‹ Instructions sur le rituelChapitre 21 sur 25 · Tome I. S s · texte numérisé non relu

Tome I. S s

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doute ^ ou de la mauvaise disposition de rimaginallonf qui, par sa grande vivacité , reçoit des impressions de tous les objets qui se présentent, et en est ébranlée j ou de la légèreté d'esprit, qui fait qu^on change facilement d'opinion, et que, sur de foibles apparences, on forme de nouveaux jugemens ^ ou de la petitesse de Tesprit, qui ne peut faire un juste discernement entre le vrai et le faux , entre le bien et le mal.

Lorsque les scrupules naissent de la petitesse de Feiprir, il est presque impossible de les chasser* La petitesse d'esprit, étant jointe à une conscience tendre et délicate, fait que les scrupuleux croient pécher en tout^ ils appréhendent de faire le mai , lors même qu^iis ibnt le Lien, et ils cessent de faire le bien, par la crainte qu'ils ont de faire le mal. Ils regardent les fautes les plus légères, comme des fautes très-importantes qui méritent qu'ils soient abandonnés de Dieu. Le démon, leur grossissant leurs fautes, profite de leur trouble pour les tenter hardiment, et comme il sait que la confiance en Dieu leur sert de bouclier contre ses attaques , il leur fait croire, après une faute où ils auront eu un peu

Î)Ius de tort qu^à l'ordinaire, que le secours de Dieu eur sera entièrement refusé.

On est embarrassé sur les moyens à prendre, pour arrêter cette espèce de scrupules qui conduisent au désespoir. Il faut prendre garde de ne pas diminuer la juste crainte qu'ont ces scrupuleux d'offenser Dieu ^ mais au«si comme ils se laissent facilement aller à une crainte excessive, on doit leur conseiller de ne pas tant s'arrêter à penser aux jugemens terribles de Dieu, mais de s'appliquer souvent à considérer sa miséricorde, et de s'y confier entièrement. Il est notre père, et nii bon père qui assiste les cœurs de bonne volonté. Nous devons jeicr dans son sein toutes nos inqtiiétndes, et y déposer toutes nos peines. La confiance dans la miséricorde de Dieu, dont on a reçu tant de grâces, chasse les pensées de désespoir ^ elle conduit k Tamour)

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qui éloigne la crainte excessive: elle donne la tran-qiiillité et une sainte joie. Si Ton ne sent pas en soi celte joie, à cause de raccablement des peines intérieures, il faut la demander à Dieu avec le saint roi Uavid.

On ne doit recommander rien tant à ces suites de scrupuleux, que la confiance en Dieu, dont la bonté «st infinie, qui est toujours disposé à pardonne!*, et qui nous a donné son Fils , lequel est mort pour tous tes hommes. Si le démon suggère des pensées contraires, il ne faut point disputer avec elles , mais en éloigner son esprit autant qu'on le peut.

Le confesseur de ces scrupuleux ne doit pas s'arrêter à faire une discussion exacte du trouble de leur âme, ni de ce qui le cause: il les jeîeroit dans un nouvel embarras; il ne faut pas les écouter long-temps, ni leur dire beaucoup de choses: plus on leur en ait, plus on leur donne matière à d'autres scrupules. C'est mofns par la lumière de la raison, que par la confiance qu'ils ont dans leur confesseur, qu^>n les rassure.

La conversation avec les personnes de piété qui sont spirituelles et nullement scrt;puleuses, est un remède efficace pour bannir d'une ànu* timide et pusillanime^ la crainte excessive qui la rend triste et lui cause des inquiétudes. Ces personnes, faisant d'ordinaire paroitre dans leurs actions la joie et la liberté dVsprit, persuadent beaucoup mieux que les paroles, qu'il faut chercher Dieu avec simplicité; que la crainte de Dieu, dont nous devons ètie pénétrés, doit être une crainte raisonnable; qu'il uy a rien de plus doux qwe de le servir*, que les voies qu'il faut tenir pour cela, ne sont pas si difficiles qu'elles paroisscnt.

Il est à propos que ces petits esprits reconnaissent qti^ils sont scrupuleux , et qu'ils se demandent à euxmêmes, si les personnes de bon sens et de piété, et qui sont éclairées, se tourmentent fâme des mêmes choses qni inquiètent la leur ^ si elles conçoivent des remords des péchés imaginaires qui troublent leur coDs-

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cience^ el^ les vojant agir tout autrement qu^enx ^ ils peuvent se régler sur leur conduite, sans craindre de s'égarer en suivant leur exemple. Ils pourront encore, dans le doute s'ils ont fait quelque péché, se demander à eux-mêmes s'ils ont cru qu'il y eût du pëché, en disant , en faisant , en pensant ou en désirant tdk chose ^ lorsque leur conscience délicate et timorée leur répondra d abord que non , alors ils doivent mépriser leurs doutes et leurs inquiétudes , et passer par-dessus. 22. Lorsque les scrupules viennent dWe humeur mélancolique, on a plus besoin d'avoir recours ao médecin qu'aux conseils d'un confesseur. Cependant un confesseur habile et , expérimenté peut, par ses conseils, soulager les scrupuleux mélancoliques. Ik ont coutume de tourner tout contre eux-mêmes , de prendre toutes leurs actions au criminel, et de ne s^occnper

3ue de la justice de Dieu. Il y a de certains caractères esprit, qui semblent prendre à tâche de se tourmenter eux-mêmes. Si l'ignorance ou la trop grande solitude sont jointes à cette disposition naturelle, on nesauroit exprimer combien le mal augmente, et quel préjudice l'âme en reçoit.

Le confesseur doit d'abord examiner, si cette situation si triste n'est point causée par les reproches d^me conscience qui se sent coupable de quelque ancienne faute, que le pénitent n'ait point confessée, et qu'ail nV pas le courage de déclarer. En faisant rendre compte au pénitent de tonte sa vie passée , on découvrira si c'est ce qui agitoit son âme. Lorsque le confesseur aura reconnu que la cause du trouble du pénitent n'est quHine morne mélancolie, il lui demanaera de quelle utilili est cette sévère censure qu'il exerce centre lui-même; si elle le rend plus exact, plus vigilant, plus humble; si elle le porte à la mortification et à la pénitence; et "il lui fera connoitre qu^elle ne fait que le rendre foible dans le bien, -et qu'elle le plonge dans une langueur et uQe tristesse opposée à la ferveur ei à la joie qoc

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le Saint-Esprit répand dans les âmes ionocentes ; il pourra lui dire quHl en tiendra jusqu^à être incapable de quoi que ce soit, et peut-être jusqu'à perdre Tesprit. C'est à ces sortes de scrupuleux que le confesseur doit conseiller sur<»tout de fuir le commerce des gens

3ui sont frappés du même mal qu'eux^ d'éviter l'oisiveté^ e ne se point enfoncer dans la rêverie: tout cela contribue à taire naître des perplexités, à entretenir Tesprit dans ses doutes , et à confirmer la volonté dans sou obstination. Il doit encore leur conseiller de fuir la so* litude, de ne se point séparer de la compagnie de leurs amis, continuant de se trouver dans les conversations ordinaires , quoiqu'elles leur soient à charge et ennuyeuses.

Le confesseur doit leur faire comprendre, qu'on doit travailler à vaincre l'humeur triste et mélancolique^ car l'esprit de tristesse est contraire à celui de Dieu , dont le royaume consiste, selon saint Paul, dans la justice, dans la paix et dans la joie.

Souvent la trop grande attention qu'une âme scrupuleuse fait sur ses péchés passés et sur les peines qu'elle souffre, lui cause tant de tristesse, qu'elle eu tombe dans le désespoir. Bien loin de s'arrêter à détester eu particulier les péchés de sa vie passée , ou â réfléchir sur ses peines présentes, elle doit se contenter de détester en général ses péchés passés, et envisager Jésus- Christ , eu qui elle doit mettre toute sa confiance, puisqu'il est toujours prêt à lui pardonner et à la secourir. Nous avons parlé ci-dessus des conseils qu'on doit donner à ceux que la mauvaise disposition de l'imagination rend scrupuleux. A l'égard de ceux qui le sont par légèreté d'esprit, il faut leur dire de s'en tenir aux conseils d'un confesseur sage et éclairé, ainsi que nous Tavons déjà remarqué. On doit leur défendre de consulter sur leurs doutes, tantôt une personne, tantôt une autre. On doit leur enjoindre de s'en tenir aux maximes qui leur ont été données pour régler leur

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conscience ^ et de ne s'en éloi^^ner jamais , de quelque scrupule qu'ils soient agités, sans qu'il soit besoin qu'ils aillent consulter leur confesseur à tout moment.

a3. Il y a (les scrupules qui nous viennent de Dieu , non qu'il soit l'auteur de nos illusions , mais parce qu'il permet que nous soyons mis à l'épreuve , et qu'il ne nous don ue pas la lumière qui les dissiperoit. Dieu, par ces humiliations, ou punit certaines âmes^ en souffrant qu'elles soient livrées à une infinité de scrupules, et en laissant succéder à leur hardiesse passée une crainte excessive; ou* il veut purifier, perfectionner certaines âme^ choisies , éprouver la fidélité etl'amourdes justes, exciter les tièdes a éviter les imperfections , les porter à la ferveur et à l'amour qu'ils lui doivent, purifier les fervens comme dans la foornaise , détacher enfin les uns et les autres du lieu de notre exil , et leur faire désirer la céleste patrie.

C'est de Dieu qu'il faut attendre la guérison de ses scrupules : il semble en effet que le meilleur remède est de n'en point chercher; mais qu'il faut souffrir patiemment cet état pénible, laissant agir Dieu qui ne veut que notre bien. Cela n'empêche pas pourtant, qu'on ne puisse prendre quelques précautions contre l'importunité de ces scrupules , qu'il est important de bien démêler.

Le confesseur les reconnoitra au motif qui les fait naître^ et aux effets qu'ils produisent. L'appréhension de déplaire à Dieu est ordinairement le motif de l'inquiétude et du trouble de ces scrupuleux. Bien q»e cette appréhension passe les bornes, elle part néan«* moins d'un bon principe, qui est au fond la chante'.

Les effets de ces scrupules sont une horreur plus sensible du pér.hé, une fuite plus inquiète des occasions, et uneréformatioh toujours plus parfaite de toute la vie passée.

Lorsque le confesseur aura lieu de croire que l<^ scrupules viennent de la part de Dieu, il exhortera le

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pioitent à se résigner enlièremciit à la volonté diviue^ à se soumettre parfaitement à tous ses desseins, et ce-«pendant à prier le Seigneur de ne le point induire en tentation^ ainsi que Jésus-Christ nous apprend à le demander dans Toraison dominicale. Le temps que durent ces scrupules, communémeutn^est pas fort long , Torage cessera enfin : le Seigneur ne laissera point le juste dans une éternelle agitation {Ps.^^.v. 35.)% 24. H y a des scrupules qui sont Toeuvre du démon, lequel s'efforce toujours par toutes sortes de moyen» , ou d'induire au péché les âmes timorées , ou de les

Sorter au désespoir de leur salut, ou tout au moins e leur faire perdre la paix de la conscience , et de rendre leurs bonnes œuvres imparfaites. Il observe ^ autant qu'il est en son pouvoir, Tétat de la conscience j il examine si elle est trop lâche ou trop serrée, afin d attaquer lume par le côté foible,et de la surprendre à Timprévu. Lorsqu'il voit qu'il ne peut en arracher la crainte de Dieu , il trouble l'imagination de telle sorte, qu'elle ne représc^nte à fentendement que des choses tristes, et le remplit de vaines frayeurs et de perplexités^ d'où il arrive que Ihomme craint toiijours davoir consenti aux pensées qui lui sont venues', el aux impressions qu'il a senties , et qu'il prend les simples représentations pour un véritable consentement. Deux sortes de personnes ne sont point susceptibles de ces scrupules, savoir, les grands saints et les grands pécheurs: car, dans ceux-là, la charité parfaite l'e»-» porte sur la crainte; cl, dans ceux-ci, la malice surmonte la crainte. Les uns et les autres sont tranquilles sur ce point , mais par des principes bien dilTérens.

Les effets que ces scrupules produisent ordinairement, 1. c'est d'aller à refroidir toujours Thommedans le bien, à lui représenter ses maux comme incurables, et, en le fatiguant par des inquiétudes continuelles , à \fi réduire enfin au désespoir de sou salut, â. C'est de

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le faire tomber dans une étrange contradiction avec lui-même: car on voit de ces personnes-là se défendre sévèrement certaines choses , et s*en accorder aisément beaucoup d'autres dans une différente espèce.

Lorsqu'on juge que c'est le démon qui inquiète im pénitent par de vains scrupules , on doit lui conseiller de faire des prières ferventes avec confiance , avec humilité et avec persévérance, et Fassurer que par elles il obtiendra le secours du ciel, s'il joint à la prière une obéissance aveugle pour son confesseur.

Il est nécessaire que les confesseurs fassent attention que les scrupuleux ne sont pas toujours parfaitement maîtres de suivre les avis raisonnables qu'on leur donne, quoiqu'ils les approuvent et désirent de les suivre. Ainsi Ton ne doit pas perdre courage, en voyant le peu de fruit des premiers avis qu'on leur a donnés ^ mab on doit les leur continuer avec charité et avec patience: c^est le seul mojen de réussir dans ce travail.

Il sera facile d'appliquer les priitcipes que nous venons de donner sur différentes espèces de scrupules, è une infinité d'autres qui rendent certaines âmes bon d'état de faire le bien avec la liberté et l'amour dignes des enfans de Dieu ^ qui les jettent dans une pusillanimité souvent incurable , quand on n'y remédie pas de bonne heure et avec sagesse^ qui les engourdissent ou les effraient dans la voie du salut ^ et qui souvent même causent au corps des maladies f*éeiles*, par les tourmens d'esprit qu'ils donnent, ou renversent la tête des foibles.

Nous avons parlé des scrupules les plus ordinaires et de leurs remèdes , pour l'utilité des nouveaux confesseurs. Ceux qui voudront s'instruire plus i fond de cette matière , pourront lire les livres où il en est parle' exprès. Le traité de la paix intérieure , par le père Ambroise de Lombez , est un des meilleurs.

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De la Prudence du Confesseur à î égard des Malades.

J^A maladie est le temps où les fidèles ont plus de besoin d'être secourus ^ à cause des tentations de toute espèce qui mettent alors leur salut en danger.

Le confesseur d'un malade doit donc avoir une attention encore plus particulière, pour lui donner tous les secours que son ministère le met en état de lui procurer. Il doit d^abord témoigner à ce malade la part qu^il prend à son mal^ et ne rien oublier pour lui marquer des sentimens de compassion et de charité capables de s'en attirer la confiance, et de le disposer à recevoir les avis qu'il aura à lui donner. Il le disposera ensuite à se confesser^ il lui enseignera, s'il est besoin, la manière de le bien faire^ et il Tenlendra, lorsqu'il sera préparé.

Ilya certains péchés mortels qui rendent difficile la confession dun malade. Si ce sont des toris faits au prochain^ il faut que le malade les répare, s'il le peut^ ou, s'il ne le peut pas alors , il doit prendre des mesures pour eu assurer la réparation. Si ce sont des offenses commises contre quelqu'un, il faut qu'il en demande , ou qu'il en fasse demanaer pardon. Si ce sont des inimitiés , il faut qu'il pardonne^ qu'ilse réconcilie, ou du moins qu'il offre la réconcihation. S'il a dans sa maison une personne avec laquelle il vit en libertinage ^ il faut qu'il la renvoie sur-le-champ. S'il est dans quelqu'autre occasion prochaine de péché, il faut qu'il féloigne, s'il le peut, ou s'il ne peut pas absolument réloigner,ildoit promettre de se servir de tous les moj^ens nécessaires pour la surmonter s'il revient en santé. S'il a donné au public quelque scandale, il doit s'en humilier, eu demander

Eardon, et réparer le scandale, autant que son état \ lui permet. Enfin, si ce sont des mauvaises habiludes^ il est nécessaire qu'il y renonce de tput sou

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cœur j et pour jamais. Toutes ces choses sont si indispensables, qu'on ne peut donner Tabsolution , même à Tarticle de la mort , aux malades qui refusent de les faire. On doit pareillement refuser l'absolution à un milade qui, étant engagé dans le péché mortel ^ n en témoigne point de repentir, et ne veut pas promettre de se corriger, quand même la maladie seroit dangereuse, pressée, ou extrême. Up confesseur a donc besoin d'une prudence particulière, pour déterminer un malade qui se trouve dans quelqu'un de ces cas, à se mettre en état de recevoir la grâce de la réconciliation. Il doit être infiniment attentif i profiter de tous les moyens de grâce et de miséricorde, pour faire rentrer en lui-même, et remettre dans soo devoir un malade impénileul. Il doit lui représenter les jugemem de Dieu et les vérités les plus terribles, eu redoublant pour lui ses prières, et en y ajoutant des œuvres de pénitence pour fléchir le Seigneur en sa faveur.

11 faut user de beaucoup de ménagement , pour profiter du peu de forces que laisse souvent à un malade Taccablemcnt excessif ou le jette son mal^ et il fautes même temps employer la fermeté nécessaire pour lui faire sentir le danger où il est de son salut , et Tobtigation indispensable où il se trouve de prendre surle-champ les mesures les plus propres pour obtenir le pardon de ses péchés.

Si le malade est dans nn péril qui ne souffre point de délai, on doit hii donner labsolulion si-tôt quilest disposé à faire ce qui est nécessaire. S'il donne des signes de repentir , le confesseur doit l'aider , renccMi* rager, le soutenir, le consoler : mais, quelque équivoques que puissent être ces signes de douleur , et quelque peu qu'on doive compter sur les promesses d^uo mourant engagé dans des habitudes criminelles^ et dont la conversion ne commence qu'à la dernière maladie, il ne doit ni lui refuser^ ni lui différer l'absolution ; il doit au contraire la lui accorder. Pœniientiam da^

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mus , dit saint Augustin , securitatem non damus. Ainsi il (aui absoudre un moribond, même dans le temps qu'il y a encore du doute sur ses dispositions , si Ton ne peut avoir le temps de s'en assurer , parce que c'est un cas d'extrême nécessité où Ton peut se servir d'une matière douteuse dans l'administration d'un Sa* crement nécessaire au salut , et qu'il vaut mieux exposer un Sacrement à être nul, quVneâme à la damualioa éternelle- Mais , quand il n y a pas de péril que le malade meure sans Sacremeus , il n'est pas à propos d'aller si vite à IVgard de ceux qui ont des habitudes de péché mortel , ou qui sont dans des occasions prochaines qu^ils ne quittent pas actuellement, sur— tout lorsqu'il y a long-temps qu'ils sont dans cet état ^ qui ont àlaire cIcK restitutions dont ils sont eu état de s'acquitter*, qui ont besoin d'épreuve qui puisse faire connoitre la sincérité de leurs dispositions : car l'expérience apprend que la maladie convertit peu de pécheurs j ce qui se vériûe sur-tout dans ceux dont nous parlons , qui souvent ne sont pas plutôt relevés de maladies, qu'ils reprennent leurs mauvaises habitudes, s'exposent aux mêmes occasions de pcché, et oublient toutes leurs bonnes résolutions et les promesses qu'ils ont faites de restituer le bien d'autrui.

Un confesseur prudent ne doit donc pas faire fond sur les protestations de ces sortes de malades, ni leur donner l'absolution , sans avoir pris le temps de les éprouver, et de les faire s'acquitter des obligations auxquelles ils se trouvent engagés; à moins qu'il ne les voie dans un véritable péril. Il doit leur faire entendre doucement que , quand on est engagé daus des habitudes ou daus des occasions de péché, il faut du temps pour s'en défaire^ qu'il est nécessaire qu'ils s'éprouvent eux*mêmes, pour reconnoitre s'ils sont véritablement changés et convertis^ et que, quand il n'y a pas de péril, ii ne faut rien précipiter , mais attendre le succès de

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la maladie ; parce que si elle passe , ils auront le tempi de faire ee qui est nécessaire; et si elle augiDente,ib recevront Fabsolution et les antres Sacremens.

Pour juger du péril des malades, il faut avoir égard, Dou-seulemeni aux circonstances âe la maladie^ mais encore à celles des personnes : car ceux qui sont âgés et d'une complexion foible , tombent dans le péril par des maux qui paroissent n^étre pas de conséquence. Ceux qui demeurent dans des lieux éloignés de la résidence du confesseur , où il ne peut les visiter souvent, sont censés en péril , lorsqu'il est à craindre que le mal venant à changer, ils ne meurent sans absolution; cfst

Sourquoi on peut leur donner Tabsolulion sans délai, es qu'ils paroissen( contrits et résolus de faire toutes les choses qu'ils sont obligés de faire. Mais, en leur donnant l'absolution, la prudence veut qu'où leur ordonne par pénitence, de revenir se confesser lorscpi 'ils seront guéris; afm d'apprendre ce qu'ils auront à faire pour éviter la rechute. si l'on n'a pas eu le temps, en les confessant pendant la maladie, de leur prescrire tous les remèdes nécessaires pour ne plus retomber, et mfme pour recevoir une pénitence convenable aux péchés dont ils se sont confessés, si on ne leur en a pu pres^ crire une suffisante.

Lorsqu'un malade se trouve réduit à un étatquireoipêche de faire sa confession entière, il faut se contenter de ce qu'il peut déclarer en détail , et lui faire dire qu'il s'accuse on général de tous lesaiUres péchés qu'il ne peut expliquer; ou lui prononcer se i^méme une confession en général, en lui disant: dites avec moi ilans "votre cœur : « je m'accuse de tous les autres pé- » chés que ^\ commis en pensées, paroles, actions » et omissions; contre Dieu, contre mon prochain et » contre moi-même; dans mes prières , dans mescon-- » fessions et communions et dans les devoirs de mon » état. » Après quoi le confesseur doit dire : Miserea--

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tur^ etc. Indulgentiam^ etc. siTétat du malade le permet^ et ensuite Texcitcràla coutrition , avant que de lui donner Tabsolutiou, en lui rappelant quelqties-uns des motifs les plus capables de Vy exciter. Lorsque le malade ne peut être seul avec le confesseur , on peut se contenter de lui faire faire la confession générale que nous venons de marquer , avec un acte de contrition.

Quand un malade est sans connoissance , on est obligé, par nécessiic!!^ de ne lui imposer aucune pénitence avant 1 absolution. Mais il faut toujours lui en imposer une , quoique très— légère , pour peu qu*il ait de connoissance. Il faut prescrire au malade une pénitence qu'il soit en état de faire ^ et proportionnée à ses forces^

auelque énormes que puissent être les péchés donc s est confessé ^ comme de reciter tout bas Pot aison dominicale^ d^invoquer un certain nombre de fois le sacré nom de Jésus \ de produire des actes de foi , d'espérance, de contrition , d'amour et de cnnformiic à la volonté de Dieu, en lui offrant ses afflictions, ses douleurs, sa maladie et ses suites, Tameriume des remèdes, les douleurs des opérations, s'il en a quelqu'une à souffrir, et sa mort même en sacrifice d'expiation pour ses péchés^ ou de (àirc des aumôues selon ses facultés. Le confesseur aura soin , autant qu^il le pourra, de lui faire faire cette pénitence sur-le-champ devant lui. Si Ton espère qu'il reviendra en santé, on doit lui prescrire une pénitence convenable et proportionnée à ses crimes^ laquelle il sera obligé de faire , étant revenu en convalescence ^ ou s'il na pu faire toute sa con<^ fession , lui dire, ainsi que nous l'avons déjà observé, qu'on bii prescrira la pénitence, quand il aura achevé sa confession étant guéri. Mais , en lui faisant faire une légère pénitence, parce que son état ne lui permet pas d'en faire une proportionnée à ses péchés, .on doit ne pas manquer oe lui faire prendre une ré—, solution véritable et sinccre de faiie pénitence selon

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son pouvoir , de lui inspirer le désir de salislaire k la justice de Dieu , et de Texhorter à prier le Seigneur de suppléer, par sa bonté et par les mérites de Jésus-^ Christ, à ce qui manque à sa pénitence. Si te malade est à l'extrémité, on doit se contenter de lui ordonner de prononcer avec dévotion l'adorable nom de Jésus et celui de Marie, de frapper sa poitrine ou de témoigner qu'il accepte la maladie et la mort poor lexpiation de ses fautes.

iJn confesseur doit étudier avec soin Tétat et la di^M>sition des malades et y proportionner ses avisj porter à la confiance ceux qui seroient tentés de désespoir : ei« citer au mépris du monde et au désir du bonnetir éternel ceux qui auroient trop d'attache aux choses de la terre et à la vie ^ fortifier contre la crainte de la mort, ceux qui en seroient trop effrayés ^ parler des jugemeos de Dieu à ceux qui paroitroient indoLens , et dans une fausse sécurité ^ tenir les présomptueux dans Thamililé, par le souvenir de leurs péchés et des châtimens qu'ils méritent ^ les exhorter k la patience, et à prendre leun maux de la main de Dieu , en satisfaction de lenrs péchés et en union avec les souffrances de Notre-Seigoenr Jésus-Christ , dont il aura soin de leur rappeler la mémoire. En un mot , il n'oubliera rien pour les affermir dans Pamour de Dieu, dans la confiance en sa miséricorde, dans la paix et dans la tranquillité, par les dispositions d'un esprit de sacrifice sans ràeru et d'une entière immolation. Mais* en tout cela, il hni éviter de fatiguer le malade par de trop longs discours, et avoir attention de menacer l'état de foiblesse on il se trouve. Si le malade peut donner des marques de son consentement à tout ce qu'on tâche de lui inspirer , il faut les lui demander.

Si le malade a mené une vie peu chrétienne , il 6ot lui représenter que Dieu lui envoie cette maladie pour le faire retourner vers lui ^ que Dieu frappe le corpafin de réveiller l'âme, qui est comme ensevelie dans une lé-

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thargie profonde à Tégard de l'éternité ; qu'étant redevable à la justice de Dieu de beaucoup de péchés , il lui envoie cette maladie, non-seulement pour l'avertir d'implorer sa miitéricor de, mais encore pour lui donner un moyen de satisfaite à sa justice, et pour changer en ces peines passagères qu'il souffre , les peines éternelles qu'il mérite de souffrir ^ que, quand il seroit assuré que sa maladie n'est pas mortelle, il ne doit pas laisser de retourner à Dieu^ puisque c'est une conduite indigne d'un chrétien de ne penser à l'éternité , que lorsqu'il ne peut plus jouir du temps \ qu'il doit craindre que Uieu ne veuille pas l'écouter lorsqu'il Tinvoquera aux derniers momens de sa vie, si lui-même n'écoute pas le Seigneur lorsque le mal est moins violent et moins dangereux.

Si le malade souffre beaucoup, il faut s'appliquer particulièrement à soutenir sa patience et son courage^ pour cet effet , le confesseur l'exhortera à supporter ses maux en esprit de pénitence , et pour l'expiation de ses péchés^ à les recevoir de la main de Dieu, comme des cbàtimens d'un père qui l'aime, et qui ne le corrige dans le temps que pour le sauver dans l'éternité ^ à unir ses douleurs aux souffrances de Jésus-Christ. Il lui représt^ntera que Timpatience augmenieroit l'accablement de sa situation ; qu'elle le priveroit des grands avantages qu'il peut tirer de sa maladie pour son salut et le rcndroit même plus criminel devant Dieu^ qu'un moment de peine supportée en celte vie pour l'amour de Dieu , produira en l'autre un poids immense de gloire^ que les souffrances de cette vie, si grandes soient-elles, ne peuvent être proportionnées à la peine que méritent nos péchés,- non plus qu'à la récompense que nous en espérons. Enfin, on peut lui dire, qu'il est entre les mains du Seignetir, qu'il doit s'y abandonner et le laisser faire selon sa sainte volonté ^ puisque c'est son salut qu'il opère par l'étal auquel il 1^ réduit^ et que les saints^ instruits de celle

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vérité ^ prioient Dieu de ne les pas épargner en celle vie, afin qu'il leur fit miséricorde en Tautre.

Les personnes vertueuses peuvent aussi avoir besoin de consolation dans leurs maladies ^ mais, dans les encooragemens qu'on leur donne , il faut prendre garde à ne les pas enfler de vanité ^ en ne faisant que les louer e ten leur représentant leur maladie comme la récompense de leur vertu. On peut leur dire^ que les plus samts ont besoin de Tépreuve de l'affliction^ que lesad?e^ sites servent à nous faire connoître si nous aimons Diea véritablement ; quil est aisé de le servir dans la prospérité j que la perte de la santé et des autres oîeof que nous avions, nous fait connoitre si c'^est avec raison

3ue nous nous flattions auparavant de njr avoir point 'attache. On peut leur dire encore que , comme Fai^t s'éprouve par le feu , et for dans le creuset , ainsi k Seigneur éprouve les coeurs par la douleur et les tribulations, jusqu'à ce qu'ils soient assez purs à ses yeux; que nous sommes une pierre que Dieu taille pour nom

1>iacer dans la Jérusalem céleste^ qu'ainsi il faut soufiHr e ciseau , jusqu'à ce que nous ayons reçu la fonae que nous devons avoir , pour tenir la place qui nous est destinée ; que le chrétien a été prédestiné pour être conforme à Jésus-Christ, et que cette conformité consiste à fe suivre ici- bas dans sessouflrances^ pour entrer avec lui dans sa gloire.

Si la maladie est dangereuse, et qu'il y ait lieu de craindre qu'elle ne tende à la mort, il faut en avertir prudemment le malade, le disposer à recevoir le saint viatique et TExtrème-Onction , et à faire à Dieu le sacrifice de sa vie^ l'exhortera mettre ordre de bonne heure à ses affaires , à restituer ce qu'il pourroit avoir du bien d autrui, à racheter ses péchés par des aumônes et autres bonnes œuvres, à pourvoir à celles qu'il veut qu'on fasse après sa mort pour le repos de, son Ame, sans remettre ce soin aux parens ou amis, qui négligent souvent d'exécuter les dernières volontés des défunts i

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funis, Torsqu'ellcs ne sonl point réglées par des actes publics et en bonnes formes. Mais les confesseurs, comme les curc's, doivent toujours se souvenir de prendre garde qu'il n*y ait rien d'intéressé dans ces sortes de conseils.

C'est pour êlre encore plus eu ctal de donner aux malades les avis et les conseils nécessaires, et pour empêcher ceux dans lesquels la maladie ne réveille quelquefois aucun sentiment de religion et de piëte, de mourir dans le crime et Timpénitence, et de profaner ies Sacremens, qu^ilest défendu dans ce diocèse à tous confesseurs séculiers comme aux réguliers^ qui ne sont ni curés ni secondaires, daller confesser aucun des malades qui les appelleront, quand même ils seroient du nombre de leurs pénitens ordinaires, sans en avoir auparavant averti le curé de la paroisse, et sans s''étre iatormés de lui de ce qu ils peuvent faire de plus utile pour la conscience et le salut du malade qui les demandera, en recherchant s'il ne vit point d'une manière scandaleuse, et si le curé ne coonoit rien eu lui qui le rende indigne de l'absolution. En Tabsence du curé^ qui sera toujours consulté lorsqu'il pourra se trouver ^ le confesseur, soit séculier, soit régulier, appelé pour confesser un malade , prendra ces éclaircissemens d'un des secondaires , en s'adressant toujours au plus ancien^ s^il y en a plusieurs, comme plus en état de connoitre tous les paroissiens. Si le danger de la maladie est pressant, et ne doimc pas au conlessei^r 1»^ temps d'avertir le curé avant que d aller entendre le mairie ^ il aura soin de le faire aussi-tôt ^près la conft'ssion, aiiu fjwe le curé soit en état de remplir ses obligations envers le malade ^ ainsi que nous Tavons dit ci-devant, (f>ng. 549-)

II est du devoir du confesseur d'obliger (es malades de régler les affaires qu'ils doivent réj^ler sous peine de péché ^ mais pour celles qui ne regardent pas la conscience, les confif^sseurs ne doivent pas s'en mêler ; et cela leur est défendu dans ce diocèse. Ils cviterontdes'immjscer Tome L Tt

658 Du Sacrement

alors dans les intërêls temporels des familles, de gêner la liberté des testateurs par des suggestions ou sollicitations en faveur des uns au préjudice des autres, lisse réduiront à donner à leurs pénitens les conseils nécessaires pour l'acquit de leur conscience, et à les détour- D6r des dispositions qui seroient contraires à la justice ou à la charité.

Un confesseur ne doit point permettre aux malades de faire, dans leurs testamens, des legs qui seroient aa préjudice de leurs créanciers, ou trop onéreux ou préjudiciables aux familles, suivant le sentiment de saint Augustin, qui ne veut pas qu'on dépouille les en&os^ même pour enrichir TEglise.

11 doit encore veiller pour qu'un malade ne fasse rien dans son testament, qui soit contraire aux lois dîviofs et humaines, qu^il n'use d'aucune tromperie, qu'il n'agisse point par haine, par vengeance. 11 doitempecher les pères et les mères de faire aucun tort à leurs enfans par des partages qui ne sont point autorisés par les lois, que la seule passion inspire, et qui, étant toujours une source de division dans les familles, en causent la r\rine totale, et attirent la malédiction de Diea. Il doit pareillement faire en sorte qu'un malade ne fasse aucun don aux personnes prohibées par les lois, qu'il retranche dans les legs et les clauses de son testament, tout ce qui ressent la vanité et Tosteniation, tout ce qui est indigne de la sainteté et de la pureté des sentimens dans lesquels doit vivre et mourir un chrétien.

Les confesseurs ne doivent pas permettre qu'il y ait dans les testamens aucun legs et aucun don, soit pour leurs communautés, s'ils sont réguliers, soit pour eux* Ils ne peuvent manquer d'être attentifs à témoigner dans ces occasions, comme en toutes les autres, un entier désintéressement, sans avilir leur miniùère , et sans s'exposer au mépris public, soifvent même aux plus noires calomnies et a des soupçons désavantageux et désbonorans. Les curés même ne doiTent point suggérer aux

DE Pénitence. 65g

malades les legs pieux en faveur de TEglise paroissiale; et il est important qu'ils aient une grande réserve siii^ cet article, afin d'éviter tout soupçon de propre intérêt* Il seroit à désirer que les ministres des saints autels eussent gravées, dans leur mémoire, ces belles paroles de saint Jérôme, écrites particulièrement pour eux: ne demandons jamais rien^ et recei^ons rarement ce €juon nous offre. Il arrive presque toujours , que ce* lui qui vous prie de recevoir^ vous en estime moins ^ quand vous avez reçu ce qu'il vous offroit awec lé plus d^empressement. Saint Paul disoil aux anciens de l'Eglise de Milet : ( j^ct. ao, aS. ) Je vous ai montré en toutes choses que c'est en annonçant gratuitement TEvangile qu il faut ménager lesjoibles^ leur ôter tout lieu de croire qu'on prêche par avarice, et se souvenir de cette parole du seigneur Jésus t c'est utt plus grand bonheur de donner^ que de recevoir.

A l'égard des dépôts de certaines sommes que le^ malades veulent quelquefois remettre entre les mains des confesseurs, po'or en disposer après leur mort^ selon les intentions secrètes qu'ils leur ont déclarées^ voici cg que la prudence doit (aire observer: i. une personne à Tarticle de la mort, peut prier son confesseur de se charger d'un dépôt, pour faire des restitutions qu^elIe ne peut faire sans inléresher sa réputation, si elle n'em-* ploie son secours et son ministère^ alors le confesseur est obligé par les règles de la charité de recevoir ce dépôt; parce que ce moribond ne pouvant restituer^ sans intéresser sa réputation , que par les mains de son confesseur, c'est comme une siiite nécessaire et unô conséquence de la confession , sur laquelle le confesseuf ne doit compte qu'à Dieu.

3. Si le dépôt est pour faire quelque action de charitcî et de surérot'ation . soit en faveur des pauvres ou des hôpitaux, ou de quelque personne particulière tion prohibée par la loi, quoique le confesseur puisse s'e'ti charger sans blesser sa conscience) il n'est pas toutefuil

66o Du Sàckement

à propos qu'il s^en charge , pour se pas s^exposer à tous les inconvëiiiens qui eu peuvent arriver.

3. Si le dépôt que veut faire le malade , est pour faire une donation à quelque personne que les lois ont déclarée incapable de la recevoir , le coniësseur ne peut et ne doit pas s'en charger j parce qu'Hun Jidei^ commis y en fraude de la loi^blesseroit également et la conscience du confesseur qui s'en chargeroit, et celle du pénitent qui le feroit.

On trouvera, dans ce que nous dirons ci-après de la visite et assistance des malades, un plus long détail des instructions et des exhortations propres à leur inspirer les sentimens de piété et de religion où ils doivent être.

De la Prudence du Confesseur à regard des En/ans.

jLàk prudence demande que Ton engage les petits en-fans à venir se confesser , dès qu^ils sont capables de connoitre que ce n'est pas bien fait de mentir, de se mettre en colère, de uésobéir, de faire du mal aux autres petits enfans, etc. Car, en les faisant venir à confesse, ou las détourne de continuer à faire le mal , on les instruit peu à peu des premiers élémens de la Religion , on leur inspire Tamour de Dieu et la crainte de rofFenscr, on les engage rapprendre leur catéchisme , à faire leurs prières dévotement , à obéir â leurs pères et mères, etc.

Il ne faut pas se contenier de les confesser une fois par an^ il ne faut pas aussi le faire trop souvent^ mais au moins trois ou qualre fois dans Tannée. On doit les attirer à la confession par une grande douceur , et en leur témoignant beaucoup d'amitié et de bonté^ quelques plaintes qu'on ait entendues de leur malice , ce n'est pas dans la confession qu'il faut les ti'aiter durement, ni leur en faire des menaces : rien ne seroit plus propre a les éloigner que la sévérité 3 au contraire , il faut les

DE Pénitence. $6i

^OTlcT à se corriger par la vue de la récompense et du >laisir qu'il y a à faire le bien 5 on doit ne leur parler que d'une manière à leur rendre la vert» aimable. Lorsqu'on leur parle des cliâtimens qui sont les suites du Deché^il faut leur marquer qu'on les craint pour eux, li qu'on seroil fàcbé qu'ils leur arrivassent.

Comme la crainte et la honte leur font souvent cacher eurs péchés, il faut les prévenir prudemment, en les :aressant , en leur partant de façon à les enhardir à se >ien confesser , en leur demandant s'ils ne sont pas bien 'ésolus de dire tous leurs péchés; leur représentant quels ontlesavantages d'une sincère etenticredéclaration, qu'il le faut pas avoir plus de honte de dire ceux qui leur paoissent les plus considérables que les plus petits , et f'ur faisant espérer que Dieu les leur pardonnera tous^ ^'Is les veulent tous dire.

En les examinant sur les péchés qu'ils peuvent avoir rommis avec d'autres enfans, il est bon de leur parler le ce que les autres ont fait, en leur disant, par exemple: Cenacai^ec qui cous avez été^rCont^ils pas fait des ma" icesf* S'ils répondent qu'oui, on leur demandera quelles ont ces malices-, et, après qu'ils en auront découvert me , on leur demandera , si ceux avec qui ils ont été l'en ont pas fait d'autres, jusqu'à ce que l'on n'en rouve plus ; puis on examinera s'ils ont fait comme les lutres, ets^ils ont appris à d'autres les mêmes malices.

Comme le poison de l'impureté n'épargne pas l'âge e plus tendre, il faut examiner prudemment les enfans ;nr ce péché , afin de pouvoir en corriger ceux qui îommenceroienl à le commettre. Pour les interroger à-dessus d'une manière qui ne puisse pas en donner 'idée à ceux qui ne connoisscnt pas ce péché, et qui l'y sont pas tombés, il faut leur demander en général ["ils n'ont pas joué et badiné avec d'autres petits enfans, ivec ceux d'un autre sexe , et quelles sortes de badineries Is ont faites; si ceux avec qui ils vont, sont bien sages ^ ; ils lia fout point d immodesties ; ce que c'est : s^ik

ït 3

66^ Du Sacrement

en ont fait autant. En les entendant répondre , il sera facile de reconnoître s'ils ont fait quelques fautes contre ce commandement^ ou doit se servir de leur franchise et de leur simplicité, pour les engager à s'expliquer ingénument^ mais toujours avec rattenlion de ne leur pas apprendre ce qu'ils ignorent, conformément aux principes que nous avons établis en pariant de ia manière dont les confesseurs doivent interroger les péuitens. Si on les trouve coupables de quelques fautes de cette espèce, il faut leur défendre défaire ce qu'ils ont fait, en leur disant que c'est un péché ^ et que, si leurs pères et mères les trouvoient faisant de semblables choses, ils les châtieroient rudement. L'expérience apprend que les interrogations, faites prudemment aux enians sur celte matière , ne sont pas inutiles , et qu'elles servent souvent à découvrir et corriger un mal qui commence, et qui, n'étant découvert que dans un âge plus avancé, se corrige plus difficilement et plus rarement.

Il arrive souvent que ces en fans répondent assez bien aux premières interrogations qu'on leur a faites sur leurs jeux et leurs badineries avec d'autres enfans; mais quand on veut les faire expliquer ce que Qu'est que ces jeux, ils se mettent à pleurer, n'osant dire les choses honteuses qu'ils ont faites, ou ils nient ce qu'ils avoient d'abord avoué. Un confesseur a besoin alors d'une grande prudence pour gagner leur confiance, pour calmer leur frayeur, et leur rendre le courage^ il est bon de leur dire qu'on est persuadé qu'ils ne feront plus ce qu'ils ont fait; qu'ainsi ils n'ont qua l'avouer naturellement, à déclarer combien de ibis ils Font fait, en leur promettant que Dieu le leur pardonnera et les nimera s'ils ne mentent point, et s'ils confessent tout. Si on ne peut les (aire se bien expliquer en les interrogeant honnèlement, il faut se contenter de leur faire promeir^ de ne plus s'arrêter seuls avec les eijfaus qui ont fdii des choses déshonnêtes avoc eux , et les exhorter

i s'en cottfe$î>er encore mieux une autre foisi

BE Pénitence. 663

On doit encore observer de ne jamais faire regarder IX enfans la confession comme un jeu ^ en leur donant, par excunpie, c«)mme il arrive souvent à plusieurs )ufesseurs de le faire, les premières fois qu^ils se conssent, pour toute pénitence, lorsqu'ils se sont con— issés , des récompenses convenables à leur âge^ en adinant avec eux, après qu^ijs se sont confessés, sur i couiession qu'ils ont faite. Il est essentiel de leur pp rendre de bonne beure à respecter tout qui regarde I Religion , à s'approcber des Sacremens avec piété , 1 les instruisant, autant qu'ils en sont capables, de lur vertu, et des avantages qu'on en retire, et k faire vec application etsérieusemeut, autant qu'ils le peuvent, mt ce qui a rapport à Dieu et à leur salut.

Comme les en (ans ne sont pas si-tôt capables d'ab^ 3lution, qu'ils sont capables de pécbé, leurs premières Dnfessions ne sont ordinairement que des commen- 3mens de confession , et ne doivent pas être suivies e Tabsolution. C'est pourquoi on ne doit pas les prèsir alors d'une manière qui les gène , pour leur faire irouer leurs péchés ] il faut être bien doux avec eux , our les enhardir peu à peu à découvrir leurs fautes^ L lorsqu'on les voit assez instruits pour faire un acte e contrition, on doit leur faire faire une confession éaérale , dans laquelle on les examine plus exactelent ^ et si on leur trouve une connoissance et des dis-* ositions suHisantes , et asse^^ de raison pour être jugés ipables de ce Sacrement, on leur donne l'absolution.

Toutes les fois que les enfans viennent se confesser ,

faut leur faire pratiquer toute la cérémonie du Sarement , sans rien omettre de ce que les péniteus oivent dire et faire , afin de les bien styler. Il faut u'ils commencent par se mettre à genoux , par faire 3 signe de la croix , et dire : mon père^ bénissez^ loi^ etc. et ensuite le Confit eor en langue vulgaire, jsqu'à med culpd. Cela (ait, le confesseur leur de— landera ce qu'on demande aux autres pénitens ,

Tt 4

664 I^u Sacremkivt

et i&chera de faire en sorte qu'ils disent cox-^mêmes leurs pêches , et le nombre de chaque sorte de péché 9 et qu'ils ne fassent pas comme ceux qui ne savent faire autre chose que de répondre oui et non aux interrogations du confesseur* Il est cependant bon de les interroger , après qu'ils ont dit tout ce qu ils vouloieut dire , soit afin de leur faire déclarer tous les péchés quils ont commis, soit afin de leur apprendre insensiblement à se bien confesser. Il faut aussi les accoutumer à terminer leur confession par ces paroles t>u d'autres semblables : fe m^accuse encore de tous mes autres péchés que Je ne connais pas ^ et fen demande pardon à Dieu , et à vous , mon père y la pénitence et F absolution^ si "vous nCen trouvez capable. •Après quoi le confiesseur leur fera achever le Cor^ttor^ comme ils l'ont commencé^ lequel étant fini, il les exhortera à ne plus faire les mêmes péchés, et à ne pas manquer à leurs |)etits devoirs, leur donnant des avis à leur portée , qu'ils puissent entendre et retenir, et qui soient propres à leur faire impression. Comine ils ont d'ordinaire l'esprit peu capable d'application ) il est bon de leur faire l'exhortation par forme de catéchisme, par exemple, en leur faisant réciter les cornxnandemeus de Dieu , pour leur faire remarquer que Dieu défend ce qu'ils ont fait contre ce qui y est ordonné. Après leur avoir donné les instructions convenables, ce qu'il faut faire brièvement pour ne pas fa*' liguer leur attention , le confesseur leur prescrira une pénitence;, leur demandera s'ils sont résolus de la faire, et s'ils la retiendront bien: car ils sont sujets à oublier', et afin qu'ils ne manquent pas à l'accomplir, il les exhortera de la faire aussitôt qu'ib se seront retirés du confessionnal ; après quoi il leur fera prononcer un acte de contrition , qu'il leur reconuDandera de recommencer pendant qu'on les absoudra \ et il leur doutera l'absolution , s il y a matière suflisante dan6 \ca

DE Pénitence. 6G5

confession^ et s'il les trouve en état de la recevoir , et bien disposés.

Le quatrième concile de Latran ^ tenu sous le pape Innocent Kl., ayant ordonné dans le chapitre Omnis uîriusqne seocûs ^ à tous les fidèles de se confesser au moins une fuis Tan , lorsqu'ils ont atteint Tâgc de «liscrétion , ce précepte comprend tous les enfans qui ont atteint cet âge. Mais le concile n'a pas déterminé quel est cet âge qu^il appelle de discrétion, parce qu'il li^est pas le même daus tous les enfans* Il est diflicile de dire précisément le temps auquel il vient* Ce qu'il y a de plus certain ^ c'est que ce précepte commence à obliger les enfans dès qu'ils sont capables de dol et de péché, et qu'ils peuvent discerner entre ce qui est pécné, et ce qui ne Test pas, entre le bien et le maL oaint Charles estime que c'est une sainte et louable coutume de faire venir devant un confesseur les enfans de six ans, les uns après les autres, afin qu'ils s'instruisent de ce qui regarde le Sacrement de Pénitence, et qu'iiss'accoutument insensiblement àl'usagedela confession. Les curés et les confesseurs profiteront pour cela du temps pascal^ mais ils prendront garde à ne donner jamais l absolution, qu'aux enfans qu'ils remarqueront avoir assez de jugement pour commettre un péché et en concevoir de la douleur , et dans lesquels ils rccon— noitront les dispositions nécessaires pour recevoir ce Sacrement.

A l'égard des enfans qui n'^ont pas encore assez de discernement, et qui n''ont pas l'usage de la raison , il est bon de leur faire toutes les demandes que Ton fait aux adulas , de leur faire dire le Coufitcor en langue %'ulgairje. afin de les former et accoutumer df» bonne heure ii la confession \ on les instruira et on leur enjoindra quelques exercices de piété- Le confesseur ne leur donnera pas l'absolution ^ à la place de laquelle il leur donnera la bénédiction suivante:

Domine Jasa Christe^ cjui dixisti: sinite parçulos

668 Du Sacremrkt

leurs moyens quMIs puissent prendre , pour rëussîr dam leur dessein. Mais, pour bleu rcfi;ler leurs contessious, il faut premièrement avoir égard aux obligations particulières de chacun , afin que les confessions de dévotion n'empêchent personne de remplir les deroirs de sa condition. Il faut, selon saint François de Sales, sentir Dieu par les exercices cotwenables à son élat^ et par les actions qui en dépendent ; et ce saint ajoole que tout ce qui est contraire à cet avis , n^est autre chose qiCamour^propre. Quand donc des personnes qui sont chargées de beaucoup d'occupations ^ ou qui vivent de leur travail, désirent par dévotion de fréquenter les Sacremens , il faut les obliger à prendre pour cela des temps qui ne les empêchent point de s'acquitter de leurs devoirs; autrement en pensant los portera la perfection, on les eu dclourneroic car le premier pas pour y arriver est de remplir ce qui est d'obligation. Secondement, il ne faut pas prétendre engager tous les gens de bien à se confesser aussi souvent les uns

3ue les autres^ mais plus ou moins souvent, selon ki ifférentes circonstances. Il faut exciter ceux qui ne se confessoient qu'une fois chaque année ^ à se confesser au moins cinq ou six fois par an, dans le temps des

1)rincipales fêtes : car cette pratique convient à tons es bons chrétiens , de quelque condition qu^ik soient On tâchera ensuite de les engager peu à peu, s'il est possible, à se confesser plus fréquemment. Quand on trouve des personnes qui ont la commodité de se confesser plus souvent, on peut exciter les uns à le (aire tons les mois , et les autres tous les quinxe ou huit jours, selon la disposition qu'on trouvera en eux pour profiter de la fréquentation de ce Sacrement.

Saint François de Sales prescrit seulement une confession par semaine à ceux qu'ail instruit des pratiques de la dévotion , et il désire qu'ils la fassent toujours, s'il se peut, quand ils veulent communier^ d autres directeurs habiles en prescrivent Jusqu'à àe\xx» Mail

DE Pénitence* 669

cela doit principalement dépendre du caractère des esprits:' car, parmi les personnes de vertu, iiy^ des esprits forts et des esprits foiblcs ^ des esprits doux el des esprits vifs ^ il y a des gens scrupuleux et d autres qui ne le sont pas^ il y en a d'i^ue humeur fâcheuse^

aui ne se réduisent à leur devoir qu'avec une extrême iflSculté , et en se faisant une grande violence \ il s^ea trouve d\]Xt tempérament égal et tranquille^ et d^autres d^un esprit toujours inquiet et changeant. Enfin, il y en a qui sont sujets à diiFérentes peines tant de cor|>s ue d'esprit, et c'est souvent au milieu des infjrmiiéS| es difficultés et des peines , que Ton trouve la plus grande vertu. Ces difi'érentes dispositions demandent «ne condition différente.

Quand on conduit des penitens qui oniTesprit doux^ tranquille^ fort et égal, et qui ne sont point tourmentés de scrupules ni d'autres peines d'esprit , il suflit de les <x>nfesser une fois en huit jours, quoiqu'on juge pouvoir leur permettre de communier plusieurs fois la semaine. On peut même, sans difficulté , si l'on est d^ailleurs bien assuré de leur piété, de leur vertu et de leur vigilance à éviter le péché , si on les connoit assez instruits pour distinguer le péché mortel d'avec le péché véniel, et assez humbles pour ne point se flatter sur leurs péchés et sur leurs défauts, on peut, dis-je, leur

{)ermettre de continuer leurs communions ordinaires, orsqu'ils ne peuvent avoir la commodité de se confesser après la huitaine, et qu'il ne leur est pas arrivé de (omber dans des fautes considérables : chv ils sont eu état de communier, et ils ne sont pas sujets à s'in— quiéter de ne s'être pas confessés avant la communion ^ à moins qu'ils n'en aient une raison suffisante.

A regard de ceux qui sont scrupuleux, foiblcs, vifs, agités dejpeines d'esprit ou de difft'rentes passions, qui naissent de leur tempérament, il faut que le confesseur qui les conduit leur permette orcfinairement de ^ confesser deux fois la semaine, s'il les juge capables

670 DïJ Sacremekt

da communier plus souvent que tous les huit jonrs; parce que la disposition de leur esprit ne leur permet pas toujours de communier^ sans s'être confessés auparavant. 11 est cependant à propos de les accoutumer peu à peu à ne se confesser qu^une fois la semaÎDej parce que les personnes auxquelles on permet de communier si souvent, doivent vivre d'une manière qui ne demande pas une plus fréquente confession , si ce nest par rapport à quelques circonstances particulières.

11, est d'une extrême conséquence, que le confesseur évite ce qui pourroit rendre scrupuleux les pcnitens qui se confessent souvent. Pour ceteflfet, il ne doit jamais les. obliger à s^accuser de circonstances inutiles ^ ni exagérer les fautes légères dont ils s'accusent^ nia plus forte raison mettre du péché où ilnYenapas.lt doit leur parler toujours d'une manière exacte , solide raisonnable et décisive. Pour bien conduire les cornmençanS)il faut leur appprendre à s'examiner dW manière tranquille , sans s'inquiéter lorsqu'ils ne trouvent pas leurs péchés. Il faut aussi leur faire connoiire que le démon, par une ruse artificieuse, porte souvent les fidèles à s'occuper totalement de leur examen de conscience , pour les empêcher de faire des actes de contrition, et rendre leurs confessions inutiles; et que, pour ne pas tomber dans ce piège, il faut, après un examen raisonnable et tranquille , s'exciter à la contrition et à la détesta tion de ses péchés, et à la réso" lution d'éviter soigneusement les moindres fautes.

Autres Règles au un Confesseur doit suMre lors-'

qu^il instruit les Pénitens.

Xje confesseur faisant dans le sacré tribunal la fonction de docteur, de juge et de médecin, c'est à lui de conduire le pénitent , à juger sa cause, et à lui ordanner les remèdes nécessaires à sa guérison. C'est au confesseur, comme guide, à réglçr la çonscieuce du j)cim-

DE Pékitence. 6^1

tent, à le rappeler de ses erreurs et de ses egaremens, à lui faire éviter les écueils qui se rencontrent sur ses pas. C'est donc au pénitent à se soumettre aux avis du «onfesseur, et si un confesseur prenoit pour règle les avis du pénitent^ il s'exposeroit à agir contre ses lumières, à faire de grandes fautes en se laissant souvent tromper, et ii courroit risque de répondre, au jugement de Dieu , de la perle d'un grand nombre d âmes. Un habile et sage médecin n'a point d'égard à la volonté du malade, mais à ce qui peut lui procurer la santé. Nemo dicit medico corporis sui^ dit saint Ambroise sur le psaume 87, quemadmodum sit curandnm... si dixerit medicus medicinœ genus quo curari debeat éeger^ et ille fasiidiat ^ disoedit medicus ^ et œgruni relinquit. Il est vrai que, comme le remarque saint Augustin, si un confesseur laissoit vivre à leur fantaisie ceux qui s^adressent à lui, il auroil une foule de pénitens beaucoup plus grande, et que, si sa conduite ctoit en cela blâmée par quelques personnes éclairées , il auroit pour lui la multitude \ mais malheur au prêtra qui oseroit se déterminer par un motif aussi bas et aussi criminel que celui de s'attirer uniquement l'approbation et Teslime des hommes: c'est a Dieu qu'il répondra de son ministère^ il ne se doit qu'à la loi du Seigneur et aux saintes règles que l'Eglise lui prescrit. Sidicente me ad impinm^ morte moricris : dit Dieu par le prophète Ezéchiel (c. 3. v. 18. 19.) non annuntiaveris «I , neqiie locutus fueris ut a^ertatur à via sud im^ pid et a;iVfl^, ipse impius in iniquitate sud morietur^ sanguinem autem ejus de manu tuâ requiram. Si autem tu annwitiaveris impio , et ille nonjuerit con^ rersus ab impie ta te sua , et à via sud impiâ , ipse quidem in iniquitate sud morietur ^ tu autem nnimam tuam liberasti. Rien ne peut mieux faire sentir à ua confesseur, combien il est coupable de moins consulter son devoir, que l'inclination ou l'intérêt d'un pénitent. Un confesseur est donc obligé d'être ferme dans ce

6'] 7 Du SACKElXlEqT

qu'il croit devoir ordonner au pénitent^ el ne se laisser jamais aller à son sentiment^ lorsqu'il le voit prévemi de principes contraires à ceux dont la vérité lui est connue. L'assemblée du clergé, en 1700, a condamBé la proposition suivante : si quis vulc sibi consuU 5eciuidwn eam opinionem quœ sit faventissima^peccat qui secumium eam non consulit. Hœc proposition dit cette assemblée, quœ docet blanda et adîUatoria consilia et empira jus exquirerey et contra conscient tiam dare^fal^ est^ temeraria^ scandalosa^ inprazi perniciosa , viamque deceptionihus aperit. II est vrai qu'on confesseur doit écouter les raisons d'un pénitent et y avoir égard, quand elles sont bonnes j mais il &ut aussi qu'il ait assez de pénétration, pour reconnoitn si elles ne sont qu^apparentes^ et assez de force pour les réfuter, et pour détromper ceux qui s^en prévalent; car un malade ne seroit-il pas bien à plaindre , s'il fdisoit changer son médecin de sentiment^ toutes les (bis qu'il raisonneroît contre ses ordonnances f

Lorsque Jes opinions des auteurs sont différentes, el qu'un confesseur doute si une action est permise ou non, parce que son esprit est balancé par les raisons contraires qui se présentent de part et d'autre, il doit toujours faire choix de l'opinion la plus sûre, et o* bliger le pénitent , avec une douceur soutenue defiu*meté, à s'y conformer, afin de s'éloigner davantage da danger de commettre le péché. S'il est ébranlé par les raisons du pénitent qui lui allègue , pour justifier sa conduite, que d'habiles gens qu'il a consultés, approuvent ce qu'il a fait, ou la pratique qu'il suit, il ne doit pas pour cela s'en rapporter à l'avis de ce pénitent contre sa propre opinion : car il agiroit en cela, contre sa conscience ^ mais il doit le remettre à \m autre jour, afin d'avoir le temps de s'instruire pas la lecture des bons auteurs, et de consulter des gens habiles et expérimentés sur le parti qu'il a à prendre. Si, après cela h chose lui paroît encore douteuse, il doit suivre le parti

i>E Pénitence* 673

le plus sûr , et nulle coDsidaraiion temporelle ne peut Tautoriser à agir autrement.

Un grand évêque , condamnant les confesseurs qui règlent leur conduite sur les diff<^*entes opinions de leurs pénitens, remarque que^ si Ton passe pour n avoir point de religion lorsquon tient à plusieurs religions ^ on doit aussi regarder comme n'ayant point de cous^ science , celui qui passe légèrement d un sentiment à un autre , sans aucune nouvelle lumière.

Le confesseur peut cependant absoudre un peniient ^ui ne peut se résoudre à quitter un sentiment contraire au sien, lorsqu'il voit que ce pénitent, qu^ilcon* noit avoir des lumières , n'est attaché à son opiniou que parce qu il la regarde de bonne foi comme la plps probable, s étant d'ailleurs appliqué sérieusement et avec attention à en connoître la vérité j pourvu cependant que le confesseur sache que cette même opinion ii*est pas évidemment moins probable que celle qu'il voudroit faire suivre au pénitent, et qu elle paroît aussi à plusieurs autres docteurs, comme à ce pénitent, être la plus probable. Car on ne peut condamner celui qui se détermine prudemment, et c'est le cas où se trouve alors ce pénitent.

Un confesseur ne doit pas faire difliculté, dans les cas embarrassans,dedireàses pénitens qu'il veut prendre du temps pour penser à ce qu'il doit faire, et même pour consulter d'autres personnes qui pourront lui donner des lumières. Mais il faut en même temps qu'il avertisse les pénitens, qu'il consultera de manière qu'ils lie pourront être conntis ni soupçonnés. II peut quelquefois leur dire de consulter eux-mêmes certaines personnes de réputation, pour avoir leur sentiment.

Lorsque le confesseur voit qu'un pénitent est dans une ignorance vincible et coupable de ce qu'il doit savoir, il est obligé de l'instruire avant que de l'absoudre. Il lui lient lieu de pasteur dans le tribunal sacré de la pénitence, et par conséquent il doit lui faire connoître Tome L V v

6^4 ^^ Sacrement

la vérîlé^ ee qui est vrai, encore que le confesseur prévoie qne le pénitent ne profitera pas de son avertissement et de son instruction^ parce que, si ce pénitent refusoit d y avoir égard, et s'il n étoit pas prêt à remplir les obligations dont il seroit averti, il faudroit alors le regarder comme mal disposé à recevoir la grâce du Sacrement.

Un confesseur doit pareillement instruire le pénitent de ce qu'il ignore, même invinciblement: i. dans le cas d'nn dommage intéressant pour le public, ou dont le prochain devroit souffrir injustement ^ a. lorsqu'il est interrogé par le pénitent : car alors son silence seroit une approbation tacite de Terreur du pénitent.

Lorsqu'un confesseur voit par la confession du pénitent, qu^'il est prêt è faire une chose illicite qu'il ignore inviciblement être défendue, par exemple, un contrat usuraire, un mariage nul, il est obligé de l'en avertir, afin qu'il ne le fasse pas : autrement il se rendi oit complice du péché. Mais il est alors de la prudence du confesseur, de préparer l'esprit du pénitent à profiter de Finslruction qu'il veut lui donner, avant que de lui découvrir ce qu'il ignore.

Nous dirons, en parlant dn Sacrement de mariage,

3uels sont les avis qu'un curé ou un confesseur doit onner aux personnes qu'il reconnoît s'être mariées avec un empêchement dirimant.

Di/ Sceau ou du Secret de la Confession.

J jE confesseur est obligé par le droit naturel, par le droit divin et par le droit ecclésiastique, de garder tin secret inviolable sur ce qu'il sait par la voie de la confession. Par la loi naturelle, parce que c'est un secret, et que la révélation de la confession déshonoreroit cornmunémcnt le pénitent. Par la loi divine, car celte obligation est une suite de celle que Jésus-Christ a imposée

DE Pénitence. 6^5

aux (iâèles de confesser leurs péchés; et le même pré-cepte qui ordonne aux pécheurs de confesser leurs péchés aux prêtres , ordonne aussi aux prêtres de garder inviolablement ce secret aux pécheurs : obligation qui est de droit divin commela confession, et dont par conséquent rien ne peut dispenser le confesseur. Révoquer en doute cette obligation^ c'est vouloir saper la Religion par un de ses principaux fondemens^cn travaillant àrendre odieux le Sacrement de Pénitence, et à en abolir l'usage: car, ôtez l'assurance du secret et de la fidélité du prêtre â le garder, qui est-ce qui voudroit découvrir à un homme les pensées de son âme, connues de Dieu seul, ou ses péchés les plus cachés , et s'exposer à la perte de son honneur, de sa vie, et à toutes les suites a une confession révélée?

L'Eglise, dans tous les temps,a connu cette obligation ^ elle a prononcé, par des lois solennelles, des peines irèsrigoureuses contre les confesseurs qui oseroient violer le secret de la confession. Le quatrième concile de Latranteou sous Innocent III, commande expressément anx confesseurs de ne tiécouvrir eu aucune manière , ni par paroles, ni par signes, les péchés qu'on leur a confessés. Et ce concile veut que le confesseur qui aura osé révéler, soit non-seulement déposé, mais encore renfermé dans un monastère pour y faire pénitence le reste de ses jours.

Il n'est donc permis, en aucun cas, au confesseur de violer ce secret ,ni directement, ni indirectement, ni de fait, ni de paroles, ni par signes, ni autrement, ni pour le bien de l'état ^ ni pour celui du pénitent, ni pour quelque raison quecesoit^ soit que le pénitent vive encore, soit^ qu^ilsoit mort ^ soit qu'il lui ait donné l'absolution, soit qu'il la lui ait refusée comme à un indigne ^ quand même il s'agiroil de péchés dont le pénitent se seroit accusé, sans avoir ni la volonté, ni le désir de se corriger, et de quelque manière que la confession ait été faite, ou de vive voix^ ou par signe, ou par écrit. Il

Vv 2

676 Dd Sacrement

n^y a personne à qui le confesseur puisse révéler ce quHl sait par la confession : ce secret ne souffire aucune exception ^s'ily en avoit quelqu'une qu^on pùty apportefi il faudroit qu'elle eut éi& reconnue par TÈglise: ùt^ FEglise enseigne qu'il n'y a aucun cas ou le cooiesseor soit dispense de celte obligation^ et qu'il n'en peut être dispensé sous quelque prétexte que ce puisse être^ on par quelque puissance qui soit sur la terre. Si Ton admeitoit une lois quelque exception ou limitation ^ Ton trouveroit dao3 la suite des raisons pour en reconnoîlre d'autres, et, ainsi peu à peu , le secret de la confession s'anéantiroit, et la confession s'aboliroit.

L'obligation de garder ce secret est si étroite^ qu'un confesseur ne peut y donner aucune atteinte, quand même il lui en devroit coûter la vie ou tousses biens: s'il n'avoit appris que par la confession qu^on le vole, qu'on le calomnie, qu'on a résolu sa mort, il faut qu'il renonce à tout, s'il ne peut se défendre qu'en révélant 4ce qu'on lui a dit. En un tnot, le précepte du sceau de la confession oblige toujours, et pour toujoun, en tout temps , en tout lieu, et à l'égard de toutes sortes de personnes.

Aucune puissance humaine, de quelque nature qu'elle soil, soit laïque, soit ecclésiastique, ne peut commander à un confesseur de révéler ce qu'il ne sait que par h voie de la confession. Si un juge osoit lui ordonner, soos peiue de mort ou d'excommunication, de déclarer s'il sait qu'un tel qu'il a confessé a commis un tel crime,11 devroit d'abord répondre, ainsi que nous l'avons déjà dit, qu'il ne peut et qu'il ne doit rien dire deson pénitent^ mais si le juge insisioit, le confesseur devroit simplement et absolument répondre, même avec serment, si on l'exigeoit, qu'il ne sait rien de ce qu'on lui demande. Le sens naturel de celte réponse est, qu'il ne le sait pas de cette espèce de connobsance , selon laquelle on est obligé de répondre à ceux qui interrogent : il n'a ea

DE Pénitence. 677

effet connoissance des fautes du pënîtent, que comme tenant la place de Dieu, qui n^est soumis à aucun tribunal, à qui seul le secret des cœurs est réserve, et non en qualité d^homme.

Uënormité du crime du confesseur qui reYeleroit ce qu^il a entendu en confession , est jugée si grande , que les lois civiles se sont unies aux lois ecclésiastiques pour les punir sévèrement. Elles regardent le viole— ment du secret de la confession j comme un attentat contre la sainteté de la Religion, un sacrilège horrible, et un crime capable de causer des troubles violens dans la société civile.

Les confesseurs doivent taire non^^eulement tout ce qui tombe directement sous le sceau de la confession^ comme sont tous les péchés qu'ils ont ouis en confession, quoiqu^ib soient légers et publics , et leurs circonstances , quelles qu elles soient, mais encore tout ce quiy a quelque rapport, tout ce qui {peut contribuer à faire connoitre le pécheur ou le péché. Le secret de la confession s'étend encore, quoique moins directement, aux vertus particulières des pénitens, à leurs dé&uts naturels connus par la confession, à leurs imperfections, à leurs scrupules, à leur grossièreté, à leur ignorance,à tout ce qui pourroit donner lieu à des soupçons ou à des jugemens désavantageux contr*eux, à tout ce qui pourroit leur causer quelque humiliation ou quelque préjudice. II ne leur est pas permis de parler des conseils ou des avertissemens qu'ils ont donnés aux pécheurs , encore moins du délai ou du refus de Tabsolution, ou du conseil qu'ils leur ont donné de s^abstenir de la communion. En un mot, îb doivent taire tout ce qui peut rendre la confession odieuse.

Bien plus , un confesseur ne doit point , sans une juste et forte raison , révéler les choses qu'il a entendues pendant la confession , quoiqu'elles n'aient point de rapport aux péchés du pénitent, ou qu^ellcs ne puissent point lui causer de la confusion ou au dommage: afin

Vv 3

678 Du Sacrement

de ne point donner de scandale et de ne pas s'e3[poser au danger de dire ce qui doit être tenu secret sons \e sceau de la confession : car la démangeaison de dire ce que Ton sait , y expose immanquablement.

Si le pénitent a, sans nécessité et par ignorance, ou par inadvertance, nommé ou découvert en se confessant le complice de son crime , le confesseur est Sareiilement obligé à garder inviolablemcnt le secret e la confesion ^ non-seulement à Tégard du péché de ce pénitent, mais encore à Tégard du complice.

Deux prêtres qui confessent les religieuses d'une communauté, ne peuvent s^entretenir des défauts secrets de leurs pénitentes qu^ils savent par la confession, même sous prétexte de prendre conseil Ton de Tautre et de travailler de concert pour y remédier : leur bonne intention n^empêcheroit pas qu'ils ne donnassent indirectement atteinte «iu sceau de la confession.

Le confesseur ne peut pas parler du péché du pénitent à celui qui en est complice , et qui s'adresse ensuite à lui pour se confesser. S'il se croit oblige de Finterroger, en le confessant sur des péchés approchans de celui qui lui a été déclaré par la confession du premier , il doit ne le faire qu'en termes généraux , et avec tant de ménagement et de prudence, que ce complice oc

Î)uisse conjecturer que son crime lui est déjà connu par a confession de l'autre^ et, si ce second pénitent nie d'être coupable du péché que le premier a déclare avoir commis avec lui, le confesseur doit s'en tenir à ce qu'il dit.

Un confesseur ne peut point parler au pénitent de 9es péchés , hors le tribunal , à moins que le pénitent ne le demande, et ne l'exige pour quelque cause /uste el qui regarde son bien spirituel ou la gloire de Dieu : alors ce que le pénitent dit an confesseur, oblige ce dernier au secret, comme ce qu'il a entendu dans la confession. Mais il peut, sans en demander la permis- «ibn au pénitent , lui parler dans les confessions sui*

DE Pénitence. G'^g

vanles de ce qu il lui a dit dans les précédentes, s'il le juge nécessaire et utile pour son salut, soit pour lui donner les avis convenables , soit pour s'éclairer luimême sur quelques circonstances qu^il n'avoit pas comprises, soit pour sWurer si une habitude est rom|)ue, si une occasion prochaine est abandonnce , si le pe'nitent a (ail la restitutiou qu'il étoit lenu de faire , s'il a mis en pratique les avis qu'on lui a donnés. Si le confesseur n'a pas quelqu'une do ces raisons, il ne doit pas rappeler à son pénitent, même dans le tribunal, ses péchés passés , (le crainte de le chagriner et de le détourner de la confession dans la suite.

Un confesseur ne doit demander que trè»-rarement ati pénitent, la permission de parler à quelqu'un des pécht?s qu'il lui a confesses ^ et lors seulement qu'il y a une grande nécessité , ou au |[ioins une grande utilité qui regarde le bien spirituel du pénitent. Celui-ci doit être réservé à donner celte permission 5 ot le confesseur doit plutôt chercher d'autres voies pour remédier au mal ou pour procurer le bien du pénitent, afin d éviter de faire quelque faute dans Tusage qu'il feroit de la permission qui lui a été donnée : car il y a bien des mesures à prendre , pour ne se servir de cette permission que conformément à Tintention du pénitent, et seulement pour le sujet pour lequel il l'auroit donnée. Il faut apporter tant de précautions dans l'usage de cettje permission, qu'il est difficile de ne manquer à aucune. Il faut encore être attentif à ne pas scandaliser ceux qui entendroient parler un confesseur de son péniteriî, et ne sauroient pas s'il en a la permission. Une per*mission de cette conséquence doit être expresse ^ il ne suffit pas qu'elle soit implicite ou présumée ^ le confesseur ne peut jamais s'en servir au désavantage du pénitent^ elle (loit venir d'une volonté tout- à-fait libre, sans aucune c;Uitrainte^ l'autorité, la crainte, la suggestion ny doivent avoir aucune part. On ne peut re« garder que comme forcée, celle que l'appréhensiou

68o Du Sacrement

d'être renvoyé sans absolution auroit fait donner à un pénitent , et le confesseur ne pourroii s'en servir. De tout cela on doit conclure, que les confesseurs ne doivent point ordinairement se charger, et encore moins se servir de ces sortes de permissions , pour ne pas 8'*exposer à rendre la confession odieuse. L'utilité da pénitent n'est pas même toujours un motif suffisaot pour les demander. Toute la counoissance que le confesseur a de sou pénitent, doit être renfermée dans le for intérieur : ce sont-là des bornes qu'il n'est point permis d<i passer. Le Sacrement de Pénitence a été institué par Jésus-Christ , pour remédier aux péchés des pénitens daos le for de la conscience^ de sorte qu'on y doit remédier par la même voie qu'on les y a portés : c'est au tribunal de la Pénitence et dans la confession qu'on les y porte ^ il i^'est donc pas raisonnable que l'on conduise un pénitent d'une autre manière que dans ce tribunal et dans le for intérieur.

On peut violer le sceau de la confession directement ou indirectement. On le viole directement , si Ton dit : un tel ni'a confié un tel péché ^ ou si Ton fait connoitre par quelque action ou par quelque signe, qu'un péniteut a commis un tel péché. On le viole indirectement , si Ton dit quelque parole, ou si Ton fait quelque action qui puisse conduire à la counoissance , quoique confuse, de ce qui s'est passé dans la confession, ou de ce qui a quelque rapport, quoiqu'on n'ait aucune intention de le faire connoitre.

Ce seroit violer le sceau de la confession, i. de dire de son pénitent, en quelque manière que ce soit, qu'il avoit des cas réservés, ou qu'on n'est pas content de lui, ou qu'on ne lui a pas donné l'absolution ^ c'est faire connoitre, ou au moins soupçonner, qu'il est un grand pécheur , ou qu'il est dans Thabiiude ou dans roccasion prochaine du péché, ou qn il n'a pas les dispositions requises. Un confesseur seroit même censé violer le sceau de la confession^ s'il parloit mal de

DE PÉNITElfCE. 68 1

son pénkent, ob sMl lui disoit des injures, dans des cas où les circonstances détermineroient à juger qu'il se sert de ce qu'il sait par la confession de ce pénitent.

2. De marquer à un pénitent un visage chagrin, de le regarder avec mépris, et de le traiter exiérieu— rement avec plus de dureté que les autres, de lui faire, hors du tribunal, des réprimandes plus sévères.

3. Do faire dans le confessionnal certains mouve— mens, ou de faire entendre certains sons de voix, qui feroient conjecturer à ceux qui seroient présens^ que le pénitent se confesse de quelque grand péché.

4' De sortir publiquement du confessionnal pour aller consulter quelqu'un, et de revenir aussitôt après parler au pénitent qu'on y auroit laissé: car on feroit juger que ce pénitent a déclaré quelque cas de conséquence et embarrassant.

5. De demander conseil, sur une confession qu'on a entendue, à un prêtre qui peut connoitre ou soupçonner quelle est la personne qui s'est confessée du

i>éché sur lequel on le consulte. Si un confesseur, dans es cas embarrassans^ pour ne rien déterminer légèrement, a besoin de prendre l'avis de quelques personnes sages et éclairées, il doit en demander la permission au

1>énitent , et lui bien faire entendre , qu'il consultera a chose, de manière qu'il ne pourra jamais être découvert ; et lorsqu'il proposera la difficulté, il usera de toutes les précautions imaginables, pour ne pas désigner, et pour ne pas faire connoure , ni soupçonner la personne dont il s'agit, se servant de noms inconnus et généraux^ à moins que, dans certains cas extraordinaires ^ le pénitent ne lui eût donné la permission de le nommer. Saint Charles, dans ses instructions aux confesseurs ) veut même qu^on consulte le cas, comme s^il n^étoit pas arrivé. Si le cas étoit tellement singulier, qu'il ne fut pas possible de le consulter, sans caractériser en quelque sorte le pénitent, le confesseur ne Îiourroit s'en expliquer, à moins que le pénitent ne ui en eût donné expressément la permission.

68a Dit Sacremekt

Dans les petits endroits où il y a peu de personnes à confesser, et où tout le monde se cooooît, il faut s'abstenir de consulter sur les diûîcultés que ron trouve dans le confessionnal, les prêtres du niêcne lieu qui connoissent les mêmes personnes: car il est diiHcîlede ne leur pas faire connoitre celles sur lesquelles on ks consulte.

6. On doit regarder comme violant le sceau de h confession, les curés ou prédicateurs, et missionnaires,

2ui, d<ins les instructions publiques qu^ils fout, sur-tout ans de petits endroits ou ils confessent, et où tout le monde se connoit, en viennent à certains détails qui ont rapporta ce qu'ils ne savent que par la confession; ou à des descriptions trop caractérisées d'un désordre qu'ils n'ont connu que par celte voie^ ce qui feroit plus de mal que de bien. On ne convertit point les pécheurs cachés en les couvrant d opprobres j on les irrite plutôt, et on leur rend la confession odieuse. On ne peut point se servir de la connoissance qu on a par la confession, pour remédier aux désordres d'une paroisse, ou pour prêcher contre des abus Cfuiy régnent, quand même ce seroit avec la permission des pénitens. 11 peut arriver qu'on counoisse que ce que dit alors nn curé ou un missionnaire, vient de la confession; ce qui est capable d'éloianer les fidèles du Sacrement. Tous les luconvcinens qui pourroient arriver de ce qu ud curé ou un missionnaire ne se serviroit jamais, en prêchant, de ce qu'il sait par la confession^ ne sont passi considérables que ceux qui arriveroient, s'il ëtoît permi) quelquefois de se servir de celte connoissance : car ou fëroit un mal public à la Religion, en empêchant les fidèles ou de se confesser, ou de le faire plus souvent, ou même de faire de bonnes confessions : une des utilités principales du secret ordonné anx confesseurs, étant, selon saint Thomas, d'attirer davantage par ce moyen les fidèles à se confesser plus simplement et pius sincèrement de leurs péchés.

DE PélflTCNCE. 683

. 7. Si un confesseur à qui plusieurs personnes s'adressent^ en louoit quelques-unes au-dessus des autres, disant^ par exemple, que celle-ci ne se confesse que de péchés véniels; que celle— là na pas perdu son innocence baptismale, qu'elle ne commet pas même des péchés véniels ; qu'une autre vit dans une union continuelle avec Dieu. En louant quelques-uns de ses pénitcns, et ne disant rien des autres , il semble que ce qu'on assure des premiers, on le nie de ceux dont on ne dit rien; on inspire au moins des jugemens bien différens des uns et des autres. C'est pourquoi il est de la prudence d'un confesseur, de s'abstenir de parler, même des vertus d'un pénitent, si elles ne sont pas connues du public.

8. 11 faudroit en dire de même d'un confesseur, qui diroit d'un petit lieu où il confesse , qu'il y a plusieurs larrons i, plusieurs adultères, qu'un tel péché y règne; car, si Ton a voit quelque léger soupçon de quelques particuliers, ou powrroit conjeclurer quels sont ceux qui tombent dans ces péchés, et leur réputation en soufTriroil. On doit en dire de même d'un prêtre qui dipoii d'une communauté où il confesse, qu'une personne de la communauté a commis un tel péché.

Lorsqu'un pénitent demande au confesseur un certificat de sa confession , le confesseur doit prendre garde de n y pas marquer s'il a donné ou s'il n'a pas donné fabsolution à ce pénitent. Quoiqu'il n'ait pas trouvé le pénitent en état d'être absous, il ne doit pas pour cela lui refuser un billet portant qu'il l'a entendu en confession ; parce qu'on doit rendre justice à la vérité. La meilleure et la plus simple formule pour donner un certiGcat de confession est celle-ci :/« cer-^ tijie que N. s'est confessé ce jourdhui à moi prêtre soussigné^ etc. Il est ordonné à tous les confesseurs de ce diocèse , de s'en servir lorsqu'on leur demandera ce certificat»

684 ^^ Sacremcnt

Tout ylolement du sceau de la confession est, de sa nature, un péché mortel. Il ne peut pas y avoir de la légèreté de matière daus la révélation que fait nn confesseur de ce qu'il ne sait que par la confession , soit à cause de l'injure qu'il fait au Sacrement^ qui ne peut jamais être petite, soit à cause des inconTéniens que le violemeut de ce sceau causeroit daus TEglise, et dans le monde, qui ne peuvent être que grands.

Le sceau de la confession lie tellement le confesseor,

3u'il ne peut se servir hors du tribunal, pour la conuite extérieure, de la connoissance qu^il a eue parli confession. C^est ce qu'on doit conclure de la défense, faite par Clément VUI. , aux supérieurs, dans son bref du 26 mai iSp^, de se servir de ce qu'ib savent par la confession , pour la conduite extérieure de la communauté. Quand il y auroit quelques cas où, spécolativemcnt parlant, un confesseur pourroit se servir de ce qu'il sait par la coufessiou, cependant si Ton r^ardt les choses moralement, et comme elles se font orâinairemeut, il est plus sûr dans la pratique de ne le pu faire. Il y auroit du danger pour le sceau de la confession : car il faudroit apporter tant de précautions daus Tusage que Ton voudroit faire de cette connnoifsance, qu^il seroit très— difficile de n'en ometjtre aucune. Quoiqu\m confesseur ne soit pas obligé de ne point déclarer ce qu'il sait pat une autre voie que par la confession , il n'eu doit néanmoins parler, que lorsqu^ily a une véritable nécessité, afin d'éviter le scandale qo^on pourroit prendre de cette déclaration. Mais, s^il étoit interrogé sur cela juridiquement par un juge, il ne pourroit s'empêcher de lui répondre sur ce qui lui seroit demandé, s'il le savoit par une autre voie que celle de la confession, et qui ny auroit aucun rapport, paroe qu^il est obligé à dire la vérité , et que le juge a droit de l'iutcrroger sur ce qu^il sait. En ce cas , cependant il est de la prudence d'un confesseur de déclarer «t

DK PéniTENCE. 685

-juge la vole pdr laquelle il a eu coDDoissanee du fait, afin de ne pas ôier la confiance auxpénitens» Mais il doit prendre garde alors de ne point se servir de ce qu'il sait par la confession pour Tajouter h ce qa^il sait par une autre voie, soit pour raconter le fait difië-remment de ce qu'il le sait par cette autre voie, soit pour eu assurer davanla{;e la vérité: car il violeroit en ce cas le secret de la confession , quand même il ne diroit pas qu'il tient de la confession ce qu'il déclare.

Il est facile de voir avec quelle attention les confesseurs doivent s'interdire tous discours et toute histoire sur ce qu'ils ont entendu dans le sacré tribunaL Quand on ne violeroit pas alors le sceau de la confession, au moins la rendroit-on odieuse. Pour ne point s^'exposer à transgresser un devoir si essentiel, un confesseur doit être très*réservé dans ses discours, ne s'entretenant jamais de confession, ni de ce qu'il aura entendu.

Pour être obligé au secret de la confession , il faut

au'elle soit sacramentelle, c'est-à-dire, qu'elle se fasse ans le dessein de s'accuser, de se soumettre aux cle& de l'Eglise, et d'obtenir l'absolution des péchés qu'on déclare, soit dans le même temps, soit dans un autre, tel que le confesseur le jugera à propos. Ainsi ce secret oblige, quand même le pénitent n'auroit pas témoigné uu véritable regret de ses péchés, la confession ne laissant pas d'être sacramenlolle de sa part.

L^obligation de garder le secret de la confession , ne regarde pas seulement le confesseur^ elle s'étend à tous ceux qui Tout entendue, de quelque manière que cela se soit fait, soit innocemment et par surprise, soit par une curiosité eriminelle et par malice ; ou lorsqu'un confesseur en auroit donné connnoissance, soit avec la permission du pénitent, soit sans sa permission, par légèreté, par inadvertance ou par impiété. On ne peut douter que celui qui a servi d'interprète dans la con— ièssion ne soit très^^étroitemeul obligé à garder le secret.

686 Du Sacremiînt

Ceux qui ont trouvé une confession écrîle, soit avant, soit après qu'elle a été faite ^ y sont obligés aussi, et commettent un ^rand péché, s'ils lisent cette coufession ou s^ilsen parlent j ils offensent notablement la Religion, et font un crime plus grand encore qu'en violant le simple &ecret natureL On ecclésiastique^ ou un laïque qui seroit assez impie pour profaner le Sacreaient, ea feignant d'être prêtre pour entendre une confession, feroit un grand péché, et seroit obligé au secret.

L'obligation que le pénitent a d'être fidèle à garder le silence sur ce qui s'est passé entre le confesseur et lui dans le confessionnal, est fondée sur le respect àk au Sacrement, où il se fait entre le confesseur et le pénitent une espèce de traité, qui engage l'un et Tautre à se garder réciproquement le secret, quoique le pénitent n'y soit pas obligé si étroitement que le confesseur. Ainsi le pénitent ne doit point, sans un besoin véritable, dire ce qui s'est passé dans l'intérieur du tribunal delà pénitence*, comme sont les avis que le confesseur lui a donnes , les remèdes qu'il lui a proposés , les pénitences qu'il lui a ordonnées. On ne doit point s'informer d'un autre, quelles pénitences le confesseur lui a données, quels avis il en a reçus, quelles demandes il lui a faites.

S'il y a quelque raison qui porte le pénitent à parler de ce qui s'est passé au tribunal de la Pénitence^ comme pourroit être la connoissance, ou une juste appréhension qu'il a de n'être pas bien conduit par un confesseur, ou la difficulté qu'il trouve d'accomplir les pénitences qu'il lui ordonne , il est de sa prudence de ne s'en expliquer qu'avec circonspection, et seulement à une personne sage et éclairée.

Si un confesseur, abusant de son ministère, étoit assez méchant et assez impie pour oser solliciter au crime ou à Terreur, son pénitent ou sa pénitente, it leur seroit alors permis, et même ils seroient obligés, en prenant les précautions que la prudence et la charité exigent en pareil cas, et que nous avons marquées en parlant

DE Pénitence. 687

des cas réservés , de le de'noncer au supérieur, afin qu'il prévint les maux qu'un tel confesseur pourroit causer» L'indiscrétion d'un pénitent, qui, sans nécessité, divulgue ce qui s'est passé entre lui et son confesseur au tribunal de la Pénitence, peut avoir do mauvaises suites. Un confesseur qui a fait son devoir, et qui aura eu du zèle pour le salut de son pénitent, se trouve par-là exposé à des railleries piquantes, peut-être même à des calomriies, au mépris, à des jugemens d'autant

Elus injustes, qu'il ne lui est pas possible d'ouvrir la ouche pour se dt'fendre. Au reste, les confesseurs sages qui ont de Thumilité, et qui ne travaillent que pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes, se mettent peu en peine de ce qu'on dit d'eux ^ ils se taisent et il leur sufHt de ne rien dire, et de ne rien faire qui puisse -donner sujet de les blâmer.

Lorsqu'on a reçu un secret sous le sceau de la confession , on doit être fidèle à Te garder ^ mais on ne pèche pas contre le sceau de la confession en le révélant. On peut même le révéler en certains cas sans péché ^ ainsi que nous Tavons expliqué en parlant de l'obligation de révéler en vertu d'un rooniioire.

De V Absolution.

XjVbsolution est une sentence que le prêtre prononce au nom de Jésus-Christ dont il tient la place ^ en disant sur le pénitent ces paroles : ego te absolva à peccatis tuk^ innomme Patris-f^ et Filii -f et Spiritûs 'f sancti ; lesquelles expriment le principal effet du Sacrement de Pénitence, savoir*: le pardon ou l'absolution des péchés. Quoique tous ces mots ne soient pas regardés comme essentiels pour la validité de l'absolution, cependant un coiUesseur qui seroit assez téméraire pour vouloir en omettre aucun, commeltroic un grand péché. On joiat à ces paroles, par une louable

683 Dtj Sacremewt

coutume de TEglise, quelques autres prières^ mais elles ne regardent nullement Tessencc de la forme du Sacrement de Pénileuce, et ne sont point ue'cessaires pour son administration.

L^absolulion sacramentelle du prêtre est un acte judiciaire par lequel il remet les pécbtts^ comme Jésus- Christ lui en a donné le pouvoir, et non un simple ministère pour déclarer que les péchés sont remis i celui qui les coufe^ise. Il u est pas permis, dans TEglise latine, de se servir d^une autre loi me d'absolution que de celle que nous venons de marquer.

Les confesseurs ne doivent pas accorder la grâce de Tabsolution indifféremment à tous ceux qui se présentent à eux 3 mais seulement à ceux qu'ils en jugent dignes, et en qui ils reconnoissent les sincères dispositions dans lesquelles doivent être de véritables pénitens. Comme médecins, ils ne doivent appliquer les remèdes qu'aux malades préparés et disposés. Un mé* dcciu habile et sage n'en ordonne aucun sans discernement^ il attend le temps propre pour guérir son malade. Medicus medendi lempus expectat ^ dit saint Ambroîse, ( in ps. 3']. ) ut digestis œgritudinibus me^ dicinœ suhsidia def^ranlnr ^ ne acerba adhuc et im" matura^ ut asserunt , œgritudo curationis remediis relnctctur^ et heneficiain sent ire non possit. C'est particulièrement ici que les prêtres ont besoin d'une prudence toute céleste, pour user de la double puissance

ue Jésus-Christ leur a donnée de lier et de délier,

e retenir les péchés et de les remettre. Les sectateurs de la sévérité outrée ou du rigorisme, se cachent à l'abri d'une apparence de régularité 5 iU ne prononcent que des aoalhêmes contre les pécheurs; ils ne leur parlent que de discipline ancienne, de délai d'absolution, de peines satisfactoires^ ils semblent vouloir leur fermer la porte de la pénitence, et les précipiter dans le désespoir. Selon cet inflexible système , à peine est-il permis d'espérer que Ton puisse jamais fléchir la

justice

DE Pénitence. 689

justice divine. Hors le cas de nécessité et celui du martyre , pour rentrer en grâce ai^ec son Dieu , la contrition perfectionnée par la plus ardente charité^ jointe au^aésir de rabsolution^ ne suffit pas cm ^e— nitent; il faut que la réception actuelle du Sacrement Vaccompagne. La honte qu'il a de ses désordres^ la crainte des peines de V enfer dont il est pénétré ^ Vespérance des récompenses éternelles qui fanime j sont des motifs injustes et criminels , qui bien loùit de le disposer à la justification^ ne servent qu'à /'en éloigner davantage^ et quelque douleur qu il ressente^ dans quelque circonstance quUl se troui^e^ s^il ne commence au moins à subir la peine due à son pécJiéj en çain se flattera-t-^il d'en avoir obtenu le pat don. Les confesseurs qui suivent ces maximes , semblables aux espions que Moïse envoya dans la terre promise^ représentent aux personnes qu'ils dirigent, la pénitence, comme une terre maudite qui dévore ses habitans ; le ciel, comme une ville forte et imprenable^ dont les approches sont défendues par des ennemis invincibles et par des obstacles insurmontables ^ Dieu , comme un jnge impitoyable qui n'a que la vengeance dans le cœur, les menaces dans la bouche et la foudre dans les mains.

Les maximes du relâchement ne sont pas moins pernicieuses^ ceux qui en sont les défenseurs, endorment le pécheur dans une fausse sécurité. Ils nWt que des facilités , des adoucissemens , des idées agréables à pré-senter aux hommes les plus corrompus. Protecteurs déclarés de la fragilité humaine, ils accordent tout à la fuiblesse , au tempérament , à Fétat des personnes. DaHs leurs principes, rien n^est plus facile que de rentrer en grâce avec Dieu ', la pénitence n'a point de sévérité. Quun homme chargé de crimes^ en fasse l'aveu à un prêtre^ sans lui détailler, ni les espèces de son péchéj ni les circonstances aggravantes^ ni ses Jiabitudes criminelles , sam répéter ce quil auroit pu oublier Tome L X x

Cgo Du Sacrbmeht

ou omettre dans ses confessions précédentes f que cette confession soit soutenue d'une attrition pure-ment naturelle , tout au plus de la crainte de Venfer^ en voilà assez pour mériter le pardon. Poun^u que de bouche il professe^ qu'il est dans la douleur d*avoir offensé Dieu^ et quil a résolu de se corriger^ Vabsoïution ne doit jamais lui être refusée^ quelque horhitude qu'il puisse auqir contractée^ quelque peu d'espérance quil donne dun véritable amendement } quoi' qu'il reste volontairement dans l'occasion prochaine^ quoiquil ignore les principauqc mystères de la Reli^ gion. Que dans cet étatj avec ces dispositions il approche souvent et du tribunal^ et de V autel ^ même an milieu d'une vie toute païenne et toute mondaine^ il porte sur son/ront une marque presque infaiUMe de prédestination. Et si, malgré tous ces adoucissemeosy les pénitences légères qu'on lui impose^ lui paroissaïC encore trop pesantes^ il peut^ de son autorité privée^ se choisir un substitut , qui se charge de les accomplir en sa place.

Au seul exposé d^un système si monstrueux , qui n\ que trop souvent été répété dans différens ouvrages, et

3ue FEgKses^est vue obligée de proscrire tant de fois, ne oit-on pas se rappeler ces faux prophètes, qui, selon Texpressionde TEcriiure, (£z. i3. 1 8.) mettent des coussins mollets et délicats sous les coudes des prévaricateurs} qui n'ont à la bouche que des paroles de paix, mais ne la donnent pas; qui tendent des filets, dans lesquelles âmes viennent se prendre et périr misérablement; qui, au lieu de guérir les blessures de la fille de Sion , ne font que multiplier ses plaies, aggraver se& maux, et rendre son état absolument incurable.

Quelque opposition qu'il y ait entre ces deux extrémités, le rigorisme et le relâchement, il est cependant vrai de dire, que ces deux sources empoisonnées ont une origine commune, et causent dans leiurs cours les mêmes ravages. SoFties l'Mpe et Tautre du même défitut

DE Pénitence. 691'

de soumission aux règles sages que TEglise prescrit à ses ministres, du même esprit d'orgueil et de présomption| dont le caractère est d inspirer la désobéissance, elles aboutissent Tune et l'autre à la perte d'une infinité d'âmes Tachetées parle sang précieux de Jésus*Christ.A. ces deux excès se peut appliquer le reproche que l'apôtre saint Paul adreiisoit aux Corinthiens, qui, par une confiance mal placée, ne craignoientpas, en présence de leurs frères encore foibles , de manger des viandes immolées aux idoles : par Vahus de votre science^ vous perdez votr^ yrèrefoible^pour qui Jésus-Christ est niort.

Le dispensateur sévère à l'excès , qui, dans le tribunal^ prenam les intérêts de la justice aux dépens de la miséricorde, refuse la paix aux âmes qui la méritent le mieux; qui les fait lauguir pendant des années entières^ poui^obtenir une absolution qu'il ne leur accorde presque |amais^ qui ne craint pas de les laisser injustement captives sous le joug du péché qu'elles détestent, et dont elles ont horreur, ne doit— il pas imputer à sa criminelle rigueur la perle de celles qui périssent T Au jour terrible des vengeances ne s'élèveront-elles pas contre lui , et ne se plaindront-elles pas de ce que, par un zèle amer, et par des lenteurs affectées, il a mis obstacleà l'Elsprit saint qui frappoit à. la porte de leur cœur, et qui n'attendoit que la voix d'un ministre fidèle pour y fixer sa demeure; de ce qu'il les a rebutées, dégoûtées^ éloignées de la piscine salutaire , jetées dans le découragement et plongées dans le désordre , le désespoir et Fim pénitence ?

D'un autre côté , à combien drames n'est pas funeste rindûlgence d'un ministre foible, qui remet ce qu^il devroit retenir, délie ceux qu'il devroit lier, accorde la paix aux personnes qui en sont indignes , et , sans aucune preuve solide de conversion , absout les plus grands pécheurs? C'est contre cette criminelle indul-genceque saint Cyprien s'élève avec tant dtïforce( Tract. de lapsis. ). Emersit^ dit ce saint docteur , novumgenuf

Gg% Du Sacremeiit

cladis f et quasi paràmperseciUionis proceUascei^ierit^ accessit aa cumulum sub misericordiœ titulo malum J^allens et hlanda pernicies. Contra Evangelii i^igorem^ contra Domini ac Dei legem , temeritate quorumdam taxât ur incautis communication irrita etjalsa pax^ periculosa dantihusy etaccipientibusnihilprqfutura^. operiuntur morientium vulnera{ etplaga lethalis altis et profundis viscerihus infixa ^ dissimulato dolore contegitur.... Non est illapax^ sed helhim^ nec JEcclesiœjungitury qui ah Evangelio separatur. Quidinjuriam heneficium vocaiât ? Quid impietatem , vocabido pietatis appellant F Quideis quijlerejugiter et rogare Dominiun suum debent ^intercepta pœnitentiar lamen^ tatione communicare se simulant F Hoc sont e/usmodi lapsis 9 quod grandofrugibus , quod turhidum sidus arboribus^ quod armentis pestilens vastitas^ quod navigiis sœva tempes tas.» •• Non concedit pacemfac^ lit as ista^ sed tollitf nec communicationem îribuit^ sed inipedit ad salut em.

Et en effet, cette malheureuse facilité lâché la bride aux passions, flatte les coupables dans leurs mauvaises habitudes, les laisse croupir dans le vice, éteint leun remords , leur arrache du cœur tout sentiment de relieion, leur inspire une fausse confiance, les plonge dans le sommeil léthargique de la mort spirituelle, et les pousse dans le précipice, au Heu de les en retirer. Par cette cruelle et homicide miséricorde^ remarque le clergé de Rome dans sa lettre à saint Cyprien , on ne guérit pas les blessures anciennes^ on en ajoute de noui^elles} on laisse au mal le temps de devenir incurable ; on ne ferme pas la plaie ^ on ne fait que la couvrir ^ on ne rend pas la santé ^ on donne la mort, i^ussi le grand concile de Latran , tenu en iiSq, pensoit-il^^riV/7iV5^ rien qui jette plus de conjiision et de trouble dam T Eglise^ que la fausse pénitence; et il avertit les premiers pasteurs et les prêtres, d'être extrêmement atteuu/s à ne pas se laisser séduire par les conversions feintes |

DE PÉNITENCB. 695

qui trompent les hommes^ et les entratnent dans Vabîme. Comment arrive-t-il , demande saint Charles ^ qu'il jf ait tant de confessions^ et si peu d^amende-^ ment dans les mœurs T Comment arrive-t-il que tons les jours les sacrés tribunaux soient assiégés de péniten s j et que cependant la plupart des chrétiens continuent de vivre a une manière toute contraire aux maximes de ]*Evangile, se livrent tranquillement et sans remords aux plus grands excès, ne sortent pojnt de Tétat de péché mortel, et meurent sans avoir jamais fait une véritable pénitence? Qui peut douter qu'un malheur si déplorable ne vienne de la prétendue compassion des confesseurs, qui,sansexamen, délient tous 1q^ pécheurs? Ils ne les obligent ni à renoncer à Taffection qu'il ont au péché, ni à remplir les devoirs de leur état, ni à vivre conformément à leur vocation ^ et par-là, loin d'effacer leurs crimes, ils ne font que les cacher sous le voile de ^absolution. Pourrions- nous ne pas admirer le zèle avec lequel le célèbre et pieux Bellarmio s'élevoit contre les suites funestes d'une condescendance véritablement cruelle? Des hommes chargés dépêchés^ dit ce savant cardinal, et qui y sont tombés mille /bis y i^ien^ nent à nous souvent ^ sans aucun signe de douleur ^ In veille ou le jour même de la solennité^ ils veulent être absous sur-le-champ ^ et de là passer à la sainte table: et notis ^ juges imprudens^ dispensateurs infir^ dèlesy nous leur imposons à tous les mains y nous leur disons à tous , fe vous absous , allez en paix : qu'yen résulte-t-il F Ces f aux pénitens^cn arrachant à la foiblesse dhm confesseur une absolution précipitée ^ se croient véritablement libres et absous ^quoiquih soient toujours dans leur mallieureux état^ et qu'à leurs premiers liens^ ils en aient ajouté de nouveaux*

L'Eglise veut, à la vérité, que ses ministres usent de douceur et d'indulgence envers les pécheurs ; mais elle veut aussi que cette douceur soit juste, sage ^ pru« dente, et eette mdulgence, salutaire. Inipsâ Ecclesiâ^

6g4 Du SACREMfiNT

dit saînl Arobroîse, (in Ps* 118.) ubi misereri auàm maxime decet^ teneri quàm maxime débet forma justiticp. Ce saint docteur dit encore, en expliquant le même psaume t consideremus ne ipsum, deteriorem faciamus , cujus miseremur injuste.

Ainsi tout pécheur non converti, et absous par un confesseur, demeure lié réellement aux yeux de Dieu; et l'absolution reçue ne sert qu'à Tentretenir dans une fausse tranquillité. 11 a reçu quittance de Tëconome, mais la quittance Xïesi point acceptée par le père de famille: c'est la penséede saint Augustin. Le Seigneur^ dit ce saint docteur , {Serm. 4o. n. n. ) menace de mort ceux qui ne changent pas de vie. Il les menace de La mort éternelle. Pourquoi veulent-ils que je leur promette ce que Dieu ne leur promet point ? Un économe vous donne une quittance ^ mais de quoi vous servira-t-elle^ si le père de famille ne veut point vous la passer F Je ne suis qiCun économe ; je ne suis quun serviteur, f^oulez-vous que je vous dise : vivez comme vous vouerez ; le Seigneur ne vous damnera pas ? C'est-là une Quittance de l^ économe ^ elle est de nulle valeur.... '.a quittance du souverain Maître vous décharge quand je ne le voudrois pas ; mais la mienne ne peut rien valoir , s'il ne le veut. Ecce dat tibi securitatem procurator: quid tibiprodest^ si pater-Jamilias non acceptetF Procurator sum^ servus sum.... Domini securitas valet ^ etiamsi nolim^ mea vero nlhil valet ^ si iUe ru)luerit.

Ce détail est sans doute suffisant, pour convaincre des suites funestes qu'entraînent infaiiliblemeni après eux , les deux excès que nous venons d'exposer. Le moyen de s'en garantir , c'est de méditer attentivement ce que dit l'Esprit saint ( Prov. 17. i5. ): celui qui justifie t injustice , et celui qui condamne lejuste^ sont tous deux abominables devant Dieu ; c'est de s^appliquer sérieusement à connoitreles véritables règles de l'Eglise, et à les observer dans la pratique : sans

DE Pénitence. 6g5

cette connoissance , les confesseurs ressembleront à ces guides aveugles^ que Jésus-Christ frappe de ses ana* thèmes^ à ces prêtres infortunés que le Seigneur rejette de son sacerdoce , parce quils ont eux-mêmes re- /eté la science^ sans cette connoissance , un confesseur s^exposeroit à refuser l'absolution à des personnes à qui il devroit la donner ^ et il la donneroit à d'autres auxquels il devroit la refuser ; et, loin de procurer le salut des âmes, il seroit rinstrument de leur perte, et il se perdroit avec elles. Car il ne faut pas s'y méprendre: Tautorilë que Jésus-Christ a donnée aux mi« nistres du Sacrement de Pénitence, n'est pas tellement en leur pouvoir ^ qu'ils puissent Fexercer sans aucune règle et selon leur caprice. Cette puissance est limitée par le droit naturel et divin , qui n'absout que les pénitens, et ne condamne que les coupables qui persévèrent dans leurs crimes. Dans le tribunal de la pénitence, les confesseurs ne sont pas juges en dernier ressort ] les sentences qu'ils prononcent ne sont pas sans appel; elles sont subordonnées au souverain Maître, qui a établi ses ministres pour être, non les dissipateurs , mais les dispensateurs de ses grâces. Il leur a dicté ses lois ; s'ils s'en écartent , leurs décisions portent à faux; Dieu retient les péchés qu'ils remettent; il condamne les crimineisqu'il renvoient absous; et il enveloppe le juge et le coupable dans la même condamnation. Saceraos non se prœheat niinis severum^ dit le concile deRheimsen i5d3, neque tamenita lenem^ ut pœnœ contemptu ad rursiitn peccandum pœni^ tentem potiiis im^itet^ quàm ad novumvitœ genits ineundum.

Il est donc d'une extrême importance pour le salut des confesseurs et pour celui des pénitens, que, dans un ministère si redoutable , les directeurs ne se conduisent ni par leurs lumières particulières, qui souvent seroient sujettes à l'erreur, ni parfc^ doctrines étran'^ gères que l'esprit de ténèbres répand dans le monde,

Xx 4

6g6 Du Sacrement

mais par les maximes toutes pures de TEvangile^ et par les règles sages de TEglise. Un ministre de la Pénitence doit avoir sans cesse sous les yeux la loi divine, les- saintes Ecritures , les canons des conciles et les maximes des Pères. Il lui est expressément ordonné de ne travailler à la sanctification des âmes et à la conversion des pécheurs , qu^en s^attachant inviolablement et se conformant à Tesprit des règles immuabla qui lui sont prescrites dans ces admirables et divins modèles.

Les confesseurs trouveront dans Inobservation de ces saintes maximes, la prudence nécessaire pour conduire sûrement les personnes dont le salut leur est confié. Elles leur diront que, pour réconcilier le pécheur, on doit, sans rien exiger davantage, se contenter des dispositions que TEglise demande; et exiger ces mêmes dispositions sans les affoiblir en rien. Elles leur diront que , si Ton ne doit pas attendre , pour absoudre un

Sénitent, quHl ait une contrition parfaite, ou qu'il soit evenu presque impeccable, on doit attendre qu'il pa- Toisse vraiment converti; et que, si Ton ne doit pas imposer au pécheur l'obligation de satisfaire avant rab* solution , on ne peut l'exempter du juste devoir d'assurer sa conversion par des œuvres médicinales et pré* paratoires.

En6n, les confesseurs qui se font un devoir de puiser la science des Saints, dans des sources si pure? , et d'j apprendre Part des arts , la conduite des âmes , savent qu en qualité de dispensateurs des mystères , ils ont le pouvoir de remettre et de retenir les péchés; mais quil ne leur est pas permis de retenir par dureté ce qu'ils doivent remettre, ni de remettre par ignorance ou par foiblesse, ce qu'ils doivent retenir; qu'ils sont injustes, s'ils refusent la paix aux âmes qui la méritent; qu'ils sont prévaricateurs, s'ils Taccorden ta celles qui en sont indignes ; qu'ils doivent être fermes sans dureté , condescendans satis mollesse , se courber pour relever les

DE PÉmTKKcr. Oqj

pi^cheurs sans tomber avec eux , avoir égard à leurs foiblesses sans les flatter dans leurs vices : neque ergà consent tentes sitis malis^ ut approbetis , dit saint Augustin (serm. 88), neque négligentes^ ut non arguât isf veque superhientes ^ ut insuit anter arguât is.

Quelles bénédictions n'attirent pas sur leurs travaux les ouvriers évangéliques, ennemis de tout excès , uniquement attentifs , en agissant au nom et par Tautorité de Jésus— Christ , à n'agir que par son esprit, et fidèles observateurs du sage tempérament, qu'un ancien concile de Rome recommande avec tant d'instance aux confesseurs^ qui peuvent se dire à eux-mêmes : lesmé-^ chans nont point à se louer de notre molle et cri^ minelle complaisance ^ et les aurais pénitens n'ont point à se plaindre de notre cruelle, et excessive sévérité.

Les confesseurs sont donc obligés de refuser, ou plutôt de différer l'absolution aux pécheurs qui sont indignes de cette grâce , jusqu'à ce qu'ils se soient mis dans les dispositions nécessaires pour la recevoir. Tels sont entr'autres :

1. Tous ceux qui ignorent les principaux mystères de la foi^ les commaudemens de Dieu et de l'Eglise, les dispositions nécessaires pour s'approcher des Sacremens^ ou qui ne sont point sufÔsamment instruits de la Religion , suivant leur obligatiou et leur capacité. On doit renvoyer ces personnes jusqu'à ce qu'elles soient suffisamment instruites; à moins que le confesseur ne veuille, par un effet de sa charité, se donner la peine, s'il en a le loisir, de leur enseigner dans le confessionnal même , ce qu'il faut qu'elles sachent nécessairement pour être sauvées et pour être admises au Sacrement de Pénitence. Si ceux qui ne sont pas suffisamment instruits de la Religion suivant leur obligation et leur capacité , promettent d'apporter les soins nécessaires pour s'en faire instruire, le confesseur examinera s'ils n'ont point fait par le passé luie semblable

69S Du Sacremeut

!>romesse sur les avis de leur curé ou d'un autre conesseur^ et, reconooissant que cette promesse n^a point été accomplie, il différera de les absoudre jusqu*à ce qu'ils se soient mis en devoir de satisfaire à cette obligation ^ mais s'ils n'en ont jamais été avertis , il pourra, s'ils sont d'ailleurs bien disposés , leur donner l'absolution sur leur promesse , pourvu qu'ils sachent les articles essentiels et absolument nécessaires. Il sera facile de faire l'application de cette règle à ceux qui ignorent les devoirs de leur état.

2. Les pères et les mères, les maîtres et les maîtresses, qui n'instruisent pas ou ne font pas instruire leurs enfans ou leurs domestiques des principes de la foi , et des choses nécessaires au salut ; ou qui ne veillent point à leur conduite^ qui les empêchent de s'acquitter des devoirs communs du chrétien^ ou enfin qui ne veulent pas faire ce qui dépend d'eux pour les corriger des désordres dans lesquels ils les voient tomber. On ne doit point absoudre ces personnes , tandis qu'elles demeurent dans cette criminelle négligence. Si elles promettent de s'acquitter de ce devoir, qu^il yait lieu de juger que leur promesse est sincère , qu'elles y seront fidèles, et qu'elles n'aient point été averties de cette obligation, le confesseur peut les absoudre, supposé d'ailleurs qu'elles aient toutes les dispositions requises. Mais, si après avoir promis de se corriger, elles y ont manqué, on doit leur différer l'absolution, jusqu'à ce

u'on voie en elles des marques certaines et évidentes e leur amendement.

3. Ceux qui exercent des professions mauvaises de leur nature , qu'on ne peut exercer sans péché ; ou qui sont infâmes parles lois, comme sont les magiciens et les sorciers; ceux qui servent à des plaisirs infâmes: qui lenocinium exercent ^ les farceurs, les bateleurs, les danseurs de corde, les comédiens et comédiennes, et ceux et celles qui montent sur le théâtre pour le divertissement du public, pour y chanter ou danser,

DE Pénitence. 699

ou comme disent les lois : qui artis ladicrœ pronun^ tiandiçè causa in scenam prodierint. On ne peut les absoudre, jusqu'à ce qu'ils aient renoncé absolument à ces professions.

J^. Ceux qui conservent des haines et des inimitiés ^

3ui refusent de pardonner et de se réconcilier. On ne oit pas les absoudre, s'ils ne pardonnent de cœur^ et s'ils ne veulent faire de leur part ce qu'ils doivent pour se réconcilier avec leurs ennemis.

Si un pénitent promet de se réconcilier avec son ennemi , et proteste qu'il ne conserve point de haine dans son cœur , on peut , supposé qu'on ait un juste fondement de compter sur la sincérité de ses dispositions, l'admettre à la participation des Sacremens. Mais, si, ayant déjà fait cette promesse et de pareilles protestations , il y a manqué , il faut , s'il n'est pas en danger de mort , l'envoyer se réconcilier avant que de lui donner l'absolution : car il n'arrive que trop sou* vent que les pénilens, quoique disposés à se réconcilier, manquent à le faire par la répugnance qu'ils ont à faire la première démarche. Mais, comme souvent il est difficile de discerner qui doit la faire, à cause des différentes circonstances qui se rencontrent, un confesseur a besoin de beaucoup de prudence ^ pour ne pas exiger d'un pénitent , par le refus de l'absolution, des démarches qu'il n'est pas obligé de faire. Lorsqu'un pénitent a fait de son côté tout ce qu'il doit pour se réconcilier avec son ennemi , et que celui-ci ne l'a pas voulu, on doit absoudre ce pénitent, s'il ne conserve aucune haine dans le cœur.

Si Tinimitié a été publique et scandaleuse, le con« fessear ne doit pas se contenter de la promesse qu'il fait de se réconcilier , et de fassurance qu'il donne D'intérieurement il lui pardonne^ il faut, avant qiie e l'absoudre , l'obliger à donner des marques publiques de réconciliation, qui doit être connue, afia d oier le scandale de cette inimitié.

Si le confesseur a lieu de croire que la rccoTiciIî»T lion n*esl qu'extérieure et ne vient pas du cœur, il doit différer d'absoudre le pénitent , jusqu'à ce que, par des épreuves sufTisantes^ il puisse être assuré qu^il pardonne et se réconcilie sincèrement.

Les confesseurs ne peuvent trop s^appliquer à faire connoilre aux pénitens qui ont des inimitiés , le malheureux état où ils sont : car plus on difière à pardonner h son ennemi, ()lus la haine prend de fortes racines dans le cœur. Ainsi il est du devoir d^un confesseur , de s'informer combien il y a de temps que Tinimitic dure, et quels effets elle a produits. Il dok même examiner si la cause de Finimitié dure encore ^ et si elle n'est point une occasion prochaine de rechute dans le péché , comme pourroit être un procès qui n'est pas terminé. Ce procès seroit sans doute une occasioa de péché à un pénitent , qui seroit d'humeur à surprendre sa partie , et à vouloir gagner sa cause, même par des voies injustes, s'il peut en avoir ^ ou qui anroit coutume de s'emporter toutes les fois qu^ii lui arrive quelque chose de désavantageux dans son procès. On doit donc bien examiner, quand il s^agît d'absoudre des plaideurs^ voir auparavant s^ils plaident iians aigreur, sans passion, sans avoir recours aux fraudes et aux injustices , et en remplissant tons les devoirs de la charité chrétienne. Celui qui est sollicité par sa partie de terminer son procès à Tamiable, et qui ne veut pas le faire , quoiqu^il puisse mettre tous ses intérêts à couvert par un accommodement, aussi bien que par les voies de la justice , ne doit pas être absous^ parce qu'on voit bien qu'il ne plaide que pr haine, et qu^il ne cherche qu'à causer de grands frais à sa partie. Les personnes mariées qui , sans cause Ic- {:;itime, vivent en divorce, doivent être renvoyées sans absolution, jusqu'à ce qu'elles se soient réconciliées* Enfin, les confesseurs doivent avoir soin d'avertir \» pénitens que l'amour des ennemis doit venir du cœor ^

DE Pénitence. 701

^^il ne suffit pas de s'en tenir aux seules marques en^ icrieures d'amitié et de re'conciliation ^ et que le pardon desinjuresestde précepte^ non un simple conseil.

5. Ceux qui ont causé quelque tort au prochain en son bien ou en son honneur ^ et qui ne veulent pas le réparer selon leur pouvoir, ni promettre dy satisfaire quand ils le pourront, s'ils ne le {peuvent pas actuel-* lemen t. Cependant il n'est pas nécessaire d'exiger , avant l'absolution, une réparation actuelle^ il suflit que le péuitent la promette ] si ce n^est qu'en ayant déjà fait la promesse, il eût négligé de l'accomplir. On doit regarder comme n'ayant pas le dessein de restituer, ceux qui ne veulent pas prendre les moyens nécessaires pour réparer leur injustice.

On ne doit peint absoudre , même à l'article de ia mort, ceux qui laissent à leurs héritiers le soin de faire une restitution qu'ils peuvent faire [)ar eux-mêmes. On doit pareillement juger indigne d'absolution, celui qui^ pouvant restituer tout ce qu'il doit, n'en rend qu'iine partie, sous prétexte que celui à qui il doit est riche, et qu'il ne souffre pas de ce délai : car c'est pécher que de retenir le bien d'anirui , soit que celui à qui on le retient en souffre du dommage, soit qu'il n'en souffre pas. Le dessein d'ajouter, dans son testament, a la somme

au^on doit restituer, les intérêts de cette somme, [)Our ëdommager de ce délai celui à qui on la doit , n'est as une raison suflisante pour permettre d^en différere paiement jusqu'à la mort ^ ainsi l'on ne peut absoudre un pénitent qui, ayant le temps et le moyen de restituer, oseroit se servir d'un pareil prétexte pour ne pas satisfaire, aussitôt qu'il le peut, à cette obligation. Nous dirons dans la suite , en parlant de la restitution, quels sont les, cas où un confesseur peut prudemment permettre aux pénitens de différer les restitutions auxquelles ils sont tenus.

6. Les pécheurs publics , jusqu^à ce qu'ils aient ré-* paré le scandale qu'ils ont donné | par une satisfac-

^03 Du Sacrerient

tion convenable. Ce n^est pas assez pour eux d'une pro« messe ) il faut une réparation actuelle. Ainsi il faut obli* ger un concubinaire à cbasser sur-le-champ de sa mai* son sa concubine^ un usurier, à révoquer, a annuller ses contrats , et à restituer ses usures^ et ainsi des autres.

7. Ceux qui, au mépris des monitoires qui sont publiés par lautorilé de TEglise, pour avoir connoissance de quelque fait important, ne révèlent point ce qu'ils savent , quand ils sont obligés d'aller a révélation, et causent, parce silence criminel, un grand pré* judice à leur prochain.

8. Ceux qui donnent aux autres occasion de pécher, s'^ils n'ôtent cette occasion, et ne remédient, autant

au'^il est eu eux, au mal auquel ils ont donné lieu. On oit mettre de ce nombre ceux qui tiennent brelan ou assemblées dans lesquelles se commettent des impiétés, blasphèmes, débauches, libertés licencieuses oa autres péchés ] ceux qui composent, impriment ou débitent de mauvais livres ou écrits, qui contiennent des matières contre la foi ou la pureté , ou contre les bonnes mœurs ^ ceux qui ont des tableaux ou des représentations lascives qui peuvent porter au péché, et ceux qui les font et les débitent; tous ceux qui vendent et débitent des choses condamnées par la loi de Dieu.

Les femmes et les^ filles qui paroissent à Textérieur avec les épaules et le sein découverts, et dont rimmodestie est manifeste, donnent une occasion prochaine de péché, et qui y porte par elle-même. Saint Charles, dans ses instructions aux confesseurs , après avoir dit que Ton doit refuser Fabsolution aux [^rsonnes qui pèchent mortellement en parures et ornemens exté* rieurs, remarque que celles qui se servent de ces ornemens pour commettre un péché mortel, pèchent mortellement. II en dit de même de celles qui , pour satisfaire à leur vanité dans leurs ajustemens, transgressent ou font transgresser à d'autres quelques com*.

DE Pénitenck. 7o3

mandemens de Dieu ou de TEglise; en travaillant, par exemple ) ou faisant travailler les jours de dimanches ou de fêtes; en perdant ou faisant perdre aux autres la messe ces mêmes jours ^ pour se parer ; en occasionant à des maris ou à d'autres obligés à les entretenir « plus de dépenses que leurs biens ne le permettent^ d'où elles savent, ou doivent savoir, ou probablement douter que naissent des dissensions ou haines dans leurs familles , et Fimpossibilité où se trouvent ces maris ou autres qui sont tenus de fournir à leur entretien , de satisfaire à leurs obligations , comme de donner i aumône, de payer leurs dettes, ce mpi les porte quelquefois à blasphémer le nom de Dieu , à contracter de nouvelles dettes au-dessus de leurs forces, à &ire des gains et des contrats illicites, pour être en état de soutenir ces dépenses , lesquelles absorbent souvent telb^ ment les biens d'une famille, que des pères et mères ne peuvent plus établir des enfans, ni marier des filles quand elles sont en âge, d'où arrivent souvent de grands maux.

Saint Charles ajoute qu'une personne pèche mor-^ tellement dans la manière de se parer, quoique la dépense qu'elle fait , n'excède ni sa condition ni son bien, si sa parure porte d'elle-même à l'impureté, ou qu'on la regarde communément comme y donnant occasion^ ou si elle se pare ayant lieu et raison de juger, qu'elle donnera par-là de la passion pour elle à quelqu'un ^ ou qu'elle occasionera quelque péché , quand même sa parure n'auroit rien de deshonnête par elle-même^ enfin, si elle se pare dans l'intention de témoigner ellemâme à un jiuire de la passion pour lui.

Q. Ceux qui sont dans l'habitude dn péché mortel, jusqu'à ce qu'ils aient donné des preuves et des marques véritables de leur amendement, et qu'on ait éprouvé, pendant un temps suffisant, que leur conversion est sincère. Comme il y a des remarques importantes à faire sur la maniàre dont ou doit disposer k rabso*^

i^o4 I)^ Sacremeut

lution ces sortes de pécheurs, nous allous en parler en particulier. ,

De la Prudence du Confesseur à tégard de ceux qui sont sujets à des habitudes de péché morteL

vJn entend par Thabitudedu péch^ mortel , Télat d'un homme oui, pour avoir plus ou moins réitère les acta

pas facile de user le temps que doit durer le délai de labsolution au pêcheur dlia* hitude ^ c^est k la prudence du confesseur à en juger

Î)ar la nature du péché, par la force et la durée de 'habitude, par Toccurrence des occasions plus ou moins fréquentes^ et sur-tout par la ferveur du pénitent, par ses efforts pour sortir de son état , et le soin qu'il apporte à résister aux tentations, à éviter les occasions, à pratiquer la pénitence , et à mettre en usage lo moyens qui lui sont prescrits.

Cest une vérité certaine reconnue par le concile de Trente ( Sess. 6. Can. aa ), qu'un pécheur véritablement converti, et qui a été justifié par la grAce du Sacrement de Pénitence, peut retomber dans le péché, parce que l'absolution ne Ta pas rendu impeccable. Lorsqu^un pénitent, après s'être confessé , ne fait que de légers efforts pour se corriger, qu'il retombe fréquemmen t , en peu de temps , dans les mêmes péchés,un confes» seur asujet de craindre qu'il ne soit pas véritablement converti. C^est pourquoi les Pères ont dit que l;i pénitence est fausse, lorsqu'on ne voit point d'amendement dam le pécheur: ubi emendatio nuUa^ pœnitentim nulUu Et le concile de Trente déclare ( Sess. 1 4« cap. 4* de PœnitJ) que la contrition nécessaire pour obtenir h rémission des péchés , comprend la cessation du pt-

cké

DB PiNITENCE. ^oS

chéy la résolution et le commencement d^une vie nou^» velle^ et la haine de la vie passée.

La prudence demande ^ non-seulement que le con* fesseur oblige ses pénitens à renoncer à leurs mauvaises habitudes, mais aussi qu^il leur fournisse le moyen de les détruire autant quil est possible , parce que, sans cette précaution , ils ne manqueront pas de retomber dans les mêmes péchés , comme on le remarque tous les jours par une fimeste expérience. Il est donc nécessaire que les confesseurs soient bien instruits de la nature des mauvaises habitudes , des différentes dispositions avec lesquelles ceux quiy sont sujets vienneuC s^en confesser, et de la manière de les bien conduire.

Il ne faut pas toujours croire que Ton n'ait Thabitude du péché, que quand on le commet souvent : car on peut être aans i habitude du péché, quoiqu^on ne le commette que dans certaines rencontres rares* Ce qui peut faire connoitre que Thabitude de ces sortes àe péchés est formée, c'est quand ceux qui les commettent, s jr portent d'eux-mêmes dans l'occasion, malgré la ràoluûon qu'ils avoient prise de ne les plus commettre.

L^habitude du péché est bien plus forte dans les uns aue dans les autres ^ et , à proportion qu'elle est plus rorte , elle fait penser plus souvent et avec plus de plaisir au péché; elle porte à rechercher et à em-« brasser avec plus d'affection les occasions de le commettre ; elle diminue aussi l'idée de l'éuormité du péché, et endurcit le cœur de telle manière , qu'il s'en trouve qui pèchent sans aucun remords , et qui ne regardent plus comme péchés de très-grands crimes qu'ils évitoient auparavant avec horreur.

On doit regarder comme étant dans l'habitude du péché, ceux qui le commettent souvent de leur propre volonté et avec plaisir ^ ceux qui se portent avec faci-^ Iké à le commettre toutes les fois que l'occasion s'ea présente, quoiqu'elle n'arrive pas souvent; ceuxcnflu^ qui , n'ayant pas tout ce qu'il faut poor commettre le Tome I. Yy

fjo8 Du Sacrement

pas la longueur du temps qui doit fixer le moment auquel on doit absoudre un pécheur, mais sa conversion. Saint Charles Borromée dit qu^on doit différer Tabsolulion à ceux de qui on a lieu de juger probablement qu^ils ne quitteront pas le péché, quelque promesse qu^ils puissent en faire , jusqu'à ce qu'on voie évidemment qu'ils se sont corrigés : donec eyidens appareat emendatio.

Il faut régulièrement que le délai de labsolution soit Bssez long , pour que le pénitent puisse se trouver dans la conjoncture où il a coutume de pécher, et qu^il ait occasion de résister à son mauvais penchant, lorsqu'il se fera sentir: car sans cela le délai de Tabsolution ne serviroit pas à l'éprouver, puisque Tépreuve ne peut se faire qu'au moment de la tentation.

L'habitude ne se fait pas toujours sentir \ elle est souvent long-temps comme endormie, et ne se réveille que dans certaines conjonctures et dans certains temps, où elle fait penser au péché , où elle sollicite et presse le cœur d'y donner son consentement. C^est-Ià le mcH meut d'épreuve dans lequel seul on peut connoitre si les pécheurs ont un ferme propos de ne plus pécher: car, s'ils ont ce ferme propos, ils résistent à la tentation^ mais s'ils ne résistent pas, c'est une marque que le cœur n^est pas bien converti.

Lors donc qu^un pénitent s^accuse de quelque pécbé d'habitude qu'il n'a coutume de commettre que dans certains temps , ou dans une conjoncture qii^il ne ren-* contre pas souvent, il faut lui différer l'absolution jusqu*à ce que ce temps ou cette conjoncture se soit présentée, pour voir s'il résistera. S'il n'est pas possible d'attendre si long-temps, il faut au moins prendre le temps né* cessaire pour éprouver la sincérité de ses résolutions et de ses promesses, en lui prescrivant des actes contraires à sa mauvaise habitude, certaines pratiques propres à lui servir de précautions pour la faire cesser, et de remèdes contre le péché \ en Tobligeanl pen-

DE PÉWITENCE. 70g

]ant le délai de l'absolution , à faire souvent des actes le contrition pour les péchés que cette habitude lui I fait commettre, et des fermes propos de ny plus4*e-« omber , et de prendre les moyens nécessaires pour les fviter. On connoitra la vérité de ses dispositions et le son amendement , à la fidélité avec laquelle il suivra out ce qui lui sera prescrit , au soin qu'il aura eu le demander à Dieu la contrition et le changement le son cœur , et aux œuvres de pénitence et de morûficatiou dont il se sera lui-même imposé la pratiquet pour obtenir cette grâce du Seigneur.

Il faut de plus fortes épreuves à ceux que l'habitude !ait tomber plus souvent dans le péché, parce qu'elle M plus difficile à détruire. Quand le tempérament laturel porte au péché auquel les pénitens se sont accou* .umés, rhabituae est aussi plus difficile à déraciner. [Test ce qui fait qu^il y en a qu'on ne peut corriger de (certains péchés, que par l'entrée en Religion, un entier floignement de toutes les choses qui peuvent irriter leur passion, et par des remèdes extraordinaires. Des moyens ordinaires ne suffisent point contre des maux invétérés et de fréquentes rechutes^ alors c'est une né^ cessité de redoubler les remèdes.

Lorsqu'on voit que les pénitens ont besoin d^un long lélai pour se corriger, il ne faut pas pour cela les ren* iroyer pour beaucoup de temps à la fois, ni même leur lire d'abord qu'il leur faut une longue épreuve ^ mais il faut leur clonner un terme court pour revenir se confesser , huit jours , par exemple , à ceux qui sont accoutumés à pécher tous les jours , parce qu'ils ont dUns cet espace de temps occasion de s'éprouver ; quinze jours à ceux qui pèchent plus rarement. S^il se trouve qpi'à leur retour ils ne soient point retombés, il faut examiner si l'occasion s'est présentée , si les tentations intérieures, qui avoient coutume de les faire pécher | sont revenues ^ afin de juger s'ils ont été à l'épreuve et s^ils ont résisté. S'ils ne se corrigent pas, il raut prier

Yy 3

•^10 Du Sacrement

beaucoup pour eux, les exhorter à demander instamment à Dieu 1 esprit de pénitence, en faisant à cette intention des aumônes, des jeûnes^ des prières, des mortiâcalions et d'autres bonnes œuvres qu'ils se prescriront eux-mêmes, outre la pénitence que leur aura ordonnée le confesseur. Il faut encore les exhorter à réfléchir sur leurs fins dernières , sur les motifs de pénitence , sur tous ceux que la foi nous enseigne et qu'on leur aura proposés de five voix^ à lire, s'ils le savent, quelque bon livre, et à venir se confesser le plus souvent qu'il sera possible, pour être de plus en plus excités à se convertir.

L'expérience apprend qu'un grand nombre de pécheurs d'habitude s'abstiennent de retomber dans leurs péchés ordinaires , non-seulement pendant quelques semaines, mais aussi pendant plusieurs mois, parle seul désir d'avoir labsolution qu'on leur diflère , et

3ue , pendant ce temps, ils ne laissent pas de conserver ans leur cœur un dessein très-réel de retourner aux mêmes péchés , après avoir reçu labsolution. Us se trompent souvent eux— mêmes sur leurs propres dispositions, croyant haïr le péché qu'ils ne haïssent pas, et être résoins de faire, pour le fuir, ce qu'ils n'ont pas dessein d'accomplir ^ ce qui n'est qu'un effet du désir de l'absolution. Il peut arriver aussi que le confesseur les ait convaincus de la nécessité où ils sont de renoocer au péché : frappés de ces raisons , ils n'ont ce renoncement que dans l'esprit , et ils croient l'avoir dans le cœnr. Yoilacequi est la cause! des rechutes que font les pécheurs d'habitude, après avoir reçu l'absolution. Leur conversion n'ayant été que superficielle, et le plus souvent en vue d'avoir l'absolution, ils s'embarrassent peu de garder leurs résolutions. D'où il arrive qu'après pi usieius épreuves, ils ne mèneqt pas une meilleure vie. Les confesseurs qui désirent les faire entrer dans la voie du salut, doivent y faire grande attention, de peur d'y être trompés , et de laisser ces péniteus dans l'état de

DE Pénitence. «711

perdition, aa lieu de les en retirer, en les obligeant à se convertir de tout leur cœur, comme Dieu le demande.

Saint François de Sales enseigne que, pour convertir les pécheurs d'habitude, il faut commencer par faire en sorte qu'ils ne commettent pins les mêmes péchés : quand on est parvenu à ce premier point, il faut venir au second, qui est de purger leur cœur de raifeciion i ces péchés. Car un pécheur d'habitude a de famour pour le péché ^ et , quoiqu'il s'abstienne de le commettre par Favis d'un confesseur.il lui reste encore, à cet égard, un fond d'affection; d'où il arrive que, quand il y pense, il sent en lui-même une certaine complaisance pour ce péché, et un certain penchant pour le commettre, et qu'il TOudroit bien le faire , s'il lui étoit permis. Ce penchant le sollicite en toute occasion à retomber ^ et lui fait imaginer un grand plaisir dans le crime. Si Ton ne détruit ce mauvais penchant, il ne manquera pas de remporter sur les résolutions de ne plus pécher. C'e^t une mauvaise racine qui pousse toujours de mauvais rejetons, à moins qu'on ne l'arrache entièrement. C'est à quoi un grand nombre de confesseurs ne s'appliquent pas assez, se contentant de mettre les pénitens en état de recevoir l'absolution , sans penser au moyen de les préserver de la rechute , dont le plus important est d'afToiblir et de détruire lé mauvais penchant qu'ils ont contracté en péchant.

Saint François de Sales dit encore, que ce mauvais penchant ou TafFection au péché ne se aéiruit que par une "vwe et for te appréhension du grand mal que le péché nous apporte , par le moyen de laquelle nous concevons une profonde et véhémente contrition. Et ensuite il ajoute que, pour bien concevoir le grand mal que le péché nous cause, etenexciterlahaine dans nos cœurs , il faut méditer sérieusement sur Us principales vérités du salut; tels que sont la fui pour laquelle Dieu nous a créés et mis au monde , les bienfaits que nous avons reçus de lui , les effets du péché par rapport à

Yv 4

1^1 a Du SACKElfCHT

Dieu et à noas , les quatre fins dernières ^ savoir : ht mort, le jugement, le paradis et l'enfer.

Quand les péniteus savent lire, il faut les obliger k lire ces Tprilés dans quelque bon livre de piété, et ij faire de sérieuses réflexions. Quand ib ne savent pas lire il faut que le confesseur les leur propose de vive voix^ €1 les en instruise^ leur enjoignant dy penser et d'y réfléchir le plus qu'il leur sera possible , et de venir souvent se confesser , afin qu^il puisse les leur inculquer plus fortement. L'affection au péché étant un penchant du cœur, il faut, pour le détruire, que Fesprit fasse de sérieuses considérations sur ce qui peut exciter dam le cœur Ihorreur et Ta version du péché.

Un confesseur qui veut remplir exactement ses obligalions , ne doit jamais renvoyer aucun pénitent j quelque peu soumis qu^il soit à ses avis \ mab il doii, à l'exemple de .Tésus-Christ , ne se point ennuyer de lui représenter Tétai malheureux où il est , et Texhortcr à en sortir. S'il ne gagne rien un jour, il pourra mieux réussir une autre fois ; et la patience qu'il pratiquera envers un pénitent aveuglé et endurci , sera très^agréable à Dieu. Quand donc un pécheur d'habitude ne se corrige point , ou que celui qui est dans l'occasion prochaine ne veut pas en sortir , il faut bien leur faire entendre qu'ils ne sont pas disposés à recevoir l'absolution ; qu en Ja leur donnant , on se rendroit coupable aussi bien qu'eux de la profanation du Sacrement, et que leurs péchés ne seroient point effacés ^ enfin , qu'ib ne peuvent jamais se réconcilier avec Dieu , à moins qu'ils ne renoncent pour toujours au péché. Toutes les fois qu'ils viennent , il faut leur répéter les rootife que la foi fournit pour nous détacher du péché , et user envers eux de patience et de charité , comme envers des malades qui seroient dans le plus grand danger.

Quand un pénitent a quitté une mauvaise hab itude, il peut faire deux sortes de rechutes: Tune seulemeDt dans le péché mortel ^ lorsqu'aus&itôt après qu'il y est

DB Pénitence. ^tS

retombé , il s^en repent , il évite les occasions ^ et s^abstient d y retomber davantage ^ Tautre dans Thabitude j lorsqu'il s'afTectionne de nouveau au pëché^et que, sans eu avoir que delégers remords, il s y laisse aller comme auparavant dans toutes les occasions qui s'^en présentent. Ceux qui sont retombés dans l*habitude, doivent £tre éprouvés de nouveau , et même plus long-temps qu^auparavant. A Tégard de ceux qui sont tombés seulement dans le péché mortel , il faut examiner comment ils y sont tombés^ lorsque c'est par promptitude, par

Sure inadvertance, par surprise , faute de quelque ré-exion , ou par foiblesse , c'est-à-dire, par la violence d'une tentation contre laquelle ils ont combattu pendant quelque temps, il faut être plus facile à leur accorder 1 absolution. Mais s*ils ont embrassé l'occasion avecconnoissance , avec facilité et plaisir , k moins que , depuis qu'ils sont tombés, ils n'aient évité ou surmonté quel-qu'autre tentation semblable, qu'ils n'aient pris d'euxmêmes desprécautions et desmoyenspropresà empêcher d'autres rechutes à l'avenir, à montrer lasincérité de leur repentir , et de la résolution où ils sont de réparer leur péché et de veiller plus exactement sur eux-mêmes , il y a lieu de craindre que le cœur ne soit encore attacha au péché ^ ainsi ils ont besoin d épreuve pour recon— noître leurs véritables dispositions.

LfOrsqu^après les épreuves on donne l'absolution aux pécheurs d*habitude, il est quelquefois utile de leur défènare de communier jusqu'à un certain temps, pendant lequel ils se confesseront souvent. Cela servira à les entretenir dans les sentimens d'humilité , à les affermir dans leurs bonnes résolutions , et à leur inspirer plus de respect pour la sainte communion.

Nous avons dit au ordinairement on doit différer Tabsolution aux pécheurs d'habitude, parce qu'il y a certains cas dans lesquels il est permis ae les absoudre sans délai.

Le premier ^ est Farticle ou le péril probable de la

^i4 Du Sackem^nt

mort ^ parce que, dans ce cas, lorsqu^on nepeùt'prendre toutes les mesures pour s'^assurer de la conversion des pêcheurs , oh peut les absoudre sur des marques douteuses de coD tri lion.

Le second est , quand un pénitent a vécu danslliabîtude du péché par ignorance, et qu^ayant connu son péché , il en témoigne un sincère regret , et prend les meilleurs moyens pour n'y plus rtetomber.

Le troisième est , quand les péuitens donnent des marques extraordinaires d'une vraie coutrition et d'un sincère amendement ^ par exemple, lorsque ceux qui ont vécu long-lemps dans des pratiques pleines d'injustice, réparent tout le tort qu'ils ont fait au prochain, comme fil Zachée^ lorsque ceux qui étoientdans des occasions difficiles à quitter, rompent généreusement toutes lès liaisons criminelles, et renoncent i tout ce qui les retenoit dans l'habitude du crime; lorsque, pour éviter la rechute , ils quittent une profession honorable ou lucrative; ou enfin lorsqu'ils embrassent im état nouveau, comme la Religion, le mariage, etc. dans la vue de faire leur salut; et qu'on voit qu'ils trouveront dans ce changement des moyens de ne plus retomber.

Le quatrième est , qnand le pénitent, ayant renoncé à ses péchés d'habitude, s'est éprouvé de lui-même pendant un temps suffisant, a quitté toutes les occasions prochaines , a déjà commencé à mener une vie réglée; quand il donne de grandes marques de contrition ; quand il a fait de lui-même des efforts pour sortir de son mauvais état, des actes contraires au péché auquel il est habitué; lorsqu^il a pratiqué, pour se corriger, certaines bonnes œuvres , qu'il a commencé à s'exercera des pratiques de pénitence, et que l'habitude est déjà tout-à-fait ôtée , ou beaucoup diminuée.

• C'est selon ces principes , que , dans les missions et dans les pèlerinages, on a coutume d'absoudre plus facilement les pécheurs d'habitude sur la promesse q»'i^

DE Pénitence. ^iS

font de se corriger \ parce que les missionnaires ne demeurant pas long-temps dans ie lieu où se fait la mis-* sion, ni les pèlerins dans le lieu de leur pèlerinage , les pénitens n'auroient point Tabsolution, siTon aitendoit davantage. On ne doit cependant pas la leur donner ^ si on ne les trouve pas suflisammeot disposes pour la recevoir. On juge de ces dispositions ^ par les circons-tances particulières qui accompagnent les missions ec les pèlerinages^ par exemple, si, pendant un temps assez considérable avant la mission et le pèlerinage , ils ont fait des efforts pour se corriger 3 s'ils ont commencé d'eux-mêmes à s'exercer dans des œuvres de pénitence, pour se préparer à recevoir l'absolution à la mission , ou dans le lieu du pèlerinage.

Les principaux qdoyens que les confesseurs doivent recommander anx pécheurs d'habitude, pour se corriger et ne plus retomber, sont de recourir à la prière \ d« fuir les occasions du péché \ d'éviter l'oisiveté : de veiller à la g'^rde de leurs sens^ d'approcher souvent du Sacrement de Pénitence , de résister aux tentations ; de faire des œuvres de pénitence , comme le jeûne , Taumone^ de pratiquer différens exercices de mortification selon l'état des personnes, et sur-tout ceux qui sont contraires aux vices qui les dominent; de faire de fréquens actes de vertu contraires aux dérèglemens auxquels ib sont sujets^ de suivre les avis qu'ils reçoivent en se confessant; de faire chaque jour exactement l'examen de leur conscience ; et, toutes les fois qu'ils rec(5n- Doissent que la mauvaise habitude lésa fait tomber, de s'imposer eux-mêmes une pénitence qu'ils accompliront sur-le-champ. Il est encore très-utile d'engager le pé— ehéur d'habitude, non-seulement à se confesser souvent,' Hiais encore, lorsqu'il retombera dans son péché, à le déclarer, s'il le peut, le même jour ou le lendemain à son confesseur, ou au moins le premier jour de fête suivant.

^i6 Du Sacrement

De V Occasion prochaine du péché mortel.

vJs doit refuser Tabsolution à ceux qui sont dam Foc* casioD procLaiue du péché mortel ^ en gardant les pn-^ cautious que nous allons expliquer.

On appelle occasion prochaiue du pëché mortdi tout ce qui expose au danger moral ou probable àt pécher mortelli'roent. Il y a des occasions prochaines qui porieut au péché mortel par elles-mêmes et deleiff nature, comme its professions de comédiens, faroeoi3| et tous les arts et métiers qui par eux-mêmes ocoh* sionent ou facilitent le mal ^ la lecture des maoïatt livres qui contiennent des choses contraires à la finoa aux bonnes mœurs ^ les mauvais conseils 9 les mauvais exemples^ les chansons et et les discours libres^ la &miliarité avec des personnes d'une vie déréglée ^ la fréquentation des lieux de débauche \ les entretiens renn plis d'erreurs et de mauvaises maximes; la fréquentation trop familière et ordinaire des personnes de difiëreot sexe , pour lesquelles on ressent une inclination particulière, et sur-teut de celles avec lesquelles on a péché, la demeure sous un même toit avec une personne avec laauelleon a offensé ou Ton offense Dieu ^ Tassistanœ at bal , aux comédies, à lopéra, et à tous les spectacles que peuvent représenter les bateleurs et gens de même espèce, qui montentsur le théâtre, pour le divertissement du public; les nudités dans les figures ou les peintures, le jeu immodéré , etc.

Il y a des occasions prochaines du péché mortel, qui n'y portent qu^à raison de la foiblesse ou des mauvaises dispositions, soit naturelles, soit contractées par Fhabi* tude de certaines personnes, qui, s y trouvant exposées,

Êèchent ordinairement , quoique ces occasions soient onnes, ou du moins indifférentes d'elles-mêmes. Par exemple, un juge qui ne sait ou ne peut pas rendre

DE Pénitence. •717

jastice à cause de son ignorance, de sa timidité, de son peu de fermeté, est dans Toccasion prochaine dépêché^ s^il ne quitte sa charge. Une personne qui ne peut s« trouver dans des compagnies, d'ailleurs honnêtes, sans offenser Dieu , tant elle est fbible , est dans Foccasion prochaine du péché, lorsqu'elle fréquente ces compagnies* Le négoce, la profession de banquier, sont une occasion prochaine de péché pour plusieurs qui ne peuvent, par la mauvaise disposition de leur cœur^ exercer ces professions, sans commettre des usures, des mensonges, des injustices ou d'autres péchés. Les repas sont une occasion prochaine dépêché, pour ceux qui sont sujets à Tivrognerie ] le jeu, pour ceux qui sont sujets à y jurer, blasphémer, tromper ou quereller. L'expérience du passé, qui fait connoitre que telles occasions ont toujours ou souvent fait pécher ces personnes^ est un juste fondement pour juger que, persévérant dans les mêmes occasions , elles retomberont dans les mêmes péchés.

Il est sans doute qu'on ne peut absoudre ceux qui exercent des professions mauvaises de leur nature, jusqu'à ce qu'iby aient renoncé. Quant à l'occasion prochaine qui porte au péché parelle-même, on ne peut point ordinal^ rement absoudre le pénitent lorsqu'elle est présente, s'il peut la quitter, qu'il ne Tait quittée effectivement. Nous disons ordinairement^ pour en excepter le cas d'extrémité oii le pénitent, près d'expirer, seroithors d'état de seséparer de celte occasion avant que derecevoir Pabsolulîon. Alors le confesseur doit se contenter de s'assurer de sa contrition , autant qu'on peut le faire en pareille circonstance. Si l'occasion n'est présente au pénitent qu'autant qu'il s'y expose 5 par exemple, s'il s'agit de lectures de mauvais livres, de fréquentation de mou— vaises compagnies ,elc. le confesseur suivra à son égard,

Î)Our Tabsolution, les règles prescrites ci-dessus pour es cas d'habitude.

Ceux qui ne veulent point quitter toutes ces occa«-

1^1 8 Du SACKCMEirr

sions prochaines , ne doivent point être crus, quand îfa promettent de ne plus pécher : Toccasion prochaine du péché étant la cause des rechutes, vouloir y demeurer, c'est manifestement vouloir continuer à vivre dans le péché , quelque résolution que l'on s'imagine avoir de n'y plus retomber. Il est du devoir du confesseur de f^ire sortir un pénitent^ non-seukment de Tétai da péché , mais encore du danger d y retomber.

Si le pénitent s'excuse sur des raisons de bienséance, de nécessité , de besoin , pour refuser de quitter Toccasiou du péché dont il peut se séparer, il faut lui représenter Tobligation indispensable où il est d^éviter et de quitter les occasions du péché, quelque grand que soit le mal temporel que puisse causer la séparation de ces occasions ^ quelque sensible que puisse être la douleur qu'il en doit ressentir ^ de quelque nature et de quelque espèce qu'elles soient^ quelque utiles qu'elles puissent être pour la vie présente et pour toutes les autres choses qui y ont quelque rapport. II faut lui inculquer avec force ces paroles de Jésus-Christ {Marc^g. 4^*~46)**^' "votre pied^ votre main^ ou votre œil vous sont une occasion de péché^ coupez-^leSy arrachez-les ^ et jetez* les loin de vous y pour nous apprendre q^^'il faut nous séparer de tout ce qui nous porte à offenser Dieu, quand il nous seroit aussi cher , aussi utile, aussi nécessaire que l'œil , la main et le pied. Ce n'est point assez qn'on promette d'en éloigner de son cœur le souvenir : erue eum^ et projice abs te. Le Confesseur doit donc demeurer ferme à refuser l'absolution au pénitent qui refuse de quitter l'occasion prochaine dti péché mortel^ et même , quand il la quitteroit , il faudroit l'éprouver quelque temps ^ s'il y avoit lieu de craindre qu'il ne la reprh.

Si l'occasion prochaine est présente, mais qu'il soit ph)^siquement impossible au pénitent de la quitter, comme il arriveroit si le pénitent péchoit avec un autre qui seroit enfermé dans la même chambre d'une pri-

D£ PéKITEIfCE. 719

son que lui; s'il étoit assez corrompu pour ètreà lui-même une occasion prochaine de péché; alors on ne doil point l'absoudre , qu'il ne se soit abstenu du péché pendant un temps notable; quil n ait surmonté la force de la mauvaise habitude; et que^ par un véritable changement de vie, il n'ait rendu Toccaslon éloignée, de prochaine qu'elle étoit, etnes'en soit séparé de cœur et sincèrement.

Si l'occasion est présente , mais que le pénitent ne puisse moralement la quitter, c'est-à-dire, sans scandale ou sans s'exposer à un grand péril ou à un dommage temporel considérable, comme si un frère péchoit avec sa sœur; si des personnes obligées de vivre ensemble ^ retournoient souvent à des désordres que le monde appelle des fragilités, et que l'Evangile nomme des abominations : pour lors le confesseur doit prescrire les remèdes et les préservatifs qu'il jugera les plus convenables ,défeudant^ par exemple, à un pénitent de se trouver seul avec la personne qui le fait pécht:r , lui ordonnant certaines prières , des mortifications de la chair, et sur-tout de se confesser souvent: la nécessité morale où se trouvent alors des péniteus , de marcher toujours sur le bord du précipice , les oblige à beaucoup plus qu'on ne leur demandcroit , s'il leur étoit libre de se mettre à couvert du danger. Ainsi des pratiques de piété qui ne seroient que des conseils pour d'autres, se changent en préceptes à leur égard. C'est au confesseur de régler ces pratiques sur la nature du péril. Mais il doit toujours se souvenir de différer de lès absoudre, jusqu'à ce qu'ils aient donné des preuves moralement certaines d'un véritable amendement.

Si cependant le confesseur ne peut différer alors un

J)énitent, sans le mettre en danger d'infamie ; et si d'aiU eurs il découvre en lui des marques extraordinaires d^une sincère et souveraine douJeur , et un grand empressement à recevoir les remèdes nécessaires pour se corriger et se soutenir contre l'occasion , il pourra , dit saint Charles, aprè$ les lui avoir indiqués et près-;-

ij^o Du Sachemeiit

critS) Tabsoudre pour cette fois. Le même saint déàà$

3ue, si après cette diligeoce du confesseur aduei, on 'un autre avant lui^ le pénitent ne s^est point corr^ on ne doit pas lui donner Tabsolution, jusqu'à ce fjou se soit effectivement séparé de foccasion.

Il est à remarquer que Thabitude du pëché est soa* vent jointe à l'occasion prochaine du péché; et que par conséquent celui qui j est engagé a , pour rordmamei en même temps deux choses qui le portent au pécbé| savoir^ loccasiou et Thabitude. C^est pourquoi ceui qui sont dans des occasions prochaines qui nese peuvenlôter, sont bien plus difficiles à corriger, et retombent bien plui facilement que ceux qui se séparent de roccasion. ninà il faut les éprouver et les affermir davantage, avant qœ de leur donner Tabsolution. Comme Thabitude oobh mence et s'entretient souvent par Toccasion . Thabitiidf reste sans force et se détruit bientôt quana Foccasioa est ôtée. Au contraire l'occasion qui reste , réveille et ranime l'habitude en toutes rencontres , et est cause des rechutes que l'on fait après les meilleures résoIuti<mSi En différant l'absolution à ceux qui sont dans do occasions qui ne se peuvent quitter, il faut leur ordonner de les éviter le plus qu'il leur sera possible, et de se prémunir soigneusement contr'elles, lorsqu'ils prévoiront qu'elles devront se rencontrer. S'ils se servent avec succès des moyens qu'on leur aura enseignés pour éviter la rechute, et qu'on les voie dans une ferme résolution de continuer toujours à s^en servir , on pourra leur donner Fabsolution , ainsi que nous Favons dfji dit, après une épreuve raisonnable ; s'ils négligent oe s^eu servir, ou qu'ils le fassent lâchement et sans effet, on ne peut les absoudre , parce qu'il est clair qolb n^ont point de ferme propos. Si l'on voit quelque amendement , il faut les animer à se corriger toujours de plus en plus^ et on ne doit point leur accorder l'absolutiooi qu'on ne soit moralement assuré de la sincérité de leur

conversion et de leiu: changement. L^expérienoe ap*

preod

DE PéNITEîfCE. ^11

Erend que ceux qui oui renoucé à une mauvaise Laitude^ persévèrent plus ordinairemenl que cenx qui ont surmonté Toccasion à laquelle ils sont exposés ^ et que^^pour s^assurer de la persévérance de celui qui €st exposé à une occasion qtjM ne peut reirai!cber, il faut plus d'épreuve que pour cehii qui étoil dans la plus forte et la plus ancienne habitude.

Si l'occasion n'eslni pressante, ni pré>en(o, mais du nombre de celles que le pénitent est obligé de cbcr— cher hors de lui et de sa maison , on peut quelquefois le traiter avec un peu plus d'indulgence^ et fabsoudre, s'il n'a contracté aucune mauvaise habitude ^^ et s'il paroit sincèrement détaché de celte occasion ^ mais^ s'il avoit déjà promis de la quitter^ et qu'il ne l'eûc pas fait, il faudroit lui diiftfrer rabsolution, jusqu'à ce qu'on eût des preuves moralement certaines de soa changement.

Il ne faut pas attendre que les péuitens soient tombés dans le péché ^ pour leur ôter les choses qui y f>orteut d'elles-mêmes, comme les romans, et tous les ivres qui contiennent des choses contre la foi et les bonnes mœurs ^ les tableaux immodestes, les mauvaises compagnies , les comédies et autres spectacles dangereux, etc. Ceux qui diroient que ces sortes de choses ne les ft)nt pas pécher , ne doivent pas être ^coutés^ puisqu'il y a péché à s'exposer volontairement au périt qui se trouve dans ces occasions. D'ailleurs, si l'on examine bien ceux qui parlent de la sorte , oa trouvera que ce n'est q^ie l'endurcissement de leur cœur qui les empêche de seutir Tapprubaiion qn ils donnent à mille mauvaises idées qui se présentent à eux dans ces rencontres, et aux mauvaises impressions de différentes passions déré<;lées qui s'excitent dans leur cœur, et se feroient apercevoir, s'ils uy éloient pas endurcis^ en sorte qu'ils sont ordinairement très— coupables sans le savoir. Le seul moven de les éclairer lur les désordres de leur vie, c'est de les faire reuoucâc Tome L X «

^22 Du Sacremeut

à toutes les occasions dangereuses : ils n*en seront pal long temps dehors, qu'ils i econnoitront ravenglemeot dans lequel ils ont vécu. C'est ce que rexpërience apprend tous les jours à ceux qui y font atleotion.

A regard des occasions qui ne portent au péché ^u'à raison de la foiblesse ou mauvaise disposition de certaines personnes qui sy trouvent exposées, il &ut agir de la même manière à peu près qu'avec les pénitens qui sont dans l'occasion prochaine par ellemême \ parce que ces deux sortes d'occasions sont également dangereuses pour ceux qui y sont exposa

Nous avons dit qu'il faut traiter ces pénitens de la même manière à peu près , que ceux qui sont dans une occasion prochaine par elle-même^ parce qu'il/ a dans la pratique deux différences à faire entre la occasions qui, de leur nature^ portent au péché, et cella qui ny portent que y^r/racciVferzf, et à cause de la maovaise disposition particulière de ceux qui se trouvent dans ces sortes d'occasions. La première différence, c'est que certaines occasions de péché ^ par accident^ oe sont pas censées occasions /^roc/rm/ie^, au and, étaot dans ces occasions , on n'est tombé que deux ou trois fois seulement. Un avocat , par exemple , n'est pis censé être dans l'occasion prochaine de péché , quand il continue dans sa profession , où deux ou trois fuis seulement il a plaidé des causes qu'il croyoit injustes.

Au contraire, les occasions qui, par elles— mêmes et de leur nature, portent au péché, sont censées occasions prochaines , quand , étant dans ces occasions} on est tombé, même une seule fois ^ si , par exemple^ une personne commet un crime d'impureté avec une autre qui demeure dans la même maison , ce seul acte consommé fait que la maison dans laquelle se trouvent ces personnes, leur est à toutes les deux une occasion prochaine de péché mortel.

La seconde différence qui se trouve entre les deut espèces d'occasions dont il s'agit , c'est que roccasion/N^

DR Pénitence. '723

accident^ quoique prochaine, ne doit pas être quîtlée*

1. Lorsqu'en quittant une occasion de celte nature ^ on tomberoii dans un plus grand péril. Un domestique y par exemple^ est au service d'une sainte et honnête famille, les domestiques qui demeurent avec lui sept patiens et vertueux ^ cependant il est toujours prêt à s'emporter d'une mauière violente, et il s emporte effectivement très-souvent avec un grand excès. S'^il quittoit pour cela cette maison, il courroit risque de tomber dans de plus grands excès de colète, s^il étoit par-là dans la nécessité de se mettre au service d'autres maîtres moins vertueux, et de vivre avec d'autres domestiques moins modérés que ceux avec lesquels il vit actuellement.

2. L\)ccaisiou par accident^ quoique prochaine, ne doit pas être quittée ^ quand on n£ le peut faire sans violer en matière importante un autre commandement. Une femme, par exemple , est si peu maîtresse d'elle* même , qu'elle se laisse aller à des colères très-violente$ et très-criminelles , pour les moindres défauts de son mari ou de ses enfaus ^ elle ne doit pas pour cela cesser de demeurer avec eux, et les abandonner^ il fauC que, restant dans son état, elle travaille sérieusement à se corriger eu se faisant violence, en priant et ea pratiquant lesautres remèdes qui lui seront prescrits par un confesseur éclairé et prudent.

Si le pénitent ne peut quitter l'occasion prochaine par accident ^son emploi, par exemple^ sa condition^ son odice, sans porter un grand préjudice à ses affaires tcmporelles,leconfesseur peut l'y soufTrirpendantquelque temps pendant lequel il doit l'éprouver, avant que de lui donner l'absolution. La raison est, qu'avec le secours dé la prière, des aumônes, des avis du directeur, des instructions des personnes intelligentes, celui qui of— fensoitDieu mortellement dans tel ou tel emploi, peut se corriger et cesser de l'offenser^ et par-là cet emploi cessera de lui être une occasion prochaine de péch4>

^24 Du Sàckemewt

Mais si le pénitent^ après plusieurs épreuves , ne se corrige poiut^ si le négoce^ par exemple , lui est encore uae occasion prochaine d'injustices • de fraudes , de parjures, le coufesseur ne doit point l'absoudre qu*il ne lait eflfectivemeiU quitté , parce que, dans ces cas, il est moralement certain que ce pénitent retombent dans les mêmes péchés mortels qu'auparavant.

Ou doit être attentif à éviter de tomber dans Terreur où sont quelques directeurs sur l'occasion prochaine. Ils mesureut le péril de la rechute , non par IViat ordinaire du pécheur^ comme ils devroient le faire; mais par fétat où il se trouve actuellement , ou il est saisi ae respect à la vue du sacré tribunal , où la passion est comme morte, et les objets qui Tex* citent sont comme s'ils n'étoient pas, ou il a l'esprit occupé de pensées de salut et le cœur rempli de saints désirs. Conclure de cette disposition actuelle du pé* nitent, qu'il n'y a plus de danger à craindre, c'est se tromper grossièrement. On peut bien juger de la re* solution de quitter le péché par le présent^ mais da péril d'y retomber, on doit en ju^er par le passé. Il faut appliquer cette règle à l'habitude comme à Tocca*sion prochaine.

De la Comédie.

J^ OTJs avons dît ci-dessus, qu'on doit regarder comme occasion prochaine de pécné mortel, l'assistance â la comédie, k Topera et à tous les spectacles que repré* sentent les comédiens et les bateleurs , et , sans aucune distinction^ tous ceux de même espèce qui montent sur le tuéâtre pour le divertissement public.

Il est important que les confesseurs lisent avec attention plusieurs excellens traités qui ont été publiés cotitre les spectacles , pour apprendre aux pénilens ce qu'ils^» doivent penser , et pour désabuser une infinité de per*

DE PÉKITBHCI, >*f35

sonnes qui panstnt que Tusage des spectacles est permis^ en sorte que cette erreur est devenue presque générale parmi les {^ens du monde, toujours aisés à tromper sur ce qui les flatte.

Les confesbcurs doivent donc dire à ceux qui vont h la comédie et aux autres spectacles, que plusieurs conciles U*& ont condamnes ^ qu'un concile de Tours a donné pour raison de la défense qu'il faisoit d'y assister , que, par les spectacles^ une multitude de vices entrent ordinairement dans tdme* Que si Ton consulte les saints Pères, Ton verra, dans leurs ouvrages^ le théâtre condamné dans les termes les plus ions ; qu'ils ont dit que l'Ecriture sainte proscrit les spectacles, en condamnant la concupiscence du siècle ; que toutes les maximes de TEvangile sont entièrement oppo* sées aux sentimcus qu'inspirent les spectacles^ qu'il est impossible, en allant aux spectacles, de conserver TEsprit saint. Esprit de paix, d'union, de tranquillité, qui s^éleint en nous à mesure que les passions s'^ allument ^ qu'on ne peut offrir à Dieu tout ce qui s'y fait^ que c'est là où l'âme, séduite par le plaisir, n'entend presque \a* mais que des leçons d'une morale toute païenne ou impudique^ qu'un des grands scandales des spectacles est que les hommes et les femmes y sont ensemble avec tout 1 ajustement possible, qu'ils cherchent à y voir et à être vus ; que les regards, les discours réciproques , l'approbation qu'ils donnent d'une conjmune voix aux comédiens, et la joie qu'il:» ont de se reuccMitrer dans les mêmes sentimons, sont comme autant d'étincelles qui .augmentent le feu dont ils brûlent; que les spectacles font croître Ips vices, et corrompent les Ci^priis ; que c'est sur le théâtre que les comédiens cherchent à émouvoir les passions de? autres , en feignant de les avoir eux-mêmes, qu'on ne peut cire insensible aux spectacles, parce qti'on ne va pas chercher le plaisir, sans Taimer^ que cet amour expose à des chutes, et ces cbuiis irritent et augmeuteni la passion; que la comédie

Zz 3

>j26 Du Sacrement

est le consistoire de timpudicité ^ une école d^*mpnre!é et de libertinage , une assemblée honteuse et pleine d^iniquîté ^ une peste que le démon a fait succéder à ridolàtrie \ que ceux qui assistent à la comédie ^ sont en quelque manière plus coupables que les comédiens xnême^ parce qu'en les autorisant, par leur présence^ ils les aninîent à se rendre phis insolens, et en sont la véritable cause ^ que c'est être apostat d'a!ler à la comédie , parce qu'elle est une des poootpes du démon auxquelles les chrétiens ont renoncé par leur Baptême. Les saints Pères blâment, dans les théâtres, riDutilile'^ la prodigieuse dissipation, les passions excitées, la trop grande occupation à des choses vaines , et tout ce qui fait oublier la présence de Dieu et le compte qu'il ni faut rendre de ses moindres actions et de ses moindres paroles. Ils ont déploré, dans les comédies ^ tout cet amas de périls que les théâtres réunissent, ce eu des passions et l'expression contagieuse de nos inaadies, ces larmes qu^arrache Timage de nos passions si vivement réveillées, et toute cette illusion qu'ils appellent une misérable folie. Us n'ont pu se persuader ue, parmi les commotions où consiste tout le plaisir e la comédie, un chrétien puisse élever son cœur à Dieu , qu^il ose lui dire qu'il est là pour Tamour de lui et pour lui plaire^ qu'il puisse ne pas craindre, dans ces folles joies et dans ces folles douceurs, dVtouffer en lui Tesprît de la prière, et d'interrompre cet exercice qui, selon la parole de Jésus- Christ, doit être perpétuel dans un chrétien, du moins en désirs et dans la préparation du cœiir« Enfin, les saints Pères ont sévèrement condamné l'esprit qui mène aux spectacles, ou^3 pour ne pas raconter tons les autres maux qui les accompagnent , l'on ne cherche qu'à s'étourdir et à s'oublier soi-même , pour calmer la persécution de cet inexorable ennui, qui fait le fond de la vie humaine depuis que l'homme a perdu le goût de Dieu. Les confesseurs ajouteH)nt, en instruisant là-dessus

DE Pénitence. ^27

les pénîtens , que jamais les saints Pères n^ont permis les spectacles comme une chose dont on pût faire un bon usage ^ qu'au contraire ils les ont toujours re-*gardés comme ennemis des bonnes mœurs ^qu'ils ont soutenu que Tcsprilde Tbomme n'est pas assez insensible pour n'être point agite de quelque passion secrète^^ même dans Tusage le plus modéré du théâtre , dont ils ent regardé les spectateurs qui y prennent plaisir , comme coupables des crimes qui y sont représentés ^

Su^enfin les saints Pèpes ont toujours dit^ que toul (1^ èle doit fuir les spectacles, à cause du penchant que nous avons au mal, et doit les regarder comme une occasion prochaine de chute ^ qu'on ne voit sur le théâtre que des choses vaines, malhonnêtes ou bouffonnes; et que le péché qu'on commet en allant aux spectacles, souille et infecte toutes les puissances de Tâme, lecœurparla concupiscence, les oreilles par ce qu'on y entend, les yeux par ce qu'on y voit; que ce péché est ejjfin une prévarication mortelle. C'est ' ainsi queXertullien, saint Clément d'Alexandrie, Lac*tance, saint Cyprien, saint Basile, saint Chrysoslômc, saint Augustin ont parlé des spectacles, que Ton voit condamnés pareillement par plusieurs conciles, qui tous les ont défendus aux fidèles comme mauvais ei dangereux par eux mêmes , soit par rapport aux sujets qui y sont représentes , soit par rapport aux mauvais eflets qu'ils produisent, soit par ra[»port aux circonstances qui en sont inséparables.

Il est étonnant qu'on ose avancer que le théâtre français, tel qu'il est aujourd'hui, n'a rien de contraire aux^ bonnes mœurs; qu'il est même si épuré, qu'il n'y a rieti que Toreille la plus chaste ne puisse entendre. 11 faudra donc passer comme honnêtes, les impiétés et les infamies dont sont pleines plusieurs comédies que Ton représente tous les jours ? Comment pouvoir soutenir des pièces, où la vertu et la piété sont toujotirs ridi—

Zz 4

i^sS Du Sâcbehent

cilles^ la corniptioD toujours excusée et toujoun plaî« santé ^ et la puaeur toujours ofTeosée , ou toujours fQ crainte d'être violée par les derniers attentats , par les expressions les plus impudentes, à qui Ton ue donne que les enveloppes les plus mincesf ComoK^t pouvoir approuver la corruption réduite en maximes aaus dîA ff^rens opéras, avec lotitos les iâusscs tendresses et toutei les troni|>euses invitations aux plaisirs? seiitimens dont la nature corrompue est si dangereusement flattée, et qui sont animés d\in chant qui ne respire que la mol* lesse. 11 ne sert de rien de répondre qu^oti u^est occupé que du spectacle ^ sans songer au sens des paroles ni aux sentimens qu'elles inspirent: car c^est là précîsément le danger , que, pendant qu'où est eDchauté par la douceur de la mélodie , ou étourdi par le mer^'cil-' leux du s{)ectacle , ces sentimens s'insiuuent sans quVm y pense , et plaisent sans être aperçus.

Rien de plus direct, de plus essentiel et de plus naturel aux pièces de théâtre , que d'exciter les passions qui y sont représentées: car cest le dessein formel d« ceux qui les composent, de ceux qui les récitent, dt ceux qui les écoutent. Si le but de la comédie n'est pas de flatter ces passions qu'on veut appeler délicates, mail dont le fond est si grossier, d'où vient que Tâge, où elles sont le plus violentes , est aussi celui où Ton est touché le plus vivement de leur expressionP Mais pourquoi eo eston si touché, si ce n'est qu'on y voit, qu'on y seut 1h mage, Tattrait, la pâture de ses passions f Et cela qu'est** ce autre chose, qu'une déplorable maladie de notre cœurf On se volt soi-même , dans ceux qui nouspa'» roissent comme transportés par de semblables objets; on devient bientôt un acteur secret dans la tragédie ; on y joue sa propre passion , et la fiction au debors est froide et sans agrément , si elle ne trouve au de* dans une vérité qui lui réponde. C'est pourquoi ces plaisirs languissent dans un âge plus avance , dans une yie phxs séxûeuse^ si ce n'est qu'on se transporte^ fur

DE PéNITEWCîE. 729

un touveoir agréable, dans ses jeunes ans^ et qu^on ea réveille Tardeur qui n'e<t jamais luut-à-fait éteinte.

Si les peintures immodestes ramènent naturellement à Tespritce qu'elles expriment, et que, pour celte raisou^ ou eu condamne Tusa^^e, combien plus sera l-on touché des exprebsions du théâtre , où tout paroit effectif^ oii ce ne sont point des traits moriset des couleurs sèches qui agissent^ mais des personnages vivanS| de vrais yeux, ou ardens ou tendres, et plongés dans la passion , de vraies larmes dans les acieurs , qui en attirent d'aussi véritables dans ceux qui les regardent 9 enûn , de vrais mouvemeus qui mettent en leu tous les spectateurs, peut-on dire que tout cela nV!meut qu'indirectement, et n'excite que par accident les passions î

Peut- on dire que les discours qui tendent directement à allumer de telles flammes^ qui excitent la jeunesse à aimer, comme si elle u'étoit pas assez portée a un amour insensé^ qui lui font envier le sort des brutes, que rien ne trouble dans leurs passions., et qui la portent à se plaindie de la raison et de la pudeur si importunes et si contraignantes? Peut-on dire que toutes ces choses et cent autres de cette nature dont le théâtre retentît, n'excitent les passions que par accident , pendant qtie tout crie qu'elles sont laites pour les exciter; et que, si elles manquent leur coup, les règles de l'art sont frustrées, et les auteurs et les acteui^ travaillent en \ain ?

QiiC fait un acteur lorsqu'il veut jouer naturelleinent une passion^ que de rappeler, auuuri qu'il peut, celles qu'il a ressenties ;, et que s'il étoit chrétien, il auroit tellement no3ées dans les larmes de la pénitence, qu elles ne reviendroieni jamais à son esprit, oa py rjeviendroief't qu'avec horreur? Au lieu que, pour les exprimer, il faut qu'elles lui reviennent avec tous les agrémeus empoi>oancs , et toutes leurs grâces trom« pauses.

^3o Du Sâcremeht

Mais tout cela , dira-t-OD , paroit sur les tBéàtrei comme une foiblesse. Quand on raccorderoil ainsi aux défenseurs des speclacles , ils ne pourront nier qu'il y paroit comme une belle ^ comme une noble foibhesse , comme la foiblesse des héros et des héroïnes; eufim comme une foiblesse si artificietisement changée en vertu ) qu'on Tadmire, qu'on lui applaudit sur tous les théâtres^ et qu'elle doit faire une partie si essentielle des plaisirs publics , qu'on ne peut souffrir de spectacle où non-seulement elle ne soit, mais encoie oo elle ne règne et n'anime toute faction.

Comment oseroit-on soutenir que tout cet appareil n'entretient pas directement et par soi , le feu ae li convoitise; ou que la convoitise n'est pas mauvaise, et qu'il n'y a rien qui répugne à rhonnêteté et aax bonnes mœurs dans le soin de l'entretenir; ou qiielt feu n'échauffe qu'indirectcmeut , et que, pendant qu^on choisit les plus tendres expressions pour représenter la passion dontbrùlo une personne insensée, cen^estque par accident que l'ardeur des mauvais désirs sort dtt milieu des flammes ? Inutilement ajouteroit— on, pour autoriser le théâtre, que la scène, toujours|honnête dans l'état où elle paroit aujourd'hui, ôte à cette passion ce qu'elle a de grossier et d'illicite, et qtie ce qui est représenté-, n'est après tout qu'une innocente inclina* tion qui se termine au nœud conjugal : car ^ indépendamment des prostittitioDs dont sont remplies tant de pièces , quoique Ton ôte en apparence à I amour profane ce grossier et ^et illicite dont on auroit boute, il en est inséparable snr le théâtre. De quelque manière qu'on le tourne et qu'on le dore, dans le fond ce sera toujours, quoi qu'on puisse dire, la concupiscence de la chair, que saint Jean défend de rendre aimable, puisqu'il défend de l'aimer. Le grossier qu'on eu ôte feroit horreur, si on le montroit; et l'adresse de le cacher ue fait q\i'y attirer les volontés d'une manière plus délicate , et qui n'en est que plus périlleuse , quand elle

DE PiHITEirCB. ^3l

iFOÎt plus épurée. De plus , ou ne peut disconvenir je, dans les pièces même qui passent pour les plus )iinêtes, il faut que les règles ne la véritable venu lient méprisées par quelqu endroit , pour donner au )ectateur le plaisir qu^il cherche ; que le licite et le égulier ièroic languir ^ s'il étoit pur ; qu''on n y veut ulio que rendre aimable une servitude qui est TeiFet iupédié) qui porte au péché, et flatter une passion |uon ne peut mettre sous le joug que par des corn- Wf qui font gémir les fidèles, même au milieu des taèaes.

U est donc certain que la représentation des pas- ÛODS agréables porte natnrellemcut au péché , quand ce ne seroit qu^en flattant et en nourrissant, de dessein p^médité ^ la concupiscence qui en est le principe , qui est un mal auquel ri faut résister , loin de songer à 'entretenir, et contre lequel par conséquent il faut irmer le chrétien.

Les partisans du théâtre ne sont pas plus fondes t en prouver Tinnoceuce par Texpc'rience ; et quijOnqoe voudra un peu y réfléchir et être de bonne oi, reconnoitra bientôt la foiblessse des raisons snr Quelles ils s^appuicnt pour nier la malignité des pectaeles, et méconnoilre les crimes dont ils sont la )urce« En effet, n'est-ce rien d'autoriser et d'approuer par sa présence, Tinfâme métier des acteurs et des ^rices du théâtre ; de payer leluxede celles-ci j d'enetenir par-là leur corruption j dé les aider à exposer tir cœur en proie; de s'exposer soi-même au danger e leurs chants et de leurs récits , et à celui de les ^W s'étaler elles-mêmes, en plein théâtre, avec tout attirail de la vanité , comme ces sirènes dont parle saïe ( 1 3. 25î. ), qui font leur demeure dans les temples Ee la volupté ^ aont les regards sont mortels , et qui -çoivent de tous côtés, par les applaudissemens qu'on 'Ur renvoie, le poison qu'elles répandent dans leur iiantf N'est-ce rien d'aller apprendre d'elles, tout ce

^3s Df S&CREHBST

qu'il ne faudroit jamaia savoir? Et, quand on dit (pH ]â comédie ne fait fiiîre aucun pfche à certaiuei persODoes, a-t-OD oublié qi/il y a d«s choses qui, sm avoir des eOeb marqués, meiteul dans les Ames de se crêtes dispositiom très-mauvaises, quoique leur v»' lignite ne se déclare pas toujours d'abord f Tout ce qui nourrit les passions est de ce genre^ on n^ trouverrait que trop de matière à la confession, si l'on cherclioit en soi même les causes du mal. Qui sauroil couuoitre ce que c'est eu l'bomme qu'un certain fond de joie sensuelle, et je ne sais quelle di5[>ositioa inquiète et vagiie au plaisir des sens , qtii ne tend à lien, et qui tend à tout, connohroit ta source secrète da plus grauds péchés. C'e&t ce que sentoil saint Auf^nsliii. au cummencemeutdea» ^unesse emportfle:/en'dH> mois pas encore^ mais j'aimois à aimer \i\ cherchiMt, coulioiie-l-il, qnel(|ue piège où il prît et où il tût prisj et il troiivoit eiiii'iyeuse et îtisnpporiable une vieoà il n'y eût point dn ces lacets : tout en est semé dans le mondes il fut pri^ selon son souhait^ et c^est alors

?.i'il fui fnivré d i plaisir de la comédio , oà il trouroit image de ses misères . Camorce et la nnurriturt A son feu. Son exemple ei sa doctrine nous apprenocDl à quoi est bonne la comédie, comliieii elle sert à eotrett'uir ces secrètes di^positious du cœur humain, soit qu'il ait déjà eiifanié l'amonr sensuel, soit que ce mauvais iVuit ne soit pas encore éclos.

Saitit Jacques nous a expliqué ces deux états de notre cceur, par ces paroles ( Ef>. i. i4- i3- ^: chacun denoM est tenté par sa conciipisctnce , qui feinportc et ^«i Vattire^ensuiie^quand La concupiscence a conçu ^ eUt enfante le péché, et quand le péché est consommé, il produit la mort. Ol apôtre distingue ici la couceplion d'nvec l'en reniement da péché \ il distingue la disposition ni) pi'clié, d'avec le péché entièrement (brmé par tin pl(;in cou<tenlemenl de la volonté: c'est dmi o deruier ëtat qu'il engandrt lamort , wlon saint Jac^

DE PtitiTKirrK. 733

et qu'il devient toul-à-fuït morlol. Mais de \h il ne s'ensuit pas que li-s commenceineiis soient innoccns: pour peu qn on adhère à ces premières ccniiilarsanre* des stns.emus, on commence à ouvrir sou cœ\n à la créature i pour jietJ qu'où les flatte par d'agréables re-

Î)rrseiitBlions , on aide le mal à éclorei et un saye conbsseur qui sauroii alors faire seulîr à un chrétien ta première plaie de sou cœur, ei les suites d'un péril ^u 'il aime, prévietidruît de grands malheurs.

Sulou la doctrine de saint Augustin, celte malignité de la concupiscence se répand dans 1 homme tout eu lier; elle court, pour ainsi parler, dans toutes les veines, et pénètre jusqu'à la moelle des os. C'est une racine envenimée qui étend ses branches par tous tes sons : rouïe, les j'eui et tout ce qui est capable de plaisir en ressent IVlfet; les sens se prèlent la main mutuellement; 1c plaisir de l'un ariire et fomente celui do l'autre^ et il se fait de leur union un euchainemrnl qui nous entraine dans l'abîme du mal. Il faut, dit saint Augustin, dtslingtier, dans l'onf'ralion de nos sens , la nt'resisité, l'utilité, la vivacité du sentimeiil , et enfin l'utLich émeut au plaisir sensible, libido sent tendi. Ue ces quatre qualités des sens , les trois premièies sont 1 ouvrage du Créateur : la nécessité du seniimcnl se fait rcmnrquer dans les objets qui fi appent nos sens à chaque moment ; on en éprouve rmilitc, particulièrement dans le goût qui facilite le choix des alimens, et en ]Té|iare la di— gestion ; la vivacité des sens est la même chose que la promptitude de leur action et la subitlilé de leurs organes. Ces trois quaHiés ont Pieu pour auteur^ mnis c'est an milieu de cet ouvrage de liiou, que l'attarhe forcée an plaisir sensible et son aurait indomptable, c*est-à-dire , la concupiscence introduite par le péché, établit son siège. C'est celle-là , dit saint A'igiislin. qui est l'ennemie de la sagesse, la souice de la corruption, la mort des vertus: les cinq sens sont cinq ouvertuies j^wx e^ elle prend son cours sur les objtts, et fax où

1^34 ^^ Sacreiiriit

elle eu reçoit les impressions , mais ce saint docteur a démontré qu'elle est la même par-tout, parce que c'est ar*tout le même attrait du plaisir, la même îndociité des sens, la même captivité et la même attache da cœur aux objets sensibles. Par quelque endroit que tous la frappiez, tout s'en ressent ] le spectacle saisit les yeux, les tendres discours, les chants passiounés pénètrent le cœur par les oreilles. Quelquefois la corruption vient i grands flots ^ quelquefois elle s'insinue comme goutte a goutte; à la un on n'en est pas moins submergé. Ou a lemal dans le sang et dans les entrailles , avant qiril éclate par la fièvfe. En s'afFoiblissant peu à peu^ on se met en un danger évident de tomber avant qu'ion tombe; et ce graudafibiblissementestdéjà un commencement dechule. Si l'on ne connoit des maux des hommes, que ceux qu'ils sentent et qu'ils confessent, on est trop maurtis médecin de leurs maladies. Dans les âmes comme dans les corps, il y en a qu'on ne sent pas encore, parce quelles ne sont pas déclarées , et d'autres qu'on ne sent plus, parce qu'elles ont tourné en habitude, ou bien qu'elles sont extrêmes et tiennent déjà quelque chose de la mort, où l'on ne sent rieo. Lorsqu'on blâme les comédies comme dangereuses, les gens du monde disent tous les jours, qu'ik ne sentent point ce dauber. Poussez-les un peu plus avant , ils tous en diront autant des nudités ; et non -seulement de celles des tableaux, mais encore de celles des personnes. Ils insultent aux prédicateurs qui en reprennent les femmes, jusqu'à dire que les dévots se confessent eux— mêmes par-là et trop foibles el trop sensibles: pour eux, disent-ils, ils ne sentent rien et on peut les en croire sur leur parole. Us n'ont garde, tout gâtés qu'ils sont, d'apercevoir quils se gâtent, di de sentir le poids de l'eau, quand ils en ont par-dessus latête^ et, pour parler aussi à ceux qui commencent,OD ne sent le cours dune rivière que lorsqu'on s*y oppose: si on s y laisse entraîner, on ne sent rien, si ce n'est

peut-être un mouvement assez doux d'a}>ord) ojiyoïïî

DB Pénitence. 735

êtes porlé sans peine, et vous ne sentez bien le mal qu'il vous tait, que tôt après quand vous vous nojez. N'eu cro^'ons doue pas les hommes sur leurs maux ^ ni sur leurs dangers, que leur corruption, que Terreur de leur imagination blessée, qae leur amour-propre leur cachent.

Si Ton allègue Fexemple de gens de poids et de probité qui fréquentent, dii-on, les comédies sans scrupule ; nous répondrons quMl est à craindre que leur probité ne soit de celle des sages du monde, qui ne savent s'ils sont chrétiens on non , et qui s'imaginent avoir rempli tous les devoirs de la vertu, lorsqu'^ib vivent en gens d'honneur , sans tromper personne ^ pendant qu'ils se trompent evix-mêmes, en donnant tout à leurs passions et à leurs plaisirs. Ces âmes invulnérables, qui peuvent passer des jours entiers à entendre des chants et des vers passionnés et tendres , sans en être émus, n'écoutent pas ce que dit saint Paul: que celui qui croit être ferme , craigne de tomber ^ ils ignorent que, quand ils seroient si forts et tellement à toute épreuve^ qu'ils n'anroient rien à ciaindre pour eux-mêmes, ils auroient encore à craindre le scandale qu^ib donnent aux autres. Ils ne savent même pas ce que prononce le même apôtre: ^u^ ceux qui consentent à un mal^ y participent.

On dit qu'il faut bien trouver un relâchement à l'esprit humain^ saint Chrysoslôme répond que, sans courir au théâtre nous trouverons la nature si riche en spectacles divertissaus , et que d'ailleurs la Religion , et même les difFérens emplois de l'état, sont capables de nous fournir tant d'occupation où l'esprit peut se relâcher, qu'il ne faut pas se tourmenter pour en chercher davantage \ enfin , que le chrétien n'a pas tant besoin de plaisir, qu'il lui en faille procurer de si fi équens, et avec un si grand appareil. Mais, si notre goût corrompu ne peut plus s'accommoder des choses simples, et qu'il faille rc veiller les hommes gâtés, par quelques

736 Dtr Sacremewt

objets d^un moavemem plus extraordinaire , ilfaudroit trouver dfis relàchemens plus modestes, des diverlisseniens moins emporle's et moins pernicieux.

On doit donc ranger la comédie parmi les choses les plus dangereuses, et en particulier on peut jiger si. les Pères, O'i If s saints docteurs qui les ont suivis^ avec les rèjçles scvèrei qu'ils établissent contre les discours qui fout rire, et sur le sérieux de la vie chrétienne, auroieot pti souffrir les boufTonneries du tWâlre, ni qu'un chrélien y fit le ridicule personnage de plaisant. Aussi on ne peut pas croire qu il se trouve jamais un bomma sa^e^ qui n'accorde facilement du moins, qu''être bouffoD de profession ne convient pas à un homme grave, td qu'est sans doute un disciple de Jésus-Christ. Mais dès que vous aurez fait ce pas, saint Chrjsosiôme retombera sur vous avec une étrange force, eu vous disant que c'est pour vous qu'un chrétien se fait bouffon; c'est pour vous qu'il renonce à la digniié du nom qu'il porte : ôtez les auditeurs ^ vous ôterez les acteurs. Quelle beauté peut^on trouver dans un art où Tonne peut exceller sans honte f

Qui ne voit que la comédie ne-se pourroi't soutenir^ si elle ne raêloit le bien et le mal^ plus portée encore au dernier , qui est plus du goût de fa multitude P Cest aussi pour celte raison que, parmi tant de graves invectives dos saints Pères contre le théâtre, on ne trouvt pas que jamais ils soient entrés dans l'expédient de le réformer. Ils savoieut trop que qui veut plaire^ lèvent à quelque prix que ce soit: de deux sortes de pièces de théâtre ^ dont les unvs sont graves, mais passionnées, et les autres plaisantes ou même bouffonnes, il ny en a point qu'on ait trouvé dignes des chrétiens: et ou a cru qu'il sproil plus court de les rejeter tout-à-fait, que de se travailler vainement à les réduire, contre leur nature, aux règles sévères de la vertu. C'est pourquoi il ne faut pas espérer de rien faire de régulier de la comédie} parce que celles qui en ireprcnncnt de .traiter les grandes

passion*

DE Pénitence* 787

passions ) veulent remuer les plus dangereuses , à cause qu'elles sont les plus agréables, et que celles dont le dessein est de faire rire, outre Tindécence de ce carac« tère, dans un chrétien, tendent trop facilement au 1!--^ cencieux, que les gens du monde, quelque mod<$rés qu'ils paroissent, aiment mieux ordinairement qu'on leur enveloppe, que de le supprimer entièrement.

On voit en eflfel par expérience, à quoi s'est enfin terminée la reforme de la comédie, et tout le fruit des précautions qu'on a prises pour purger le théâtre, c'est qu'on y présente aux âmes infirmes, des appas plut cachés et plus dangereux. Ainsi que ceux qui voudroient qu'on réformât à Ibnd la comédie, pour y ménager, à la faveur du plaisir, des exemples, des instructions sérieuses pour les peuples, songent qu'après tout, le charme des sons est un mauvais introducteur dessentimens vertueux. Les païens, dont la vertu étoit imparfaite, grossière, mondaine, superficielle, potivoienl l'insinuer par le théâtre^ mais il n'a ni Tautorité, ni la dignité, ni l'efficace qu'il faut pour inspirer les vertus convenables a dos chrétiens. Cesl à sa loi, que Dieu nous renvois pour y apprendre nos devoirs, méditous*la jour et nuit; endormons— nous entre ses bras ; entretenons-nous avec elle en nous éveillant ( Prov. 6. v. 22. ). Pour les instructions du ihcâlre, la touche en est trop légère, et il n'y a rien de moins sérieux, puisque l'homme y fait à la fois un jeu de ses vices et un amusement de la vertu.

Le droit canonique regarde les comédiens comme infâmes et irréguliers. Tertullien Irouvoit dans certe infamie et dans celte irrégularité, une des preuves les plus fortes que Ton puisse apporter contre les spectacles. 1\ en concluoit qtie l'art de tous ceux qui montent sur le théâtre, est jugé indigne d'un honnête homme. Quelle est cette corruption^ dit-il, {lib, de spect. c. 21.) qui fait que Von aime ceux que les lois publiques con^ damnent^ qu'on approuve ceux quelles méprisent^ Tome L A a a

1^38 Du Sackemeitt

{ju'on relèveun art et un emploi^ en même temps qiiwt note d'infamie ceux qui l'exercent? Quel est te jugement par lequel on couvre de confttsion des gens, pour une profession qui les rend recomniandables? Ou plutôt quel aveu ne fait— on pas^par cejagement^ de la corruption inséparable de ce divertissement { puisque^ quelque agréables que soient ceux qui Us donnent , iL ne laissent pas néanmoins de demeurer dans rinfamie dont on les a notés.

Quoique les spectacles soient tolérëii, on ne peut conclure de là qu'ils soient permis: si Ton admelioit un pareil pHucipe, on permeitroit bteutûi de grands crimes. Italie meretrices de régna, dit sainl Auguslin, replevçris omnia Uhidinibusj s'ensuivra- l-il de laque la fomicalioa et l'adultère soient des actions permisesf L^ lois humaines, selou saint Thomas, laissent beaucoup de pèches impunis, à cause de la corruption du cœur humain; parce que, si elles Its dercndoinit low à la rigueur , cela empccheroit plusieurs biens. La corruption du monde oblige donc quelquefois de tolérer des choses qui font gémir les saiu» \ ce n'esl pu qu'on ne les croie mauvaises, mais on craint de plus grandi maux, si l'on employoit la sévériié pour les interdire absolument.

Mais, après tout, quand les lois civiles, qui ne peavrat pas réprimer tous les maux,autoriseroienl la comédici quand au l:eu de fliïtrir, comme elles ont toujours bit, les comédiens, ellrs leur auroîeui été favorables, on pourroit rrijondie ce que rcpondoieut saint Chr)soïiômo et saint Augustin, à ^occa^ton des luis quipermeitoicnt autrefois l'usure et le divorce : ces grandi hommes disaient hautement que, si le monde permeitoil ces crimes, ils n'en ctoîent pas moins réprouva pftrl» loi de l'Evangile^ que l'usure qu'on appcloil légitimai

I^aice qu'tllc eloit autorisée par les lois romaines, o< '(.'toit pas selon celles de Jésus— Christ, et que leslo» de la cit« sainte .et celia. du monde étoieat dîfiîfreDM-

le

DK PéniTEirce. 739

Si les hommes n^aperçoiveot pas les périls publics qui regardeat le salut, il ne s'ensuit pas quSl Ëiille le» autoriser^ c'est aux prêtres k les ea instruire, et non pas à les flatter. Dèi le temps de saiot Chrysostdme, les déliinseiirs des speciaclei crojroient que les renverser^ c était détruire les lois -^ mais ce Père, sans s'en émouvoir, disoit au contraire que Tesprit des lois ctoit contraire au théâtre. IVous avons maintenant k leur opposer quelque chose de plus fort , puisqu'il y a tant de décrets publics contre la comédie , rapportés par les auteurs qui ont traité en particulier celle matière. Si ta coutume l'emporte, si labus prévaut, ce qu'on ea pourra conclure, c'est tout au plus que ^ comédie doit être rangée parmi tes maux qu'on défend toujours , et qu'on a toujours.

L'I'lglise condamne les comédiens, et croit par-là défendre assez la comédie j la décision en est précise dans les rituels ^ la pratique eu est constante ; on priva des Sacremens à la vie et à la mort ceux qui jouent la comédie, s'ils ne renoncent à leur art ; on les passe à la saiule table comme dtta pécheurs publics j on tes exclut dus ordres sacrés, comme des personnes inlàmes^ par une sriile nécessaire, la sépulluie ecclôiiiastique leur est déniée. L'Eglise a toujours impiouvé lesspectaclesj sou ioteiitioR a toujours été d'en détourner les fidèles j et telle a lonjours été sa conduite à l'égard des abus qu elle n'a pu abolir^ gémissautsur l'empressement que font paroîire les peuples pour des pratiques condamnables, elle n'ose venir à des extrémités^ parce que communément, par sa bonté et par sa prudence, elle ^pai^ne la multitude dans les censures publiques ^ elle se cuuteute d'ordonner à ses ministres de travailler à désabuser les fidèles, et à leur donner, de l'horreur pour tous les divertissenieus criminels qui les eucbautent. -

C'est aiusî qu'en usa saint Charles Borromée. I^e pouvant faire cesser entièrement les spectacles, il fit ordouner par le troisième, concile provincial, que les A a a a

^^o Dv Sacrement

prédicateurs reprendraient avec force le dérèglemerti de ces plaisirs publics^ que les hommes^ séduits pat une coutume dépravée^ mettoient au nombre des ba^ gatelles où il n'y a point de malf quHls décrieroient avec exécration les spectacles^ lesjeux^ les bouffon-^ neries du théâtre^ et les autres divertissemens sem^ blables qui tirent leur origine des mœurs des gentils^ et qui sont contraires à V esprit du christianisme ^^ quils se serviraient de tout ce qui a été dit de plus pressant sur ce point par TertuUien^ saint Cjrpritn^ saint Chrjrsostôme et Salvien ; quils développeraient avec sain les suites et les effets funestes des spectacles: et qu enfin ils n oublieraient rien pour déraciner et mal et faire cesser cette corruption.

Saint Charles appelle la comédie^un reste de gentilité} Dou qu'il y ent, à' la lettre^ dans les spectacles de son 4emps des restes du paganisme^ mais parce que les passions qui ont formé les dieux des gentiU , y règnenl encore ) et se font encore adorer par les chrëliens* Quelquefois, à l'exemple des anciens canons dont il t emprunté Tesprit, il se contente de les appeler des spectacles inutiles : ludicra et inania spectacula^ ne jugeant pas que les chrétiens, dont les affaires sont si graves, et doivent être jugées dans un tribunal si redoutable, puissent se passionnner si violemment pour des choses vaines, et trouver place dans leur vie pour de si longs amusemens; quand d'ailleurs ils ne seroient

fias si remplis de tentations, soit grossières, soit déicates, et par-là plus périlleuses. Au reste, il range toujours ces divertissemens parmi les attraits et les pé^ pinières des "vices : iUecebras et seminaria i;itiorum; et, s'il ne frappe pas ceux qui s'y attachent , des censures de TEglise, il les abandonne au zèle et à la censure des prédicateurs, à qui il ordonne de ne rien ^ omettre pour inspirer de Thorreur de ces jeux pernicieux , en ne cessant de les détester comme les sources des calaniiiés publiques et des vengeances

BE PÉNITEWCS. ^4»

Il averiii ceux qui sont cbaryés de l'exercice de raiiiorilé publique, dechasser les comédiens ^ les baladins^ les farceurs et autres pestes publiques ^ comme gens perdus et corrupteurs des bonnes mœurs , et de punir ceux qui les logent dans les hôtelleries.

Voilà les saines maximes de la Religion chrétienne sur lacooiédie: maximes qu'il est pariiculièrement or-> donné aux prédicateurs et confesseurs de ce diocèse, de suivre et d'enseigner dans leurs sermons et dans les instructions qu'ils doivent U~dessus aux pénitens dans le sacré tribunal. Si un pénitent qui a fréquenté les spectacles, n'avoii pas auparavant été instruit de l'iniquité de ces représentations, le confesseur peut, après lui avoir fait comprendre ce qui en est, lui donner l'absolnlion, si d'ailleurs il n'y a pas d'autre empêchetncat,s'il promet sincèrement de s'abstenir de ces sortes de divertîssemens, et, si par la contrition et les dispositions qu'il témoigne, il y a lieu d'espérer qu'effectivement il s'en abstiendra.

Si, après que le pénitent a été instruit, et qu'il a promis de nb plus aller aux spectacles, il est retombé et a manqué s sa parole, le confesseur doit lui différer rabsolutioii jusqu'à ce qu'il ait été éprouve pendant le temps nécessaire, en suivant les principes marqués ci-dessus pour l'absolution des pécheurs d'habitude, et de ceux qui sont dans l'occasion prochaine du péché mortel.

Si le pénitent ne veut pas promettre de renoncer pour toujours a ces amusemens pernicieux ou si le confesseur a un juste fondement de juger que, nonobstant la promesse qu'il eu (ait , il n'est pas vériiablement disposé à fuir entièrement les spectacles, il doit lui refuser l'absolution, jusqu'à ce que, par des preuves réelles et non équivoques, il soit moralement assuré de la sincérité de sa conversion et de son changement; conformément aux anciennes ordonnances synodales de ce diocèse, qui ont été renouvelées et confirmées à cet égard. A a a 3

'«^44 ^^^ Sacremekt

et sans scandaliser personne^ si rhonnètetcy estrégu-lièrement observée, à IVgard des chansons, des gestes, du lieu, du temps, et des autres circonstances qui raccompagnent ] si Ton en bannit tout ce qui n^est pas •convenable à des chrétiens^ mais ce saint docteur a joate que, si la danse se (ait pour exciter les passions et pour porter au pëché, cet exercice est vicieux et condamnable. £t voilà pourquoi on ne peut regarder les bals comme un divertissement innocent et légitime.

Si un pénitent qui a assisté au bal, ignoroit auparavant que ce divertissement n^est pas permis, le coq* fcsseur agira comme il a été marqué ci-dessus sur le cas où un pénitent ignoroit avant que d^être averti, que les spectacles sont défendus. S^il ne veut pas promettre de n'y plus aller, ou s'il y retourne contre sa promesse de s'en abstenir, le confesseur lui refusera Tabsolution jusqu'à ce qu'il se soit corrigé, et qu^il le voie dans de meilleures dispositions.

Suite des Règles que les Confesseurs do lisent suivn

pour r Absolution.

\Jn ne doit. point absoudre les usuriers, qu^ils n'aient auparavant révoqué et annuité leors contrats nsuraires^ et, à l'égard de l'obligation où ils sont de restituer, on se conduira avec eux , comme avec ceux qui ont des restitutions à faire.

On doit encore refuser l'absolution à ceux dans lesquels le confesseur ne voit aucune marque d*une véritable douleur d'avoir péché ^ à ceux qui iront pas donné le temps et l'attention nécessaires pour s'examiner^ dout la confession ne paroit pas sincère; ou qui refusent d'accepter une pénitence salutaire et pro« portionnée aux péchés dont ils s'accusent ; jusqu'à ce ^qu'ils retiennent mieux prépares , et avec des dispo*

CE PÉIflTEIfCI. 543

nt de force contre cette sorte de divertissement, circonstances du temps, les personnes de dif— lexes, les chansons et autres semblables, rendent s loiijours criminel. Ces assemblées ne sont cons, on ne les tient, et on n'y va que pour le des sens. Elles sont composées de personnes ment mondaines, remplies de l'esprit du monde, t la compagnie et la vue ne peuvent itre que rnicieuses. Les hommes et les femmesyparoissent >ut l'appareil qui peut donner du plaisir et ins» le la passion aux uns et aux autres \ la familiarité ist permise, ne peut que faire impression sur r j les gestes qu'on y fait, l'air qu'attecteut ceux isent, lesquels cherchent à plaire, ne peuvent mer le feu de la concupiscence^ la rausiqHe-, 3nie des instrumens, les airs qu'on joue, afîbi- L te cœur et le rendent susceptible des impreses plus vives et les plus tendres j et il n'est pas e de garder ce précepte du Saint— Esprit ( £cct. . 8. 9.) -■ virginem ne conspicias^ nejortè scaa- •is in décore illius. Avertefaciem tuam à mu— bmptâ^ et ne circumspicias speciem alienam'; r speciem mulieris mttlti perierunt , et ex hoa jîscentia quasi ignis exardescit. ,

ne peut se servir d'expressions plus fortes, pour nnerlesbals, que celles qu'a employées Origèue il en a parlé : aliquando^ dit-il, diabolos bellat ornifie per aspectum mulierum; alîquandà per imvocis mulierumj aiiquandopertactum^inchO' r omnes istos moàas simul bellat cum hominibus, ibi ■videntur taliler cum suis ornatibus^ ihi ttur in suis cantibus^ et cacbinnis^ et locutio- , et manu tanguntur ^ et ibi diabolos /ortiter t et ■vincit.

it vrai que saint Thomas a regarda la danse en ème, comme innocente et exempte de péché, si sonnes qui dansent le peuventfaire avec decenc» A aa 4

746 Du Sacremunt

dans le péril d y tomber^ et en même f emp$ font entrevoir que c'est la nécessité qui les y ei^age, qu'eties n'ont t)as de bteu^ qiion leur fait des procès, quW les persécute^ etc. car il se trouve souvent qu^ellesnW

{)as commis les péchés dont elles s^accusent, et que eiir confession est fabriquée exprès pour attirer des aumônes. Il faut donc se bien éclaircir de la vérité de ce qu'elles disent, ou les renvoyer & leurs pasteurs qoi doivent connoître leurs besoins. Lorsqu'elles refusent dy aller, on doit encore plus s'en défier, et ne passe presser de leur donner l'absolution, et de leur faire des aumônes ; de peur d'avoir part à la profanation do Sacremens, que ces faux pénitens font tous les jours.

Lorsqu'un pénitent refuse absolument de consentir au délai de l'absolution, et de se soumettre aux avis qu'on lui donne, il faut prendre garde à ne pas lui parler d'une manière à l'irriter, à lui donner lieu de tomber dans le désespoir, à le rebuter et à lui faire concevoir de Taversiôn contre la confession : nequem' quant asperiàs tractons^ dit saint Cbarles, culpd sud inducat ( confessat'ius ) , ut "vel desperet , "vel à confessione abhorreat. Le confesseur doit au contraire tâcher de lui persuader avec douceur, et par de bonnes raisons, la nécessité et l'utilité de ce délai) et lui en faire goûter tous les avantages.

On ne doit rien oublier pour persuader à ce pénitent, 1. que ce délai assure sa guérison; que le médecin qui panse sa plaie, et ne donne pas aux remèdes le temps nécessaire pour la refermer, ne se propose pas de guérir, comme dit le clergé de Rome, dans si belle lettre à saint Cyprien : hoc non est curare^ sed^ si dicere verum volumus^ occidere.

2. Que ce délai lui est favorable : comme le ka qu'on applique aux léthargiques , il sert à réveiller le pécheur do son assoupissement, et le temps que ce

{lécheur demeure à pleurer et à gémir sans absolution ui remet devant les yeux le chàtimeat éternel qui m

DE PÉHITENCE. 747

^péchés mirhent. Sa patience^ pour lors, n est pas oisive^ dit le même clergé daog la même lettre; il tire du profit de ses larmes, et il demande l'abiiolutloa avec plus d'Liimilité, de inodeitie et de coui'usion.

3. Que ce délai est un piéservatir contre la rechute. La/acilUé du pardon est une amorce au péché ^ dit saint Ambrorse , ( in Ps. 118.). Si l'hoiDiue recouvroit si facilement ce qu'il a perdu tout<à-coup, ce ne seroit

fil'js qu^m jeu pour lui de retomber dans ta mort par epéaié:lutiusiUiesset,à'nsaiBlAugaatin{Serm.-^é.y On n'a pas ^rand soin déx-iter ce tjui ie guérit si facilement , dit encore ce saint docteur ( i>i Ps. 1 06. ), et la difficidté de la guérison rend beaucoup plus grande et plus exacte f attention à conserver sa sanie\ guand on l'a recouvrée.

4- Que ce dtUat îuKpire de la ferveur au pécheur converti^ parce que l'humiliation qu'il lui cause, le i«it rentrer sérieusement en lui-même , et lui fait cmbrauer avec ardeur toutes les pratiques capables de détraîre les mauvaises habitudes qu'il avoit contractées^ les objets criminels qui l'occupoient auparavant , paroisseot alors abominables à ses jeux ; et il devient souvent plus fervent après ses chutes , qu'il ne l'eût été , si elles ne lui avoient tait connoître sa foiblesse et le besoin qu'il a de s'attacher au Seigneur.

Pour engager le pénitent à recevoir et à suivre avec docilité tous ces avis, le confesseur doit imiter la condniie d'un médecin sage, qui, croyant ne devoir pas d'abord ordonner des remèdes à un malade, afm d'étudier ceux qui lui seront plus convenables , et de saisir le moment propre pour les luilâire prendre , le caresse et le flatte, pour ne pas augmenter son mal par le délespoir. C'est ta penseie de saint Ambroise ( in Ps. 3"]. ), juil faut l'encourager eu lui promettant de l'aider^ et i|iie, s'il est fidèle aux avis et aux pratiques salutaires |u'on lui prescrira , il se délivrera de l'état roalbeureux ta il est. Cest ce que le clergé de Rome y écrivant i

<^49 Du Sacrement

saint Cyprien , exprime par ces paroles ifoçenài suni animi , et ad maturitatis suce tempos nutriendi

En prescrivant à ce pénitent des bonnes œuvres et des pénitences qui puissent faciliter et avancer Touvrage de sa conversion , il faut le faire avec tant de charité et de douceur , qu'il ne pelisse en apercevoir la rigueur. Amaro pigmentorum poculo mellis dulcedo adjunr gitiir , dit saint Grégoire (de Cur^ Past. p. 3. ÂdoL 18.), ne ca quœ saluti prqfutura est , in ipso gustu aspera amaritudo sentiatur^ et^ diim gustus per dul' cedinem Jallitur ^ humor morti/erus per ainaritun dinem çacuatur.

Il faut même quelquefois s'insinuer dans son esprit) en le louant où on le trouve louable, lui faisant remarquer les biens qu'il a faits , et ceux dont il seroit capable, s'il vouloit faire les efforts nécessaires pour se disposer à recevoir l'absolution. Plerurnque utilws corripimus ^ dit saint Grégoire,, ( Ibid. ) si correptionibus quœdam Uiudum fomenta misceamus: inserenda namque sunt illis aut cdia bona quœ ùi ipsis suntf aut dicendum certè quœ poterant esse , si non sunt. Mais ces louanges demandent , de la part du confesseur qui les donne, beaucoup de discrétion et de pru' dence, afin de ne pas nuire au pénitent.

Il faut lui faire sentir tout le tort qu^on lui a fait, en le laissant dans une fausse paix, par les fausses absolutions qui ont contribué à le tranquilliser sur le mauvais état de sa conscience : qui peccantem blondi" mentis adulantibus palpât^ dit saint Cyprien ( Traci* de lapsis ), peccandifomitem subministrat ; nec cotrt' pvimit délie ta illa , sed nutrit. At qui consiliis for^ tioribus redarguit simul atque instruit fratrem ^ promovet ad salutem^

Après avoir ainsi disposé et gagné Tesprit du peDitent par un prudent et sage mélange de louanges et de douceur, il faut, dit saint Grégoire ( de Cur. PfiSt* p. 3. A dm. 18. ) , s'appliquer à retrancher touite<pi^

DE PÉNITEIîCE. ^49

y a de mauvais en lui. Jpsa ergb.... mvcctionis cxordia permijctâsuntlaudetemperanda^ itt^dum admit tant javorcs quos d'digunt ^ etiam correpliones reciptant quas oderunt. On travaille alors avec plus de lacîlité et de succès à découvrir à un pécheur toutes ses misères, à en approfondir tous les abîmes , à ouvrir toutes ses plaies, et à les sonder pour eu faire sortir tout le pus, pour appliquer les remèdes, el faire toutes les opérations oécessaires. jéperiendum 'vutniis est et secandum^ dit saint Cyprieii ^ dans le traité déjà ciié^ et pu tredinibus amputai is , medelâfortiore curandnm. Ces paroles de ce £aint docteur condamnent encore celte Uche et criminelle complaisance , dont nous avons déjà parlé , et contre laquelle les confesseurs ne peuvent trop se prémtinir^ qui endort les pécheurs et ne les guérit pa.i. Et mollit ies favoris adhibetur ^ ut in er— Tore molliter jaceat , dit saint Grégoire, ( de Car. Post. p. 2. C. 8.) (juem nulla asperitas contradic— tionis puisât. Douceur ennemie , qui laisse empirer ■le mal , de peur d'y toucher. Qui vittis nUtriendis parcit^ ne contristet peccantiunt 'voluntalem ^ dit saint Augustin , tam non est misericors , quàm qui non vuU rapere cultrum puero^ ne audiat plorantem; et non tiinet ^ ne ■vul.nernl uni dnleat ^ i-cl extinctam. Comme si, dit ce saint docteur ( in Ps. 34- ), en éveillant les léthargiques, et en attachant les turieux, oa cessoit de les aimer : Ictlutrgict eœcitnntur ^ phrene~ tici liganlur ^ et tnmen utrique amantur. Ainsi , quoique le malade crie et qu'il murmure dans ses doiiletirs, on ne doit pas s'en alarmer; il changera bieniût de lan-

fagc, quaud il se verra forcé, par son rétablisKemnat, de énir la main qui le lui a procuré : vocijcretar et clamet Ucèt et conqueratur œger, impatiens per doloretn , gratins aget postmndiim , ciim senserit sanifaCcm, dit saint tlyprien ( Tract, de Lapsis ). •" Si le délai de l'absolution ne fait pas sur le péniten^ des impressioQS salutaires , qu'il y soit indilTéreut et n'eu

^So Du SACREMENT

soit pas toucbé, il est à craindre que son cœur nesok endurci^ qu1I ne conserve de Taitacheoient au péché et tin secret désir de le commettre avec impunilê.

En remellant un pëniient à quelque temps pour Tabioudre, il est bon de lui donner une pénitence Sh lutaire et convenable pour le préparer à labsoludoo; de. lui en imposer une autre proportiountie quand 3 reviendra . et ainsi chaque fois qu'il se confessera. Lonqu'il sera en état de recevoir Tabsoluiion , le coofen seur ne sera pas obligé de lui faire recommencer sa confessions précédentes , ni de lui faire répéter eo détail les péchés dont il s'est déjà accusé. Ce seroit méoie appesaiiiir notablement et sans nécessité le joug deb confession , si^ lorsqu'il s'agit de confessions longuaet etjieudues à différentes reprises, ou obligeoit les peniieiis à répéter Je dernier jour, avant d'être absous , tous les péchésqu^ils ontdéjà déclarés. Un confesseur u'cst pas tenu d'avoir actuellemeut prcsens à la mémoire tons les péchés dont un pénitent s'est accusé. Il suffit| lorsqu'il lui doiuie l'absolution, qu'il le trouve dignement disposé à la recevoir. Il est néanmoins nécessaire qu'il ail une coouoissance sutTisante de l'état du péniteot, et une idée , au moins générale , de la qualité et ds nombre de ses péchés.

Loi^qu'uu pénitent, auquel son confesseur a jugét propos de différer ^absolution, s'adresse à un autre coulesseur, ce dernier ne doit point Teutendre^ nutf il faut qu'il le renvoie à celui qu'il veut éviter^ t moins qu'il n'y eut quelque forte raison d'agir autr^ meni^ par exemple, s'il étoit certain que le premier cuutesseur a eu tort dans ce délai ^ si ses pouvoirs avoient cessé depuis^ s'il n'étoit pas facile au péniteni de retourner se coniêsscr à lui ^ si ce pénitent / avoitmême une répugnance invincible et bien fondée.

Afin de rendre le délai de l'absolution plus utile et plus supportable au pénitent, il est bon encore, chaque

DE Péhitebce. 75i

Poisqu'il revient se tonfesser , si l'on aperçoit du ehan- >ement en lui, et qu'il travaille i se corriger , de lui [aire remarquer qu'il doit ces heureux coœiDeiicemens k ce délai ; en lui marquant , toujours avec plus de charité , les moyens de se rendre digne dç Tabsoluiion et de soriir de sou mauvais éiat: en lui donnant des remèdes toujours plus convenables ; eu lui enjoignant de Jaîre souvent des actes de conirilion et d'aunes qui loîent contraires à sa mauvaise habitude ^ eu lui recommandant de s'imposer de hii-mêmedes péniiencps et des pratiques particulières , outre celles que le confesseur lui aura ordonoécs, qui soient propres à l'aider à vaincre son mauvais penchant, et à faire counoîlre i''il est véritablement converti j en lui promettant de prier Dieu pour lui , et de le recommander au Seigneur dans le saint sacrifice delà messe. Utmerità hwfusmodi homines sciant , dit le clergé de Rome écrivant à Sdinl Cyprien, sibi etiam ipsâ mord mngis consuli-, ctjiiieliora necessariis diiationibus remédia prœsf<iri. £.ulîa ,si le pénilont néglige d'obe'ir à ce qu'on lui prescrit, il faut le reprendre j si on le voit ioibte, il faut le consoler j s'il est converii, il faut l'absoudre.

Afin que le refus ou le driai deTabsoIution ne puisse Ctrecounudeceux qui seront près du confessionoal, le conlesseiiT récitera sur le pénitent, ayant la tête couverte, Hisereatur^ etc. ei, tenant la main étendue surlui, il dira Indulgentiam , etc. et il lui donnera ensuite sa brné— dicliou. Mais il faudra l'avertir auparavant , qu'on lui donnera seulement la biintdictiou , non rabsolulioD de ses péchés.

Voici des règles particulières pour l'absolution des tnourans , que nous ajoutons à ce qui a été dit ci— dessusen parlant de la prudence du confesseur à l'égard des malades.

Si, pendant le temps qu'un malade se confesse, il Tient à perdre la parole , le contéssenr tirera de lui de», signes pat lesquels il puisse découvrir ses piclic'a et

^Sa Du Sacrement

sa douleur , comme il le pourra. Il lui donnera en« suite Tabsolution.

Si un malade perd la connoissance et la parole depuis Tarrivée du confesseur^ ou même auparavant^ il faut lui donner l'absolution , s'il a demandé à se coii-> fesser avant que de tomber dans cet état , ou s^il térooigoe le désirer par quelque signe. Il arrive souvent qo'un malade, pour avoir perdu la parole, n'a pas perdu la connoissance ^ quoique sa foiblesse le mette hors d état de pouvoir s'exprimer par aucun signe ^ mille eipé-* ricnces en font foi. S'il ne peut pas donner de sigoe^ le confesseur doit s'en rapporter au témoignage de ceux qui lui diront que le malade a demandé à se confesser.

A l'égard de ceux qui ne Fauroicnt pas demandé, et qui ne pourroient faire savoir , même par signe , s'ib ont de la douleur d'avoir offensé Dieu, et s'ils veulent se confesser, les confesseurs ne doivent point leur donner Tabsolution^Mais s'ils ont paru mener une vie régulière et chrétienne , les Sacremens sont pour les fidèles^ ainsi dans une occasion si pressante, ooos croyons qu'on peut, en toute sûreté de conscience, se conformer au sentiment des théologiens qui peusenl que, jusqu'à Ce TEglise en ait autrement décidé, on peut leur accorder l'absolution. Nous supposons cependaot pour cela ^ qu'il n'y ait aucune raison suffisante de juger actuellement impénitent , nn malade qui est dans cet état, comme ceux qui seroient surpris dans Fade du crime.

Il est important, dans les cas de nécessité pressante où le confesseur est appelé auprès d'un mourant qui paroit avoir perdu toute connoissance, qu'il prononce à ses oreilles, avant de l'absoudre , si le temps le permet, des actes de contrition, de foi, d'espérance et de charité. Cnr souvent , comme nous venons de Je dire, les malades, quoiqu'ils ne puissent donner aucun

signe extérieur ^ ont néanmoins intérieurement In^g^

de

DE Pénitence. 753

^e leur raison, entendent même et comprennent c% que disent les assistans.

De la Contrition du Pénitent.

I JES curés doivent instruire exactement et souvent leurs paroissiens , de ce qu'ils sont obligés de savoir sur la contrition, la confession et la satisfaction.

La contrition^ dit le saint concile de Trente (Sess* 1 4* cap. 4* de Pœnit. ) , qui tient le premier lieu entre les actes du pénitent , est une douleur de Came , et une détestation du péché que Von a commis^ avec résolution de ne plus pécher à Vai^enir. Ce mou* t^enient de contrition a été nécessaire en tout temps

pour obtenir le pardon des péchés Le saint con-^

cite déclare donc , que cette contrition ne comprend pas seulement la cessation du péché^ la résolution et le commencement d'une vie nouvelle , mais aussi la haine de la vie passée , suivant ces paroles : rejetez loin de vous vos iniquités... et/aites-vous un cœur nou* veau et un esprit nouveau.

Cette douleur doit avoir plusieurs conditions indispensables , sans lesquelles on ne peut recevoir la rémission des péchés. Elle doit être, i. surnaturelle, c'est* i-dire, excitée dans le cœur par le Saint- Esprit, etfondée sur les considérations que la foi nous enseigne; elle doit faire détester le péché comme étant une offense commise contre Dieu. Celui qui pleure son péché à cause de la honte qui lui en revient, et du châtiment qu^il en reçoit aux yeux des hommes , ou à cause de Topposition qu'il a avec la raison naturelle, n'a qu'une contrition naturelle et insuffisante. S'il détesto son péché, parce que ce péché estopp.osé à la justice souveraine, qu'il déplaît à Dieu, qu'il exclut du paradis, qu'il fait mériter l'enfer , sa douleur est surnaturelle. Le concile de Trente Ç^Sess. 6. can. 3. de justifie. ) a dé— Tome L B b b

^54 ^^ SACKEMBrr

fini quVn ne peut se repentir comme il faut pour çbtenir la grâce de la justification , sans tinspira^ tion prévenante du Saint-Esprit^ et sans son s^^coun. On ne peut doue dire, que ratirition naturelle soit suffisante, pourvu qu'elle soil appujfëe sur un moûrbonnête^ cest une proposition condamnée par le pape bnoceotXI.en 1Ô79, et déclarée hérétique par le clergé de France en i^oo.

!x. La contrition doit être intérieure, c^est-à^ire) qu'il faut qu'elle soit dans Time et dans le fond do cœur. Il ne faut pas se contenter de réciter du boni des lèvres un acte de contrition. Il ne suffit pas de dire de bouche , de lire , de s'imaginer , de penser qu'oB se repent d'avoir offensé Dieu. Cest le cœur, dit Jous- Ghrist (Mat th. i5. %^. t9« )) T^' ^^ '^ principe de tous les péchés , même extérieurs ^ cVst donc dam k cœur qu'il faut les détester^ c'est du fond du coear que doit partir la conversion. Convertimini ad me in toto corde î^estro^ dit Dieu (Joël 2. «^. la. i3.)f scindite corda vestra , et non vestimenta 'vestra. Jt repasserai devant vous ^ dit a Dieu Ezéchias , toutes les années de ma vie dans F amertume de mon âme* C'est un cœur contrit ^ brisé et humilié que Dieu demande du pécheur^ sans ce cœur^ toutes les maraucs extérieures sont inutiles. C'est pourquoi les saints Pères ont appelé la contrition, componction du cceur.Toul regret qui n'ôte pas la volonté et l'affection du péché) n'est pas suffisant pour une véritable contrition.

3. La contrition doit être universelle; c^est-à* dire, que cette douleur doit s'étendre à tous les péchés mortcb que Fou a commis , sans en excepter un seol^ puisqu'il ny en a aucun qui ne rende l'âme eschre du démon, et ennemie de Dieu. Si V impie Jait pêni^ tence^ dit Dieu (Ezech. 18. a>. ai* 3o. 3i.) de tous k$

péchés quil avoit commis il vivra certainemeni et

il ne mourra point.... Convertisse^^-vous eijaitapé^ nftence de toutes vos iniquités**** écartez loin dt^fttu

»E Pékitekce. ^53'

toutes tes prévarications dont vous vous ftes rendus coupables. Si l'on conservoit encore deraffeciion pour quelque péché monel, le retour vers Dieu ne seroit pasenlierj parce qu'on svroJt loujourg ennemi deUïeu, et séparé ae Dieu, qui est la source de loule justice et le souverain bien.

Lattache secrète et volontaire à uo seul péché mortel, empêche doue que la douleur que l'on a des autres ue ■oit une vraie contrition. Lorsque Jésus- Christ chassoît les démons des corps des possédés, il les chassoit (ous^ y en eût' il des légions entières, pour nous appreudre que nous devons délester tous nos péchés , sans en excepter uD seul. Fratres nostnos ,rt episcopos, et pres~ fyteros admonemus , dit le pajic Innocent II. ne falsis poenitentiis laicorum animas decipi^ et îii in/errium detrahi paliantur. Fnlsam autein pœnitentiam esse constat^ ciim spretis plurîbus ( peccatis) deunosoto pœnitentia agittir ^ aut ciiin sic agitur de uno^ ut non discedatur ah aîio : undè scriptum est : qui totam legem servai'erit , offenàat autem in nno ^ factus est omnium reus ( Jac. a. v. lo. ) ; scilicet quantum ad vitam œlernam. Sicutenim siquispeccatis esset omnibus involutus^ ita si in uno tantùrn maneat , œternœ vitœ januam non intrabît.

4- Le péché, qui est rolfeiise de Dieu , étant le plus grand de tous les maux , comme Dieu est le plus grand de tous les biens , il faut haïr le péché pir des- ■u9 toutes choses, comme il faut aimer Dieu par dessus toutes choses. C'est pourquoi la contrition doit être souveraine ; c'est-à-dire , qu'on doit être plus lâché d'avoir offensé Dieu, qu'onneleseroit de toute autre chose, M de la perte de ce qu'on a de plus cher , mcme de U TÎe. Cette douleur doit être souveraine appréciative^ ment, comme disent les théologiens ; c'est-à-dire, qu'elle doit surpasser toutes nos autres douleurs, sinon seiiliblement, an moins en préférence, en sorte que Ton lott prltà tout lacriûer -plutôt que d'offenser Oieu) Bbb a

fjSG Du Sacrement

parce que Von doit aimer Dieu préfe'raMement atout, au-dessus de tout, et de tout son cœur^ de toute mb Âme. de tout sou esprit, de toutes ses forces. Cdai (jui aime son père ou sa mère plus aue moi , n'est pas (ligne de moi, dit Jësus-Christ ( Matth. i o. v. 3^. ). On doit donc haïr souver.iinement tout ce qui éloigne de Dieu j et on n'aime pas Dieu, si on tui préfère quelque chose j 01) ne peut même lui faire . une plus grande injure, que par celte préférence. Mais il n'est pas oécassaire, afin que la contrition soit souveraine, que cette douleur soit sensible, et que le sentiment qu'ra en a, soit plus vif que celui qu'on auroit de tousla autres maux qui pourroieut arriver : car il faut distinguer deux sortes de douleurs dans la conlriiion : la première est la douleur intoricure, c'est-à-dire , le regret qu'on a dans l'âme d'a%'oir offensé Dieu ^ la seconde est le mouvement sensible que ce regret cause dans la partie inférieure. La coiitrilton peut être véritable, saiiS te inouvcmeni sensible qui n'est pas en notre pouvoir, et qui n'est pas une suite nécessaire de l'amour que noui avons pour une chose, mais qui est seulement rpflêl d'une affection sensible qui provient de l'expe'rience que nous avons de la Loiilé d'une chose ^ et , comme tout n'ont pas l'expérience du bonheur d'être unis à Diea >ar la charité , tous n'ont pas une douleur si sensible les péchés qu'ils ont cOmmis. C'est pourquoi, quoique cette douleur sensible plus grande et plus vive que celle qu'on sentiroit de tout autre mal, soit à désirer coniDie étant plus parfaite , elle n'est cependant pas nécessaire pour rendre la contrition vérilable : c'est le sentiawnl de saint Uonaventorc. Tandis que l'Âme est unie au corps, elle est plus cmuc par les objets sensibles. Si l'on craint le péché plus que tous les autres maux, on peut croire qu'on hait le péché souveraiuement. Poar reconnoître, daoi la pratique, si la contrition d'un pénitent est souveraine, il faut voir si yen vue des motiâ sumatuiels f*t ht foi nous découvre pour ba^r le péch^^ U ai iiue

nr^ Pénitesce. ^57

telle aversion, in'il soil disposé à ne le pins coin— mettre pour quel(]ue sujet que ce puisse èire, ei particulièrement pour aucuu des sujets qui l'y ont fait tomber.

Quoiqu'un confesseurdoivesercjouiriquandil trouve des pciiitciis qui lui prolestent que, s'il leur futioit souffrir la mort la plus cruelle , et perdre leurs biens et leur honneur , ils le soi^lTriroient plutôt que d'ofTensei- Dieu^ il n'est cependant pas de la prudence de pro— poser ces sortes d'épreuves à tous les peuîiens^ parce qu'il y a des esprits grossiers et foibles , sur Icsquén le3 maux temporels font plus d'impresiiioii que lei spi-^ rituels, et q^ie cela pourroît les jeter dans l'embarras ou dans le desespoir. On peut donc seulement proposer aux pénilens des occasions semblables à celles dans lesquelles ilssont tombes, ou d'autres qu'ils peuvent probablement rencontrer dansleur étal, et juger si leur coutritiou est souveraine par la cessation du péché, par le ferme propos et le commencement d'une vit: nouvelle , par la naine de leurs péchés et de leur vie passée, et par la disposition où ils sont de préférer Dieu à tout, de ne point TofTenserpour quelque sujet que ce puisse être, en quelque occasion que ce soit, et sur-tout lorsque celles qu'on leur propose se présente ro ut.

C'est le Saint-Esprit seul qui peut mettre dans l'âme une douleur qui ait toutes les qualités dont nous venons de parler. Lui seul peut amollir la dureté dii cœur , substituer un cœur de cliair au cœur de pierre, faire bair le péché et aimer la vertu, et nous faire

fémir devant Dieu de uos iniquités. Il faut donc que es pécheurs demandent à Dieu, avec des instances continuelles, cette contrition , cet esprit nouveau ei ce cœur nouveau.

Il y a, selon le concile de Trente (Sess. t^. cap. 4. de Pœnit. ) , deux sortes de contritions ; l'une parfaite , que l'on nomme simplement contrition ; l'autre imparfaite, que l«s thcolof'iens nomment attrîiion. Bbb 3

n58 TDv Sackemewt

La contrition parfaite est la douleur et la d^teslatiou du péché, rendue parfaite par la charité. Elle récorn cilié Vhomme à Dieu ^ avant même qu^U ait reçu aC" tuelle.ment le Sacrement de Pénitence. Il ne faut ce^ pendant pas attribuer cette reconciliation à la contrition seule , indépendamment du désir de recevoir le Sacrement , désir qui est renfermé dans la cortr trition.

A V égard de la contrition imparfaite que ton ap* pelle attrition^ parce quelle naît ordinairement^ m de la considération de la honte et de la laideur du péché ^ ou de la crainte du châtiment et des peines ; si , avec V espérance du pardon elle eacclut la ih)lonté de pécher , le saint concile déclare ^ non-seiH lement qu^ellene rend point Vhomme hypocrite et fins grand pécheur , mais encore qu'elle est un don de Dieu^ une impulsion du Saint-Esprit ^ qui "vérilO' blemcnt n'est pas encore habitant dans ihomme pé^ nitent ^ mais qui seulement le meut ^ et à Caide de laquelle il se prépare la voie à Injustice^ Et qiunqut Fat trition ne puisse pas par elle-même ^ sans U&h crement de Pénitence , conduire le pécheur à lajus^ tification^ elle le dispose toutefois à obtenir la grâce de Dieu dans le Sacrement de Pénitence.

Les confesseurs doivent sans cesse avertir leurs pénltens, de ne pas se croire en sûreté, en recevant le Sacrement de Pénitence, si, oulreles actes de foi et d'espérance , iis ne commencent à aimer Dieu comme source de toute justice. C'est pourouoi ils se souviendront de représenter aux pécheurs les motifs de charité qui se tirent du côté de Tinjure que le péché (ait a X)ieu , en les excitant à la douleur de leurs péchéi, parce que Dieu est infiniment bon et infiniment ainiable , et que le péché lui déplaît. C'est la doctrine du clergé de France, qui s'est ainsi expliqué sur cette matière dans l'assemblée de 1700.

Quand à ce qui regarda V amour de Dieu^ égok^

DE Pisrreiice.' •jSq

tent requis dans le Sacrement de Baptême pour les idultes , et dans le Sacrement de Pénitence^ qui est m Baptême laborieux j pour ne point omettre une nstruction nécessaire^ nous avons cru-devoir^ après s saint coneile de Trente^ enseigner et établir prin- ■ipalement ces deux points : le premier , que per~ orme ne doit croire que la contrition^ requise pour •ecevoir ces deux •Sacremens , soit celle que la cka— ité rend parfaite , et qui. jointe au vœu du Sa- •rement , réconcilie l'homme avec Dieu avant l'ac-r uelle réception du Sacrement. Le second , que peronne ne doit se croire en sâreté en recevant cet leux Sacremens^ sij outre les actes de foi et d'es- *érance,iinfi commence à aimer Dieu comme source fe toute justice.

D'ailleurs personne ne peut accomplir , comme il îiMf , la résolution de commencer une nouvelle vie , et îe garder les commandemens de Dieu , nécessaire îans l'un et dans l'autre Sacrement , ^ 'i7 néglige le iremier et le plus grand de tous les commandeminis j ^ui nous oblige d'aimer Dieu de tout notre cœur , <t s''il n''est au moins dans une telle liisposition qu'il •euille^ et qu'il s''excite à taccomplir avec le secours îe Dieu.

Pour exciter pins facilement lespenitens à concevoir le la douleur de leurs pécWs par le motif de l'amour le Dieu I les confesseurs , après tes avoir effrayes d'a- >ord, sur-to)i[ s'ils sont coii|»abIes de ppcliés mortels, >ar la vue des jugemeiis de Dieu et des peines de l'enèr, leur feront sentir la patieace et la tniséricorde du ïeigueur, qui ne les a point traités comme leurs pé- :be> te mériioienl; <]ui leur a donné par bonté le .emps et le moyeu de faire pénitence , et les a retirés du nauvaîs état où ils étoieot , en les attirant à lui par dif- 'érenies inspirations; en les forçant, comme malgré eux, i revenir à lui par les remords de leur conscience, et }ar dUTéreutes épreuves propres à les tonoher et à leur Bbb 4

^6o Du Sacrement

donner le désir etia voloniédese convertir et de changer de vie; en répandant ramertume sur tous leurs plaisirs^ pour les réduire à celte salutaire indigence qui les a obiigà de rentrer en eux-mêmes, et les a déterminés enfin a aller se jeter entre ses bras. Il leur fera rcconnoitre tout ce que Dieu a fait pour eux, qu^ii ne lésa jamais perdus de vue , qu'il n'a jamais cessé de les appeler et de les attendre, de les inviter, de les rechercher ^ de les solliciter; qu'il a mille fois essuyé leurs rebuts et leurs mépris , en essayant de les ramener.

Pour inspirer aux pcniiens une plus grande confiance en Dieu^ et les engager à tout attendre de si bonté, les confesseurs leur parleront des ressources iofinies qu'ils ont dans, les trésors de sa miséricorde; da consolations dont il remplit les pécheurs véritablement convertis; des bienfaits par lesquels il se les attache^ pour leur faire oublier toutes les fausses douceurs du péché; de la tendresse paternelle qu'il leur témoigne, lorsqu'ils reviennent sincèrement à lui , en les revêtant de leur première robe, en les rétablissant dans tous lenrs droits, en leur accordant une réconciliation pleine et entière, en leur marquant, en mille manières difTércntes et que Ton ne peut exprimer, les sentimens de son cœur pour eux. Ils parlerontà ces pécheurs de la facilité et de Tempressemeut même avec lesquels Dieu leur rend son amitié; de la joie enfin qu'il ressent de leur retour et de leur conversion , comme s^il y trouvoit quelque avantage; joie qui est telle, qu'il s'en fait féliciter par les anges et les âmes bienheureuses. Rien n'est plus propre à nous convaincre de la bonté paternelle du Seigneur , que les paroles de Jésus-Christ^ rapportées dans l'Evangile selon saint Luc ( Cap. Xf^. ), lesquelles les confesseurs rappelleront aux pénitens, pour leur inspirer les motifs d'amour pour Dieu , qui doivent accompagner la douleur de leurs péchés.

Ils feront voir aux pécheurs, qu'ils se rendroient coupables de la plus monstrueuse et de la plus énorme ia-

DE PÉSITENCE. 761

gratitude, s'ils ne répondoient aux amoureuses iavitalîons du Seigneur, que par le mépris desa bonté, de sa patieoce et de sa longue attente, et s'ils refusoient de se rendre. Ils insisteront sur rempressement que nous devons avoir à retourner à lui quaoaiious Tavons ofTensé, et sur le danger du plus petit reUrdetneot à se rendre quand il appelle.

A toutes les considérations de la bonté infinie de Dieu, qui est notre créateur, à qui nous devons tout, et qui nous aime plus que Ie& meilleurs pères n'almeutpour leurs enfans, les confesseurs ajouteront tout ce qu'on peut dire sur les perfections infinies de Dieu. Us leprésen— teront aux pécheurs que Dieu est infiniment aimablej ils les feront convenir des troubles dont leur cœur a ^té agité , pour avoir voulu chercher leur repos et leur bonheur ailleurs qu'en Dieu ^ entiu , ils leur parleront de l'amour ineffable que Dieu nous a témoi^^ue en nous donnant son Fils , du prix de tout ce que Jésus-Christ a fait pour notre salut, ae ses douleurs, de ses souffrances, de sa mort, et de toutes les grâces attachées à celle de la rédemption. Ces motifs, représentés aux pénîlens avec force et avec douceur, doivent les toucher elles porter à s'afQiger d'avoir offensé un si bon père , un Sauveur 5t miséricordieux et si bienfaisant, et à revenir à Dieu par amour. iVlais il est essentiel queles confesseurs n'oublient jamais que, pour parler dignement de l'amour de Dieu ,et pour réussir à en enflammer le cœur des autres, il faut en être embrasé soi-même.

La douleur d'avoir offensé Dieu ne pent être que fausse, si elle n'est accompagnée d'une résolution sincère de ne plus pécher à l'avenir, autant que la fragilité humaine peut le permetire. Car c'est se moquer de Dieu d'avouer qu'on t'a offensé, sans en avoir du regret^ c'esr une illusion de dire qu'on est fâché d'avoir commis ce qu'où est encore résolu de commettre, d'avoir fait ce qu'on veut faire encore. La pénitence sincère doit exclure toute affection au péché: or, celui qui ne seroit

^67 Dû SAr.RBMEKT

tas dans la résolution ferme et sincère de ne plus retom* er dans le pëché, Tairaeroit encore. Multi^ dit saint Augustin , assidue se dicunt esse peccatores^ et tamen ^dhuc illos détectât peccare. Prqfessio est^ non emaudatiof accusatur anima , non sanaiur ; pronunciatwr offensa^ non toUittir. Pœnitentiam certam nonfacit^ nisi odiiim peccati et amor Dei. II est donc, important que les confesseurs s^assurent de la vérité de la coRtritton des pénitens. C'est un article sur lequel ib sont oblifjés de se conduire avec beaucoup de circonspectioo. Yoici quelles sont les règlesquMls doivent suivre^ pour faire ce discernement, sans donner dans aucnn excès*

1. Quand un pécheur s'accuse d^un péché mortel dans lequel il ne tombe pas ordinairement, et qui oe faisoit pas la matière des confessions précédentes, le confesseur doit le croire, s'il dit qu'il est résolu à ne le plus commettre, et s'il donne les autres niarques <ie douleur. Si potutant, ce péché mortel, quoiqu'une seule fois commis, est des plus énormes, comme sont un homicide volontaire, une fornication, un iaceste,uB adultère consommé , ou antres semblables , il est mieux ordinairement de différer l'absolution au pénitent, pour lui faire sentir l'énormité de son crime ^ et l'obligatioa qu'il en a d'en faire pénitence.

2. La rechute dans les péchés véniels, ne prouve pas toujours que ceux qui s'en confessent, n^^avoient point une résolution sincère de ne plus les commettre. Dieti permet souvent, pour humilier les justes ^ et les tenir toujours dans la vigilance , qu'ik ne se corrigent pas aussitôt qu'ils le vouaroient, des fautes vénielles dont ils s^accusent ordinairement.

Il faut remarquer, à cette occasion, que la contrition d'un pénitent qui ne se confesse que de péchés véniels, est suffisante , s'il forme la résolution d'éviter les péchés véniels en particulier dont il s'est accusé , et de travailler à s'en corriger, autant qu'il lui sera possible, quoique son bon propos ne s'étende pas sur tous les péchés

DE PÈNITEBCE. 763

nids en gênerai. La raisou est , qu'il v « de la difiV'rence eaire la câulrinoa qu'on doit avoir des péchés mortels, et celle qui ne regarde que les péchés véiiieb : car celle <]ne l'on conçoit des poches mortels , doit nécessairement renfermer une forte résolution de n^en plus jamais commettre aucun \ parce qu'il est eu noire ponvoir, avec le secours de la grâce, de n'y plus retomber, ei que, sans ce bon propos, on tiepourroit pas recevoir la grâce jiislifianie, à laquelle le péché moriel est un obstacle cet tain. Mais il n'en est pas de mâme à l'égard des péchés Teniels: car il suflit que le pénitent ait au regret de les avoir commis, qu'il soit dans la volonté sincère de les éviter autant qu'il pourra, et que le penchant qui le porte au péclié véniel lai déplaise, sans qu'il soit obligé d'avoir U rcsol.iiioii de ne plus pe'cher véniellemenl ; ^tant iitijiossibli' à Ihommi^ aéviler tons les péchés véniels, (.'l'si la diirtriiiede saint Thomas (iii. 4. àist. itS q.i.art. 3. f/r(rp.\f/nric.3. Ofi. a.).

3- Il Oi II se SOI venir de ce que nous avons déjà dit, que la icchnie., même dans les péchés mortels, n'est pas tuiiJDurs une preuve que la douleur qu'on a eue de ses péchés, et la résolution de ne tes plus commettre, n'éloiiutt pas ïiucères; parce que, comme nous l'avons ea - tnéme temps remarqué, confurmémeni à la doctrine du concile de Trente, pour avoir reçu la rémission de ses P'Thés, l'ho'mme ne devient pas impeccable: la rechute

Î>cut être l'eflTet de la légèreté , de l'Inconstance et de la bible^se humaine. Les conversions véritubles ne sont pas toujours suivies d'une persévérance qui dure jusqu'à la mon ; mais II est certain qu'elles arrêtenf le cours des' péchés. Le Sacrement de pénitence peut retenir pendant Quelque temps; mais, à moins qu'après l'avoir reçu, Ibomme ne yeille coniinuellement sur lui-même, il retombera sansdnuto, suivant l'oracle de Jésus-Chrisi. f^ilatë et nrate , «f non intretis in tentationem^ spiritusqnidrm prompt ns est ^ caro autem injirma. 4* U&utMdéâer d'une rechute daus le pcdiémortelj

1^64 Du Sacrement

quand elle a suivi de près Tabsolution. Elle est ordinairement une preuve que la douleur d^avoir pëché. et la résolution de ne plus pe'cher, e'toient foîbles dans le pénitent, sur-tout s^il est retombé dans les mêmes p^hés mortels dont il s'étoit confessé; à moins qu^il ne paroisse quecette rechute vient depurefbiblesseetnonde 1 attadie au péché. Ou ne peut juger prudemment qu^un pénîteuiaiteu une véritable contrition, lorsque, dansToccasion qui s'est présentée, après rabsolution reçue on différée, il s'est encore laissé aller volontairement et avec facilité aux mêmes péchés mortels dont il sVloit accusé.

Nous avons parlé ci-devant des égards quon doit avoir aux promesses de ceux qui sont dans Thabitudeet dans loccasion du péché,, et de la manière dont les confesseurs doivent les conduire.

Celui qui ne se confesse que de péchés véniels et qui n'a la contrition d'aucun , fait une confession nulle et sacrilège; nulle, par le défaut d'une partie essentielle du Sacrement, telle qu'est la contrition, et par le défaut de matière sudisaute pour la validité du Sacrement; sacri-' lége, parce que c'est profaner un Sacrement que de le rendre volontairement sans effet, et d'en faire appliquer inutilement la forme, faute de la matière requise. Les péchés, quels qu'ib soient, ne sont la matière du Sacrement de pénitence, qu'en tant qu'on les confesse avec une véritable douleur de les avoir commis^ et une sincère résolution de n'y plus retomber. Le confesseur doit donc différer l'absolution à ce pénitent, pour lui mieux faire sentir sa négligence, et sa faute d'approcher du Sacrement avec de pareilles dispositions. On ne reçoit point, dans le Sacrement de pénitence, la rémission des péchés véniels dont on sa confesse, si l'on n'est résolu de s'en corriger. Nec quemquamputes^ dit saint Augustin • {Ep> 43. ) à quocwnque seu magno seu pan^o peccato ad correctionem sine pœnitentiâ passé transire. Les confesseurs de certaines personnes, prétendues dévote?

DF. PisiTEKCF. ^65

doivent y faire grande atleoiion. Quelques-unes se confessent de petites vanités, d'impatiences, de murmures, de déliances , de jalousies , de railleries et d'autres faules semblables, sans penser sérieusement à s'en corriger. £Ues disent, en se confessant, qu'elles veulent s'en abstenir, et un moment après elles ne le veulent plus. D'autres sont même eu ccite erreur, de croire qu'il sufiit de se confesser de ces sortes de fautes , sans se mettre en peine de s'en corriger , parce qu'elles ne les regardent que comme de très-petites fautes. Erreur que saint Bernard, dans le premier sermon sur la conversion de saint Paul, traite d'impénitence et de blaspliême. JVemo dicat in corde suo , levia sunt ista , non euro corrî~ gère, non est magnum, si in iis marteam venialibits minimis que pecccUis : hœc est eiiim impœnitentia^ hœc bUtsphemia.

Quand un pénitent , qui ne s'accuse que de péchés véniels, se trouve avoir une affection volontaire pour quelqu'un de ces péchés légers , ce qui se peut recoouoîlre parles fréquentes rcchiilcs dans le même péché, et par le plaisir qu'il sent à le commettre , il faut s'efforcer de le détacher de ce péché par les motifs convenables, lui prescrire les remèdes que l'on jugera les plus propres pour l'en corriger : par exemple, lui ordonner de fairetouslesjoursun examen particuîierdu nombre de fois qu'il l'aura commis, y ajouter une pénitence qui puisse le gêner, et qu'il fera autant de fois qu'il sera retombé dans ce péché, lui recommander de prier Dieu de lui donner tes seutimens de douleur et la haine qu'il doit avoir de ces sortes de fautes. Si cela ne réussit pas, il faudra , pour l'obliger de mortifier davantage sa mauvaise inclination, et pour le fjire entrer dans les seutimens de contrition ou il doit être ,'lui différer l'absolution pendant quelque temps, en l'exhortant à changer M mauvaise disposition à l'égard des péchés véniels.

Pour se bien persuader de l'attention avec laquelle un coofetseur doit s'appliquer à purifier' les âatea des

^66 Du Sacrement

péchas légers , il faut observer que la charité a daix enuemis ^ qui sont le péché mortel et le péché véiiieL Le premier ne porte point de coup à la charité, qoi ne lui soit le coup de la mort ^ lé second ne fait jamais d'atteinte mortelle à la charité , mais il Tafibiblit en telle sorte, qu'il la réduit à ccder peu à peu le terrain, pour ainsi dire, et qu'il la dispose, quoique de loin, a abandonner enfin Tâme tout-à-fait. Supposé donc qu\in pénitent ait déjà conçu une forte haine contre 1 ennemi capital de la charité , c'est-à-dire, qu'il déteste de tout son cœur le péché mortel ; ce qu'on i désormais h faire, c'est de lui inspirer aussi de 1 horreur pour le péché véniel : car, s'il ne le hait véritablement, il n'arrivera jamais à la perfection; et peut-être même tie se couservera-t-il pas dans la grâce. Deux considérations le porteront à haïr ce péché : premièrement, l'injure qu'il fait à Dieu; secondement, le tort qui! iQOus cause à nous-mêmes.

Il faut d'abord distinguer trois sortes de péchés véniels. Les premiers sout ceux qui se commettent par inadvertance , et par une foiblesse inséparable de la nature corrompue. Les autres sont ceux qui se commettent avec réflexion et avec vue, mais en matière peu im-

{)ortante en elle-même ; tels sont les vains discours, es mensonges ofBcicux , etc. Les derniers sont ceux qui se commettent aussi avec réflexion et qui sont outre cela mortels de leur nature ; mais qui de\ iennent véniels, Ou parce que le consentement de la volonté n'est pas entier^ ou parce qu'il manque quelque chose à ce qui en fait la matière: telles sont les médisances qui ne font pas un préjudice considérable, les petites vengeances exécutées ou projetées , etc.

C'est à ces aifTérens degrés de fautes qu^cin confesseur doit pro)>ortionner ses instructions. Car le Seigneur, qui sait combien nous sommes foibles, a plus d indulgence pour les péchésde pure fragilité, que pour tous les autres, qui lui déplaisent , à proportion de laréflexioD|

DE PÉMITEKCE. 767

de la malice ei de la hardiesse dont ils sont accompagna.

A la vérité , ou ne peut pas dire que celui qui est coupable d'une légère iiilraciiou de ta loi , méprise ab— solumeul le suprême Législateur, mais il est pourtant certain^ qu'il te respecte beaucoup moins qu'il ne doîti il ne tourne pas le dos à la lumière incr^ée , piais il n'en suit pas non plus toute l'impression ; il ne bail pat la bonté infinie , mais après tout il t'aime foiblement^ il ne se révolte pas louuà-fail contre la souveraine puissance du Seigneur, mais il ne laisse pas d'en négliger quelques ordres :, en uij mot , il ne s'éloigne pas tellesnent de Dieu, qu'il vive séparé de lui, mais il le fait assez, pour ne lui demeurer pas étroitcihent uni.

Ainsi l'on ne sauroit nier, qu'un péché, m^me vrniel, n'ôte au Créateur quelque cnosede la gloire qui lui est due ^ que par conséquent il ne lui déplaise avec raison, et qu'il ne soit un mal d'un 6rdre stipérieur à tous les autres maux , excepté au seul péché mortel. D'où il s'ensuit que , si la desiriiction de tous les hommes et du monde entier se irouvoil en concurrence avec uo péché véniel , il n'est personne qui ne dût mieur aimer l'un que de consentir à l'autre. Dieu est un être si au-dessus de toutes les chuses créées , qu'elles ne sont rien comparées à lui: le bonheur donc oe lotiies les créatures , en parallèle avec te plus iégir mécontentement que nous puissioiisluî causer ,nedoit rire compté pour rien ; toutes les créatures devroient même chobir plutôt d'éire anéanties que d'otTenser leur Créateur dans la moindre chose-

Pour juger combien le péché véniel offense Dieu el lui déplaît , il suflîi de réfléchir sur ta sévérité avec laquelle il le piinit. Tous les maux de ce monde vinssentils fondre à la fois sur un bomme coupable d'un péché véniel , ils ne seroient point un châtiment qui approchât des peines que Dieu tui réserve dans l'autre vie. Et ea enet, ces peines étant d'un ordre supérieur, sont infiuimeul au-dessus .de toutes celles qu'où peut souffrir

768 Du Sacbemekt

ici-bas. Le feu , ce tourment déjà si sensible, est alluiniB dam le purgatoire par la main toute- puissante de Dîeo, qui lui donne une aciîvitë inconcevable. Sa saiulâé, ennemie de tout pcché , 'l'oblige de retenir dam ca flammes durant plusieurs années , non une ftme digu de sa haine, comme elle le seroildans Tcnfèr ^ mais une Âme qui est l'épouse de Jésus-Christ, une âme victorieuse pour jamais du démon, de la chair et du moude. Dieu la cbâiie de la sorte, celte âme qu'il aimej et il le fait pour des manquemens qu'elle a même pleoréi, mais pour le^queb elle n'a pas eoiièrement salislàïL A quel point le péché véniel n'olTense-t-il donc pu le Seigneur T à quel point Thomme chrétien ne doiiil pas le haïrf Cependant, comme les choses à veoiriie frappent pas également tout le monde, quelque redoiitahles et quelque prochaines même qu'elles soirnt, il est à propos de montrer quel tort le péché véniel fait à une âme qui se consacre au service de Dieu. La durité paiTai le devant être son bul, il faut lui découtrir quel obslacle y apportent lesmoiodres fautes, et quelle aversion par conséquent elle en doit avoir.

Le prix inestimable d'une charité sans partage, c'ot d'être une amitié parfaite entre Dieu et l'âme. Fcas êtes mes amis^ dit Jésus-Christ aux apôtres, (/oan. i5. V. i4- >5 ). Si vousj'aites ce que je vous commandt^ je ne vous donnerai plus le nom de serviteurs. Or, les péchés qu'on nomme légers, sont contraires à cette amitié parfaite^ lorsqu'on jr a toujours de l'altacbe, ils altèrent insensiblement, et détruisent à la fin touia les qualités de celle amitié , qui sont l'union des ctenn^ la communication desbieDs,rexercicemutuel del'amoor et la constance de cet amour.

Premièrement, lunion des cœurs est s i nécessaire î l'amitii-, qri'elle semble, selon saint Augustin, vo làire l'essence. JSndem velle et eadem noUe^ ea detnùmptr' /îecta amicitia est. Or , quoiqiue le péché véniel M rompe pas cette hcureuw iimon ^e k grlcv saDcft-

fimu

DE PÉNirENCE. fSg

nte a formée entre Dieu et rhomme, il l'anbiblit inmoîus assez , pour lui fairt perdre le caraCkcr« mïtié intime. L'âme De laisse pan d'aimer eocure eu^ mais elle ne t'aime pas autant qu'il doit et veut e aimé, puisqu'elle aime encore cpielque chose (|u'«1Ib lime pas pour lui. Minus ^ Domine ^ te amat^ dit nt Augustin, quitecum aliqiUdamat^ quod proptet. non amat.

Secondement, la communication des biens est in— ie du côté de Dieu. 11 s'est donné à nous dans le rslèrederiucarnationi ilestprêl à se donner encore lous dans tout l'éclat de&a gloire. Mais quel obstacle met point à l'efiTusion de cette libéralité immense , trarice d'un cœur qui lui refuse si souvent des ba- Lelles P On prétend se disculper sur ce que ce ne sont e de petites choses qu'où «accorde, au lieu de les sacrifier. L'ingratitude en en d'autant plus grande notre part^ Dieu en est d'autant plus sensible à nos us, lui qui n'omet rien pour s'acquérir tout notre tur.

Troisièmement, la vraie amitié demande une corpoiAdance mutuelle, qui consiste à s'en donner les noignagesde part et d'autre^ car, tant que l'affection meure cachée, elle est moins une amitié véritable, 'une simple bienveillance. Or, comment l'amour :iproque s'exercera-t-il entre Oieu^ et l'Âme qui l'ofise par mille infidélités f Quelle peut être la dispo— ion de Dieu pour elle, sur-tout dans le temps le M propre à l'exercice de l'amour mutuel, c'est-à— -e, dans le temps de l'oraison f Alors on devient aide et distrait tfans l'entretien avec un Dieu qu'on reproche iulérieurement de n'aimer pas assez, et ut on doute fort qu'on soit aimé. Dieu, refroidi de <i côté, ne se communique point à une âme liède^ la manière douce et consolante dont il a coutume traiter avec ses amis^ il lui retire ces délices, ces reurs spirituelles qui nous adoucissent la pratique du Tomt L C c c

bien, et nous y soutiennent eu mille occasions où nooi sommes tentés dy renoncer.

Quatrièmement , la parfaite amitié veut de la constance: omni tempore diligit qui omit us est^ dit le sage (^^rof^. 17. 17 ). Mais Tamitié^ fbrmre enire Dieu et rbomme par I infusion de sa grâce, ne sera pas de longue durée, si l'homme sliabitue au péché véniel, jusqu'à ie commellrc eu toute rencontre et sans scrupule: îine funeste expérience nous apprend que Thabitude 'de ce péchc conduit enfin au pécbé mortel et à la ueiie de Tamilié de Dieu.

Le péché véniel dispose au péché mortel en dcui manières, directement et indirectement. Directemeur, en ce qu'il fortifie la passion^ qu'il la rend plus vi\ei se satisfaire, er la laisse toujours remporter quelque îiouvel avantage; en ce qu'il rassure chaque jour la conscience sur ses justes craintes, et en étouffe peu à J>eu les remords^ en ce qu'il afToiblit Tâme, et la jette dans un état de langueur où elle est presque incapable de faire aucun effort. Et que deyicndra-i-elle, si le tentateur lui livre alors une violente attaquef II importe peu que ces fautes ne soient pas considérables en ill«mcmes j il est question du malheur extrême auquel rllei aboutissent tôt ou tard. Est-ce qu'on ne vient pas d une iucominodité légère à une maladie mortelle? Quîvoudroit remontera la source des chutes hontenscf de plusieurs personnes éminentes en sainteté, irouveroit que îes péchés véniels en ont été la cause. Les principes de chdque chose, dans la nature, ne sont presque rieu; "ti cependant quelle force n'ont- ils pas pour produire les dIus grands effets. Il en est de même des peiîts péchés, qtii sont comme le germe des plus granà'. NoU despicere peccata tua , quia parva suut , dit Saint Augustin ( Serm. 44- àe tempore. ) .• nom et pluyiaium guttœ swit^ sed Jhimina implcnt ^ et moks 'trahunt , et arbores cum suis radicibus tollwit. liiomme les gouttes d'eau, quelque petites qu elles soietit,

DIÎ Pémitebce. ^ijl

lorsqu'elles tombent en abondauce, remplisscDl les litt les plus profuuds des grandes riviéresj aiii<ii , l'habitude des pécbés véniels^ contractée par la répétition de ces fiules légères , devient souvent ta dernière disposition au pécbé mortel. Ccst ausïi la pensée de saint Crégoira le griud, dans son pastoral ^ part. 3. Avert. 34'

il arrive encore plus souvent que le pécbé véniel conduit iudireclement au péché mortfil; c'esit-à-dire, que la multitude des petites infidélités devient au Seigneur une raison de s^éloîgner de nous ; de n'avoir plus pour nous ce soin spécial qu'il emploie à la sûreté de ceux qui le servent avec ferveur ; de nous retrancher une partie des secours qu'il prodigue à ses vrab amisj contre les efforts du tentateur ^ de nous donner, dans tons nos besoins spîrilneis , le nécessaire et rien davantage; en un mot, d'en user avec nous comme nous en usons envers lui, suivant l'expression du prophète roi: ( Ps. 17. V. 37. ): cuni clecto eleclus eris,, et cuniperverso perverteris.

Enéu, pour engager ceux qui tombent frûquemmcnl dans des péchés véuiels, à en concevoir de la douleur, et à former une résolution ferme et sincère de s'en corriger, nou-seulemenl un coufessciir doit leurre— présenler que, quelque petit que soit le péché véniel , ils en rendront compte à Dieu; et leur faire sentir que, tout léger qu'il paroît, puisqu'il souille l'âme, puisqu'il la blesse, il est indigne d'un chrétien de le souffrir. Ta dicis quia parvum peccatnm est^ dit saint Augustin, dans le même sermon que nous venons de citer ^ ve— lim scire quoties taie pcccatum mlmitlis , si tôt parvulas pUtgas in cor pore, et tôt maculas aiit sctssuras in vestibus tuisjii'ri velis. Chm ergo in corpore ttio pUtgas^ nec in vestibus tnis scissuras 'vcl maculas Jieri acquiescis , qud cànscientid hoc facere in anima tud non jnetuisF

Ces considéraiioni ont fnit gérair amèrement les SuDt» des faute» les plus lé gcres> Ou en a vu détester C c c 3

-J'y 2 Du Sacrement

leurs moÎDcIres infidélités , jusqu^au point d^en être eo quelque sorle inconsolables, et de les regaider comme auiaut de crimes énormes. Ces ftmes pures savoient combien le péché véniel est pré j udiciable à nous et injurieux au Seigneur. Plut à Dieu que tous les pénitens lussent remplis des mêmes lumières ! Comme c^est pou^ aimer Dieu, que Thomme est capable d'amour; aussii c'est poqr hair le péché, quel qu'il soit, que Thomme est capable de haine.

Il faut conclure de tout ceci, que les confesseurs qui «''embarrassent peu de purifier les âmes des fautes Ténielles, manquent à leur devoir dans un point trèsessentiel. Us laissent leurs pénitens se confesser tonjoum de ces sortes de péchés, sans beaucoup de douleur de les avoir commis , et avec encore moins de résolution de s en corriger. Quelle conduite ! Si ces ministres nésligens dirigent, par exemple, un homme colère, fier, bauiain, dédaigneux^ ou bien, de ces âmes indolentes, oisives, inappliquées à tous leui^ devoirs^ s^ils dirigem de ces gens enclins à tourner tout en plaisanterie, iattentifs à plaire par de bons mots , occupés à mettn ar-tout de l'enjouement^ ou bien, de ces esprits mé« ancoliques, ombrageux, attachés à leur sentiment ; ils souffriront que des hommes si imparfaits vivent tranquilles dans leur état, dans Thabitude de faire des péchés véniels sans nombre. Cependant, puisqu^un seul péché léger entraine après soi tous les maux aont nous avons parlé, quelles malheureuses suites n'en a-t-on

£as à craindre, quand il est multiplié presque à rinfioif lais , u'eût-il d'autre effet que d'empêcher Touvrage de la perfection, ne seroit-ce point un assez grand mai pour animer un confesseur à y remédier, s'il est sensible, autant qu'il doit Têtre, à la gloire de Diea et à l'avantage de ses pénitens ?

On doit remontrer au lâche chrétien la vie indignç qu^il mène, la multitude de ses infidélités, la facilité étonnante avec laquelle il les a commises ^ la maijips

nB Pénitence. 7^3

IncrojaMe que chacune d'elles renferme. On doit le porter à les détester en général et en particulier, à en arracher de son cœur toute affection, et à la convertir en une haine qui ne puisse plus les y souffrir. // n'est point dépêché si léger ^ dit saint Augustin, quil ne cause un grand préjudice^ tandis quil plait. Ou doit reprétenier au pénitent qui conserve de l'affeciion

Èour le péché véniel, quelle injustice il a faiie à son >ieu, en se relirant de sa sainte volonté, et en lui retranchant de sa gloire, dont le moindre accroissement est préférable à tous les avantages de la terre. Le re-

{>entir sincère que ces motifs lui feront concevoir, sera a guérison du mal présent, et l'horreur qu'on lui aura d'ailleurs inspirée de ses fautes, en sera pour l'avenir un préservatif efiicacc. Je me suis éloigné, disoil le prophète roi (^Ps. ii8. f. loi.), de toutes les voies qui conduisent au mal^ afin d'observer fidèlement vos saintes ordonnances.

C'est au confesseur à marquer à ses pénitens ces voies qui conduisent au mal, et à les leur interdire selon leurs hesoins personnels. Lorsque, par exemple, il en voit de trop attachés à l'argent , il doit leur conseiller d'en confier la dépense a d'autres, si cela se peut, ou leur prescrire des aumônes à proportion de leur attache. S'il en voit de trop délicalS'Sur leur santé, il doit leur défendre une infiniic de soins et de méuacemens, plus propres è diminuer qu'à conserver leurs forces. A l'homme vaio, qui cherche toujours à briller dans le commerce du monde, il faut retrancher du nombre de ses entretiens, autant que son état et la bienséance le permettent. Aux esprits toujours dlsiraits dans leurs prières , il faut leur ordonner quelques lieures de retraite et de recueillement, etc. Les maux se guérissent ainsi par des remèdes contraires. Il faut lire ce Iui est dit de l'aRreclion au péché véniel, en parlant e la phjdeuce des confesseurs pour bien régler les communions des pénitens.

Gcc 3

^74 I^^ Sacremekt

Un conFessenr ne doit point s'inquiéter an sujet i$ la couiriiiou des personnes qui (réqueutenl les Sacremeus et ne s'accusent que de pèches véniels : csr| comme elles donneut des preuves de leur amour pour Dieu, (iar la ré{{ulariié de leur conduite et parles dispositions qu'on remarque eu elles de vooloir ètrt lidèles au Sisigneur et le servir, on doit bien juger da regret qu'elles ont des moindres péchés qu'elles cornmettent, et de la résolution où elles sont de les éviter à Tavenir.

Quand des personnes qui vivent dans une continuelle crainte de Dieu , se plaignent de n'avoir pas de contrition ni d'amour de Dieu ^ cela ne vient que de ce qu'elles voudroient sentir la contrition , et c'est une marque assure'e qu'elles en ont une très- véritable.

Les confesseurs ne doivent pas, gonéralemeut parlant^ supposer que les pénitens ont une véritable douleur de leurs pèches, et qu'ils sont dans une ferme résolution de n'y plus retomber. 11 faut qu'ils s'en assurent par des signes moralement certains, et qu'ils ne croient pas toujours que des pénitens ont ces dispositions, pares qu'ils di<ient les avoir : car tous disent qu'ils se repeuicot deleurspéchps,etqu*ilssont rcsoltis de ne les plusconi' mettre: cependant Texpérience fait voir que tous n'ont pas une véritable contiirion^ que les conversions par^ ^ites sont rares; et que rien n'est plus commun qae le drfaut d'un véritable changement de cœur. Les uni paroissent avoir une véritable douleur de leurs péchés, mais ils n'ont pas un ferme propos de n'y plus retomber; ils n'en ont qu'une simple velléité, trop foible pour leur faire prendre les moyens de ne les plus commettre. De la vient qu'à la première occasion , ils font ce qu'ib disoient être f&chés d^avoir fait. D antres ont un ferme propos de ne plus retourner à leurs anciens désordres,

Î)arce qu'ils ne sont plus dans l'occasion, ni mêmedani e pouvoir d'y tomber, ou pour quelqu'autre motif purement humain } mais souvent ils iiWt pas tmesa-

HE PsXITRNCE. 'jnS

cère douleur de s'y être laissés aller, ou ils ne se sont

Sas disposés à faire des œuvres de péniteuce capables e satisfaire à Dieu pour leurs péchés. Les autres ont de la tristesse, non des péchés qu'ils ont commis, mais

<las suites lâcheuses qui les ont accompagnés, lesquelles ilj se représentent plus vivement que rolTeiise de Dieu. Ce qui fait voir avec quelle attention un confesseur doit evamitier si le pénitent est véritablement dans le dessein de sali^^faire à Dieu par des oeuvres de pénitence ; si la douleur qu'il marque avoir, est une douleur sincère et véritable d'avoir ofTonsé Dieu; si la résolution qj^il proteste avoir priiic de ne phis l'oflouscr est lèt me, constante, et assez furie pour lui faire embrasser les moyens propres, afni de ne plus pécher mortellement, et de ne pas retomber dans les mêmes fautes. Car la véritable contrition renferme tout cela ^ si l'un ou l'autre manque, on ne doit pas croire que te nénlteat ait lu contrition nécessaire pour être absous de ses péchés.

Saint Charles, dans ses instructions aux confesseurs de son diocèse, dit, qu'ils rechercheront avec beau-^ coup plus de soin la préparationintérieureylaqueUa est nécessaire à ceita: qui se présenteront à ce Sacrement ^ et laquelle consiste à avoir Jait untrès-ifxact et diligent examen de ses péchés^ et à en avoir conçu une douleur proportionnée à leur énormité., avec nn ferme propos et une résolution constante de satisfaire aujc péchés

?uon a commis^ et de s^amender à l'avenir, lîonoer absolution à uu pénitent qu'on voit n'avoir pas ces dispositions, ou qu on doute s'il les a, faute d'examiner autant qu'on le doit, c'est se rendre complice du sacrilège et de ta profanation que le pénitent commet.

11 n'est pas facile de connoître si le pénitent r une Térilable contriiion. Le cœur de l'homme est un abîme, dans lequel il y a tant de détours et de replis, qu'il est presque impossible de ne s'y pas tromper. Uieu seul peut le pénétrer^ Dieu seul peut juger avec certitude ^ si ta douleur que les péuiteos lémoigneot -au C ce 4

j'jô Du Sacrement

dehors est sincère et part du cœur. Les ]Hi»testatioDS des pécheurs sont , comme nous venons de le dire^ des marches auxquelles il seroil dangereux de s^arrêter tou* jours. On ne doit pas même se fier^ sans examen et sans discernement^ aux mouvemens de tendresse que les péniteus font paroitre , ni à leurs larmes : ce sout des signes trop équivoques ^ pour qu'on puisse asseoir un jugement certain sur eux. Il y en a qui pleurent, non du regret d'avoir offensé Dieu^ mais par lappré* hension des maux temporels qui accompagnent leun péchës^ et qu'ils se représentent plus vivement que rinjure faite à Dieu. Il jr en a dont les larmes ne viennent que de Timoression que leur a fait une parole du confesseur qui les a touchés. Les saints Pères appellentces larmes, lactjmœ edoctœ mentirL Toutes les marques e^ctérieures de douleur, soit paroles, soit larmes, soit soupirs , sont des preuves incertaines, provenant souvent d^lne disposition momentanée^ d'une tendresse de tempérament, d'une honte naturelle ou du respect humain^ et n'étant même quelquefois que l'effet subtil de la feinte, de l'affectation, de Thj'pocrisie.

Il y a néanmoins quelques marques qui peuvent faire connoitie au confesseur si le cœur du pénitent est touché, ou non, d'un sincère repentir de ses fautes. li j)eut donc juger que la contrition est \^ritable.

I. Quand un pécheur, avant que de se présenter aa tribunal de la Pénitence , a tâché de fléchir le Seigneur par les gémisseniens , les prières humbles et les bonnes œuvres^ quand il s'est efforcé de satisfaire à la jusnce divine par les jeûnes, les mortifications de ses sens et les autres austérités; quand il s'est éloigné du monde pour rentrer en lui*méme, pour faire reflexion sursoti état , et pour pratiquer les œuvres de pénitence; quand il s'est étudié à réparer^ par des humiliations, finjure qu'il a faite à Dieu. Mais, lorsqu'un pénitent passe immédiatement* pour ainsi dire , du crime au confessionnal, sans y apporter aucune autre préparation qu'ua

DE Péhitewce. 777

]«ger etanien de son étal , il est fort à craiaclre que ce qui le fait agir ne soit, ou une frayeur subite, ou quelque motît humain, et auquel la nature a plus de part que la grâce; ou un remords piquant qu'il ne peut supporter, et qu'il tâche d'étouffer par une confession

firëcipitée; ou une tristesse sensible, causée par laconiision que son péché lui a attirée parmi les hommes: ou par les maux temporels qui lui son! arrivés , dout il cherche plus à se consoler auprès d'un confesseur, qu'à réparer sa faute devant Dieu.

3. Lorsqu'un pénitent, depuis qu'il a pris la résolution de se convertir , a non-seulement travaillé avec soin à corriger ses mauvaises habitudes, qui faisoient qu'il pécboit presque sans s'en apercevoir, mais même qu'il s'est privé de plusieurs choses qui lui étoient permises, parce qu'il les jngeoit capables d'entretenir ses habitudes , on peut croire qu'il a un véritable regret d'avoir ofTeusé Dieu, et un désir sincère de satisfaire k sa justice; puisque, pour rentrer en grâce avec lui , il fait tout le contraire de ce qu'il avoit fait, pour s'en éloigner. Au lieu que la forte inclination au mal , acquise

far la réitération de plusieurs actes, qui entraîne pour ordiuaireavec violence l'hommedans le péché , doit faire juger au confesseur, que le pénitent . qui n'a fait aucun effort pour vaincre ses mauvaises habitudes, n'a pas formé une résolution plus ferme de se corriger qu'il favoit iàitàses précédentes confessions : car,otiil n'y a point de changement de vie, il n'y a point de véritable péniience. 3.'Lorsqu'un pénitent approche du Sacrement de Pénitence, pénétré de crainte de la perte de son salut, et rempli de frayeur des itigemens de Dïen ; qu'il ne peut pensera son état sans en être ému, qu'il nese souvient point de ses péchés sans en concevoir de rhorreiir, et sans indignation contre lui-même; et qu'il les confesse avec humilité sans les excuser ni les dissimuler; on doit juger que celui , dans l'âme duquel ces mon- \£meDs se passent , regarde le péché comme son ennemi

jjS Du Sacremei

moi'tel, et qi/îl est très*fôché de Tavoir commii. Car^ selon le concile de Trente , la coniriiion ne comprend pas seulement la cessation du péché ^ la résolution €t le commencement dUine vie nouvelle ^ mais aussi la haine de la vie passée.

On doit penser bien dîfTeremmeot d'un pécheur, qui vient se coniêsser avec la même irauquillîté que s'il éloit juste et innocent) quis'accnse de ses péchés avec une es» pi*ce d'eiTranleiie, comme s*il faisoit le récit de quelques bonnes actions , ou avec lamêmeindifierencequ'itaurott eu racontant la vie d un autre; ou qui rejette srs fautes sur autrui , uV'taut pas persuadé que c'est lui qui a tort; ou à qui un confesseur fait, par adresse, avouer on péché qu'il avoit d^abord nié avec assurance. Sou însemibiiilé à son malheureux état est un indice de son obstination dans Je mal.

4. Quand un pénitent paroit zélé pour réparer i injure qu'il a faite à Dieu ; qu'il accepte avec une entière soumission et volontiers les œuvres satîstàctoires que le confesseur lui ordonne; qu'il défère avec humilité à s^ avis; qu'il reconnoît mériter le délai de labsoluiion: tout cela joint ensemble paroit marquer qu'il a uoe véritable contrition^ à moins que le confesseur n'ait d'ailleurs de bonnes raisons d'en douter.

Mais, lorsqu'un pénitent contredit son confesseur; u'il ne consent qu'avec beaucoup de peine au délai e l'absolution; qu'il refuse d'accepter une pénitence qui n'est que proportionnée à rénormitc ou à ia multitude de ses crimes; et qu'il ne marque aucun désir de satisfaire à Dieu pour les offenses qu'ail a commues; cV*st une preuve qu'il n^a pas une véritable contiitiou.

5. Enfui, pour s'assurer de la contrition du pénitrnt, il faut examiner si c'est Tesprit de Dieu qui le touche; s'il ne s'approche point du tribunal de la Pénitence, par coutume ou par nécessité; s'il a pris du temps pour s'exciter à la contrition; s'il l'a demandée à Dieu; si I amour et le désir du péché ont cessé ^ s'il est vraimttti

BE Pékitkkce. 779

âd'tenâiné h changer de vie, et à quiiieF les occasiutid du péché. Oo doil tenir pour suspecte, la douleur de ceox qui se coofesseut presque saos aucune préparatiouf qui se présentent avec hauteur au sacré ttibuual j qui tfimoignentderîiidigiiauon,quat)dlecoD(esseurveu(coa- DoUre Tétai de leur conscience, et contestent aveclui.

Pour ne plus retomber dans le péché, on doit melire toute sa confiance en Jésus- Christ; recounoiire qu'il faut que ce soit lui qui guérisse, qui éclaire l'esprit ,

3 ni change le cœur et les iuclinalions déréglées , qui ëiruiie les mauvuiscï habitudes. A cette grande foi eu Jésus-Christ , le ppcheur doit ajouter une grande défiance de lui-même, df. sa fragilité , de sa foiblessc, et de grands sentîmens d'humilité.

Lorsqu'un confesseur a sujet de douter de la vérité d«-la contrition d'un pénitent, il est de son devoir do «'elForcer d'exciter, dans le coeur de ce pénitent, une vraie douleur de sa [>échés, et de lui proposer de la manière la plus touchante qu'il lui sera possible, les motifs propres à lui (aire concevoir des sentîmens de douleur et de componction. Pour y parvenir, il se servira de djlFiTeus motifs qu'on trouve dans les livres de piété. Tels sont, i. lu majesté de Dieu que le pécheur a oifensée, le mépris du Créateur par sa créature, Ja révolte de la cendi e et de la poussière contre le Toutpuissant. 2. La bontri el la patience de Dieu dont le pécheur abuse, taudis qu'elles devruîenl luîseivirdc moyens pour s'animer à se couvertir au plutôt, et à protiter des grâces qui lui sont offertes ; Dieu o'n^ant pas fait la même grâce aux mauvais anges, auxquels le temps de faire pénitence a été refusé, et qui ont été damnés pour un seul péché. 3. La justice de Dit^u qui ne laissera aucun péché impuni, et que le pécheur ^mble ue pas redouter; c'est cependant une chose terribis de tomber entre les mains du Dieu vengeur. 4> II» rigueur des tourmeos que les damnés souffriront éteraellemeui. 5. La multitude des bienfaits que le péi

»*8îi Du SAr.iiEME5r

par ces motifs communs^ sur tous les pochés qu^oti t conressês, esl donc snfrisani pour en obtenir le pardoa au Sacrement de Pénitence^ Tapplication particulière d'un acte de contrition à chaque péché ^ notant |mS nécessaire. Mais cet acte decontrition', forme en général sur tous les péchés qu^on a confesses, doit les comprendre tous sans en excepter un seul ; c^est— à-dire^ qu^in pécheur ne peut jnmais être justifié, et que sa contrition n'est pas véritable, s'il lui reste quelque attache pour quelque péché mortel, et s^il ne déteste pas sincèrement tous ceux dont il est coupable. Un pénitent qui en a le loisir^ doit entrer dans Texameo des fautes qu'il a commises; se les rappeler toutes dans la mémoire, autant qu'il lui est possible^ y réfléchir; en considérer les circonstances et le nombre; enexa-mincr la qualité par le lieu et le temps où il les a commises, par la manière dont il les a commises, par les personnes avec lesquelles ou contre lesquelles il lésa commises, et détester, sans aucune réserve, toutes celles qui sont venues dans sa mémoire; former la résolution de ne les plus commettre, et de pratiquer les vertiii opposées : ce qui se peut faire par un seul acte de goip trition, qtii agit en vertu des clispositions précédeotri* Cependant celui qui vent rendre sa contritiou plus utile pour lui et plus agréable à Dieu, doit, autant qu*il le peut, détester SCS péchés en particulier. Les confesseur» doivent exhorter les ])énitens' à cette pratique, et à se rappeler, autant qu'il leur est possible, dans ramertome de leur cœur, tous les moraens de leur vie où ik ont eu le malheur d'offenser Dieu.

Le déplaisir qu'un pénitent assure avoir, d'être saos contrition des péchés qu'il vient de confesser, peut être matière suffisante au Sacrement pour pouvoir èire absous par le confesseur, et il peut aussi ne passi^ffirc. 11 est matière suflîsante, s^il consiste à reconnoîire la grandeur de ses pèches , si on les détesle tous aiuauC qu'on le peut et de tout son cœur, quoiqu'on n en ait)

DE Péwitence, ^83

ni n'en puisse avoir une douleur proportionnée ji leur énormité. Mais, si ce déplaisir est sans haine du péché^ sans douleur d'avoir offensé Dieu, sans résolution de ne plus TofTenser mortellemment, et d*éviter les péchés dont on s'est confessé coupable, il ne peut tenir lieu de matière dans le Sacrement de pénitence. Le pape Innocent XL a condamné la doctrine contraire, eu

La contrition est si essentielle au Sacrement de Vc^ nitence, qu^ellene peut être suppléée par aucune autre chose, et que le confesseur ne peut absoudre un pé-« nîtent, s'il ne le voit touché d'un regret sincère d'a\oir offensé Dieu. Elle doit être accompagnée de la volonté de faire tout ce qui est nécessaire pour recevoir di»;uement le Sacrement de Péniience^ par conséquent elle doit renfermer la volonté de satisfaire pour ses pcchrs. LiOrsqtie les confesseurs trouveronl les pénitens sans contrition de leurs pcchés , et insensibles à tout ce qu'oii

f>eut leur dire de plus pressant et de plus propre à es toucher , ils leur différeront Tabsolution • les exhortant à demander souvent à Dieu la contrition, à faire q4ielque bonne œuvre pour Toblenir, et à employer tous les jours quelque temps à repasser dans leur esprit les motits capables de Texciier.

La contrition étant absolument nécessaire pour ob-> tenir la rémission des péchés, et pour rentrer en ^râce avec Dieu, les curés et les confesseurs exhortai oiîl les fidèles à en former des actes, non-seulement lorsqu'ils «^approcheront du Sacrement de Pénitence, dont elle fait partie, mais dans plusieurs autres rencontres^ principalement, lorsqu'ils reconnoitront qu'ils sont tombtjs dans quelque péché, lorsqu'ils se trouveront dans quel* ' que péril de mort, et tous les soirs avant que de se toucner. Mais, comme la contrition est un pur don de la miséricorde de Dieu, qui seul change, renouvelle, convertit le cœur, ils doivent leur recommander sans cesse de la lui demaqdcr par de fioqiiente:^ prières^'

^84 Du Sackeiheiit

accompagnées de ferveur, d'une humilité profondef et de persévérance. Ou voit grand nombre de péniieos preudre beaucoup de temps pour examiner leur conscience , mais ne preudre aucun soin pour entrer daus les seutimens d'une vraie douleur ^ ni pour demander à Dieu la contrition*

De la Confession.

À confession sacramentelle est une accusation qoc le pénitent fait à un prêtre qui a jurisdiction sur lui| pour en recevoir la Pénitence et Tabsolution.

Cette confession doit avoir plusieurs conditions | pour être bonne et valable. Elle doit être humble, sincère, simple, prudente et entière.

1. Elle doit être humble^ c'est-à-dire, qu'il fautse confesser avec Thumiliation d'un ciiminel qui sentie poids de ses péchés, qui s'en repeut, qui en a de h confusion, et qui veut les expier. Un pénitent qui dé* clare ses péchés avec exactitude, mais sans douleur, sans confusion , comme il raconteroit une histoire iodifférente, se confesse sans humilité.

La sagesse de Dieu a voulu attacher le pardon de nos péchés à la déclaration humiliante qu'il en faut faire au confesseur. Sa divine majesté qui a été offensée ])ar l'insolence de la créature rebelle à ses lois , ne

1)ouvoit en exiger une réparation plus convenable, que liumilialion du pécheur prosterné qui s^accuse comme coupable.

GY'st manquera une des plus importantes conditions de la confession, d'allé^^uer des excuses pour diminuer l'idée de ses faut(*s dans l'esprit du confesseur. Agir de la sorte, c'est plutôt vouloir be justifier, que se déclarer pécheur^ c'est se rendre indigue du pardon que Ton recevroit par un humble aveu. La confession n'est établie que pour nous accuser.

L'Egfce

DE Péniteuck. 785

L'Eglise prescrit une posture humiliée à ceux qui se confessent j elle commande aux princes même, d'y éire à genoux^ saus tipe'e, la tète et les mains nues. Ce sont des marques extérieures et sensibles de l'humilialion du coeur que Jésus-Christ demande. L'arrogance, la boune opinion de soi-même, l'attachement à fon propre sens, le souvenir de sa qualité et du rang qu'on a dans te monde, le désir d'être estimé ^ distingua et même respecté du confesseur, ta résistance à ses avertissemens, ou à ce qu'il ordonne, la persuasion

3u'on mérite l'absolulion , la manière fière et trop libre ont on confesse ses péchés, le point d'honneur auquel 00 est encore attaché, lors piême qu'on s'en accusef toutes ces choses sont des marques d'un pénitent sans humilité, ei vont direclement contre la fin de la con* fession, qui est d'Immilier el d'abaisser le pécheur.

Enfin , le pénitent doit être humble dans l'extérieur, se présenter au tribunal avec un habit modeste , qui ne ressenie en aiicinie manière le luxe ; dans la posture d'un criminel, à deux genoux, la t^ie voilée, si c'est une femme. Le ptinitLnt doit être humble dans la manière de déclarer ses péchés, se confessant avec l'humiliation d'un pénitent qui sent le poids de ses fautes, ainsi que nous venons de le dire . ne racontant point Je bien qu'il a fait^ ne rejetant point ses fautes sur les tentations du démon ou sur les sollicitations des hommes, comme font plusieurs', ne s'excusant point sur son tempérament, ni sur l'incompatibilité de Thumeur de ceux avec qui il est obligé de vivre. Le pénitent doit être humble dans Tiotéiieur, n'attribuantses fautes qu^à sa malice, s*abaissant devant Dieu, daus la connoissance desamisèreetdubesoinqu'ilade la miséricorde divine. a. La confession doit être sincère ; c'est-à-dire , qu'il faut déclarer ses péchés comme on les connoît, sans les augmenter ni les diminuer, saus ambiguïté, sans détours, sans artifices , sans déguisement^ dire les choses cnmme elles sont, et comme on les peiue^ Tomel. Ddd

^88^ Du Sacremrnt

celles qui en aggravent ou dimiouenl notablement ré!f tendue. 11 est impossible autrement, que les prêtres puissent reconnoitre les péchés qu^ils doivent remettre, et ceux qu'ils doivent retenir; ni exercer, comaoeil faut, à l'égard des pénitens, les fonctions de juges et de médecins, que Dieu leur a confiées pour sa gloiro et pour le salut des âmes.

Il est donc nécessaire que les pénitens ne s^approchenl de la confession, qu'après avoir examiné sérieusement leur conscience , et travaillé avec application i biea découvrir l'état de leur âme, pour pouvoir le faire connoitre au confesseur.

On doit apporter à cet examen toute Tattentton tpt mérite une affaire très-importante , et y donner toot le temps nécessaire pour bien connoitre Fétat de si conscience. Mais cette attention et cet examen ne doivent point aller jusqu'au scrupule ^ sans quoi le commau* dément de la confession causeroit une gêne insupportable ^ et seroit même impraticable pour plusieurs pécheurs» Voici ce que dit sur cela le concile de Trente ( SPSS. 1 4' cap. 5. de pœnit. ) , qui mérite une graode attention : ce serait une chose impie , que de regarder la conjession , commandée par t Eglise , comme iïïh possible ^ ou de la nommer la gène ci la torture des consciences : car il est constant que tout ce que V Eglise exige ^ c'est qu^ après que ohucun se sera examiné avec soin , et qu'il aura sondé avec attentia^ tous les replis de sa conscience , // se corifesse an péchés par lesquels il se souviendra d'ai^oir offensé mortellement son Seigneur et son Dietu Pour les autres péchés qui ne se présentent point à [esprit dune personne quij pense avec application , ils sont censés compris en général dans la même confession ; et c'est pour ces péchés que nous disons avec lepro* phète : ab occuhis meis munda me, Domine (Ps* i&

Pour bien faire cet examen, A iaul commencer ^

Ds Pénitehcb. 787

doit confesser comme ceruiru, les péchés qu'il est assuré d'avoir commis, et comme iocertaiiis, ceux doDt il doute être coupable. Il doit éviter les discours étudiés «t les longs entretiens. Il doit s'appliquer à découvrir au confesseur l'élat de sa conscience, tel qu'il est. Lorsqu'un pénitent dit des choses étrangères à sa confession, qui ne servent point à làire couuoUre l'élat de sa cooscience, mais seulement pour décharger sou cœur et pour se consoler, comme nsnt ordinairement les femmes, le confesseur doit l'avertir de retrancher tout ce qu'il croit inutile pour riolégrité de la confes^sion. Si le pénitent a besoin de consolation ou de quelques conseils, le confesseur duit les lui donner après l'absolution.

4- La confession doit être prudente; c'est-à-dire, qu'il faut déclarer ses péchés en termes honnêtes , et ne pas découvrir les péchés d'autrui sans nécessité. IVous disons sans nécesiité: car il y a , comme nous l'expliquerons ci-après, dvs occasions dans lesquelles, pour pouvoir se confesser avec iniégrîté, il est nécessaire de -découvrir les péchés d'autrui^ c'est lorsqu'on ne peut absolument faire connuître son péché dans toute son «tendue et dans toute sa noirceur, sans découvrir le complice. C'est non-seulement une imprudence, mais encore un péché contre la charité^ et une médisance, de déclarer sans nécessité les péchés des autres. .5. La contessiou doit être entière; c'est ce que nous allons expliquer, eu disant de quoi doit s'accuser le pénttenL

De quoi doit s'accuser le Pénitent.

I®. IjE pénitent qui se confesse, doit faire une confession entière; c'est-à-dire, qu'il est obligé de déclarer |ous les péchés mortels qu'il a commis, dont il se souvient après uo miîr examen : il doit en détailler l'espèce, le Dombre, les circouslances qui changent l'espèce, et i>dd a

«r)o t>n Sagkeheut

laisse la racine « elle repoussera toujours. C'est ponrqnn si , par exempte, oo est sujet à dire dei mcDsongn, il faDl voir d'où vient cette mauvaise habitude^ sic'cit par vanité, pour se justifier; par avarice, pourgagoer qoelque chose; par légèreté d'esprit; par une (lop grande démangeaison de parler. En s^atlachant à coups la racine, les branches tomberont d'elles-mêmes; c'està-dire, qu^en s'appli quant à rhumilité, au désintérasement, au silence, ou réussira à ne plus mentir. lia est de même de tous les autres défauts, dont il fi>t t&cher de découvrir la source, alîn que, s'appliquât ï la retrancher, on puisse paivftiirâ une guérison solide.

Il y 8 deux excès opposés qui sont presque égilement dangereux , savoir : la négligence de ceux qai, ne s'eavisa{{<-ant eux'n'èin4>s que d'une manière l^ère et superficielle, se ronieiiteut de remarquer et de co» fesser ce qui se préseiiie d'abord à leur mémoire; et l'exactitude scrupuleuse et luquièie de certains, qoiiM sont jamais contens de leur exaraeu ; qui s'imaginest avoir toujours oublié quelque chose ; et, dans celte crainte, ils ne cessent de s'agiter et de donner, pour ainsi dire, la torture à leur mémoire; ce qui est une grande illusion et un piège du dumon. Car il arrive dcf Ik , que ces personnes ne sauroient s^appliquer ■ autre chose; qu'elles laissent ce qu^il y a de plus ii»portant dans la pénitence, savoir: la coDsidérïlioode la grièvetë de leurs péchés , la douleur et le regret de les avoir commis, l'étude des moyens de se corrieer; et qu'elles négligent tout ce qui seroït propre à leur faire concevoir les sentimens d'une véritable péDiiencb

L'examen journalier facilitera beaucoup celui oae l'on doit faire avant la confession ; au lieu qn'îl «si aiffictle de pouvoir se souvenir de toutes ses ^utes,sîiw laisse écouler plusieurs jours , plusieurs semaines, plusieurs mois sans penser i l'état de sa coDscience.

Si les confesseurs ne taveDl,de leurs p^niteos,riai de plus qw ce qu'ils disent , ib igiioreat aouvent hktk

DK PÉHITENCE. 791

des ctoses qui regardent leur conscience. Ce qae la plupart découvrent, n'est, pour ainsi dire, que la superficie de leur cœur ^ mais si on l'examiDe, si on l'approfondit, on développera une infinité de replis dout ils s'aperçoivent à peine eux-mêmes. Nous ne parlons ici ni de ces pécheurs qui vivent sans remords dans le désordre, ni de ces saintes âmes dont la conscience tendre et timorée ne se pardonne rien^ nous parlons précisément de ceux qui tiennent une sorie de milieu entre ces' deux conduites ^ qui, d'une part, font profession de quelqne piété, et qui n^ font pourtant guère d'honneur à la piété qu'ils professent. Par exemple, une pénitente s'accusera d'être vaine , sans s'expliquer davantage^ mais, si l'on fait le supplément de sa confession , que signifiera cela d'ordinairt: et dans le fond f Etre vain , c'est-à-dire , faire presque toute sa félicité d'être recherchée, aimée, applaudie j porter envie à quiconque peut disputer l'avantage de plairej perdre un temps précieux à un exercice de vaine complaisance et d'orgueil, en lâchant de se donner des agrémeus étrangers^ c'est-à-dire, troubler la paix d'une maison, si un époux ne fournit pas, pour de frivoles ajustemens, ce qui sufliroit peut-être pour l'entretien de tout le reste de la famille; c'est manquer à la cha- TÎté due aux pauvres de Jésus-Christ , à la justice même la plus indispensable, ense mettant hors d'état, par des dépenses excessives de payer les dettes à des créanciers , et k des domestiques le salaire de leurs services ; c'est £tre idolâtre de sa personne , ne se montrer que pour recueillir partout des adorations, tendre sans cesse des pièges aux autres, et s'en préparer à soi-même. Tout cela se trouve, dans une faute légère à la première vue, dans un peu de vanité en apparence.

Souvent une pénitente s'accDse de trop aimer les

compagnies , et d'être trop répandue dans le monde :

celasiguifie, occuper la meilleure partie du temps i

recevoir et à rendre des visites , non de bienséance ou

Ddd 4

f^Q% Du Sacremest

de nécessité , mais à pure perle ; éviter sa famille et SB maison , cela signifie , n'avoir pas une heure dam ia

i'ournée pour vaquer à la prière et à quelque sainte ecture, ou tout au plus faire Tun et 1 autre à labâie, de peur que le temps ne manque pour des amusemens dont ou a la tête remplie ^ cela siguifie , parier tout le jour de choses inutiles ^ s'entretenir même de mille autres^ tantôt contre la charité , critiquant ceHesci et celles-là , principalement s'il y a de la jalousie dans le cœur: tantôt contre la justice , préjudidant a la réputation du prochain ; quelquefois aussi contre la pudeur, usant de certaines manières de parler qui loffensent , toutes établies qu'elles sont parmi ceux qiti se disent honnêtes gens aans le monde: cela signi&f ^tre de toutes les assemblées ; et combien y en a-t-il de criminelles ou de dangereuses ?

Lorsqu'une pénitente s'accuse d'aimer trop sesaises.il faut examiner si elle recherche toures ses commodités,» elle contente tous ses goûts; si elle se permet tous les plaisirs qui ne sont point absolument des crimes; si elle ratine sur les délices de la vie^ si elle en invente chaque jour de nouvelles pour les repas, les parures, les parties de divertissemens^ c'est ce qui s'appelle aujourd'hui une vie chrétienne et sans reproche, que Ion regarde comme exempte de péchc , et dont on ne se fait pas ordinairement assez de scrupule pour s^en confesser. Aimer trop ses aises, dans une femme du moude, c'est faire de sou corps une idole à qui elle ne refuse rien^ dont elle préfère le soin à toute autre cbose , à qui elle consacre tout le temps de sa vie, sans pratiquer presque aucune œuvre chrétienne en cet état , sans se soucier des besoins de son âme.

Ces fautes ne se trouveront peut-*être pas toujours, ni à la fois, ni au même degré y mais elles se trouferont sûrement en partie dans toutes ces femmes, qui se font une idée de la vie chrétienne à leur façoo, et qui croient qu'on peut associer le monde i J'£fiiH

DE PbMITENCE, 793

gile. En quoi neaDinoins elles soni plus coupables , c^tai de frequeuter les Sacremeus de l'Eglise dans de si mauvaises disposilions.

Au reste, ces fautes si considérables en général, te Jevieouenl iofiniment plus en particulier pour une mère de famille, chargée de la régler, de veiller sur ses enfans et sur ses domestiques, d'eu être l'exemple et le modèle , de leur apprendre k faire le bien et à fuir le mal.

Un pénitent qui s'accuse de quelque antipathie contre quelqu'un, n'hésitera quelquefois pas à dire qu'il ne lui veut point de mal ^ mais, si on l'amène par degrés au détail sincère de sa vie, on verra que c'est un cœur plein d'amertume, un cœur ulcéré que tout blesse dans celui dont il se croit ofîensé^ qu'il ne l'entend point louer sans chagrin; qu'il ne le voit point blâmer sans une secrète joie ; qu'il refuse de lui rendre service dans l'occasion; qu'il est indiffcrenl, pour te moins, «ur tout ce qui luiarrive. Le cunlesseur verra , en l'exaininani , que son aversion influe snr ses pensées , sur -ses actions, sur ses paroles. Sur ses pensées , ce pénî- ' lent ne trouve rien que de méprisable, dans la personne qui lui déplaît; il n'en forme que des jugemens dcsavantageux ; il interprète en mauvaise part toutes ses démarches. Sur ses actions, il s'opposera de tout son pouvoir à ses desseins; il fuira sans ménagement sa conversation; il paroîira choqué contre cette personne pour la moindre chose, et lui fera sentir par ses manières, la dis[tosition habituelle où il est à son égard. .Sur ses paroles, il exhalera contre cette personne son chagrin en sa présence., par des réponses brusques ou par des demandes impérieuses ; en son absence, \idF un désaveu continuel de son mériie , et par une censure opiniâtre de ses actions et de ses intentions même. Ce sonl-U les suites ordinaires des aversions, dont on ne «^accuse que confusément et eu général.

Ces exemples doivent faire ressentir aux confesseurs

fjQi\ Du SÀCRCXIBlfT

la nécessité de rappeler toute leur charitë et tootes leurs lumières ^ pour découvrir et pour goërir les plaies cachées de leurs pénitens ^ de ne pas se cootenter dei accusations vagues et trop générales. La médecine ne guérit pas les maux inconnus. Or, ces sortes sortes d ac^ cusmious, qui évitent le détail, viennent ou de ce qu un pénitent cherche à empêcher un confesseur de le counoitre tel quil est, et à dérober seM fautes aux yeux de celui qui doit le conduire; ou de ce qu'il ne cpnnoit pas lui-même tous ses péchés , soit parce qu'il est ignorant ou grossier , soit parce que sa propre malice a aveuglé son cœur, et qu'il s'est fait défausses maximes, qui , étant soutenues par les mauvais exemples de ceux avec lesquels il vit, étouffent les rémoras de st conscience.

En conséquence de l'institution du Sacrement de Pénitence ^ dit le concile de Trente (Sess. i4* cap^S, de Pœnit. ), V Eglise universelle a toujours entendis que la confession entière des péchés a été aussi inS' tituée par Notre-^Seigneur ^ et qiCelle est nécessaire de droit divin à tous ceux qui sont tombés dms le péché depuis le Baptémeé Car JVotre-'^Seigneur Jésus— Clirist^ étant près de monter au çiel^ laissé les prêtres pour ses vicaires^ et comme des juges et des présidens devant qui les fidèles porteroient tous les péchés mortels.^ dans lesquels ils ser oient tombés^ afin que^ suivant la puissance des clefs qui leur était donnée pour remettre oupour retenir les péchés^ ils prononçassent la sentence ,• étant manifeste que les prêtres ne ponrroient exercer cette /urisdiciion^ sans connoissaru^e de cause ^ ni garder Vequiîé dans V imposition des peines , si les pénitens ne aéclaroknt leurs péchés qu'en général seulement , et non en par-" ticulier et en détail. Il s'ensuit de là au ils doivent dire et déclarer tous les péchés mortels dont ils se sentent coupables , après une exacte discussion de leur conscience , encore que ces péchés fussent trkr

DE PÊSJTENCÊ. 795

cachés 1 et commis seulement contre Us deux derniers préceptes du âécalogue ; ces sortes de péchés étant (jueïque/ois plus dangereux , et blessant l'âine plus mortellement , que ceux qui se commettent à la vue du monde.

11 uesunil doue pas de dire en général, qn'on a péché, qu'on a beaucoup offeosé Dieu; mais il faut expliquer en pariiculierquelestccpécbé^spécifier si c'est,par exemple, un jurement , uu vol , un homicide. C'est de quoi il est important d\astruire les persoiinea grossières^ qui s'accusent seulemeut en termes généraux d'avoir pcché, et qui ne conviennent presque jamais d'aiicunpécbé particulier , quand on leii interroge. Si le péché n'est qu'intérieur , il faut s'en accuser \ et quand on l'a effectivement consommé, il faut déclarer qu'on en est venu jusqu'à l'exécution.

Quand ou doute si un péché est mortel ou véniel, on est obligé à le confesser, lairt que Is doute dure, c'est-à-dire , tandis que l'esprit est en suspens , et ne jB'est point déterminé ni d'un côté ni de l'autre; soit parce qu'il n'a poiut de raisons pour préférer un sentiment à l'autre, ou parce que les raisons sont égales des deux côtés. St, dans ce doute, un pénitent néglige de confesser ce pécbé, il s'expose à celer «n péché mortel, et ainsi à faire une confession nulle et sacrilège. Le pénitent doit déclarer son pécbé tel qu'il le cormoU, et en laisser le jugement au confesseur, à qui il appartient de juger si le pécbé est mortel ou véniel. ,

On est pareillement obligé, par ta même raison, de confesser les péchés monels qu'on douteavoir commis, mail on doit les confesser comme douteux : car on ne peut assurer ce dont on n'est pas certain. Si dans la suite ou vient à connottre qu'on les a réellement commis, il faut les confesser de nouveau comme certains , ces péchés n'ayant pas été sulBsammenl exprimés dans ia première confession.

^96 Du Sacremert

On doit aussi confesser un péché qu^on sait être mor^ tel , mais dont ou doute si Ton s^en est confessé ^ parce que , quand on est certain de robligatîon d'un com* maudemeut, et que l'on n'est pas assuré de Tavoir ic^ compli , le commandement demeure dans sa force, et l'on doit y satisfaire.

Quelquefois, sans qu'il y ait de sa faute, un pénitent oublie, en se confessant, de sWcuser de péchés dont il s'étoit 'rappelé dans son examen ^ mais alors ib sont renfermés dans la confession que Ton fait^aiosi que ceux dont on n'a pu se souvenir, quoiqu^on se soit examiné comme on le devoir, et Ton en obtient le

I>ardon, en recevant le Sacrement de Pénitence avec es dispositions nécessaires. C^est la doctrine du concile de Trente qui a été rapportée ci-dessus. Mais lorsru^on se souvient de ces péchés oubliés, on est obligé e s'en confesser et à les soumettre aux clefs de l'Eglise^ dans la première confession qu'on fait après s^être souvenu qu'on a oublié de les confesser. Si loubli étoit volontaire , ou venu d'une négligence à s'examiner qui fut criminelle^ on n'aoroit pas reçu le pardon des péchés oubliés. Il faut pareillement déclarer, dans la confession suivante, les péchés dont on n'a pu se confesser à cause du danger pressant de la vie oà on se trou voit , ou pour quelqu'autre cause. Le pape Alexandre yil. en i665, a condamné la doctrine contraire, et fassembl^^e du clergé de France, en 1700, Fa jugée téméraire^ erronée^ et dérogeant à tinté-gritéde la confession. Lorsqu'un pénitent qui, par on pur défaut de mémoire, a oublie un péché mortel, se le rappelle après avoir reçu l'absolution, et le déclare, le confesseur doit l'absoudre de nouveau^ c'est la pratique la plus sûre et la plus ordinaire.

Les théologiens distinguent, par rapport à la confessbn, deux sortes d'intégrités ^l'unequ'ils appellent matérieUe^ et lautre qti'ils appellent ybr/ne/Ze. La confession est entière d'ime intégrité matérielle, lorsque le pénius^

DE PÊRITEHCE. •JQ'J

a déclaré getnéralement Ions les péchés qn*!! avoit com- Ints, sani en avoir omis aucun. La confession est en— lière d'une intégrité formelle , lorsque le pénitent a confessé Ions les péchés dont il a cru de bonne foî être coupable, après avoir examiné sa conscience avec tout le soin et toute ratieniion qu'il a pu v apporter.

Sif nonobstant celte exactitude , il a oublié de confesser un péché mortel, sa confession est néanmoins entière d'une iulégrilé formelle, laquelle suffit pour la validité de la confession, selon la doctrine du concile de Trente. Cette omission du pénitent n'est point criminelle ^ elle ne l'oblige point à recommencer sa confession^ il doit seulement confesser en particulier te péché qu^il a oublié, s'accusani des autres en général, en disant que , s'étant confessé de plusieurs péchés, il a oublié celui-U.

Pour rendre entière la confession, il faut déclarer le nombre de ses péchés, c'est-à-dire, chaque péché ea particulier, et le nombre de fois qu'on l'a commis. Pour le faire avec exactitude, sans donner dans aucun scrupule, on doit s'en tenir aux règles suivantes, dont il est nécessaire que les confesseurs instruisent les péui— lens qui les ignorent.

I. Si l'on se souvient au juste du nombre fixe et déterminé, il faut le déclarer sans l'augmenter ni le diminuer; par exemple, dire:/e ine suis enivré trois/bisf je me suis mis deux fois dans une violente colère. X)ans les grands péchés, commis à l'extérieur, on se souvient plus aisément du nombre déterminé, pour peu qu'on s'examine.

3. Si l'on ne peut pas se souvenir de ce nombre au iusie, il faut le dire à peu près comme on peut s'en souvenir j et , si après l'absolution reçue, le nombre an juste revient a la mémoire, il est bon de le déclam ii la première confession.

3.Si,tnaIgrérexameo,onnepeiit pas se souvenir da aombre ii peu près , i cause que l'habitude invétérée a

fait coittmeure le péchë une infioité de fbîs^ il faat ^ire^ ainsi que nous Tarons déjà observe , en parlant de ia manière d'interroger les pëniteus y combien de temps on a vécu dans cet ëtat, et à peu près combien de bk chaque mois, chaque semaine, chaque jour, autaiiC u^on s^en souvient , on est tombé dans ce péché, il &at ire aussi, s'il n'y a p^ eu quelque intervalle de tempS| pendant lequel on ait commis ce pèche plus souvent ou plus rarement. On peut se remettre cela facilcnnent à la mémoire, en faisant attention, dans Texamen, aux occasions qu'on a eues, aux personnes qu'on a fréquentées, aux lieux où l'on s'est trouvé, aux emplois qu'on a exercés , etc.

4*11 laut encore se rappeler ce que nous avons dit, en parlant de la manière d'interroger les péniteos, que, si un pécheur a vécu dans un si grand oubli de ses devoirs, dans une si grande négligence de son salut, et dans un si grand abandon aux crimes, qu'il lui soit impossible dit dire, mcnie à peu près, combien de fois il a commb k même [>éché chaque mois, chaque semaine, chaque jour, comme 11 arrive, par exemple , à ceux qui sont dans une longue habitude de pécher mortellement par pensées, qui tout des j iiremens et des sejrmeus presque à tous momens;; ces personnes doivent au moins dire depuis combien de temps elles sont dans ces sortes d'habitudes, et déclarer qu'elles ne peuveut'dire autre chose, sinon que vivant sans aucune règle, elles se sont livrées au péché tout autant qu'elles ou pu pendant ce temps-là et souvent même sans réflexion, disposées d'ailleurs à conn» mettre le même crime toutes les fois qu'elles en trouveroient le moj^en et que l'occasion s'en présenterait.

Afin qu'un confesseur puisse bien juger du nombre dépêchés dont les pénitens sont coupables, il faut qu il connoisse quand un péché est distingué d'un autrede même espèce: car il est certain d'ailleurs , qu'il faut regarder comme multipliés eu nombre, les péchés de différente

espèce,ct q^ie, lorsqu'il^ a dans uneseule mauvaise action

DE Péniteuce. 799

différeates espèces de péchés, ily a aussi plusieurs péchés, au moins équivalemmeut.

Les mauvais actes de la volonté qui ont le même objet, sont autant de péchés dbtingués, toutes les fois qu'il se trouve entr'eux une interruption morale, en »orte, par exemple, que si, entre deux mouvemens de kaine du prochain, ily a une interruption morale, ces deux mouvemens de haine sont deux péchés.

On distingue deux sortes d'interruptions qui peuvent se trouver entre les actes de la volonté : Tune physique , qui se fait par toute cessation*, l'autre morale, qui requiert qu'entre les actes de la volonté, il n'y ait aucune liaison capable de les faire regarder comme n'étant qu'aune action.

Ily a interruption morale entre deux actes de la volonté, lorsqu'après le premier on change de volonté, par un repentir, ou par uû acte contraire. Ainsi celui qui, après s'être laissé aller à la haine contre le prochain, s en seroit repenti, ou seroit rentré dans des sentimens d'amitié pour lui, et auroit ensuite conçu une nouvelle aversion contre la même personne, auroit commis deux péchés. Et s'il étoit retombé vingt fois dans les mêmes sentimens de haine , après les avoir interrompus de la sorte, il se seroit rendu coupable de vingt péchés.

Il y a eucore interruption morale entre deux actes de la volonté, lorsqu'avant le second, le premier a cessé tant physiquement que virtuellement^ c'est-à-dire, quand il a cessé eu lui*même, et par rapport au mouvement qu'il a produit dans les autres facultés qui dépendent de la volonté.

Mais pour bien couuoitre quand le mauvais mouvement du cœur a cessé virtuellement, il en faut distinguer de deux sortes. Les uns purement intérieurs et qui ne tendent point à agir au dehors, comme les mouve-> mens de haine, de vengeance, de vanité, d'amourpropre, etc. Et les autres qui tendent à faire quelque aetiou extérieuieî tcU q^ e sont h$ désirs de voler, de

8oÔ Dn SlCflEMENr

tuer , d'aller en quelque lieu défendu ^ etc. Les premien cessent plus facilement que les seconds.

En eiïet, les actes purement intérieurs cessent virtuellement, et par conséquent s^imerrompent moralemeut, par la distraction volontaire qui détourne b pensée ailleurs. En sorte que celui qui, par exemple, s^est laissé aller à un mouvement d'orgueil, et aussitôt a pensé à d'autres choses qui fen ont distrait, commet un second péché , si , après cette distraction , il consent i uu nouveau sentiment d*orgueil^ et il multipliera sod péché, autant de fois qu'après une pareille interruption) il consentira de nouveau à ce sentiment; parce que la distraction fait que lacté purement intérieur cesse eiiticrement, et n'a nulle liaison avec Pacte suivant. Maifsi celui qui se seroit entretenu long-temps dans une pensée d'orgudil^ sans aucune interruption, eût dans cette pensée consenti à plusieurs mouvemens d'orgueil, tous ces mouvemens ne seroient censés qu\m seul péché, parce que venant d'une même pensée, ils ont une liaison morale enir'eux.

Nous n'examinons pas ici, si l'interruption naturelle et involontaire , telle que celle qui vient du sommeil ou de rinadvertance, est suffisante pour être censée morale et multiplier les péchés, ce dont tous les théologiens ne conviennent pas , sur-tout si elle n'est qœ d'un instant. Noos dirons seulement que dans la pra* tique on doit exprimer la circonstance de la durée extraordinaire du poché, pour en faire sentir la multiplication des actes; on aoit encore la déclarer, quand même on snpposeroit que les difFérens consentemens qui y ont été donnés , ne font tous ensemble , mora* lement parlant , que le même péché ^ parce queladorée du péché est, pour l'ordinaire., une circonstance notablement aggravante , lorsqu'elle a été beaucoup plus considérable qu'elle ne l'est ordinairement. Ainsi celui qui , pendant une semaine entière^ a persévéré dans des seniimens d'aversion contre quelqu un^ doit le décltrer

dans

DE Pémtesce. Soi

daiig sa confessioii. Celte déciciraiion eM snr-totit ni;— ceïsaire dans la coiifosï.ina dt^s ptcht-s coniiaires à la justice^ puisque le dommage qu'ils causf^ut, aujimcnté ordioairetncui à piopottioii de U dotée du rinjuslice. 11 est mieux aussi et plus sur, qu'un ix^niieul dise;, s'il le peut, lorsqu'un péclié îuEr'ricura uuré long-iempS} s^JI a renouvelé sou couscutcmcnt au crime plusieurs fois, et combieu^ paire que par- là il dôchuera le nom~ bre de ses pèches, autant qu'il sera possible moralement de le faire.

Les acu-s de la volonté qui tendent à faire quelque action extérieure , ne s'interrompent que lorsqu'ils cessent non-seulement en eux-mêmes, mais aussi dans l'opération dont ils sont la cause. Si doue un homme a résolu de faire une mauvaise action qu'il ne peut «xécuter sui-Ie-champ , et qu'il se met aussitôt en" route ou en mouvement, pour accomplir son criminel projet, qnoiqu'en prenant les mesures iiccessaires pour en venir à bout, ou eu allant, s'il faut se mettre en 'voyage, il pense à bieu d'antres choses, qu'il boive, mange et dorme , pourvu qu'il ne f^sse rien pendant tout ce temps-là, qui le délonriie lelleiaeut de cette première résolution, qu'il lui faille la reprendre pour l'exécuter, son mauvais dessein n'est pas pour cela moralement interrompu î parce qu'il est censé persévérer dans le voyage et dans les mesures dont il est la cause j ce qui fait que ])!usieurs jours employés pour rcxécu— lion de ce dessein, ne font qu'un seul pérhe.

Mais comme il n'est pas possible que celui qui, pendant plusieurs jours, se prépare à faire une mauvaise action à laquelle il est délermiué, ne pense souvent à ce qu'il a dessein de faire, et ne sente son cœur agité de diffî'rens mouvemeiis, par exemple, de remords de conscience, de ciainte, de joie et d'anires semblables^ par-là il multipliera ses péchés dans son coeur, autant de fois que, malgré les remords de sa consçieuce, il s*obftiDcra à >ouloir faire le mal qu'il a Tome I. E e e

8o3 Du Sacremekt

résolu , autani de fois qo^il se rë)Ouira dam Tattente de réussir , et mêm e qu'il réitérera le dessein de &îre ceue mauvaise action, après une interrupiion morale: et ce seront autant de péchés intérieurs qu^ii aura ajoutés à celui quil n'accomplira que dans l'espace de plosieun jours. Car le premier dessein qui persévère morale^ ment dans toutes les opérations dont il est la cause, n'empcche pas qu'il ne se fasse dans le cœur un grand nombre d'actes ciiminels qui tendent à la même fiu^rt qui, étant sufiisammeut interrompus, sont autant àt péchés.

La volonté de coiâmettre une mauvaise action H Texécuiion de cette volonté, par exemple, la voloDié de voler et le vol, ne font qu'un pécné, parce que l'acte intérieur et Textérieur qui Texécute , ne font qu\m même acte moral*

Il est plus sûr], dans la pratique, de suivre le senci* ment qui soutient qu^'l y a plusieurs péchés dans «b seul acte, toutes les fob qu^on viole une seule verts relativement à plusieurs oojets qui ne peuvent être regardés comme le même ^ parce qu^'alors cet acte fiole des droits distingués les uns des autres , etqu^il faut regarder les péchés comme multipliés, selon la multipiicition des lésions du droit. Ainsi celui qui tue ou calomnie deux hommes, qui est dans le dessein d^en tueroa dVn calomnier deux , qui est résolu de ne pas entendra la messe deux jours d'obligation , fait deux pécbês. Celui qui, par un seul acte, vole vingt écus à vingt personnes, commet vingt péchés, quoique! nVn commit qu'un, s'il voloit ces vingt écus à un seulj parce cjoe chacun de ces vingt qui sont volés, a dix>it en son particulier d'exiger qu'on ne lui prenne pas son argent.

Nous ajoutons que celui qui., par un seul acte, viole plusieurs droits, doit l'exprimer ^ par exemple, celui Qvi) par le même acte , calomnie detix personnes , ooit dire : fai calomnié deux personnes par le mêttt açtcf et ne pas dire , J'ai calonaiiê trois fois , œ

DE Pénitence. 8o3

qui seroit marquer trois actes cliffërens. On doit con^ dure de la , qu'un pr.èlre ,en étal de pcchë mortel ^ fait autant de péchés qu'il confesse ou qu'il baptise de personnes, et que celui qui, étant aussi en état de péch^ mortel 9 célèbre les trois messes, le jour de Noël ^ commet trois péchés mortels.

Lorsqu'il y a plusieurs actes physiquement distin-* gués y qui tendent tous à un principal dont ils ne sont moralement regardés que comme la préparation et le commencement, ils ne font tous ensemble qu'un seul

* péché. Undèqui^ ex intentionefornicandi^ puellam . sollicitât^ impudicis oculis respicit^ osculatur^ tangit^ [ et^ compléta criminc^ de eodem gaudet^ ei snfjicit^ si

* actum Jornicationis exprimât ; quia cœtera^ ex usu *' ioiius Ecclesiœ^ satis intelUguntur per regulam ^ à

* communiter accidentibus. Quo si actus prœambuli ^non fierint ex intentione cictûs principalis ^ sed oh propriam eorum delcctationem , deberet pœnilens eas séparât im ah actu principali con/iteri^ eliamsi posteà ad copulam deventum sit y quia unum cum ed crimen non conjicerent»

On doit déclarer , en se confessant, les circonstances qui changent Tespècedu péché, c'est-à-dire, qui , de véniel, le rendroient mortel, ou qiiiy ajouteroient une malice de différente nature. Ainsi, celui qui s'accuse d'avoir commis le péché d'impureté , doit déclarer si c'est avec une personne mariée, ce qui seroit un adultère^ ou avec une parente, ce qui seroit un inceste^ et, en ce cas, il iaut dire en quel degré est la parenté ^ ou avec une personne consacrée à Dieu , ce qui seroit un sacrilège. Un larcin, considéré en lui-même, est un péché qui ne blesse que la justice^ mais s'il est fait d'une chose consacrée à Dieu , celle circonstance sera cause qu'il ^ blessera la Rc^ligion^ s'il est fait par un religieux, il viot; lera le voou de pauvreté ^ s'il est fait publiquement , il =5 violera la charité du prochain par le scandale } s^il est iail par force, il renfermera nue double injustice^ et r^ E e e a

80'4 ^^ SACnBMEITT

tous ces violemens de différentes vertus feront, daua larcin, autant dV-spèces dépêchés, qui le rendront équivalent à un pareil nombre de crimes , et dont ie pfoi' tenl devra s'accuser.

Quoiqu'une aciion soit défendue par difTéreni préceptes, si cesdifl'erens préceptes ne défendent cette actii» que pour le même motif, il ne faut pas croire poDr celi que celui qui l'a fait, commette niors autant de tlifférenta espèces de péchésqit'il y a de préceptes aux quels elle sert contraire j c'est pourquoi celui qui n'entend paslamesa un jour de dimanche auquel tombe une autre fête de commandement , celui qui ne jeûne pas un des joias des quatre-lemps, qui esten même temps la veîltedeb fête de saintMatlliieu, lorsqu'elle oblige aussi au jeàW) celui qui viole uu vœu qu'il a renouvelé plusieurs (èôf celui qui dtisobéii à un précepte, à la transgression duquel diffërens supérieurs ont attaché difTércnies peinsi ne fiitt qu'un péché d'une même espèce ^ parce qae, quoique ces préceptes et ces lois soient difïëreos Of tériellement et en eux-mêmes, cc[>endant , si onks considère formellement et par rapport au motif soM lequel ils défendent une même chose, ils doivent être à cet égard regardés comme un seul précepte et uae -seule loi. Au contraire, <ni religieux Chartreux on Minime, qui mangeroii de la chair un vendredi, féroit deux péchés de différente espèce , comme celui qoi, .ayant eu pour pénitence de son confesseur, l'oblig*tiou de jeûner un samedi ,mangeroît aussi de la cluiiî -parce que, et ces religieux el ce pénitent sont oblifl à l'abstinence par des motifs de difl'érente espèce: la treligieux,à cause de leurs vœux; le péaitent, à caise de l'obligation que le confesseur lui a imposée, d tous à cause de labstinence qui leur est ordonnée ttS jours-là par In toi de l'Eglise.

L'opposition à h loi, quoique notablement dtS' rente, ne fait pas qu'une circonstance change l'etpêce du piAé ^ auiremeut il Ikudroit dire, que toaie cii^

DE Pénitence. 8oS

coDsiance iiotablenic-nl aggravante change l'espèce du péché j ce qui est Ibux.

Pour coiiiiuiire donc si une circonstance change l'espèce du pechc, il faut voir si elle ajoute au pèche une malice uonvolle et spéciale, par une opposition d'une espèce dinëreitlc avec la loi.

Uu péché a une opposition d'une espèce dilTérente avec la loi, lorsque la mauvaise action blesse ou diflëleotes vertus, ou diiTérens devoirs d'uue même vertu, ou la même vertu, soit en plusieurs manières opposres, soit en plusieurs manières diircpeiitcs , quoique non opposées. C'est pourquoi, i. riiitidéliié , le désespoir, la haine de Dieu , la snperstiiion , sont des ]>échés de difiërente espèce, parce qu'ils sont contraires à la loi, i l'espérance , à la charité , à la Religion. Le vol dans UD lieu sacré, quoique commis [lar un seul acte, contient plusieurs malices d'une espèce différente, comme contraire à la justice et à la Religion. 2.L'tdolâirie et le culte superstitieux sont des péchés de diirércnte espèce, parce qu'ils sont contraires à dillërentes fonctions de la Religion, qui défend d'adorer tout autre que le vrai Dieu, ce que lait l'idulàtrie ^ et d honorer Dieu d'un culte illégitime et indigne , ce que fait la superstition. Pareillement, fhérésie et l'omission de tous actes de foi, dans un moment où l'on est obligé d'en faire , là haine de Dieu et l'omission de la charité sont essentiellement distinguées, parce qu'elles blessent dilTéreus devoiis de la foi et de ia charité : car la foi exige non-seulement qu'on ne croie rien de contraire à la révélation divine, mais encore qu'on rende un témoignage positif, eu certaines occasions, que l'on croit ce qu'elle enseigne^ la charité non-seulement défend toute haine de Dieu , mais encore elle veut que nou« l'aimions de tout notre Meur, de toute notre âme, de tout notre esprit, de toutes nos forces. 3. La prodigalité et l'avarice sont des péchés de différente espèce j parce que, quoiqu'ils ne loient opposés qu'à uue seule vertu, savoir,.» la U- £ee 3

8io Du Sacrbmbut

oflfcnsee: par exemple, si celui qu'on a frappé est clerc ou religieux ^ si ce qu^oo a volé étoit une cnose sacrée^ si celui à qui on a volé est pauvre^ si la personne avec laquelle on a commis un crime dlmpureté étoit parente ou alliée, ou liée par vœu de chasteté, ou iniriée *, la somme ou la valeur de Teffet qui a été volé^ la qualité desjuremens qu'où a proférés, des meosonges qu'on a dits, du dommage qu'on a causé, etc. Ou peut y rapporter la circonstance du tort qu'a souffert le prochain, ou du scandale qui lui a été donoé par cet entretien^ cette action ou omission.

Ubi^ désigne le lieu dans lequel le péché a été commis. Cette circonstance aggrave souvent le péché dans une même espèce, et quelquefois y en ajoute une seconde , qui n'est point attaché à l'acte considéré en lui-môme. Un discours médisant ou calomnieux est bien plus préjudiciable au prochain , lorsqu'on le lient dans une compagnie nombreuse* Un crime, commis en public, est ordinairement un scandale. Répandre le sang humain dans l'Eglise \ voler quelque chose dans un lieu sacré, soit que ce qui est volé soit sacré , soit qu'il ne le soit pas , c'est un sacrilège. Les théologiens disputent en tr'cuxsi tous les péchés commis dans les églises, sans en excepter aucun ^ contractent une malice spéciale, parce qu'ils ont été commis dans les églises , et doivent être regardés comme sacril^es. Il y en a qui soutiennent qu'on ne doit regarder comme sacrilèges, que les crimes que l'Eglise a spécialement et expressément déclarés être contraires au respect du aux églises^ tels que sont le vol, l'homicide^ co* pula aut polliUio. D'autres , au contraire , disent qu'il y a grand nombre de péchés , lesquels, commis dans les églises , sont pareillement contraires au respect

aui leur est dû. Sans examiner les raisons qui s'avancent e part et d'autre, nous croyons qu'il est plus sûr, dans la pratique, lorsqu'on a commis un pèche dans féglise,

DB PéhiteAce. 809

tp'elle enasouflTertparlebesoin qu'elle avoit de ce qui lui a été volé.

Les confesseurs doivent prendre garde que les pé— niteus, sous prétexte d'expliquer les circonstances aggravantes, ne s'engagent en desdétailsinulik-s, sur-tout lorsque les péchés regardent le sixième commandement. C'est pourquoi, lorsqu'un confesseur voit que les pénitens s'étendent trop sur les circonstances aggravantes tjui regardent les péchés d'impureté, disant, par exemple, tout ce qui s'est passé dans une action lioiiteuse, par la crainte de ne pas faire une confession eniière, il doit les avertir qu'ib ne sont obligés de déclarer les circonstances aggravantes , que dans les cas que nous venons de marquer. Si ce sont des personnes scru— i>uleuse5,il est à propos de les faire passer légèrement sur les circonstances aggravantes, afin de ne pas troul)ler davaotagi! leur conscience.

Ou réduit communément à sept les circonstances qui peuvent changer l'espèce du péché, ou l'aggraver notablement : elles sont comprises dans ce vers.

Çu«, quidj ubîj quibus auxilns ^ ciir ^ tjuomndôj quanâo.

QuiSy signifie l'état ou la condition de la personne qui pèche: par exemple, en matière d'impureté, si elle est mariée, consacrée à Dieu, parente ou alliée de son complice, et, généralement parlant, si elle a quelque obligation spéciale de vœu, d'otVice, de serment, etc. de faire ou d'omettre une chose d'ailleurs commandée ou défendue : par exemple , si celui qui a omis de jeûner un jour ordonné par l'Eglise, y éloit encore obligé par le vœu particulier qu'il en avoit fait, ou par la pénitence que son confesseur lui avoit imposée.

Çut(^, signifie la qualité ou la quantité de la chose qui fait la matière du péché ^ si elle est grande ou petite , sainte ou profane , etc. la qualité de la personoe

8iii Dr Sjlcrement

ché mortel comme spéciakment contraire i la sanctificatioa des dimanches et des fêtes , et ont pensé qu'A est plus grief, lorsqu'il est commis en pareib jours. Saint Thomas , saint BoTiaveuture, saint Antonin sont de ce sentiment, que l'on ne peut s'empêcher de suivre, an moins, pour les péchés qui renferment quelque opposition formelle à la sanctification de ces saints joius. Ainsi ceux qui se sont enivrés ou sont tombes eo d'autres désordres semblables, un jour de dimanche oa de fète , doivent déclarer cette circonstance Les confesseurs doivent en instruire les pénitens , et les curés, leurs paroissiens. Si tous les fidèles Tétoient ià— dessus, on ne verroit pas tant de personnes , celles qui sont au—dessus du peuple par leur condition, et que Ton appelle du grand monde , les artisans , les gens trn vaillant à la campagne, et autres que Ton peut dire de presque tous les états , faire de ces saints jours, des jours de débauches , et les réserver pour les danses, pour les plaisirs et pour le crime.

Le confesseur , étant obligé de s^intéresser à Finiegritéde la confession de son pénitent, doit Fengagtf à déclarer ces différentes circonstances^ et les examiner lui-même attentivement, pour en conclure la conduite qu'il doit tenir à son égard.

La nécessité de rintégrité de la confession ne s'entend que de Taccusation des péchés mortels. Pour les véniels^ par lesquels nous ne sommes pas exclus de la grâce de Dieu , dit le concile de Trente (^Sess. i4- ^' 5. de Pœnit. ), et dans lesquels nous tombons plus fréquemment / quoiqu on fasse fort bien , et qu'il soU utile et hors de toute présomption de s'en confesser^ comme l'usage des gens pieux et dévots le fait "voir; ils peui^ent néanmoins être omis sans offense , et être expiés par plusieurs autres remèdes.

Les péchés iràiiels sont donc matière suffisante da Sacrement de Pénitence , quoiqu'ils en soient matière libre et volontaire. La pratique de les confesser est même

DE Pénitence. 8i3

bonne, utile et salutaire; les maîtres de la vie spirituelle y exhortent les âmes qui aspirent à la perfection cfaréiienne ; parce que la confession des pèches véniels, étant faîte avec le regret de les avoir commis , et avec la résolution de n y "plus retomber, on n'en reçoit pas seulement labsolution, dit saint François de Sales, mais encore une grande force pour les évitera l'avenir , une grande lumière pour les bien discerner , et une grâce abondante pour effacer toutes les pertes dont ils avoient été la cause. 'En confessant les péchés véniels, on pratique, ajoute le même saint, les vertus d'humilité , d'obéissance, de simplicité, de charité; et , en cette seuU action , on exerce plus de vertus qu'en nulle autre.

Une autre raison qui doit engager les péuitens à confesser les péchés véniels, c'est qu'il n'est pas toujours facile de jnger si certains péchés sont véniels ou mortels. // est très-difficile de le découvrir^ et très-^ dangereux de le déterminer^ dit saint Augustin, qui assure qu'il n'y a pu réussir ( Lis\ 3i. de la Cité de Dieu ). Ainsi il est à propos de confesser les péchés véniels, particulièrement ceux qui paroissent être plus volontaires et plus notables. Il seroit dangereux de taire ceux-là , puisqu'on risqueroit de faire une confession nulle, omettant quelque péché mortel qu'on n'a cru que véniel.

Du Péché.

Afin que les confesseurs puissent discerner plus facilement, dans les déclarations des pénitens, ce qui est péché et ce qui ne Test pas , et distinguer , autant qu'il est possible, le péché mortel d'avec le véniel , nous allons marquer les principes de la théologie sur cette matière.

Le péché est une transgression libre de la loi de Dieu :

8i4 I^ Sacremekt

en sorte que deox choses sont nécessaires pour faire un pëché : la première est la désobéissance a Dieu par le violemeoi de quelqu'une de ses lois} la secoude, que cette désobéissance ait été faite librement.

Il n'est pas nécessaire ^ pour le péchë , que la loi violée soit venue immédiatement ae Oien; il soft qu'elle soil venue de quelqu'un de ceux que Dieu nooi a donnés pour nous gouverner.

Quoique la liberté vienne de la connoissance, comoie de sa source , et consiste dans un pouvoir d'agir oa de ne pas agir ^ dégagé de tout empêchement insurmoiitable 9 il n'est pas néanmoins nécessaire j pour pécher, de connoître actuellement que l'action que Ton fait est contre la loi de Dieu , ni même d'en avoir actuellement quelque doute ou soupçon^ mais il suffit que Ton doive et que Ton puisse le savoir ^ et qu^on llgnore par sa faute. Autrement les pécheurs ^ aveuglés par leur malice et par leurs mauvaises habitudes , qui pecheut sans remords de conscience , et sans croire pécher^ ceux qui persécutent la vérité qu'on leur propose clairement, à laquelle ilsferment les yeux, et qu'ils regardent comme inie erreur , ne feroient en cela aucun péché, puisqu ib n'ont aucune connoissance actuelle , ni doute, ni soupçon du mal qu'ils commettent.

Il n'est point non plus nécessaire, pour se rendre coupable, d'une action mauvaise, d'avoir actuellement le pouvoir de s'en abstenir^ mais il suffit des'éire mis, par sa faute, dans l'impuissance de l'éviter. C'est pour cela que les ivrognes ne sont pas excusés des crimes qu'ils commettent dans l'ivresse, quoique, pendant qu'ils sont dans cet état, ils ne puissent s'en abstenir et les éviter.

£n un mot , l'ignorance volontaire du péché , et fimpuissance de l'éviter dans laquelle on s'est mis volontairement , n'excusent pas cfu péché et n^empêchent pas qu'il ne soit commis librement^ jusqu'à ce qu'on ait reconnu sa faute , et qu'on en ait fait pénitencey

DE Pénitence. 8i5

travaillant à s^'nstruire de ses devoirs ^ et à sortir des autres empêchemens dans lesquels on s'est jeté.

Le péché est un acte humain, et il ne seroit pas acte humain , s'il u'étoit pas volontaire. Il n^jr a donc point de péché qui ne soit volontaire; par conséquent , quoiqu^n acte soit mauvais de sa nature, il n'est pas cependant péché, s'il est tout~à-fait involontaire.

Le péché ne doit pas seulement être volontaire, en sorte qu^il soit fait sans contrainte, mais encore, comme nous Tavons déjà dit ci-dessus, il doit être commis librement et sans nécessité: parce qu'il faut que celui qui pèche, ait le pouvoir de ne pas pécher^ autrement l'accomplissement du précepte lui seroit impossible, ce qu'on ne peut dire sans impiété.

Quoique la volonté ne se porte pas directement à la chose mauvaise, mais qu^elle se porte seulement à une autre qui la renfermé ou qui la produit, elle est ce-pendant censée vouloir le péché , le voulaut dans sa cause.

Lorsque Ton peut et que Ton doit empêcher un mal, et que l'on ne Pempéche pas, cette omission est péché;

Sarce que ce mal est indirectement volontaire à Tégard e celui qui, pouvant et devant Tempêcher, ne Tempêche pas.

On ne peut pas contraindre la volonté à faire ou k ne pas faire les actes qui lui sont propres, et qu'elle produit elle-même: car on ne peut pas la contraindre à vouloir ce qu'elle ne veut pas, ou à ne pas vouloir ce qu'elle veut. Mais on peut lui faire violence, en empêchant que ce qu'elle commande ne s'exécute. Si la violence est absolue et entière, comme lorsqu'on tient les paupières d'aune personne ouvertes, afin qu'elle regarde ce qu'elle ne doit pas voir, sans q^i'elle puisse s'en empêcher ^ ce regard n'étant pas volontaire , n'est pas péché.

Afin que la violence soit absolue, et qu'elle excuse ile pèche 3 il ae suffit pas que celui à qui on fait vio-^

8i6 Du Sacrement

lence ne contribue point à lactioD^ nihil conferente passo ^ mais il faut encore qu'il fasse tous ses efforts pour Tempêcher, renitente passo: car^ cela n'étant pas, celte action est volontaire indirectemeut. Et tous les canons, qui excusent de pëché ceux qui n'agissent que par violence, ne parient que d'une violence absolue, qui suppose une résistance parfaite.

On dit que Ton fait violence à une personne, lorsqu'on l'oblige, par des tourmens, ou en la menaçant de la mort, à faire ou à ne pas faire une action. Mais cettd, sorte de violence, qui n'est qu'une crainte, ne rend pas l'action ni l'omission involontaire : elle ne&cuse pas toujours de péché, quoiqu'elle le diminue.

La crainte excuse de péché, si elle ôte la liberté) ce qui arrive, lorsqu'elle surprend lellement une personne, qu'elle no lui donne pas le loisir de réflédiir sur son action^ la portant, par une impression forte et violente qu'elle fait sur son esprit, à agir sans avoir le temps de considérer le mal pii elle se précipite. Et alors elle excuse toujours de péchc dans toutes sorto de matières^ parce que les actions qui ne proviennent pas de la délibération de la volonté , ne sont pas imputées à péché; ce qui arrive très-raremenl. C'est pourquoi il faut bien prendre garde de ne point abuser de celte maxime, en s'imaginant qu'on a fait une action sans délibération, encore qu'en effet la délibération soit quelquefois parfaite, quoiqu'elle soit insensible eu quelque manière.

Hors ce cas, la crainte n'excuse jamais de péché, ceux qui font des choses mauvaises d'elles-mêmes. U n'est donc pas permis de dire un mensonge, même

f>our sauver sa vie ou celle du prochain, parce que e mensonge est une chose de soi mauvaise.

La crainte griève excuse ordinairement ceux qui font des choses , lesquelles ne sout mauvaises que parce qu'elles sont défendues, parce que les lois positives

n'obligent pas ordinairement ^ quand on ne peut ptf

les

DE PÉRITEKCÊ. Hif

les observer^ sans s'exposera perdre la vie ou à soufFril? de grande tourmens. Il faut cependaut excepter les Cad ^ui iiitéresseot l'Eglise ou la licligiou , par exempte, li, pour obieuir iiii acte en mépris de l'Eglise ou de la Religion j quelqu^uu vouloit contraindre une per-i loiiue, à faire mai^^ré elle une chose défeudne , quand même cette chose ne seroit pas mauvaise de sa nii- Lure, si Ton cède à celle violence, on pèchi;^ ceiiï 311 l'observation de la loi est plus utile ait bien de [a Religion ou de la république, qtte ne l'est la conlervatioa de sa proj>re viej et ceux où le violement de 'a loi nuit plus à la Religion ou à la république, qve la perle de sa vie; parce qu'on doit di!feudre, à quelque prix que ce soit , sa foi et sa Religion, et préJerer te biea :M>mmun au particulier. Alors ta crainte n'excuse pas ie péché, si l'on n'observe pas une loi positive.

Il y a des péchés d'ignorance, des péchés de foiblesse^ les péchés de malice. \

Lorsque, par une ignorance involontaire , Ton fait me action qu'on ne fiiroit pas, si l'on savoil qu'elle iht léfendue, cette ignorance qui est la cause de l'action ^ A rend involontaire, et excuse entièrement de péché< Si l'on coanoit que l'action est mauvaise, âiais que par ooe ignorance involontaire, on n'en connoissepas jne circonstance qui augmente te péclié, ou qui change l'espèce, et qui empêcberolt qu'on ne la fit, si on la ;odnoissoît , on n'est pas entièrement excusé de péché; Tuia, dit saint Thomas ( i. 3- ç. 7b'. a. 3.)^ adhuc re-/ hanetcognitiopeccati. Ce péché eslcependant moindre, |ue s'il étoit commis avec connoissance de toute la onatice de Taciion; parce que l'ignorance diminue te bêché, il proportion de ce qu'elle diminue le volontaire f ;t par conséquent cette action n'a point la malice do la circonstance qui est ignorée involonuirement. Ces^ pourquoi celui qui, avant que d'attaquer nu hommey prend de justes précautions pour ne se pas tromper j. tt se trompe néanmoins eu lua^it soa père au liou-dtf TotneL F f f

8i8 Du Sacrehent

son eiinemi, est véritablement un honiicide, mais Bon un parricide.

L'ignorance involontaire qui n'est point cause de Faction, parce qu'on ne laisseroit pas de la faire, quoi-

Îrue Ton sût ce que Ton ignore, n'excuse point depedut Llle n'augmente ni ne diminue point le péché.

Lorsque Tignorance est directement volontaire, parte qu'on ne veut pas savoir pour n'être pas obligé de faire, on l'appelle ignorance aflfectée^ et, loin de diminutrle péché, elle laugmenie^ parce qu'on ne la veut que pour ne pas s'abstenir du péché, et qu'elle renfisime un mépris formel de la loi et du législateur.

Lorsqu'on néglige d'apprendre ce que l'on devroit savoir pour ne pas pécher, non par affection au pédié, mais par paresse , par négligence de s'instruire, par attachement aux aflbires temporelles, cette ignoraoce, qui est indirectement volontaire, et qu^on appelle ignorance grossière, n'excuse pas entièrement de péché; elle en dimiuue cependant la malice, à proportion de la faute qui est cause de Tignorance ^ en sorte que ploi elle vient de notre faute, moins elle excuse de pécné.

Non - seulement Tignorance volontaire des choiei qu'on doit savoir n'exclisc pas de péché , mab elle e^ péché elle-même, et c'est pour cela qu'on l'appelle ignorance coupable j on l'appelle aussi ignorance viocible; parce qu'on pourroit la vaincre, si l'on vouloil se donner le soin nécessaire pour apprendre ce qua l'on doit savoir.

L'ignorance invincible excuse entièrement de pèche'. On appelle ignorance invincible celle que Ton ne veut ni directement, ni indirectement, et qui regarde une chose que Ton n'est pas tenu de savoir, ou, si l'on ert obligé de s\ n instruire, que l'on n'a pu savcMr, qtioi^ qu'on ait emploj^é pour cela les soins et la diligeoce nécessaires, II est diiïïcile de bien déterminer au juste jusqu^où doivent aller ces soins et cette diligence pour 4tre censés néi:cssaires , ailn de rendre Tignorance in-

DE PÉNlTESCe. 8ig

vincible; il suHît cepeudjiil , ce semble, que l'on agisse comineont coutume de faire les gens sages et pruoeus, eu pareil cas.

Od ne peut ignorer invinciblement les premiers

Çriucipes die la loi naturelle. Ltx naturœ , dit saint homas ( I . a. ç. 94- **• 4- )li ^vwitiim ad prima principîa communia , est eadem apud omnes , et secundùn rectitudinem , et secundàm notitiam.. Celle lot est née avec nous, ditsaint Âmbroi^e ; Dieu l'a imprime'e en chacun de nous. Lex iiaturalis quant Deus Creator infudit singuîorum ptctoribus ; »... quœ non scrihitur^ sed irmascitur j nec aliqud prœscribitur lectione , sed prcfluo quodam naturœ J'onte in singulis exprimitur

Ou pèche donc toujours ^ en faisant des actes contraires aux principes communs de droit naturel , puisque l'ignorance du droit naturel, quant à ces principes généraux ^ n'est pas invincible , ces granoes règles ne pouvant être entièrement eflacées du cœur de l'homme. Quantum ad illa principia communia , dit encore saint Thomas ( i . a. ç. Q^. a. 6. ) , Ux naturntis nulla modopotest à cordibas hominum deleri in universalù Si l'ou se trompe dans Tapplication particulière que Ton fait de ces priocipes, lorsqu'il en faut venir à la

Ï>ratique , ajoute ce saint docteur, cette erreur vient de a cupidité ou de quelqfi 'autre passion. Deletur tamert in particulari operahili , secundàm quod ratio impetiitur applicare commune principium ad particulare operabile , propter concupiscentiam vel aliquam aliam passionem.

L'ignorance invincible du droit positif, pour les choses que nous devons savoir, n'ast pas même si commune qae plusieurs le prélendent ; parce que l'ignorance inr' vincible est celle que nous ne pouvons pas vaincre par nos soins : invincibiiis dicitur , quia studio superari nonpotesty dit saint Thomas: or, beaucoup de personnes n'ignorent leurs devoirs, que parce qu'elles n'ont

8^0 Du Sacrement

pas apporté les soins nécessaires pour les apprendre. On doit dire de Tinconsidératiou qui ôte les réflexions n'on devoit faire , et de Tinadvertance , qtii est un éfaut d'attention actuelle ^ ce que nous avons dit de rignorance, qu^elles «scosent entièrement du péché, si elles sont invincibles ; que si Ton a pu et du les éviter ) elles diminuent seulement la malice du pécbé, à proportion de la faute qui eu est la cause ^ en sorte que plus elles viennent de notre faute , moins elles excusent le péché ; mais elles n^excusent nullement le coupable , si elles sont volontaires ^ et elles sent péchés elles-mêmes. On doit appliquer les mêmes principes! l'oubli qhe fait perdre la mémoire.

Les péchés de foiblessc sont ceux dans lesquels on tombe* par les mouvemens de quelque forte passion y ou par la violence de quelque tentation.

Il y a peu de péchés où la passion n^ait quelque

Î)art^ mais quand elle y en a si peu qire sans elle on es commettroit également ^ ils ne sont point appelés péchés de foiblesse.

Les passions excusent de péché , lorsqu'elles sont si violentes qu^elles ôtent entièrement l'usage de la raiscn^ ou qu'elles la surprennent sans qu'elle ait pu les prévoir ni les prévenir^ parce que ces mouvemens ni leurs effets n'étant poiut volontaires, ils ne peuvent pas être péché. Mais aussitôt que la raison s'en aperçoit ^ si elle y cotisent, et ne travaille pas à les réprimer , îi y a péché. Les passions qui précèdent le mouvement de la volonté, qui réntrainent ou qui Tengagen^ à donner son consentement , et. quin'otent pas Fusage de la rabou^ou qui ne la surprennent pas dune manière qu'elles ne puissentpointles prévoir ni les prévenir, rendent le péché moindre, parce quelles diminuent la liberté, en enipè^ chant le plein et entier usage de la raison qu^elles troublent; mais, à moins qu^elles ne soient entièrement involontaires, elles n'excusent pas tout^ à- fait de péché, parc« qu'on peut et qu'on doit y résister. Bien plus;

DE Pénitence. 821'

rommtinéineiit parlant, dans les moûvemehs délibérés, A passion ne diminue pas le péché, de manière que de norcel elle le rende véniel ^ parce qu^alors il y a xiatière et consentement sufHsans pour rendre les péchés (nortels.

Nous avons dit que la passion excuse entièrement 3e péché, si elle est entièrement involontaire , soit en elle-même, soit dans sa cause, et qu^elle ôte euiiè^ rement Tusage de la raison. Mais, si elle n'est involontaire |ue par rapport à Tacte mauvais qu'elle fait commettre , U qu'elle ne le soit pas dans son principe et dans sa :ause , elle n'excuse pas du péché qu'on a prévu ou pu st dû prévoir en pouvoir être la suite et reflfet.

Une passion à laquelle on s'excite pour faire avec >lus de force une mauvaise action , augmente le péché , DÎn de le diminuer : car plus cette passion est violente , »lus elle marque que la volonté est déterminée au mal.

Lies péchés de malice sont ceux que l'on commet vec connoissance , et comme de sang— froid , sans y Cre engagé par la passion ou par la tentation ^ en jrle que la volonté s'y porte et s'y détermine de son trop re mouvement. Le péché de malice est pins grief ne le péché de foiblesse ou d'ignorance, parce qu'il it plus volontaire. Le péché de faiblesse est plus grief lie celui qui vient d'une ignorance non affectée ^ parce ue l'ignorance non affectée diminue le libre er le olontaire; mais la passion augmente le volontaire, uoiqu'elle diminue le libre. Mais celui qui vient d'ioorance affectée, ou de la passion à laquelle on s'ex- [te librement , doit être regardé comme péché de lalîce, ou lui équivaut. Quoique tous ceux qui pèchent sir malice n'y soient pas engagés par rbabitude , ce-r-. codant on doit dire avec saint Thomas , que celui ui pèche par habitude, pèche aussi par malice, parce u^en péchant par habitude , it pèche avec plus d'incli- ^tion au mal^ et, loin qu'il puisse excuser ses chutes la force de l'habitude , il eu est plus coupable :

Fff 4

83 a Du Sacremert

puisqu'une habitude criminelle, dans laquelle on persévère volontairement et que Ton refuse de quitter, augmente la malice du pécheur.

La conscience est une des règles des mœurs. Ainsi tout ce qu^on fait contre la conscience est péché. Les principes qu'on doit tenir sur cette matière, sont trop importans pour ne pas les ajouter ici.

La conscience , que saint Àntonin appelle la scieoa du cœut) est une lumière qui nous marque, en génénl ou en particulier , ce que nous devons raire ou ce que nous devons éviter. Quand cette lumière nont marque nos devoirs en général , et nous fait discerner le bieo et le mal par des principes généraux et assurés , on rappelle Sfnderèse^Qmua^svx des conséquences quVlletire de ces principes, elle nous dicte en particulier ce que nous devons faire ou éviter . elle retient proprement le nom de conscience. C'est de la syndérèse que les Pères de TEglise parlent, lorsqu'ils disent que la conscience et un juge incorruptible, un directeur fidèle, un guide qoi se s'égare point. Mais c^est de la conscience, prise dans le second sens , que nous allons parier.

Quand elle est conforme aux préceptes, et qaVUe porte un jugement véritable du bien particulier qoe nous devons faire, ou du mal que nous devons éviter, elle s^appelle une conscience droite ou o^éritablt* Quand ce jugement est faux , et que la conscience nous marque comme permis, ce qui est défendu par la loi, ou comme défendu, ce qui est permis, on la nomne Jausse ou erronée.hsi conscience certaifiBy que d autres appellent sûre^ est celle qui juge prudemment et s^x» crainte, do moins raisonnable, de se tromper, de h bonté ou de la malice d'une action. Quand elle suspend son jugement, n'osant se déterminer à un parti, c'est une conscience douteiAse. On Tappelle probable^

3uaud elle s'appuie sur des motifs forts et solides, sur es raisons propres à déterminer.des personnes pieuse» et prudentes , mais qui néanmoins n'excluent pas b

ns Pésitehce. SaS

crainte de se tromper. Lorsqu^enfiOf sur des raisons fort légères, elle se laisse aller à des inquiétudes sur ce qu'elle 4ioit faire ou sur ce qu'elle a fait, c'est uae conscieuce scrupuleuse.

Il n'est pas permis d'agir contre la conscience droite ou rérîiable qui nous ordonne de faire une bonne action, ou qui nous en deTend une mauvaise ; puisqu'elle est «Ile-même la- droite raisou , ou qu'elle est conforme a la droite raison dans une matière nécessaire.

On ne pèche point, en suivant une couscience erronée, si l'erreur est invincible j parce que, quand l'ignorance ou de droit ou de fait, est vériiablcmcnt in- TÏncible, elle excuse de pêche'. Au contraire, on pécheroit en ne suivant pas alors une conscience erronée ^ parce que ce seroit vouloir le péché, eu voulant faire ce qu'on croiroil être péché.

Celui dont la conscience se trompe d'une manière .qui peut se vaincre, pèche en agissant, soit qu'il la suive, soit qu'il ne la suive pas. Car , s'il la suit, il agit par une erreur dont il est obligé de se désabuser, puisqu'elle n'est pas invincible, et', s'il ne la suit pas, il est condamné par l'apôtre saint Paul, qui dit (Rom. i^. a3. J, que tout ce qui se /ait contre la/oi,, ( c'est-à- ^ dire, contre la conscience ) est pêche'. Ou ne doit pas dire pour cela, qu'il soit alors dans la nécessité de r pécher^ c'est sa faute s'il reste dans cet étal : car il peut - et il doit quitter l'erreur où le jetle sa couscience , soit ^ en consultant les plus habiles gens auxqucb il peut t avoir recours, soit en examinant plus à fond la question ^ lor laquelle il se trompe , soit en concluant par les ^ principes généraux ce qu'il a à faire. Que s'il ne lui est pas possible, ni de recourir à quelqu'un de ces moyens ^ ipour revenir de son erreur, ni d'examiner plus à fond ^- ta chose, il doit faire un acte de contrition du péché -^ -d'ignorance dont il s'est rendu coupable, et choisir le â parti qui lui paroîira le moins mauvais; alors s'il pèche, cela ne lui sera pas imputé, parce que son erreur de F ff 4

Si^ Du Sacremeut

vincible qu'elle étoit, deviendra invincible , puisqu'il aura réiracté ce qui Faura causée, autant qu'il aura dépendu de lui , et qu'il aura fait ce qu'il aura pu pour ne point pécher.

Le péché de celui qui agit contre sa conscience irn vinciblement erronée, est mortel, si elle lui dicte qnll ptche mortellement en agissant; il n'est que véniel, si eile lui dit qu*il ne pèche alors que véniellement: et cela a lieu indépendamment de la bonlé ou de U malice de l'action prise en elle-même ^ parce qu'alors le péché est tel que la volonté le veut : or, c'est vouloir le péché morteK de faire une action que l'on juge être péché mortel; comme c'est vouloir pécher véniellemeot, de faire une action que l'ou croit péché véniel.

Le péché, contre la conscience erronée vinciblement, est tel que Ton eu juge par sa matière: mortel , si on ii juge considérable; véniel, si on la juge légère, poonru toutefois que par elle-même elle ne soit pas impo^ tante. Ainsi celui qui croit pécher mortellement en volant un sou, pèche mortellement. Son péché est pareillement mortel, s'il vole une grosse somme, quoiqu'il croie que ce vol n'est qu'un péché véniel.

Si la conscience erronée dit à la vérité, qu'une action est mauvaise, mais ne détermine pas si elle est péché mortel ou péché véniel, celui qui la fait néanmoins, commet un péché mortel i, parce qu'il est alors censé vouloir le péché, quel qu'il soit, et s'exposer i pécbtf piortellemcnt en faisant ce qui peut être péché nx)rtfL

Celui qui pèche contre la conscience erronée, n encourt pas les peines et les censuresaiixquellesestsujet celui gui agit contre la coubcieuce droite et véritable. Celui, par exemple, qui frappe nn laïque qu'il croit être uQ cicic, n'ericourt pas Texcommunication dont est puni celui qtsi sciemment frappe un clerc. On n'euronrt pas Tirrégularilé, en célr'brant tandis qu'ion se croit ex- CQnupuuié, si on ne le!»t pas véritablement.

(kUi qui a upe cQWcicoce erronée ^ est obligé de

DE Pénitence. 8a5

revenir de son erreur^ mais il doit se désabuser avec prudence^ et non pas temporairement. C^est témérité de ne pas vouloir écouter ce que dit la conscience, de s^occiiper d'antres choses quand elle parle ^ ou di^ n'employer que des moyens peu propres à faire conuoitre si la conscience se trompe: alors c'est la mépriser. Mais c'est prudence de chercher avec l'attention qu'ont coutume d'apporter , en pareils cas, les {personnes prudentes €t religieuses, à counoitre par des moyens proportionnés et convenables , si la conscience se trompe. Ces moyens sont la prière humble et fréquente, l'examen exact de ce qui fait la matière de Terreur, la lecture des bons livres qui en traitent, le recours aux lumières et aux conseils de gens habiles et craignant Dieu , Taitention à ce que pratiquent les âmes timorées. Si nonobstant ces moyens on ne peut revenir de son erreur , elle est alors censée invincible.

Pour ce qui regarde la foi, la seule règle de la conscience, le seul point fixe et certain sur lequel on doit éprouver si la conscience est vraie ou si elle est trompeuse, c'est la voix de lEglise^ la voix du corps des évèques unis au pape, auxquels Jésus-Christ a ordonné à tous les fidèles d'obéir^ auxquels il a prorais d'être tous les jours avec euoo jusqu^à la consommation des siècles. C'est eux que Dieu nous a donnés pour nous annoncer l'entière plénitude des vérités chrétiennes. En qualité de successeurs des apôtres, ils sont assistés tous les jours par le Saint-Esprit, pour enseigner toutes les nations, pour nous apprendre foutes les choses que Jésus— Christ a commandées. Il ne faut pas craindre que la succession des apôtres, tant que Jésus-Christ sera avec elle (et il y sera toujour<i sans la moindre iiiterruprion selon sa promesse), ensciiçne jamais Terreur^ et il n'est permis eii aucun instant àe. se séparer d'elle.

IVous avons dit, on parlant de ce qu'un conf^isscur doit faire lorsqu'il instruit les péuiteus, de quelle ma-

SaG Du Sacrement

DÎère il doit se conduire avec ceux qu^il croit siiÎTie une conscience erronée.

II n^est pas permis d'agir suivant le sentiment le moins probable, en laissant celui qui est le plus probable et appuyé de motifs plus forts et plus conformei au précepte. C'est manquer à Tamour el â la fidéliié que Ton doit i Dieu, de faire tranquillement ce que Ion juge plus probablement devoir Toffenser^ cest s'exposer ae gaieté de cœur à pécher ; c'est suivre le chemin large qui conduit à la perdition. Aussi cette proposition , généralement parlant^ on agit ioufours ai^ec prudence , quand on agit sur une probabilité^ soit intrinsèque , soit extrinsèque ^ quelque légère qu^elle soit , pourvu qu'on ne sorte pas des bornes de la probabilité^ a été condamnée par l'assemblée générale du clergé, en 1 700, comme^^su^^e, téméraire^ scandaleuse^ pernicieuse^ établissant^ au grand danger des âmes^ une nouvelle règle de morale et une nouvelle espèce de prudence , sans aucun fondement dam t Ecriture et dans la tradition. Le pape Iimoceni XI. avoit auparavant condamné la même proposition, dans son décret du :2 mars 1679.

La probabilité iutrinsèque est celle qui nait dei raisons sur lesquelles une opinion est appuyée. La pro* habilité extrinsèque est celle qui est fondée sur l'autorité des personnes qui sont d'une opinion.

La V probabilité extrinsèque ne peut exempter it péché celui qui s'y conforme, quand il s'agit de la foi ou des mœurs \ personne ne peut être excusé en suivant une fausse opinion eu ce genre, sur ce qu'elle est enseignée par des docteurs ^ parce qu^utrement il (audroit avouer que les disciples d'Ârius, de Nestorius et des autres hérésiarques auroient été excusables en suivant la fausse doctrine de leurs maîtres. La simplicité même des disciples ne peut servir d'excuse devant Dieu en pareil cas. Quelque respectables que soient des auteon qui enseignent une opinion, quoiqu'ils soient en grand

DK Péititeiicb. 8^7

nombre , et quelque fortes que parolssent le> raisons qu'ils apportent, il faut les abaDOonDer, dès qu'ib s'»loigneiii des scntimens de TEglise.

Quand il se rencontre des opinions également pro* bables, et qu^il est question aun précepte, on doit choisir la plus sûre. Car cette égale probabilité de part et d'autre, doit tenir dans le doute : or, dans le doute il faut suivre le parti le plus sûr. D'ailleurs on ne peut suivre un sentiment, à moins qu'on ne soit persuadé qu'il est vrai j autrement on agiroit contre sa conscience: or, de deux seatimeus également probables, on ne peut pas être persuadé que l'un est plus vrai que l'autre, puisqu'on n'a aucune raison de le juger. Il faut donc s'en tenir à celui qui est le plus sûr. C'est à ce cas qu'on doit appliquer le principe desaiut Augustin, traitant une autre matière (Lib. i. de Bapt. c. 3.): tjuis cnim dubitet certum esse peccatum , non ibî potiks accipere ubi certain est non esse peccatum.

Dans les choses qui sont nécessaires au salut de né~ cessité de nio^en, on doit prendre le parti le plus sûr. II en est de même de celles qui snnt nécessaires pour recevoir ou administrer validemeut les Sacremeus; ainsi que nous l'avons dit en parlant des Sacremens. Il faut encore en dire de même des cas où il s'agit d'éviter du dommage au prochain , lorsqu'on est obligé de l'empêcher par justice ou par charité.

Lorsqu'une opinion est tellement probable que Ton ne voit que des raisons ou des autorités pour l'appuyer, sans que rien se présente pour détruire ou pour al^ foiblir ces raisons ou ces autorités, on peut suivre cette opinion, parce qu'il suflit d'avoir une certitude morale de la bonté de son action , pour ne point pécher : or, celui qui a une opinion probable, telle que nous venons de la marquer , de la bonté de son action , a cette certitude morale, laquelle n'exige pas une démonstration qui nous convainque de la vérité, nuis seulement des

moyens probables qui portent plutôt à une opinion qu'à celle qui lui est opposée.

Nous avons dit ci-dessus que, quoique les moti6 sur lesquels s'appuie la conscience probable , soient forts et solides , propres à déterminer des personnes pieuses et prudentes, cependant ils n^excluent pas la crainte de se tromper ; parce qu'il peut se faire que celui qui voyoit dans un temps des raisons et des autorités sufiBsantes pour le faire agir prudemment et lui donner une certitude morale de la bonté de son action, trouve ensuite des raisons et des autorités contraires , propres a lui donner lieu de juger avec fondement qu^il doit quitter son premier sentiment et agir différemmeoL Ainsi ce qui a été une fois probable, peut ne fêtre pas toujours.

Pourvu qu'une opinion soit la plus probable, on peut la suivre^ quoiqu'elle ne soit pas la plus sûre; parce qu'il suOit , pour ne point pécher , comme nous l'avons déjà dit, d'avoir, avant d*agir,une certitude morale de la bonté de son action ; laquelle ne dépend pas d'une connoissance évidente , mais seulement d'une connoissance probable qui porte à suivre un sentiment plutôt qu'un autre. Or, on a cette certitude lorsqu'on suit une opinion plus probable^ puisqu'elle est appuyée de motifs plus forts. Par exemple, dans tous les cas où l'on demande si l'on doit restituer, l'opinion qui porte à restituer est toujours la plus sùn ] cependant il y en a où des raisons et des autorités plus fortes que celles qui obligent à la restitution, autorisent, en sûreté de conscience, à ne pas restituer, et sont un motif su flSsant pour juger prudemment quMl est permis de ne pas le faire. C'est pourquoi la prescription, légitimement acquise, est nu litre pour retenir un bien dont on jouit 5 cependant il seroit plus sûr de le restituer. S'il falloit toujours suivre le sentiment le plus sûr, la lecture des ouvrages des saints Pères, des théologiens et des canouisles, l'étudti de la morale et des cas de

conscience deviendroit inuliles , il n'y auroil qu'à faire toujours ce qui seroit le plus sûr, on a'épargneroil; par-là la peine de consulter. Oo sent assez les incon— véniens ou peut jeter un pareil principe.

Il est cependant nécessaire de remarquer, qu^afiode pouvoir suivre sans pécbé uu seiitimeot plus probable qui permet de faire une chose, préférablenieni à un autre moins probable, mats plus sûr, qui défend de la faire el la soutient défendue, il faut que ce sentiment aoit beaucoup plus probable que celui qui l'est moins, mais qui est plus sûr : car, si cette différence étoit peu considérable, et que l'excès de probabilité du sentiment plus probable, au-dessus de celle du sentiment qui-est ie plus sûr, ne fût pas suffisant pour donner une certitude morale de la bonté de l'action que l'on feroiien je suivaut, le sentiment plus probable ne devroit pas être préféré au plus sûr.

L'assemblée du clergé, en 1700, après avoir condamné plusieurs fausses propositions avancées par les nouveauji probabilistes, a marqué deux règles établies dans le droit, au sujet des opinions probables : la première est, que lorsqu'il s'agît de l'afTalre du salut, dans le cas où il se trouve des taisons qui frappent également de part et d'autre, on doit suivre le parti le plus sûr , ou celui qui est uniquement sûr, et que ce n'est pas là uû couseil, mais un précepte. La seconde règte est, qu'à regard des sentimens probables sur la doctrine chrétienne , il faut suivre celui qui est le plus probable et le plus conforme à ce qu'ont dit les saints Pères et les tbéotogiens qui ont parlé comme eux.

D'où cette assemblée conclut , qu'il n'est permis à personne de choisir un sentiment, s'il ne le voit pas plus conforme à la vérité.

Le grand inconvénient de la probabilité consiste dans la manière d'examiner tes questions de morale. Par cette aotïvelle méthode , on ne cherche pitls ce qui est vrai ou iàux, juste ou injuste, par rapport à la véiilé

83o Du Sacrement

et à la loi éternelle ^ mais seulement ce qui est probable ou non probable ^ c'est-à-dire, que, sans plus se mettre en peine de ce que Dieu a ordonné , ou cherche odîquemeiit ce que les hommes ont pensé ou pensent de ses ordonnances; ce qui, à l'exemple des Pharisiens, conduit insensiblement à réduire la do( trine des mœon| i des commandemens et à des traditions humaines, contre la parole expresse de Notre-Seigneur. Si quis n)eUt in tuto salutem siuun coUocare j dit le cardinal Bellarmin dans une lettre à son neveu , is omnino de* bet certam veritatem inquirere , et non respicereipdi multi hoc tempore dicant autjfaciant j et, si reicer* titudo non possitad liquidwn apparere^ débet om^ nino tutiorem partem sequi^ et nuUd ratione^ nuUius imper iOj nuUâ uiilitate temporali propositd ad minus tutam partem declinare. Agitur enim de summd rei, cîim de salut e œternâ tractatur^ et /acillimum est conscient iam erroneam , exemplo aliorunu induere. et eo modoy conscient iâ non remordente , ad eum locum descendere^ uhi ver mis non moritur et ignis non eœtinguitur.

La conscience douteuse est opposée à celle qu'on appelle probable, en ce que celle-ci fournit des lumières suffisantes pour être intérieurement convaincs de la bonté de laction, et qu'on n'est pas dans Ferrenr; au lieu que la conscience douteuse n a pas de lumières claires, et qu'elle se trouve balancée par des raisons contraires, sans pouvoir juger quelles sont les meilleures, ni se déterminer au choix qu'elledoit (aire. C'est pour* quoi la conscience douteuse n'est pas proprement conscience: car, pour la conscience, il faut un jugement: or, en doutant, ou ne juge pas, mais plutôt on suspend son jugement.

On distingue deux sortes de doutes, savoir, le doute positifetledoutenégatif. On doute positivement, quand Tentendement demeure en suspens, parce que les raisons sont égalementfortes des deux côtes. On doute n^aiive-

DE Pé>*itence. 83 1

ment) lorsqu^on est en suspeus, parce qu^il ne se trouve aucunes raisons suilisanies qui puissent faire pencher plutôt d^un côté que de l'autre. Le doute nëgalif doit plutôt s^appeler ignorance que doute.

Celui qui agit, étant dans le doute si Faction qu^il fait est derendue, fait un péché de la même nature qu^est le péché dont il doute, quand même cette action seroit d'ailleurs en elle-même permise et honnête \ parce qu'il veut faire ce qu'il juge pouvoir être offense de Dieu: il pèche mortellement, s'il doute que cette action soit péché mortel^ il fait un parjure, s'il doute qu^elle soit un parjure \ un mensonge, s'il doute qu'elle soit un mensonge^ etc. car il veut interpréiativement faire un péché mortel, un parjure, un mensonge, etc. Pour ne point pécher, il faut être moralement certain que Faction à laquelle on se détermine, est permise.

Celui qui doute négativement de la malice d'une action^ et qui, après un sérieux examen ,ne trouve aucune autorité probable qui lui fasse voir que cette action est défendue, peut déposer son doute, comme mal fondé ^ et faire cette action^ parce que, dans ce doute négatif, il n'a aucune boime raison qui lui prouve que cette action est un péché ^ autrement ilauroit un doute po^ sitif : or^ on agit prudemment si Ton n'a absolument aucune raison bien fondée de ne pas agir , et lors-

3u'on n'en a que de si légères et de si fbibles, qu'on oit les rejeter comme des scrupules. S'il y a en ce cas du péché, on en est excusé^ puisqu'on Tignore invinciblement , l'examen sérieux et exact qu'on a fait avant <l'agir, n'ayant découvert aucune raison qui put faire connoître qu'il y avoit du péché.

Lorsqu'on doute positivement de la bonté d\me action, et qu'on a la liberté d'agir ou de ne pas agir , il faut ne pas agir, jusqu^à ce qu'on se soit assuré aela vérité, pour ne pas s'exposer au danger de pécher. Si l'on est obligé d'agir, il faut suivre le parti le plus sûr. Pour déposer ses doutes , lorsqu'on en a sur la bonté

833 Du Sackemeht

ou la malice d'une action, on doits^appliquer à cliercher ]a vérité avec tout le soin possible, selou Timportance de la chose dont on doit s'iusiruire , les facilités qit Ton pc.it trouver pour avoir les éclaircissemens dont on a besoin , la condition et Fétat de la personne qui veut être instruite. On doit alors sur- tout chercher la vérité eu priant le Seigneur avec humilité et avec ferveur ^ en purifiant son cœur par la contrition ; en évitant allentivement de consulter ses passions, ses préjugés, sies inclinations, ses intérêts^ en recoitraDt aux personnes de la probité et des lumières desquelles on est assiM'é, et auxquelles on peut s^adresser ; en faisant attention à la pratique de ceux qui sont timorés et vertueux ; en pesant enfin, par le seul amour pour la vérité, les raisons de part et d'autre.

La conscience scrupuleuse ne doit pas être confondue avec la coTïscience douteuse: car le doute renferme on produit une crainte juste et bien fondée^ mais le scrupule est une crainte vaine et mal fondée, quieiDppche que IVsprit ne se détermine à faire une chose» quoiqu'il ait de fortes raisons pour le sentiment opposé à son scrupile. Néanmoins, quelque mal fondt'e que soit la conscience scrupuleuse, il n'est pas permis d agir contre ce qu'elle [prescrit, quand on ne connoit pas qtie los doutes que Ion a ne sont que des scrupules. Si Ton connoît bien que les peîrnes de la conscience ne sont que des scrupules, il faut vaincre ses répugnances, et passer outre, malgré «ses vaines craintes, pourvu qu'on suive le sentiment le plus probable. Car, afin qu'une action soit bonne, il n'est pas nécessaire d'avoir de sa bonté une certitude qui ue laisse aucun scrupule, mais il suOil qu'elle soit plus forte que tous les motifs qu'on pourroit avoir de craindre, et qudk fasse voir que la crainte est mal fondée.

II ne faut pas confondre la conscience scrupuleuse avec la conscience timorée: car celle-ci porte avec pn»dgirce et par une juste crainte de Dieu , a éviter avec

attcuuoA

attention tous les péchés uou-seulement mortels , mais eucore véniels, même tout ce qui pourroit en avoir Tap^

f carence ^ à trembler, commeJob^ à chaque action que 'oïl fait, dans Tappréhension de déplaire au Seigneur et de 1 ofTeuscr.

En parlant de la prudence des confesseurs, nous avoDS donné des règles pour conduire les scrupuleux, et leur [)rescrire les remèdes contre cette maladie fâ^ cheuse de fâme, qu'on ne sauroit éviter avec trop de soin.

Tout poché est mortel ou véniel. On appelle péché mortel, le violemeut delà loi de Dieu en matière con* sidérable, au moins par rapport à la fin, et qu'on commet avec un parfait consentement. Nous disons en matière considérable, au moins par rapport à la fin ^ parce que la malice intrinsèque et distinctive du péché mortel, consiste dans rattachement à la créature comme fin dernière. Aini>i, quand le violement de la loi ne seroit pas en matière par elle-même de conséquence, rattachement à une bagatelle même, comme lin dernière, fcroit un péché mortel. Le péché mortel rompt Tamitié avec Dieu , fait perdre la charité habituelle^

aui est la vie spirituelle de nos âmes et le principe es actions méritoiies de la vi« éternelle, et il mérite Tcufer. Le péché véniel est celui dont la matière n'est pas considérable, ou qu'on commet avec un consen<« temeut imparfait. 11 ne rom()t pasTamitié avec Dieu, fi ne fait point perdre la charité^ il mérite des peines temporelles. D'eu il s'ensuit, qu'il laisse dans raine la vie spirituelle et un principe de bonnes œuvres, parie mo\en desguelles il peut être effacé devant Dieu^ c'est ce qui lui fait donner le nom de "véniel^ qui signifie pardonnable.

Rien n'est plus difficile, comme nous l'avons /déji|

remarqué, que de connoitre les choses qui sont d'une

assez grande conséquence pour taire un pèche morytl^

ou qui sont assez légères pour n'âtr6 que'p#îh'é"<Tniêîr

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