exhorter les scrupuleux qui se plaignent de leurs tentations, ainsi que ceux qui ont de mauvaises pensées, à ne vouloir point toul-à-fait être exempts de tentations, de mauvaises pensées et de mauvais pen -clians} puisque les plus grands saints n'en ont pas été exempts. Dieu le permet ainsi, pour tenir ses plus fidèles serviteurs dans Thumilité, la défiance d'eux-- Tome L R r
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mêmes et une vigilauce continuelle^ pour leur founiff matière d'acquérir souvent des mérites , en remportant k chaque moment des victoires sur eux— mêmes ^ en sorte que les tentations dont on se sent agité, ne sont pas une marque de labandon de Dieu , mais des occasions qu^il nous donne de lui témoigner notre fidélité, et une épreuve par laquelle il nous purifie et noos dispose à de plus grandes grâces.
Gomme les mauvaises pensées et les tentations qui ODt rapporta la chasteté, causent aux scrupuleux des peines fréquentes et inquiétantes, parce qu^il est difficile de distinguer ee qui est libre et volontaire de ce qui ne Test pas , et que la matière est délicate, nous a)OuteroDS en particulier pour ceux qui en souffrent^ qu'on doit leor dire encore, qu'il n y a ni précautions^ ni retraites, ni mortifications, ni prières qui puissent empêcher le démon de tenter Thomme le plus pur ; que les âmes qui ne se laissent point séduire par les appas de laça-
Eidité, mais qui souffrent malgré ella<s des impressions orribles on de sales idées, sans que le cœur y donoe aucun libre consentement, et sans aucune action extérieure qui y réponde , ne doivent point s'en laisser , troubler: car ni les tentations les plus redoutables et les plus réitérées, ni les plus violens efforts du démon, joints aux pressantes sollicitations de la cupidité, ne sont point des crimes sans le libre consentement de la volonté; mais aussi il faut regarder camme libre et ordonné par la volonté, tout ce qui se fait extérieurement avec connoissance et avec consentement On doit consoler au contraire ces âmes que la chasteté rend fobjet de feuvie du démon. Il est dangereux d'ajouter à leur douleur un nouveau sujet d'affliction, en les inquiétant mal à propos ; ou d'appesantir sur elles, par une fausse crainte, un joug dont elles sont accablées : car il n^y a point de tentations plus insupportables aux âmes pures, que celles qui attaquent ^ chasteté qui leur est si chère.
DE Pénitence* Cja^
II est quelquefois à pro|)Os de conseiller 4 ceriaiues âmes , de prier Dieu seuleai^nt eu esprit durant la tentalion^ sans s'atlacber à regarder aucune image | pour empêcher que la tentation u augmente par le dérèglement et rinconslance de ^imagination^ ou par lamalice du démon , ainsi qu'il est arrivé quelquefois à quelques personnes.
i5. Les doutes qui naissent sur la foi affligent étrangement ceux qui les souffrent^ parce qu'ils ne sa\eut pas si, dans le combat , ils font tout ce qu'ils doivent^ et parce que, peuidant que la teutalion dure, ils se voient presqu'incapables de juger de ce qu'ils pensent véritablement. Ces doutes causent à Tâme une langueur, qui lui ôte la force de tenir les sens et la raison sous le joug de la foi. Le moyen de se garantir de ces sortes de doutes, n'est pas de s'écbauifer la tète à (aire de profonds raisonnemens pour se convaincre des vérités que la foi enseigne. II faut raisonner peu : nous sommes chrétiens pour croire, et non pour raisonner sur les mystères. Les raisonncmeos en cette matière ne sont propres qu'à nous enfler d'orgueil ou à nous jeter dans rabattement. C'est uniquement par Thumilité et par la prière que la foi se fortifie, et qu'on en obtient Tac— croissement^ rien ne lui est plus contraire que vouloir tout éprouver, tout sentir 5 c'est prétendre réduire la Religion a Texpérience et aux sens ^ c'est refuser de se fier à la parole de Dieu et à ses promisses. Le mépris qu'on fait de ces doutes les dissipe, et fait perdre au démon l'espérance d'affoiblir dans la foi l'âme fidèle , par une tentation importime. On ne doit jamais interrompre sa prière, pour s'amuser à repousser les doutes que l'ennemi du salut ne suggère que pour la faire interrompre.
Un confesseur ne peut écouler avec trop de douceur ei de compassion ceux qui ont des scrupules par rapport à la foi , afin de leur rendre le calme. Il doit leur ré^^ pondre d'une manière nette et précise, et ne point
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entrer avec eux dans un examen dangereux de ce qui ne mérite que du mépris. Il peut se donner à eux pour caution de leur foi. Il les avertira que le signe de la croix sur le front ^ sur la bouche et sur le cœur, est un puissant exorcisme contre le tentateur ^ que le nom de Jésus-Christ le met en fuite. Il les invitera à dire souvent : ye crow, Seigneur^ augmentez ma foi. Il leur ordonnera pour pratique , de dire de temps en temps :je crois tout ce que V Eglise croit \je m'unis à sa foi. Retire-toi^ Satan. Je te renonce^ auteur des doutes contre la foi j je me tourne vers Jésus^ Christ mon Saui^eur. Mais tout cela doit se dire sans grande contention.
Lorsque le confesseur s^aperçoit que lés doutes ne sont pas de simples scrupules, mais des doutes réels, il doit s'informer avec prudence et avec adresse de ce qui a fait plus d'impression sur Tesprit du pénitent , et qui y est entré plus avant ^ de ce qui y revient avec
Î}Ius d'opini&treté, et dont il a plus ae peine à se dé-' endre. 11 doit examiner si ces doutes sont suggéra ou entretenus par des discours ou par des lectures^ ou si Torgueil et la bonne opinion que le pénitent a de ses lumières, y ont plus de part, et lui donner sur cela les conseils nécessaires. Il est des personnes qui, quoique suffisamment instruites autrefois, sont tombées, à force de doutes involontaires , dans une ignorance totale des premiers principes de la Religion ^ le confesseur doit se comporter à leur égard comme à Tégard de celles qui n'ont jamais été instruites^ si elles savent lire , il est à propos de leur donner par écrit une réponse courte et claire sur les vérités fondamentales , en les obligeant d'avoir recours à cet écrit chaque £>is qu'il leur viendra un doute sur cesarticlcs fondamentaux) mais à Tégard des autres articles de foi, il faut les engager à employer contre leurs doutes cette simple protestation \je crois tout ce que V Eglise croit : il faut néanmoins leur ordonner le catéchisme pour lecture»
le
feB PiiriTEHCB. 62g
16. II y a des personnes qui, après àToir mené une vie criminelle, se sont converties à Dieu, et aui sont fort inquiètes sur les confessions qu^eiles ont faites au commencement de leur conversion. Elles s'imaginent qu'elles ont été nulles et sacrilèges, ou pour n avoir as été entières, ou faute de contrition, et elles veulent es recommencer. Il est du devoir du confesseur, chargé de la conduite d'une âme qui souffre ces peines, d'examiner si^ lorsqu'elle est revenue de son égarement, et u'elle s'est convertie à Dieu , elle étoit assez instruite e ses devoirs et de ses fautes, et si elle a déclaré se^ péchés d'une manière aussi exacte, aussi sincère et aussi bumble qu'elle auroit voulu le faire, quand elle a été le plus touchée de ses fautes, quand sa conversion a ^té plus parfaite , et quand elle a eu fait du progrès dans la vertu. Si le confesseur s'aperçoit que cette personne n'étant pas assez instruite au commencement xle sa conversion , il y a eu de la négligence ou du manque d'exactitude dans ses premières confessions, il peut juger que la réitération est au moins utile , si elle n'est pas absolument nécessaire; et il doit y con-sentir, pour ne pas s'opposer aux mouvemens du Saint- Esprit , qui veut assurer dans le pénitent la grâce de la réconciliation.
Si le confesseur a lieu de juger que les anciennes confessions ont été entières et sincères j eu s'il sait qu'il y en ait une ou plusieurs générales qui aient réparé les défauts, sans avoir calmé les inquiétudes du pénitent, il est de sa prudence de s'opposer à la réitération des premières confessions. Elle rappelleroit avec danger le souvenir des fautes qu'il est mieux d'oublier; elle en- Iretiendroit des inquiétudes qu'il faut finir; elle ramè« neroit perpétuellement le pénitent aux premiers pas de sa conversion, au lieu du progrès qu^il doit faire dans la vertu; elle rendroit aux autres la piété odieuse et méprisable par des recherches sans fin et sans fruit , qui contribuent à faire croire aux scrupuleux, que c'est
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principalement de leur exactitude à tout dire et à tout expliquer en confession, que dffpend leur sainteté.
On ne doit donc point écouler ces sortes de scrupuleux sur la nf pétition de leurs confessions : si on les écoule une fois, ils voudront dans la suite les répéter encore ; cVsi au confesseur à leur faire entendre qu'il sufVit de s'être confessé une fois avec les meilleures dispositions que Ton a pu apporter, en sorte qu'il ne paroisse pas que rien d'essentiel ait été omis. Si cependant^ après un refus constant et fort long, le confesseur s^aperçoit que son pénitent désire toujours avec le même empressement , de réitérer ses coulèssioos passées^ quoiqu'il soit soumis à sa volonté, et qu'il soie prêt à obéir, il est quelquefois expédient de le lui permettre, mais avec les précautions suivantes: i. il lui fera sentir qu'il y consent, non par nécessité, mais par complaisance^ et dans le dessein de finir ses inquiétuaes; 3. avant que dy consentir, il fera promettre à ce pénitent qu*a])rès cette confession il n'examinera plus sei anciens ()échés: 3. il lui axera le temps de ses examens, comme ce seroit demi*heure par jour, pendant un certain nombre de jours, au-delà duquel temps le pénitent s'engagera à ne point s'occuper de sa confession; 4^ enfin il lui fera promettre qu'après cette nouvelle df'cl.iranon, il ne lui parlera plus d'aucun péché passé, à moinr$ qu'il n'eût été oublié dans cette dernière revue.
17. Il y a des personnes scrupuleuses qui sont tranquilles sr.r leurs anciennes confessions, mais qui sont i))quictes et intarissables sur leurs confessions présentes. EUes apportent un temps beaucoup plus long qu'il n'est b^s'.riu^ pour examiner leurs péchés; elles donnent la iV*nt^ à leur mémoire, pour ne rien omettre en seconfc'ss:u}i . \\ leur revient toujours quelque chose denouvori!. (]!ii îulerrompl les conseils qu'on leur donne, qui Irs ocr ipe pendant qu'on les absout, qui les inquiète ai>rcs Talisolution reçue, et lorsqu'elles se sont entièrement coulessées, elles ne croient pas s'être assez bien
iiE Pénitence. 63 1
expliquées sur toules les circonstances ; elles font ua second examen pour s'en assurer ^ elles vont trouver leur confesseur pour recommencer leur confession • ou
fiour dire ce qu elles croient y avoir manqué, ou pour ui demander de nouveaux conseils ^ elles le pressent de leur faire faire de temps en temps des confessions f^énérales, sans qu'il y ail d'autre nécessité que celle de satisfaire une inquiétude devenue dominante à force dy céder. Ces redites sont indignes de la Religion, et ne rendent pas fâme plus tranquifle^ au contraire, elles font nattre de nouvelles inquiétudes plus grandes
3ue les premières, qui font que les péniiensis'éloignenl es Sacremens, s'imaginant qu'il est impossil^le d'avoir jamais les dispositions nécessaires pour en approcher dignement.
Pour obvier à ces sortes de scrupules, il faut, i. que le confesseur accoutume ceux qu'il conduit, à être précis , exacts et succincts dans leurs confessions : le grand nombre de paroles ne sert qu'à troubler la paix du cœur; 2. qu'il leur recommande de ne penser, après avoir déclaré leurs péchés, qu'à l'écoiuer et à recevoir dignement l'absolution j 3. qir^il ne souffre pas qu'après avoir reçu labsolution , ils perdent le fruit du Sacrement en s'occupant à contre-temps d'autres choses*, 4* qu'excepté certains cas particuliers et rares , il n'écoute plus aucune accusation après l'absolution donnée, mais qu'il leur impose silence , leur faisant comprendre que le mérite de leur confessions ne dépend pas de la fidélité de leur mémoire à laquelle beaucoup de choses échappent, mais de la droiture du cœur et de la sincérité de la pénitence. C'est de ces deux points essentiels, qtrun pénitent doit être particulièrement occupé.
Si le pénitent scrupuleux revient à la chlH'ge pour recommencer sa confession , ou pour déclarer des péchés qu'il doute de n'avoir pas confessés , ou de n'avoir pas suflisammcnt expliqués , le confesseur l'interrogera sur la diligence qu'il a apportée à examiner sa cons-
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63a Du SACRCHEKt
cience et à se préparer au SacremenL S^il trouve qu'il y a apporté une diligence suflisanie , il doit* lui dire d'un ton assuré , quMl s'est confessé comme il faut de tous ses péchés et de toutes leurs circoostances : car, comme le scrupuleux craint toujours que ses meilleures actions ne soient mauvaises, et qu'il n'interprète jamais les choses en sa faveur, on doit ordinairement, lorsqu'il ne fait que craindre et douter de la bonté de son gction, conclure qu'elle est bonne ^ ce qui De suffi'roit pas dans une personne qui u est point scrupuleuse.
Nous croyons cependant que, lorsqu'un confesseur ne conduit un scrupuleux que depuis peu de temps, il est bon qu'il l'écoute une ou deux fois lorsqu'il revient après sa confession s'accuser de fautes qu'il croit avoir oubliées, ou n'avoir pas suffisamment expliqtiéesj soit pour attirier sa confiance eu lui donnant cette marque de sa charité , soit pour s'assurer encore mieux si c'est par scrupule que ce pénitent vient s'accuser une seconde fois^ mais, en Técoulant, il doit lui expliquer l'inutilité de ces nouvelles accusations ^ et, s'il s'opi-* niâtre à revenir, il faut être ferme à refuser de l'entendre^ parce qu'en écoutant ces sortes de scrupuleux, on est cause qu'il leur vient toujours dans l'esprit quelques noiivelles choses à dire ', au lieu qu'en les refusant ils en demeurent là , et perdent peu à peu l'habitude de revenir.
Quelque importunes que soient les prières d^on scru* puleux pour qu'on lui laisse recommencer sa confession, ou déclarer des péchés qu'il doute de n'avoir pas confessés ou suffisamment expliqués , le confesseur ne doit point y consentir; à moins que ce pénitent ne soit prêta jurer sur les saints Evangiles, que la confession qu'il veut recommencer n'a pas été entière, ou 3ue les péchés dont il veut s'accuser , n ^ont pas été éclarés ; encore quand le pénitent voudroit faire ce serment, si, après avoir expliqué le fondement deson doute^le confesseur lui défend de recommencer sa cou-
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fession ou de s'accuser des péchés qu'il craint de n'avoir pas confessés, il doit s'en abstenir et obéir à soo confesseur comme à Jésus-Christ même. Si le pénitent
Sersiste à vouloir se confesser quand ou le lui a éfendu^ il faut le menacer de l'abandonner et de ne le plus diriger, cl lui tenir parole s'il continue à être .opiniâire.
Quand même un scrupuleux, en ne confessant .point les péchés qu'il doute de n'avoir pas déclarés^ s'exposeroit à ne pas confesser quelque péché mortel, il uepécheroit pas pour cela^ parce que l'intégrité ma-» tërielle de la confession n'est pas nécessaire, quand on ne sauroit l'exiger sans jeter la conscience dans uu trouble affreux , sans causer à Tâme un préjudice mortel, par des agitations qui ne lui laissent ni joie, ni repos, ni soulagement^ ni consolation. Il peut croire que la bonté de Dieu ne veut pas exercer tant de rigueur envers sa créature, ni lui imposer une obligation capable de lui renverser l'esprit, et de la porter jusqu'à Textravagance et jusqu'à la folie.
Il faut donc , avec les scrupuleux qui en reviennent presque toujours au point de l'intégrité de la conièssion, employer hardiment à leur égard ces deux maximes des maures de la vie spirituelle : la ))remière , que les scrupuleux ne sont point obligés à un aussi rigoureux examen de leur conscience, que ceux qui sont dans une situation tranquille: il leur est libre dans les angoisses et les embarras où ils se trouvent, de s'en tenir absolument à ce qu'un habile et zélé directeur leur prescrira. L'autre maxime est, que les scrupuleux ne sont point non plus obligés de se confesser géné« ralement de tout ce qui leur paroit péché , ni de tout ce qu'ils s'imaginent n'avoir pas confessé ^ il faut toujours qii'ils s'en rapportent à ce que leur dit leur confesseur On doit être ferme sur ces principes ^ et , après avoir sufGsamment entendu tous les scrupules d'un pénitent 9 il faut lui imposer sur cela un cteruel silence ^
<J34 Du Sacrement
el raccoutumer à mépriser ses doutes mal fondés d les craintes frivoles dont il n^a até que trop long-temps le jouet et la victime* Nous supposons tou)ours , poor pouvoir donner ces conseils à oes sortes de scrupuleux^ qu'ils ont une conscience timorée, quMls craignent iréritablement Dieu, el qu'ils se confessent souvent.
Nous avons dit qu'il est à propos que le confesseur limite à ces scrupuleux le temps qu ils doivent employer k s'examiner. Il est même souvent nécessaire de les traiter comme des personnes grossières ^ c'est-à-dire que , n'étant pas capables de s'examiner seuls, le confesseur doit suppléer par ses interrogations au défaut de leur examen. Car quel examen peuvent-ils faire, laissés à eux-mêmes f à force de chercher dans leur conscience, ils se confondent et se mettent hors d'étatde rendre compte de leur conduite à leur cônfesseor.
Les confesseurs qui ont la lâche complabance de consentir à la réitération des confessions que les sera* puleux veulent absolument faire ^ ne font pas réflexiou qu'ils les jettent dans l'habitude de faire des confes^ sions perpétuelles de vétilles : car d'ordinaire ils ne s'accusent que de choses imaginaires où ils croient avoir commis autant de péchés mortels, quoique souvent ils n'aieut commis que celui de désobéissance, dans lequel ils retombent toujours^ et dont ils ne s'accusent jamais.
i8. Il y a des scrupuleux qui veulent réitérer sans cesse liîurs confessions, parce qu'ils croient s'être accusés de leurs fautes sans en avoir eu une véritable douleur, et sans un désir sincère de se corriger, ne remarquant aucun changement dans leur conduite, et portant presq\ie toujours au tribunal les mêmesfiiutes. IjC confesseur examinera s'il est vrai que les fautes soient absolument les mêmes, bien volontaires etunpeucon* sidérables, que le pénitent n'ait fait aucun effort pour s'en corriger , que toutes les résolutions qu'il a prises aiçnt été vaines , et que tous les conseils qu'on lui a
DE Pénitence. 6S5
donnés, aient été inutiles : en ce cas , le confesseur peut juger que la douleur n'etoit pas véritable ni sincère. Mais, s'il remarque dans le pénitent de la vigilance , du * soin pour se corriger , des efïbrls suivis de succès , dos intervalles où les fautes aient été plus rares , du progrès dans la piété , de la confusion de son indignité ^ une contrition qui parte du cœur, il faut que le confesseur console et soutienne ce pénitent afQigé. II lui représentera que la contrition n'est pas moins véritable et sincère , pour n'être pas sensible ^ que Dieu accepte le sacrifice d'an cœur humilié; que la douleur des fauteis ordinaires des justes peut être véritable, sans être accompagnée d'une correction entière et parfaite \ que Dieu laisse quelquefois les justes combattre long-temps ^vec peu de succès contre certains défauts , pour les tenir dans la crainte et dans l'humiliation : car notre orgueil est non-seulement notre plus grand mal, mais encore la source de tous les autres; que la bonté de Dieu fait servir les fautes des justes d'occasion à de grandes vertus, et de précaution contre de grands dangers; que ceux qui pleurent leurs fautes, qui travaillent à s'en cOFriger, qui font l'aumône, et s'exercent à la pratique des bonnes œuvres , qui pardonnent à leurs ennemis ) et qui retombent néanmoins dans des fautes excusables, doivent se consoler, se confiant dans la miséricorde de Dieu.
Si ce scrupuleux répond que, dans le doute, il n'est pas permis de suivre le parti le moins assuré, et que, puisqu'il doute d'avoir eu une véritable douleur de ses péchés et un désir sincère de s'en corriger , il n'a point d'autre parti à prendre que celui de réitérer sa confession, le confesseur lui répondra qti'à la vérité, lorsqu'on doute avec fondement, ou doit prendre le parti le plus sûr, mais que les scrupuleux doutent sans raison, par inquiétude et sans fondement ; qti'ainsi le parti le plus sûr des scrupuleux, est de combattre cette crainte ^ui ne vient que d'une imagination blessée.
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Il faut donc que ce scrupuleux obéisse à son confesseor qui lui ordonne de ne point répéter ses confessioDs; qu'il eu évite la répétition comme un mal dangereux ; qu'il ne pense plus aux péchés de sa vie passée , qui lui ont été remis par 1 absolution } qu^il se tienne ea repos pour ne pas renouveler des plaies déjà guéries, k force d y toucher par des confessions réitérées : bien loin de dissiper ses scrupules , elles en feront renaître plusieurs autres; de sorte quil ne pourra jamais par« venir par-là à la tranquillité d*âme. Il doit recouaoitre qu'il ne peut se purifier lui seul , qu^il a besoin da secours de la grâce ; il faut qu'il ne mette point sa confiance dans ses confessions ) mais seulement en la bonté .de Dieu , qui désire soulager Tàme pénitente j quand elle est dans les peines. Eufiu , il doit regarder le dessein de réitérer ses confessions, comme une tentation da démon qui lui dresse des embûches.
19. Ceux qui sont scrupuleux sur la confession, k sont aussi ordinairement sur la communion ; et, quand il s'agit de communier, ils en sont empêchés pardei choses qu^ils croient avoir omises dans leur confession, ou qu'ils ont commises depuis^ en sorte qu^ik ne peu» vent du tout, ou qu'avec une extrême peine, commo* nier sans s'être confessés , quoique ce ne soient point de véritables péchés. Quand ils viennent pour s'accuser de ces sortes de choses , il faut les engager dou* cernent à aller communier sans s'en confesser , et iear dire qu'il suitit d'en demander pardon à Dieu , autant qn'ib sont coupables, pour être en état de communier; ou que, s'ils veulent s'en confesser, ils le (eroni dans leur prochaîne confession. Il s'en trouve qui répondent que ce qu'ils veulent confesser est peut-être un pédié mortel, et qu'à moins qu^ou ne les assure que qoand ce seroit un péché mortel, ils ne pécheront point en communiant sans l'avoir déclaré, Û leur est impossible de communier: il faut leur dire que Ton est bien assuré que ce n'est point un péché mortel , et quils/è-
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ml une chose très-agréable à Dieu , sMIs commuDient 1 Veut où ils sont, et s'ils soumettent leur jugement ce qu'on leur dit •pour leur bien ; el enfin que s*iU 5 surmontent la vaine crainte qui les relient, ils ne 3urront jamais en être délivrés. Il faut cependant )server que, pour donner ce conseil à ceux que des fficultés de conscience empêchent de communier ^ le mfesseur doit être bien assuré que cette timidité | land il s'agit de communier , ne vient que de scru«lie; et, pour cela', il faut qu il connoisse non-seule— ent le caractère d'esprit du pénitent , dont il a re-mnu par expérience les scrupules, mais encore sa gularité,sa vertu, sa crainte du péché; ce dont il ne ;ut être bien instruit, s'il n'a coutume de le con— »er. C'est pourquoi ce seroit agir imprudemment, \ regarder toujours comme scrupules et terreurs mal ndées, les accusations que veulent faire avant que de immunier, les personnes qui croient avoir oublié lelque chose en se confessant , sur-tout si on ne les >nnoit pas.
se* Les prières d'obligation deviennent souvent pour \ bonnes âmes, la matière de beaucoup de scrupules de peines. Comme elles sont convaincues qu'il faut lorer Dieu en esprit et en vérité , elles croient que jrs prières ne lui sont nullement agréables ', parce que, ns le temps qu'elles s'efforcent le plus de le prier avec rveur, elles ne ressentent alors nul goût spirituel; ille pensées inutiles, souvent impies , dissipent leur Hir et leur causent un cruel supplice. La tentation, »nt ellessont agitées, est quelquefois si vfolente, qu'elles oient être perdues ; elles s'imaginent y consentir à aqae moment; elles se mettent dans l'esprit que Dieu » a abandonnées pour leurs péchés. On leur voit faire, ns le fort de leurs combats et de leurs peines , des Btes extraordinaires, qui font qu'on les juge des esprits bles, et qu'on les méprise. L'un veut rigoureuse-*- ^nt être attentif à réciter son bréviaire , et , par cetce
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contention il appelle les distractions ^ il répète cequ^ croit avoir mai dit, et il le dit encore plus mal en le répétant^ la torture qu'il se fait d'une occupalion qui devroitle consoler, lui ôte la liberté d^esprit. L^aulre, en se préparant pour aller à Pautel, se figure que^ s'il ne s'inculque à soi-même Tintention de consacrer le corps et le sang de Jésus-Christ , il n'en aura pas une sufusante au moment de la consécration^ il tremble de crainte de ne pas articuler assez distinctement les paroles du Sauveur. Des hommes , d'ailleurs pleins de mérite et de discernement, se laissent quelquefois dominer par ces terreurs excessives, et deviennent i charge à eux-mêmes et inutiles aux autres.
Il est important que le confesseur de ces scrupuleux s^oppose de bonne heure et avec force à ces foiblesseï ui peuvent conduire fort loin j et qui vont quelquebis jusqu'au renversement de là raison. Il faut quil leur représente que c'est une erreur de s'imaginer qu'on n'est pas agréable à Dieu, parce qu'eu priant on na pas son cœur ni sou esprit en paix^ il faut qu'il leur lasse connoitre , que les exercices de piété qu^on fait sans aucune consolation spirituelle et avec des sécheresses qui fatiguent Tâme, sont des moyens plus assurés pour parvenir à Tunion du cœur avec Dieu. En effet, lorsque nous faisons tout notre possible pour les faire comme il faut, ils sont plus agréables à Dieu et plus méritoires pour nous que les autres que nous pratiquons avec une dévotion sensible^ parce que quand nous servons Dieu dans l'état de consolation , il peut avoir beaucoup d'amour-propre; au lieu que, dans es sécheresses, nous le servons uniquement par un effet de notre fidélité pour lui. La sainteté ne dépend pas d'une dévotion sensible, mais d'un amour pur qui s^'élève au-dessus des sens, et qui ne recherche que Dieu seul. Dieu abandonne quelquefois les plus grands saints à des sécheresses spirituelles si grandes , qu'il ne
leur est pas permis de s'entretenir dans une bonne peo*'
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see , et de foire la plus courte prière en paix et sans distraction^ et cela pour purifier leur amour et recevoir de leur part des sacrifices dégagés de toute complaisance en leur vertu, les humiliations étant utiles pour humilier^ pour purifier et pour instruire l'homme.
Les scrupuleux ont grand tort, quand se voj^ani privés de consolations spirituelles , et se trouvant affligés par des sécheresses, ils s'inquiètent, ils se troublent et se croient abandonnés de Dieu, lis ont des sentimens bien contraires à sa bonté ^ puisq^î ceux que le Seigneur met en cet état, sont ceux sur lesquels il a de grands desseins. Qu'ils pensent donc que les dégoûts spirituels et les sécheresses de cœur, loin d'être des signes dfi réprobation , sont des marques de ramitie de Dieu pour une âme chrétienne^ pourvu qu^elle souffre avec patience ces épreuves, qu'elle s'humilie, qu'elle mette sa confiance en Dieu , et qu'elle soit aussi exacte k remplir toutes les obligations de son état, que si elle sentoit beaucoup de douceur et de consolation. Si elle omettoit quelqu'une de ses prières ou oraisons ordinaires, ou ses autres exercices de dévotion, elle don— neroii prise au démon et elle favorîseroit ses desseins.
Le mojen de se défaire des scrupules que Ton ressent à l'occasion des distractions dans les prières, c'est de s'abstenir absolument de rien répeter de l'office ou des autres prières , de quelque obligation qu'elles soient. Le confesseur doit tenir pour maxime certaine, de ne consentir ja* mais que le pénitent qui a ces sortes de scrupules, répète ^e qu'il a déjà dit^ il doit l'obliger à continuer toujours depuis l'endroit où il se trouvera , quoiqu'il ne se souvienne pas d'avoir dit ce qui précède. Car il n'est rien de plus facile et de plus ordinaire, que de réciter des parties de prières vocales sans y faire assez de réflexion , pour pouvoir s'en souvenir un moment après les avoir dites^ en sorte que les plus pieux et les plus attentifs sont obligés de s'en tenir où ils se trouvent, et de continuer leurs prières, comme s'ils se souvenoient
d{o Du Sacremeut
très-sensiblement d'avoir dit ce qui procède. La raison est^ qu'il est moralement certain qu'ils n*oiit rien omis. Il faut faire entendre à ces sortes de scrupuleux ^ que cette certitude morale suffit pour les exempter de pëÀë, s'ils avoient véritablement omis quelque chose^ et qo^il n'est pas nécessaire d'avoir une certitude phj^sique et sensible de n'avoir rien omis, pour n'être pas obligea recommencer.
£n répétant ce qu'on croit n^avoir pas dit de ses prières , l'on n'est pas plus en repos. Cette répétition ne rend pas plus attentif^ au contraire, rien ne dispose tant aux distractions, que l'espérance de dire mieux une seconde fois la même chose. On devient distrait! foi*ce de vouloir être atentif; la mauvaise habitude de répéter , prépare à le taire sans cesse j la dernière manière dont on a dit sa prière satisfaisant ordinairement aussi peu que les premières. Enfin, on regarde dans la suite comme un jong insupportable, des prières qui ne finissent point, et on demande à en être déchargé par une dispense, que les scrupules devenus insurmoo* tables rendent quelquefois nécessaire.
Avant que les choses en soient venues à cette extrémité, il faut représenter aux personnes alaimées par ces distractions , qu'il n'est au pouvoir de personne de les éviter absolument en celle vie^ que les plus grands saints y ont été sujets \ qu'elles ne sont un obstacle à la prière que lorsqu'elles sont volontaires ou trop négligées; que, pendant les distractions involontaires, l'âme ne laisse pas d'être unie de cœur à Dieu ^ qu'il y a bien de la difKîrence entre l'attention et leseutimeut de l'attention^ qu'on ne laisse pas d'avoir ratlcntion, quoiqu'on ne la sente pas, et qu'elle dure dans le temps même des distractions involontaires, quelque longues qu'ellessoient^ quefaltention virtuellesuftit pour reudi'9 la prière méritoire^ que cette attention consiste dans l'intention qu'on a eue d'être attentif aux prières avant que de les réciter 3 que, pour la conserver pendant une
prièie .
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prière vocale^ il suffit de u avoir point révoqué cette intenliou directement ou indirectement, en se laissant aller avec réflexion à des choses incompatibles avec la prière ^ qu'on ne doit pas toujours croire qu'il y ait une négligence notable , quand la distraction a été longue ^ que Tatleution que l'on a à s'acquitter de soa devoir, en prononçant ou en chantant bien, ou en disant chaque chose dans son ordre , suffit devant Dieu pour une prière d'obligation, commencée avec dessein et intention de prier ; que c'est une erreur de s'imaginer qu'il soit nécessaire d'avoir une intention sensible et réfléchie à chaque parole que Ton prononce^ que, quand, après avoir commencé avec attention quelque prière vocale^ Tesprit vient à se distraire pendant quelque temps, il suOit de le rappeler à ce que l'on fait, lorsque l'on s'aperçoit de la distraction , et de continuer comme si Ton u'avoit point été distrait, puisque la distraction involontaire n'a point ôté l'attention virtuelle qui est suflisante^ enfin, qu'un bon remède contre les distractions, est de les mépriser et de ne s'en point occuper j de continuer ses prières, sans penser qu'on est distrait^ sans examiner ni ce qui en a détourné, ni la manière dont on Ta été, et d'être persuada qiie les distractions ne sont point volontaires, si l'on est affligé d'être distrait.
Si l'on doit s'abstenir de répéter les prières à l'occasion des distractions, à plus forte raison il ne faut rica recommencer dans la célébration de la messe: il n'y a point de lieu où la bienséance soit plus nécessaire, et où les singularités choquent davantage. Il n'y faut rien faire paroilre au public, qui rabaisse Tauguste idée qu'il doit avoir de ces redoutables mystères.
21. Les scrupules ont différentes causes. Les uns naissent de notre propre fonds , les autres nous viennent de Dieu, et les derniers du démon. Ceux qui naissent de notre propre fonds, viennent ou d'un tempérament mélancolique, naturellement disposé à la crainte et au